L’UNIVERSALITE DE L’ISLAM
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Chapitre IV : la Cohabitation Intellectuelle De la presqu'île arabique sont partis les conquérants arabes répandre l'Islam et ses prescriptions dans toutes les régions du monde. Ils ont ainsi conquis beaucoup de pays depuis les confins de la Chine et de l'Inde en passant par l'Afghanistan, l'Iran, la Syrie, l'Egypte, les pays du Maghreb et ont traversé le détroit de Gibraltar pour l'Andalousie. Ils ont dressé leur drapeau au delà des Pyrénées, au sud de la France. Ce sont là de nombreux pays où habitaient depuis longtemps des peuples présentant des contrastes sur le plan ethnique, linguistique et culturel. Ces peuples se sont soumis tous aux arabes qui n'ont pas trouvé chez eux le désir de conquérir des terres et leurs richesses mais voulaient surtout conquérir les coeurs pour la religion musulmane. Ces peuples ont commencé à connaître cette religion à laquelle ils se sont convertis pour avoir trouvé une simplicité et une facilité dans ses dogmes, pour la fraternité et l'égalité qu'ils ont trouvées dans sa "Charia", entre les musulmans arabes ou non; avec l'élimination de la hiérarchie et des écarts sociaux entre les membres de la communauté; et pour l'affranchissement des peuples de tout asservissement qu'elle préconise. Il n'y a donc pas de mésentente entre les musulmans et les gens du Livre puisque l'Islam impose comme nous l'avons vu- qu'ils soient bien traités et que soient assurées leur protection, celle de leurs biens et de leurs sanctuaires, et que les différentes activités, les administrations de l'état leur soient ouvertes. C'est ainsi que l'Islam a permis un brassage important entre les musulmans et autres, ce qui a amené de nombreuses communautés à embrasser l'Islam. Ceux qui ont persisté dans leur foi avaient à l'égard des musulmans et de leurs dirigeants un sentiment d'amitié et de fraternité à tel point que nous les voyons se dépêcher de répondre favorablement au désir de leurs concitoyens musulmans non seulement de connaître les sciences appliquées aux domaines de la planification des villes, de l'architecture et de la mise en valeur des terres mais aussi d'être imprégnés des connaissances théoriques pures. Dans les pays qui avaient une certaine ouverture, se répandait la culture hellénique qui était un mélange de culture grecque et des cultures orientales variées. Ces cultures étaient surtout répandues à Jindissabor en Iran, à Roha, Harran, Kinnisrine, Antakeh, Alexandrie et dans certains couvents en Irak, en Syrie en Egypte. Du fait que l'Islam a répandu et diffusé l'amour de la science et du savoir parmi les arabes, ceux-ci ont commencé à connaître les grands savants et penseurs depuis qu'ils se sont installés dans les différents pays conquis par l'Islam. Parmi les gens du Livre, nombreux sont ceux ayant une culture hellénique, qui s'étaient arabisés et qui avaient transmis cette culture au monde arabe, ce qui a permis un échange entre eux. Ainsi commença d'exister une cohabitation intellectuelle entre les gens du Livre et les musulmans qui demandaient à ceux d'entre eux qui maîtrisaient la langue arabe, à la 2ème moitié du 1er siècle de l'hégire, de leur traduire les ouvrages de sciences qu'ils ne connaissaient pas, comme ils l'avaient fait pour Khalid Ibn Yazid Ibn Moaouya, mort en l'an 85 de l'hégire. Al Jahidh dit dans son livre, "Al Baiane Oua Attabyne"."