Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

INTRODUCTION

Ce que j'expose dans le présent ouvrage est un ensemble d'études sur la foi que j'ai été amené à écrire à cause de la pénurie des travaux de recherche qui traitent de ce type de disciplines religieuses. Ces études sont présentées dans une forme qui cadre avec les besoins des musulmans d'aujourd'hui.

J'ai pensé traiter des fondements scientifiques de "la foi du Musulman" dans un style différent de celui auquel les gens sont habitués.

Ce n'est pas parce que je pense innover dans ce domaine, mais c'est surtout parce que je voudrais mettre à profit tous les événements qui ont accompagné l'histoire musulmane, comme je voudrais suivre les enseignements éclairés du Coran et de la Tradition.

Celui qui lira, à propos de la “foi du Musulman”, des textes concernant "la théologie scolastique" ou "le monothéisme" ne manquera pas de relever des remarques importantes sur les questions débattues par les savants, sur leurs polémiques et sur les résultats auxquels ils ont abouti. Il ne manquera pas, non plus, de mentionner l'impact de tout cela sur la foi des gens appartenant à toutes les couches de la société.

A la lumière des ouvrages que j'ai pu lire sur la théologie scolastique, voici ce que je leur reproche quant à leur démarche méthodologique :

1 - Cette méthodologie est d'abord purement théorique. Elle rassemble les faits et déduit les résultats comme le font, de nos jours, les ordinateurs ou les balances qui indiquent aux gens qui se pèsent leur poids exact.

Dans cette science importante qu'est la théologie, l'argumentation suit le même cheminement. On traite de la puissance divine, des nobles attributs de Dieu et on aboutit à des conclusions réconfortantes pour l'esprit averti.

Cependant dans la conception qu'il se fait de la foi, l'islam interroge simultanément le cœur et l'esprit, éveille le sentiment et la pensée, et stimule à la fois les émotions psychologiques et les facultés intellectuelles.

Il m'est déjà arrivé d'analyser de très près l'influence des cours de théologie et de mathématiques sur les étudiants. Je n'ai jamais constaté de différence notoire quant à l'impact de ces deux types de cours sur ceux qui les suivent.

En fait, ces cours s'adressent à la seule raison et n'ont aucune influence sur l'affectivité. L'étudiant peut citer une cohorte d'arguments sur l'existence éternelle de Dieu sans qu'il sente, au fond de lui-même, la grandeur du Créateur et sans que vibre dans son corps le moindre sentiment de crainte ou d'amour à l'égard de Celui qui l'a guidé vers le droit chemin, et lui a inspiré dévotion et piété.

Est-ce de cette manière détestable que doit s'enseigner la foi ?

Les gens ordinaires ont eu recours aux sciences mystiques pour y apprendre ce qu'ils n'ont pu comprendre en théologie scolastique, mais le mysticisme est un terrain mouvant et les égarements des mystiques sont plus nombreux que leurs vues justes des choses.

Le mystisme, à n'en pas douter, a fait fleurir tant de sentiments d'amour envers Dieu, et a scellé les cœurs des humains dans une étroite union avec le Créateur des Cieux et de la Terre, mais le fait de s'y attacher complètement doit nous inciter à la prudence.

Lorsque j'ai entrepris d'écrire sur la foi du musulman, j'ai essayé d'humecter l'aridité de la pensée intellectuelle en y mettant du parfum puisé dans les sentiments émanant du cœur. Cela ne m'a pas été difficile puisque j'ai tenu compte dans ma réflexion des enseignements du Coran et de la Tradition du Prophète.

Le lecteur ne doit pas s'étonner de la quantité des citations puisées dans le Coran et la Tradition. Sous-jacente à cela, il y a une sagesse qu'il saisira au fur et à mesure qu'il avancera dans la lecture.

2 - Les circonstances dans lesquelles est née la théologie scolastique ont un impact néfaste sur la présentation qu'on peut faire de ses principes, et sur la formulation de ses subtilités scientifiques en tant que discipline de l'esprit. L'enfer du monde politique et les querelles d'une multitude de partis ont injecté rancune et rancœur dans les polémiques entre sectes anciennes, à propos d'un certain nombre de lois islamiques qui continuent, de nos jours encore, à nous créer d'énormes problèmes.

Dans le tumulte de ces disputes flagrantes, il devient ardu de se lancer à la quête de la vérité. Si on pouvait atteindre celle-ci, il serait difficile de s'en convaincre.

Il est naïf de penser que la foi se constitue et prend forme dans un Conseil où on fait valoir des textes, où les sophistes prennent le dessus dans les conversations et où triomphe le raisonnement d'Aristote en matière de duperie.

Nos ancêtres -que Dieu leur pardonne- affectionnaient les palabres, et l'expansion géographique de l'Empire islamique faisait que le défaut du bavardage était partout répandu.

