Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

PÉCHÉ ET REPENTIR

 

La liaison décrite entre la foi et l'action ne signifie pas que la première implique l'infaillibilité. Le croyant pourrait bien pécher. Cependant, son péché ou sa faute, n'entraînera pas son exclusion de la religion.

Il nous faut analyser les éléments constituant ce sujet. Les fautes s'amenuisent lorsque la foi est solide, et les actes d'obéissance et l'observance des prescriptions divines sont continus. Les mauvaises actions, qui pourraient être commises, seraient étranges à l'individu, et comparables en cela à l'exception par rapport à la règle. La nature de la faute émanant d'une telle personne revêt un caractère particulier, car elle n'est ni intentionnelle, ni permanente, et n'est en aucun cas source de satisfaction. Le cas de cette personne ressemble à celui d'un piéton qui, absorbé par la réflexion à ses projets, met accidentellement son pied dans un nid de poule ou glisse sur une épluchure et tombe, après avoir essayé vainement de se maintenir en équilibre. Il se relève tout embarrassé, irrité et couvert de honte.

Le croyant peut connaître une épreuve similaire : il entame une action, non digne de lui, qu'il abandonne, profondément attristé et désolé, aussitôt qu'il s'en rend compte.

Les mauvaises actions ne marquent pas de leur sceau la conduite du croyant, comme elles ne portent pas atteinte à sa personnalité. Ceci est de l'ordre de "à tout cheval, une chute et à tout puissant vigoureux, une faiblesse".

Puisque la nature de l'homme est à double composantes, l'une céleste et l'autre terrestre, son comportement décèle les effets de ce mélange. Il n'est pas étonnant que cette nature tende par moments vers le terrestre. D'où l'extension du pardon divin pour englober ce genre de défaillances.

"Ceux qui évitent les graves péchés et les infamies flagrantes, à part quelques fautes vénielles. En vérité, ton Seigneur est si largement indulgent" (L'Étoile, 32).

Le poète a dit dans ce sens :

"L'individu est condamné à s'enfoncer parfois dans un bourbier".

Dans sa vie vers son Maître, l'homme, tout en s'acquittant de ses devoirs et en cherchant la satisfaction divine, connaît -comme on l'a déjà mentionné- des déboires. La douleur accompagnant ces fautes légères, l'inattention les précédant et l'étonnement leur faisant suite allègent le poids de leur répercussion, et lavent leur souillure. L'écho de ces défaillances et l'empressement de leur responsable à les réparer, en priant Dieu de les lui pardonner, lui suffisent comme châtiment !"

C'est dans des cas similaires qu'on invoque la parole du Tout-Puissant lorsqu'Il dit :

"Celui qui apporta le message de vérité et ceux qui y crurent, ceux-là en vérité, sont les pieux par excellence.

Tous leurs chers désirs seront comblés par leur Seigneur ; juste rémunération des vertueux" (Les Groupes, 33-34).

"Ceux qui auront cru et pratiqué le bien, Nous les absoudrons de leurs péchés et les rétribuerons selon leurs œuvres les meilleures" (L'Araignée, 7).

Les intéressés par l'éducation de l'âme et son renforcement n'aiment pas s'attarder sur ce genre de fautes passagères. Leur préoccupation est d'aider le défaillant à se relever, à poursuivre sa voie et à s'acquitter de ses devoirs, enthousiasmé comme il l'était, si ce n'est davantage. La négligence, qu'ils manifestent à l'égard de ces fautes, ne provient pas de ce qu'elles sont futiles, mais elle est motivée par le désir de délivrer le pécheur de leurs effets, de le libérer de leur fardeau et de l'empêcher de récidiver et de s'y attacher. Car, c'est là le pire des risques contre lequel la loi divine nous avertit en premier lieu.

Le hadith suivant est invoqué dans des situations pareilles. Le Prophète, que la Paix et le Salut de Dieu soient sur lui, rapporte de son Dieu. le Tout-Puissant ceci :

"Un homme ayant commis une faute s'écria : "Seigneur, j'ai commis un péché, pardonne-moi". - "Puisque, répondit le Seigneur, mon serviteur sait qu'il a un Maître Qui pardonne les fautes et Qui les punit, Je lui pardonne". Après être resté (en cet état) le temps que Dieu voulut, cet homme commit une nouvelle faute.

- "Seigneur, s'écria-t-il, j'ai commis une nouvelle faute, pardonne-la moi." - Puisque répondit le Seigneur, cet homme sait qu'il a un Maître Qui pardonne les fautes et Qui les punit, Je lui pardonne". L'homme commit de nouveau une nouvelle faute. Il demanda pardon à Dieu.

- "Puisque, répondit le Seigneur, cet homme sait qu'il a un Maître Qui pardonne les fautes et Qui les punit, Je lui pardonne pour la troisième fois. Qu'il fasse ce qu'il voudra".

Ce genre de hadiths permet le repentir aux défaillants dont nous avons parlé. Son but est d'inciter les gens aux bonnes actions, de les éloigner du cercle vicieux du péché, malgré leurs actes et de rehausser leurs âmes chaque fois que Satan les atteint. Il ne signifie nullement la sous-estimation des péchés et des mauvaises actions, ni l'encouragement des incrédules à commettre des délits et à se livrer aux interdits, comme le croient les impudents. La conception de ces derniers contredit la vérité du message divin, et méconnaît insolemment les milliers de hadiths menaçant les pécheurs.

La négligence des bonnes actions, en référence à la compréhension erronée de ces hadiths constitue un égarement évident.

Or, toutes les fautes ne sont pas de ce genre, ni tous ceux qui les commettent du calibre des pécheurs têtus. Il existe des situations d'impudence qui incitent les gens à commettre des bassesses, dont ils ne se débarrassent pas facilement. Leur foi traverse certainement des crises aiguës. Son devenir (ou sa disparition) est fonction de la distance séparant le pécheur du Tout-Puissant, et de l'intensité de la jouissance qu'il tire de ses péchés.

