Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

LE TRAVAIL COMME SYMBOLE DE LA FOI

 

Croire en Dieu signifie le connaître si bien qu'on peut atteindre les confins de la certitude, et affirmer la soumission à Dieu veut dire s'assujettir à son pouvoir de plein gré et de choix délibéré.

Selon la loi divine "islam" et "foi" sont synonymes et corrélatifs.

En effet, l'essence de l'islam comporte l'accomplissement des devoirs requis qui consistent en la croyance en Dieu et l'exécution de ses ordres. Quant à l'essence de la foi, elle renferme la connaissance véritable de Dieu et l'observation de ses ordres.

De ce fait, la certitude est inhérente à l'islam comme la soumission l'est à la foi. Par conséquent, une adoption de l'islam qui ne renferme pas la certitude en Dieu est nulle et non avenue, tout comme une foi qui s'écarte de la soumission à Dieu.

"Les nomades ont affirmé : "Nous croyons en Dieu". Dis : "Vous êtes loin de croire. Dites plutôt : Nous nous soumettons ! "la foi n'a pas encore gagné vos coeurs" (Les Appartements, 14).

Cet islam auquel fait référence ce verset n'est pas la véritable religion mentionnée dans le verset suivant

"Quiconque recherche une religion autre que l’islam, celle-ci ne sera point agréée de Lui, il sera dans l’Au-delà au nombre des réprouvés " (La Famille d’Imran, 85).

C'est une soumission hypocrite parce que forcée, ce qui lui ôte toute valeur. La foi doit atteindre le cœur et y demeurer.

La foi qui mérite égard et considération est celle liée à l'écoute, à l'obéissance, et qui est purifiée du reniement et de l'orgueil devant l'ordre divin.

"Nous croyons, affirment-ils, en Dieu et au Prophète, et leur obéissons. Certains d'entre eux, cependant, après l'avoir affirmé font volte-face. Ce ne sont pas des croyants" (La Lumière, 47).

Le mot "islam" désigne la grande religion révélée à Mohammad Ibn Abdellah. Toutes les générations le savent depuis lors. Quand on l'évoque, on reconnaît la religion qui consiste à observer le Coran et la sainte conduite (la Sunna) du Prophète.

Adopter l'islam revient à proclamer l'unicité de Dieu, à croire en elle et à exécuter les diverses prescriptions divines.

Le mot "foi" est cependant étendu par convention. On peut parler d'une foi chrétienne, d'une autre judaïque, d'une troisième païenne, d'une quatrième communiste, etc. Cette extension du sens de ce mot n'affecte en rien la véritable valeur légitime que nous avons précisée ci-dessus.

Le sens de la foi, et son extension dans notre religion, ne sont véritablement agréés que quand ils sont synonymes du mot "islam" ou lui sont attachés, mais cette convention répandue confirme le refus catégorique par l'islam de toute voie qui sous-estime les devoirs requis et s'insurge contre les lois du Grand législateur.

Nous considérons par conséquent, le refus de la soumission à Dieu comme une révolte contre l'islam, un écart à la religion et une démolition de la foi, quels que soient la connaissance, le savoir et la foi ferme de l'insurgé.

Satan savait pertinemment que Dieu est Unique et qu'Il est le Juge Suprême. Or, lorsqu'il lui a été ordonné de se prosterner, il refusa par orgueil et ingratitude. Dieu le rangea alors parmi les mécréants. Sa croyance en l'unicité de Dieu ne lui a pourtant pas permis de rachat, parce que la connaissance dépourvue de la soumission absolue au Tout-Puissant est sans valeur et sans poids. Le péché engendré par cette rébellion ôte toute foi au pécheur.

Ainsi la prise de conscience de cette vérité conduisit Abou Bakr à mettre sur le même pied d'égalité ceux qui se sont plaints de l'aumône légale (la zakat), et les apostats, même s'ils prétendaient être croyants.

Ceux-là ont refusé de se conformer à l'ordre qu'ils ont reçu consistant à donner l'aumône légale (la zakat), ont brandi leurs armes préférant ainsi la guerre à toute forme de contribution pécuniaire. Une armée fut conduite par le premier Calife, et fut chargée de leur fendre le crâne, les assignant ainsi au camp de Satan, l'ingrat et l'orgueilleux.

Ce jugement est valable dans toutes les situations analogues.

Refuser l'ordre de Dieu, sous-estimer ses prescriptions et s'enorgueillir de l'accomplissement des interdits ne sauraient être qualifiés ni de soumission, ni d'adoption de l'islam, hormis si on admettait que les insensés étaient des savants et les menteurs des gens honnêtes et sincères.

Des juristes musulmans ont recommandé la peine capitale contre celui qui s'abstient de prier, sans le qualifier pour autant d'apostat. Or, c'est là une erreur, car celui qui préfère être exécuté au lieu de prier ne peut avoir de religion, encore moins être considéré comme musulman.

Quant à la relation entre la foi et les actes -en référence au Coran et à la Sunna- elle fera l'objet d'une explication ultérieure.

MAUVAISE APPLICATION DES PRÉCEPTES RELIGIEUX ET CRISE UNIVERSELLE DE LA FOI

Connaître Dieu et se soumettre à Lui, se préparer à Son jugement dernier et craindre Son châtiment constituent l'essence de la religion, et le fondement de ses lois.

En effet, la religion comporte des enseignements sous forme de divers systèmes normaux et sociaux, relatifs à la vie privée et publique sous ses différents aspects, et de la base au sommet. Cependant, la foi constitue la charpente de ces enseignements, qui sont aussi des actes dont la finalité est la rencontre de Dieu. Par conséquent, si cette charpente s'écroule ou s'il y a divergence à propos de la finalité, ces différents systèmes perdront leurs aspects distinctifs et leur valeur psychologique, changeront de nature et d'importance, tout comme la dévaluation de la monnaie.

La religion est avant tout "conscience de l'existence de Dieu, reconnaissance de Son droit à gouverner Ses sujets, à instaurer les principes qui leur servent de guide et qui précisent les limites de leur conduite".

L'exigence fondamentale de cette conscience profonde et de cette reconnaissance apparente, est de suivre les conseils divins, non seulement parce qu'ils nous tracent le bon chemin, mais aussi parce que leur observance est la preuve de la soumission à Dieu.

"L'existentialiste pourrait voir en l'intégrité dans les transactions commerciales et autres, une vertu, mais il ne prie pas Dieu. Par là, il ne le connaît pas et n'espère rien de lui. Par contre, pour le croyant, l'intégrité est obéissance à Dieu qui dit : "0 croyants ! Craignez Dieu et soyez parmi les vertueux" (le Repentir, 119)

Dans ce cas, il est intègre d'abord par sa foi en Dieu, ensuite il s'élève par sa foi pour atteindre la vertu de l'intégrité.