Peu leur importait de s'adonner aux plaisirs de l'esprit, de se détourner du "jihad" au nom d'Allah pour ne se consacrer qu'à cet autre "jihad" qu'était la polémique. C'est ainsi qu'ils se sont intéressés à leurs propres problèmes, individuels et égoïstes, et ont complètement délaissé leurs ennemis. Le résultat était que les hommes n'existaient plus, et que seules subsistaient les discussions byzantines qui, continuent, même de nos jours, à menacer de leur spectre l'Oumma islamique.

L'Empire islamique, ne l'oublions pas, s'est trouvé à genoux lors des Croisades, et le danger qu'il a connu l'a atteint profondément dans son propre fief. Malgré ce revers, l'odeur nauséabonde du bavardage soi-disant scientifique, continue toujours à s'exhaler de certains milieux qui prétendent - hélas ! - servir la cause de l'islam.

Il n'existe pas, à mon sens, une nation qui a si fortement besoin de s'unir sur le plan des idées et des sentiments comme la nation islamique.

Le fait de faire d'un différend qui se produit entre penseurs, pour une affaire quelconque, un élément de diversion dans les rangs de l'Oumma, est un crime contre Dieu, Son Messager et la communauté musulmane.

Le Maréchal Ahmed Izzat Pacha, dans un commentaire à propos des querelles de la théologie scolastique, disait :

"A l'origine, ces querelles ne devaient pas sortir du cadre des causeries scientifiques, philosophiques et artistiques. Notre erreur est que nous avons introduit de force le nom d'Allah dans nos discussions oiseuses."

Les sectes religieuses se sont accusées mutuellement d'athéisme et d'hérésie, et nos petits problèmes de départ se sont alors transformés en une interminable guerre religieuse.

La source des problèmes entre la Mutazila et la Jahmiya provenait de la thèse qui voulait que l'être humain est créateur de ses actes au lieu qu'il en fût l'exécutant. Elle provenait également de la croyance à l'autonomie totale de la volonté humaine.

Qu'elles aient été justes ou erronées, ces idées méritaient d'être l'objet d'un débat scientifique où les deux parties pouvaient se critiquer et se blâmer mutuellement. La question, cependant, a largement débordé ce cadre.

Ainsi, les partisans du libre arbitre (la Qadiriya) déclarèrent : "Ne pas épouser nos idées signifie accuser Dieu d'être oppresseur le Jour du Jugement".

Leurs détracteurs rétorquèrent : "Puisque vous niez la puissance et la volonté divines, vous êtes des impies".

Au fil des jours, ce désaccord prit de l'ampleur et donna naissance à des principes bizarres et farfelus.

Le goût pour le désaccord fut tel qu'on considéra beaucoup de niaiseries comme de véritables croyances.

Des conflits ont existé entre mutazilites et orthodoxes musulmans sur la réalité de la magie et sur la formation des nuages (!). Quel amalgame plus stupide que celui-là ?

Entre les musulmans il existe, aujourd'hui, un grave litige qui les divise : l'affaire de Ali Ibn Talib et des Compagnons du Prophète à propos de la succession (le Califat).

Y a-t-il au monde une nation qui rumine les événements de son passé pour en faire de graves conflits comme c'est le cas de la nation musulmane ?

Et pourquoi introduisons-nous délibérément ces futilités dans nos affaires religieuses ? Pourquoi ne les considérons-nous pas comme de simples souvenirs historiques qui s'enseignent dans les écoles tout juste pour servir d'exemples ?

Quel rapport maintenons-nous avec la foi en Dieu et le Jour du Jugement quand nous jugeons que tel a vu juste et que tel autre a eu tort. Dieu dit :

"Toute cette génération est révolue. Ses œuvres lui seront imputées, et les vôtres portées à votre compte, et point n'aurez à répondre de ce qu'elle faisait". (Sourate : La Vache, n° 141).

Il m'arrive, aujourd'hui, de lire dans la presse religieuse des informations sur les luttes des Anciens et des Modernes, comme ils se plaisent à s'interpeller, qui échangent des insultes à l’instar des footballeurs qui s'amusent avec un ballon... Je reste complètement coi et ébahi devant ce spectacle...

Les symptômes de la maladie persistent toujours dans le corps de la Oumma affaiblie et l’on a fortement besoin, pour les extirper, des soins de nos médecins les plus doués et les plus expérimentés.

Les séquelles de ces différends inconsidérés se sont ancrées dans les esprits et ont eu raison du comportement des gens qui n'en ont gardé malheureusement que ce qu'il y avait de  pire.

Que les Anciens s'interrogent : Le travail est-il nécessaire à la foi ou bien lui est-il superflu ?

Les masses restent convaincues qu'il est superflu et la société s'adonne alors à la paresse.

