Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -


L’UNIVERSALITE DE L’ISLAM

Par
Dr Shawqi DAYF

Traduction
Ahmed DHIMENE


Chapitre VI :L'Islam embrasse la Science

L'Islam a embrassé la science dans le premier des versets révélés du Coran. Dieu s'est adressé à Son Envoyé en disant: (Sourate "L'adhérence " nº96 verset 1,2,3,4,5) “Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l'homme d'une adhérence. Lis, ton Seigneur est le Très Noble, qui a enseigné par la plume, a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas”. L'enseignement avec la plume est inconditionné et n’est pas limité par une catégorie de sciences dont Dieu a comblé l'humanité. Il est évident que certaines sciences sont perçues par l'information franche; d'autres sont saisies par les sens, d'autres encore par l'affectivitié et d'autres par l'esprit au moyen de l'expérience, de la déduction. Pour honorer la science Dieu a juré par la plume et par ce qui est écrit dans le domaine de la science et du savoir, en disant dans la sourate (La plume)(Sourate "La plumle" nº68 verset nº1) “Par la plume et ce qu'ils écrivent "”. Il a dit à Son Envoyé d'être humble devant Lui pour qu'il accroisse ses connaissances comme il est dit dans un verset de la sourate (Tâ-Hâ)(Sourate "TâHâ" nº20 verset nº 114)“Et dis : ‘Ô mon Seigneur, accrois mes connaissances!” Dieu a comblé d'honneur les savants puisqu'il les considère comme les égaux des Anges dans "l'attestation" de Son unicité comme cela est dit dans le verset de la sourate :(La famille d'Imran)(ourate "La famille d'Imran" nº3 verset nº18) “Allah atteste et aussi les Anges et les doués de science qu'il n'y a point de divinité à part Lui”. Ce qu’élève la science c'est qu'il y a dans le dialogue entre Dieu-le Très Majestueux - et Ses Anges au début de la sourate (La vache) (Sourate "La vache" nº 1, verset , nº30) lorsqu'il a désigné Adam vicaire "Khalifa" sur la terre Les Anges Lui ont dit: “Vas-tu y désigner un qui y mettra le désordre et répandre le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et à Te glorifier?” Celui qui sème le désordre et répand le sang ne peut pas construire (l'habitat) mais nous, nous avons, avant lui le droit d'être "Khalifa". Dieu leur dit :“Je sais ce que vous ne savez pas”, ce dont vous n'avez pas été informés.

Et Il apprit à Adam tous les noms (de toutes choses)”.(Sourate "la vache nº1 verset nº31) Soit par l'apprentissage soit par l'inspiration, soit en lui mettant dans la tête un savoir à tel point que s'il lui est demandé le nom de quelque chose, il lui donne un nom sur le coup. Dieu a présenté aux Anges la désignation des noms et leur a dit : (Sourate "La vache nº1, verset 31) “ Informez-moi des noms de ceux-là, si vous êtes véridiques!” Les Anges ont été frappés d'incapacité. Dieu dit alors à Adam :“Ô Adam, Informe-les de ces noms”. Adam les en informa. Dieu leur a dit :“Prosternez-vous devant Adam!”

Prosternation de gloire “Ils se prosternèrent”- Il y a là, anoblissement de la science qui n'est égale à aucun autre anoblissement - Car en donnant l'ordre aux Anges -créatures divines qui glorifient toujours Dieu par les louanges- de se prosterner devant Adam, il a placé la connaissance des noms par Adam au dessus de la glorification des Anges et de leur adoration pour Lui. Ceci est une vénération inégalable de la science. L'Envoyé de Dieu a répété dans ses Hadiths que la science est au-dessus de la piété et que le savant est plus haut que le  dévot. L'un de ses hadiths connus : "Le mérite du savant sur le dévot est comme le mérite de la lune sur tous les astres". Il a souvent inspiré le désir d'apprendre la science et il a dit qu'apprendre la science est un devoir pour chaque musulman et que les Anges tendent leurs ailes à tout demandeur de science. Un homme de la tribu Morad est venu le voir à la mosquée et lui a dit : "O Envoyé de Dieu! je suis venu apprendre la science." Il lui a répondu : "Que le demandeur de la science soit le bienvenu! Celui qui apprend la science est entouré d'Anges qui le couvrent d'ombre avec leurs ailes" Et comme il a placé les savants au-dessus des dévots, ils les a placés au-dessus des martyrs pour la cause de Dieu : Les savants ont un degré de mérite sur les martyrs".

Le Saint Coran a répandu chez les musulmans l’esprit de la science. Ce qui est à remarquer c'est qu'il a modifié le sens de termes qu'ils connaissaient et qui ont eu des sens nouveaux. Ces termes forment une terminologie dans la religion tels que l'Islam, la foi, l'idolâtrie, le polythéisme. Le mot "Coran" a pour origine son radical : comme le mot "absolution". Dieu a désigné avec ce mot tous les versets du Coran qu'il a fait descendre sur Son Envoyé , c'est-à-dire les paroles de Dieu pendant 23 années, qui ont été consignées dans le Coran. Le mot "Islam" dont le sens littéral est la soumission, l'obéissance. Dieu a désigné par ce mot la religion comme dans ce qu'il dit : “aujourd'hui, j'ai parachevé pour vous, votre religion, accompli sur vous Mon bienfait. Et j'agrée l'Islam comme religion pour vous”(Sourate "la table servie" nº107 verset n°3). Le mot "foi" a pour dérivé "Aman" c'est-à-dire la Sécurité (contraire de la peur). Le Coran lui attribue ainsi qu'à ses dérivés "Tasdike, c'est-à-dire l'assentiment de l'unicité de Dieu, de Son Envoyé et de La "Charia". Le mot "Kofr" l'apostasie a pour sens littéral la couverture, le vêtement. Le Coran lui attribue ainsi qu'à ses dérivés le sens d'adoration d'autres divinités que Dieu -Le mot "Shirk" ou le polythéisme a pour sens littéral la participation à tout . Le Coran lui attribue ainsi qu'à ses dérivés le sens de ce que le mécréant croit en une divination partagée avec Dieu comme l'a dit Lokman à son fils(Sourate "Lougman nº 31, verset nº13)“O mon fils, ne donne pas d'associé à Allah car l'association à (Allah) est vraiment une injustice énorme”.

