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LES PROPHÉTIES
ENTRE LA
PROPHÉTIE ET LA PHILOSOPHIE
Les
connaissances supposent d'ordinaire des sources précises,
au-delà desquelles l'esprit tomberait inéluctablement dans
l'aberration.
Quand elles sont
d'origine humaine, il faudrait qu'elles émanent de la
logique expérimentale ou mathématique, comme c'est le cas
actuellement de la cosmologie, de la biologie et de tout ce
qui a trait à la matière et à la société.
Par contre, si
ces connaissances sont d'ordre métaphysique, c'est-à-dire
qui échappent à l'interprétation de la logique expérimentale
et mathématique, leur source unique reste alors la
révélation divine authentique. De là, tout ce qui se dit sur
Dieu, Ses Attributs et Ses droits, repose exclusivement sur
les propos des Prophètes.
Quand la
véracité d'un Prophète est appuyée par des arguments sans
réplique, tout ce que Dieu aura révélé par sa médiation est
la vérité pure, et ne peut absolument pas être sujet à
discussion.
Depuis
longtemps, des dizaines de philosophes et de savants ont
traité dans leurs ouvrages, de la matière et de la
métaphysique. Le patrimoine qu'ils nous ont légué est un
mélange hétéroclite de réalités et de mythes, que les
chercheurs ont d'ailleurs tenté d'épurer. Nous pouvons
également avancer que c'est parce que les Anciens et les
Modernes ont négligé les lignes de conduite de la révélation
que leur réflexion sur la métaphysique manque de profondeur,
et regorge de radotages et de contradictions.
L'auteur de "lkwàn
Assafà" écrit :
"Bien qu'ils
soient chronologiquement éloignés les uns des autres et en
dépit de la variété de leurs langues et des préceptes qui
leur sont transmis par Dieu, tous les Prophètes convergent
dans leurs messages vers un même et unique but.
"Les
philosophes, par contre, se confinent chacun dans une
optique personnelle, si bien que les finalités assignées à
leurs doctrines sont différentes. Leurs opinions et propos,
divergents et contradictoires, ne sont pas loin d'être un
torrent impétueux d'hésitation et de doute qui submerge dans
sa course tous les adeptes de leurs philosophies.
"Nous sommes en
droit de nous demander comment un esprit raisonnable peut se
rallier aux idées des philosophes, en dépit de la divergence
qui les caractérise, des critiques et des démentis qu'ils se
jettent mutuellement et se détourner de ce que renferment
les livres des Prophètes qui forment un tout cohérent et
homogène.
Les philosophes
sont donc, dans leur immense majorité, loin de la vérité
pure, étant donné qu'ils ont pris le parti d’ignorer les
écrits saints, en se refusant ostensiblement à s'y référer
et en manifestant une incapacité à les concevoir".
Ceci concerne
les connaissances spirituelles. Pour ce qui est maintenant
de la philosophie matérialiste, il importe de dire
qu'actuellement la science, orientée vers la recherche
directe et l'induction logique, a fait déchoir les
philosophies anciennes de leur haut piédestal, en
considérant leur contenu comme un amas de propos et de
discours oiseux.
En réalité, de
nombreux courants littéraires et maints mouvements
philosophiques ne bâtissent pas leurs édifices sur les clés
de voûte de la certitude, et sont -dans leur majorité-
comparables à des florilèges élaborés par des poètes errant
dans les étendues sans fin de l'imagination, ou bien ils
représentent des sentiments psychologiques spécifiques et
des points de vue sur la compréhension de la vie, qui
pourraient être considérés comme des tendances purement
personnelles, mais qui ne sont pas du tout admises dans le
cercle de la logique et des croyances communes.
Ce mode de
connaissance humaine, avec ce qu'il comporte comme
désaccords profonds, nous oblige à le considérer tel quel,
c'est-à-dire qu'il ne devrait pas dépasser le domaine de
l'illusion.
Celui qui aura
maîtrisé les philosophies hindoue, romaine et grecque, et
aura parfaitement saisi l'évolution de la philosophie
humaniste d'hier et d'aujourd'hui restera, malgré tout,
totalement prisonnier d'une recherche perplexe d'une vérité
insaisissable, et son esprit sera entraîné dans un
tourbillon d'idées confuses et d'hypothèses erronées qui,
dans leur flux et reflux, le maintiendront dans
l'incertitude la plus totale.
L'incommodité
qu'incarne ce mode de savoir se place aux antipodes des
principes nettement circonscrits, des préceptes clairs et
des idées géniales exposés, d'une façon tellement simple et
transparente dans les textes divins qu'on les prendrait pour
des principes élémentaires de calcul.
Nous n'admettons
dans les connaissances matérielles que celles qui sont
soumises à la logique expérimentale ou mathématique, comme
cela a été dit précédemment, et nous n'admettons des
connaissances spirituelles que celles qui nous sont
transmises par des Prophètes dont nous reconnaissons la
sincérité, grâce à notre logique "matérielle", et en la
parole de qui nous sommes -individus et collectivités-
confiants pour ce qu'ils nous apportent comme lumières.
Notre confiance s'explique par le fait que nous avons la
ferme conviction qu'ils sont des Messagers envoyés par Dieu,
et que tout ce qui émane de l'Être Suprême est la Vérité
absolue.
Il suffit de
s'écarter de cette voie de la connaissance métaphysique pour
bifurquer automatiquement vers un imaginaire terrifiant, et
se trouver en proie à des conjectures, déconseillées voire
interdites par l'islam, qui recommande la foi en la
certitude :
"N'affirme rien
que tu ne saches de science certaine ! Car on aura à
répondre de tout ce qu'on fait de son ouïe, de sa vue et de
son esprit". (Le Voyage Nocturne, 36).
"Ils n'en
possèdent nulle science, mais suivent uniquement des
conjectures, et certes la conjecture ne saurait tenir lieu
de vérité.
"Écarte-toi de
celui qui fuit Notre rappel, qui ne désire que la vie
éphémère.
"Voilà à quoi se
borne leur science" (L'Étoile, 28, 29, 30).
LA RÉVÉLATION
Les
connaissances transmises aux Prophètes se font
essentiellement par la voie de la révélation divine. Dieu a
sélectionné Ses Envoyés au sein de la postérité d'Adam, puis
leur prodigua Ses soins divins, dès leur premier âge, pour
les mettre à l'abri des impuretés inhérentes à la nature
humaine, et leur permettre ainsi une élévation vers le monde
de la perfection et la préexcellence de l'âme. Il a, du même
coup, préparé leurs cœurs généreux et purs à accueillir la
lumière divine transmise par la médiation de l'Archange
Gabriel.
Il n'est donc
pas étonnant de voir, par la suite, la sagesse dominer leurs
propos, leurs actes donner l'exemple de la meilleure morale
et la magnanimité régler leur vie et leur conduite.
La révélation
qui fait éclore la vérité dans le cœur des Prophètes se
présente sous différentes formes.
Tout d'abord,
elle commence par la vision des bonnes choses pendant le
sommeil, et il faut préciser ici que les songes des
Prophètes sont loin d'être -comme chez le commun des
mortels- de simples rêves incohérents par lesquels
l'inconscient traduit des désirs refoulés par le biais
d'images déformées. Les Prophètes ont atteint un degré de
perfection tel que leurs cœurs et âmes demeurent constamment
éveillés et vigilants, même quand leurs corps sombrent dans
un profond sommeil. Ce n'est pas le cas des gens du commun
dont les cœurs et âmes s'immergent dans une somnolence
perpétuelle, de nuit comme de jour, même si leurs corps, par
l'âpreté au gain, demeurent agiles et dynamiques.
Les âmes des
Prophètes sont semblables à des récepteurs radiophoniques
qui accueillent et enregistrent, à chaque instant, les
informations divines pour les diffuser immédiatement parmi
les gens.
La vision, vraie
et authentique, fut la première étoile qui fit son
apparition dans le firmament de la révélation qu'a connue la
vie du Prophète Mohammed, Porteur du Message sublime, que la
prière de Dieu soit sur lui.
"La première
forme de révélation dans la mission du Prophète fut la
vision vraie. A chaque fois qu'elle lui apparaissait, elle
ressemblait à l'aurore qu'on voit poindre à l'horizon".
Durant toute son
existence, le Prophète -que la Bénédiction et le Salut de
Dieu soient sur Lui- n'a pas perdu ses attaches avec son
Créateur. Il a maintenu ce lien sacré jusqu'à ce qu'il ait
rendu son dernier souffle.
C'est par le
biais de la vision dans la révélation que se produisit
l'histoire d'Ismaël. Après avoir vu dans un songe qu'il
égorgeait son fils Ismaël, le Prophète Ibrahim comprit qu'il
s'agissait d'un ordre divin et s'empressa vite de répondre à
l'appel sublime dans un esprit de sacrifice et de
renoncement.
"Lorsque
l'enfant fut en âge d'accompagner son père, celui-ci lui dit
: " Cher enfant, je me suis vu en songe offrant un
sacrifice, c'était toi-même que j'immolais ! Vois un peu ce
que tu en penses !". Père, lui dit son Fils, exécute ce qui
t'est ordonné : tu me trouveras, s'il plaît à Dieu, constant
dans l'épreuve" (Les Rangs, 102).
