Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

PREDESTINATION ET LIBRE ARBITRE

 

LA FOI EN LA PRÉDESTINATION ET LE LIBRE ARBITRE

La foi en la prédestination et le libre arbitre fait partie, en islam, des fondements de la croyance en Dieu. Elle est basée sur la connaissance véritable et profonde de l'Être Suprême et de ses Attributs.

L'islam, à n'en pas douter, a conféré à Dieu toutes les qualifications de la perfection, Lui a attribué tous les traits de la Beauté, de la Grandeur, de la Gloire, de la Grâce.

"Lui qui crée et ordonne, prédétermine et guide" (Le Très-Haut, 2-3).

Parmi les choses auxquelles il faut croire et adhérer : le fait que Dieu seul est détenteur de la connaissance véritable, que sa Volonté est sans bornes, que sa Puissance est complète, qu'Il fait tout ce qu'Il désire et qu'Il comprend parfaitement tout ce qu'Il fait.

C'est sur la base de ces Attributs que repose la foi en la prédestination et le libre arbitre, considérée comme faisant partie intégrante de la croyance en Dieu et comme un élément de Sa Vérité évidente et éclatante.

En effet, le savoir divin est illimité. Dieu possède le secret de tout, qu'il s'agisse du va-et-vient incessant des fourmis dans leurs fourmilières ou de la stabilité des planètes dans leurs trajectoires. Son savoir fait qu'Il domine le temps malgré sa longue durée, et l'espace malgré sa large extension. Aucune contrée, qu'elle soit située en Orient ou en Occident, ne Lui est étrangère et aucun moment, d'ici-bas ou de l'Au-delà, ne Lui échappe.

Tous les événements de la vie et -Dieu sait combien ils sont nombreux- touchant au bien, au mal, à l'espoir, à l'angoisse, au bonheur sont connus de Dieu qui peut aisément les dénombrer :

"Il n'est pas un atome sur terre ou dans le ciel qui puisse échapper à Dieu, point d'être plus petit ou plus grand, qu'un Livre souverain n'ait recensé" (Jonas, 61).

C'est dans ce Livre que sont esquissés les signes de la prédestination et du libre arbitre. Le destin des choses y est connu et leur fin, heureuse ou malheureuse, y est clarifiée. Mais de tout cela, que savons-nous en réalité ?

"L'inconnu est ce Livre que Dieu a préservé des humains et d'où jaillissent de temps à autre quelques bribes d'informations sur une époque donnée." (Poésie)

La prédestination et le libre arbitre ont trait aux événements de la vie, aux activités et aux comportements des êtres humains. Ils suivent deux directions bien distinctes ayant chacune ses lois spécifiques et ses propres conséquences.

Des frontières étanches séparent ces deux orientations. L'ignorer serait préjudiciable à la foi et conduirait le croyant au désarroi. Dans ce qui suit, nous tracerons les contours de ces deux façons de considérer les choses de la vie.

LES LIMITES DE NOTRE LIBERTÉ

Il y a des choses qui ne s'accomplissent que grâce à la Puissance Suprême et selon le seul bon vouloir de la Volonté divine. Qu'ils le veuillent ou non, les hommes les subissent de gré ou de force. Ainsi, il en est du degré d'intelligence et de stupidité dans les cerveaux, de la sérénité ou de la violence des caractères, de la beauté, de la laideur, de la taille du corps humain, de l'introversion et de l'extroversion de la personnalité, de la date de naissance, du milieu où l'on vit, des parents et des gènes qu'ils nous transmettent, des instincts et des goûts que nous héritons. L'homme n'a aucune prise sur la vie, la mort, la santé, la maladie, la richesse et la pauvreté.

C'est la main du destin qui, secrètement ou ostensiblement, oriente la vie selon les désirs du Créateur.

"Il n'est rien sur la terre et dans le ciel qui échappe à la vue de Dieu.

"C'est Lui qui vous modèle à son gré dans le sein de vos mères. Il n'est pas d'autre Dieu que Lui, Le Tout-Puissant, Le Sage" (La Famille d’Imran, 5-6).

Il va sans dire que rien, dans ce qui précède, n'est matière à objection ou sujet à controverse. Si nous apportons ces exemples c'est tout simplement pour démontrer que nous ne sommes point responsables de notre appartenance géographique, donc de notre nationalité, que nous n'avons nullement choisi la langue que nous parlons. Masculin ou féminin, c'est Dieu qui détermine le sexe. Nous n'avons aucune responsabilité dans tout cela et le Saint Coran est explicite à ce sujet:

"Ton Maître crée ce qu'Il veut et choisit ce qu'Il veut. Il ne saurait y avoir de choix pour eux. Gloire à Lui. Il est trop au-dessus de ce qu'ils lui associent.

"Ton Maître connaît leurs plus secrètes pensées, comme ce qu'ils produisent au grand jour.

"Il est Dieu. Il n'est point de Dieu excepté Lui. Béni soit-Il en ce monde et dans l’autre. L'arrêt suprême Lui appartient et à Lui vous ferez retour" (Le Récit, 68-69-70).

La foi en ce genre de fatalité est un devoir spirituel, et le croyant doit comprendre parfaitement que ce sont là des choses qui ne souffrent d'aucun doute, qu'on a beaucoup écrit à leur propos et qu'il n'est plus question d'y revenir.

Ce sont là des arrêts dont Dieu seul a le secret. C'est Lui qui les décide et c'est Lui qui les met au grand jour, qui les exécute dans une indépendance totale.

Nos prédécesseurs ont vu juste, eux, dont la croyance à ces décrets était totale. D'ailleurs, l'impact de cette croyance sur leur comportement était des plus bénéfiques.

Ainsi, quand l'un d'entre eux savait que sa mort était imminente, son courage ne diminuait point. Il ne se laissait pas envahir par le découragement et accomplissait ses devoirs religieux et autres de la manière la plus exemplaire possible, tout en ayant constamment présent à l'esprit l'écho de cette parole divine

"Dis leur : "Rien ne peut nous atteindre que Dieu n'ait déjà décrété. Cest Lui notre Maître, et c'est à Dieu que doivent se fier les croyants !" (Le Repentir, 51).

Les situations où l'on doit faire appel à la prédestination et se livrer à la Volonté de Dieu sont diverses et nombreuses. Elles ne font, cependant, que renforcer chez le croyant, ses capacités d'endurance et développer en lui la fermeté, la volonté et la patience.

LIBRE EXERCICE DE LA VOLONTÉ HUMAINE

Il s'agit ici d'actions qui diffèrent de celles qu'on vient d'exposer dans le chapitre précédent. Au moment de les exécuter, nous avons pleinement conscience que nos facultés mentales exercent librement leurs fonctions, que nous avons nos propres initiatives et que nous observons et censurons nous-mêmes tout ce que nous entreprenons. Quel est donc notre degré de liberté par rapport à ces actions ? Que voulons-nous dire en évoquant à leur propos, le libre arbitre ?

