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L'important rôle de l’État consiste à faire de la prise du "pouls de l’industrie" au sein des R-D une partie routinière de l’activité industrielle. Même si les États cherchent à développer des technologies avec le plus grand sérieux, leurs efforts ne peuvent aboutir que s'ils assument un rôle actif en engageant l'industrie dans le processus de la production technologique et plus particulièrement dans celui de sa commercialisation. En effet, l’action de l’État est requise davantage au niveau de l'utilisation de la technologie qu’au niveau de sa production, laquelle peut être principalement la vocation des unités internes de R-D. L'utilisation des technologies produites localement est un processus long et fastidieux, qui exige toute une série de dispositions dont certaines dépendent directement de l’État et d’autres de la participation active de l'industrie - entreprises et entrepreneurs -, mais les orientations doivent nécessairement venir de l’État. Concernant la contribution des technologies locales au développement rural aussi, le rôle de l’État est essentiel pour les mettre à la portée de la base. Un fait à ne pas perdre de vue est que, si les institutions de R-D nécessitent surveillance, contrôle et évaluation lors de la production des technologies, les entreprises et les entrepreneurs ont, pour leur part, besoin d’être stimulés et encouragés, en même temps que de partager les risques inhérents à leur utilisation. De plus, différents services d’accompagnement, tels que la standardisation et le contrôle de qualité, l’information technologique, l’infrastructure des S-T, etc. sont nécessaires pour une telle utilisation. Tous ces éléments sont à fournir par les États et dépendent du type de rôle joué par ces derniers - interventionniste ou catalyseur, administratif ou exécutif, direct ou indirect (voir le schéma représentant les divers aspects du rôle de l’État). Les pays en développement se doivent donc de bien définir les paramètres du rôle de l’État tant au niveau de la production de la technologie qu’au niveau de son utilisation. 7.1 Expériences du Japon et de la Corée C’est à juste titre qu’on a fait remarquer que la grande réussite du Japon, de la République de Corée et, dans une certaine mesure, de l’Inde est une démonstration claire des résultats positifs de l'intervention directe de l’État. Au Japon, les laboratoires de recherche multidisciplinaire ayant des objectifs communs ont prospéré sous la supervision de l’État. Le succès du pays en matière de développement technologique depuis le début des années’50 résulte de tout l’encouragement qu’il a accordé aux activités d'innovation. Le Japon a réussi à promouvoir son développement technologique en concentrant ses efforts sur l’innovation industrielle, basée sur l’importation du savoir-faire élémentaire. En République de Corée, le rôle interventionniste de l’État pour le développement technologique tient de la tradition nationale ; ce rôle est vigoureusement assumé par l’encouragement et le soutien de l’industrie qui développe et utilise les technologies. Concernant l’action de pilotage de l'État dans le transfert et le développement de la technologie, l'expérience de l’Asie de l’Est a mis en évidence la nécessité d’établir un équilibre entre la planification étatique et les marchés, ce qui assigne à l’État l’important rôle du défenseur de l’intérêt économique national. La relation entre l’État et l'économie est plus organique et présente de multiples facettes, et l’impact de l’État sur les changements économiques dépend dans une large mesure de ses "influences non-économiques, sociales et politiques", qui sont plus étendues. Au Japon et en République de Corée, l'État est intervenu pour orienter les marchés et a modelé le processus compétitif en exerçant même une coercition directe contre une partie du secteur des affaires. La distinction entre les notions de ‘public’ et ‘privé’ s’est estompée. Les organismes intermédiaires, comme les associations industrielles et agricoles, les institutions hybrides État/secteur privé agissant comme des "courroies de transmission" entre l’État et l’économie, surtout en République de Corée, ont également joué un rôle important. Comme le montre l'expérience dans ces pays, l’État peut identifier des industries en vue de leur revalorisation et prévoir des stimulations et des mesures d’encouragement pour la croissance industrielle. 7.2 Production et développement de la technologie La plupart des États en développement occupent aujourd'hui des rôles majeurs dans "la formulation, l’évaluation et la mise en oeuvre de projets technologiques". Comme ils entreprennent eux-mêmes les R-D industriels, leur action est nécessaire pour relier efficacement ces activités avec le monde industriel. Une bonne sélection de projet exige que des mesures soient prises pour suivre et contrôler le processus de production de la technologie et qu’un intérêt permanent soit accordé à l’application industrielle de celle-ci. S’agissant des R-D effectués par le secteur industriel, des politiques fiscales prévoyant des crédits d'impôt, des subventions, des assurances risques, etc., combinées avec d’autres mesures d’encouragement appropriées, ne peuvent qu’inciter l’investissement privé dans les R-D internes. Les initiatives de l’État sont particulièrement nécessaires dans les domaines impliquant un investissement à haut risque et/ou à long terme et que l’industrie privée n’est pas apte ou n’est pas disposée à entreprendre seule. Ainsi, le Japon et la République de Corée, outre les recherches qu’ils réalisent en collaboration avec l’industrie, parrainent les grands projets de R-D, ceux qui