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La commercialisation de la technologie consiste essentiellement à faire des résultats de la recherche un produit qui se vend bien. Elle est souvent perçue comme une succession ordonnée d’étapes, à savoir définir un produit (ou un procédé), réaliser un prototype et tester sa faisabilité, parfaire le développement et la conception du produit, entamer la phase de production et finir par le transfert du produit fabriqué au département de mercatique et des ventes. Mais ce cheminement séquentiel et ordonné est peut-être une perception trop simpliste de la réalité. Le développement d’une technologie, puis sa commercialisation, constituent un processus très complexe. Une fois que l’idée passe du niveau de la conception à celui du modèle de démonstration, il reste à l’industrie d’entreprendre les tâches difficiles d'identifier et évaluer les marchés potentiels, d’attirer des ressources financières suffisantes et de surmonter les problèmes de passage à l’échelle supérieure et de fabrication. Ce processus comporte des risques importants, des délais considérables et de nombreuses menaces d'échec. Pour sortir une quelconque technologie du laboratoire, l’entreprise industrielle concernée doit être convaincue que le développement requis, souvent coûteux, exigé pour un produit commercial ou un procédé vaut bien le risque encouru. 6.1 Processus de commercialisation Pour que le service et la technologie soient mis en œuvre de façon efficace, il est nécessaire d’achever l’ensemble de la chaîne de l'innovation, qui comprend la recherche fondamentale, la recherche appliquée, la conception et le développement, la confection du prototype, le passage à l’échelle supérieure, la formation, la création d’une conscience, l’ingénierie de la production, la conception et l’assistance technique, et la production des services. Le schéma suivant est une représentation sommaire de la commercialisation de la technologie. Cette commercialisation commence au moment où une entreprise identifie une manière d'utiliser les progrès scientifiques ou techniques pour répondre à un besoin du marché. Le processus se poursuit par la conception, le développement, la fabrication et le mercatique, de même qu’il comprend les actions à entreprendre ultérieurement pour améliorer le produit. Même s’il est fréquemment perçu comme un processus linéaire - une série d’étapes franchies par les gens dans différentes fonctions -, beaucoup considèrent le processus comme une série de phases imbriquées qui demandent l’intervention simultanée de plusieurs équipes fonctionnelles. Cas de la Corée : Au courant des années ‘80, le ministère de la science et de la technologie de la République de Corée a ouvert le Centre de Recherche-Développement (CRDC) pour encourager le transfert et la commercialisation par les universités et les institutions de recherche de l’État (GRI) de nouvelles technologies au secteur industriel privé. Une fonction cruciale du CRDC était d’accorder des prêts à long terme pour accompagner le processus de commercialisation dans les entreprises privées, ainsi que pour consolider les actions de mercatique dans le domaine du commerce à base de technologie. L’État a fourni 80 à 90 % de l'investissement total en recherche-développement aux instituts concernés par les projets nationaux de R-D pour contribuer au développement de la technologie vitale et fondamentale, de la technologie industrielle, de la technologie des énergies de substitution et d’autres programmes formulés par l’État. Il a aussi apporté une aide financière à concurrence de 50 % des fonds nécessaires aux individus et aux petites entreprises pour la commercialisation des technologies nouvelles. Depuis les années ‘70, les programmes de recherche, financés par l’État et l’industrie, ont été centrés sur le développement de technologies stratégiques, à haut risque et à coût élevé, que l’industrie ne pouvait pas développer par ses seuls moyens. 6.2 Étude de faisabilité des projets L'étude de faisabilité d'un projet est nécessaire pour obtenir des institutions financières un prêt et une participation au capital. Elle doit couvrir divers éléments de la chaîne de développement de la technologie tels que la disponibilité même de cette technologie et les ressources alternatives, les coûts impliqués dans la commercialisation du projet, la disponibilité des matières premières et leurs autres utilisations, les conditions du marché et les projections de la demande, ainsi que les diverses conditions et contraintes socio-économiques et environnementales. L'importance de l'étude de faisabilité financière tient au fait que les clients potentiels, en particulier