Quand les bonnes œuvres, qu'elles soient psychologiques ou sociales, font partie des enseignements religieux ou de la conduite des croyants, elles sont appliquées dans la vie, accompagnées de la certitude céleste ou empreinte de la bonté divine. De ce fait, le mobile de ces actes reste la foi, et la crainte de Dieu demeure leur corollaire.

Nous voulons par ces propos attirer l'attention sur la gravité de la conduite d'une humanité dépouillée, incitant les gens à respecter des conventions et des coutumes qui pourraient être bonnes ou mauvaises, et à voir dans la conformité à ces derniers, vertus et biens. Pourtant, la foi est absente de ces conventions et coutumes ou, si elle y est présente, elle n'est qu'éphémère.

Une certaine catégorie d'individus a une conception dichotomique de la religion : tout ce qui se rapporte aux prières et aux dogmes est délaissé par eux, alors qu'ils conservent et propagent tout ce qui se rapporte aux transactions et aux systèmes moraux et sociaux en soulignant leur valeur.

Nous avons appris que l'intérêt de tout acte prescrit par la divinité est l'obéissance à Dieu, et l'exécution de Ses ordres, tandis que son accomplissement sans égard à Dieu n'a aucune valeur, en dépit de son éventuelle utilité ici-bas.

La foi en Dieu ne constitue pas une œuvre surérogatoire dans la communauté des croyants ; l'exaltation, les louanges et les remerciements au Tout-Puissant doivent relever de la préoccupation des gens, et illuminer leurs conduites matin et soir.

Il est possible que certains trouvent ridicule le discours sur l'Au-delà, le Paradis et l'Enfer, et croient qu'il est dépassé ou qu'il est l'œuvre de prédicateurs dans les cortèges funèbres. Mais la vérité est que le discours, gratuit ou démagogique à propos de l'Au-delà, est la négation et la dissolution même de la religion.

Le cortège des vivants doit prendre intelligemment conscience de ce que la foi en le Jugement dernier n'est pas une plaisanterie. Les êtres humains doivent savoir qu'éloigner les activités de la vie de la foi en Dieu, et du Jugement dernier, est une étourderie et une poursuite des mirages trompeurs.

Nous devons, en tant que musulmans, éclairer nos activités par les enseignements de cette foi véritable et nous prémunir contre la civilisation matérialiste qui règne tant en Orient qu'en Occident, laquelle civilisation s'est détournée de Dieu, a ignoré la révélation divine, a préféré vivre selon ses goûts et ses loisirs, s'est détournée de l'essentiel de la foi dont elle n'a pris que ce qui l'arrangeait.

La religion se définit, selon nos études théoriques, par ses rites, ses dogmes et sa morale dont le fondement est la croyance en Dieu. La relation à Dieu est le salut, même si l'individu n'applique pas strictement les autres devoirs.

Nous voudrions débattre cette pensée sans prétendre passer outre ni l'origine de la foi, ni l'ensemble des actes, qui lui sont rattachés et qui proviennent d'elle.

Il est du droit de nos anciens théologiens de déconsidérer tout acte de bien provenant d'un mécréant, et d'apprécier à sa juste valeur l'importance du principe de l'unicité de Dieu. Leur point de vue est clair. Lorsqu'un individu commet la plus haute des trahisons, son crime occulte et annule tout ce qu'il a fait de bien auparavant.

Quand on accuse quelqu'un d'avoir trahi son pays et de l'avoir donné à l'ennemi, il ne récolte que mépris et mérite la peine capitale à l'unanimité. Le fait que ce malheureux soit obéissant et bienveillant à l'égard de sa mère, généreux avec ses serviteurs ou subtil et gracieux avec ses amis, est passé sous silence ; les lèvres des gens sont, à ce sujet, comme scellées et tout le monde s'interdit à l'évoquer. La bonté de notre criminel ne le sauve pourtant pas de la mort physique et morale décrétée à son sujet.

En réalité, nos prédécesseurs ont considéré le mécréant comme on considère actuellement le traître, et ont refusé de lui reconnaître tout acte de bienfaisance et toute qualité.

Le traître mérite, à notre sens, ce mépris et ce traitement.

Le mécréant, l'ingrat et le traître commettent par leurs actes le plus grave des crimes issus de la plus haute trahison, et n'ont rien en leur faveur quels que soient leurs bienfaits.

"Celui que Dieu rabaisse, nul ne saurait le relever". (Le Pèlerinage, 18)

Or, cette vérité a engendré une faute largement répandue et a cruellement porté atteinte à la foi et aux croyants. C'est que les non-initiés ont compris que la foi, à elle seule, peut excuser la non-observation partielle des autres obligations.

Cette conception a atteint la croyance en la valeur de la foi sans pratique, ni observation des obligations.

Il s'est avéré par la suite que ceux qui se sont écartés de la foi et délaissé Dieu ont perfectionné un éventail d'œuvres humanitaires, et des techniques dynamiques, qui leur ont procuré prestige et honneur.

La contradiction engendrée par cet état de choses a remis en cause les questions religieuses, entraînant par là une certaine lâcheté chez les croyants et des révoltes dévastatrices.

Cette situation requiert un effort de compréhension véritable et une délicatesse, dans le traitement de la part de gens sensés.

Il nous est imparti, en tant que croyants, de reconsidérer notre situation avant de demander aux autres de s'auto-corriger. La foi est, en fait, la plus grande des vertus dans cette existence, elle est l'élément précieux embellissant tout ce qu'il touche, alors que son absence est source de laideur.

La foi, ainsi qualifiée, présente plusieurs aspects : elle est relation à Dieu basée sur la componction et l'humilité, à l'âme fondée sur l'éducation et la maîtrise de soi, à la société dont la justice et la clémence forment une assise, et enfin, elle est relation à l'univers basée sur la souveraineté et la coexistence.

C'est là la foi prometteuse qui mérite exaltation et gloire, face à laquelle l'athéisme ne résisterait pas et ne ferait pas le poids.

Ce qui nuit à la foi, c'est la prétention d'une relation artificielle à Dieu qui ne prémunit pas contre les manquements et n'incite pas à la recherche de la perfection. N'est pas véritablement foi celle qui dissimule ses faiblesses par le recours aux prières, et qui ne réalise ni en son détenteur, ni dans son entourage, la conduite correcte et le comportement victorieux contre le mal.

