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L’éducation
environnementale du point de vue islamique
Dr Abdellatif Mahmoud Al-Mahmoud*
Qu’est-ce que l’environnement ?
En arabe, la racine /b-w-‘a/ qui a donné naissance à /bî’at/
(environnement) recouvre plusieurs significations,
dont(1) :
1. Le lieu qui sert d’abri ou de demeure aux êtres
vivants. Il est dit dans un hadith : “Médine, c’est là
le lieu qui nous servira d’abri (mutabawwâ)” .
2. Le lieu préparé et aménagé pour un usage déterminé.
On lit dans le Coran : “Quant à ceux qui auront cru et
qui auront accompli des œuvres bonnes, nous les ferons
demeurer (la-nubawiannahum), pour toujours, dans le
Jardin au milieu des salles sous lesquelles coulent les
ruisseaux”.
3. L’entourage, le lieu environnant, environnement.
4. L’état ou la situation.
5. Le lieu présentant les conditions de vie idoines pour
un être vivant ou un groupe particulier d’êtres vivants,
tels l’environnement social, l’environnement naturel et
l’environnement géographique.
Sur le plan terminologique, le terme “bî’at”
(environnement) a reçu plusieurs définitions, dont on
citera :
1. Environnement : ensemble du système physique
extérieur et biologique dans lequel vivent les humains
et les autres êtres vivants, formant tous un ensemble
intégré (3).
2. Environnement : Tout ce qui entoure l’homme et
constitue son cadre de vie. L’air qu’il respire, l’eau
qu’il boit, la terre qu’il habite et qu’il cultive, les
êtres vivants ou les objets tout autour de lui font
partie de son environnement et forment le cadre dans
lequel il évolue et exerce ses diverses activités (4).
3. Environnement : La terre et ses composantes non
vivantes que constituent les différents éléments à sa
surface, à savoir les montagnes, les plateaux, les
plaines, les fleuves, les roches, les minéraux, le sol,
les ressources hydriques ; la terre et ses composantes
vivantes telles les plantes, les animaux terrestres ou
aquatiques et l’atmosphère de la planète, avec ses
nombreux éléments essentiels indispensables à la
présence de la vie sur terre (5).
L’homme fait-il partie de l’environnement ?
Ces différentes définitions nous amènent à poser la
question suivante : l’homme fait-il ou non partie de
l’environnement ?
Au premier abord, la première définition laisse supposer
que l’homme est un élément constitutif de
l’environnement, tandis que la seconde et la troisième
définitions le placent carrément en dehors de celui-ci.
Cependant, à considérer les trois définitions un peu
plus profondément, l’on s’aperçoit finalement qu’elles
ne sont nullement contradictoires. En effet, la première
définition perçoit l’environnement comme un ensemble
intégré et, partant, considère l’homme comme partie
intégrante de l’environnement. En revanche, la seconde
et la troisième définitions, en mettant l’accent sur
l’environnement en tant que cadre de vie et milieu
environnant de l’homme, excluent ce dernier du concept
environnemental.
Partant du fait que, dans la présente étude, il est
question de l’environnement dans son acception la plus
large, l’homme sera dès lors considéré comme un élément
constitutif de l’environnement.
Composantes de l’environnement
D’après les trois définitions citées, les composantes de
l’environnement peuvent être réparties comme suit :
1. Les composantes non vivantes de la terre telles que
les montagnes, les plateaux, les plaines, les déserts,
les fleuves, les roches, les minéraux, le sol et
l’eau.
2. Les composantes vivantes de la terre telles que la
faune, la flore (terrestre et aquatique) et l’homme.
3. Les couches gazeuses entourant la planète et qui
forment son atmosphère.
Cependant, nous ne devons pas oublier trois autres
éléments importants de l’environnement de la terre, eu
égard à leur impact indéniable sur l’évolution de la
vie, à savoir :
a) l’énergie thermique, aussi bien celle que reçoit la
Terre de l’espace que celle qu’elle dégage.
b) la lumière
c) les radiations et les ondes émises par diverses
sources naturelles ou industrielles (voir graphique des
composantes de l’environnement)
Graphique des constituants de l’environnement
Complémentarité des constituants de l’environnement
Tel que créé par Dieu, l’environnement est un tout intégré
où chaque élément remplit sa fonction pour le besoin de
l’autre, et c’est ainsi que se réalise la complémentarité
entre l’ensemble de ces éléments organisés en systèmes
intégrés.
Pour faciliter l’assimilation de cette intégration du
système environnemental, les spécialistes répartissent les
éléments de ce système en quatre catégories principales(6) :
a) Eléments de production (être vivants productifs), formés
par la végétation sous toutes ses formes, des algues vertes
aux différents types d’arbres gigantesques. Ces éléments
produisent eux-mêmes leur nourriture.
b) Eléments de consommation (être vivants consommateurs)
représentés par les différentes espèces animales. Dépendant
pour leur subsistance d’autrui, certains de ces animaux se
nourrissent de plantes et d’herbes, tandis que d’autres se
nourrissent d’autres animaux. L’homme se nourrit, quant à
lui, à la fois de plantes et d’animaux.
c) Eléments de décomposition (êtres vivants favorisant la
décomposition). Cette catégorie englobe tout ce qui provoque
la décomposition ou l’altération des éléments de production
et des éléments de consommation, tels les bactéries, les
champignons et certaines espèces d’insectes et de
coléoptères qui aident les microorganismes dans la
décomposition des matières organiques en eau, en dioxyde de
carbone, en nitrate, en phosphate et autres matières
enrichissantes pour les éléments naturels non vivants.
d) Eléments naturels non biologiques. Ils comprennent l’eau,
l’air, y compris les gaz, la lumière du soleil avec ses
radiations thermiques et ses rayons ultra-violets, certains
minéraux ainsi que certaines particules issues de la
décomposition de plantes et d’animaux. Les forces
d’attraction et les radiations font partie des composantes
physiques des éléments naturels non vivants (voir la
complémentarité dans la représentation graphique partielle
d’un cycle alimentaire terrestre) (7).
