Plan d'action triennal et Budget pour les années 2013-2015
Les mutations accélérées survenues sur les scènes arabe, islamique et internationale dans tous les domaines et leurs incidences, directes et indirectes, sur les champs d'action des organisations spécialisées dans les domaines de l'éducation, des sciences, de la culture et de la communication, y compris l'ISESCO, nous impose une nouvelle vision, tant sur le plan de la forme que du contenu, du prochain Plan d'action de l'Organisation pour les années (2013-2015). L’objectif de la démarche est de faire en sorte que les programmes et activités inscrits dans ce nouveau Plan soient plus adaptés à la nouvelle donne et répondent mieux et plus efficacement aux besoins réels des Etats membres.
A vrai dire, le Plan (2013-2015) constitue le second maillon du Plan à moyen terme (2010-2018) de l'ISESCO qui, grâce à sa vision prospective, permet de mieux appréhender les enjeux et les dimensions desdites mutations. Ceci confirme, si besoin est, l’importance centrale du Plan à moyen terme dans la détermination des contours de l'action de l'ISESCO pour les années à venir, aux côtés des autres référentiels immuables de l'ISESCO que sont les objectifs énoncés dans la Charte de l’Organisation, ses Stratégies sectorielles et les décisions de ses instances constitutionnelles et ses conférences ministérielles spécialisées. Citons aussi, dans la même veine, les rapports d'évaluation internes et externes relatifs aux résultats et à l'impact sur le terrain des activités, programmes et projets réalisés, ainsi que le Programme d’action décennal de l'Organisation de la Coopération islamique (OCI).
L'analyse actuelle et prospective du paysage régional et international nous a amené, à la Direction générale de l'ISESCO, à adopter, dans l’élaboration du nouveau Plan d'action (2013-2015) de l'Organisation, une nouvelle approche dont nous avions déjà donné un aperçu lors de la 32ème session du Conseil exécutif, à l’occasion de la présentation des grandes lignes du Projet dudit Plan. Nous avions alors défini deux objectifs stratégiques de l'action de l'ISESCO pour la prochaine période triennale, à savoir « le soutien des efforts des Etats membres pour réaliser le développement durable » et « la présentation des informations correctes sur l'Islam et les Musulmans et la lutte contre l'islamophobie ». Nous nous étions également engagés à apporter un certain nombre d'amendements et d'améliorations méthodologiques et substantielles par rapport au précédent Plan d'action (2010-2012), afin de pouvoir mieux répondre aux exigences de développement durable des Etats membres dans les domaines de l'éducation, des sciences, de la culture et de la communication au cours des trois prochaines années, et ce, conformément au premier objectif stratégique. Ces amendements devraient, d'autre part, assurer une interaction constructive avec les mutations régionales et internationales ainsi qu'avec les défis de la mondialisation, dans le cadre de nos spécificités et nos valeurs socioculturelles, de manière à renforcer l'image authentique et rayonnante de l'Islam et de la civilisation islamique, conformément au second objectif stratégique.
Le choix d'un nombre limité de priorités et d'axes de travail vient en tête de nos engagements dans le cadre de ce nouveau Plan d'action. En effet, cette démarche est de nature à permettre à l'ISESCO de recadrer et optimiser ses efforts en vue de se mettre au diapason des mutations en cours, traiter les questions éducatives, scientifiques, culturelles et communicationnelles qui y sont associés et atteindre le résultat escompté sur le terrain. Ainsi, cette démarche évitera la dispersion des efforts qui débouchent généralement sur des résultats modestes et à faible impact.
Veillant au grain à la bonne application de cette nouvelle approche, les Directions et services concernés ont fixé, après mûre réflexion, tout au plus deux à trois priorités sectorielles. Ils ont également adopté la même démarche pour les axes de travail découlant desdites priorités, faisant en sorte que ces axes soient tout aussi limités en nombre et déclinés sous forme de projets dont sont fixés les objectifs, les résultats escomptés, les catégories bénéficiaires et les parties coopérantes dans leur mise en œuvre. Il s’agissait, par ailleurs, de veiller à ce que les activités et programmes inscrits dans le cadre de ces axes soient à caractère intégré sur le plan tant qualitatif que thématique et étalés chronologiquement de la 1ère à la 3ème année du Plan, afin de garantir un maximum d’efficacité et un meilleur impact sur le terrain.