demandent de longues périodes de gestation. Même quand les États n'entreprennent pas les R-D industriels directement, ils doivent offrir des services de soutien tels qu’une infrastructure spécialisée d’enseignement supérieur pour la standardisation et le contrôle de qualité, et l’information technologique. Parmi les nombreuses formes d’intervention de l’État pour promouvoir l’utilisation des technologies locales, on peut mentionner celles-ci : * fourniture des capitaux spéculatifs et participatifs pour encourager le processus de commercialisation de la technologie ; * prise d’initiatives financières nécessaires pour la commercialisation de la technologie ou l’implication de l’industrie privée ; * protection du marché dans les limites prévues par les politiques de promotion des compétences technologiques locales (avec réduction progressive de l’octroi d’une telle protection) ; * établissement, par-delà la réglementation du marché, des politiques d’achat privilégiant les produits technologiques développés localement à travers des mécanismes d'approvisionnement public. Le rôle de l’État est également important au niveau du soutien à la promotion de l’ingénierie locale et aux services d'assistance technique. La plupart des pays en développement accordent une grande importance à la protection des entreprises locales d’ingénierie et cherchent à leur assurer le marché local en insistant auprès de celui-ci pour qu’il en fasse soit des consultants principaux soit des sous-traitants, consultants secondaires ou de remplacement. La mission des États est également primordiale dans la généralisation des technologies locales à travers différentes actions telles que la légitimation, la promotion et l’appréciation des activités d’invention et d’innovation, les expositions et les présentations des technologies, etc. Il est certes paradoxal que dans des pays où c’est l’État qui entreprend de produire des technologies, par l’intermédiaire de ses institutions de R-D, ce même État n’assume pas de façon assez engagée les tâches subséquentes, consistant à commercialiser les résultats de ses recherches, avec la couverture des risques que cela comporte. D’un autre côté, là où l’État ne joue, dans l’ensemble, qu’un rôle promotionnel pour stimuler l’activité de production technologique plutôt que de l’entreprendre lui-même, son rôle dans l’accomplissement des tâches nécessaires, y compris la prise en charge, en partie ou en totalité, des risques dans la commercialisation des technologies produites sur la base de la R-D industrielle, est de loin plus important. 7.3 Nécessité de réduire l’écart entre la politique tracée et son application L'écart entre les buts et les objectifs de la politique déclarée et la forme pratique qu’elle prend à sa mise en œuvre compromet la promotion de l'utilisation de la technologie locale. L'importance du rôle de l’État tient non seulement dans la politique tracée, mais aussi dans son suivi pour une mise en œuvre efficace. Les défaillances et l’inefficacité de l’application des politiques de promotion de l'utilisation des technologies locales ont, en effet, des implications sérieusement préoccupantes sachant que, dans les pays en développement, ce sont souvent les États eux-mêmes qui financent le gros des R-D à l’origine de la production technologique. Il est donc recommandé aux États de ne pas perdre de vue la nécessité de procéder à une évaluation de la situation qui prévaut réellement concernant l’application des politiques, en vue d’identifier les lacunes, les faiblesses et les anomalies de leur suivi et de leur application. Bien entendu, il est possible que certains facteurs affectent ou gênent la mise en œuvre de ces politiques. Néanmoins, dans les domaines où elles peuvent être appliquées de façon rigoureuse par des vérifications et des contrôles adéquats, comme quand il s’agit du processus de production de la technologie, aucune négligence ne devrait être permise. Il importe de ne pas recourir à l'approche "coup de pouce technologique" pour faire admettre les imperfections des efforts fournis au niveau de la production technologique, à moins qu’elle ne soit nécessaire pour démontrer la faculté d’innover et qu’elle ne soit aussi liée, dès le départ, à des considérations fonctionnelles en termes de choix du projet et, plus généralement, de responsabilité du rendement de la technologie. Les services de vulgarisation, dans la technologie du secteur agricole, représentent un enseignement utile sur la manière dont les technologies peuvent être poussées vers les communes rurales dans les pays en développement. Il ne semble pas y avoir, en fin de compte, de dualité dans le "coup de pouce technologique" et l’approche de la pression de la demande. Il s’agit, en fait, de deux approches qui font partie d'une stratégie unifiée destinée à assurer la réussite de la commercialisation des technologies. Elles ne sont pas en conflit ou contradictoires, mais complémentaires. L'approche de la pression de la demande ne donne des résultats que lorsque les technologies sont ‘poussées’ par l'État. Ce qui est d’une extrême importance, c’est de pousser les technologies idoines à l’aide de politiques idoines, avec les services techniques requis, soutenus par les moyens adéquats. Les technologies promues et poussées incorrectement, ou sans les moyens appropriés, conduiraient seulement à des frustrations. Il n’y a pas, apparemment, de raison pour qu’une ‘poussée’ normale ne soit pas ‘tirée’ par la demande, du moment que l’essor de l'entreprise et des entrepreneurs, comme celui des nations, se nourrit précisément du développement de la technologie et de son utilisation.
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