Le musulman est rattaché à l'islam par un repentir immédiat, qui l'absout de ses fautes ou par un autre latent quoiqu'il pêche.

Inconnu est le sort de ceux qui se souillent de péchés et retardent leur repentir, bien qu'ils se sentent humiliés et s'attendent au châtiment ! La persistance dans le péché pourrait dissiper la foi et détourner le musulman de sa religion et ce, à l'image d'une maladie incurable qui finit par soustraire son porteur à la vie. En tout cas, le lien entre la foi et le péché est lâche. Cependant, on peut dire qu'il persiste, tant que l'individu n'a pas commis le péché avec fierté et délectation, ou délaissé le devoir avec moquerie, car ce n'est qu'à ces conditions qu'il s'exclut de l'islam et apostasie, chose qui ne peut provenir d'un croyant. Si celui-ci n'a pas une volonté à faire le bien, il n'aura pas non plus à faire le mal qui l'opposera insolemment à Dieu.

Dieu indique dans son Livre que le péché émanant du croyant ne peut être attribué qu'à l'ignorance (c'est à dire à l'étourderie, à la faiblesse, à la défaite, à la passion et à la bassesse).

"Dieu ne pardonne qu'à ceux qui commettent le mal par aberration, puis s'en repentent aussitôt. C'est envers ceux-là que Dieu revient de sa rigueur. Dieu est Omniscient et Sage. Il n'est pas de pardon pour ceux qui ne cessent de faire le mal et qui, sentant venir la mort, disent: "A présent, nous nous repentons !", pas plus que pour ceux qui meurent en incroyants. A ceux-là seront réservés d'affreux tourments" (Les Femmes, 17-18).

"Dieu s'est prescrit la miséricorde ! A ceux d'entre vous qui auront commis le mal par ignorance et qui, étant revenus de leurs erreurs, se seront amendés, Dieu fera remise de leurs péchés, car il est le Clément, le Miséricordieux.

C'est ainsi que se trouvent clairement exposés Nos Signes ; et en même temps dénoncée la voie des criminels !" (Les Troupeaux, 54-55).

 Personne ne peut nier la relation qui existe entre les actes d'obéissance, les péchés d'une part et la foi de l'autre. Les premiers constituent la nourriture nécessaire au développement et à l'épanouissement de la foi, alors que les seconds sont des poisons qui l'affaiblissent et l'anéantissent.

Dieu le Tout-Puissant a montré que tout croyant doit éprouver son âme par l'accomplissement des divers devoirs, la lutte contre le doute et pour la vie et les principes.

L'individu doit nécessairement endurer cette épreuve pour être à même de juger de son succès ou de son échec, car il ne peut être abandonné à lui-même.

Les pécheurs ne peuvent duper leur Dieu par leur foi présumée et leur incrédulité dissimulée.

Les obligations, que Dieu a prescrites à ses sujets, constituent la première épreuve à laquelle leur âme est confrontée et par laquelle elle se dévoile. Ces épreuves ne cesseront de défier la foi pour tester sa consistance et la disposition de son porteur au Paradis, à l'Enfer ou aux deux à la fois, jusqu'à ce que Dieu le rappelle auprès de Lui.

"Alif - Lam - Mim.

Les hommes s'imagineraient-ils, pour peu qu'ils disent : "Nous croyons" qu'on les laissera sans les éprouver

Nous avons, en vérité, éprouvé ceux qui ont vécu avant eux. Ainsi Dieu reconnaîtra-t-il sûrement les vrais croyants de ceux qui ne font que mentir.

Ceux qui font le mal croiraient-ils donc pouvoir échapper à notre châtiment ? Quelle erreur est la leur ! (L'Araignée, 1-2-3-4).

Le sort de l'individu ne se détermine ni par un seul péché, ni par une seule bonne action, la vie étant longue et les obligations diversifiées, le problème est très compliqué pour qu'on puisse le juger d'une façon globale.

Dans son hadith, le Prophète, que le Salut et la Paix de Dieu soient sur lui, a dit :

"Les tentations sont nombreuses et défilent devant les individus une à une comme les fils d'une trame de natte. Tout cœur qui y succombe est atteint d'un vice ignoble. Tout autre qui y échappe demeure chaste. Il y a donc deux types d'individus : ceux qui sont définitivement corrompus et ceux qui sont immunisés contre tout pêché et qui le restent jusqu'au Jour du Jugement dernier"

Ce hadith montre que les péchés sont gradués et s'enchaînent, et que la foi est influencée par les aléas de la vie. Il existe des cœurs qui ont totalement perdu la foi par la persévérance dans les péchés et les tentations. Comme il existe d'autres qui sont sur le point de perdre cette foi et de s'égarer en conséquence. D'autres encore sont à mi-chemin entre le bien et le mal, et oscillent tantôt à droite, tantôt à gauche.

Le hadith susmentionné compare la présentation progressive des tentations aux cœurs, aux fils d'une trame de natte posés l'un après l'autre. Il distingue en outre, par cette présentation, deux types de cœurs : le premier qui, à l'image de l'éponge, ne cesse de les absorber au point de se souiller et de récidiver. C'est alors qu'il s'expose à deux graves maladies entraînant sa perte : la première réside dans la confusion entre le bienfait et les actes déplaisants à tel point qu'il ne consacre pas celui-là et ne dénonce pas ceux-ci. Cette maladie pourrait même l'acculer à prendre le bienfait pour ce qui déplaît à Dieu et inversement. La seconde consiste à soumettre les prescriptions divines à son propre désir : seul juge auquel il se fie.

Quant au second type de cœur, il est limpide, reflétant la splendeur de la foi et refusant les tentations, fait qui amplifie son éclat.

C'est à ce propos que le Prophète, que le Salut et la Paix de Dieu soient sur lui, a dit :

"Quand le serviteur commet un péché, celui-ci le marque profondément. S'il se rachète et demande pardon à Dieu, son cœur se purifie, mais si inversement, il persiste dans ses mauvaises actions, celles-ci finissent par prendre entièrement possession de son cœur et le submerger complètement".