Concernant la Direction de l'Education, et compte tenu des engagements de la communauté internationale, y compris le monde islamique, en matière des Objectifs du Millénaire pour le Développement relatifs à l'éducation et l'alphabétisation à l’horizon 2015, l'action s'articulera uniquement autour de deux priorités sectorielles, à savoir, le développement des systèmes éducatifs des Etats membres et le renforcement du rôle de l'éducation dans la consécration des valeurs humaines communes et le traitement des questions de développement. La première priorité sectorielle sera centrée sur les trois axes suivants : la généralisation de l'éducation de base, la mise en place d’un enseignement de qualité et le renforcement de la compétitivité dans l'enseignement supérieur. Quant à la deuxième priorité sectorielle, elle se décline en deux axes : l'éducation environnementale, sanitaire et démographique et l'éducation aux valeurs humaines communes.
Pour ce qui est de la Direction des Sciences, dont l'organigramme englobe aussi le secteur des sciences humaines et sociales, trois priorités sectorielles ont été définies, à savoir, le renforcement des capacités scientifiques et technologiques à des fins de développement, la préservation de la biosphère et la mise à profit des sciences humaines et sociales pour promouvoir la paix sociale. Par ailleurs, la première priorité sectorielle se décline en trois axes de travail, à savoir : la rénovation et la gestion des politiques scientifiques, le renforcement des capacités technologiques et la consécration de la culture de la qualité dans l'enseignement scientifique. A son tour, la deuxième priorité sectorielle est subdivisée en deux axes : la préservation et l’utilisation durables des ressources naturelles et l'atténuation des risques environnementaux et la gestion des catastrophes. Enfin, la troisième priorité sectorielle comprend aussi deux axes que sont le renforcement de la cohésion sociale et l'amélioration de la qualité de la vie. Par ailleurs, les programmes de travail du Centre de l’ISESCO pour la Promotion de la Recherche scientifique on été réorientés pour apporter une meilleure contribution à la réalisation du premier objectif stratégique de ce Plan, à savoir le soutien des efforts des Etats membres pour réaliser le développement durable.
Au niveau de la Direction de la Culture et de la Communication, deux priorités sectorielles ont été retenues dans le domaine de la culture, à savoir, l'échange et la diversité culturels au service du dialogue, de la stabilité et de la paix et la culture et le patrimoine : outils d'intégration sociale et valeur économique. La première priorité sectorielle se subdivise en deux axes : le dialogue entre les cultures, les civilisations et les adeptes des religions et la diversité culturelle et la pluralité linguistique et confessionnelle. La deuxième priorité sectorielle comprend, quant à elle, les trois axes suivants : l'approche participative du patrimoine, le rôle de la production culturelle et des savoirs endogènes dans le développement et la culture pour tous. De plus, une troisième priorité sectorielle a été définie dans le domaine de la communication, portant sur l'édification de la société de l'information et du savoir et la lutte contre les stéréotypes réciproques. Cette priorité se décline à son tour en trois axes : le soutien à la liberté d'expression et la généralisation de l'accès à l'information et son usage, le renforcement des capacités professionnelles des spécialistes de l'information et de la communication et, enfin, la lutte contre les stéréotypes réciproques dans les médias.
D'autre part, et conformément à notre engagement, nous avons conforté notre approche en matière de planification en nous optant pour les projets plutôt que pour les petites activités éparses. Nous avons ainsi intégré dans le nouveau Plan d'action une série de projets sectoriels, soit dans le cadre du budget ordinaire, soit dans le cadre des programmes de coopération avec les organisations partenaires. A ceux-là s'ajoutent les grands programmes transversaux, qui sont au nombre de cinq : i) l’enfance, la femme, la jeunesse et les catégories aux besoins spécifiques ; ii) l'environnement, la santé et la population ; iii) l'action éducative et culturelle à l'extérieur du monde islamique ; iv) la présentation des informations correctes sur l'Islam et les musulmans ; et v) l’enseignement supérieur et la recherche scientifique. Le cabinet du Directeur général adjoint assurera la coordination nécessaire entre les différentes Directions et Divisions concernées en vue d’un traitement intégré desdites questions de manière à atteindre les résultats escomptés sur le terrain.