La terminologie coranique peut ne pas avoir un sens littéral, et être conçue directement comme le terme "nifak" ou l'hypocrisie qui signifie dissimulation l'apostasie et exhiber l'Islam. Les philologues disent que les arabes de la période antéislamique n'ont pas utilisé ce terme, ni dans les verbes ni dans les noms et on ne relève dans leur poésie ni "nafaka" ni "munafik" (ni verbe, ni nom) tel que nous lisons souvent dans le Saint Coran. Les philologues disent que le terme "Nafaka" vient de la période anté-islamique, qui veut dire le terrier de la gerboise qui y cachait une sortie autre que la sortie principale. Quand elle est attaquée par la sortie principale, elle emprunte cette issue. C'est comme si le Coran avait utilisé à partir du nom de ce terrier le mot "nifak" ou l'hypocrisie.

Car l'hypocrite qui proclame son appartenance à l'Islam y entre par une porte et en soit en dissimulant son polythéisme par une autre porte. Comme le terme "nifak" que le Coran a inventé, nous relevons le terme "fasik" ou débauché et ses dérivés. Ibn Al Arabi dit que le sens littéral de ce mot n'existe pas, qu'il n'a pas entendu ce mot dans les écrits et la poésie de la période anté- islamique ce qui prouve que le Coran l'a utilisé pour signifier l'insoumission à Dieu.

L'exégèse du Coran est née et se développe rapidement en application de ce que Dieu dit à Son Envoyé (Sourate "les abeilles" nº16 , verset n°44) “Et vers toi Nous avons fait descendre le Coran pour que tu exposes clairement aux gens ce qu'on a fait descendre pour eux”. L'Envoyé de Dieu expliquait à ses compagnons le contenu des versets du Coran comme principes sur le plan impératif et prohibitif. Ainsi l'Envoyé du Dieu est considéré comme le 1er exégète du Coran.

D'après Ibn Massoud -que Dieu l'agrée- "Quand l'un d'entre nous (c'est-à-dire les compagnons de l'Envoyé de Dieu apprenait dix versets du Coran,à peine il les dépassait qu'il en connaissait le sens et les appliquait. Après la mort de l'Envoyé de Dieu, les compagnons ont continué cette oeuvre en expliquant aux musulmans le Coran, en suivant sa voie et selon ce qu'ils entendaient de lui. Assiouti dit dans son ouvrage [Al Itkan] qu'il a pu rassembler plus de dix mille Hadiths constituant l'exégèse du prophète (S.B. sur lui) et des compagnons dans un ouvrage intitulé "Interprétation du Coran". qu'il a synthétisé dans un autre ouvrage appelé "Addor al Manthour Fi Tafsir Bil Maethour"

La Sounna ou le Hadith Acharif est née et s'est vite développée. Le Coran parlait des principes de la "Charia" globalement et sans détails. l'Envoyé de Dieu (S.B. sur lui) a développé, précisé et expliqué ces principes. Le Coran n'a pas donné les détails de la prière ni de la "Zakat" ou (l'aumône)- qui sont les uns des piliers les plus importants de l'Islam. Il s'est contenté de ce que Dieu dit “Et s’acquittez de la prière et de l'impôt”. C'est le Hadith qui a clarifié les règles de la prière qui commence par le "K'iam", "la Nia", le "takbir" et la lecture de la Fatiha ou le prologue et ce qui suit comme Aroko'e", puis la prosternation, avec le "tasbih", le Salut du milieu dans les prières autres que celle du matin,et la "Rak'a après le Salut du milieu dans la prière du "Magrib", le coucher du soleil.

Deux "Rak'at dans le reste des prières et le salut final. L'Envoyé de Dieu a préconisé aussi le moment des prières qui sont au nombre de cinq. Le Coran précise ce qu'il faut accomplir avant la prière comme ablutions et leurs règles.

De même la "Zakat" ou l'impôt est signalé globalement dans le Coran. C'est l'Envoyé de Dieu qui a précisé sa quantité obligatoire pour tout musulman annuellement sur l'argent, les grains, les bestiaux, les chameaux, quelqu'en soient la quantité ou le nombre de têtes. Derrière les éclaircissements par l'Envoyé de Dieu des obligations de la "Charia", il y a des centaines de hadiths plutôt des milliers avec leurs subdivisions qui la complètent. Dieu ordonne souvent aux musulmans , dans le Coran, de s'en tenir à ce que leur dit l'Envoyé de Dieu, de l'appliquer en suivant ses ordres et en s'abstenant de ce qui est prohibé - Dieu le Très Majestueux- dit dans la sourate "l'exode" (Sourate "L'exode nº59 , verset 7) “Prenez ce que le messager vous donne et ce qu'il vous interdit abstenez-vous-en”.

L'Envoyé de Dieu a appelé ses hadiths, la "Sounna". C'est-à-dire sa conduite et celle de ses compagnons. Il a dit entre autre: "Maintenez ma Sounna et mordez-la avec les molaires". C'est à  dire attachez-vous à la sounna. D'après Ibn Abbas, l'Envoyé de Dieu a dit: "Que Dieu soit miséricordieux a mes “Kholafa” ou les continuateurs de l'interprétation de la “sounna”. Nous avons dit : "O Envoyé de Dieu! Qui sont tes "Kolafa"? Il a dit : "ceux qui récitent mes hadiths et qui les apprennent aux gens". Il recommandait aux délégations de les apprendre à leurs communautés. Les compagnons ont veillé sur la "Sounna", l'ont récitée et étudiée et ainsi elle a été transmise aux générations suivantes. La "Sounna" a été, depuis qu'elle a été édictée par lui , une science qui a Sa Sainteté.