Il arrive
souvent que la révélation prenne la forme d'une inspiration
que le Prophète sent résonner dans son cœur, même à l'état
de veille, à telle enseigne que la sagesse et la vérité
divines jaillissent aussitôt de sa bouche par miracle. Dans
ce cas, il y a présence d'un intermédiaire.
La Tradition du
Prophète -que la Bénédiction et le Salut de Dieu soient sur
Lui- abonde d'exemples illustrant ce mode de révélation qui
peut se faire, soit par la médiation annoncée d'un
intermédiaire comme dans ce hadith - "C'est l'Envoyé du
Maître de l'Univers, l'Archange Gabriel, qui a insufflé à
mon esprit le message qui veut qu'aucune âme ne peut expirer
sans avoir épuisé tout le bien que Dieu lui a octroyé. Si ce
bien tarde à venir, il suffit de faire preuve de piété et de
recourir à la prière"-, soit par voie directe et sans que le
nom de l'intermédiaire soit prononcé comme c'est le cas dans
d'autres traditions.
Le Coran fut
intégralement et textuellement transmis au Prophète par
révélation. Ce dernier, que la Bénédiction et le Salut de
Dieu soient sur Lui, y a puisé beaucoup de connaissances
qu'il ignorait. Le rôle de l'Archange Gabriel dans cette
révélation s'est réduit à la simple transmission de la
Parole de l'Omniscient. Celui à qui rien n'échappe :
"Ce livre,
certes, est une Révélation émanant du Souverain des Mondes.
Que l’Esprit de
fidélité (Archange Gabriel) est venu de là-haut.
Déposer en ton
cœur afin que tu sois un avertissement parmi tant d'autres.
Révélation en
langue arabe intelligible". (Les Poètes, 193, 194, 195).
Il arrive que
Dieu s'adresse directement à Ses serviteurs, et sans qu'Il
ait besoin d'un intermédiaire comme Il l'a fait avec le
Prophète Moïse :
"Lorsqu'il y fut
arrivé, il s'entendit appeler du flanc droit de la vallée,
dans le site béni de Dieu, et du sein de l'arbre : "0 Moïse,
poursuivit la voie, approche et n'aie pas peur : tu te
trouves en parfaite sécurité.
"Jette ton
bâton". (Le Récit, 30, 31).
A en croire
certains érudits, Dieu s'adressa directement au Prophète
Mohammed, que la Bénédiction et la Paix de Dieu soient sur
Lui, la nuit de l'Assomption.
Cependant, nul
ne connaît la nature du langage par lequel Dieu révèle Ses
commandements à Ses Prophètes. C'est là une forme de parole
qui dépasse totalement notre entendement, puisqu'elle est
différente du langage doublement articulé qu'échangent les
interlocuteurs dans ce bas-monde. Dieu dit à ce propos :
"Dieu ne saurait
parler directement à un mortel si ce n'est par révélation
par derrière un voile ou par l'envoi d'un messager qui
révèle, avec Sa permission, Ses volontés à l'homme. Dieu est
le Transcendant, le Sage.
Nous t'avons
ainsi révélé un esprit procédant de Nous. Tu n'étais pas
initié auparavant à l’Écriture et point n'avais connu la
vraie foi". (La Délibération, 51, 52).
Le principe de
la révélation est un phénomène que l'esprit humain est
facilement porté à concevoir, malgré cette toile d'araignée
que les matérialistes ont tissée autour de la question à
partir de doutes et d'équivoques, et qui finit par se
défaire elle-même, car nous avons la conviction que Dieu est
Vérité et que son existence se situe au delà de tout doute.
Nous avons également la conviction que Dieu, le Tout-
Puissant, a le droit d'élire les Messagers porteurs de la
lumière divine qui éclaire les peuples dans leur marche, les
tire de l'abîme d'obscurité dans lequel ils s'engouffrent,
pour les guider vers un univers flamboyant de lumières.
Le besoin d'être
éclairé par des Prophètes s'impose impérieusement à tous les
peuples. Si la crise de l'humanité avait été confiée aux
"soins" et aux spéculations des penseurs, les hommes
n'auraient trouvé aucune issue dans le dédale des solutions
proposées et ne se seraient, en aucun cas, jamais réunis
autour d'une vérité unique et salvatrice.
En jetant un
coup d'œil sur l'histoire passée et récente de l'humanité,
notre regard ne se heurte qu'à un seul arbre ombragé, sorte
de point de repère, qui répand sur les hommes des
bénédictions de toutes sortes et au pied duquel ils
cherchent refuge : il s'agit des enseignements des
Prophètes.
Parmi ces
enseignements, il y a ceux que l'esprit est incapable de
créer s'il est livré à lui-même, et ceux auxquels la pensée
peut accéder par le truchement d'une longue expérience, et
après de dures et pénibles épreuves sans prétendre pour
autant en avoir une représentation claire et complète.
Je pense que si
les Prophètes n'avaient pas été envoyés par Dieu, pour nous
expliquer le secret de son Etre, nous aurions tenté par
nous-mêmes de dévoiler le mystère qui entoure l'existence.
Certains esprits doués auraient certainement affirmé que
notre univers ne peut naître du hasard, que les lois qui le
régissent ne sont pas le fruit du néant et qu'il existe bel
et bien une Force organisatrice qui n'est autre que Dieu le
Créateur. Ces vues justes auraient été, cependant, de
simples hypothèses engendrant constamment l'angoisse, et
susceptibles d'être invalidées par des thèses
contradictoires et des doctrines athéistes. Si alors elles
pouvaient avoir une chance de résister à ces attaques -en
l'absence de la révélation- elles ne seraient pour les
hommes que de simples suppositions où le vrai et le faux
seraient confondus.
De ce fait, la
mission des Prophètes fut une nécessité impérieuse qui
épargna à l'humanité beaucoup de souffrances et d'errances.
Les Messagers de Dieu se sont honorablement acquittés des
missions qui leur ont été confiées, en guidant les esprits
et en transmettant aux générations qui se sont succédées les
vérités de la foi en Dieu. Le chemin qui mène à cette foi
est d'accès facile, si bien qu'en la recevant des mains
saintes des Prophètes, nous ne sentons point les détours
contraignants qui pèsent sur l'esprit, lorsqu'il s'agit de
réflexions philosophiques et de spéculations métaphysiques.
La manière sûre
par laquelle nous avons cru en la foi en Dieu, par le biais
des Prophètes, est la même que celle par laquelle nous avons
cru en le Jugement Dernier, où les créatures seront
départagées, récompensées et châtiées. A défaut de
révélation divine, l'entendement humain aurait été
pratiquement incapable d'imaginer et de concevoir la fin
assignée à notre monde grouillant.
Il se pourrait
que l'homme nie que ce bas-monde est perdurable, qu'il est
le but ultime, et ce qui raffermit sa conviction ce sont les
châtiments prématurés dont il est témoin. Tant d'individus,
exemplaires par leurs comportements, sont morts avant
d'avoir été récompensés ! Tant de méchants ont trépassé sans
avoir été châtiés ! Tant de batailles ont été livrées entre
individus et groupes, et se sont soldées par la victoire des
méchants et la défaite des bons ! C'est ce qui fait que le
caractère apparemment aléatoire, lié à la modalité des
récompenses dans ce bas-monde, attise dans les cœurs
l'espérance en un jour où l'équité sera loi. L'homme qui est
amené, par nature, à atteindre certaines vérités, pressent
l'existence de l'éternité pour laquelle il se prépare de
différentes façons, durant sa vie éphémère. Il reste,
cependant, que c'est aux missions divines qu'est revenu le
mérite d'avoir levé toute ambiguïté sur ce qui a trait à la
Résurrection, et ce sont elles qui ont exposé aux hommes
tous les détails sur ce qui les attend dans l'Au-delà.
La mission des
Prophètes n'est pas seulement de guider les esprits vers la
vérité, mais surtout d'éduquer leurs Compagnons, ainsi que
la postérité, sur la base d'un ensemble de principes.
L'éducation
-comme le goût- n'a pas une origine livresque. Elle ne
consiste pas à emmagasiner le savoir dans les esprits. Elle
ne consiste pas, non plus, à guider la vie par des ordres
militaires. L'éducation religieuse, que les Prophètes ont
assumée et qui a marqué dès tournants décisifs dans
l'histoire de l'humanité, tend à introduire une mutation
psychologique profonde semblable à celle qui s'est produite,
lorsque Dieu insuffla l'âme à une créature d'argile.
Les peuples
corrompus de la période antéislamique, ces adorateurs des
plaisirs et adeptes des guerres intestines et perverses, ne
se sont mués si rapidement en musulmans probes et intègres,
prêts à sacrifier âmes et biens, que parce qu'une brise
douce exhalant la pureté prophétique était venue caresser
leurs âmes inconscientes et moribondes, et leur a redonné
vie et espoir.