[Ce calife] est le premier à qui ont été traduits des ouvrages d'astrologie de médecine et de chimie". Ibn Khalkane dit:" il avait des idées en chimie et en médecine". Ce calife était avisé dans ces deux matières scientifiques et les maîtrisait bien. Il a laissé des essais prouvant ses connaissances et sa compétence. Il a appris la chimie avec un moine Byzantin appelé Marianos et cela lui a inspiré trois essais. Khalid et Marianos sont de grands symboles de la cohabitation intellectuelle entre musulmans et gens du Livre. Cette cohabitation avaient engendré chez les gens du Livre le désir comme nous l'avons vu de traduire les ouvrages dont ils disposaient sur l'astronomie, la médecine, la chimie, sciences que Marianos avait enseignées à Khalid qui en parle dans l'un de ses trois essais. Depuis ce temps, les traducteurs parmi les gens du Livre se sont intéressés à la traduction des ouvrages scientifiques de leurs langues respectives à l'arabe pour répondre à la demande des arabes. Ainsi Meserjuih a traduit un ouvrage de médecine datant de l'époque de Omar Ibn Abdelaziz (99-101) de l'hégire. On a traduit aussi du grec des essais d'Aristote et du persan, des essais sur la politique et un ouvrage sur l'histoire de Sassanides, à l'époque de Hicham Ibn Abdelmalik (105-125) de l'hégire . Sous les Abbassides, la cohabitation intellectuelle entre les arabes et les gens du Livre s'est élargie. L'un des traducteurs qui a eu du succès est Ibn Al Mokaffae qui a traduit du persan "la logique d'Aristote", Kalila Wa Dimna" dont l'origine est hindoue et d'autres Livres d'histoire écrits en persan. Les chrétiens syriaques avaient traduit du grec des ouvrages de science et de philosophie. Leurs arabisants ont connu une grande activité en traduisant en arabe ces trésors grecs. Les ouvrages qu'ils ont traduits à l'époque d'Al Mansour l'Abbassi de (136-158) de l'hégire sont : Majesté de Batlimis sur l'astronomie, des ouvrages d'Aristote(L'organon est le titre sous lequel sont rangées des oeuvres logiques d'Aristote) sur "la logique", l'ouvrage d'Euclide sur la géométrie, les ouvrages d'Hippocrate et "Jalinus" sur la médecine. Les arabisants perses ont traduits les ouvrages qu'ils avaient sur l'astronomie et l'astrologie. Les arabisants hindous ont traduit un ouvrage sur l'astronomie très connu en Inde intitulé "Assind-Hinde". Cette cohabitation intellectuelle entre les gens du Livre et les Musulmans va s'activer davantage sous le règne de Haroun Arrachid et des ministres les Barmakides. Ce calife a créé une institution appelée Dar Al Hikma" qui va s'occuper de la traduction des sciences à l'étranger. Il a été aidé dans cette entreprise par les syriaques qui maîtrisaient bien la langue arabe. Le calife a nommé à la tête de cet établissement Jean Ibn Massouih qui était médecin "nestorianiste" et avait mis à sa disposition de bons traducteurs. Il leur avait procuré des ouvrages grecs sur la médecine, d'Ankara, d'Ammoriah et de Byzance et les avait chargés de les traduire. Ibn Massouih était auteur de plusieurs ouvrages de médecine et de fabrication de médicaments. Derrière cette institution d'Ar-rachid, il y avait beaucoup de traducteurs, tel Gabriel Ibn Bakhitchoue, le plus grand médecin du calife, qui a écrit beaucoup d'ouvrages en médecine. Ainsi, les gens du Livre avaient traduit et écrit de nombreux ouvrages dans des domaines scientifiques variés. Les ministres barmakides de Haroun Ar-rachid ont oeuvré pour traduire les ouvrages de sciences du latin, du grec, du persan et de l'hindou en arabe. Yahia Ibn Khalil Al Barmaki avait demandé au patriarche d'Alexandrie de traduire pour les habitants de Bagdad un ouvrage célèbre sur l'agronomie des romains, celui de Magon, l'agronome phénicien célèbre, ouvrage universel sur l'agronomie et l'arboriculture, traduit en latin par les romains. Les barmakides, perses d'origines, se sont intéressés à la traduction du patrimoine perses. A leur époque des ouvrages perses de valeur ont été traduits en arabe: "Bozorjmhr" et l'époque de Ardchirine Babek à son fils Sabor- l'ouvrage Jauidane Khirad sur la littérature l'ouvrage Hazar Afsateh qui est l'origine des milles et une nuit. Comme les Barmakides se sont intéressés à la traduction en arabe du patrimoine perse, ils se sont intéressés aussi à la traduction du patrimoine hindou Al Jahidh dit : "Yahia Ibn Khalid Al Barmaki a attiré des médecins hindous comme Mankah, Bazaiker, qui ont travaillé au grand Bimarstane à Bagdad. Ils sont vite devenus des arabisants et ont participé avec d'autres arabisants hindous à