Ce type de foi factice -très répandue parmi les gens- n'élève personne et ne mène nullement au bonheur. L'athéisme, d'ailleurs, n'a pu se développer et semer le doute que là où règne la fausse foi. A t-il-pu brandir son étendard et imposer sa marque ailleurs que chez des "croyants" connus pour leur attachement artificiel à la foi ?

Nous refusons, catégoriquement, que l'humanité vive sans religion qui l'éclaire et développe ses acquis. Nous refusons aussi qu'elle vive avec une religion minée de l'intérieur par le mythe, dépourvue de qualités humaines supérieures, source de retard et de régression, agent de flétrissure de la créativité, de la création et de l'esthétique.

Il faut rendre justice à l'islam et savoir qu'il a élevé l'homme en dignité et valorisé la vie, non en le poussant à vénérer les choses d'ici-bas, comme le font les ignares, mais en l'incitant à préciser sa mission dans cette vie et à en tirer bon profit.

L'Homme est, dans la conception de l'islam, sujet connaissant et craignant Dieu, maître qui exploite les biens et les forces de l'univers. Il est aussi frère pour ses semblables, les aidant à accomplir le bien, entrant en interactions justes et magnanimes avec eux.

J'admire le professeur lshaac AI Hosseïni, quand il définit l'islam en disant :

"L’islam comporte, à la lumière des études de l’histoire des religions primitives et révélées, deux vertus : la première se rapporte à sa vision globale de la vie en tant qu'unité renfermant des éléments interdépendants. L’aspect spirituel n'est pas moins grave que l'aspect matériel, et l'éducation de l'âme n'est pas moins importante que celle du groupe. Les actions des gens doivent être basées sur des principes moraux, comme les rites le sont sur des principes spirituels ; et les droits de l'individu sont égaux à ceux du groupe. De ce fait, toutes les vertus ont des exigences et des valeurs identiques, et le respect de l'une d'elles n'excuse en rien la négligence des autres.

"Autrement dit, l’islam a appelé au bonheur complet dans les deux mondes, à l'instauration d'une cité vertueuse où les gens se partagent le meilleur et le pire, s'entraident pour parvenir à la bonne foi, la piété et la crainte de Dieu. Dieu le tout-Puissant a dit : "Les croyantes et les croyants se partagent mutuellement les responsabilités. Ils doivent faire le bien et se garder de faire le mal" (Le Repentir, 71).

"La seconde vertu se rapporte à l'égalité entre les vivants, qui constituent une seule famille, sans discrimination ni prééminence des uns sur les autres, si ce n'est par la piété et le respect de Dieu. L’islam déclare unis tous les apostolats, et solidaires tous les Prophètes sans distinction aucune entre eux".

"Ces deux vertus ont eu pour conséquence la bienveillance dans les relations entre les gens, la justice, l'équité et la bienfaisance, le recours à la raison et la recherche de l'intérêt commun, l'expansion de l’islam sur terre, et l'assimilation des aspects positifs de la civilisation humaine par la civilisation islamique".

Le Coran renferme plusieurs versets qui invitent aux nobles et généreuses actions, aux vertus sociales et aux traitements justes et équitables tels l'obéissance aux parents, l'aumône légale aux proches, aux orphelins et aux pauvres, l'assistance aux faibles, aux nécessiteux et aux malades, le pardon, la réconciliation, la patience, l'honnêteté et la sincérité, l'acquittement des dettes et promesses, l'œuvre commune pour l'obéissance et la crainte de Dieu, et le déplacement à la recherche de la grâce divine par les bonnes œuvres.

Il renferme aussi bon nombre de versets qui prohibent les mauvaises et avilissantes actions telles la proclamation publique des méfaits, la médisance, le mensonge, la trahison, la prostitution, l'agression, l'immoralité, l'oppression des orphelins, l'usurpation de leurs biens spécialement, et de ceux des autres en général, le non respect des poids et mesures, et la prodigalité.

Quant aux dires du Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, aux nombreux actes de ses Compagnons et des premiers Khalifes, ils s'inspirent des principes coraniques pour les appuyer et les expliquer.

Cette description précise met en valeur l'action en tant que réseau à tissage raffiné, auquel n'échappe le bien ni de la vie, ni de l'Au-delà. Cependant, certains chercheurs dans le domaine des sciences de la religion et de l'éducation pourraient être moins exigeants, quant à sa compréhension et son utilisation pour l'éducation des sociétés. En effet, ceux qui sont concernés par l'éducation religieuse pourraient porter atteinte à la foi, quand ils la considèrent comme une sorte de serviette servant à éponger les fautes des pécheurs : ils commettent des erreurs et la foi pardonne, détruisent et elle répare.

Nombreux sont les adeptes des religions révélées qui croient que l'attachement à l'essence de la religion serait suffisant, pour que leurs péchés soient pardonnés.

Selon eux "Le Paradis n'est permis qu'aux Juifs et aux Chrétiens; tel est leur espoir" (La Vache, 111).

Le Coran a démenti ces prétentions et tracé la voie du véritable salut, symbiose de la foi dynamique, des bienfaits et du dévouement à Dieu.

"Dis : "Apportez vos preuves si vous êtes sincères". Ceux qui se vouent à Dieu tout en étant sincères seront récompensés. Ils n'ont pas à avoir peur, ni à se lamenter". (La Vache, 111-112).

Certains prédicateurs, bornés, pourraient se contenter de certains faits religieux dont le sens et le domaine sont limités. D'où leur incompréhension et leur imparfaite application, qui feignent d'ignorer par là l'ensemble du Livre et de la Sunna, voire la nature de la foi, cette nature qui fait jaillir la vie de la mort et l'ordre de l'anarchie.

Prenons à titre d'exemple le hadith de "la lettre", reçu d'Abdellah Ibn Omar et rapporté par Attarmidi, selon lequel le Prophète aurait dit :

"Dieu jugera publiquement un homme de ma "Oumma" le Jour du Jugement Dernier. Il lui étaiera alors quatre vingt dix neuf livrets dont la superficie de chacun s'étendra à perte de vue et lui demandera : "Y a t-il quelque chose que tu contestes dans ce qui est enregistré ici ? As-tu été lésé par mes scribes ?". L'homme répondra par la négative. Dieu reprendra alors : "Nous te réservons une récompense malgré tes péchés. Tu ne seras point lésé" et Il lui montrera une carte où est écrit "J'atteste qu'il n'y a de divinité qu'Allah et que Mohammed est son Prophète". L'homme dira : "0 Seigneur ! Cette carte est à considérer à part". Et le Seigneur de répondre : "Tu as raison".