Depuis l'époque de l'Envoyé de Dieu, est née une 3ème science, le "Fikh" ou la théologie musulmane qui traite des principes divins dans les actes (ou actions) des charges des obligations, des "Nah'i" ou prohibition, l'"nadb", l' "Ibaha" ou le licite". Cette science renferme toutes les pratiques religieuses, les transactions, les actes, l'héritage et ses règles. La nouvelle terminologie que Dieu et Son Envoyé ont créée et dont ils ont enrichit le "Fikh" ou la théologie musulmane est très abondante. Arrêtons-nous devant la terminologie concernant les pratiques religieuses ou "Al 'Ibadat" c'est-à-dire : la prière, 'la "Zakat", Le Jeûne et le pèlerinage. L'origine du sens littéral du mot "Salat" ou prière c'est "addouae"; le Coran en fait un concept terminologique pour la dévotion ou la pratique religieuse de base connue dans l'Islam. La prière est devancée par les ablutions qui signifient "se laver" et la "Charia" lui attribue les sens de " se laver" et "s'essuyer des parties spécifiques du Corps. Les ablutions sont suivies de "Al Kiam", le "Takabir", le "Rokoe" et le Soujoud" ou prosternation. Le sens litteral de "Rokoe" c'est l'inclination. Dans la prière le Coran lui attribue le sens de l'inclination avec un rituel spécifique en exaltant Dieu. L'origine du sens littéral du "Soujoud" ou prosternation "Tadaloul" ou abaissement. Le Coran lui attribue le sens de la mise du prieur de son front et des ses mains sur le sol avec un rituel spécifique en exaltant Dieu en cas de manque d'eau pour faire les ablutions pour la prière, on peut faire le "taïamum" ou ablutions sèches. Le sens littéral de "ablutions sèches", le "Qasd" ou l'intention, le Coran lui donne le sens de s'essuyer le visage et les mains après les avoir passés sur une partie de la terre pure. Le sens littéral de la "Zakat" c'est l'accroissement. Le Coran lui donne le sens d'une quote-part en argent ou en nature que la "Charia" oblige à donner aux pauvres et autres avec des conditions particulières. La "Sadaka" citée dans le Coran est en rapport avec la "Zakat". Elle est dérivée de la "Sada'ka" ou l'amitié; C'est comme si Dieu-le Très Puissant voulait avec cette appellation, qu'elle consolide l'amitié, (la bienveillance) entre les musulmans par leur générosité, en donnant la "Zakat" aux pauvres et aux indigents. Le sens littéral du [Siam] ou jeûne c'est le "imsak" ou abstinence. Le Coran lui accorde le sens de l'abstinence de manger, de boire, des relations sexuelles de l'aube au coucher du soleil. Le sens littéral du "Hij" ou pèlerinage c'est le "Qasd" ou l'intention. Le Coran lui donne le sens de se diriger vers "Baït al Haram" ou Sainte mosquée en des mois précis pour accomplir les rites particuliers. Il est noté dans le Coran que la "Tamatou’a" ou jouissance du petit pèlerinage ou “Omra” avant le grand pèlerinage. Comme le dit Dieu dans le Sourate (la Vache) (Sourate "la vache" nº1 verset , 196) “Quiconque a joui d'une vie normale après avoir fait l'Umra en attendant le pèlerinage”. La "Oumra" ou petit pèlerinage au sens littéral c'est la visite, le Coran lui attribue le sens du "rite" renfermant la procession (autour de la "Ka'ba") et le "Saaï" entre "Safa" et "Marwa", l'exaltation de Dieu, "Tasbih" et "Ihram" n'ont pas de date précise dans l'année. Le "Tamattoua" au sens littéral veut dire le bénéfice, le profit ; le Coran lui accorde le sens de "l'ihram" du "haj" ou pèlerin par la "omra" ou petit pèlerinage. Quand le pèlerin l'accomplit, il peut jouir de tout ce dont il jouissait avant le petit pèlerinage jusqu'à son Ihram pour le pèlerinage. Le Coran renferme quelques règles du pèlerinage tels que le "Tawaf" ou procession, le " saie" entre "Safa et " marwa", le "nafr" ou départ en groupe de Arafat à Mozdalifa , ou l'Ifada" .

Nous nous contentons de ces concepts terminologiques qui se comptent dans la "fikh" ou "théologie musulmane" par dizaines.

Nous voyons Dieu -le Très Puissant- inciter les musulmans à se lancer avec l'Envoyé de Dieu, dans le Jihad ou guerre Sainte contre les ennemis de l'Islam.

Dans la sourate "Le désaveu" Dieu incite les musulmans à s'avancer vers l'Envoyé de Dieu pour qu'il leur apprenne l'exégèse du Coran, la Sounna , les principes de la "Charia" et ses prohibitions et pour les faire apprendre à leur tour à leurs tribus et à leurs communautés. Dieu - le Très Haut-, dit(Sourate "le desaveu ou le repenter" nu9 verset nº122) “Et les croyants n'ont pas à quitter tous leurs foyers. Pourquoi, de chaque clan quelques hommes ne viendraient-ils pas s'instruire dans la religion, pour pouvoir à leur tour avertir leur peuple afin qu'ils soient sur leur garde?”. Il y a là une mobilisation divine énorme visant à apprendre la "Charia" et ses sciences et à la diffuser dans la "ouma".

Effectivement les musulmans ont répondu à l'appel de Dieu et la ville de Médine est devenue une grande cité des sciences qui a préparé un vaste mouvement scientifique dont l'Envoyé de Dieu était le professeur, le grand savant de la ouma et son grand exégète du Coran et dont les élèves étaient ses compagnons.

Ils est connu que la "Charia" dans le Coran et la "Sounna" s'élargit considérablement et ne s'arrête pas aux dévotions, mais elle porte sur tous les aspects de la vie de l'humanité, lui créant des lois sur l'organisation de la famille, la piété filiale, le mariage, les bonnes relations entre les conjoints, la "idda" de l'épouse divorcée, sa pension pendant la "idda", la pension du nourrisson, les parts des héritiers,le commerce et les transactions commerciales, l'agriculture et sa mise en valeur, les dettes et leur enregistrement, le témoignage, les dépôts en garantie, l'assurance , les recettes de la "zakat" et la "sadaqât" l'interdiction du vol, l'assassinat, la "Riba" ou intérêt au taux excessif, l'adultère, le vin, le jeu de hasard, les règles de la guerre et du Jihad , les droits des combattants et les conventions, l'organisation du pourvoir sur la base de la consultation et la délibération (ou Achoura) de la justice avec des principes moraux importants.

De ce qui précède, il est clair que non seulement l'Islam embrasse la science, mais il s'unit avec elle, formant ainsi trois sciences; l'exégèse, le "Hadith" ou Sounna" et le "Fiqh". A côté de ces sciences, le Coran exalte les sciences naturelles, l'astronomie, les mathématiques, la médecine. Dieu met en valeur les premières sciences plusieurs fois et gratifie l'homme en lui aplatissant la terre et en lui créant des montagnes pour que celles-ci ne le fassent pas chanceler, des cours d'eau et des sources qu'il alimente par des pluies pour que les hommes s'y abreuvent et les utilisent dans l'agriculture qui produit les grains et les arbres qui produisent des fruits comme le raisin, les dattes, les olives et d'autres fruits de toute sorte. Il a répandu les animaux sur la terre et a permis asservissement du chameau, du cheval,des bestiaux par l'homme; l'utilisation de la mer par l'homme et tous les bateaux qui y naviguent pour son commerce et pour l'intérêt qu'il en retire; le vol des oiseaux de toutes les couleurs dans le ciel.