la traduction du patrimoine hindou, en particulier en médecine, en fabrication de produits pharmaceutiques. La traduction a concerné aussi l'histoire de Sindibad et de nombreuses légendes et histoires passionnantes. Cette vague de cohabitation entre les gens du Livre et les musulmans a atteint ses objectifs à l'époque d'Al Mamoun Ibn Arrachid qui a transformé l'institution Dar Al Hikma en une sorte d'établissement scientifique supérieur et lui a annexé un observatoire d'astronomie très connu. Lorsqu'il a battu l'empereur de Byzance sur certaines positions, celui-ci lui a écrit lui demandant l'envoi d'une mission pour le choix d'une série d'anciens livres scientifiques grecs entreposés dans son pays. Al Mamoun a consenti après un refus et a envoyé une délégation qui a ramené à Bagdad les livres grecs qu'elle a pu. Les traducteurs parmi les gens du Livre se sont mis à les traduire. Lorsque Al Mamoun a conclu une trêve avec le gouverneur de Chypre, il a écrit à ce dernier lui demandant les livres grecs qui ont pu être conservés. Il s'agissait des ouvrages des philosophes grecs et il les lui a envoyés. De nombreux traducteurs se sont mis à traduire ces ouvrages en arabe à Dar Al Hikma. L'un de ces traducteurs les plus connus est Yahia Ibn Patrick qui maîtrisait bien le grec et le latin. Il a traduit à ceux qui étaient autour de lui parmi les arabes le conte "Le Timée" de Platon, les ouvrages d'Aristote :"De l'âme", "Histoire des animaux" d'autres(Le 3ème ouvrage cité par l'auteur est probablement l'un des 8 livres constituant le traité d'Aristote intitulé " La Physique" , dont l'objet est la détermination des choses naturelles qui ont pour caractéristiques essentielle d'être en mouvement.), la médecine. A cette époque furent traduits les ouvrages sur la musique d'Euclide. L'un de ceux qui commencèrent à avoir de la renommée en oeuvrant pour une cohabitation intellectuelle entre les syriaques chrétiens et les musulmans à l'époque d'Al Mamoun fut Honaine Ibn Ishak. Il était très précis dans ses traductions, ce qui lui a valu l'équivalent d'or du poids de l'ouvrage qu'il avait traduit comme récompense par Al Mamoun. Pour avoir été impressionné par la qualité de la traduction du grec en arabe, le calife Al Moutaouakil lui a offert trois maisons entièrement meublées, dotées d'accessoires, de matériels nécessaires et de livres, lui assigna des terres et lui fournit un salaire mensuel de 15000 dirhams. Honaine était un chrétien nestorianiste qui est allé à Byzance où il a bien appris le grec. Il maîtrisait également le Syriaque, l'arabe et le persan. Le calife al Moutaouakil a mis à sa disposition de bons traducteurs qui travaillaient sous son contrôle. Il était passionné de la traduction du grec. Son fils Ishak et son neveu Hobaich étaient ses traducteurs les plus connus, Ishak s'intéressait à la traduction d'ouvrages de philosophe. Il a traduit beaucoup d'ouvrages d'Aristote. Hobaich, tout comme son oncle s'intéressait à la traduction d'ouvrages sur la médecine. l'un de leurs condisciples, Lahnin Stephane est le premier à avoir donné aux musulmans l'ouvrage de Dioscoride sur la botanique et l'ouvrage d'Oribase sur les les médicaments. A côté de cette grande école de traduction de la pensée grecque, il y avait beaucoup d'autres traducteurs parmi lesquels Tabit Ibn Korra qui a traduit l'ouvrage les origines d'Euclide et Kosta Ben Loka le Baalabekois qui se chargea de traduire les ouvrages des philosophes grecs. Le dernier des grands traducteurs du grecs à la langue arabe est Metta Ibn Younes, d'origine grecque, très célèbre pour sa traduction en arabe de toutes les oeuvres d'Aristote sur la logique et d'autres domaines. A travers cette cohabitation intellectuelle, les gens du Livre, syriaques ou non , ont témoigné aux musulmans non seulement leur sympathie et leur amitié, mais ils leur ont apporté aussi les sciences et la philosophie grecques qui furent un trésor, avec beaucoup de loyauté et de sincérité, sans la moindre