"Les livrets seront alors déposés dans l'un des plateaux de la balance et la carte dans l'autre. Les livrets se volatiliseront alors que la carte prendra de plus en plus de poids. Rien ne peut avoir le poids du nom de Dieu".

Si ce hadith, à signification étonnante, est pris à la lettre, il pourrait acquitter les gens de leurs charges envers Dieu et infirmer Sa parole quand Il dit :

"Dieu ne corrigera point les actions des malfaiteurs. Il confirme toujours la vérité en ses Augustes Arrêts, dussent en souffrir les méchants". (Jonas, 81-82)

A mon avis, ce hadith, s'il est de transmission correcte, ne pourrait être valable que pour un polythéiste qui aurait mené une vie de débauche, et qui se serait racheté avant de livrer son âme de peu. Vu cette courte durée, sa conversion à l'islam n'a pu réaliser l'absolution des péchés antérieurs. Le hadith en question valorise la place de l'unicité de Dieu et l'importance de la foi, même quand celle-ci intervient à la fin d'une vie.

La diffusion de ce genre de propos du Prophète, parmi les non-avertis ou parmi les jeunes, sans précaution, est considéré comme une destruction de la religion dans sa totalité. Ce serait là le point de départ à la formation de groupes de religieux sous-estimant la foi et son impact.

De nos jours, l'humanité a besoin de la foi qui lui permet d'établir avec Dieu des liens de sincérité et d'obéissance, et de s'attacher à la vie par le biais de la production et du sérieux. A défaut de cette foi, l'avenir de l'humanité demeure incertain.

LA FOI ET L'ACTION

La relation de la foi à l'action est semblable à celle de la morale à la conduite.

La foi de l'homme en Dieu, sa certitude quant à l'avènement du Jour Dernier, et sa croyance en la mission des Messagers divins, l'incitent certainement à œuvrer pour ce qui plait à Dieu, à se préparer à sa rencontre et à se maintenir dans sa voie. De même, le courageux attaque là où le danger est certain, le généreux offre lorsque le besoin se fait sentir et l'homme honnête se soucie de la vérité à l'occasion de toute discussion, etc.

il est difficile, voire impossible, à l'homme de situer la réalité dé la religion en deçà de ce niveau, ou de comprendre autrement le Livre de Dieu et la Sunna de son Prophète.

Or, les ennemis de l’islam n'ont pas manqué de ruse pour le démolir dans son propre fief, alors qu'ils étaient incapables de le vaincre sur le champ de bataille. Ils ont chargé des destructeurs d'essayer de convaincre les musulmans de la nullité et de la vanité de l'islam.

Dans le cadre de cette mauvaise compréhension, on a vu vivre côte à côte, durant plusieurs années, le musulman, le juif et le copte, sans que l'on puisse différencier l'un de l'autre. Personne ne fréquente la mosquée, personne ne pourvoit à aucune prescription et personne ne respecte ni Dieu, ni les rites religieux. Ils se livrent tous à la boisson, au profit illicite et à l'adultère. Leur seule différence est que le juif glorifie le sabbat, le chrétien se rend clandestinement à son église, alors que rien ne rattache ce musulman présumé à l'islam, si ce n'est ce nom inscrit dans son acte de naissance.

Il est regrettable que certains théologiens ne se soucient point de ce fait. Certains insensés murmurent le mot "unicité de Dieu", se retranchent derrière lui et il devient facile pour eux de manquer à leurs devoirs et de se livrer à l'interdit tout en prétendant que la religion stipule cela. Maudite soit leur action !!

A supposer qu'un parti quelconque présente son programme aux gens en laissant entendre implicitement, ou explicitement, qu'il leur est possible de ne pas se conformer à ses principes et à ses prescriptions, tout le monde, sans exception dira : "Quelle absurdité ! Quelle légèreté !"

Comment pourrait-on alors accuser l'islam de porter en lui ce qui le démolit ?

Comment pouvons-nous alors revenir à ses textes, pour y chercher un support nous permettant de nous en écarter et de le tourner en dérision ?

Et comment prétendre que les actes ne sont qu'accessoires ? Comment oser dire que leur manquement n'a aucune importance ? Insensés sont ceux qui :

"ont tourné en dérision le culte du Seigneur, en ont fait objet de raillerie entre eux et que la vie éphémère a séduits" (Al A’raf, 5 1).

La négligence des lois et des prescriptions divines leur incombe. Ils sont également responsables des calamités et des malheurs connus par les musulmans, suite à cette interprétation erronée de leur religion.

Comment une nation peut-elle avoir une vie religieuse solidement assise et une vie profane prestigieuse, si elle considère les actes comme accessoires et futiles ?

Dieu fait de l'action la mission de l'existence et la fonction des vivants. Il considère la ruée vers le bien comme le secret de la création et le critère du Jugement Dernier :

"Qui a créé la mort et la vie pour vous éprouver, et afin de connaître les meilleurs d'entre vous à leurs œuvres. C'est Lui le Tout-Puissant, l’Absoluteur" (La Royauté, 2).

Le Saint Coran ne renferme aucun verset évoquant la foi sans la lier aux bons actes, à la crainte ou à la soumission à Dieu, au point que les deux sont étroitement et solidement associés.

Si l'on a à comparer la voie droite à l'égarement, on devra mettre la foi et l'action d'un côté, l'incrédulité de l'autre.

"L'aveugle et le clairvoyant ne sauraient être égaux, pas plus que ceux qui croient et font le Bien et ceux qui font le Mal" (Le Croyant, 58).

En effet, fréquentes sont les allusions faites à l'islam et à son essence universelle par des aspects pratiques, clairs et précis:

"Mais il n'a pas gravé pour autant la voie ascendante.

"Mais sais-tu bien ce qu'est que de la gravir ? C'est de se vouer au rachat des captifs

De nourrir en temps de disette

Un parent orphelin

Ou un pauvre réduit au dénuement" (Le Pays, 11- 12-13-14-15 -16).

D'ailleurs, l'islam considère le manquement à certaines bonnes actions comme la preuve que l'âme est dépourvue de croyance, et que le cœur est dénué de toute foi.

"As-tu remarqué cet homme qui nie le Jugement Dernier ? C'est celui qui brime l'orphelin,

Et n'incite point à nourrir le pauvre" (L'Aide, 1,2,3).

La foi est, parfois, considérée comme une qualité associée aux actions et rattachéé aux conduites humaines habituelles, qu'elle améliore et lie à Dieu. L'action est ainsi citée en premier lieu, conformément à son importance alors que la foi vient en second lieu, comme condition de la validité et de l'approbation de l'action.

"Celui qui s'adonne aux bonnes actions le cœur plein de foi n'agit pas vainement. Nous en sommes témoin" (Les Prophètes : 94).