Dieu a dit :

"Mensonge grossier, leurs cœurs en vérité, ont été endurcis par ce qu'ils ont perpétré.

Tenus à l'écart, ils ne pourront, en ce jour solennel, contempler la face de leur Seigneur.

Ensuite, ils subiront l'impact du feu éternel". (Les Fraudeurs, 14-15-16).

REPENTIR ET INFAILLIBILITÉ

L'une des vérités de l'éducation psychologique est que l'homme est naturellement faillible ; la faute circule dans ses veines. Dieu sachant que l'être humain est ainsi lui recommande de revenir sur ses fautes, de recouvrer sa raison, de retrouver son équilibre après sa chute, de se débarrasser de ce qui l'entache et de poursuivre son chemin en vue d'atteindre son objectif.

Il semble que l'âme de l'être humain est à l'image de son corps. Tous les deux ont besoin d'être purifiés constamment, car tous les deux transpirent et subissent de l'environnement ce qui les contraint à se laver très souvent.

Le corps comporte des glandes et des systèmes qui n'arrêtent pas de sécréter des substances. L'atmosphère est poussiéreuse et polluée. Or, la propreté est indispensable à la santé. Il faut donc débarrasser le corps de toutes les saletés qui peuvent lui être fatales.

L'âme humaine tend à son tour, vers le péché, penche vers le mal et s'expose dans les relations à autrui à des sortes de séditions et à des tentatives désobligeantes.

Le repentir renouvelé et fréquent lui est indispensable pour éliminer les souillures et se débarrasser de leurs effets, exactement comme le corps a besoin de propreté et de toutes sortes d'ablutions.

C'est à cela que le Saint Coran fait allusion dans le verset suivant :

"Dieu aime, en vérité, ceux qui reviennent souvent vers Lui, et aime ceux qui s'appliquent à être purs" (La Vache, 222).

Le Prophète, que le Salut et la Paix de Dieu soient sur lui, avait d'ailleurs l'habitude de renouveler fréquemment son repentir en disant :

"Soyez toujours enclin au repentir. Revenez souvent vers Dieu. Je le fais cent fois par jour".

C'est dans ce sens que, parlant de Salomon, le Coran rend hommage aux Prophètes :

"Ce fut un serviteur dévoué, toujours enclin au repentir" (Çad, 30).

Le Saint Coran souligne que Dieu sauve toujours les croyants des souillures, des ténèbres, des désirs et des tentations d'ici-bas, car ils y sont, à tous moments, exposés. C'est ce que laisse entendre le verset suivant :

"Dieu est le guide tutélaire de ceux qui croient : Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière. Les mécréants ont pour patrons et maître leurs faux dieux, les arrachant du jour pour les jeter dans la nuit : ils seront voués au feu éternel" (La Vache, 257).

Cependant les fautes des humains sont de gravité inégale. Ainsi, les mêmes comportements émanant de personnes différentes peuvent être jugés différemment.

La phrase suivante employée par les mystiques va dans ce sens : "Les bonnes actions des pieux sont de mauvais actes lorsqu'ils émanent de ceux qui sont très proches de Dieu".

Nous avons cité cette vérité en vue de la mettre à profit dans le domaine de l'éducation de l'âme. Elle aidera à corriger les fautes des pécheurs et les erreurs des téméraires.

Est sans fondement le propos ignoble, très répandu parmi les musulmans qui stipule que le péché n'entache pas la foi. Outre le fait qu'il a corrompu leur civilisation et ruiné leur empire, il a porté préjudice à la foi en tant qu'agent de coercition morale et de protection sociale comme il lui avait auparavant porté atteinte en tant qu'idée illuminant la raison et en tant que certitude inondant le cœur.

Nous ne prétendons pas, toutefois, qu'un seul péché fasse du croyant un incrédule. La question de la foi est plus grave qu'on ne le pense. Nous affirmons, par contre, qu'assiégé par les mauvaises actions et harcelé par les séditions qui l'enferment dans des ténèbres inaccessibles au repentir, le cœur se vide progressivement de la foi, perd de sa vigueur et de son éclat, et ramène son porteur à l'ignoble ignorance.

Ecoutons le Tout-Puissant dire :

"Bien au contraire, ceux qui ont commis le péché, au point d'en être enveloppés de toute part, ceux-là auront l’Enfer pour séjour et y demeuront à jamais" (La Vache, 81).

L'emprise des péchés sur les corrompus s'établit graduellement alors qu'ils baignent dans l'avilissement et la honte. Seul l'Enfer leur est réservé. Quel triste sort est le leur !!

Comprendre le terme "péché" signalé par le verset précédent comme synonyme de polythéisme et d'adoration des idoles, est sans fondements. L'évocation du verset à l'adresse des rabbins, l'usage de la langue et le sens conventionnel s'inscrivent en faux contre cette interprétation injustifiée.

DES REPERCUSSIONS DE LA POLÉMIQUE

C'est là une question soulevée par la pure polémique, et qui a fait l'objet d'un débat théorique non motivé, ni par la connaissance, ni par la prise en considération du réel et de la situation des croyants à la lumière des expériences authentiques. Les points de vue ont divergé, concernant le jugement que l'on doit porter sur le musulman qui persiste dans le péché. Certains l'ont qualifié d'incrédule, d'autres pensent qu'il conserve, malgré tout, sa qualité de musulman, car le péché n'entache la foi en rien, d'autres encore trouvent qu'il n'est plus tout à fait musulman sans être encore incrédule

Les musulmans se sont scindés en clans ennemis, à cause de ces divergences provoquées essentiellement par le jeu des mots et la tendance à la polémique.

En vérité, cette question n'aurait pas dû être soulevée, car elle constitue une erreur évidente dans la compréhension de la nature de l'islam.