De là, on peut
dire que la mission du Prophète est de prodiguer des
conseils aux individus et groupes, et de leur prêter
assistance en tous domaines. Il purge leurs cœurs par la
pureté qu'il y verse, et ranime par son intelligence les
âmes endormies, leur redonnant la vie et l'espoir de
conquérir de nouveaux adeptes. Dans ce domaine, la prophétie
n'a point d'égale et la philosophie -quelques surprenantes
et extraordinaires que soient ses trouvailles- ne peut faire
autant de progrès sans trébucher.
L’INFAILLIBILITÉ
Les Prophètes
siègent sur le trône de la perfection sans jamais en être
déchus, alors que le croyant, parmi le commun des mortels,
ne fait qu'escalader à tâtons les degrés de la pureté, dont
le plus haut qu'il peut atteindre se nomme "La bienfaisance"
qui est le fait "d'adorer Dieu comme si tu le voyais, et
même si tu ne le vois pas en réalité, Lui, Il te voit".
Or, ce zénith de
la piété, auquel le croyant ne peut atteindre qu'après
efforts et endurance, est le degré le plus bas dans
l'horizon de dévotion où vivent les Prophètes, degré duquel,
ils ne peuvent se rabattre. Au delà de ce rang, leurs âmes
aspirent à une communion avec Dieu dont la nature nous
échappe totalement. Les savants musulmans ont affirmé,
d'ailleurs, que l'infaillibilité est une qualité requise
chez les Messagers de Dieu, car il est inconcevable que l'un
d'entre eux puisse commettre le moindre péché, avant ou
après sa mission, ce qui porterait atteinte à leur dignité
et au respect qui leur est dû.
Or, il arrive
que Dieu leur fasse des reproches à propos de quelques
erreurs commises, qu'ils arrivent d'ailleurs vite à éviter.
Ces erreurs n'ont, cependant, jamais trait à la foi ou à la
morale, ce qui confirme leur caractère anodin. Il s'agit en
général de ces questions controversées qui côtoient toute
société, et qui déclenchent des débats passionnants dans les
sphères politiques.
Il se pourrait
que les Prophètes aient le sentiment de manquer à leurs
devoirs envers le Créateur, car leurs cœurs sont doués d'une
lumière, qui leur fait connaître Dieu dans sa Grandeur mieux
que quiconque. Ils conçoivent mieux la soumission et la
piété que les hommes doivent Lui manifester, et savent par
ailleurs que, quelque grande que soit la magnanimité des
cœurs, elle ne rendra pas à Dieu la reconnaissance qui lui
est due. Les fautes, pour lesquelles les Prophètes demandent
le rachat à Dieu, ne doivent pas être assimilées aux nôtres,
et notre rachat est bien loin de ressembler -dans sa nature-
au leur.
Est donc dans
l'erreur celui qui aurait compris autre chose que ce qui est
avancé ici. Le lecteur trouvera le détail de cette question
dans un autre endroit de ce livre.
LE MIRACLE
Les hommes ont
le droit de demander des preuves à quiconque prétend être
envoyé de Dieu. S'il leur apporte des arguments
convaincants, qui établissent la vérité de sa prophétie, il
est alors accepté et écouté.
Çalih a
publiquement affirmé sa prophétie aux Thamoudites, et les a
invités à emprunter la voie du Seigneur :
"Craignez Dieu
et obéissez-moi !
N'écoutez point
ceux qui se vouent aux excès !
Qui sèment
partout le désordre et ne font nul bien".
(les Poètes,
150, 151, 152).
Le peuple de
Thamoud s'est montré récalcitrant à l'égard de cet appel, et
a exigé de Çalih des preuves irréfutables qui établissent
réellement qu'il est Messager de Dieu :
"Tu ne peux être
qu'un ensorcelé, lui dirent-ils. D'ailleurs, tu n'es qu'un
mortel comme nous. Fais-nous donc voir quelque prodige, si
tu parles sérieusement
Voici une
chamelle, leur dit Çalih ; ce sera la preuve décisive. Elle
aura à boire à certains jours fixés, et vous boirez à
d'autres jours.
Ne lui causez
surtout aucun mal : sinon, par un jour terrifiant, vous
serez la proie du tourment".
(Les Poètes,
153, 154, 155, 156).
Somme toute, la
condition posée par le peuple de Thamoud était tout à fait
logique, si bien que la réponse fût prompte. En effet, la
chamelle offrait des qualités surnaturelles qui ont subjugué
la foule. Ce genre de démonstration par "induction" consiste
à expliquer aux gens que la personne qui leur parle, loin de
défendre des intérêts personnels, ne fait que transmettre le
message de Dieu, Maître de la Terre et du Ciel.
C'est par la
force absolue de Dieu qu'il est guidé, et non par les
capacités humaines très limitées.
Le Prophète
Moïse a également eu recours à ce type d'arguments,
lorsqu'il fut démenti par Pharaon. Celui-ci a sévèrement
rejeté l'idée que son interlocuteur, et hôte de son palais,
était Prophète et Messager de Dieu.
"Si jamais tu
prends un autre Dieu que moi, je te ferai jeter en prison.
Eh quoi ! fit
Moïse, même si je t'apportais une preuve concluante ?
Apporte-là, si
tu l'as vraiment, dit le despote.
Moïse jeta son
bâton qui soudain se mua en un vrai serpent.
Et exhiba sa
main qui apparut toute blanche aux assistants".
(Les Poètes, 29,
30, 31, 32, 33).
Jésus Christ a,
lui aussi, vu son appel rejeté par les fils d'Israël
lorsqu'il leur annonça qu'il était Prophète. Il lui a fallu,
pour les convaincre, user de preuves concluantes :
"Je viens à vous
porteur d'un signe de votre Seigneur. Je façonnerai sous vos
yeux de l'argile en forme d'oiseau, je soufflerai dessus, et
l'argile se fera oiseau, par la Volonté de Dieu. Je guérirai
l'aveugle-né, le lépreux et ferai ressusciter les morts de
par la Grâce de Dieu. Je vous dirai ce que vous mangez et ce
que vous tenez en réserve dans vos demeures. Ce sont là
autant de signes pour vous, si vous avez la foi". (La
Famille d’Imran, 49)
Il a été
constaté que la plupart des peuples -en dépit des preuves
qui leur ont été fournies- ne se sont pas pliés devant la
vérité, et n'ont jamais reconnu la mission dont les
Prophètes ont été chargés, non pas parce que ces preuves
n'étaient pas convaincantes, mais uniquement par opiniâtreté
et entêtement :
"Ils ont dit .
"Dieu a fait alliance avec nous, il nous fut enjoint de
n'accepter aucun Prophète, à moins qu'il ne fit sous nos
yeux une offrande, que viendrait dévorer le feu du ciel".
Dis leur : "Bien des Prophètes avant moi sont venus vous
apporter des preuves, y compris ce miracle dont vous parlez.
Pourquoi donc les avez-vous tués, si vous êtes de bonne foi
?" (La Famille d’Imran, 183).
La véracité
d'une prétention pourrait s'appuyer soit sur des preuves
relevant du miracle, donc extrinsèques à elle, soit sur des
preuves matérielles et palpables, donc intrinsèques à la
prétention elle-même.
Celui qui
prétend être ingénieur pourra avancer la chose suivante :
"Pour vous prouver que je suis ingénieur, je suis capable de
voler dans les airs ou marcher sur l'eau".
Si ses
allégations sont étayées par des actes, nous le croirons sur
le champ.
La même personne
pourra essayer de nous convaincre d'une autre manière : "Je
bâtirai, un immeuble gigantesque et bien charpenté" ou
encore : "Je joindrai deux côtes grâce à un pont solide".
S'il réalise son
projet, nous le prendrons alors pour un véritable ingénieur.
Ce second type
de démonstration est plus à même de convaincre nos esprits
que ne l'est le premier, qui repose sur le miraculeux et le
fantastique.
A ce propos Ibn
Rochd (Averroès) avance ceci : "Le Coran, considéré comme
preuve de la prophétie de Mohammad -que la Bénédiction et le
Salut de Dieu soient sur lui- n'est pas un miracle qui
s'appuie sur la métamorphose, telle que la baguette qui se
mue en serpent chez Moïse, ou encore sur la résurrection des
morts et la guérison des malades comme chez Jésus Christ. Ce
type de preuves, quoique réservé uniquement aux Prophètes,
et ayant un effet notoire sur les esprits, n'a aucune
relation avec la mission profonde d'un Prophète
(c'est-à-dire ce qu'il est chargé de transmettre comme
enseignements), le but de la révélation et les prescriptions
divines..
"Le Coran
présente, quant à lui, un cas particulier où la preuve
alléguée est en relation directe avec la mission même du
Prophète, et la vérité profonde de la religion, un peu comme
la thérapeutique par rapport à la médecine. Illustrons cela
par cet exemple : le cas de deux individus qui prétendent
être médecins. Le premier avance que c'est parce qu'il peut
planer dans le ciel qu'il est médecin. Le second explique
qu'il est capable de guérir bien des maladies. Si ce cas se
présente, on peut affirmer que la justification de la
première personne est à peine admissible alors que celle de
l'autre est un argument sans réplique". (Résumé succinct de
l'idée d'Averroès).