Nous allons répondre à ces questions de manière à dissiper -grâce à Dieu- toutes sortes de soupçons qui proviendraient de nos détracteurs.

Nous sommes tout à fait conscients de notre autonomie et de notre liberté d'action dans tout ce que nous entreprenons. Cette conscience aurait largement suffit pour expliquer, notre liberté s'il n'y avait pas eu des gens qui prétendent que nos sentiments ne sont pas toujours bien fondés, et que nous pouvons facilement nous tromper.

Mais nous avons confiance en notre conscience des choses, et nous croyons profondément à son bien-fondé chaque fois que nous faisons appel au Saint Coran.

Le Coran, en effet, exalte et magnifie la liberté et la volonté humaines.

"Dis : "La vérité est là, émanant de votre Seigneur. Y croira qui voudra et la reniera qui voudra" (La Caverne, 29).

Le Livre saint reconnaît à la volonté humaine la responsabilité de tout ce qu'elle dicte comme actes :

"Dis : "La vérité, humains, vous est parvenue, émanant de votre Seigneur. Quiconque en suit la voie le fera pour son bien ; quiconque en dévie se perdra lui-même. Je ne puis, quant à moi, répondre de votre salut". (Jonas, 109).

L'essence même de la religion -soit l'obligation et le devoir- n'a pas de sens si la volonté n'est pas autonome et ne dispose pas de sa liberté d'action. La récompense, de son côté, n'a sa raison d'être que dans une ambiance de liberté où l'individu se sent responsable de ses actes.

Il n'y a pas lieu de citer les versets qui corroborent ces faits. Toutefois, il faut noter que le Coran constitue, par lui-même, la preuve évidente et l'argument irréfutable que l'homme est libre dans ses actes.

Quelle est alors la position du Savoir divin vis-à-vis des actes humains ? C'est tout simplement de les connaître dans leur totalité :

"Dieu en détient la science gravée sur un Livre éternel ! Mon maître ne saurait errer, ni commettre d'oubli" (Tâha, 52).

Mais comment peut-on alors concilier liberté individuelle et le fait que nos actions ne sont pas accomplies en dehors de la sphère du Savoir divin qui englobe tout ?

La réponse est simple : mets-toi en face d'un miroir bien poli, fronce-toi les sourcils et prends un air grave. Que verras-tu alors ? A coup sûr, un visage sombre comme il l'est en réalité. La faute n'est pas à imputer au miroir, car le rôle de celui-ci est de refléter l'image, ni plus, ni moins. Et si tu avais souri, le miroir t'aurait incontestablement rendu ton sourire.

Il en est ainsi des registres de la Science divine. Leur rôle concernant les actions de l'homme, se limite à l'enregistrement. Celles-ci sont, en effet, simplement enregistrées et ne sont pas du tout provoquées par le Pouvoir divin.

Ce qui caractérise essentiellement la Science divine est qu'Elle n'est pas seulement au courant du présent, mais aussi du passé et de l'avenir. Elle perçoit les choses telles qu'elles sont réellement, telles qu'elles étaient de par le passé et telles qu'elles seront dans l'avenir.

Comment pourrait-on alors expliquer la souveraineté de la Volonté Suprême et de la domination de la Puissance divine sur toutes les créatures ? Quelle est la signification de cette Omnipotence, et comment la concilier avec la liberté de la volonté de l'individu ?

ESSAI D'INTERPRÉTATION

"Dieu égare, en vérité, qui Il veut et dirige qui Il veut" (Les Anges, 8).

Il est simple de se poser des questions là-dessus, mais pour bien comprendre de quoi il s'agit on prendra appui sur le Coran lui-même :

"Nous Fîmes de ce Coran une œuvre accessible afin qu'il puisse servir de rappel. En est-il qui en feront leur profit ?" (La Lune, 22).

Ainsi donc, comme on peut le constater, si le premier verset exprime la puissance absolue de Dieu, le deuxième ouvre la voie d'une manière -on ne peut plus claire- au libre choix de l'individu. En d'autres termes, cela veut dire que lorsque Dieu fourvoie un individu, c'est que celui-ci a bel et bien choisi de son propre gré le mauvais chemin. Dieu ne fait, en réalité, qu'entériner le choix des individus et les abandonner -le cas échéant- dans leur égarement.

"Comme ils déviaient du droit chemin, Dieu fit dévier leur entendement. Dieu ne dirige pas un peuple pervers" (Le Rang, 5).

A noter, dans ce verset, l'accent mis sur l'action délibérée des humains et l'importance qui lui y est accordée :

 "Celui qui se séparera ouvertement du Prophète après avoir connu clairement la voie du Salut, pour suivre un autre chemin que celui des croyants, sera livré par Nous au sort qu'il s'est choisi lui-même, et acculé au supplice infernal, le pire qui soit".

Subsiste-t-il alors quelque ambiguïté à propos de la liberté indiduelle ? Non, bien sûr !

La phrase : "Dieu égare qui Il veut" signifie exactement ce que Dieu dit dans cet autre verset :

"Mais ne sont égarés, en fait, que les pervers. Ceux qui défont l'alliance conclue avec Dieu, n’hésitent pas à rompre les liens sacrés que Dieu a prescrits de resserrer, et s’érigent en fauteurs de désordre, ceux-là vont tout droit à leur perte" (La Vache, 26-27).

Il en est de même pour la phrase "Dieu guide qui Il veut". Remarquons, à ce propos, comment le verset suivant qui traite de la Volonté divine, explicite, on ne peut mieux, la valeur et l'importance de la volonté individuelle et du libre choix de l'être humain :

"Dis : "Dieu décrète d'égarer qui Il veut. Il guide toujours vers Lui les repentants convaincus.

Ceux qui croient et dont les cœurs s'apaisent au souvenir de Dieu. N'est-ce pas au souvenir de Dieu que s'apaisent les cœurs ?" (Le Tonnerre, 27-28).

Prends, cher lecteur, cette lanterne et éclaire-toi le chemin. Tu ne trouveras dans la religion de Dieu ni désarroi, ni perplexité. Ceux qui souffrent du désespoir et du désarroi sont ceux qui sont atteints dans leur cerveau et dans leur cœur.

Il se peut que certaines personnes s'interrogent à propos des limites minimales et maximales de la volonté humaine dans ce qu'elle entreprend comme actions. Quoique cette question n'ait pas de justification et ne doive pas être posée, nous nous faisons un devoir de lui apporter une réponse, afin qu'on puisse distinguer la part de responsabilité de Dieu dans les bienfaits, et celle de l'homme dans les méfaits.

Sais-tu ce que fait le paysan dans son champ ?