Que les Anciens s'interrogent : L'homme a-t-il un pouvoir et une volonté d'agir quand il le désire ou bien est-il guidé de force et est dépourvu de tout esprit d'initiative ?

Les masses sont convaincues que l'homme n'a ni volonté, ni pouvoir et est totalement impuissant.

La société est alors démoralisée et n'a plus aucune ambition.

Que les Anciens s'interrogent : Le musulman a-t-il le droit de recourir à Dieu sans passer par l'aide des saints qu'ils soient morts ou vivants ?

Les masses pensent que le musulman ne peut se passer de l'aide des saints et, malheur à lui, s'il advient qu'il s'adresse à Dieu sans l'intercession de ces hommes vénérés.

Le polythéisme prend alors de l'expansion et les rapports avec le Créateur de l'Univers se relâchent.

C'est ainsi que se sont greffées à la société musulmane des mesquineries, des bassesses et des veuleries qui, à n'en pas douter, ont joué un rôle considérable dans son déclin et sa faiblesse.

Quand j'ai entrepris de réfléchir sur la foi du musulman, j'ai fait de mon mieux pour éviter de parler de tous les écueils que je viens de citer. Quand j'ai été contraint de le faire, j’ai mentionné tout ce qui me paraissait véridique. Il m'est arrivé d'ignorer le détracteur, mais je n'ai jamais nié complètement son existence. Il m'a toujours semblé que l'indifférence poussée à l'extrême est la source de beaucoup de problèmes scientifiques insolubles et équivoques.

Il m'a été donné de constater des déviations dans le comportement de certains détracteurs à la plume virulente, mais je n'en ai jamais fait cas. Je n'ai jamais non plus répondu au mal par le mal, car nous sommes une communauté qui a viscéralement besoin de l'union et de la bonne entente.

Ayons donc toujours recours à Dieu Seul et supportons avec courage les peines que nous causent les dissensions des musulmans.

3 - Les ouvrages qui traitent du monothéisme, et qui sont en circulation parmi nous, ont échoué dans leur mission tant par la forme que par le fond.

En ce qui concerne la forme, il n'y a aucun sens à vouloir exposer une science par le biais de toutes sortes de canaux (commentaires, rapports, critiques ... ), et en usant d'un style des plus décousus, qui incarne la décadence de la rhétorique arabe à l'époque ottomane.

La littérature de nos jours a connu un grand développement. Les auteurs et les écrivains qui maîtrisent si bien la langue ont abordé des thèmes d'une extrême banalité, mais les ont enrobés dans un langage des plus bariolés. Par le charme et la beauté de leur rhétorique, ils ont ainsi ensorcelé des milliers de lecteurs.

La littérature religieuse restera-t-elle dépendante de ce genre d'écrits décevants ?

Quant au fond, si on venait à l'analyser et à le critiquer, on constaterait que les philosophies occidentales qui ont été empruntées par les Syriaques aux Grecs et aux autres peuples, ont fortement influencé l'aspect religieux de la pensée islamique.

Les sciences religieuses ont ainsi dévié de leur cours, et les livres traitant du monothéisme ont été truffés de termes savants et ont été marqués par la diversité' des démarches scientifiques des chercheurs.

Il semble que les anciens théologiens musulmans ont été totalement séduits par l'apport de la pensée héllénique que leur fournissaient les traductions de l'époque. C'est ce qui explique, d'ailleurs, qu'ils l'ont amplement intégrée aux enseignements de la religion.

Nous n'avons pas ici à juger de la valeur et du bien-fondé de cette ceuvre, même si nous la prenons comme exemple éloquent de la manière dont la liberté a été accordée par l'islam à ses adeptes, et comme preuve que l'espace scientifique où se meut la pensée islamique n'a pas de limite et est ouvert à tous les esprits.

Il reste, cependant, que les éléments constitutifs de la foi ont failli être dispersés au milieu de cet agrégat de termes savants traduits. Il a fallu donc rassembler ces éléments et les agencer harmonieusement. Le fait de les implanter dans les cœurs ne donnera ses fruits et ne fleurira que par le biais de l'islam lui-même.

Quand on lit les ouvrages les plus célèbres en matière de théologie scolastique, on est étonné de ne pas tomber sur un verset coranique ou sur un dire du Prophète sauf quelques rares citations qui apparaissent, de façon sporadique, telles des fleurs isolées dans un marécage...

Peut-être les passionnés de la recherche philosophique trouvent-ils leur compte dans ces ouvrages. Tant mieux pour eux !

Toutefois, ceci ne doit pas nous empêcher d’exposer la véritable foi telle qu’elle a été révélée dans ses sources premières.

Dieu est le Seul détenteur de la vérité et le Seul à indiquer le droit chemin

Mohammed Ghazali

 

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