Le terme "persistance" (dans le péché) suppose l'intention, la prévision des résultats et la maîtrise des mobiles et procédés d'action. Autrement dit "persister" est en quelque sorte provoquer Dieu en duel moyennant le péché, tout en Le défiant et en Le sous-estimant, chose que l'on ne peut concevoir à propos d'un musulman.

Certes, par manque de volonté, certains individus se livrent au péché, succombant ainsi à leurs passions déchaînées. Cependant, l'aboutissement de ce gel de la force positive conduisant au bien ne peut être qualifié de persistance dans le mal, car le musulman qui commet l'inadmissible se sent, par ce fait même, très honteux et humilié. Le jour où, tout gai, il s'adonne aux plus grands péchés et délaisse ses devoirs sans le moindre remords, la foi s'évapore de son cœur et il perd tout lien avec l'islam.

Ce sentiment supposé chez le musulman qui commet un péché, constitue le noyau du repentir immédiat ou lointain et le lie constamment à la foi. Celle-ci s'estompe quand s'affaiblit ce lien et perd de son intensité ce sentiment.

On a rapporté ce hadith du Prophète que le Salut et la Paix de Dieu soient sur lui :

"Le croyant se comporte à l'égard de sa foi comme un cheval vis-à-vis de son écurie. Après sa promenade, le cheval revient à son point d'attache. De même, le croyant qui s'oublie momentanément revient à sa foi".

Le Prophète a dit aussi :

"Le croyant commet des péchés et se repent. Heureux celui qui décède après qu'il eût été racheté"

La persistance dans le mal est un état engendré par un long processus d'habituation au péché et d'insouciance, malgré le caractère odieux de ce péché.

La délectation morose provoque le bris des racines de la foi l'une après l'autre, à moins qu'elle ne soit sauvée par le repentir.

Les résultats de la recherche dans ce sujet se construisent à partir de l'observation et de l'induction, et non sur la base de la folâtrerie.

Nous citons, ci-après, un ensemble de vérités attesté par la morale qui permet de discerner les circonstances des actions blâmables, les rangs de leurs auteurs, le jugement des différents péchés et pécheurs, et leurs rapports à la foi ou à l'incrédulité.

Le professeur Mohammed Youssef Moussa -que Dieu ait son âme- a parlé dans son livre : "Essai de philosophie morale", des niveaux d'orientation et de stimulation chez les êtres vivants.

Il a nommé "besoin" l'extension des racines des végétaux en quête de la nourriture et celle des branches à la recherche de la lumière.

Il a aussi appelé "passion" l'aspiration de l'animal à ce qui constitue l'essentiel pour sa survie et la perception limitée des fondements de son existence, sans conscience de la finalité de leur réalisation.

Il a en outre dit : "En montant dans l'échelle des espèces jusqu'à l'homme, on trouve chez celui-ci une parfaite conscience de ses besoins, une représentation claire du plaisir résultant de leur satisfaction et de la douleur due à leur insatisfaction. C'est ce qui le distingue de l'animal et qu'on appelle "tendance"."

Il définit "la tendance" comme une orientation de l'individu vers quelque chose qui est clairement représentée avec une perception de ses conséquences. Les tendances diffèrent en fonction de leurs finalités : célébrité, domination, richesse etc.

Chaque ensemble de tendances similaires qui tourne autour d'une même finalité constitue "un univers" et engendre le désir. Celui-ci est créé par la primauté d'une tendance particulière sur les autres appartenant au même univers.

La "tendance" devient "volonté" lorsque l'individu pense ce qu'il désire, se rend compte que sa satisfaction est possible et œuvre fermement pour sa réalisation.

La différence entre le désir et la volonté réside dans le fait que le premier peut ne pas être suivi d'une action fructueuse, car il se pourrait que sa satisfaction soit impossible.

On ne peut parler de "volonté" que lorsqu'il y a réflexion approfondie sur un projet, considération attentive des circonstances puis la conclusion de la possibilité de sa réalisation, enfin la prise d'une décision ferme.

C'est ainsi que la volonté donne toujours lieu à une action qui, répétée, devient un caractère. Celui-ci reflète une répétition de la volonté qui accorde primauté à un élément particulier des instances psychiques" (fin du résumé).

La persistance dans les grands péchés -à la lumière des données de la psychologie- est le résultat de longues prémisses et d'étapes, qui s'engendrent mutuellement et harmonieusement dans un ordre précis.

Que peut-on dire d'une foi, blessée à plus d'une reprise par l'effet des péchés sordides, sachant que la souillure d'un seul péché, survenant à la suite d'un désir acharné ou d'une tendance éphémère, la met en péril et la blesse profondément à moins de panser cette plaie par un repentir ? Le Prophète, que le Salut et la Paix de Dieu soient sur lui, a dit :

"N'est pas croyant l'adultère au moment de son péché, ni le voleur au moment de son vol, ni l'ivrogne au moment de son ivresse".

Que deviendra la foi lorsqu'elle est accompagnée d'une tendance au crime qui se transforme en désir, en volonté inébranlable, puis en caractère habituel, enfin en persistance ferme ? Elle sera loin de pouvoir persister ailleurs que dans l'imagination des polémistes et des sophistes.

Toutefois, la nature de la persistance dans les plus grands péchés mérite d'être élucidée. Elle ne consiste pas seulement en la dissimulation de la beauté de la foi par la laideur du mal, mais aussi en l'ancrage de ses misères dans le fond de l'âme l'empêchant ainsi d'aspirer au Bien. Celui qui persiste dans le mal n'est pas de ceux dont le Coran a dit :

"D'autres ont confessé leurs fautes : ils ont mêlé à des œuvres pies d'autres moins avouables. Dieu leur pardonnera peut-être. Il est si plein de mansuétude. Il fait volontiers miséricorde" (Le Repentir, 102).

La persistance dans le mal signifie le tarissement des sources du Bien dans l'âme.