les petits et moyens industriels, veulent acquérir, en plus du procédé ou du modèle du produit, l’ensemble complet et testé, comprenant le produit/procédé et l’ingénierie de l’usine, et cautionné par des garanties professionnelles et financières. Les laboratoires en mesure d’accompagner leur produit technologique par des services d’études de marché, de recherche sur les produits, d’études techniques, etc. réussiront plus aisément à écouler leur produit, c’est-à-dire le fruit de la recherche. Les efforts de recherche sont centrés sur le développement de technologies locales plutôt que sur la quête, l’adoption et l’adaptation des tendances technologiques internationales dans les domaines qui intéressent le plus les entreprises locales. Japon : La Corporation Japonaise des Petites Entreprises est chargée de promouvoir le transfert de technologies aux petites et moyennes entreprises, et entreprend des activités de développement liées à la conception, à la production d'essai et aux études opérationnelles. Corée : En République de Corée, l'Institut Coréen des Sciences Economiques et de la Technologie (KIET) joue un rôle majeur dans la réalisation des études de faisabilité. Le KIET effectue les analyses micro et macro-économiques du secteur industriel dans le but d’améliorer la viabilité des affaires et d’aider l’État dans sa formulation d’une politique industrielle. Il analyse l'industrie secteur par secteur et effectue des études aux échelles sectorielle et sous-sectorielle, de même qu’il réalise des études de faisabilité dès qu’une industrie ou un secteur intéressant, ou encore une opportunité d'affaire potentielle, sont identifiés. Ces études comprennent en général une analyse du potentiel de réussite du marché dans l'environnement industriel du pays. En dehors de l’État et de l’industrie, des services réguliers d’assistance technique et de formation sont fournis aux entrepreneurs individuels ; ils couvrent la technologie, la mercatique et les finances, et plus particulièrement les techniques de gestion, les améliorations de la qualité et la réduction des coûts, le développement de nouvelles technologies et la création de nouveaux produits. Philippines : L’Autorité Nationale pour la Science et la Technologie (NSTA) des Philippines offre aux clients qui la consultent une assistance technique sous forme de services de consultance et autres prestations apparentées et aide les gens à faire usage de la S-T et de l’information de gestion. Parmi les autres agences qui apportent une assistance aux entrepreneurs potentiels, on peut citer l’Institut Philippin de Développement des Inventions (PIDI) et le Système d’Aide à l'Utilisation de la Technologie (TUSS). Inde : En Inde, les études de faisabilité sont effectuées par divers organismes. Par exemple, l'Organisation de l'Assistance Technique (TCO) de la Société Financière Indienne offre un ensemble intégré de services d'assistance technique, allant de la conceptualisation à la mise en service des projets. La Corporation Nationale de Développement de la Recherche réalise aussi des études de faisabilité sur certains procédés déterminés et couvre la partie se rapportant au marché, ainsi que les aspects techniques et financiers du projet en question. 6.3 Ingénierie-conseil et services de conception Des compétences concernant les études de conception, les usines-pilotes, le contrôle de qualité et les études de marché sont indispensables pour le passage des résultats de la R-D à la production commerciale. La liaison entre les inventions de la R-D, la production et les entreprises de services est pour l’essentiel assurée par les services d’ingénierie-conseil et de conception. Les organismes offrant ces services représentent un dispositif très important pour l’utilisation des technologies développées localement et peuvent apporter des contributions considérables pour rendre opérationnel le développement de la technologie jusqu'au stade de sa commercialisation, partant de son étude de faisabilité et arrivant à la promotion de son exportation. Ces organismes peuvent entreprendre les activités liées à la création d’unités industrielles et d’installations d'infrastructure, depuis la planification et la conception jusqu’au montage de l’usine et l’organisation de son entretien. Les services d'ingénierie au Japon se divisent en deux types : spécialisés et généraux. Les sociétés d'ingénierie spécialisées réalisent de façon indépendante des travaux techniques, dans des domaines spécifiques, pour le compte de clients multiples, comme elles peuvent se charger de travaux d’ingénierie d’usine en tant que filiales de sociétés-mères. Les sociétés d'ingénierie générales se chargent non seulement