Nous pouvons
donc conclure que les miracles peuvent être soit inhérents à
la nature de la mission prophétique, soit extérieurs à elle.
Le décalage entre ces deux types de miracles varie en
fonction des milieux qui les ont vu naître.
Au début, la
religion s'appuyait uniquement sur les miracles concrets et
perceptibles, reléguant au second plan tout ce qui touche au
génie de la mission et au contenu du message divin. Avec
l'avènement de l'islam, il y eut un revirement de la
situation : le miracle rationnel fut réhabilité et les
valeurs morales du message divin furent mises en relief.
L'islam a, en plus, fait remarquer que les miracles
surnaturels qui sont venus en aide aux religions précédentes
n'ont pas empêché le rejet de ces dernières. Pourquoi donc
solliciter les gens à y croire ?
"Si nous
n'envoyons plus guère de miracles, c'est qu'ils furent
traités de mensonges. Les Thamoudites avaient reçu de nous
un prodige manifeste en la chamelle qui leur fut envoyée :
ils la tuèrent injustement. Ce sont des menaces terrifiantes
que les prodiges". (Le Voyage Nocturne, 59).
C'est ce qui
explique que l'appui apporté aux Prophètes a pris une autre
direction.
LE MIRACLE ENTRE LE DERNIER MESSAGE DIVIN ET LES PREMIERES
MISSIONS PROPHÉTIQUES
La tradition
divine a toujours voulu que les Prophètes soient parés d'une
auréole de miracles, servant à établir la vérité de leur
prophétie. Il s'agit-là d'événements relevant du surnaturel
qui attirent l'attention et charment les esprits. C'est
aussi une base de départ qui permet la certitude et la
tranquillité de l’âme, que requiert la mission prophétique,
et dont ont besoin également les croyants.
Cependant un
abîme de différence s'est toujours creusé entre le contenu
de ces miracles et celui des messages divins, que la
religion véhicule.
Ainsi, la
thérapeutique surnaturelle de Jésus Christ ne reflète en
rien la morale évangélique. De même que la Thorah est loin
d'être un discours sur le pouvoir miraculeux de la baguette
de Moïse.
Cependant, Dieu
a voulu déroger à sa tradition avec le Prophète Mohammed,
puisque le contenu du message du Sceau des Prophètes, et le
miracle qui l'accompagne, sont liés d'une manière
consubstantielle, c'est-à-dire que le miracle fait corps
avec l'esprit et la substantifique moelle de la mission. Le
message divin et les arguments qui en prouvent le bien-fondé
ne font qu'un.
Le Coran est à
la fois l'appel au culte de Dieu et l'argument qui justifie
le caractère divin de cet appel. Les principes fondamentaux
du message divin, ainsi que la manière dont ils sont
exposés, sont en eux-mêmes la preuve tangible et l'autorité
sur laquelle s'appuie la mission pour démontrer que le
Messager apporte des paroles de révélation divine.
Les versets du
Saint Coran, avec ce qu'ils renferment de modèles de justice
morale, sociale et politique, ainsi que son contenu éducatif
qui enseigne la droiture et la probité, sont à la fois le
message de l'islam et son miracle.
Ce qui nous
subjugue à travers ces versets divins, c'est que l'instinct
humain y trouve l'unique élément vital où son cœur, enfin
libéré, dispose d'un espace libre dans lequel il peut battre
dans la plénitude de ses forces.
C'est pour ces
raisons que le Coran peut être considéré comme un livre
humanitaire par excellence. Le Prophète -que la Bénédiction
et le Salut de Dieu soient sur Lui-, par la médiation duquel
le Coran a été révélé, était un être humain parfait, et le
message islamique, dans son objet et ses visées, était
purement humanitaire.
Pour atteindre
son objectif, le Coran s'est directement et sans détours
adressé à l'esprit humain pour le libérer, le réhabiliter et
lui faire retrouver sa dignité. Le Coran précise que seules
les âmes douées d'intelligence sont aptes à comprendre et
pénétrer le sens de ses versets :
"Celui qui croit
que ce Message qui t'est révélé par Ton Maître est la vérité
même, serait-il l'égal de celui qui s'y montre aveugle ?
Seuls se recueilleront ceux qui sont doués d'entendement".
(Le Tonnerre, 19).
Seuls ces
esprits profonds sont à même de comprendre le savoir qui
découle de ce code de l'humanité et de l'existence, en
pénétrant du même coup les secrets de l'univers.
"Dans la
structure des cieux et de la terre, dans l'alternance du
jour et de la nuit, il est en vérité des Signes pour des
esprits avertis". (La Famille d'Imran, 190).
Disons donc que
le miracle du Prophète de l'islam est d'ordre rationnel et,
tant que l'esprit humain exploitera la raison comme outil
d'investigation, ce miracle gardera la valeur qui lui est
sienne.
Il n'y a nul
doute que ce miracle gardera son poids et sa valeur, tant
que la raison demeure l'élément le plus cher dans la vie et
tant que le bon sens guide le jugement humain dans
l'appréciation des faits, et dans la conduite de l'humanité
entière vers l'horizon de la préexcellence et de la
perfection.
EXIGENCES BLASPHÉMATOIRES
Or, cette
logique n'a pas été agréée, comme il se doit, par les Arabes
de la presqu'île qui, sous l'emprise des méfaits de
l'imagination et de l'illusion, constituaient une survivance
des temps passés. Leur logique primitive ne pouvait pas
dépasser le stade de la passion pour les phénomènes
surnaturels, tels qu'une terre qui se mue en mer, ou un
terrain fertile qui se transforme subitement en désert
aride.
Il n'y avait que
ce type d'événement qui pouvait les convaincre à adhérer à
l’islam. Or, il faut bien le souligner, les miracles qu'ils
ont exigés ne défient pas le pouvoir créateur de Dieu, mais
la sagesse divine a voulu voir renchérir le prix de la
raison humaine, que ces hommes des premiers temps de l'islam
ne faisaient que minimiser.
Il y a lieu de
dire qu'il aurait été inconcevable pour la Puissance
suprême, d'octroyer à l'homme un esprit créateur de miracles
-pour peu qu'on s'y occupe-, pour le voir ensuite se perdre
dans des futilités, et pour être obligée de satisfaire les
désirs pervers de ces hommes de la "Jahilya", insensés et
extravagants, qui se refusaient à se plier à leur raison et
qui n'hésitaient point à exiger des miracles pour croire
vraie la mission de leur Prophète.
Il était donc
nécessaire d'amener ces gens-là, malgré eux, à acquérir le
respect pour la raison humaine, dans leur propre intérêt et
celui des générations qui allaient suivre. C'est à cette fin
que le Coran, Livre Saint, a été instauré comme le grand
miracle du Prophète, que le Bénédiction et le Salut de Dieu
soient sur lui.
Livre de défi
par excellence, le Coran inspirait au Prophète la conduite
qu'il devait adopter durant toute sa vie, aussi bien avec
ses partisans qu'avec ses détracteurs. Après la mission, le
Coran est demeuré le livre de l'islam qui renferme à la fois
le contenu religieux et la preuve qui en assure
l'authenticité.
Néanmoins, la
sagesse divine a voulu mettre aux mains du Prophète Mohammad
-que la Bénédiction et le Salut de Dieu soient sur lui-
quelques miracles semblables à ceux que les Premiers
Prophètes ont utilisés pour convaincre. Ces miracles sont
d'une nature particulière, que nous ne pouvons pas perdre de
vue, et dont nous ne devons pas ignorer la portée et les
limites. Ils jouent un rôle secondaire dans
l'authentification de la prophétie. La façon, dont ces
moyens de conviction ont été mis par l'Etre Suprême à la
disposition du Prophète, nous éclaire sur leur caractère
accessoire, et qui ne peut en aucun cas déprécier la valeur
du miracle coranique qui est exclusivement accordé au
Prophète- que la Bénédiction et la Paix de Dieu soient sur
lui.
En effet, les
croyants dont les cœurs sont réellement nourris de foi ont
été témoins de plusieurs miracles. Ils ont été convaincus de
la prophétie du Messager -que la Bénédiction et la Paix de
Dieu soient sur lui- parce qu'ils ont su mettre à profit
leur intelligence, et ont porté à leur propre personne tout
le respect qu'elle méritait.
D'autres
événements miraculeux se sont produits devant les impies,
sous des aspects étonnants. Ces infidèles exigeaient un
miracle bien précis, mais ils en voyaient un autre
différent. Des fois, leurs demandes n'étaient satisfaites
que plusieurs années après leur formulation, sous des formes
qui ne traduisaient pas réellement une réponse divine à leur
requête.
Des fois encore,
leurs demandes étaient tout simplement rejetées. Comment
donc interpréter ces faits et comment en pénétrer le secret
?
L'ESSENCE DU MIRACLE MATÉRIEL
Dieu a
clairement tracé dans son Livre sacré tous les chemins qui
mènent à la foi, et a fort bien détaillé les fondements de
la prophétie. Cependant, les gens ont rejeté ce genre de
preuves et ont persévéré dans leurs errements :
"Que d'exemples
de toutes sortes avons-nous cités dans ce Livre ! la plupart
des hommes, cependant, persévèrent dans l'incroyance" (Le
Voyage Nocturne, 89).