N'est-ce pas la valeur des actes, et non les prétentions, qui déterminent l'accès au Paradis ou la condamnation à l'Enfer ?

"Une pesée rigoureuse s'effectuera en toute équité. Ceux dont les œuvres l'emportent par leur poids seront les bienheureux.

Ceux, au contraire, dont le plateau sera léger, ceux-là, pour avoir uniquement bafoué Nos Signes, perdront à tout jamais leurs âmes" (Al A’raf, 8-9).

Nous connaissons l'histoire des nations qui ont péri à cause de leurs mauvais actes. Nous savons, par exemple, qu'Allah a puni le peuple de Loth, en raison de ses turpitudes, et celui de Choua'ib, parce qu'il ne respectait pas les poids et les mesures. Nous connaissons la destinée de ces impies.

Notre nation serait-elle la seule à vouloir commettre les péchés sans précaution ni crainte?

L'islam, à l'instar des précédentes religions révélées, ne peut dissocier la foi des actes. D'ailleurs, le Coran nous conte l'histoire de nos prédécesseurs afin qu'e1le nous serve d'exemple. Prêtons donc oreille à Dieu lorsqu'il dit à ce propos :

"Nous avons détruit bien de générations avant vous, qui s'étaient comportées iniquement. Vers elles, étaient venus leurs Prophètes avec des signes évidents que ces peuples rejetèrent obstinément. Ainsi, Notre châtiment atteint les pervers.

"Nous vous appelons à leur succéder sur la terre : Nous voulons vous y voir à l'œuvre, à votre tour !" (Jonas, 13-14).

C'est ainsi que Dieu nous éprouve et contrôle nos conduites en exigeant de nous foi et actes réunis. Il évalue, ensuite, notre acquittement des tâches requises. Dieu n'a t-il pas rappelé à tous les fils d'Adam, sans exception, cette vérité évidente ? Il leur expliqua clairement que le salut réside dans l'intégrité, la vertu, la crainte et non dans l'hypocrisie et la prétention.

"Fils d'Adam ! des Prophètes issus de vous-mêmes viendront pour vous rappeler Mes enseignements. Ceux qui seront pieux et s'appliqueront à être meilleurs n'auront rien à craindre ni n'éprouveront d'affliction.

Ceux, au contraire, qui traiteront mes versets d'impostures et s’en détourneront avec hauteur, ceux-là connaîtront le feu éternel" (Al A’raf, 35-36).

Lorsque les gens sensés ont suivi le droit chemin et ont proclamé leur foi en Dieu, ils ont crié :

"Une voix, Seigneur, nous est parvenue, qui nous invitait à croire en Toi : nous y avons cru" (La Famille d’Imran, 193).

Quand ils ont quémandé au Clément le pardon, ils ont dit :

"Seigneur, pardonne-nous nos péchés ! Veuille effacer pour nous nos actes pervers ! Rappelle-nous à Toi au nombre des justes !" (La Famille d’Imran, 193).

Et lorsqu'ils ont aspiré à la victoire, au pouvoir sur terre, au succès et à la satisfaction dans la vie future, ils ont dit :

"Accorde-nous, Seigneur, ce que Tu nous as promis par la voie de Tes Prophètes ! Veuille ne pas nous décevoir le jour où nous serons ressuscités" (La Famille d’Imran, 194).

Leurs ferventes prières et leur persévérance dans cette voie ne sont agréées qu'à la condition qu'ils accomplissent de bons actes, car la parole à elle seule n'est pas prisée. La satisfaction de ces prières est fonction du sacrifice, de la persévérance et de l'accomplissement des obligations :

“Le Seigneur a exaucé leur prière :

“Je ne ferai perdre à nul d'entre vous, hommes ou femmes, le fruit de ses œuvres : n'êtes-vous pas partie intégrante les uns des autres ? A ceux qui auront émigré, qui auront été chassés de leurs foyers, qui auront souffert pour Ma cause, qui auront combattu ou auront été tués à Mon Service, à tous ceux-là, Je ferai rémission de leurs péchés et les ferai entrer dans des jardins baignés de ruisseaux, en guise de récompense divine car c'est auprès de Dieu qu'est la plus belle des récompenses" (La Famille d'Imran, 195).

Nombreux, dans le Coran et la Sunna, sont les textes qui font référence à l'interdépendance entre la foi et les actes, instaurent l'équité dans ses fondements, précisent à chaque musulman sa finalité, lui déterminent sa place et attirent fortement l'attention sur l'ordre décisif suivant :

"Dis : "Agissez ! Dieu observera vos actions, ainsi que le Prophète et les Croyants. Vous ferez ensuite retour à Celui qui connaît si bien toute chose, invisible ou apparente. Vous serez par Lui informés de toutes vos œuvres" (Le Repentir, 105).

INTERPRÉTATION TENDANCIEUSE DU TEXTE

Il existe des gens qui, en présence de textes qu'ils ne comprennent pas, essayent, par leur interprétation erronée, de s'écarter des règles établies.

Nombreux sont les hadiths colportés par les masses. Citons, à titre d'exemple, ce Hadith rapporté par Anas et qui dit que le Prophète, que la Paix et le Salut soient sur lui, a dit à son compagnon de voyage :

"- 0 Mou’ad !

- A votre service ! A vos ordres, 0 Messager d'Allah...

- Quiconque pense sincèrement qu'il n'y a d'autre divinité qu'Allah et que Mohammed est son Prophète ne connaîtra point les affres de l'enfer.

- 0 Messager d’Allah ! Dois-je en informer les gens pour qu'ils s'en réjouissent ?

- Ils ne s'adonneront alors à aucun acte !!"

Après la mort du Prophète, Mou'ad, envahi par le sentiment de culpabilité, fit répandre cette nouvelle à contre-cœur.

C'est en s'accrochant à ce genre de hadiths que les non-initiés essayent de démolir l'islam, de détruire ses fondements et de sous-estimer l'importance de l'action et de ses effets. Leurs arguments sont faux et irrecevables.

Al Hafid al Moundiri pense que "certains théologiens croient que ce genre d'interprétatioon était valable au début de l'islam, lorsqu'il s'agissait, avant tout, de faire campagne en faveur de la reconnaissance de l'unicité de Dieu. Dire qu'il n'y avait "d'autre divinité qu'Allah" pouvait alors conduire au Paradis, au début de l'avènement de l'islam, mais cela a été abrogé après l'instauration des devoirs et la détermination des lois. Les preuves en sont nombreuses et se présentent de façon complémentaire.