Ainsi, il est établi dans la science de "la morale" que l'orientation imprécise dans laquelle oscille l'âme ne peut constituer un caractère.

Le professeur Youssef Mohammed Moussa écrit :

"Il serait faux d'accorder crédit à l'idée selon laquelle le caractère serait relatif en ce sens que l'individu est jugé en fonction de sa tendance dominante. Le généreux serait celui chez qui l'amour et la pratique de l'offre prédominent. On peut dire la même chose de l'honnêteté, du mensonge, de toutes les vertus et de toutes les vilenies.

"Une telle idée ne doit pas être retenue, car ce qu'il convient de noter dans le caractère, c'est l'ancrage et la persistance d'un état psychique précis engendrant continuellement des actions. C'est d'ailleurs ce que soutient Mackenzy dans son livre "l’éthique" : "La condition nécessaire à la formation d'un caractère est la persistance d'un univers psychique, c'est à dire un sentiment. Or, la simple incitation au bien ou un simple objectif noble dans la vie de l'individu suffit à faire de lui un homme vertueux".

En applitation de cette règle morale dans le domaine de la foi, nous affirmons que la perfection de celle-ci implique impérativement la bonne action. La rareté des bonnes actions se répercute sur la foi, laquelle recule quand le mal se répète. C'est pour cela que nous avons avancé que la persistance (au sens plein du terme), dans le mal ne peut jamais siéger dans une âme croyante.

Si l'on recense les textes sacrés relatifs à cette question et les exégèses valables, on trouvera que la législation divine s'intéresse énormément aux motifs des actions, et fonde le jugement sur la foi et la sanction après considération des états psychiques accompagnant toute action, et déterminant sa réitération ou son abandon.

Ibn Quotaiba interprète le versant suivant : "Adam venait de désobéir à son Seigneur il avait perdu sa voie" (Taha, 12 1) de cette façon :

"On pourrait dire qu'Adam a péché sans pouvoir affirmer qu'il est un pécheur, ce mot désigne celui qui prend goût au péché. Son cas est semblable à celui d'un individu qui coud son vêtement sans pour autant être appelé "couturier", à moins que son action ne devienne habituelle".

Ce péché, quoique accompli, ne peut suffire pour taxer son responsable de pécheur. Par contre, l'intention ferme suffit à le faire, même si on ne passe pas à l'acte. Ceci est confirmé par le Prophète, que la Paix et le Salut de Dieu soient sur lui, dans le hadith suivant :

"Deux musulmans qui s'affrontent par le sabre iront tous les deux en Enfer. - "Que le tueur aille en Enfer, dira-t-on, quoi de plus normal ? Mais qu'en est-il de la victime ?". - "La victime était, tout aussi bien que le meurtrier, déterminée à tuer son rival ".

L'intention occupe une grande place dans le jugement des péchés et des erreurs.

Nous ne voudrions pas négliger les points suivants dans la détermination des effets des péchés sur la foi.

1 - Les péchés ne sont pas égaux quant à la tentation qu'ils exercent sur les gens : les musulmans, par exemple, ne consomment pas la viande du porc, mais ils la remplacent par celle des bovins et des ovins. Les pauvres aussi ne portent ni de vêtements en soie, ni de bijoux. Si la consommation de la viande de porc et le port de la soie par les hommes sont des actes blâmables, interdits par l'islam, nous constatons que leur nature diffère de celle des autres péchés, plus fréquents, motivés par exemple par le désir sexuel.

2 - Il existe des milieux qui favorisent la chasteté alors que d'autres sont propices à la turpitude. Il se pourrait qu'une société pourrie facilite la chute des gens qui éprouvent, initialement, répugnance pour le péché. Comme il est probable qu'une société conservatrice réprime le péché même si les gens y tendent.

3 - Les niveaux de la déchéance ne sont pas d'égale importance. Tomber d'un lieu élevé est différent d'une simple chute survenue après un faux pas, comme il est différent de la chute au fond d'un gouffre. C'est aussi le cas de la déchéance morale : l'individu qui commet accidentellement un péché est différent de celui qui s'y livre succombant à un désir ardent, ou suite à une préméditation. Tous ces pécheurs sont différents, à leur tour, de ceux qui trouvent dans leurs péchés un véritable plaisir, et persistent à les commettre au point que cela devienne un trait de caractère, une habitude.

4 - Les bassesses constituent des chaînons interliés : le menteur commet une trahison, le traître se corrompt et le corrompu sacrifie l'intérêt public et livre sa patrie, son bonheur et sa religion au premier postulant ; l'ivrogne se livre à la débauche, se prostitue, l'homme adultère tue et l'assassin se transforme en sauvage sans religion, etc.

En vérité, la signification du mot "péché" dit au sujet des gens, dans différentes circonstances, varie énormément. Elle englobe deux extrêmes, tout comme le terme "voyage" qui signifie les petits déplacements et le tour du monde, et le terme "maladie" qui désigne aussi bien la migraine passagère que la fièvre mortelle, non pas parce que les péchés se subdivisent en péchés graves et en péchés véniels, mais parce que les péchés les plus graves sont d'importance inégale compte tenu des sentiments qui accompagnent leur accomplissement.

Il serait faux de dire à la suite des Morji'a qu'un grand péché n'entache pas la foi, ou de soutenir avec les Khawarij qu'il l'annule.

Les circonstances des péchés auraient incité un ancien poète à dire : "Le sort de celui qui trépasse sans se repentir est entre les mains de Dieu", en explication de ce que le Tout-Puissant dit dans le verset suivant :

"Dieu ne peut pardonner qu'on associe de faux dieux à Son culte. Il pardonne tout autre péché à qui Il veut, C'est le pire, des forfaits que d'associer qui que ce soit au Seigneur !" (Les Femmes, 48).

Ce verset indique que le polythéisme est impardonnable. Certaines prises de position lui sont similaires tels que l'athéisme, la reconnaissance de l'existence de la divinité sans respecter ses prescriptions.