Ce rejet traduit
une absence de foi chez les infidèles. Qu'ont-ils alors
demandé ? Ils ont exigé des choses précises qui, selon eux,
sont les seules à pouvoir les convaincre et les guider vers
la foi en Dieu et en les dogmes religieux.
"Nous ne
pouvons, s'écrient-ils te prendre au sérieux, à moins que tu
ne fasses jaillir, sous nos pieds, une source abondante!
"Ou que,
possédant toi-même un jardin de palmiers et de vignes, tu
n'y fasses couler force ruisseaux.
"Ou que,
réalisant tes menaces, tu ne fasses crouler le ciel en
fragments sur nos têtes, ou fasses surgir soudain, face à
nous, Dieu et Ses Anges". (Le Voyage Nocturne, 90-91-92).
Laissons un peu
de côté ces exigences absurdes, dictées par l'entêtement et
la sottise, et essayons de réfléchir à ces interrogations.
N'est-il pas
insensé de croire que, pour faire jaillir de l'eau du fond
de la terre, il faut qu'il y ait intervention d'une force
céleste ? Où réside donc la part de l'effort humain ? De
quoi l'homme serait-il alors capable ?
Durant son
enfance, l'homme a besoin de l'aide de ses parents pour
vivre et pour accomplir telle ou telle tâche. Passée cette
phase de dépendance, n'est-il pas normal que le jeune prenne
en main sa propre destinée ? N'est-il pas du devoir des
parents de laisser leurs enfants -devenus adultes- affronter
l'avenir et assumer leurs responsabilités ?
C'est le même
traitement que Dieu a réservé à ses créatures. A l'aube de
l'humanité, Dieu pour convaincre les hommes, a répandu sur
eux des miracles de toutes sortes, mais dès que les fruits
de leurs esprits sont parvenus à maturité, Il les abandonna
et les confia à leur propre clairvoyance et à leurs
capacités intellectuelles, espérant ainsi que Ses serviteurs
sauront discerner le vrai du faux. Par là même, Le Seigneur
les a rendus responsables tant de leur réussite que de leur
échec.
Le jour où
l'humanité aura appris à exploiter la raison et
l'intelligence pour refuser ou accepter une religion, elle
apprendra du même coup, et spontanément, comment faire
jaillir l'eau de la terre ou transformer les sables du
désert en jardins luxuriants.
Pour croire en
le message du Prophète -que la Bénédiction et la Paix de
Dieu soient sur lui- les gens, qui vivaient autour de lui,
lui avaient demandé de réaliser une ascension miraculeuse
dans le ciel, mais Dieu a voulu rendre visibles les
stigmates de leurs vices, qui sont à l'origine de leurs
ignobles demandes, afin de les amener à recouvrer la foi en
leur humanité déchue, et en leur raison en déroute. C'est
donc pour faire prévaloir les facultés humaines sur le
miracle que le Seigneur a invité Ses serviteurs à suivre la
voie du Messager, envoyé au monde pour le faire sortir de
ses ténèbres.
"Dis leur :
"Béni soit le nom de mon Seigneur ! Mais que suis-je en
vérité, sinon un simple mortel envoyé par Dieu à mes
semblables" (Le Voyage nocturne, 93).
Le Prophète -que
la Bénédiction et le Salut de Dieu soient sur lui- réalisera
bien plus tard cette élévation vers le ciel tant exigée par
les infidèles et ce, la nuit de son ascension. Cependant, la
circonstance dans laquelle ce miracle s'est produit montre
bien que la sagesse divine n'a nullement pris en
considération la demande des mécréants, et ne lui a donné
aucune importance. L'ascension ne fut qu'une manière
d'honorer et d'auréoler de privilèges le Saint Prophète.
Ce miracle
n'était pas venu assouvir une curiosité humaine et n'a point
eu l'impact qu'a souvent un défi : provoquer la foi ou
l'hérésie. La foi en le Prophète -que la Bénédiction et la
Paix de Dieu soient sur lui- ou le refus de son Message sont
demeurés strictement tributaires de ce miracle rationnel,
unique en son genre qu'est le Saint Coran
"La vérité est
là, émanant de votre Seigneur. Y croira qui voudra et la
reniera qui voudra" (La Caverne, 29).
Les mécréants
ont fait, un jour, le serment de se soumettre à Dieu s'il
leur arrive d'assister à un miracle. Ils ressemblaient en
cela à un adolescent capricieux qui exigerait de ses parents
une éducation laxiste, et qui irait prétendre par la suite
qu'il est adulte et responsable.
Dieu, par sa
sagesse infinie, les a plutôt abandonnés à leurs âmes et à
leurs consciences dans l'espoir qu'après mûre réflexion, ils
reviennent à lui. Les prodiges apparents de la terre et des
cieux sont à la portée des cœurs et des esprits qui peuvent
être guidés par la lumière qu'ils renferment
"Ils ont juré
sur le nom de Dieu et de toute la force de leurs serments
que si jamais ils contemplaient un prodige, ils
s'empresseraient d'y croire. Dis leur : "Les miracles
relèvent de Dieu ! Il en dispose à son gré". Mais est-il
bien sûr qu'ils auront la foi, si jamais il s'en produit
sous leurs yeux ?
Car de même
qu'ils n'ont pas cru tout au début, de même, à l'apparition
du prodige, nous pourrions encore en détourner leurs yeux et
leurs cœurs et les rendre encore plus endurcis dans
l'impiété et plus aveugles qu'auparavant" (Les Troupeaux,
109-110).
Les idées
exposées dans ce verset sont davantage explicitées par ces
propos divins qui décrivent l'attitude des impies, leur
entêtement et leur sottise :
"Ils n'y
croiront pas. L'exemple des anciens n'aura été pour eux
d'aucun profit.
Dussions-Nous
ouvrir devant eux une porte du ciel et qu'ils pussent y
monter à tout moment.
Nous avons
pourvu le ciel de constellations zodiacales et l'avons paré
pour ceux qui s'arrêtent à le contempler" (AI Hijr, 15-16).
A quoi peuvent
donc servir les prodiges à de tels mécréants qui ont connu
l'égarement à cause de leurs esprits bornés, de leur manque
d'ouverture et de clairvoyance ? Le Coran, avec ses versets
tous d'égale importance et prodige incomparable, aurait
suffit à les convaincre si leurs cœurs avaient été moins
hermétiques.
"Ne sauront-ils
pas méditer le Coran ? Leur cœur serait-il comme verrouillé
?
Ceux qui ont
tourné le dos après que la lumière leur fut apparue, c'est
Satan qui les a subornés et abusés par ses promesses.
C'est qu'en
effet ces égarés ont dit à ceux qui ont en aversion les
révélations de Dieu : "Nous nous rangerons volontiers à vos
côtés dans certains cas". Mais Dieu connaît si bien leurs
conciliabules". (Mohammad, 24, 25, 26).
LE PROPHÈTE-HOMME
Si le Coran
trace pour l'humanité les lignes de conduite à adopter, pour
atteindre aux plus hauts degrés de perfection, on peut dire
que Mohammed -que la Bénédiction et la Paix de Dieu soient
sur lui- incarne cette perfection de par sa conduite et son
génie. Il a rehaussé la valeur de l'esprit en affirmant que
la piété ne peut se mêler qu'au fond des cœurs purs, et
qu'elle ne naît pas forcément des pratiques religieuses. Le
Prophète a, par ailleurs, établi la valeur de la raison, qui
est pour lui l'assise sur laquelle repose sa religion. La
raison est, en effet, la clé de voûte qui a permis aux
Musulmans de bâtir tout un édifice d'arts et de cultures,
une civilisation qui a permis au patrimoine intellectuel
universel de continuer et de donner naissance à la
civilisation d'aujourd'hui.
En outre, le
Prophète -que la Bénédiction et le Salut de Dieu soient sur
lui- fut le premier à avoir affranchi l'homme des jougs qui
pèsent sur lui, et à avoir instauré la liberté de la raison
et de l'esprit. Il a mis tout l'univers au service de nos
facultés physiques et intellectuelles, et rendu l'homme
maître de lui-même et de tous les éléments constitutifs du
cosmos. En un mot, il a fait de l'homme l'adorateur de Dieu
seulement, et a rendu insignifiant le pouvoir des chefs
politiques et religieux.
Le Prophète de
l'islam est d'origine arabe, mais sa religion ne connaît
point de nationalité. Religion sans frontières, elle est
celle de tout être humain. Quelle nationalité peut-on donner
à une religion qui s'adresse à la raison où qu'elle se
trouve, et qui fonde ses preuves sur l'analyse profonde des
phénomènes de l'univers et sur la contemplation de la terre
et du ciel ?
ENTRE LA PROPHÉTIE ET LE GÉNIE
L'histoire de
l'humanité foisonne de personnalités douées de génie et de
capacités supérieures. Leurs noms resteront gravés dans la
mémoire de l'histoire, et leurs œuvres grandioses imprimées
sur les pages de l'éternel. Pour servir de leçon, leurs
exploits et leurs gloires ont été racontés aux générations
successives.