Tous les espaces naturels sont cités dans le Coran. La terre avec ses montagnes, la mer, les oiseaux, la végétation, le monde des arbres et des plantes, le monde des animaux et des bêtes, le monde des reptiles comme les serpents et les insectes. Si nous considérons les sciences astronomiques et mathématiques, nous remarquons que Dieu parle souvent de "borouj" ou zodiaque ou constellation. "Borj" veut dire d'un côté la forteresse, la tour. De l'autre côté "borj" veut dire : zodiaque, constellation d'étoiles ou mansion. Ces constellations, une fois reliées entre elles par des fils, donneraient l'image d'un animal. Le soleil dans sa course, passe chaque mois par une mansion, si bien que dans l'année il passe par 12 mansions dont les 3 premières forment le zodiaque de l'hiver, ce sont: capricorne, verseau et le poisson. les 3 autres constituent le zodaique du printemps. Ce sont le bélier, le taureau et les gémeaux. Le zodiaque d'été est formé du : cancer, le lion, et la vierge. Le zodiaque d'automne formé de: la balance, le scorpion , le Sagittaire . Dieu l'a signalé en disant :“Par le ciel aux constellations” pour prouver Sa grande puissance. Il dit dans la sourate (Jonas)(Sourate "Jonas" nº10 verset 5 , p. 208 ) “C'est lui qui a fait du soleil une clarté,et de la lune une lumière, et il en a déterminé des phases afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul (du temps)”. "Ad'iae" ou Clarté : forte lumière. "Les phases de la lune" sont les mansions de la lune ou les positions de la lune dans lesquelles elle apparaît chacune des nuits du mois, formant ainsi 28 constellations ou positions réparties sur les mansions du soleil : les noms de ces 28 mansions sont citées dans les ouvrages des savants en astronomie :Dieu dit dans la sourate "Les bestiaux"(Sourate "les bestiaux nº6 verset 96 p.140) “Le soleil et la lune pour mesurer le temps” c'est-à-dire que Dieu les a considérés comme des mansions pour que l'on sache les horaires, les jours, les nuits, les mois, les années, pour que vous sachiez comment organiser votre vie, vos problèmes, vos transactions et ce que vous attendez de l'histoire, ce qui est un principe de la vie et de la civilisation.

Le Coran fait mention de la médecine, ce qui a permis à de nombreux séminaires de médecine de se tenir pour montrer ce que le Coran renferme comme signes et miracles dans la médecine. Certains de ces aspects sont précisés dans la sourate(Sourate " les Croyants nº23, versets 12,13, p.342) (Les Croyants) l'une des étapes de la création du foetus dans le ventre de la mère; Dieu dit au début du verset que l'homme est créé “d'un extrait d'argile” en signalant ainsi qu'il a créé Adam de l'argile, puis il expose les étapes par lesquelles passe la foetus quand il est créé, en disant “Puis nous en fîmes une goutte de sperme, dans un reposoir solide. Ensuite nous avons fait du sperme une adhérence” c'est à dire du sang coagulé “et de l'adhérence nous avons crée un embryon” c'est-à-dire un morceau de viande “Puis de cet embryon nous avons créé des os et Nous avons revêtu les os de chair; Ensuite Nous l'avons transformé en une tout autre création” Nous y avons soufflé l'âme, ceci est un miracle médical divin dans le Coran où sont conçues les différentes étapes du foetus jusqu'à ce qu'il devienne un être vivant. Tout ce que j'ai signalé à propos des louanges du Coran pour les sciences naturelles, l'astronomie, la médecine et son union avec les sciences au niveau de la théologie, tout ceci a rempli les coeurs des musulmans de l'envie d'apprendre les sciences dans toutes leur diversité, et après la mort de l'Envoyé de Dieu, les musulmans se sont mis à étudier les sciences religieuses: l'exégèse du Coran, le hadith, le "fikh", puis ils ont essayé de comprendre, après les conquêtes de l'Islam, ce que les peuples arabisés possédaient comme sciences; la Chimie, l'astronomie, les mathématiques, la médecine. Ceci a donné lieu à une intense activité de traduction de ces sciences et d'autres domaines similaires a celle que nous avons vue dans le cadre de la cohabitation intellectuelle et du rationalisme de l'Islam, que les musulmans ont assimilés. On a commencé à créer la grammaire, la philosophie pour répondre aux besoins accrus des peuples arabisés qui voulaient connaître les règles de la conjugaison et la fonction des mots .

L'enseignement a connu un grand essor au niveau de l'apprentissage des sciences religieuses, des sciences de la langue et des sciences étrangères au monde musulman. Ceci a amené la communauté musulmane à devenir le guide du monde sur le plan des sciences, de la civilisation pendant six siècles, jusqu'au VIII siècle de l'hégire (XIV siècle de l'ère chrétienne).

Dieu a fait, à juste titre, de la communauté musulmane, une communauté des sciences et de l'apprentissage. Les jeunes apprenants commençaient par apprendre dans les écoles coraniques, l'écriture, la lecture, quelques sourates du Coran, un peu de calcul, la grammaire, quelques poèmes et proverbes. On apprenait aux jeunes filles le Coran et surtout la sourate "La lumière". A cette époque l'enseignement/ apprentissage ne ressemblait pas à celui que nous connaissons aujourd'hui. l'apprentissage dans les écoles coraniques tenait lieu de l'enseignement dans le primaire et le collège d'aujourd'hui. D'habitude, les jeunes enfants apprenaient le Coran. Les mosquées étaient de grands espaces où on apprenait les sciences. Celui qui voulait continuer ses études, participait aux "séminaires" animés par les Oulemas et les savants. Ces cours ressemblaient aux établissements supérieurs et n'étaient pas seulement des lieux du culte mais c'étaient des établissements de sciences et des savants y animaient des cercles dans tous les domaines.

Le savant se faisait entourer de ses étudiants. Il s'appuyait contre une colonne de la mosquée ou sur une chaise élevée et dictait ses cours. Quand l'auditoire était nombreux, il se faisait répéter ce qu'il dictait pour s'assurer que les plus loin l'entendaient. Les cercles des oulémas connaissaient plus d'audience car la maîtrise des sciences religieuses "Al Fikh" préparait à des fonctions de contrôle des prix, du contrôle des marchés, et à des fonctions de sécurité, de justice et d'administration parfois. Aucune condition n'était exigée par assister aux conférences données par les savants sauf le désir d'y assister.

Ceci a permis deux choses : La première c'est qu'il y avait un grand nombre de savant spécialisés dans les différentes sciences à tel point qu'on rapporte que Nadhr Ibn Chomaïl, l'élève d'Al Khalil Ibn Ahmed, qui voulait quitter Al Bassora en Irak pour aller à Khorassan, a été salué à son départ par trois mille savants qui étaient des Oulemas des grammairiens, des philologues etc, sans compter un grand nombre d'absents. Si Al Bassora comptait un grand nombre de savants, Bagdad en comptait plus du double.