En plus du polythéisme, il existe plusieurs types de péchés qui peuvent varier de fautes légères et pardonnables, aux turpitudes anéantissant la foi tout comme le polythéisme.

A propos de la limite supérieure des péchés, le Tout-Puissant dit :

"A celui qui est rebelle à Dieu et à Son Messager et outrepasse Ses commandements, l’Enfer lui sera donné à jamais pour séjour ; il connaîtra un supplice infamant" (Les Femmes, 14).

"Quiconque désobéit à Dieu et à Son envoyé sera voué au feu éternel" (Les Génies, 23).

Quant au sujet de la limite inférieure, Il dit :

"A ceux qui, ayant commis une infamie ou s'étant fait tort à eux-mêmes, invoquent aussitôt Dieu, implorant, humblement Son Pardon -car qui peut absoudre un pécheur sinon Dieu ?- et qui ayant confessé leurs erreurs, n'y persévèrent pas sciemment" (La famille d’Imran, 135).

LE PÉCHÉ EST-IL UNE MALADIE ?

La recherche scientifique tend souvent à considérer la déviation comportementale et la transgression de l'interdit comme des symptômes de maladies psychiques latentes ! Elle conçoit le crime, en tant que manifestation de troubles psychiques et nerveux nécessitant un traitement efficace.

Or, la conception de l'insurrection (contre Dieu) comme une maladie exigeant un traitement, avant de la sanctionner en tant que crime, est une question qui mérite mûre réflexion, à la lumière des enseignements de l'islam.

On peut se demander si le péché est réellement une maladie.

Nombreux sont les versets du Coran qui nous autorisent de répondre par l'affirmative.

Dans la sourate de "La Vache", l'hypocrisie est qualifiée de maladie : "Leurs cœurs sont rongés d'un mal profond que Dieu ne fait qu'aggraver" (La Vache - 10).

La cardiopathie dont il s'agit ici ne consiste pas, évidemment, en une hypertension artérielle.

Cette image est tellement très répandue qu'elle est répétée à trois reprises dans la sourate des "Coalisés". Son apparition dans des contextes différents implique des différences dans la signification.

Dans les conseils adressés aux mères des croyants, Dieu le Tout-Puissant dit

"Ne soyez pas complaisantes dans vos propos, de peur d'éveiller des désirs troubles en certains cœurs malades" (Les Coalisés, 32).

La maladie dont il s'agit ici désigne la surexcitation sexuelle, qui porte l'individu au débridement de son instinct quant au choix objectal. Or, le Tout-Puissant veut que les femmes de son Prophète soient au-dessus de toute tentation. Il ne serait donc pas étonnant à ce qu'Il les mette à l'abri des aspirations illicites des âmes malades.

Il est reconnu que le désir sexuel est à l'origine de beaucoup de maladies mentales, nerveuses et morales !

Parlant des attitudes des faibles et des indécis lorsque les factions ont assiégé Médine, Dieu dit dans le Coran :

"Les hypocrites et ceux de faible conviction murmuraient : "Ce n'était donc que chimères, ce que Dieu et Son messager nous avaient promis" (Les Coalisés, 12).

On vient de voir que l'hypocrisie est assimilée à une maladie ; son agent pathogène se développe dans un milieu favorisé par la faiblesse et la désintégration de la personnalité.

L'hypocrite, habitué à changer d'avis en fonction des personnes qu'il rencontre, finit par un dédoublement de la personnalité.

Le malheur que les hypocrites ont attiré sur la première communauté musulmane dépasse, de loin, celui causé par les incrédules déclarés.

Ce verset peut être interprété de deux façons : "Ceux de faible conviction murmuraient" sont soit : 1 - les hypocrites eux-mêmes, soit : 2 - un autre type d'individus qui, effrayé par l'ennemi et doutant de la victoire du Prophète, a intégré le groupe des hypocrites, son semblable. Ces attributs sont interreliés et se rendent mutuellement explicites.

Ceux qui présentent des signes de maladies doivent être mis en quarantaine en attendant l'évolution de leur état.

La Sourate des "Coalisés" regroupe tous ces cas dans le verset suivant :

"En vérité, si les hypocrites, ceux au cœur rongé par le vice et autres propagateurs de faux bruits à Médine ne mettent pas fin à leurs agissements, Nous t’inciterons certes, à sévir contre eux sans pitié et ils ne demeureront dès lors, que fort peu de temps, en ton voisinage" (Les Coalisés, 60).

Cette menace survient après l'ordre donné à toutes les femmes des croyants d'être pudiques quant à leurs tenues vestimentaires, ce qui prouve que ce sont les jeunes vagabonds voyeurs qui sont qualifiés de malades.

C'est par préservation de ceux-là que Dieu a révélé le verset suivant :

"Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux épouses des croyants, de ramener sur elles un pan de leur mante : elles en seront plus aisément reconnues et ne risquent pas d'être offensées " (Les Coalisés, 59).

Les maladies psychiques sont d'inégale gravité et leurs répercussions fâcheuses sur les lois, les mœurs et les vertueuses traditions le sont aussi.

Le criminel ne doit d'ailleurs pas être exempt de toute responsabilité pénale, et acquitté, même s'il est psychiquement anormal.

L'islam considère ces cas pathologiques de deux façons différentes :

- Il instaure les sanctions nécessaires à la sauvegarde de la société, à la consolidation de ses fondements, à la consécration de ses vertus, à la conservation et à la surestimation de ses idéaux, et à la répression de toute action contraire : d'où la flagellation, la lapidation, la mutilation et la peine capitale.

- Cependant, parallèlement à cette sévérité, il considère le cas des criminels malades avec pitié. Il les juge avec prudence, tolérant que le juge se trompe en leur faveur qu'en leur défaveur.

Un ivrogne, conduit au Prophète afin de sanctionner sa conduite, s'est vu insulter par l'un des présents avec le Messager de Dieu, que le Salut et la Paix de Dieu soient sur lui, qui a répliqué en disant : "Ne le maudissez pas, je sais qu'il aime Dieu et son Prophète".