La grandeur et
le génie sont des qualités que se sont partagés des milliers
d'hommes ayant vécu à des époques différentes, et appartenu
à des horizons divers. Ce privilège moral les a poussés à
toucher la cime des honneurs et de la gloire. Cependant,
leurs apports sont très différents d'une personne à une
autre.
Jetons un coup
d'œil sur les planètes et les étoiles qui forment le
firmament. N'est-il pas vrai que certaines d'entre elles
sont mille fois plus grandes que les autres ? En dépit de
cette différence de volume, les astres de petite taille ne
sont pas pour autant faits de petits cailloux et de petites
pierres.
Si nous
examinons minutieusement les biographies des grands de ce
monde, parmi lesquels nous avons les Prophètes transmetteurs
des messages divins, les philosophes détenteurs du savoir,
les inventeurs dans le domaine de la cosmologie, les chefs
qui, à travers l'histoire, ont guidé les peuples, les
écrivains, etc., nous constatons que la comparaison peut
aboutir au constat de l'égalité ou au contraire de la
prééminence. Cependant, cette disparité ne peut rabattre ces
grandes personnalités de l'histoire au rang du bas peuple.
LES GÉNIES
La grandeur et
le génie sont souvent le prolongement d'un don ou d'une
qualité naturelle dont bénéficie la personne. Il arrive le
plus souvent que ce prolongement du don se fasse au
détriment d'autres qualités humaines : il peut soit les
frapper d'impuissance, soit les rabaisser au degré le plus
bas qu'on retrouve chez le commun des mortels. La
dégénérescence d'autres aspects de la personnalité peut
aller jusqu'aux extrêmes limites de la bassesse et de
l'ignominie. Ceci nous permet de dire que la biographie de
chaque nom célèbre, à part bien sûr les Prophètes, n'est
jamais d'une blancheur immaculée et qu'elle demeure entachée
par quelques défauts.
Napoléon
Bonaparte était un chef remarquable et un vaillant guerrier
sans égal, mais sa conduite était douteuse. C'était aussi un
vilain traître.
Jean Jacques
Rousseau était un homme de lettres engagé et l'un des grands
de ce monde à avoir élaboré des lois sur la liberté, mais il
était d'un comportement suspect, ondoyant et divers qui
n'attirait point le respect des gens.
Bismark, à son
tour, brillait dans le domaine politique mais aussi, et
malheureusement, dans celui du mensonge et de la
falsification.
Nombreux sont
les philosophes, les poètes, les penseurs et les inventeurs
de grand talent, qui vous étonnent par leur comportement
malséant et indigne du mérite et de l'éclat dont ils
jouissent. Pourtant, ils demeurent pour nous des génies, car
leurs productions scientifiques et littéraires, ainsi que le
patrimoine unique et extraordinaire qu'ils nous lèguent, les
mettent au-dessus de la plèbe.
Ceux qui, parmi
eux dont la conduite est exempte de ces défauts, offrent un
comportement paradoxal dans la mesure où ils excellent dans
certains domaines et demeurent très ordinaires dans
d'autres.
Abou Al Alaû Al
Maâri, ce talentueux poète aurait pu être l'apôtre d'une
philosophie autre que celle qui ne voit dans l'existence que
noirceur et pessimisme, s'il avait joui d'une bonne santé et
d'une acuité visuelle normale.
Parmi les grands
noms de l'histoire, il y a aussi les savants qui souffrent
de complexes psychologiques, de névroses ou d'homosexualité.
Parfois, c'est un sens aigu de l'égoïsme qu'on remarque chez
eux. On rencontre de même ceux qui sont atteints de la folie
des grandeurs, les narcisses égocentriques qui vénèrent leur
"moi", et ceux enfin sans raison précise, exècrent un objet
ou adorent follement un autre.
Ces biographies
portent donc l'étiquette de la contradiction, dont une
partie se dérobe aux regards, parce que lovée au fond du
moi, et l’autre mise à nu et rendue publique.
La civilisation
européenne considère comme familière et naturelle cette
contradiction, à tel point qu'elle tolère chez les grands et
les penseurs le dédoublement de la personnalité.
L'essentiel, pour elle, est que l'humanité profite de leurs
dons, tout en passant sous silence leurs vices et leurs
défauts.
Les Anglais
savent pertinemment que Nelson portait préjudice à l'honneur
de ses semblables, mais n'ont pour lui aucune rancune. Ils
savent, de même, que Churchill n'a pas tenu certains
engagements envers lui-même et vis-à-vis de la société, mais
ils ferment leurs yeux sur ses actes aberrants.
Bref ! Quittons
ce groupe limité de savants, et levons notre regard plus
haut. Oui ! Remontons vers un degré plus noble et plus
saint, et parlons d'un autre genre de personnes : les
Prophètes.
LES PROPHÈTES
Si -comme nous
venons de l’écrire le génie est le prolongement d'un ou
plusieurs dons chez la personne, nous pouvons dire que chez
les Prophètes, il s'agit du prolongement de toutes les
qualités humaines. On peut parler chez ces derniers d'une
perfection morale, affective et physique, et d'une
infaillibilité à l'égard des vices et des péchés. Leur cœur
est profondément ancré dans la vertu et enraciné dans la
noblesse.
"Ce sont eux les
hommes-lumières. On dirait qu'ils sont constitués d'étoiles
vivantes.
Leurs mœurs sont
faites de clarté. De quelque endroit qu'on les considère,
ils étincellent". (poésie).
Ceux que Dieu a
élus comme Prophètes sont minutieusement sélectionnés.
Cœurs saints,
unis à l'Être Suprême par le lien de la pureté. Esprits mûrs
auxquels les vérités des choses n'échappent pas, et qui ne
souffrent point comme les philosophes d'errance et de cécité
intellectuelle. Corps immunisés contre toute maladie maligne
qui inspire la répulsion ou défigure la beauté physique.
Leurs relations
avec les gens sont fondées sur la bonne foi, la générosité
et le bien.
Il est
inconcevable qu'un Envoyé de Dieu puisse déroger aux règles
de la bienséance et de la magnanimité, à plus forte raison
commettre un acte abominable qui porte atteinte à l'honneur
ou qui affecte l'infaillibilité.
De plus, les
Prophètes sont les dépositaires de la révélation divine et
les responsables du salut moral des êtres humains.
Leur parole est
sagesse. Leur vie un exemple à suivre. Leur apparence et
leur fond ne souffrent d'aucune disparité :
"Ils ne
disposent pas de traits de caractère latents qui s'opposent
à d'autres visibles et patents".
Leur mode de vie
particulier, ainsi que leurs moyens de prêche public sont
dominés par la chasteté et la droiture. Ils ont vécu parmi
les hommes pendant une période limitée par le Seigneur, et
n'ont répandu que du bien dans leurs sociétés, puis Dieu les
a rappelés à Lui. Ils nous ont légué le plus sacré des
héritages et la plus sainte des successions.
Ne sont-elles
pas les meilleures créatures de Dieu ?
"Dieu sait mieux
que quiconque à qui confier Ses Messages". (Les Troupeaux,
124).
"Dieu se choisit
des Messagers tant parmi les Anges que parmi les hommes.
Dieu sait si bien tout entendre, tout voir.
Il connaît tout
de leur destin passé et à venir. C'est à Lui que tout doit
aboutir". (Le Pèlerinage, 75-76).
Les rangs des
Prophètes sont classés selon une certaine hiérarchie. Le
Prophète que Dieu a envoyé aux habitants d'un village ne
peut avoir le rang de celui envoyé aux cent mille habitants
ou plus d'une grande ville, et les deux n'égaleront pas
celui envoyé à toute une nation. De même, le messager,
porteur de son propre Livre Sacré, dépasse en valeur celui
qui demeure soumis à l'application d'une loi antérieure.
Notre ascension
continue à travers les degrés de la grandeur. Nous
continuons à déployer nos ailes pour remonter vers les
cimes. Nous persistons dans notre élévation à travers les
degrés de la perfection humaine. Nous traversons des espaces
immenses, jusqu'à ce que nous atteignions un degré qui se
dérobe totalement aux yeux des génies, quelles que puissent
être leurs ambitions. Ce rang est celui que se disputent et
convoitent en vain les Prophètes. Et nous voilà enfin, au
terme de notre voyage, face au Porteur du Message Sublime
envoyé à l'humanité entière : Mohammed, carrefour des vertus
et exemple des valeurs suprêmes que l'imagination des hommes
a conçues, et que Dieu a modelées pour en faire un être
humain marchant en toute tranquillité sur terre.
C'est là le
profil de Mohammed Ibn Abdallah - que la Bénédiction et le
Salut de Dieu soient sur lui - et c'est là son rang parmi
les génies de la terre et les dépositaires de l'inspiration
divine.
Horizon de
gloire qui se situe au-dessus de tous les horizons, et
duquel émanent des lumières ondoyantes pleines de tendresse,
de compassion, de bonté, d'intelligence, de vertu et de
sagesse.
Comment les
hommes pourront-iIs l'égaler ? Comment pourront-ils le
connaître ? Seuls les grands comme lui sont à même de percer
son secret, mais Mohammed n'a pas son double parmi le commun
des mortels.