des travaux d’ingénierie, mais aussi de la construction d’usines, voire parfois de la fabrication et de la vente de machines et de matériels. Les résultats des études de la Corporation japonaise des petites entreprises sont largement diffusés aux petites et moyennes entreprises sous forme d'orientation, ainsi qu’à divers groupes industriels comme démonstration. Plusieurs autres organismes de promotion au Japon, tels que la JRDC, l’AIST, les instituts de recherche et les corporations, ont des activités liées aux études de conception, aux produits prototypes, aux usines pilotes, ou au développement de l’équipement. En Corée, les entreprises d'ingénierie se chargent aussi, parallèlement aux services techniques de l’usine, de services spécialisés dans différents domaines d’ingénierie tels que l’analyse de conception, la recherche, les achats et l’approvisionnement et les fournitures, la supervision des tests, les opérations d'essai, l’évaluation, la consultation, la faisabilité technique, le traitement et l’analyse de données, l’entretien et l’exploitation, la mise en œuvre des connaissances scientifiques et technologiques de haute qualité et la recherche-développement. 6.4 Assistance en mercatique La motivation du secteur privé pour produire, développer et utiliser les technologies est fondamentalement orientée vers le marché. Pour stimuler les efforts des entrepreneurs quant à l’utilisation des technologies développées localement, et pour les aider à alléger ou surmonter les difficultés rencontrées en particulier dans la phase risquée de leur lancement sur le marché, il est essentiel, surtout pour les petites entreprises, de procéder à une évaluation post-investissement. Les difficultés auxquelles se heurtent les entrepreneurs lors de la mise en vente initiale d’une technologie peuvent être de nature opérationnelle, commerciale, financière, etc. Ces opérateurs ont besoin d’un support logistique pour s’introduire dans les marchés. L'assistance post-investissement pour réussir une bonne commercialisation des technologies comprend le développement du marché / des achats préférentiels, et une assistance technique et managériale. Cela s’ajoute aux services de mise à l’essai et de normalisation et à l’information technologique. Dans certains pays, l'assistance post-investissement est accordée sous forme de prix préférentiels pour les produits développés localement. Les contrôles à l'importation, sous forme de barrières tarifaires comme l'imposition de droits de douane et/ou d’autres taxes d'importation sur certains produits étrangers, et d’autres on-tarifaires comme l’interdiction d’importer, le contingentement des importations et l’exigence d’autorisations pour importer, sont également utilisés comme mécanismes pour protéger les produits développés localement. 6.5 Techniques de gestion Le rôle de la gestion peut être déterminant au niveau du choix, de la conduite et de l’application commerciale convenables des R-D. Les techniques de gestion peuvent améliorer la connexion entre "l’innovation technique" et "la mercatique". Dans le contexte de la gestion du système de S-T et des mécanismes de son développement, une grande particularité de l'approche japonaise au développement de la technologie est que le transfert de celle-ci inclut l'aspect gestion parmi ses éléments essentiels. C'est en effet là une conception très large et complète de la technologie. Les cinq éléments de la démarche du développement technologique sont les suivants : (i) les matières (y compris l’énergie), (ii) les machines (équipement et matériel), (iii) les ressources humaines (ouvriers qualifiés et ingénieurs), (iv) le management (gestion technologique et techniques de gestion) et (v) les marchés. Dans le domaine de l’ingénierie, une rétroaction permanente entre le laboratoire et le lieu de travail fait partie des techniques de gestion japonaises ; aucune distinction n’est faite entre les deux. Le succès du résultat d’un projet à usage industriel et de sa commercialisation dépend dans une large mesure de la gestion qui l’accompagne, tant dans les instituts de recherche pendant son développement que lors de sa livraison. Les techniques de gestion jouent un rôle important en tant que lien entre l’innovation technologique et la mercatique. L'aide en techniques de gestion est, par conséquent, une partie importante de l'assistance post-investissement. C'est particulièrement vrai en cas de commercialisation de technologies produites par les institutions de R-D. Cela est dû au fait que les institutions de S-T sont en général conçues selon les normes et les systèmes de gestion de l’État/université et sont parfois étrangères aux besoins de développement