Par ailleurs, l'ISESCO entend assumer pleinement sa vocation de foyer d'expertise, de laboratoire d’idées et d'instance spécialisée dans le renforcement des capacités et l'orientation des politiques des Etats membres dans les domaines de l'éducation, des sciences, de la culture et de la communication. A cet égard, et conformément à notre engagement explicite à accroître le nombre de programmes de formation au niveau régional et sous-régional et de réunions d'experts, ainsi que le nombre d'études, de rapports et de guides en vue de fournir davantage de références académiques et fonctionnelles et de moyens de travail aux chercheurs, experts et étudiants, il y a lieu de souligner, à la lecture des indicateurs de mesure relatifs aux résultats escomptés des activités programmées au titre des trois prochaines années, que plus de 250 sessions de formations et ateliers de travail régionaux et sous-régionaux seront mis en œuvre grâce aux moyens techniques et au savoir-faire professionnel des Centres régionaux de l'ISESCO dans tous les domaines de la formation. En outre, la programmation prévoit l'élaboration de 150 études, recherches, rapports, guides et matériaux didactiques, ainsi que l'organisation de 130 réunions d'experts et séminaires spécialisés et l'augmentation du nombre d'activités dans le cadre des chaires de l'ISESCO actuelles et futures. Il en est de même pour les Prix de l'ISESCO déjà en place ou ceux nouveaux, qui seront annoncés dans le prochain Plan d'action et dont le but est d'encourager la créativité et l'esprit d’innovation chez les jeunes. Ces mêmes indicateurs soulignent l'attention constante que ce Plan accorde à l'action conjointe avec les organisations de la société civile, notamment dans les domaines de la jeunesse, de la femme et de l’enfance. A cet égard, l’accent sera mis sur l’éducation de ces différentes catégories aux valeurs de citoyenneté et de dialogue, ainsi que sur l’importance de leur inculquer l'amour du travail et de les habiliter à jouir pleinement de leurs droits économiques, politiques et socioculturels. Ces indicateurs démontrent également l'attention apportée au traitement des questions du genre, dans le cadre de l'égalité entre l'homme et la femme en droits comme en devoirs.
Dans le même ordre d’idées, et conformément à notre engagement, il a été décidé de limiter le nombre de conférences, de colloques et de forums régionaux et internationaux à 50 activités. Celles-ci englobent les conférences islamiques ministérielles spécialisées, organisées par l'ISESCO dans les domaines de l'enseignement supérieur et la recherche scientifique ; la culture, l'enfance et l'environnement ; la conférence islamique des ministres de l'éducation, dont les première et deuxième sessions sont prévues dans le nouveau Plan d'action ; les réunions du Conseil consultatif chargé du suivi de la mise en œuvre de la Stratégie culturelle pour le monde islamique ; le Conseil consultatif pour la mise en œuvre de la Stratégie pour les Sciences, la Technologie et l’Innovation dans les pays islamiques ; le Conseil consultatif supérieur pour le Rapprochement entre les Madhahib islamiques et le Conseil supérieur pour l'éducation et la Culture pour les Musulmans à l'extérieur du Monde islamique.
Le nouveau Plan d'action accorde, par ailleurs, une attention accrue au renforcement du rôle de l'ISESCO sur le plan de la fourniture de l'expertise et du conseil technique aux parties compétentes en vue de développer les politiques nationales dans les domaines de l’éducation, des sciences, de la culture et de la communication. Il en est de même en ce qui concerne l’appui à la réalisation des activités à caractère local, notamment celles relatives à la formation des ressources humaines et le renforcement de leurs compétences professionnelles, ainsi que l'octroi des bourses aux projets de recherche scientifique. A cette fin, 300 activités ont été programmées pour couvrir les demandes répondant aux critères fixés.
Pour ce qui est du développement des mécanismes d'observation, de suivi et d'évaluation, nous demeurons convaincus que la planification par objectifs et résultats, adoptée dans l'élaboration du présent Plan d'action, permettra de nous fournir les données objectives nécessaires pour ce faire, mieux que par le passé. En effet, vu leur nombre réduit, leur caractère prédéterminé tant sur le plan thématique que temporel ainsi que leur mesurabilité grâce aux indicateurs de performance et de mesure y afférents, les résultats escomptés permettront de suivre la mise en œuvre des activités et d'évaluer leur impact de manière plus précise et plus rigoureuse.
D’autre part, la promotion du partenariat et de la coopération avec les organisations arabes, islamiques et internationales, les organisations de la société civile et les commissions nationales au cours des trois prochaines années a été conçue, quant à elle, selon une nouvelle vision articulée autour de programmes et de projets intégrés, focalisés sur des questions majeures auxquelles ils proposent des solutions idoines et efficaces. Ceux-ci seront réalisés selon un calendrier bien déterminé et en coordination avec les parties bénéficiaires, réalisatrices et partenaires, conformément à des critères de qualité et des indicateurs de mesure permettant d’évaluer l'impact de ces programmes et projets sur le terrain.