Il le laboure, sème les graines, veille à ce que la semence soit arrosée, irriguée et ... Dieu fait le reste du travail...

Il est de ton plein droit d'appeler le paysan "un laboureur" ou "un semeur" et tu ne dis là en fait que la vérité. De même, tu peux appeler Dieu "un Laboureur" ou "un Cultivateur" parce que c'est Lui qui, en réalité, fait pousser la semence.

"Considérez vos terres labourées.,

Serait-ce vous qui y faites germer les semences ? Ou est-ce Nous qui faisons lever le grain ?

Si Nous le voulions, nous le ferions sécher sur pied; vous en seriez réduits au désespoir" (L'Evénement, 63-64-65).

Ce que l'homme fait de sa vie ressemble exactement à l'action du cultivateur dans son champ. Sème donc autour de toi la bonté et fais du bien dans ta vie, Dieu en fera des fleurs aux couleurs éclatantes. Ou -si tu veux- sois méchant, alors Dieu fera de ta vie, une touffe d'épines comme on n'en rencontre que très rarement.

"Dis : "Agissez ! Dieu observera vos actions ainsi que le Prophète et les croyants" (Le Repentir, 105).

OUTRAGE A LA RELIGION

Il arrive souvent que des aspects propres à la Volonté divine se confondent avec d'autres qui sont spécifiques à l'homme et découlant de son libre choix et ce, dans des propos que nous nous refusons maintenant de rapporter.

Nous voudrions tout simplement attirer l'attention ici sur le fait que le jugement dans l'Au-delà est similaire aux équations mathématiques. On en retire ce qui appartient en propre à Dieu et on juge l'individu selon ses actions.

"Dieu ne saurait léser personne, fût-ce du poids d'un atome. Il évalue au double toute bonne action et récompense toujours au delà de toute limite" (Les Femmes, 40).

Il se trouve malheureusement certaines personnes qui prétendent que Dieu a tout prévu dès le départ, et qu'Il a par conséquent usé d'un pouvoir coercitif pour imposer aux gens ce qu'ils doivent faire et ce qu'ils doivent éviter. Le résultat de ces inepties est que certains ignares parmi les mystiques assistent, impuissants, à des actes répréhensibles, se contentant tout bonnement de proférer cette phrase : "C'est le Destin". Il arrive aussi qu'on entende un renégat dire, quand on le conseille : "Dieu guidera mes pas un de ces jours" .

Très semblables au verbiage émanant de ces écervelés, les propos des hérétiques qui, jadis, justifiaient ainsi leur égarement : "Si Dieu l'avait voulu, il aurait modifié notre comportement".

Le Coran a stigmatisé, à plusieurs endroits et à maintes reprises, ces assertions tendancieuses :

"Ceux qui associent leurs faux dieux au Seigneur diront : "Si Dieu l'avait voulu, nous n'aurions, nous et nos ancêtres, adoré que Lui, et n'aurions rien déclaré interdit. Ainsi crièrent au mensonge ceux qui vécurent avant eux, jusqu'au Jour où ils connurent Nos rigueurs. Dis : "Si vous savez un fait de science certaine, produisez-le ! Vous ne faites que conjecturer, et ne formulez que pures hypothèses". (Les Troupeaux, 148).

A noter ici que le Coran évite subrepticement de polémiquer sur ce grand péché qu'il réfute catégoriquement, car en faire un sujet de controverse serait d'ailleurs le reconnaître :

"Si Dieu l'avait voulu, affirment les infidèles, nous n'aurions adoré que Dieu seul, nous et nos pères, n'aurions respecté d'autres interdits que les Siens !" Tel fut aussi l'argument de leurs aînés mécréants. Une seule mission incombe aux Prophètes : transmettre clairement le Message" (L'Abeille, 35).

L'effet que ces belles paroles produisent est qu'elles mettent définitivement un terme à la contestation.

"Des Prophètes, inspirés de Dieu, ont eu pour mission d'annoncer la bonne nouvelle aux hommes et en même temps de les avertir, afin qu'ils n'aient, une fois la mission des Prophètes accomplie, plus d'excuses à invoquer devant le Seigneur. Dieu est Tout-Puissant. Il détient la Suprême Sagesse" (Les Femmes, 165).

Que ceux qui somnolent et se complaisent dans leur ignorance comprennent ! Que les Orientaux paresseux, ceux qui se prennent pour de grands esprits et des maîtres à penser, tirent la leçon de ces versets !

Que ceux à qui Dieu a octroyé intelligence, force de caractère et détermination comprennent !

Hélas ! Ce sont ceux-là qui se sont laissé bercer par leurs illusions et se sont complus dans leurs bassesses et leurs échecs.

Heureusement que sont restés debout ceux qui voient très loin et dont la volonté est inébranlable.

Que ceux qui ont fait de "la prédestination et du libre arbitre" une brèche dans l'édifice de la religion islamique pour lui porter préjudice comprennent !

"Malheur à tout imposteur au cœur endurci" (Les Agenouillés, 7).

LE DESTIN COMME ÉCHAPPATOIRE

Il arrive souvent que l'homme s'excuse d'avoir commis des péchés en tentant de les minimiser ou de les justifier.

Il arrive aussi qu'il répare une erreur anodine par un péché grave en recourant au mensonge, par exemple, ou à la polémique, source de démagogie et de charlatanisme.

On peut demander à un individu d'accomplir un acte quelconque qu'il refusera d'exécuter, comme on peut également le dissuader de commettre un acte qu'il finira malgré tout par accomplir, tenté qu'il est de se laisser entraîner par ses instincts.

Si on l'interroge sur la signification de ses actes, il ne dira jamais les raisons véritables qui le poussent à faire du mal et à éviter de faire du bien : Tout au plus, il se contentera de dire, avec arrogance :

"Que puis-je faire ? C'est plus fort que moi... Je suis excusé".

Et, en cela, il imitera le comportement de ces hérétiques qui adoraient les statues et que le Prophète combattit :

"Si Dieu l'avait voulu, affirment-ils, nous n’aurions pas adoré ces divinités !". Ils n'en savent rien, au juste. Ce ne sont que des suppositions arbitraires".

"Ont-ils jamais reçu, avant celle-ci, une Ecriture dont ils puissent se prévaloir ?" (Les Ornements, 20-21).

Le fait que l'homme tente d'ignorer ce que Dieu Lui a octroyé comme énergie et intelligence, ce dont Il l'a doté comme prédisposition à la noblesse et à l'humilité, comme esprit d'initiative pour agir librement et sans contrainte, faire du bien ou au contraire répandre le mal autour de lui, ne l'autorise en rien à ne pas assumer pleinement ses responsabilités, même s'il s'obstine à déclarer qu'il n'est pas libre dans ses actes.