dissimulation et sans intention de duperie. Ils ont voulu ainsi témoigner leur amitié aux musulmans en faisant leur travail avec beaucoup de précision aussi bien au niveau de la copie ou de la traduction qu'au niveau des concepts et de l'apprentissage. Ceci a duré 3 siècles et plus au cours desquels ils ont apporté leur soutien à ce travail de traduction et d'apprentissage aux musulmans et ils ont consolidé et renforcé leur amitié et leur cohabitation intellectuelle avec eux. Les premiers gens du Livre syriaques ou autres avaient traduit littéralement quelques ouvrages où il y avait des impropriétés, des erreurs de style. Certains traducteurs, surtout les syriaques- depuis les Barmakides et Al Mamoun ont jugé nécessaire de retraduire ces ouvrages importants, pour en assurer la compréhension par les musulmans pour que ces derniers les prennent en exemple, et pour renforcer les liens d'amitié avec eux. Les musulmans se sont penchés sur tout ce que les gens du Livre avaient traduit du patrimoine scientifique de leurs peuples respectifs, qu'ils connaissaient bien. Souvent ils étudiaient ensemble ce qu'ils leur avaient traduit dans les sciences comme l'avait fait Khalid Ibn Yazid Ben Moaouya pour qui Marianus avait traduit un ouvrage de chimie et la lui enseignait comme nous l'avons vu depuis le premier siècle de l'hégire, les traducteurs ont continué à traduire leur patrimoine scientifique et l'enseignaient à tous ceux qui le voulaient parmi les musulmans comme ils leurs enseignaient la philosophie contenue dans ce patrimoine. Leurs cercles (assemblées) étaient toujours pleins d'étudiants de sciences et de philosophie qui apprenaient ce qu'ils leur exposaient sur les patrimoines scientifique et philosophique. L'un des cercles les plus célèbres au 2ème siècle fut celui de Yohanna Ibn Massouih le responsable de Dar Al Hikma à l'époque d'Ar-Rachid"; c'était le cercle qui a duré le plus longtemps à Bagdad pour les étudiants en médecine, en théologie dogmatique, en philosophie. Il apprenait à ses étudiants la logique d'Aristote, les ouvrages de "Jalilos" sur la médecine". Les cercles des plus grands traducteurs du 3ème et 4ème siècle de l'hégire comme Honaine Ibn Ishak et Matha Ibn Younes, ressemblaient à celui de Youhanna Ibn Massouih. Grâce à la traduction des cultures perse, hindoue, syriaque et surtout grecque et aux sciences qu'elles renfermaient, accomplies par les gens du Livre et mises à la disposition de la communauté arabo-musulmane et grâce aussi à l'apprentissage de ces sciences par ces derniers, ils les ont parfaitement intégrées et ils n'ont pas tardé à voir se former leurs grands savants dans les différents domaines: au 2ème siècle de l'hégire (8ème siècle de l'ère chrétienne) en chimie Jabir Ibn Hayane, a écrit plus de 100 traités dont les occidentaux ont traduit un grand nombre en latin. A l'époque d'Al Mamoun nous trouvons Al Khaoirizmi celui qui a inventé l'Algèbre et qui est le précurseur d'un grand nombre de mathématiciens. Du 2ème au 8ème siècle de l'hégire (8ème siècle - 14ème siècle de l'ère chrétienne) nous assistons à une renaissance scientifique promue par la communauté arabo-musulmane. Cette renaissance a été pendant six siècles le guide du monde et a enseigné aux occidentaux beaucoup de choses, en particulier en Sardaigne et en Andalousie. Grâce à ce que les syriaques ont traduit et à la philosophie grecque qu'ils ont apprise aux arabo-musulmans,ces derniers sont parvenus à jeter les bases de leur philosophie musulmane depuis Al Mamoun et la parution d'Al Kindi, l'un de leurs premiers philosophes. Al Kindi a écrit des dizaines, voire des centaines de traités et d'ouvrages sur les mathématiques, l'astronomie, la géométrie, les sciences naturelles, la morale, la politique, la logique, la théologie dogmatique, la dialectique, la médecine. Il faisait l'éloge de l'esprit et disait que l'âme faisait partie de la lumière divine et qu'elle était en rapport avec le corps mais que dans son essence elle