Les points de vue de Dahhak, Zahri, Soufiane Thaouri et autres vont dans ce sens, tandis qu'un autre groupe de théologiens ne voit pas l’utilité de l'abrogation dans ce cas, car tout ce qui a trait aux fondements de la religion et aux devoirs de l'islam est considéré comme un corollaire et un complément de l'affirmation des deux actes de croyance. Autrement dit, si un individu reconnaît qu'il n'y a d'autre divinité qu'Allah, et que Mohammed est son Prophète, puis refuse d'accomplir les obligations religieuses par reniement ou par négligence, il sera considéré -malgré les divergences sur ce point- incrédule et indigne du Paradis "

Al Moundiri cite d'autres points de vue, qui s'accordent à reconnaître que l'aspect explicite de ces Hadiths ne constitue pas leur véritable sens.

En effet, comment peut-on s'appuyer sur le sens manifeste de ces hadiths, dès lors qu'il existe des centaines de textes dans le Coran et la Sunna qui relient solidement la foi à des actes déterminés ?

En réalité, ce qui est présenté globalement dans un texte est détaillé dans un autre.

Le Prophète, que le Salut et la Paix de Dieu soient sur lui, a dit :

"J'ai reçu l'ordre de combattre les polythéistes arabes jusqu'à ce qu'ils déclarent qu'il n'y a d'autre divinité qu’Allah et que Mohammed est son Messager, qu'ils s'adonnent à la prière et qu'ils s'acquittent de l'aumône légale. Alors, ils seront garantis contre moi, pour ce qui est de leur personne et de leurs biens sous réserve (de l'application) de la Loi musulmane et leur compte sera auprès de Dieu (qu'Il soit glorifié et exalté)."

Ce hadith énumère des actes non cités dans le précédent. Il constitue une explication de la parole du Tout-Puissant, lorsqu'Il dit :

"S'ils reviennent de leurs errements, s'acquittent de la prière et font l'aumône, ils deviendront pour vous des frères par la foi" (Le Repentir, 11).

Il constitue pareillement une explication de cet autre verset :

"S'ils reviennent de leurs erreurs, s'ils font la prière et donnent l'aumône, ils seront laissés en paix. Dieu est Absoluteur et Clément" (Le Repentir, 5).

L'affirmation des deux actes de foi constituent le préambule à la croyance et à l'action, et n'est point seule suffisante comme le considèrent les esprits bornés.

Les phonèmes et les graphèmes formant le mot "unicité" sont des issues donnant à l'homme l'accès à de vastes étendues et à de larges horizons, où le cœur s'attendrit en découvrant la vérité de l'unicité absolue chaque fois qu'il se prosterne devant le Créateur, cherche la satisfaction divine, fuit la malédiction, s'acquitte de ses devoirs et se détourne de l'interdit.

Le polythéisme ne se réduit pas à un simple mot impur, polluant une bouche qui peut être purifiée rien qu'en prononçant son antonyme, mais il représente l'orientation du cœur et des sentiments, vers ce qui n'est pas Dieu. Si alors le principe de l'unicité ne s'empare pas du cœur et des sentiments, et ne se transforme pas en une force incitant à la bonne action, il n'aura aucune valeur.

La notion de l'unicité immunise l'humanité contre la soumission à des pseudo-divinités. Celles-ci ne sont pas uniquement constituées d'idoles, mais de tout ce qui coupe les liens entre la volonté humaine et Dieu, et l'associe à autre chose que la crainte et l'espoir, le désir et la panique, la souffrance et l'espérance. Or, ceci ne peut conduire qu'au polythéisme.

La désobéissance a rompu la relation à Dieu à des milliers d'individus qui se sont laissés entraîner par leurs passions loin de Lui, à tel point qu'ils L'ont complètement oublié. Si l'on compare leur conscience à celle des peuples de l'époque anté-islamique, on trouvera le même reniement, la même ingratitude. La seule différence entre eux est que les premiers ont reconnu l'unicité de Dieu, sans la comprendre, alors que les seconds l'ont comprise, sans la reconnaître.

L'humanité -de par sa nature- baigne dans un univers éclairé de l'unicité de Dieu. Lorsqu'elle succombe aux pièges tendus par Satan, subjuguée par la passion, abandonnant le céleste et aspirant au terrestre, elle ne cesse de se dégrader et de dégringoler sans merci.

"Joindre des associés à Dieu, c'est comme si, précipité du haut du ciel, on se trouvait disputé par des oiseaux de proie, ou entraîné par l'ouragan vers un lieu perdu" (Le Pèlerinage, 31).

La notion de "l'unicité de Dieu" n'est pas un plant inerte dans un mauvais sol, mais elle est un plant dont les racines sont ancrées dans un cœur fertile, et dont les effets sont à ombre étendue et à fruits délicieux. L'unicité de Dieu se manifeste comme actions exigées et appuyées par l'islam, à tel point qu'il conditionne sa propre existence par leur développement et leur abondance :

"Voici comment le Seigneur, usant d'une parabole, dépeint une parole bénéfique : elle est à l'image d'un bel arbre, aux racines solidement implantées dans le sol, dont les rameaux s'élancent vers le ciel.

Il donne régulièrement ses fruits en toute saison, par la grâce de son Seigneur. Dieu propose des paraboles aux hommes pour les inciter à réfléchir" (Ibrahim, 24-25).

Cette notion a pour Dieu une grande valeur et est si fortement prisée qu'il est impensable qu'on puisse permettre à un hypocrite, ou un libertin, de l'exploiter.

L'homme aux actions stériles ne peut être sauvé ni par ses prétentions, ni par sa fausse foi :

"Parmi les hommes, d'aucuns se disent croyants en Dieu et en la Vie Future, alors qu'ils sont loin de l'être" (La Vache, 8).

Si les actions d'un individu laissent apparaître une mauvaise intention, si l'on s'aperçoit qu'il fuit les responsabilités et si, au lieu de fréquenter les endroits dignes des croyants, il hante les lieux sataniques et soutient par ses actes les ennemis de l'islam, il nous est alors inévitable de réfuter sa foi, en dépit de sa ferme prétention.

"Ils vous jurent par Dieu qu'ils sont des vôtres, mais point ne le sont. Leurs serments n'expriment que leur panique.

Si un refuge, quel qu'il soit, grotte ou souterrain pouvait s'offrir à eux, ils tourneraient bride aussitôt pour aller s'y blottir" (Le Repentir, 56-57)

Etant donné que l'islam a arrêté les conduites (lois, transactions, morale, etc.) à tenir dans toutes les situations, l'attitude des croyants doit être constante et consiste à s'y conformer absolument. Si les conduites de l'individu vont à l'encontre des prescriptions religieuses, et laissent apparaître l'égarement du cœur, la foi ne sera que fausse prétention.

