Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

Programme Pilote d’éducation scolaire en matière de population dans l’optique islamique

Principes de base de l’éducation en matière de population

L’Islam, tel que défini dans le Coran, est la religion de la ftra, cette nature originelle donnée par Dieu à l’homme, en le créant. Cette religion embrasse tous les aspects de la vie, édicte un ensemble de règles de conduite et de valeurs permettant à l’homme de vivre en parfaite harmonie avec la nature et d’éviter les vices, les péchés et autres comportements à risque. La législation islamique se distingue par ceci qu’elle n’impose pas aux fidèles des prescriptions contraignantes et difficiles à mettre en pratique. Elle n’édicte en effet que des obligations souples et à la portée  de la masse des croyants, en vertu du principe islamique recommandant de veiller à l’intérêt commun en épargnant aux gens la gêne et la contrainte. On lit à ce propos dans le Saint Coran : “Dieu veut la facilité pour vous, il ne veut pas, pour vous, la contrainte(II, 18). Commentant ce principe, Ibn Al-Qayem écrit dans son livre I’lâm al muwaqqi’în :” la charia (loi d’essence divine) a pour fondement et finalité de veiller à l’intérêt des gens, à la bonne conduite de leurs affaires (hukm) et à leur bonheur ici-bas et dans la vie future. Elle est toute justice, mansuétude,  bien et sagesse. Ainsi, tout acte passant de la justice à l'iniquité, de la miséricorde à la cruauté, de la droiture à l’intrigue, sera considéré comme un écart par rapport à la charia, quand bien même on essaierait, par extension sémantique, de l’y rattacher. Ceci se trouve du reste confirmé par la règle juridique générale énoncée dans ce Hadith  : “on ne doit pas se faire tort à soi-même ni à autrui”. D’après l’Imam At-toufî, cette Tradition prophétique implique l’obligation de préserver le bien commun et de prévenir toute situation nuisible. 

Il n’est pas étonnant dès lors que le Coran et la Sainte Tradition du Prophète abondent en dispositions invitant l’homme à protéger l’environnement -avec ses diverses composantes- contre toute action de destruction, de saccage et de pollution, à sauvegarder les espèces végétales et animales et à oeuvrer à l’amélioration de la qualité de la vie sur tous les plans: social, spirituel et matériel.

Le but fondamental de la Charia  est de préserver les cinq points suivants :  la personne, la raison, la foi, la progéniture et les biens. Ces éléments constituent la base même des droits de l’homme et de ses besoins fondamentaux.

En Islam, l’homme occupe une place à part, puisque il est considéré comme la créature la plus noble dont la raison d’être et la mission, consistent, d’après le Coran, à exercer la charge de “calife”, de “vicaire de Dieu” sur terre. Pour l’aider à assumer pleinement ce rôle, l’Islam, tout en condamnant les excès et les gaspillages, garantit à l’homme le droit de vivre dans la liberté et la dignité, en permettant à toutes les catégories sociales d’améliorer sans cesse leurs conditions d’existence et d’oeuvrer pour leur propre bonheur et pour le bien des générations futures.

L’Islam a en outre proclamé l’égalité de tous les hommes dans les droits et dans la dignité humaine, sans distinction aucune, notamment  de race, de couleur, de sexe ou de langue. Il déclare par ailleurs que chaque individu a le droit à la dignité et à la sécurité de sa personne. Il garantit l’égalité et l’équité entre les deux sexes, sous réserve des différences biologiques et légales spécifiques à chacun d’entre eux.

Ainsi, les droits et les libertés occupent une place de choix dans la Charia en ce sens que pour celle-ci la liberté n’est pas une simple disposition légale, mais bien un élément essentiel du dogme islamique.

La Charia envisage les droits dans une approche qui tient compte tout autant des droits que de leur corollaire, à savoir les obligations. Ainsi, dans un contrat mettant en jeu un droit, c’est la partie redevable qui est légalement pressée de remplir son engagement. L’Islam entend ainsi adjoindre à la garantie juridique une motivation religieuse pour mieux assurer le respect des droits. Cela permet d’éviter les rapports conflictuels et, partant, de favoriser la paix sociale.

Pour la Charia, la liberté de l’individu est garantie tant qu’elle ne dépasse pas les limites des interdits et des injonctions énoncés dans le Coran et dans la Sunna. L’Islam considère la santé comme le plus grand bienfait de Dieu, après la foi. Aussi recommande-t-il des modes de vie favorables à la sauvegarde et à l’amélioration de l’hygiène et au plein épanouissement de la personne, garantissant ainsi à la population dans son ensemble l’accès à un meilleur niveau possible de santé physique, mentale, spirituelle et sociale.

Ainsi, pour préserver la santé reproductive et sexuelle, l’Islam a mis en place un ensemble de règles de bonne conduite devant impérativement présider à l’éducation des jeunes pubères, filles ou garçons, en faisant obligation aux parents et aux tuteurs de ces jeunes de les leur enseigner. Pour les célibataires, la chasteté est préconisée, en attendant d’avoir la possibilité de se marier.