est indépendante du corps et quand elle s'en sépare elle s'en délecte. Au 4ème siècle de l'hégire, c'est le philosophe Al Farabi qui est le plus connu après Al Kindi. Il associe le spiritualisme de l'Islam et les théories philosophiques grecques. Au 5ème siècle de l'hégire (11ème de l'ère chrétienne) Ibn Sina, le plus grand philosophe arabo-musulman a associé la philosophie grecque, la sagesse orientale et l'esprit musulman. Les philosophes andalous sont venus après lui et c'est Ibn Rochd qui est l'un des plus connus. Il a eu le mérite de concilier la philosophie et la religion musulmane. L'un des aspects de cette cohabitation intellectuelle fertile, c'est la naissance d'un vaste mouvement donnant lieu à des séminaires et discussions entre les musulmans et les gens du Livre de croyances diverses. Ceci explique non seulement la liberté totale avec laquelle ceux-ci faisaient leur culte et leurs croyance mais aussi la liberté totale qu'ils avaient pour défendre leur foi lors des discussions avec les musulmans. A l'époque des Omeyyades, ces séminaires ou assemblées se tenaient avec beaucoup d'ardeur entre les musulmans et les moines en Syrie. L'un des chrétiens les plus connus, qui participait à ces séminaires est Yohanna le damascène qui écrivait en grec. Il a supervisé l'administration des finances à Damas sous plusieurs califes. Il a écrit de nombreux ouvrages dont "dialogue avec un musulman à propos de la divinité du Christ"; "guide pour les chrétiens à propos de leurs discussions avec les musulmans". A part ces discussions avec les musulmans au sujet du destin et de la liberté de la volonté chez l'homme, certaines de ces discussions avaient lieu dans les cercles animés par certains califes omeyyades. C'est là un des multiples aspects rayonnants de l'universalité de l'islam dans ses meilleurs moments. Les califes Omeyyades n'ont pas seulement ouvert les portes aux gens du Livre pour une cohabitation matérielle en toute liberté, mais ils ont même nommé un certain nombre d'entre eux à la tête des finances de l'état. Dans le cadre de la cohabitation intellectuelle avec les musulmans, ils ont débattu avec eux librement des questions de la foi et du destin. A l'époque des Abbassides on assiste à une cohabitation intellectuelle ardente entre les arabo-musulmans et les gens du Livre de toutes les croyances au niveau de la traduction, l'apprentissage des sciences comme nous l'avons évoqué avant. Cette ardeur concerne aussi les séminaires et les discussions au sujet de la foi entre les savants en religion, les monothéistes et les polythéistes. Nous avons entre les mains différentes informations sur cette forte polémique en Irak au 2ème siècle de l'hégire (8ème siècle de l'ère chrétienne). L'auteur de l'ouvrage Al Aghani (les chants) dit dans le 3ème tome: "Il y avait à Bassora, six théologiens ; Amr Ibn Obeid, Oissil Ibn Atae, (les deux faisant partie des Moatazila), Bachar Al Aama (un athé, libertin), Saleh Ibn Abdelkeddous (manichéen croyant en un dieu de la lumière et un dieu des ténèbres), Abdelkrim Ibn Aoujae (athé), un homme de "El Azd". Les six se réunissaient dans une assemblée d'El Azdi et se disputaient chez lui. Le chef des Mutazilites, Oissil Ibn Atae et son ami qui appartient à la même secte, Amr Ibn Obeid, connus pour leurs aptitudes à discuter avec les théologiens, essayaient vainement de convaincre Bechar, Saleh Ibn Abdelkadous et Abdelkim Ibn El Aoujae des erreurs dans leurs représentations et leur perception de la religion. Un texte figurant dans le 2ème tome de l'ouvrage "les étoiles prometteuses" dans la même localité dit: Dix personnes dont on ne connaît pas de semblables se réunissaient à Bassora: Khalil Ibn Ahmed, un sunnite, l'auteur de la prosodie, Es-saied Ibn Mohamed El Himiari, le poète chiite radical; Saleh Ibn Abdelkaddous, un manichéen; Soufian Ibn Mochajie, Bechar Bnou Bord, un débauché ; Hamad Ajrad, un athée, Ibn Ra’s Al Jaloute, un poète juif; Ibn Nadhir le chrétien, un théologien, Omar