Une autre version de cet événement fait état d'une autre réaction du Prophète qui aurait dit : "ne dites pas cela, mais prier Dieu de lui accorder Sa miséricorde et Son pardon".

C'est cette vision miséricordieuse qui fait qu'il nous est conseillé d'être discret à l'égard du pécheur, afin de lui donner l'occasion de se corriger, et d'intercéder en sa faveur auprès de l'entourage, avant qu'il ne soit traduit en justice.

Les atteintes de la volonté humaine, dans son évolution boiteuse vers la perfection, sont les premières à être dignes de pitié et de miséricorde.

Lorsque l'individu aspire au dépassement des bassesses, il se voit harcelé par diverses tentations corollaires de sa nature terrestre, et acculé au désespoir qui affaiblit sa volonté. C'est là qu'intervient la religion pour le revitaliser et lui permettre de poursuivre sa voie vers la perfection.

Dans cette situation délicate d'assistance à l'âme sont invoqués les hadiths d'espoir, les versets de miséricorde et les nombreux textes, qui ouvrent devant l'homme les horizons sur le pardon divin, et permettent à l'espoir humain de continuer.

S'adressant aux pécheurs, Dieu dit :

"Dis : 0 Mes serviteurs qui avez agi immodérément contre Vous-mêmes ! Point ne désespérez de la miséricorde de Dieu, car Dieu pardonne tous les péchés. Dieu est l'Absoluteur, le Tout-Compatissant".

De pareilles bonnes nouvelles sont considérées faussement par les esprits bornés comme prétexte justifiant leur négligence et leurs erreurs.

Or, Dieu ne vise par ces textes que l'encouragement de celui qui lutte contre son désir, afin de poursuivre sa voie malgré les faux pas et les obstacles, et dont la volonté à accomplir le Bien ne s'affaiblit pas, et son espoir en la miséricorde divine ne s'éteint pas, quoiqu'il fasse, tant qu'il aspire à une vie plus vertueuse.

La relation entre les nombreux textes faisant de l'action le pilier de la vie, et ceux qui invoquent le salut et le pardon divins pour les fautes légères, devient intelligible à la lumière des explications précédentes.

Ce qui corrobore le mieux nos jugements concernant les conduites des gens est cette parole de Jésus, fils de Marie -que la Paix soit sur lui- :

"Ne jugez pas les actions des hommes comme si vous étiez à la place de Dieu et considérez les vôtres en fidèles serviteurs. Les hommes se divisent en deux catégories : les mauvais et les bons. Tolérez les mauvais et louez Dieu pour la grâce qu'Il vous accorde".

L'islam renferme des enseignements qui permettent au croyant de préserver sa santé psychique.

Fautif est celui qui croit que les actes d'obéissance prescrits par l'islam ne sont que purs rites effectués dans l'insouciance et avec abnégation dans l'inconnu, car les devoirs fondamentaux de l'islam exigent l'éveil psychique, et rares sont les chances de leur acceptation s'ils ne laissent pas leurs empreintes sur le cœur et la raison. Par conséquent, les actes constituent un fondement solide pour la santé psychique du musulman.

L'objectif que Dieu vise, à travers ces actes, est de prémunir le musulman contre les souillures et les péchés, et de lui permettre de s'en débarrasser et d'assainir son âme, au cas où il les aurait commis.

La prévention et l'assainissement constituent tous les deux la voie vers la santé psychique, c'est-à-dire l'éloignement des péchés et des mauvaises actions.

L'objectif du dévouement à Dieu, par la lecture du Coran, ne consiste pas en la simple répétition des mots saints, mais vise la liaison de l'âme à la révélation en vue de son épanouissement, sa purification et son élévation de l'attachement terrestre et des désirs lorsqu'elle s'adresse à Dieu.

"Il est, en ce Coran, venant de Nous, flux de guérison et grâce pour les croyants" (Le Voyage nocturne, 82).

Le culte de Dieu consistant à faire les prières constitue une sorte de prohibition des péchés, d'éloignement des tentations et de guérison de la désobéissance, au cas où l'individu l'aurait contractée.

L'islam prémunit l'individu et la société contre les maladies psychiques dévastatrices, en les exhortant à suivre le principe exprimé dans le dicton suivant : "Si tu ne préoccupes pas ton âme du Bien, elle te préoccupera du Mal".

L'oisiveté de l'individu, et la société sans objectifs précis, constituent un terrain propice aux pires des maladies psychiques et aux atteintes du cœur.

Nombreux sont les complexes qui trouveront spontanément leur résolution dans le domaine de la noble action, en vue de la réalisation des objectifs tracés, et rares seront les occasions de pécher par oisiveté si la société musulmane se livre à la lutte permanente contre le Mal, et s'acquitte de ses prescriptions religieuses.

Je crois personnellement que la responsabilité de beaucoup de péchés commis par les individus incombe à l'État, qui ne les a pas préparés, ce qui les aurait détournés du Mal.

Nombreuses sont les maladies psychiques qui entraînent la déviation du comportement humain. Et si l'on se fie aux psychologues, on trouvera que personne n'est à l'abri d'une atteinte légère, d'un complexe ou maladie latents.

Qualifier quelqu'un de fou est, toutefois, différent de le voir émettre, parfois, des comportements se rapportant à la folie. L'individu se voit reprocher ses actes par des remarques du genre : "As-tu perdu la raison ?".

Dieu, s'adressant aux rabbins, dit :

"Prêcherez-vous aux autres la piété, oubliant vous-mêmes d'être pieux ? Serez-vous à ce point insensés, vous qui récitez les Écritures ?". (La Vache, 44).