Il m'est arrivé personnellement de discuter avec certains de ceux qui ne cessent d'accuser le destin d'être la cause de tous leurs malheurs. Après les avoir écoutés longuement, j'ai trouvé que leurs allégations sont basées sur des interprétations erronées du texte coranique.

Ce sont là des erreurs et des croyances fausses qui, malheureusement, se sont répandues dans toutes les couches de la société.

Le Prophète, que la Paix et le Salut de Dieu soient sur Lui, a interdit aux hommes pieux, connus pour leur attachement à la religion et pour leur "jihad" , de s'adonner au repos au nom de ce soi-disant destin.

Ali Ibn Abi Talib rapporte : "J'étais en compagnie de Fatima quand le Prophète me rendit visite la nuit. Quand il nous vit, il s'exclama :

"Quoi ! Vous ne priez pas ?"

"0, Messager de Dieu, lui répondis-je, notre vie est entre les mains de Dieu ! S'Il désire nous changer ou nous ressusciter Il le fera".

Sans me répondre, le Prophète, tout consterné, prit congé de nous. Je l'ai entendu dire, par la suite, alors qu'il s'éloignait, frappant ses cuisses de sa main :

"Mais de tous les êtres, le plus disputeur est l'être humain" (La Caverne, 54).

Ce propos d'Abou Al Hassan a étonné le Prophète, que la Paix et le Salut de Dieu soient sur Lui, et bien qu'il soit compréhensible chez l'homme connu pour ses propensions à la polémique, il était inattendu d'un homme comme Ali dont l'attachement à la religion n'est ignoré de personne.

Cela est, sans doute, le résultat de la lassitude qui gagne l'homme, à la tombée de la nuit, lui faisant dire des propos qu'on n'attend guère de lui.

Certains évoquent l'histoire d'Adam et de Moïse comme preuve qu'on peut imputer ce qui nous arrive au destin. Abou Houraïra rapporte ce dire du Prophète :

"Moïse eut une discussion avec Adam et déclara : "0 Adam ! Tu es notre père et tu nous as fait sortir du Paradis ! "Adam lui rétorqua:

"0 Moïse ! Dieu s'est adressé directement à toi et, de Ses propres mains, t'a rédigé la Torah. Comment se fait-il alors que tu me reproches un fait qui devait fatalement m'arriver et qui était prévu quarante ans avant ma naissance". Le Prophète conclut : "Adam eut raison de Moïse et le convainquit".

Il n'y a rien dans ce dire du Prophète qui puisse donner raison à ceux qui se réfugient, constamment, dans le destin pour justifier leurs actes malsains. Pour le Prophète Moïse, Adam doit endosser la responsabilité de tous les malheurs du genre humain, parce qu'il a osé manger le fruit interdit de l'arbre de la science, du bien et du mal.

Adam s'est bien défendu, du reste.

La vie humaine n'est pas la conséquence, naturelle ou logique, du péché commis par Adam, car celui-ci aurait très bien pu être puni autrement, par un blâme ou une privation momentanée, ou quelque chose d'autre...

Que ce monde-ci, plein d'heurs et de malheurs, fût fondé sur ce péché est du ressort de Dieu, mais cela n'a jamais effleuré l'esprit d'Adam. Celui-ci n'en est aucunement responsable, d'où sa protestation auprès de Moïse.

Le dire, ci-haut mentionné n'a rien à voir avec la responsabilité effective qui incombe à Adam, quant à son péché pour lequel, d'ailleurs, il a demandé grâce à Dieu.

L'existence de ce monde n'est pas dû au péché d'Adam. Ce n'est pas Adam, non plus, qui est à l'origine de l'éparpillement des hommes à travers les continents, où ils doivent travailler et peiner pour vivre.

Moïse, qui croyait le contraire reçut les réprimandes d'Adam qui lui expliqua que l'existence des hommes sur terre relève de la volonté divine, et que personne n'a le droit de l'incriminer et de lui imputer -lui, le premier père- les malheurs de l'humanité.

Dans une autre version, on rapporte :

"Moïse dit : "0 Seigneur ! Montre-nous Adam qui nous a tous fait sortir du Paradis ! " Dieu fit suite à cette demande et présenta Adam à Moïse.

"Moïse dit alors, s'adressant à Adam : "Est-ce que c'est Toi, notre Père Adam ?"

Adam acquiesça.

Moïse : "Est-ce Toi à qui Dieu insuffla la vie et à qui il a fait apprendre tous Ses Noms. Est-ce pour Toi que Dieu a demandé aux Anges de prier ?"

Adam : "Oui, c'est bien pour moi."

Moïse : "Qu'est-ce qui t'a poussé à sortir et à nous faire sortir du Paradis."

Adam :" Qui es-tu, toi ?"

Moïse : "Je suis Moïse"

Adam : "C'est Toi que Dieu a choisi comme Prophète ? C'est Toi le Messager d'Israël à qui Dieu a adressé directement la Parole, derrière le voile et sans l'aide d'aucun intermédiaire."

Moïse : "En effet.."

Adam : "Ne trouves-tu pas donc que tout ce dont tu m'incrimines a été consigné dans le Livre bien avant ma naissance ?"

Moïse : "Non ! Pas du tout"

Adam : "Pourquoi me reproches-tu un fait que Dieu a prévu avant même que je ne vienne au monde ?"

Le Prophète conclut : "Et Adam eut raison de Moïse. Il arriva à le convaincre"

Adam savait pertinemment qu'il avait commis un péché, quand il a goûté au fruit interdit. Il l'avait reconnu humblement d'ailleurs, et avait sollicité le pardon de Dieu, ce qu'il obtint effectivement.

Qu'il ait été accusé d'être le responsable des maux de l'humanité, c'est ce qu'il a réfuté catégoriquement. Il a raison, en outre, de croire que ce qui se passe dans ce monde relève du Pouvoir divin. Et comme on l'a vu, Moïse en a été convaincu. Ce serait ridicule que nous tombions, nous, dans ce piège et que nous invoquions l'histoire d'Adam pour justifier nos actions fautives.

L'image, que les fatalistes donnent du monde, est celle de l'anarchie totale et de la confusion la plus déconcertante. Ils ne font aucune distinction entre un pieux et un mécréant, puisque, selon eux, l'homme n'est pas libre dans ses actions et qu'il est condamné à agir selon le bon vouloir du Créateur. De ce fait, il n'est pas étonnant de constater que certains soufistes mettent sur le même pied d'égalité Adam et Satan, Moïse et Pharaon, car, selon eux, tout le monde est obligé d'agir suivant ce qui lui a été prescrit d'avance. La vie n'est qu'une pièce théâtrale, où les acteurs jouent les rôles qui leur ont été assignés et déclament les paroles qu'on leur a demandé d'apprendre par cœur.

A bien y regarder, beaucoup de gens croient à ces sornettes. Certains d'entre eux le déclarent expressément, d'autres ne le dévoilent pas à cause de leur timidité et de leur pudeur, bien qu'ils y croient profondément.