La deuxième chose concerne la constitution d'une équipe de savants et d'hommes de lettres qui ont diversifié leurs connaissances d'une manière très large. Ils ne se sont pas contentés de participer à un seul cercle, mais ils allaient à tous les cercles ou à un plus grand nombre pour profiter des différents savoirs, ressemblant ainsi aux journalistes d'aujourd'hui qui peuvent discuter de tous les savoirs et de toutes formes de culture. Al Jahidh a surnommé ces équipes de savants, dans sa ville Al Bassaora, "Al Masjidyines". Il dit : "Ils avaient des cercles réservés, dans les mosquées où ils discutaient et polémiquaient surtout à propos ce qu'on leur exposait. "Al Jahidh rapporte dans son ouvrage "Les Avares" des éléments de leurs discussions et d'achats à propos des économies sur les provisions, les investissements. Ils avaient beaucoup d'audience et de succès dans les cercles des kalifes, des Ministres et des nobles pour les propos et les discussions interessants qu'ils leurs présentaient.

Ce qui a permis de raviver le mouvement des idées et le développement des sciences à l'époque des Abassides, ce sont les séminaires qui se tenaient dans les mosquées, les palais des califes, des ministres et des dignitaires de peuple. Les jeunes fréquentaient les mosquées pour assister aux séminaires aminés par les savants en religion, les philologues, les théologiens pour apprendre la discussions (et la controverse) et comment on devient vainqueur. Yahia Ibn Khalil Al Barmaqui, Ministre de Haroun Arrachid, avait un cercle où se rencontraient les théologiens musulmans et d'autres représentant des différentes croyances pour débattre de nombreux problèmes d'ordre philosophique ou théologique . El Messaoudi a rapporté une conversation paisible qui a eu lieu dans ce cercle et qui a eu pour objet l'amour et son essence. Le Kalife Al Mamoun animait un cercle qui était un grand espace de débats et rencontres. Il avait une grande culture en sciences religieuses, en philologie, en philosophie et d'autres sciences. Ses cercles au palais du Calife à Bagdad se sont transformés en séminaires à vocation scientifique qui abordaient toutes les branches du savoir.

Taïfor dit dans son ouvrage : "Bagdad était le lieu de nombreux séminaires où on débattait de sujets très variés. El Messaoudi dit aussi que ces séminaires organisés par Al Mamoun avaient appris aux gens à avoir des points de vue, à les échanger, et à faire de la recherche. Des séminaristes ont écrit des ouvrages approuvant les démarches et les doctrines qu'Al Mamoune avait défendues et au sujet desquelles il avait engagé des discussions. Les débats et les séminaires devenaient très fréquents dans les cercles des théologiens. Dans le chapitre sur le rationalisme de l'Islam, nous avons évoqué la fréquence des cercles animés par les théologiens à Bassora et Bagdad et qui regroupaient des représentants de toutes les religions et croyances. De nombreux ouvrages de l'époque abbasside portaient des titres avec le terme "réponse" ou réfutation ou, comme si les séminaires et les controverses avaient été l'expression de la pensée de cette époque. Il arrivait souvent à Al Jahidh d'écrire un essai où il faisait les éloges de quelque chose, d'un groupe puis il revenait sur son entreprise pour les attaquer. L'un de ses ouvrages s'intitule : "les avantages et les inconvénients", qui est un gros document renfermant des écrits sur le monde, les vertus, sur le tempérament, le caractère, leurs qualités et leurs défauts à travers de petits contes et de petites histoires où se mêlaient les cultures arabe, persane, hindoue et grecque.

L'une des raisons qui ont amené la renaissance scientifique islamique à atteindre son apogée attendue depuis le dernier quart du 2ème siècle de l'hégire (8ème siècle de l'ère chrétienne) et plusieurs siècles après c'est que Al Fadhle Ibn Yahia Al Barmaqui, ministre de Haroune Ar-Rachide, avait créé à Bagdad une usine de papier. Les gens ont abandonné l'écriture sur les peaux et le papier obtenu à partir du papyrus, fabriqué en Egypte, pour écrire sur du papier fin de bonne qualité et à bon marché. Ceci donna lieu à la publication de nombreux ouvrages, à l'existence de nombreux scribes, papeteries et au développement du commerce du papier et du livre. Les lieux où était implanté ce commerce ont connu beaucoup d'animation et les jeunes et les savants fréquentaient beaucoup ces endroits, non seulement pour acheter mais aussi pour lire la nuit les nouvelles publications, pour louer ou pour en recopier des parties, des idées ou des chapitres. Ceci a contribué à l'épanouissement de la pensée scientifique islamique puisque les ouvrages étaient à la portée des jeunes et étalés devant eux facilitant mieux pour eux l'accès au savoir que la présence aux séminaires.

Rapidement, les librairies et les bibliothèques générales et privées se développèrent. Ar-rachide a créé une grande bibliothèque qu'il a nommée "Dar Al Hikma" et où il a recruté un grand nombre de traducteurs comme nous l'avons signalé dans le chapitre "le rationalisme de l'Islam". Al Mamoun de son côté a accordé à cette bibliothèque un grand intérêt. Yahia Ibn Khalid al Barmaqui a de son côté une grande bibliothèque. On dit que tout ouvrage existant dans cette bibliothèque était en triple exemplaires. Les savants à leur tour se mirent à créer leurs propres bibliothèques. On dit aussi que la bibliothèque d'Al Wakidi, l'historien renfermait six cents coffres remplis de livres. Il avait ainsi 2 scribes "mamlouk" ou esclaves qui passaient tout le temps à écrire.

Les intellectuels nobles et généreux se sont mis à construire des bibliothèques et les ont ouvertes au public . Ali Ibn Yahia al Monaj'im contemporain d'Al Moutaoukil, a construit un palais qu'il a aménagé en très grande bibliothèque que fréquentaient les gens venus de toute part et où ils séjournaient pour pouvoir lire et apprendre. Toutes les villes du monde musulman ont connu le même mouvement et en particulier les bibliothèques des mosquées qui restaient ouvertes tout le temps et à tout le monde qui voulait lire.

C'est ainsi que l'on trouvait de grandes bibliothèques dans tous les pays musulmans. En Egypte par exemple la bibliothèque "Al Aziz le fatimide, a été très réputée et l'on dit qu'elle renfermait 200.000 ouvrages. En Andalousie, à Courdoue, c'est la librairie "al Hakam Al Mostansir l'omeyade qui fut la plus connue. Ce calife avait des libraires dans tous les pays musulmans qui lui procuraient des ouvrages dans toutes les sciences. On dit que sa librairie comptait 44 répertoires, chacun totalisant de 40 à 60 pages. Depuis la fin du 2ème siècle de l'hégire et les siècles que ont suivi, le nombre de librairies s'est accru dans tous les pays musulmans au point que des nombreux marchés du livre ont été créés.