"Comment les
Prophètes pourraient-ils prétendre atteindre ton rang, toi,
ciel avec lequel aucun ciel ne peut rivaliser ?
Ils ne t'égalent
pas dans ta grandeur et les lueurs qu t'éclairent ne les ont
jamais éclairés". (poésie).
EN GUISE DE RAPPEL
Les premiers
envoyés de Dieu étaient des flambeaux, qui éclairaient les
recoins obscurs de cette nuit qui a étalé ses grandes ailes
sur l'humanité.
Dès que
l'horizon a vu poindre la lumière du message envoyé à
l'humanité entière, le monde a connu une mutation décisive.
"N'évoquez point
les livres sacrés parus avant lui (Le Prophète Mohammed). Le
jour s'est levé et la chandelle s'est éteinte". (poésie).
Ce serait une
gageure que de vouloir cerner la personnalité du Prophète
dans sa totalité. Des pages et des pages ne suffisent pas,
mais contentons-nous de dire que Dieu a réuni en notre
Prophète Mohammed, que la Bénédiction et le Salut de Dieu
soient sur lui, les signes de l'intégrité et de noblesse que
les autres Prophètes se sont partagés.
Dieu a cité
dix-huit Prophètes, ceux appelés "les hommes de bonne
volonté" et ceux porteurs des premiers messages, puis il a
ajouté à leurs propos :
"Voilà ceux à
qui Nous donnâmes l’Écriture, la sagesse et la prophétie. Si
cette génération refuse d'y croire, Nous saurons bien en
confier le dépôt à d'autres qui s'y attacheront fermement.
"Voilà ceux que
Dieu a guidés dans Sa Voie. Applique-toi à suivre leur
trace. Dis à ceux que tu prêches : "Je ne m'attends à nul
salaire pour ce message : ce n'est qu'un rappel édifiant
pour l'Univers" (Les Troupeaux, 89-90).
Cet appel de
Dieu était constamment présent dans l'esprit du Prophète,
que la Bénédiction et le Salut de Dieu soient sur lui, alors
qu'il accomplissait son devoir envers l'humanité. Nous
citons ci-après un exemple qui confirme que le Prophète a
toujours suivi la voie de ses prédécesseurs, comme Dieu le
lui a indiqué. Il arriva que l'un des hypocrites, en
partageant le butin de guerre, proféra des propos
outrageants à l'égard de Dieu. Le Prophète qui l'entendit
contint son indignation et se contenta de dire : "Que Dieu
ait Moïse en Sa Sainte Miséricorde, lui qui a fait preuve de
patience dans des situations plus graves que celle-ci".
Les exégètes du
Coran expliquent ce geste clément et ces paroles du Prophète
par sa supériorité morale sur ses prédécesseurs.
Les signes de
perfection que les Prophètes se sont partagés entre eux, se
sont tous réunis en la personne généreuse du Prophète
Mohammed (sur lui la Bénédiction de Dieu).
Ainsi, Noé
faisait preuve de patience et de résignation dans
l'accomplissement de son devoir, Ibrahim symbolisait la
générosité et le sacrifice, David faisait preuve de
reconnaissance à l'égard des biens octroyés par Dieu ;
Zakaria, Yahia et Jésus étaient le symbole de l'abstinence,
du renoncement et de la continence ; Joseph était
reconnaissant à Dieu dans le bonheur et l'adversité ; Jonas
était l'image de l'imploration et Haroun de la compassion et
de la tendresse.
Il suffit, après
cette énumération, de jeter un coup d'œil sur la vie de
Mohammed pour s'apercevoir qu'elle est un océan dans lequel
se déversent tant de fleuves.
"Tout ce que
nous pouvons dire de lui est qu'il est un être humain et
qu'il est la meilleure de toutes les créatures d'Allah".
(poésie).
SYMBOLE DE L'HÉROÏSME
Parmi les
individus doués, il y en a ceux qui aiment se retrancher
loin des foules. Ils préfèrent ainsi leur tour d'ivoire à
tout ce que peut leur causer la fréquentation des hommes
comme dégoût, indignation et exaspération.
Il y en a,
cependant, ceux qui s'adonnent corps et âme à l'édification
de la société. Ne manquant ni d'intelligence, ni de
clairvoyance et disposant de tous les atouts pour réussir,
ils sont merveilleusement capables de diagnostiquer les maux
des peuples et de leur trouver les thérapies appropriées.
Malgré tous ces dons incontestables, leur cœur reste
cependant peu ouvert. Ces gens aux grandes qualités n'aiment
à fréquenter que ceux qui - dont le nombre est très réduit -
partagent avec eux les mêmes objectifs et les mêmes traits
de caractère.
Il y a, enfin,
ceux dont la personnalité est très forte et dont le cœur est
très généreux. Charismatiques de nature, ils attirent et
fascinent les foules. Il ne s'agit évidemment pas de ces
gens qui dominent tyranniquement les masses, les
endoctrinent et les manipulent, mais de ces illustres
personnalités qui, par la force de leur caractère, inspirent
le respect et aux thèses de qui, de grands hommes adhèrent
de leur propre gré et sans la moindre contrainte.
Rares ont été
les chefs d'États de cette trempe qui ont laissé des traces
indélébiles dans la mémoire de leur peuple.
Dans leur longue
histoire, les humains n'ont jamais connu, ne connaîtront
peut-être jamais, un homme qui a été si vénéré par les
grands héros, si adulé par les illustres notables et si aimé
par les foules comme ce fut le cas du Prophète Mohammed -que
la Bénédiction et le Salut de Dieu soient sur lui-.
Les soldats
intrépides et audacieux admiraient son courage dans les
batailles décisives. Les fins politiciens aimaient en lui sa
souplesse et son ouverture d'esprit. Les âmes généreuses
voyaient en lui l'homme qui venait en aide aux pauvres
nécessiteux, la personne capable de tout donner au risque de
se voir dépossédée de tout bien.
Exemplaire dans
ses prières et son jeûne, chaste dans son comportement et sa
conduite, éloquent et beau parleur, esprit convaincant, il
était admiré des fidèles, des mystiques et des rhéteurs.
Même ceux qui adoraient les forces inanimées de la matière
voyaient en lui un grand combattant capable de vaincre les
plus célèbres héros.
Les illustres
notables ne pouvaient s'enorgueillir d'une qualité qu'ils
possédaient sans constater que chez le Prophète, elle était
d'un poids plus lourd et d'une teneur plus intense. Aussi
a-t-on l'impression, en observant le Prophète, d'être en
présence d'une haute montagne, à la crête inaccessible.
Malgré cette auguste majesté et cet admirable privilège,
Mohammed -que la Bénédiction et le Salut de Dieu soient sur
lui- cet homme honnête, loyal et probe, était, grâce à son
merveilleux caractère, facile d'accès à tout individu. Le
pauvre comme la veuve pouvaient l'approcher sans protocole.
D'ailleurs, chaque individu pensait qu'il était le plus
aimé, le plus rapproché du Prophète, tellement il était -que
la Bénédiction et le Salut de Dieu soient sur lui- bon, doux
et généreux avec tous les gens. Il était semblable au soleil
qui permet à chaque être humain de se réchauffer à sa guise
de ses doux rayons, sans qu'il ait l'impression de partager
ce bienfait avec autrui. C'était aussi cette impression que
le Prophète donnait à ses Compagnons qui trouvaient en lui
paix, sécurité et protection.
CE QUE "GÉNIE" SIGNIFIE
On dit que la
prophétie est un don du ciel. Elle ne s'acquiert point.
C'est un privilège accordé par l'Être Suprême et non pas une
fortune qu'on recherche et pour laquelle on œuvre. Cela est
évident.
"Serait-ce à eux
de dispenser les grâces de ton Seigneur ?" (Les Ornements,
32).
"Auraient-ils
par-devers eux les trésors de ton Maître ou seraient-ils les
potentats de l'Univers ?
Useraient-ils de
quelque tremplin pour accéder aux mystères du ciel ? Que
celui d'entre eux qui en aurait percé le mystère en produise
une preuve certaine". (Le Mont, 37-38).
Ce bien n'est
cependant pas le fruit du hasard ou d'une quelconque
collusion entre forces obscures.
Un poète de la
période antéislamique a essayé, à force de discourir sur la
théologie, d'être prophète, mais il a essuyé un cuisant
échec. C'est le cas aussi d'un grand nombre de prélats et de
moines, dévoués et passionnés pour la cause de Dieu, qui
briguaient cet honneur sans aucun résultat.
Dieu le
Tout-Puissant garde à lui seul le secret du choix de ses
Prophètes.
Celui qui
prétend que l'infaillibilité repousse le malheur et la
souffrance ou que les Messagers ne sont que des Porteurs de
la révélation divine, chargés de sa transmission ni plus, ni
moins, comme s'ils étaient de simples haut-parleurs faisant
parvenir la voix des anges aux hommes, celui qui prétend que
les Prophètes sont dépourvus de talents, de privilèges
considérables et d'aptitudes particulières, celui-là ne
comprend rien à leur mission et ignore tout des qualités
dont Dieu les a dotés, lesquelles qualités les placent bien
loin au-dessus des grands philosophes de cette planète.