C'est par cette logique que Dieu dévoile le cortège des premiers hypocrites, et c'est par cette même logique que nous dénonçons de nos jours leurs semblables.

Il existe deux usines de textiles dans une ville que je connais. L'une d'elles est dirigée par un non-musulman qui, par crainte d'être taxé de fanatique, accorde à ses ouvriers une heure pour assister à la prière du vendredi ; alors que dans la seconde dirigée par un né musulman, qui se croit exempt de cette accusation en raison de son islam présumé, les ouvriers ne bénéficient pas de cette faveur. Il est possible que si l'on discute avec lui cet écart de la voie de Dieu, il dira du mal de la prière et de ses pratiquants, en leur attribuant toutes les bassesses. Comment alors peut-on compter ce sot, qui bafoue les rites de l'islam, parmi les croyants ?

On pourrait ouïr quelqu'un prendre en dérision la législation islamique et ceux qui s'y conforment. Les érudits sont unanimes pour exclure ce genre d'individus du cercle de l'islam.

Nous devons trier la nation islamique afin d'en éliminer toutes les immondices et d'y distinguer les musulmans des athées et des pécheurs.

DE L'EDUCATION

Ce sont là des hadiths mal compris par les masses. Il faudrait s'y arrêter, pour élucider leur contexte et préciser leur signification. Ils se rapportent aussi bien au pardon qu'à la punition, au péché et au repentir.

Que faire devant une nation comptant parmi les siens des gens qui dédramatisent l'atrocité des péchés et des crimes, en s'appuyant sur des textes mal compris, et en attendant une clémence pour laquelle ils n'œuvrent point ?

La corruption des civilisations religieuses provient des déformations des paroles divines par des générations qui appliquent mal les prescriptions religieuses, concernant les actes et les intentions, et qui désirent commettre les sacrilèges des athées et avoir la récompense.

Le Livre Saint a, d'ailleurs, reproché aux juifs et à leur postérité cette voie inconsidérée, en rappelant leur espoir insolent en le bonheur éternel, et leur étonnante prétention de la conformité de leurs actes immondes à la logique de la Torah et au droit chemin de Moïse et ce, malgré leur attachement aux bassesses de la vie et à ses aspects éphémères.

Le Coran expose ceci avec clarté dans le verset suivant :

"Une autre génération leur succéda, qui reçut les Ecritures en héritage. Ses enfants firent argent de tout, disant à chaque coup : "cela nous sera pardonné !" sans pour autant s'abstenir de récidiver. Or n'avaient-ils pas pris, de par leur alliance avec Dieu, l'engagement de ne rien lui faire dire qui ne soit de Lui ? N'ont-ils pas étudié l’Ecriture tout à loisir ?" (Al A’raf, 169)

Le Tout-Puissant a montré ensuite que la récompense de ceux qui s'amendent ne sera pas perdue, et que les éléments de cet amendement résident dans le véritable attachement aux Livres révélés et à leurs recommandements. D'où le verset :

"L'Ultime demeure est d'un plus haut prix pour ceux qui craignent le Seigneur. Ne pourriez-vous y réfléchir ?

Pour ceux qui s'attachent fermement aux Ecritures et observent strictement la prière, ceux-là, pour s'être rendus meilleurs, ne verront pas leurs œuvres méconnues" (Al A’raf, 169-170).

Cependant, peut-on vraiment parler d'attachement des croyants à leur religion ? Ou plutôt où situer les musulmans par rapport au droit chemin de leur Coran ?

Le nombre d'assassinats dans les contrées musulmanes est nettement supérieur au nombre de crimes enregistrés pendant un demi-siècle dans un pays comme la Finlande, qui n'adhère à aucun culte.

Les raisons de ce tumulte sont nombreuses. Cependant, les plus importantes se rapportent à la dissociation entre la foi et l'action, à la rupture de la jonction entre le crime et le châtiment, à la recherche des fausses excuses à ceux qui ne s'amendent pas, et au remplacement de la sévérité par la tolérance.

Ce sont là les raisons essentielles qui expliquent la corruption des civilisations religieuses et leur dépassement par d'autres, dans certains domaines.

Avant de citer les hadiths mal compris par les gens, je me réfère à cet exemple que je tiens d'Abdelaziz Ismaël :

"Sous l'effet d'une grande émotion, un pieux a commis un homicide qu'il a regretté une fois son équilibre recouvré. Il s'agit d'un crime non prémédité.

Il est prouvé scientifiquement qu’une forte émotion entraîne une hyper-sécrétion hormonale par certaines glandes endocrines, laquelle sécrétion influence énormément la tension artérielle et le fonctionnement cérébral. Elle pourrait provoquer des spasmes ou même une perturbation passagère de la perception (confusion mentale/torpeur) pendant laquelle le sujet pourrait commettre des actes qu'il déplorerait à l'état normal".

Ceci illustre la force du destin inéluctable.

Le diagnostic de ce fait, établi par un expert médical, montre l'ampleur de sa responsabilité dans l'autre monde.

C'est à son propos et à celui des faits semblables qu'il convient d'entendre le hadith du Prophète, que le Salut et la Paix de Dieu soient sur Lui, lorsqu'il dit :

"Si vous ne commettiez pas de péché, Dieu mettrait fin à votre vie et vous remplacerait par des pécheurs qui demanderont le pardon à Dieu qui le leur accordera".

Ce hadith ne constitue ni une incitation au péché ni une affirmation qui situe la raison de l'existence dans l'accomplissement des actes abominables.

Dans son Livre sacré, Dieu expose les raisons suprêmes de notre existence en disant :

"Qui a créé la mort et la vie pour vous éprouver, et afin de connaître les meilleurs d'entre-vous à leurs œuvres" (La Royauté, 2).

Pour expliquer ce verset, le Prophète a dit :

"Parmi les meilleurs d'entre vous, il y a celui qui l'emporte par l'excellence de son caractère".

Le hadith ci-dessus cité, est à prendre comme un commentaire sur les changements d'humeur qui emportent les fils d'Adam, et exposent leurs volontés -aussi fortes soient-elles- aux tempêtes du destin qui les anéantissent. Lorsqu'un individu échappe, tout étourdi, à leur emprise, il prête l'oreille à ce hadith : "Si vous ne commettiez pas de péché...", comme le fait un malheureux que l'on console.

Ce hadith, par conséquent, ne concerne guère la voie des lâches et des criminels récidivistes.

Nous avons besoin des saintes directives du Prophète pour remédier aux faux pas de la jeunesse et sa chute répétée dans le bourbier des instincts sexuels.