Les musulmans se sont intéressés à la lecture des ouvrages et à

l'apprentissage des sciences depuis le début de l'Islam, intéret qu'aucun peuple n'a connu, grâce au Coran et à la Sounna qui ont incité les musulmans à l'apprentissage au point que la communauté musulmane devint le peuple de la science. Tout le monde fut épis de la science et nombreux furent ceux qui voulaient s'en emparer et nombreux furent ceux qui, dès le 3ème siècle de l'hégire, se mirent à écrire des ouvrages comme Al Jahidh qui a écrit de nombreux chefs d'oeuvre et de très nombreux essais pouvant former une grande librairie. Mohamed Ibn Jarir At-Tabari l'auteur des grands ouvrages At-tafsir ou l'exégèse et l'Histoire ne laissait pas passer un seul jour sans écrire plusieurs pages comme si c'était pour lui un devoir vis-à-vis de la société. L'un de ses élèves est allé jusqu'à recenser le nombre de pages qu'il a écrit et le nombre d'ouvrages qu'il a publiés. Son élève rapporte qu'il a passé quarante ans à écrire à raison de 40 feuilles par jours. Un autre a compté le nombre de feuilles qu'il a écrit, qu'il a divisé par le nombre de jours qu'il a vécu depuis sa naissance jusqu'à sa mort et a trouvé une moyenne de 14 feuilles. Il n'est donc pas étonnant que Mohammed Ibn Zakaria Arrazi, son contemporain, décédé en 320 de l'hégire, ait écrit, selon Al Bayrouni, cinquante six ouvrages sur la médecine, quarante quatre sur les sciences naturelles, dix ouvrages sur les mathématiques, dix-sept sur la philosophie, huit sur la logique, et vingt trois sur la Chimie. L'un de ses ouvrages les plus importants "Al hawi" est une encyclopédie médicale. Il a écrit aussi un ouvrage sur la médecine "spirituelle". Son confrère en Andalousie , Az-Zahraoui a écrit une grande encyclopédie en 30 tomes. Ibn Sina a lui aussi écrit des centaines d'ouvrages et d'essais. Son ouvrage la "loi en médecine", avec l'encyclopédie d'Az-zahraoui et l'ouvrage d'Ar-razi faisaient l'objet d'enseignement dans les universités européennes du 18ème au 19ème siècle. Dans les domaines de la philologie et de la théologie on dénombre des centaines d'ouvrages et des encyclopédies volumineuses. Citons à titre d'exemple, le dictionnaire "Lisan Al Arabe" en 20 tomes très volumineux.

Notons chez les arabes un phénomène important en rapport avec les sciences depuis leur naissance. Les sciences n'étaient pas l'apanage d'une classe déterminée mais elles interessaient toutes les classes sociales. Elles étaient constamment enseignées dans les cercles animés par les Cheikhs" dans les mosquées où a commencé la création des bibliothèques. Depuis la fin du deuxième siècle de l'hégire des bibliothèques générales commencent à voir le jour dans les pays musulmans et commencent aussi à se développer avec elles les librairies et les papeteries. L'enseignement/apprentissage n'exigeait pas de dépenses. -Sa gratuité était garantie à tout le monde. Les milieux populaires avaient toutes les chances d'y accéder; la preuve c'est que si l'on revient à la biographie des savants et des hommes de Lettres, poètes ou écrivains, on remarquera qu'un grand nombre parmi eux était issu de la classe populaire. Leur surnom traduit cela : le forgeron, le négociant en soierie, le marchand d'étoffes, l'archer, le marchand de parfum, le brodeur. Parmi les théologiens nous trouvons aussi, Ahmed Tamar le vendeur de dattes", Chouaïb Al Qallal, Abou Nouas a grandi chez un parfumeur. Abou El Atahia a grandi en vendant la poterie qu'il colportait dans les rues de Coufa. Al Jahidh a grandi aussi en vendant le pain et le poisson le long de petits cours d'eau à Bassora. Nous disposons de textes montrant que les gens du peuple avaient toutes les chances d'accéder à la culture et qu'aucun obstacle ne se dressait devant eux pour cela.

Ils fréquentaient les mosquées, les bibliothèques et librairies à la recherche de l'instruction et de la culture. Ceci est illustré par les propos d'Al jahidh qui dit : "J'ai demandé à quelques parfumeurs parmi les "Mau'tazilites" comme si les parfumeurs avaient été a cette époque divisé en groupes séparés, les uns appartenant aux Mau'tazilites les autres à d'autres rites. Leur cas rassemblait à celui d'autres commerçants et artisans qui soutenaient tel rite ou tel autre, tel savant ou théologien ou tel autre. Chaque penseur ou chaque maître avait ses partisans parmi les intellectuels et parmi les gens du peuple.

Les arguments que j'ai signalés montrent comment les sciences et les savoirs se sont profondément répandus dans les milieux populaires. L'un des exemples qui le montrent c'est l'existence d'une association Chi'ite Ismaïlite qui appelait le peuple à adhérer à sa secte ismaïlite ch'iite extrémiste. Elle a pensé faire cet appel d'une manière implicite dans des essais philosophiques et scientifiques. Elle a catégorisé 52 essais dans toutes les composantes de la philosophie théorique et scientifique et les a appelés : "essais des frères Assafa" dont les auteurs ont gardé l'anonymat et les ont diffusés dans les libraires. On y relève 124 essais sur les mathématiques et la logique, dix sept sur les sciences naturelles et la psychologie, dix sur la métaphysique et la théologie, onze sur le soufisme (ou mysticisme ), l'astrologie et la magie. Ces essais renferment des idées et des pensées Chi'ites Ismaïlites éparpillées dans leurs replis dans le but d'asseoir la pensée Ismaïlite. Il est important de rappeler que les frères, As-safa ont pensé dans leur appel au soutien de leur secte ismaïlite parmi les gens du peuple qu'il fallait insinuer cet appel dans les essais philosophiques et scientifiques. Cela montre que la culture philosophique et scientifique étaient répandues dans tous les milieux, et a permis à une association Ismaïlite secrète de recourir à un procédé pour répandre sa pensée chi’ite parmi les gens. On peut imaginer ainsi que toute la communauté de Bagdad avait une certaine culture philosophique et scientifique. Ce qui illustre cela: c'est l'histoire du loquace barbier dans les mille et une nuit, qui dit à un jeune de Bagdad: "Dieu t'a accordé une faveur avec un barbier, astrologue, chimiste, sémiologue, grammairien, philologue, sémanticien, rhétoricien, spécialiste en logique, en calcul, en astronomie, en géométrie, en sciences religieuses, en Hadiths,en exégèse.