Les auteurs qui
ont rédigé la biographie du Prophète, que la Bénédiction et
le Salut de Dieu soient sur lui, l'ont qualifié de "génial",
mais c'est avec beaucoup de prudence que nous acceptons
d'eux ce qualificatif. C'est ainsi que nous agréons sans
difficulté ce vocable si, par son biais, nous désirons
attirer l'attention sur la grandeur d'âme et l'héroïsme
moral de ces élus de Dieu qui ont pu et su relier, par
l'intermédiaire de la révélation, le monde de la matière à
celui de l'Au-delà, chose qui constitue le fondement premier
de la prophétie.
Par ailleurs,
nous rejetons d'emblée ce terme s'il désigne une sommité
parmi les nombreuses et illustres personnalités qui ont
marqué de leur empreinte l'histoire de l'humanité. Personne
n'est comparable au Prophète Mohammed, que la Bénédiction et
le Salut de Dieu soient sur lui.
C'est cela,
l'attitude adoptée par le Musulman à l'égard de tous les
chroniqueurs qui se sont penchés sur la vie du Messager de
Dieu.
LA FOI EN TOUTES LES PROPHÉTIES
Dieu le
Tout-Puissant fait de la croyance, en tous ses Prophètes, un
pilier de la religion, et associe leurs noms à son Etre
Sacré. Croire en eux complète la croyance à la Divinité
suprême.
"Le Prophète a
pleine foi en l’Écriture qui lui est révélée par son
Seigneur, ainsi que les fidèles. Tous ensemble croient en
Dieu, en ses Anges, en ses Écritures et en Ses messagers.
Ils ne font point distinction entre les Envoyés du Seigneur.
Ils disent : "Nous avons entendu et avons obéi.
Pardonne-nous, Seigneur, car à Toi tout doit faire retour".
(La Vache, 285).
La croyance en
Mohammed, le Messager de Dieu, fait partie de la profession
de foi en islam. Ne pas y croire, c'est ne pas avoir de foi.
Si donc la foi
en les prophéties a une aussi importante place, c'est parce
que la connaissance parfaite de Dieu, et la compréhension
des devoirs et des obligations que ses fidèles ont vis-à-vis
de Lui passent, nécessairement, et exclusivement, par elles.
L'attachement
aux Messagers de Dieu n'est pas un attachement à leur être
physique, mais bien à la révélation et à la mission dont
Dieu les a honorés et au modèle de vie qu'ils donnent en
exemple. C'est dans ce sens que le Prophète - que la
Bénédiction et le Salut de Dieu soient sur lui - déclare :
"Ne peut être considéré comme croyant que celui qui
s'attache à ce dont Dieu m'a investi".
Dieu dit dans le
Saint Coran :
"Nous
interrogerons, certes, ceux qui reçurent Nos messages ainsi
que les Messagers. Il leur sera rendu alors un compte exact,
sans nulle omission, de toutes leurs actions dont Nous
aurons été les témoins". (Al Aràf, 6-7).
L'altération que
les deux grandes religions antérieures à l'islam, à savoir
le judaïsme et le christianisme, ont subie, les changements
qu'elles ont connus et les falsifications dont leurs Livres
Sacrés ont été l'objet, ont largement contribué à faire de
la religion islamique l'unique voie conduisant à la
véritable foi.
Seuls le Saint
Coran et la Tradition du Prophète, que la Bénédiction et le
Salut de Dieu soient sur lui, sont à même de guider les gens
vers la Vérité et le Salut. Il est vain, de nos jours, de
prétendre connaître Dieu à travers le judaïsme ou le
christianisme. Ces deux religions-là ne sont pas d'un grand
secours à quiconque veut pénétrer les secrets de la
Divinité. Dans l'islam, au contraire, au nom du Prophète
Mohammed, que la Bénédiction et le Salut de Dieu soient sur
lui, et grâce à sa conduite exemplaire, son Livre demeuré
intact, sa Tradition préservée de toute altération, le
fidèle connaît Dieu avec certitude, et sait quelles sont les
véritables obligations dont il doit s'acquitter envers son
Créateur. C'est pourquoi, la foi en Mohammed est considérée
comme une condition de la véracité de la croyance en Dieu.
"Ceux qui ne
croient pas en eux-mêmes et détournent autrui de la voie de
Dieu, Dieu vouera à l’échec leurs manœuvres.
Ceux qui
croient, font le bien et ont foi en la révélation reçue par
Mohammed, qui est la vérité, émanant de leur Seigneur, Dieu
absoudra leurs péchés et rendra meilleure leur condition.
Ceci, parce que
les infidèles embrassent l’erreur et que les croyants
suivent la vérité venant de leur Seigneur. Ainsi, Dieu
propose des notions claires à l'intention des hommes".
(Mohammed, 1-2-3).
Il ne s'agit pas
là d'une exagération dans la valorisation d'un être humain,
ou d'un préjudice porté à Dieu, ou d'une invitation à
délaisser les enseignements des premiers Prophètes. Qu'on
sache que Jésus et Moïse -que la Bénédiction et le Salut de
Dieu soient sur eux- ont conduit les gens vers Dieu et vers
la véritable religion, mais ils ne pouvaient savoir ce qui
adviendrait de leurs descendants après leur mort. S'ils
revenaient à nous vivants, ils seraient les premiers à nier
les "Livres" qu'on leur a imputés. Ils écouteraient les gens
lire le Coran, et mettraient à exécution ses lois et ses
prescriptions.
De même que Dieu
fit de la foi en ses Prophètes une condition de la foi en
lui, il fit de la profanation de la révélation de l'un
d'eux, une atteinte à Sa propre Personne et à tous Ses
Prophètes.
"Ceux qui
refusent de croire en Dieu et en Ses Prophètes, qui
prétendent séparer Dieu de Ses Messagers disant : "Nous
croyons aux uns et rejetons les autres" s'en tenant à une
voie intermédiaire,
Ceux-là sont des
mécréants avérés, un supplice ignominieux est réservé aux
incrédules !
Dieu rétribuera
dignement ceux qui croient en Lui et en Ses Prophètes, sans
nulle distinction. Dieu est en vérité, Clément et
Miséricordieux". (Les Femmes, 150-152).
Dieu fit de
Mohammed le sceau des Prophètes, celui qui est venu
compléter l'édification de toutes les prophéties et clore la
vérité sur toutes les missions divines.
"Mon cas, et
celui des Prophètes qui m'ont précédé, est pareil au cas de
cet homme qui mit toute son ingéniosité à édifier et à
décorer un bâtiment sauf à l'emplacement d'une brique, dans
un angle. Les gens qui visitent cette construction
s'étonnent de cette brèche, déplorent l'absence de la brique
et souhaitent la voir à sa place. Or, je suis cette brique
et c'est moi le sceau des Prophètes". (hadith).
Est donc menteur
celui qui viendra, après Mohammed -que la Bénédiction et le
Salut de Dieu soient sur lui- prétendre à la prophétie, et
est hérétique celui qui y croira.
Des cohortes
d'aliénés mentaux ont cru devoir suivre un homme du nom de "Baha
U'Ilah", qui prétend être Prophète. Elles proclament
hypocritement que leur religion présente des affinités avec
l'islam, feignent de croire en ses préceptes et en ceux
d'autres religions, mais leur foi est loin de faire partie
de la religion d'Allah.
Leur "Baha U'Ilah"
est un charlatan démagogue. Ses enseignements ne sont que
pur mensonge, car, après le Coran, il n'y a point d'autre
révélation.
"Qu’y a-t-il
hors de la Vérité, sinon l'erreur ? Y serez-vous à ce point
indifférent ?". (Jonas, 32).
Le Prophète nous
a mis en garde, avant sa mort, contre ces fabulateurs.
"Quand la fin de
ce monde sera imminente, il y aura dans ma Oumma des
charlatans, menteurs et démagogues. Ils vous tiendront des
paroles insensées que ni vous, ni vos parents n'ont jamais
entendues auparavant. Prenez garde de ne pas les écouter.
Ils risquent de vous subjuguer et de vous égarer". (hadith).
Dans un autre
hadith :
"Trente grands
menteurs surgiront dans la Oumma. Chacun d'entre eux
prétendra qu'il est prophète. Or, je suis le sceau des
Messagers de Dieu. Une grande partie de ma Oumma restera
attachée à la véritable religion jusqu'à la fin du monde, et
ne sera point affectée par les outrages des mécréants".
Le
Prophète, que la Bénédiction et le Salut de Dieu soient sur
lui, nous a édifiés sur beaucoup de points relatifs à nos
croyances, que notre entendement ne nous permet pas de
comprendre ou d'en saisir les détails. Ces points concernent
la vie à l'Au-delà. Nous avons déjà dit à leur sujet qu'il
était possible, par la réflexion et l'analyse, de comprendre
certains de leurs aspects, mais le Prophète infaillible nous
en a donné une idée claire et complète. C'est par son
intermédiaire que nous les étudions pour y croire, car elles
font partie de son message.
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