La carte interne des institutions et organisations coopérantes a également été redessinée selon cette nouvelle vision. Ainsi, un axe spécial a été dédié à la coopération avec les organisations internationales, telles les organisations islamiques, arabes, africaines, asiatiques, européennes et celles relevant des Nations Unies, et un autre axe similaire a été dédié aux organisations non gouvernementales, aux organisations de la société civile et au secteur privé. Cette nouvelle configuration permettra, d’une part, de renforcer la complémentarité entre les organisations gouvernementales et de mettre en place des mécanismes de coopération plus globaux et plus efficaces et, d’autre part, de promouvoir la coopération avec les ONG, les organisations de la société civile et le secteur privé en tenant compte de leurs spécificités, leurs attentes et les nouveaux rôles qu’ils sont appelés à jouer. Parallèlement, une attention spéciale sera apportée à la mise en place des ponts entre ces deux ensembles en vue de tirer la meilleure partie de leur expérience et leur savoir-faire, et ce, afin de mieux servir les Etats membres dans le cadre des objectifs et de la mission civilisationnelle de l'Organisation.
S'agissant du budget pour les années (2013-2015), et fidèle à l’approche stratégique qu’elle avait adoptée dans ses précédents plans d’action, l'Organisation a veillé à ce que pas moins des deux-tiers de son budget global soient affectés aux programmes, contre un tiers pour les différentes dépenses administratives. De même, l'ISESCO a veillé, dans la conception de sa politique financière, à se mettre au diapason des développements en matière de finances, en prenant en considération les données économiques tant locales, comme le taux d'inflation et l’augmentation du niveau de vie dans le pays du siège et les pays abritant les Bureaux régionaux, que les données internationales, telles que la baisse du cours du dollar américain (monnaie du budget) par rapport aux autres devises mondiales, et la hausse des frais généraux (impression, édition, équipements techniques, billets d’avion…). Autant d'éléments qu’il convient de prendre en compte lors du calcul du coût de mise en œuvre des activités et programmes et en matière de gestion financière en général.
L'Organisation a inscrit, en outre, dans le présent Plan les nouvelles estimations financières relatives aux grands programmes, tels les conférences islamiques ministérielles dont l'organisation a été confiée à l'ISESCO par les précédentes sessions du Sommet islamique et du Conseil des ministres des Affaires étrangères des Etats membres de l’OCI. Aussi, d’autres éléments nouveaux figureront-ils dans le présent Plan, à savoir la Conférence islamique des ministres de l'éducation et la contribution effective à la Conférence islamique des ministres de la jeunesse, en coopération avec l'Union sportive de la solidarité islamique, ainsi qu’à la Conférence islamique des ministres des Waqf.
D’autres grands programmes non moins importants et à dimension stratégique s'ajouteront à ceux déjà cités. Ils concernent l'Alliance des civilisations, la lutte contre l'extrémisme, les sommets internationaux sur l'environnement et les conférences de l'éducation pour tous, lesquels reflètent l’importance de l'Organisation et du rôle qu'elle assume désormais sur la scène mondiale. Bien entendu, le coût de mise en œuvre de telles activités a bien été pris en compte dans l’élaboration du budget prévisionnel afférent au présent Plan.
Au regard de toutes ces données, et comparé aux précédents plans triennaux, le présent Plan se distingue par ce que l’on peut appeler « zéro augmentation » du budget. En effet, cette augmentation n'est le résultat ni de l’augmentation du nombre de programmes, ni de la hausse des dépenses administratives ou des frais de gestion, mais elle est liée aux indicateurs financiers et économiques précités, autrement dit des facteurs externes qui échappent au contrôle de la Direction générale. A titre d’exemple, alors que la mise en œuvre d'un programme donné coûtait un certain montant sous le plan triennal (2004-2005), en l’occurrence le dernier plan comportant une augmentation budgétaire, ce même programme sera d'un coût plus élevé dans le Plan triennal (2013-2015), la différence représentant en soi l'augmentation budgétaire.
Mais comme les instances constitutionnelles de l'Organisation et les parties compétentes dans les Etats membres sont très regardantes sur la qualité d'exécution et le niveau de présence de l'ISESCO dans les forums internationaux, mais aussi sur le rôle qu’elle assume dans la riposte à la campagne hostile à l'Islam et aux musulmans, l'option stratégique, dès lors, était de tout mettre en œuvre pour appuyer l'Organisation et ses sphères exécutives et renforcer ses capacités afin de lui permettre de relever les défis de développement auxquels sont confrontés les Etats membres par les moyens les plus efficaces et les outils les plus appropriés. Dans cette optique, sur le nouveau budget fixé à 45.210.498 $US, 38.867.787 $US (soit 86%) ont été consacrés aux programmes, contre 6.342.711 $US seulement pour les frais de fonctionnement, d’équipement et du personnel administratif. Cette importante part de budget allouée aux programmes reflète, si besoin est, le souci de la Direction générale de permettre aux Etats membres de tirer plein parti des activités de l'Organisation et de mobiliser les ressources nécessaires pour la réalisation des objectifs de développement dans ces pays. Elle traduit aussi une ferme volonté de rationaliser les dépenses et limiter autant que possible les dépenses administratives.