La cause de la chute de l'empire musulman est due à cet égarement qui s'est propagé parmi les croyants. Le mal s'est alors vite répandu, et les gens ne se sont plus vus dans l'obligation de s'acquitter de leurs devoirs.

Or, le fondement de toute réforme suppose qu'on revienne à la compréhension véritable des notions de "prédestination" et de "libre arbitre" , compréhension qui incitait jadis les gens au sacrifice, les poussait à faire du bien et à éviter le mal,  conformément aux prescriptions divines.

Quant aux versets et aux dires du Prophète qui semblent apparemment ôter à l'homme toute liberté dans les actions qu'il entreprend, ils ont été mal interprétés par des gens à l'esprit borné, qui y ont vu ce qu'ils ont voulu voir, alors que la vérité profonde de ces textes est tout autre.

"Pour les mécréants, il leur sera égal d'être avertis ou non par toi : ils n'en seront pas moins infidèles" (L a Vache, 6).

Les avertir ou ne pas les avertir est pareil, non pas parce que leur nature est faite de telle manière qu'elle refuse la vérité, non pas parce que ces gens sont malgré eux des mécréants, mais c'est tout simplement parce qu'ils ont choisi, de leur propre gré, d'emprunter la voie contraire aux prescriptions divines. Le Coran ne fait qu'inviter le Messager de Dieu à se détourner de ces gens, auprès de qui il a tant lutté pour les amener à suivre le droit chemin, mais en vain.

Le verset suivant :

"Prophète, tu ne dirigeras point vers Dieu qui tu aimerais sauver. Dieu dirigera qui Il veut. Il connaît le mieux ceux qui sont dans le droit chemin" (Le Récit, 56)

est venu à point nommé pour soulager le Prophète à la suite de la mort de son oncle Abou Taleb qui refusait de se convertir à l'islam. Le Prophète a tout tenté pour l'amener à croire en Dieu et à délaisser le paganisme, mais ce fut peine perdue.

Quant à cet autre verset :

"Nous destinons ainsi de toute éternité, à l'enfer, un nombre immense de génies et d'humains. Ils sont bien doués d'esprit, mais n'en usent pas" (Al ‘Araf, 179).

Il signifie que les sots mécréants, par leur sottise et leur laisser-aller, se portent candidats eux-mêmes à l'enfer.

Cela a été exprimé dans une langue au style inégalable, qui fait grand cas de la rhétorique.

Le maître, par exemple, s'adressant à ses élèves en classe leur dit, en menaçant surtout les cancres : "l'échec ne choisit ses victimes que parmi les sots qui ne font aucun cas de leurs cours et oublient leurs examens" . Ce propos n'est pas cité pour signifier qu'il devrait y exister, nécessairement et obligatoirement, des échecs.

L'individu qui accomplit un acte volontaire est considéré comme étant l'instigateur de cet acte, alors que Dieu en est le Créateur. Le cultivateur est concerné par la culture, et Dieu également. Le premier sème les grains de blé, on l'a déjà dit plus haut, et Dieu le fait germer.

Si on attribue soit à l'homme, soit à Dieu, la responsabilité d'un acte, cela ne veut pas dire que lorsqu'on parle de l'acte de l'homme par exemple, le Créateur reste, Lui, inexistant.

Si cette règle nous est toujours présente à l'esprit, elle nous permettra de comprendre, sans aucune peine, beaucoup de versets. Il arrive, cependant, qu'un acte soit le fait de Dieu, mais par courtoisie on ne le Lui impute pas.

Notons, dans le verset suivant, que le sujet de l'action n'est pas nommé :

"Aussi, ne savons-nous guère si quelque mauvais coup est monté contre ceux qui vivent sur terre ou si leur Maître entend les diriger dans la bonne voie" (Les Génies, 10)

Notons, également, comment Abraham a attribué sa maladie à sa propre responsabilité, et son approvisionnement en eau et en nourriture à son Dieu :

"C'est Lui qui me nourrit et me donne à boire" "Et quand je souffre d'un mal, Lui, seul peut m'en guérir" (Les Poètes, 79-80)

On lit dans le Coran, à propos de la conservation du trésor :

"Le Seigneur, dans sa sollicitude, a décrété que parvenus à l'âge d'hommes, ils puissent eux-mêmes retrouver leur bien" (La Caverne, 82).

Il arrive souvent que les croyants s'ôtent, par modestie, tout privilège et attribuent à Dieu seul la réussite et la victoire :

"Gloire soit rendue à Dieu ! C'est Lui qui, nous guidant vers Lui, nous fit accéder en ce haut lieu ; n'était Sa lumière qui nous guidait, y serions-nous jamais parvenus ?

Nous voyons tout se réaliser tel que l'ont annoncé les Messagers de notre Maître" (Al Araf, 43).

Toutefois, Dieu leur est reconnaissant. Il ne cesse pas de rappeler leurs bonnes actions

"Un appel retentira à leur adresse : "Voici le Paradis : vous en héritez en prix de vos œuvres !" (Al A’raf, 43)

Beaucoup de propos du Prophète, que la Paix et le Salut de Dieu soient sur Lui, abordent la question du déterminisme et l'explicitent, afin d'éviter qu'on y fasse appel à tout bout de champ. Ali rapporte :

"Alors que nous étions dans un enterrement, du côté d'Al Gharkad, voici que s'amena Le Prophète. Il s'assit et nous fîmes table ronde autour de lui. Il baissa alors la tête et se mit à manier une canne qu'il avait entre les mains. Puis il nous dit :

"Chacun d'entre vous a une place, qui au Paradis, qui en Enfer..."

"- 0 ! Messager de Dieu ! lui avons-nous dit, devons-nous abandonner tout travail et nous contenter de ce que nous réserve le destin?"

"- Travaillez, nous conseilla t-il, chacun sera récompensé selon la nature des actes qu'il aura accomplis, et chacun est libre de se comporter comme il le désire. Ceux qui agiront bien sur terre iront au Paradis. Quant à ceux qui agiront mal, ils seront durement châtiés ."

A la suite de quoi, le Prophète récita ces versets :

"Celui qui est charitable et pieux,

Ayant foi en la belle promesse du Seigneur,

Celui-là, Nous lui montrerons la voie la plus aisée vers la félicité.

Pour celui qui est avare, entiché de ses biens,

N'ayant pas foi en la belle promesse,

Il sera acheminé, par étapes, vers un sinistre destin. (La Nuit, 5-6-7-9-10).

Il n'y a point d'ambiguïté pour l'esprit averti dans le dire ci-haut cité.