Tout ce qui a été dit jusqu'ici au sujet de l'Islam qui embrasse les sciences ne dépasse pas les quatre premiers siècles de l'hégire, au moment où en Europe, les apprenants étaient très peu nombreux. Les livres n'existaient chez les européens que dans les monastères, alors que dans les pays musulmans on les trouvait dans les mosquées, les bibliothèques et les librairies. La construction des écoles a commencé dès le quatrième siècle de l'hégire. Ce sont les dignitaires qui les construisaient puisqu'ils se considéraient comme les protecteurs des sciences . Nidham Al Moulk, ministre seljoukide s'est mis à créer des écoles ressemblant à des universités partout en Irak et en Iran. On y enseignait toutes sortes de sciences et on y construisait des logements pour les enseignants et les étudiants qui bénéficiaient tous d'un salaire. Ces écoles se sont multipliées dans tous les pays arabes où naissaient des compétitions entre les professeurs et les savants, et où une certaine unité sur le plan scientifique commençait à voir le jour. De grandes mosquées commencent à être créées dans le monde musulman et se transforment en universités où on enseignait les sciences religieuses et la philologie par de grands spécialistes; exemple, l'université Al Karaouyine à Fès, l'université Oqba à Keiraouane, Azzaitouna à Tunis, l'Université Al Amaoui à Damas, Al Azhar au Caire où l'hébergement et la nourriture étaient assurés aux étudiants venus de tous les pays musulmans, jusqu'à nos jours. Cette renaissance scientifique universelle au cours de laquelle les musulmans ont été les maîtres de monde entier pendant six siècles leur a permis d'atteindre l'apogée dans toutes les sciences, qu'il s'agisse des sciences religieuses , de la philologie ou des sciences venues des civilisations lointaines comme la chimie, les sciences naturelles, les mathématiques, l'astronomie, la médecine, la géométrie. Ils ont crée la philosophie islamique où ils ont emprunté à la spiritualité de l'Islam et à la philosophie grecque. Vite et à travers toutes les époques, des philosophes célèbres ont pu briller. Tout cela est dû au Coran et au Hadith qui ont répandu et enraciné dans les coeurs des musulmans une passion qui n'a pas d'égal pour les sciences , à tel point que ceci est devenu une composante intégrale de leur religion.

L'Europe a pu se réveiller de sa torpeur au onzième siècle de l'ère chrétienne en observant cette remarquable renaissance scientifique musulmane.

Un grand nombre de jeunes européens qui voulaient en savoir plus sont venus s'installer dans les villes de l'Andalousie pour apprendre la langue arabe, se cultiver dans les différentes sciences en suivant les cours des grands savants. Ils se sont mis ensuite à traduire les grands ouvrages scientifiques et philosophiques en latin qui étaient leur langue scientifique. Addomyili dit dans son ouvrage intitulé "Les sciences chez les Arabes et leur impact sur l'évolution des sciences universelles": "Tous les ouvrages des grands savants arabes ont été traduits en latin au onzième et douzième siècle de l'ère chrétienne". Ils ont étudié ces ouvrages , en ont assimilé les idées et les ont intégrées. Ces ouvrages leur ont éclairé la voie qui les a conduits à la renaissance scientifique moderne.

Il est naturel, puisque le Coran et le Hadith appellent la communauté, hommes et femmes à l'apprentissage, que les femmes jouent un rôle important dans le mouvement scientifique islamique, depuis l'époque des compagnons du prophète. Leur professeur, à elles toutes et à travers les époques, était Aïcha, mère des croyants, que Dieu l'agrée, et épouse de l'Envoyé de Dieu qui a dit d'elle: "Prenez la science de cette rougeaude. Elle a rapporté de l'Envoyé de Dieu plus de 2000 (deux mille) Hadiths dont une grande partie porte sur les dispositions législatives sur lesquelles les savants en sciences religieuses ont compté comme ils ont compté sur des Hadiths rapportés par d'autres épouses de l'Envoyé de Dieu et d'autres compagnons parmi les femmes. L'on sait que Omar Ibn Al Khatab s'est fait aider lors de son Khilafat d'un campagnon femme parmi les "mouhajirats" ou émigrées Quoreïchites, qu'il a nommée contrôleur dans le marché de Medine. Il s'agit de Chifae bent Abdellah qui contrôlait les prix et prononçait des jugements en cas de litiges concernant les transactions. Après les conquêtes de l'Islam, l'enseignement/apprentissage des femmes musulmanes s'élargissait et portait sur l'apprentissage de quelques sourates du Coran, quelques Hadiths, quelques dispositions du "Fikh" concernant la pratique des préceptes de la religion. Lorsque au 2ème siècle de l'hégire, le 8ème de l'ère chrétienne, le mouvement scientifique islamique, a commencé à se développer, les femmes ont commencé à fréquenter les cercles des causeurs, des théologiens et des savants en religion puis des femmes sont devenues des savantes et animatrices de cercles dont certaines ont connu la célébrité dans les différents pays musulmans pour les cours sur le "Hadith" qu'elles donnaient.

L'une de ces premières femmes, en Egypte, était Noufissa bent El Hosine ben Zaïd ben Hassan Ibn Ali Ibn Abi Talib , décédée en 208 de l'hégire. Elle dictait le Hadith aux égyptiens et égyptiennes dans sa mosquée à El Fostate. Al Imam Ach-chafi'i l'initiateur du rite portant son nom était l'un de ceux qui assistaient à ses cours et l'écoutaient dicter le hadith. Dans tous les pays musulmans,des femmes expliquant et dictant le hadith, psalmodiant et expliquant le Coran, théologiennes de l'islam sont devenues célèbres. Al Fassi réserve dans son ouvrage : "Al Ik'd Athamine Fitarikh Al Balad Al Amine", c'est-à-dire la Mecque, à ces femmes qui expliquaient dictaient et animaient dans l'enceinte de la Mecque, une partie du tome 8 de ce livre où il a précisé la biographie de dizaines de femmes savantes et théologiennes issues des femmes mecquoises ou séjournant à la Mecque et qui ont enseigné le Hadith à de nombreux élèves devenus à leur tour d'éminents savants. L'une de ces célèbres savantes était la servante de la mère du Calife Al Moqtadir, appelée Thomal. Elle s'est assise en 302 de l'hégire pour juger une affaire opposant 2 individus, en se faisant entourer des juges et de savants. Il y avait des divergences de points de vue entre les savants de l'Islam au sujet de l'exercice des fonctions de juge par une femme. L'Imam Attabari l'un des plus éminents exégètes de Coran à son époque a admis qu'une femme puisse être juge. cette "fetwa"(Opinion ou interprétation légale juridique) prouve l'approfondissement et la maîtrise du "Fik'h" et des sciences religieuses (la Charia) réalisés par les femmes. Et depuis le 2ème siècle de l'hégire (8ème siècle de l'ère chrétienne) un grand nombre de femmes se vouent à l'ascétisme et à la dévotion. La plus connue d'entre elles était l'égyptienne Rabea El Adaouya, la mystique. Elle a écrit sur l'adoration de Dieu et le mysticisme, dénué de matière et de tous les sens, de très beaux poèmes. Elle est considérée, à juste titres, comme l'un des fondateurs du soufisme musulman.