Que d'effets dangereux découlent de l'activité hormonale ! Aussitôt qu'une glande déverse ses sécrétions dans le flot sanguin, l'individu se trouve dans l'incapacité de maintenir son équilibre.

C'est comme si Dieu voulait réduire l'homme, ce géant, en un esclave impuissant face au Maître des cieux et de la terre et lier l'espoir des hommes beaucoup plus à l'attente du pardon et du succès qu'à l'accomplissement des devoirs et des divers actes d'obéissance. Ceci concerne surtout les doués qui, exposés à la vanité, nourrissent par ce fait même l'espoir en la grâce divine.

C'est en fonction de cette précision qu'il convient de comprendre ce hadith du Prophète, que la Paix et la Prière de Dieu soient sur lui :

"L'être humain est condamné à commettre sa part d'adultère : Celui-ci peut avoir pour cause l'œil qui regarde, l'oreille qui écoute, la bouche qui parle, la main qui agit, le pied qui marche, le cœur qui se passionne et qui espère... en est témoin le sexe qui confirme ou infirme".

Ce qui est prescrit ce sont les faiblesses de la pulsion dans son paroxysme.

La Grâce divine ne se rapporte qu'à ce qui dépasse les limites, de la lutte contre les désirs vils et l'aspiration à la perfection. Autrement dit, le jeune est sensé fournir tous ses efforts pour lutter contre le péché et pour éviter ses tentations, mais lorsqu'au cours de cette lutte surviennent des complications imprévues, il peut s'en décharger, tout comme un nageur qui, confronté à un courant puissant, s'efforce, avec acharnement, de gagner la rive avant de se rendre compte que son entreprise est vouée à l'échec.

Ce hadith n'est point invoqué pour justifier la faute, mais pour en faciliter l'échappement et éviter la récidive.

C'est, ensuite, que la volonté de l'homme se tourne vers l'accomplissement des actes positifs, qui constituent un remède aux insuccès connus dans l'abstention de s'adonner aux actes négatifs.

"Accomplis l'office pieux aux deux extrémités du jour, à certaines heures de la nuit ! Les bonnes actions dissiperont l'effet des mauvaises. Cela en vérité est un rappel édifiant pour ceux qui s'y trouvent disposés" (Houd, 114).

L'accès à l'espoir dans le bien demeure ouvert, même si Satan essaie de le fermer. C'est pour cela que Dieu dit :

"Patience ! Ceux qui font le bien en seront toujours récompensés" (Houd, 115).

En vérité, les bonnes œuvres ne sont pas seulement un remède à l'insuccès dans l'abandon des péchés, mais constituent surtout la seule voie de la réussite dans leur évitement et dans la purification de leur souillure, même si cela s'avère difficile au départ. C'est là la preuve de l'existence de la foi.

Malhonnêtes sont ceux qui s'adonnent au mal, se détournent du bien et prétendent être musulmans. Il n'y a rien dans le hadith précité qui sauverait leur foi.

Voici un autre hadith cité par un insensé, pour justifier le dédain qu'on pourrait avoir à l'égard de l'action. Le Prophète, que la Paix et le Salut de Dieu soient sur lui a dit :

"Un homme a dit : "Dieu, à coup sûr, ne rachètera pas un tel", mais le Seigneur a dit : "Qui prétend que je ne peux pas pardonner ? En vérité je pardonne le pécheur et n'apprécie point les actions des fidèles qui se substituent à Moi dans leur jugement".

Ce hadith authentique est cité par Mouslim et Abou Daoud, a vérifié un autre qui lui est similaire. Le Prophète, que la Paix et le Salut d'Allah soient sur lui, a dit :

"Il y avait dans le peuple d’Israël deux hommes amis : l'un était incroyant, l'autre un bon fidèle.

- Cesse de pécher disait le croyant au mécréant pécheur.

- Laisse-moi en paix lui répliquait l'infidèle. Dieu t'a-t-il envoyé pour me surveiller ?

- Je jure que Dieu ne te pardonnera point tes péchés. Tu n'iras point au Paradis.

Quand ils moururent, ils se trouvèrent face au Maître de l'Univers. Dieu dit au croyant :

" - Tu voulais te substituer à Moi ? S'adressant au pécheur, Il dit :

- Va et rentre -par ma Grâce- au Paradis.

Il commanda ensuite aux Anges d'emmener le Croyant à l'Enfer".

Les érudits ont compris de ce hadith le seul sens qu'il renferme, c'est-à-dire que l'individu qui vante son obéissance est, certes, plus éloigné de Dieu qu'un autre, peiné d'avoir commis des péchés. Certains individus accordent de l'importance à l'aspect extérieur de la religion, croient que, par l'accomplissement de quelques prières, ils partagent avec Dieu la détermination du sort des autres et pensent détenir avec Lui les clés du Paradis et de l'Enfer.

J'ai vu des gens de ce genre fréquenter des sanctuaires, leur âme est imbue d'ignorance et dépourvue de finesse et d'humilité. Le hadith précité constitue un obstacle à ce genre de personnes.

On trouve encore aujourd'hui dans le christianisme des individus à cœur fendu d'avoir péché, s'adressant au prêtre pour se confesser. Si l'on compare les âmes de ces deux partenaires, on trouvera que celle du pécheur est plus proche de la perfection humaine que celle du prêtre, qui l'ui accorde le pardon tout en l'humiliant.

Je me plains toujours dans mes nombreuses expériences de l'insensibilité du cœur, et de la grossièreté du comportement de certains qui prétendent être croyants. Par contre, on trouve, parfois, de bonnes qualités dans les conduites de ceux qui n'ont pas encore découvert le Beau, le Bien et le Vrai que renferme la religion.

Il est impossible que le précédent hadith soit en contradiction avec ce que Dieu dit dans son Livre :

"Aux vertueux seront réservés auprès du Seigneur, les jardins de délice.

Quoi ! traiterons-Nous sur un même pied d'égalité les soumis et les rebelles ?

Quel étrange jugement est le vôtre ?

Auriez-vous en mains une Écriture que vous étudiez.

Et qui vous annonce le meilleur sort que vous puissiez souhaiter ?

Ou tenez-vous de Nous un engagement formel, valable jusqu'au Jour Dernier, et vous accordant ce que vous jugerez à propos d'avoir ?

Demande leur ! lequel d'entre eux s'en porterait garant. (La Plume, 34-35-36-37-38-39-40).

Nous demandons aux insensés qui altèrent le sens des textes : comment en raison du voile qui les empêche de voir clair et de comprendre le Livre, se sont-ils permis de dissocier foi et action, péché et châtiment ?

 

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