L’Islam exhorte au mariage, pour se prémunir contre les tentations sexuelles (Ihsân). Il en fait non seulement un devoir individuel, mais aussi une obligation et une responsabilité pour la société. Les musulmans sont ainsi tenus d’en faciliter les  démarches, car, pour l’Islam, le mariage le moins contraignant est le plus bénéfique.  En définissant les critères du choix du conjoint et en considérant la relation intime entre les deux époux comme une œuvre de charité, un acte de foi récompensé auprès de Dieu, l’Islam entend mettre en place toutes les garanties devant permettre le succès de l’union conjugale, tant sur le plan physique et le plan sexuel que du point de vue  psychologique et social.

Dans le même contexte, l’Islam fait de la cellule familiale la clé de voûte de l’édifice social. Ainsi, pour les hommes, le mariage permet de fonder un foyer et donc de réaliser l’un des buts fondamentaux de la Charia, à savoir se reproduire pour se répandre sur la terre  et en mettre en valeur les richesses (i’mâr).

Pierre angulaire de la construction sociale, le mariage donne naissance à une quantité de droits pour les époux et pour les enfants, créant ainsi les conditions propices à la préservation de la famille et de la société contre les dangers de la désagrégation et de la déliquescence.  Dans cette optique, la famille constitue le cadre idéal pour une vie moralement saine, permettant à l’homme d’assumer pleinement ses responsabilités et ses obligations envers les personnes à sa charge en matière d’éducation, d’assistance et d’entretien.

Pour garantir la stabilité et la pérennité du lien conjugal et de la famille, l’Islam invite les deux conjoints à accorder une attention particulière au côté psychologique dans leurs relations intimes, de manière à réaliser entre eux  un équilibre mutuellement bénéfique.

L’Islam a promu la femme au rang qu’elle mérite en matière de droits humains fondamentaux, lui offrant ainsi la possibilité de satisfaire ses besoins spécifiques et de réaliser ses aspirations “stratégiques”. Proclamant l’égalité des hommes et des femmes quant à leur qualité humaine, l’Islam veille à préserver l’honneur de celles-ci ainsi que leur droit contre toute atteinte ou agression. Il offre également à chacun des deux sexes la possibilité de travailler et de gérer sa vie comme il l’entend. La complémentarité des rôles et des responsabilités respectifs des hommes et des femmes dans la vie et dans le développement du monde est mise en évidence dans maints versets coraniques. On lit ainsi dans le Livre sacré :

“oui, ceux qui sont soumis à Dieu, et celles qui lui sont soumises,

les croyants et les croyantes,

les hommes pieux et les femmes pieuses,

les hommes sincères et les femmes sincères,

les hommes patients et les femmes patientes,

les hommes et les femmes qui redoutent Dieu,

les hommes et les femmes qui font l’aumône,

les hommes et les femmes qui jeûnent,

les hommes chastes et les femmes chastes,

les hommes et les femmes qui invoquent souvent le nom de Dieu : voilà ceux pour lesquels Dieu a préparé un pardon et une récompense sans limites”(XXXIII, 35).

L’Islam insiste également sur la sauvegarde de l’environnement, la bonne gestion et le développement durable de ses ressources ainsi que leur préservation contre l’exploitation abusive, le saccage, la pollution et autres formes de nuisance.

Les Etats du monde islamique ont, certes, déployé des efforts non négligeables en vue de réduire les taux de mortalité maternelle et infantile, améliorer les conditions de survie, généraliser la scolarisation et éradiquer le fléau de l’analphabétisme, notamment parmi les femmes. Ils n’en demeurent pas moins confrontés à certains défis démographiques qui consistent par exemple dans le rythme d’accroissement de la population, sa structure démographique essentiellement jeune, sa répartition géographique déséquilibrée due notamment à l’exode rural avec tout ce qu’il implique comme conséquences économiques, sociales et écologiques, rendant difficile la réalisation d’un développement durable et global.

L’éducation en matière de population qui prend en compte les différents domaines touchant au bien-être de la population (sanitaire,  écologique, social) dans leurs interactions complexes à l’échelle des individus, de la collectivité, et de la nation rejoint la conception islamique qui envisage l’existence dans son unité et dans son intégralité. Cette éducation ne saurait atteindre ses objectifs que si elle puise sa vision des choses à la source de la Charia, et si elle fait appel à la motivation religieuse et à la dimension spirituelle pour aider les apprenants à traduire dans la pratique et dans leur comportement, les aptitudes, les connaissances et les valeurs acquises. Ils auront ainsi été préparés à s’acquitter de la noble mission qui leur est dévolue dans ce monde, à consolider leur identité et à oeuvrer pour leur bien ici-bas et dans l’au-delà, et pour le bonheur de leur famille, de leur société, leur patrie, leur nation, et l’humanité toute entière.

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