Que Dieu soit au courant de ce que feront les gens dans la vie, et de ce qu'il adviendra d'eux dans l'Au-delà, cela ne fait point de doute, mais croire qu'ils vont agir selon des procédures qui leur ont été tracées d'avance est complètement faux. Le fait de savoir d'avance ce qui va se produire ne signifie nullement que tel ou tel acte va être imposé.

Les humains s'assignent leurs propres objectifs dans la vie. Ce sont eux, de propos délibéré, qui choisissent leurs propres actes, et Dieu ne fait qu'exaucer leurs désirs.

Ainsi, celui qui cultive une pommeraie verra Dieu lui offrir des pommes appétissantes. Quant à celui qui sème l'ivraie, il ne récoltera que ce qu'il a semé.

Le verset que le Prophète, à lui Bénédiction et Salut, a cité, le prouve éloquemment.

Celui donc qui s'attache aux bonnes actions (générosité, foi, croyance ...)  verra Dieu l'aider et le guider vers le droit chemin tandis que celui qui persiste à rester prisonnier de ses mauvaises actions (avarice, libertinage, mensonge ...), Dieu ne l'aidera point, le maintiendra dans son égarement et l'abandonnera à son triste sort.

Voici maintenant un autre dire du Prophète que les ignares citent souvent, espérant ainsi saper la religion de Dieu. Or celle-ci-est, contrairement à ce qu'ils pensent, invulnérable et est au-dessus de tout soupçon.

On rapporte que le Prophète a dit :

"Par Allah, en dehors de Qui il n'est pas d'autre Divinité, certes, chacun de vous aurait beau œuvrer comme l'ont fait ceux destinés au Paradis, en sorte qu'il s'en approcherait à la distance d'une coudée, alors ce qui a été écrit pour lui prévaudrait, et donc il accomplirait (quand même) les actions des damnés, et il entrerait en Enfer. Et, certes, chacun de vous aurait beau œuvrer comme les damnés, au point de s'approchcf de l'Enfer à la distance d'une coudée, alors ce qui a été écrit pour lui prévaudrait, en sorte qu'il accomplirait les actions des élus et qu'il entrerait (quand même) au Paradis."

Ce propos du Prophète nous décrit deux types d'individus dont les actions, au début de leur existence, sont diamétralement opposées à celles de la fin de leur vie.

Ce phénomène n'est pas rare. Il arrive qu'un inconscient, après avoir passé une grande partie de sa vie dans la débauche et l'irréligiosité, se rende compte de son égarement et revienne à Dieu dans ses derniers jours. Il arrive également qu'un bienfaiteur, resté tout le temps à l'écart de la vie, en soit attiré dans ses tous derniers jours, ce qui entraîne sa dégradation.

Si quelqu'un avait la possibilité de pénétrer les secrets du monde invisible, il resterait stupéfait et atterré à la comparaison du début et de la fin de la vie de ces gens.

Ce qui est essentiel à souligner ici, c'est que le destin n'a aucun impact sur la destinée contradictoire de la vie de ces deux types d'individus. En d'autres termes, chacun est responsable de ce qui lui arrive.

Dans le dire du Prophète ci-haut cité, l'expression "Ce qui a été écrit pour lui prévaudrait" n'est qu'une clause de style hyperbolique qui désigne tout simplement "la précision extrême de la science divine".

Il arrive que tu t'attendes chez quelqu'un à ce qu'il fasse une action particulière. Quand il l'accomplit, tu uses de deux expressions équivalentes. Tu dis par exemple : "Il ne m'a pas déçu" ou "J'ai vu juste". Tu peux continuer ainsi à apprécier ta propre intelligence et ta clairvoyance, tu diras alors : "Il ne pouvait pas faire autre chose que ce que j'ai prévu" ou "Mon jugement est toujours juste".

Il y a ainsi dans la langue beaucoup d'expressions équivalentes, quant au contenu, différentes quant à la forme.

Dans la comparaison, les Arabes ont dit des phrases du genre : "Le matin est si radieux qu'il ressemble au visage du Calife quand il octroie une récompense"

Dieu dit :

"Fils d’Adam ! Ne vous laissez pas suborner par Satan"

"Suborner" ici signifie "séduire".

Quelles que soient les expressions et les tournures de phrase, leur signification vraie et juste n'échappe pas à l'individu averti. Il ne nous est donc pas permis d'incriminer le destin, et de lui faire endosser la responsabilité de nos actions que nous accomplissons en toute liberté et en toute lucidité.

UNE RÉPONSE IRONIQUE

Quelqu'un m'a posé la question suivante : "L'homme est-il libre dans ses actions ou bien les subit-il seulement ?" Très gêné par cette question, j'ai décidé de lui répondre en prenant un chemin détourné : "Il y a, dis-je, deux types d'individus : Les Occidentaux et les Orientaux. Les premiers sont entièrement libres, les seconds sont des esclaves" L'homme resta bouche-bée et prit l'air de ces paresseux et bavards qui pullulent dans notre société.

"Vous vous moquez de moi ? dit l'homme stupéfait. Je vous demande si l'homme a une volonté libre et des capacités d'agir propres à lui qui le poussent à accomplir ou à éviter tel ou tel acte ou si, au contraire, il n'a pas ce choix".

Je lui ai dit alors :

"Mais je vous ai répondu ! En Occident l'homme est libre et en Orient, il est esclave. Alors que là-bas, il dispose de sa volonté, de sa puissance et de son esprit d'initiative, ici il n'a absolument rien."

Un plaisantin rigola et dit :

- "C'est là une réponse politique"

- "Elle est également religieuse", répondis-je.

Les gens, en Occident, ont pris réellement conscience de la force de leur intelligence, ce qui leur a permis de percer les secrets des merveilles de la nature. Ils ont senti qu'ils avaient une volonté de fer et l'ont exploitée, si bien qu'ils ont pris en main la destinée de tous les peuples. Ils ont cru en leur force et de ce fait, ils ont été dans tous les coins et recoins du globe, et ont pu faire des inventions extraordinaires.

Quant à nous, nous sommes encore au stade où nous nous demandons encore -comme le fait cet homme- si nous sommes libres ou si nos actions sont commandées par une force surnaturelle.

Nous sommes au stade où beaucoup de gens se posent encore ces questions :

"Sommes-nous véritablement capables de réfléchir par nous-mêmes ?"

"Avons-nous une volonté qui permet de prendre des décisions ?"

"Avons-nous une force qui nous permet d'agir ?"

Ce n'est que lorsque nous leur répondrons par l'affirmative qu'ils commenceront à réfléchir, à prendre des initiatives et à travailler.

Pour l'instant, ces gens sont tous de simples automates. Ils ne sont point libres comme le sont les Occidentaux. Quelle grande différence entre les gens de l'Occident et ceux de l'Orient !!