Les maladies psychiques sont d'importance inégale ; elles sont à leur terme différentes de ce qu'elles étaient au début. Certaines d'entre elles revêtent un caractère épidémique, d'autres au contraire, sont très circonscrites dans l'espace et dans le temps. Les plus répandues -comme le précise le Coran à plus d'une reprise- découlent d'un trouble dans la fonction sexuelle, ou d'une estimation non réaliste de soi, comme disent les psychologues. Ces troubles psychiques passent par des étapes et connaissent des complications sur lesquelles on ne peut s'étendre dans le cadre de ce sujet.

Les troubles sexuels engendrent des déviations telles que la prostitution, l'homosexualité, le lesbianisme, la satisfaction imaginaire de l'instinct et la soumission au bien-aimé, etc.

La surestimation du moi provoque l'orgueil, la vanité et la folie des grandeurs. Quant à la sous-estimation, elle est à l'origine du complexe d’infériorité, de l'hypocrisie et de la flatterie, mais elle peut être parfois derrière une vanité et un orgueil excessifs.

L'islam -comme il est dit ci-dessus- protège l'âme par la recommandation des différentes prescriptions, la prémunit contre les maladies, allège leurs effets en cas d'atteinte, et ne cesse de les traiter jusqu'à guérison, proportionnellement à l'effort fourni par l'individu dans la lutte contre le péché et dans son auto-éducation.

Notre connaissance des crimes et des délits étant très limitée, nous n'osons pas, par conséquent, émettre un jugement général à leur propos. Nous pourrions, à la rigueur, juger les individus d'après ce qui nous paraît comme foi, dépravation ou incrédulité ; alors que Seul Dieu décide de leur sort dans l'Au-delà.

Dire que les pécheurs sont éternellement, ou momentanément, assignés à l'enfer, ou que certains d'entre eux bénéficieront du pardon divin est une question liée aux circonstances -détaillées auparavant- à propos desquelles on a refusé de soumettre le jugement à la polémique et à la rhétorique des temps passés.

A ce sujet, notre vertueux confrère, le professeur Ismail Hamdi, écrit dans une recherche détaillée : "La justice en tant que principe et la sanction comme faisant partie intégrante d'elle, sont indiscutables".

Mais à quel genre de pécheurs doit-on rendre justice ? Quels sont ceux qui méritent justice et clémence ? Quels sont ceux qui sont dignes de clémence totale parce que malades ?

Les catégories de pécheurs sont certainement distinctes.

Si l'on prend la volonté et la conscience comme critères de distinction, les âmes sont amplement plus diversifiées que les physionomies.

L'individu qui, capable d'éviter un péché, le commet volontairement, en connaissance parfaite de ses conséquences, et après préméditation, est différent de celui qui, sous l'effet d'une émotion intense comme la fureur et le désir, se trouve impliqué à contre-cœur dans un délit. Mais tous les deux sont démunis : l'un, d'une bonne éducation, ce qui le pousse au péché ; l'autre, de nourriture, et se voit obligé de voler.

Nul besoin de préciser ce que mérite chacun d'eux, car cela est tout à fait clair.

Si la justice humaine accorde clémence à ceux qui la méritent, justice à qui de droit, et les deux à la fois quand il le faut, les circonstances atténuantes impliquant le recours à la pitié -comme disent les juristes- et éveillant en le juge des sentiments nobles, seront considérées par Dieu comme elles sont considérées par les humains. Car Dieu est le plus généreux, le plus vertueux et constitue l'Idéal suprême dans les cieux et sur terre.

Les humains qui promulguent et appliquent les lois ne sont pas des machines. Leurs caractéristiques en tant qu'humains, apparaissent nécessairement dans ce qu'ils instaurent et dans leurs jugements. Mieux encore, ils sont censés être des plus nobles, eu égard à leurs qualités supérieures concernant la justice, l'impartialité, la connaissance (psychologique) des âmes, l'estimation réaliste des mobiles, la clémence, etc.

Le Coran fait longuement l'éloge des qualités divines en tant qu'Idéal suprême. Elle englobent Son omniscience, Sa justice limpide, recommandée aux humains, Sa vaste miséricorde, Sa bienfaisance, Son pardon, etc.

Tels sont quelques Attributs de Dieu, dont il convient de reconnaître la fécondité, la positivité et la pérennité. Nous les estimons, comme il se doit, car ce sont des Attributs divins qui sont fonctionnellement actifs, bénissant et liant la vie d'ici-bas et de l'Au-delà.

La façon dont Dieu traite les humains à travers Ses prescriptions doit refléter ces Attributs.

L'action est le corollaire de la foi, tout comme la lumière l'est au jour. Il se peut qu'une brume épaisse couvre le ciel et répande l'obscurité sur terre, pourtant le jour ne peut être la nuit, car cela n'est que passager quelle que soit sa durée, et le soleil apparaÎtra de nouveau pour répandre lumière et chaleur.

C'est le cas de la lumière de la foi, qui peut être voilée momentanément par une passion passagère, entraînant un quasi-égarement chez le croyant, avant que la foi ne fasse son effet et le ramène à la bonne voie. A ce propos, Dieu le Tout-Puissant dit :

"Dès que l'ombre de Satan les effleure, ceux qui craignent Dieu s'en ressouviennent aussitôt et les voici redevenus clairvoyants" (Al Aràf, 200).

La lugubre nuit de l'incrédulité s'installe, quant à elle, dans la noirceur totale du péché permanent, là où la lumière de la foi s'éteint entraînant la cécité de l'individu, et par conséquent son égarement.

"Pour celui qui aura été aveugle en ce monde, il le sera de même dans l'autre, il y retrouvera encore moins sa voie". (Le Voyage Nocturne, 72).

L'histoire des créatures sauvées, représentée par notre Père Adam, est "péché et repentir", alors que celle des créatures perdues, représentées par Satan, est "péché et persistance dans le péché".

Choisis alors ce qui te convient !

Le jugement ne consiste ni en un jeu de mots, ni en altération de textes, mais il revient à Dieu , et Dieu suffit pour tenir le compte de tout.

 

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