Ibn Akht Maoubuid , un mage; Ibn Sanan Harrani, un sabéen". Ce texte renferme les noms des partisans de toutes les croyances et les religions en Irak. Al Khalil Ibn Ahmed a établi la prosodie et la métrique. C'est un musulman sunnite qui pense que Abou Bakr et Omar sont devenus califes du prophète dignement. Essayed Ibn Mohamed Himiari, un chiite radical, conteste Abou Bakr, Omar et les compagnons du prophète. Saleh Ibn Abdelkaddous dit que le monde a deux dieux, celui de la lumière et celui des ténèbres. Soufian Ibn Mouichajie est un adepte des Kharijites Soufri qui optaient pour la non participation au Jihad contre les Omayades au début de leur règne ; puis ils ont pris les armes pour les combattre. Bechar Bnou Bord le débauché ainsi nommé par l'auteur des Etoiles prometteuses comme nous l'avons signalé- Hamad Ajred, un débauché, Ibn Ras Al Jalout, grand rabbin et responsable des juifs en Irak, Ibn Nadhir un chrétien, Omar fils de la soeur de Al Maoubid, un mage; Ibn Sanan Hrrani, un poète sabéen. Il est clair que chacun des dix représentait une croyance au début du règne des Abbassides. Trois d'entre eux furent des arabo-musulmans: un sunnite, un chiite radical, un soufri Kharijite. Deux d'entre eux étaient athées. Et parmi les cinq autres: un manichéen, un juif, un chrétien, un mage, et un sabéen. Ils débattaient de leurs croyances, ceux d'entre eux qui étaient poètes lisaient leurs poèmes. On ne trouvait nulle part chez d'autres peuples de telles rencontres. ils se réunissaient au moment où le peuple arabo-musulman était à l'apogée de sa grandeur, de sa puissance au 2ème siècle de l'hégire (8ème siècle de l'ère chrétienne) et surtout grâce à l'universalité de l'Islam et à la liberté en religion qu'il assurait aux gens du Livre. Durant et après le règne des Abbassides en Irak, les savants en théologie dogmatique musulmans permettaient l'accès à leurs cercles et leurs séances de réflexions sur les croyances, aux adeptes des différentes religions. ceci est prouvé par Ahmed Ibn Mohamed Ibn Saadi, d'origine andalouse, dans son ouvrage "Jadhoit Al Moktabis". C'était un théologien qui s'installa à Bagdad à la fin du 4ème siècle de l'hégire (10ème siècle de l'ère chrétienne). Il dit l'avoir quitté pour Al Kairaouan en Tunisie où le responsable religieux, Al Malki Ibn Abi Zaid décédé en 386 de l'hégire, lui demanda: "Avez-vous assisté aux assemblées des théologiens?- j'ai assisté à deux assemblées, la première a réuni tous les groupes: musulmans sunnites et réformistes, les polythéistes, les mages et les athées matérialistes: ceux qui ne croient pas au jour de la résurrection, les athées, les juifs, les chrétiens: chaque groupe avait un responsable qui parlait de sa secte. Lorsque le responsable d'une équipe venait, tout le monde se levait en signe de respect et ne s'asseyaient que lorsqu'il s'asseyait. Si le cercle se remplissait de ses partisans et qu'ils ne remarquaient l'absence de personne d'entre eux, l'un des athées disait :"vous êtes réunis pour le séminaire. Nous discutons avec des arguments rationnels et avec ce que porte le syllogisme". Ibn Saadi ajoute: "Il m'a dit qu'il y a un autre cercle. J'y suis allé. Il ressort des propos du savant en religion andalous que les cercles des théologiens dogmatiques à l'époque des Abbassides étaient ouverts aux débats et discussions aux théologiens parmi les musulmans sunnites et réformistes, aux mages adorateurs du feu, aux manichéens qui adoraient les dieux de la lumière et des ténèbres, aux sabéens qui adoraient les astres, aux athées matérialistes qui ne croyaient pas en l'au-delà, aux juifs et aux chrétiens. Tous ces séminaires, ces rencontres, ces discussions qui illustrent une solide cohabitation intellectuelle n'ont eu lieu et n'ont eu de succès que grâce à l'universalité de l'Islam qui a permis le développement de toutes les croyances et les dogmes divins ou autres et les traitaient sur le même pied d'égalité.
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