L'homme en Occident s'est trouvé au milieu des flots, et, sachant qu'il a des membres, il s'en est servi pour nager -parfois à contre-courant- jusqu'à ce qu'il ait  atteint le rivage. Quant à l'homme en Orient, une fois qu'il s'est trouvé au milieu des vagues, il a commencé à se poser des questions :

"Suis-je vraiment libre ou suis-je un cadavre ?".

"Suis-je libre ou bien mes membres sont-ils paralysés ?.

Mais le courant impétueux et dévastateur ne fit aucun cas de ces questions insensées, et emporta l'homme oriental qu'on ne peut en aucun cas consoler par le vers de ce poète libertin : "Il lui lia les mains, le jeta à la mer et lui dit : ne te mouille pas"

Travaillons donc et ne nous demandons pas si nous sommes libres et responsables de nos actions ou si nous ne le sommes pas. Exploitons le talent que Dieu nous a donné, et disons-nous bien que nous avons dans la vie des droits et des devoirs.

Cessons de mentir à la religion et à la vie.

EN MARGE DE LA PRÉDESTINATION

1 - Sous l'étiquette de la prédétermination, on pourrait désigner la somme de lois qui réglementent la vie et les affaires des hommes, et sur la base desquelles est régi l'univers et ses différentes composantes. Dieu a créé les choses à partir d'atomes et de cellules, qui obéissent à des lois précises et stables, et qui effectuent leurs tâches d'une manière impeccable et infaillible.

"Notre Maître est Celui qui assigne à chaque être sa forme distincte et le dirige ensuite dans sa vie propre". (Taha, 50)

Ainsi, les principes qui permettent la connaissance des composantes de l'eau, son volume et sa pression, quand elle vient à s'évaporer, à geler ou à couler, sont le fait du Créateur, et n'émanent que de sa propre Personne, Elle, qui agit avec précision et sans hésitation aucune :

"Nous avons créé, toute chose, en vérité, selon de justes proportions" (La Lune, 49).

"Glorifie le nom de ton Seigneur, le Très-Haut ! Lui qui crée et ordonne, Prédétermine et guide" (Le Très-Haut, 1-3).

Tout ce que nous voyons autour de nous : les fruits qui poussent et mûrissent, les fœtus qui se développent et prennent forme dans les utérus des femmes, l'alternance des jours et des nuits due aux mouvements des planètes dans leurs trajectoires, tout cela n'est que prédestination sage et système infaillible.

"Dieu est celui qui fend le grain et fait éclater le noyau ! Il fait sortir le vivant du mort et surgir le mort du vivant. Tel est bien Dieu ! Comment pourrait-on Le méconnaître ?

"C'est Lui qui fait poindre le jour. Par Lui, la nuit est vouée au repos, le soleil et la lune érigés en mesure du temps : ainsi l'ont décrété Ses sages arrêts. Il est le Tout Puissant, l'Omniscient." (Les Troupeaux, 95-96).

2 - L'équité de la prédestination n'est pas en contradiction avec la condescendance et la distinction. Cela veut dire que deux individus qui accompliraient le même travail et qui, par conséquent, mériteraient la même récompense, la recevront certainement, avec toutefois, une faveur toute particulière pour l'un d'entre eux qui sera gratifié par Dieu. De même, deux personnes qui commettraient le même péché, seraient punies de la même manière, mais Dieu pourrait grâcier l'un des deux tout en laissant l'autre en proie à son péché.

Nous rapportons ces faits pour que les gens sachent que Dieu n'a de rancune pour personne, et que sa volonté est incommensurable. Que les fidèles alors osent seulement venir à lui, leurs cœurs pleins d'humilité et d'amour !!

"Dieu détient la grâce suprême, Il en dispose comme Il Lui plaît. Dieu n'est-Il pas l’Incommensurable, l'Omniscient ? Il dispense Sa Miséricorde à qui Il veut, ce don exclusif. Il est le Maître de la Grâce infinie." (La Famille d’Imran, 73-74).

"Dieu détient un pouvoir illimité.

Il châtie qui Il veut, fait miséricorde à qui Il veut ; et vers Lui vous ferez retour.

Vous ne sauriez vous opposer à Sa puissance, ni dans le ciel ni sur la terre, et nul ne saurait vous protéger ni secourir contre ses Rigueurs" (L'Araignée, 20-21-22).

Ibn Amr, que Dieu soit satisfait de lui, rapporte ceci :

"Le Prophète, que le Salut et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, a dit : "La durée de votre vie, à comparer avec celle de vos prédécesseurs ressemblerait au temps qui existe entre la prière de l'après-midi et le coucher du soleil ! Quand les gens du Torah reçurent leur Livre sacré, ils s'adonnèrent à la prière jusqu'à midi. Après quoi, ils n'en pouvaient plus. Ils reçurent alors comme récompense un seul carat."

"Ensuite ce sont les gens de la Bible qui reçurent leur Livre sacré. Ils se mirent à prier Dieu jusqu'à l'après-midi. Après quoi, ils abandonnèrent et reçurent pour cela un seul carat.

"Nous reçumes alors le Coran et nous fîmes nos prières jusqu'au coucher du soleil. Nous reçumes alors deux carats. Les gens des deux précédents Livres Sacrés s'écrièrent alors : "0 Seigneur ! Vous avez donné deux carats aux gens du Coran et à nous un seul carat seulement, alors que nous avons été plus actifs qu'eux ?".

"Dieu leur répondit : "Est-ce que je vous ai frustré de ce qui vous était dû ?" Ils répondirent que non.

"Dieu ajouta : "Cela c'est une faveur de Ma part et je donne à qui Je veux".

Il y a dans les choses de la vie beaucoup de disparités dont la source est la Providence. Ces disparités, avec les privilèges qui en découlent, font partie intégrante du système de l'existence et sont nécessaires à la vie sociale.

Il est impossible que les gens puissent naître égaux dans leurs besoins matériels et moraux, ou dans leurs conditions sociales et politiques, ou leurs récompenses dans ce bas monde, ou dans l'Au-delà.

Les missions que la vie accomplit nécessitent des têtes, des bras et des pieds. Le corps humain présente, lui aussi, ces différents membres, ce qui permet à la société d'accomplir son rôle d'une manière cohérente et complète. L'erreur, dans ce que l'homme entreprend, se produit quand la tête se substitue au pied et que celui-ci se substitue, à son tour, à la tête.

La nation qui agit ainsi ressemble à ce fou qui coiffe son pied d'un chapeau, et qui met ses chaussures sur son crâne.

Elle sont nombreuses, ces nations, dans cet Orient décolonisé et déséquilibré!!

Laissons de côté ce problème pour le moment, car nous ne sommes pas à la veille d'une réforme sociale. Par ces exemples, nous voulons tout simplement attirer l'attention sur le fait que le destin distribuerait les rôles aux gens et les chargerait de travaux bien définis, comme le ferait un général avec ses soldats au front, dont certains pourront être placés à la tête de l'armée, d'autres occuperont les positions arrières et seront chargés du transport des munitions, de la correspondance ... Toutes ces différentes positions occupées par les soldats sont indispensables pendant la guerre.