du pays, conformant leurs objectifs et méthodes de recherche à ceux des pays avancés. Les problèmes de gestion suivants sont quelques-uns de ceux que connaissent les instituts de recherche : i. Manque de compétence managériale ; ii. Faiblesse des ressources ; iii. Absence de compétitivité et de motivations pour stimuler la créativité iv. Absence d’approche interdisciplinaire ; v. Absence de l'esprit d'équipe dans la recherche ; vi. Manque de crédibilité. A plusieurs niveaux, des compétences en matière de gestion et de mercatique sont nécessaires pour la commercialisation des technologies. Des entrepreneurs et une assistance pour mener l’étude de marché, d’une part, et des mesures gouvernementales, d’autre part, sont indispensables pour promouvoir la production et la vente des produits et des procédés. L’assistance post-investissement, qui est requise à différents stades de développement et de commercialisation des technologies locales, comme pour la confection du prototype, l’amélioration du produit, etc., est essentielle pour la commercialisation du produit, ainsi que comme technique de gestion, pour l’étude de faisabilité, etc. Dans les pays de la région asiatique, on trouve toujours une forme ou une autre de programmes d’assistance du type industriel et/ou requise en tant que technique de gestion et de mercatique, même si le mécanisme et l’ampleur d'une telle assistance varient d’un pays à l’autre. L’assistance en gestion et en mercatique en République de Corée est offerte par la Société du progrès technologique de Corée (K-TAC). Elle est fournie pour la commercialisation des résultats de la recherche utilisant le savoir-faire produit par divers instituts à travers des activités promotionnelles telles que : i. La mercatique et les ventes des résultats de la recherche et des droits industriels associés, ii. Les ventes du matériel prototype et des sous-produits du travail des recherche-développement, iii. Le parrainage, le cas échéant, de R-D supplémentaires, iv. L’assistance en management et la recherche des marchés. 6.6 Exploitation des brevets Les brevets ne sont pas exploités commercialement. Les raisons en sont nombreuses : manque de potentiel commercial ou de faisabilité, insuffisance de capital spéculatif et inadaptation de la base technologique, manque d'esprit d’entreprise, etc. On a remarqué qu’aucune base de données n’est entretenue sur la commercialisation des technologies. Les données et les informations couramment disponibles sur la technologie locale portent surtout sur l’aspect production, alors que les aspects liés à l’utilisation sont couverts avec beaucoup moins d’intérêt. Et même pour l’aspect production de la technologie, l’accent porte généralement davantage sur les éléments introduits que sur les résultats obtenus. Ainsi, les données et les informations disponibles concernent en majeure partie les facteurs de production de la technologie, tels que l’allocation budgétaire et la main-d’œuvre de la S-T, les institutions de S-T et de R-D, le personnel et les dépenses de la R-D, etc. Pour ce qui concerne les résultats, l'information est, d’une manière générale, disponible sur les brevets. En revanche, il n’est pas facile de s’informer de façon détaillée sur le nombre de brevets soumis à licence obligatoire, etc., peut-être parce cette pratique n’est pas courante dans la réalité. La question est importante car la base technologique locale est un facteur déterminant pour l’exploitation des brevets et des droits de propriété industrielle. À cet égard, il importe de souligner que les brevets reflètent de façon très significative l'état des technologies produites et, à travers leurs caractéristiques, celui du patrimoine de connaissances techniques. Cependant, de telles connaissances techniques visibles, publiques et protégées ne sont qu’une face de la médaille. L'autre face est le savoir-faire, qui est toujours un facteur indispensable pour les brevets actifs. Les données et les informations sur le savoir-faire et sur sa commercialisation et son utilisation ne sont pas entretenues car il n’existe, à ce jour, aucun régime juridique, à l’échelle nationale ou internationale, qui couvre un tel savoir-faire. Ce qui est appréciable toutefois c’est que, parmi les technologies produites et utilisées par les pays en développement, quelques-unes ont aussi contribué au développement technologique d'autres régions du monde. C'est un domaine où, dans les transactions qu’ils opèrent entre eux, les pays en développement ont des avantages intrinsèques qui incitent à une plus grande coopération, tant à l’échelle régionale qu’à l’échelle internationale.
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