Elles sont nombreuses dans les pays musulmans, celles qui ont approfondi leur connaissances dans les différentes sciences. Dans le tome 8 de l'ouvrage "Ad-Dhaïl Wa takmila" d'Abdelmalik Al Marrakouchi on relève un long index concernant les femmes savantes en Andalousie et dans le Maghreb. Elles étaient réparties sur les résidences des gouvernants en Andalousie et dans les pays du Maghreb, celles des ministres et des savants et sur l'ensemble des peuples andalous et du Maghreb. Certaines d'entre elles enseignaient les "sept lectures", la lecture "warch l'égyptien", l'exegèse, le "Hadith", le "fikh", la langue arabe, la prosodie, les ouvrages sur la littérature comme "Kitab Al Kamil d'Al Mabrid", l'ouvrage Al Amali d'Abi Ali Al K'ali D'autres femmes savantes répandaient le rite Al Ach'ari parmi les femmes de leur propre cité. Depuis le 5ème siècle de l'hégire (le 11ème siècle de l'ère chrétienne), des femmes médecins andalouses sont devenues célèbres et ont enseigné la médecine à des maghrébines. D'autres femmes musulmanes ont connu la célébrité à travers les siècles, pour leur mysticisme et leur dévotion. Ibn Arabi le soufiste dit que c'est sa femme Myriam qui l'a encouragé à devenir mystique en observant sa piété (sa femme) et en écoutant ses exhortations. Une autre femme célèbre aussi, appelée Nouna Fatima était une mystique de Cordoue et dont Ibn Arabi était pendant deux années l'élève et le disciple. Une autre soufiste tunisienne appelée Aïcha Al Manoubia était l'une des élèves d'Abi Hassan Chadli maître de la secte soufiste.

Elle était surnommée "Lalla" et a en Tunisie une "Zaouia" (ou Marabout). Toutes ces femmes mystiques ont des "zaouia" ou des mosquées éparpillées dans tous les pays musulmans, comme la mosquée Zaïneb au Caire. Au Soudan, la femme a participé à l'extension du soufisme dans le pays . Elle participait aussi au cercle sur la pensée et les chants soufistes. Souvent elle se mettait à déclamer debout, les hommes formant 2 rangées face à face psalmodiant le Coran et écoutant respectueusement ses déclamations. Au Maghreb et en Mauritanie ce sont les femmes qui avaient à charge l'enseignement préscolaire et élémentaire. Elles apprenaient aux petites filles et aux petits garçons , jusqu'à l'âge de 12 ans , la lecture et l'écriture, leur faisaient apprendre quelques sourates du Coran, le calcul et quelques notions indispensables en sciences.

Avec ces liens intimes entre l'Islam et la science , que le Coran et la Sounna ont consolidés et qui ont transformé le monde musulman en monde de la science et de la lumière, nous voyons certains de nos intellectuels lire ce qui s'est passé en occident au seizième et dix septième siècle de l'ère chrétienne, à propos du refus par l'Eglise des sciences occidentales récentes, à propos de son opposition aux savants occidentaux et de la guerre violente qu'elle leur a déclarée, comme il l'avait fait au savant italien Galilio (1564-1642), astronome et mathématicien quand il a déclaré que la terre est ronde et qu'elle tourne autour du soleil. Elle a demandé son jugement et l'a même torturé, au point qu'il a été obligé de renoncer à ses idées. Lorsque les intellectuels musulmans avaient lu tout cela sur l'Eglise chretienne pendant les deux siècles précités, ils avaient pensé que quelque chose de similaire s'était produit entre l'Islam et la science.

C'est une erreur monumentale puisque cela ne s'est jamais produit. L'Islam et la science se sont toujours embrassés, ce qui a poussé les musulmans hommes et femmes à se passionner pour les sciences à toutes les époques du passé et à être les artisans de la renaissance scientifique dont nous avons parlé et qui a conduit le monde pendant six siècles de suite. Comme nous l'avons souvent dit, la religion musulmane que Dieu a choisie pour rendre l'humanité heureuse dans ce monde ici-bas et dans l'au-delà, n'est pas venue pour constituer en totalité ou en partie un obstacle à l'assimilation de la science par les musulmans. Nous l'avons vue plutôt placer la science comme nous l'avons signalé- au rang supérieur à la glorification de Dieu par les Anges, pour inciter fortement les musulmans à se passionner pour la science. De la même manière, l'Envoyé de Dieu les a poussés à cette passion en disant - comme nous l'avons vu- que les Anges déploient leurs ailes à celui qui demande à apprendre la science pour le transporter comme il veut. Cette incitation, des musulmans, par Dieu et Son Envoyé, pour qu'ils aillent apprendre la science, les a mis dans la situation d'en demander plus chaque fois qu'ils en reçoivent un peu. Ils ont dans un premier temps, voulu apprendre les sciences religieuses, puis par la suite, la philologie et les autres sciences venues de l'étranger comme la médecine et autres. L'Islam n'embrasse sans doute pas, seulement ce que les musulmans savaient de la science et de ses différentes branches, mais il embrasse aussi les sciences qu'ils apprendront dans l'avenir. L'Islam et la science forment un doublet ou sont des frères.

Je n'ai pas cité tous les savants musulmans éminents dans toutes les sciences car même les documents volumineux ne peuvent pas les cerner tous.

Mais j'écris ici un aperçu sur l'Islam et la science et j'ai précisé comment l’Islam a ravivé le tison de la science chez les musulmans et comment ce tison a flambé au point où toute la terre musulmane s'est illuminée s'est éclairée de sciences religieuses, de sciences sur la langue, des sciences naturelles, de la chimie, des mathématiques, de la médecine. Je n'ai pas cité non plus tous les ouvrages, les encyclopédies et d'autres oeuvres remarquables écrits par les savants musulmans qui se sont affermis à travers les temps. Ils sont tellement nombreux dans toutes les branches de la science qu'il est difficile de les énumérer. Il suffit de rapporter que nous avons hérité du patrimoine scientifique musulman des milliers de volumes dans toutes les sciences qui font notre fierté et dont les auteurs sont aussi notre fierté.

 

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