Cette inégalité dans la répartition des tâches ne porte pas préjudice à l'octroi équitable de la récompense, et ne signifie nullement que les droits de certains sont bafoués ou ignorés par le destin. Dieu réserve à chacun de nous ce qu'il mérite comme jugement, et c'est selon les capacités et les possibilités qui nous sont offertes qu'il sera fait cas du degré du châtiment et de la récompense que nous méritons.

J'ai lu, un jour, qu'une compétition aéronautique a été organisée quelque part et, chose bizarre, le trophée ne devait pas revenir au pilote qui franchirait le premier la ligne d'arrivée. Il fallait se conformer à des consignes complexes qui avaient trait aux conditions atmosphériques, à l'acuité de la vision, à la vitesse des vents, etc... Cela laissait entendre qu'un avion qui pouvait arriver en cinquième position, donc devancé par quatre autres avions, avait toutes les chances d'emporter le premier prix, et non pas le premier comme on pouvait le croire facilement.

Cette compétition est un exemple qui pourrait illustrer, sur un autre plan, les grandes disproportions qui existent entre les individus, quant à leur quotient intellectuel, leurs capacités et leurs activités. C'est aussi un exemple qui démontre la manière dont on évalue les gens et dont on juge -équitablement et sans aucun parti pris- leurs efforts.

"Au jour du Jugement, des balances d'une extrême sensibilité, seront dressées. Nulle âme ne sera lésée, fût-ce du poids d'un atome. Tout entrera en ligne de compte, et nos comptes seront infaillibles " (Les Prophètes, 47).

Les êtres humains sont dotés d’âmes qui ressembleraient à des lampes dont la puissance d'éclairage peut être de cinquante, cent ou deux cents watts.

Si une lampe à cent watts n'éclaire qu'à la puissance d'une lampe de soixante dix watts, on dira qu'elle est plus défaillante qu'une lampe de cinquante watts qui éclaire à la puissance de quarante watts, même si la première lampe est, aux yeux des gens, plus puissante que la seconde.

Nombreux sont ceux que Dieu a dotés de richesses morales et matérielles considérables, et leur a fourni des occasions très propices pour exercer leur ferveur, mais la piété dont ils font preuve est insignifiante pour Dieu, même si elle apparaît fervente pour les gens.

Nombreux également sont ceux qui sont démunis sur tous les plans, mais leur cœur est plein de ferveur islamique que les gens minimisent, mais que Dieu apprécie et prise.

"Croyants ! Ne vous criblez pas de railleries mutuelles. Ceux qui sont raillés valent parfois mieux que leurs persifleurs. Que les femmes non plus ne s'invectivent pas entre elles. Celles que l'on dénigre valent peut-être mieux que leurs railleuses" (Les Appartements, 11).

Le destin, comme nous l'avons mentionné, a une influence considérable dans le modelage de l'individu. Il intervient pour déterminer la quantité d'énergie dont l'homme a besoin et l'endroit où il doit travailler tant qu'il demeure vivant.

Les généticiens s'ingénient à inventorier les traits héréditaires de l'homme, ceux qui ne paraissent pas évidents et ceux qu'on peut aisément remarquer. Ils finissent par imputer les phénomènes comportementaux de l'homme à ses caractéristiques biologiques et à ses dispositions naturelles.

Il est maintenant établi, scientifiquement, qu'il y a de très fortes corrélations entre les sécrétions des glandes et l'équilibre, ou le déséquilibre mental.

Ainsi pouvons-nous remarquer que ce que les glandes sexuelles déversent comme "hormones" dans le sang, jouent un rôle considérable dans l'intensité, forte ou faible, du combat mené par l'individu contre ses appétits sexuels.

Les glandes situées dans l'environnement des reins influent sur le degré de tension de l'individu, quand il se trouve dans un état d'anxiété et d'irritabilité. Cela est dû aux sécrétions qui stimulent le cœur et les membres, et qui sont déversées dans le sang par ces glandes.

Ces phénomènes sont à l'origine des différences que les individus présentent entre eux, quant à leurs goûts, leurs sentiments, leurs réactions émotives vis-à-vis des problèmes de la vie, ses attractions et ses laideurs.

Les traits héréditaires complexes et les instincts généraux ne présentent pas, cependant, une différence dans leur intensité, et il est possible, comme l'avance la psychologie, de les domestiquer de telle sorte qu'ils puissent se conformer aux lois.

Ainsi, l'individu se révoltera non contre la vérité, mais contre le mensonge. Que sa révolte soit intense ou non est chose spontanée et ne nous concerne pas, bien que nous sachions que ce facteur entre en considération dans le réajustement des destinées des gens. Il nous arrive, toutefois, de lui accorder un certain crédit lors de la détermination de notre responsabilité(l) sur les péchés commis.

La psychologie nous apprend qu'il y a des individus qui présentent des anomalies dans leurs comportements. Il y en a qui sont passionnés par l'énumération des escaliers ou des carreaux d'un chateau, ou des lampadaires des avenues.

L'écrivain anglais "Johnson" raconte qu'il ne peut s'empêcher, chaque fois qu'il franchit un obstacle en bois, de ne pas toucher tous les piliers qui le constituent. S'il en oublie un seul, il reprend son manège jusqu'à ce qu'il soit sûr d'avoir tout touché de sa main.

Il y a aussi parmi les gens ceux qui paniquent à la vue d'une souris, alors qu'ils sont connus pour leur courage, ceux qui sont kleptomanes et qui ont une prédilection pour certains vols, alors qu'ils ne manquent de rien et qu'ils sont de respectables nantis.

Toutes ces choses expliquent que l'individu peut avoir un comportement qu'il ne désire pas, et qu'il y a en lui des forces qui agissent souterrainement. Les Anciens croyaient que c'était là le résultat de la fatigue ou du déséquilibre mental,  ou du mystère. Les Modernes, quant à eux, pensent qu'il s'agit là de phénomènes liés au subsconscient.

La psychologie nous enseigne, également, qu'il arrive souvent que l'abattement psychologique et moral nous gouverne, paralyse notre volonté et nous met sous l'influence de ce que nous aimons et de ce que nous détestons. Il existe, sans doute, des situations où l'homme se voit assailli par une angoisse intérieure, dont il ne comprend pas l'origine et qui le déprime totalement.

C'est peut-être ce genre de situations qui a incité Ali Ibn Abi Talib à dire au Prophète, que la Bénédiction et le Salut de Dieu soient sur lui, le propos susmentionné(2), lequel a été rejeté par le Messager de Dieu, car les lois qui régissent l'existence ne doivent pas être liées à ces moments de faiblesse psychologique.

 

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