Cette complémentarité est parfaitement observable dans le
cycle du carbone. En effet, la plante (élément de
production) absorbe le gaz carbonique de l’air pour
fabriquer les éléments dont elle a besoin pour sa nutrition.
Elle dégage de l’oxygène. Les différents animaux (éléments
de consommation) utilisent l’oxygène dans leurs processus
biologiques pour produire de l’énergie nécessaire et
dégagent le gaz carbonique dans l’air afin qu’il soit
utilisé de nouveau par les éléments de production.
Cette complémentarité est plus manifeste encore au niveau du
cycle de l’eau, de l’évaporation à la condensation puis la
formation de la pluie, ainsi qu’au niveau du cycle de
l’oxygène et celui de l’azote, etc.
Ce système environnemental est régi par la loi divine
énoncée dans ce verset : “Nous avons créé toute chose avec
mesure” (8). Toute distorsion d’un élément essentiel du
système environnemental engendre le dysfonctionnement
successif des éléments subsidiaires.
Représentation graphique partielle d’un réseau alimentaire
terrestre

Équilibre des constituants de l’environnement
L’environnement naturel, tel que créé par Dieu Très-Haut, se
distingue par cet équilibre entre ses différents
constituants. Les scientifiques, en effet, relèvent que tout
changement dans un milieu donné -résultant de circonstances
particulières- peut provoquer des évolutions au sein de ce
milieu qui sont de nature à réparer, à plus ou moins brève
échéance, les dégâts occasionnés par ce changement. C’est ce
qui se passe, par exemple, lorsqu’un incendie détruit une
partie d’une forêt. Quelques années plus tard, la même terre
brûlée se recouvre d’herbes et les arbres ne tardent pas à
repousser (9).
Néanmoins, cet équilibre n’est pas censé durer indéfiniment.
Et pour cause, les systèmes naturels sont exposés à des
changements quotidiens, saisonniers et annuels, bien que
l’équilibre soit globalement maintenu. Prenons par exemple
le cas des pâturages enclavés entre les hautes montagnes,
inaccessibles aux animaux, où vivent des lions et des
gazelles et qui sont couverts d’herbages naturels : Quand
les pluies se font si rares que l’herbage vient à en pâtir,
les gazelles s’en trouvent affaiblies, ce qui permet aux
lions d’en chasser énormément et le nombre des gazelles
diminue en conséquence alors que le nombre des lions
augmente. Quand les pluies se font abondantes l’année
d’après et que l’herbe repousse et devient dense, les
gazelles reprennent leurs forces et les lions passent, à
leur tour, par un moment difficile. Le nombre de ceux-ci
diminue alors que les gazelles se multiplient. C’est ainsi
que l’équilibre quantitatif est rétabli entre les lions et
les gazelles et le système retrouve alors son état normal
(10).
Cet état d’équilibre entre les éléments de l’environnement,
communément appelé “écosystème”, constitue un système
intégré où tous les éléments de l’environnement vivent en
parfaite harmonie et où chacun dépend de l’autre, en partie,
pour assurer ses moyens de subsistance et remplir sa
fonction dans la vie (11).
Les dangers menaçant l’environnement
De tout temps, l’homme cherche le meilleur état possible de
progrès et se passionne pour la nouveauté. En général -sauf
dans le cas où sa croyance lui impose des devoirs envers sa
communauté- il pense d’abord à lui-même, puis son intérêt va
en s’étendant au cercle restreint de sa famille, ses
concitoyens et son pays, puis au cercle plus large des pays
voisins ou limitrophes, et enfin au cercle planétaire le
plus vaste.
Dans sa quête du meilleur, l’homme a inventé les machines et
mis au point les procédés, les moyens et les instruments lui
permettant d’atteindre son but. Dans la plupart des cas, ces
inventions ont été motivées par son désir d’accéder à la
richesse matérielle ou de dominer son prochain. Mais pour ce
faire, l’homme faisait peu de cas des répercussions de ses
actes sur les humains, la terre, la faune et les autres
éléments de l’environnement, même s’il donnait l’impression
d’agir parfois pour le bien de l’humanité en œuvrant pour
assurer l’alimentation et faciliter divers services à ses
semblables. Ceci, d’autant plus que les humains se
multiplient à une cadence vertigineuse, en raison de
l’augmentation de leur espérance de vie à l’époque actuelle,
grâce notamment au progrès réalisé dans le domaine de la
santé.
Depuis que l’être humain a commencé à maîtriser son
environnement ambiant par l’apprentissage des techniques
agricoles, la découverte du feu, la construction des ponts
et des barrages, la mécanisation de l’agriculture,
l’invention des moyens de transport, l’exploitation des
ressources naturelles de la surface et du sous-sol, sans
compter la découverte, grâce au progrès industriel, de
nouvelles substances chimiques jusque-là inconnues, tout
cela a eu un impact sur les éléments de l’environnement, y
compris l’homme, impact qui s’est considérablement aggravé
au cours du XXe siècle au point de mettre en péril la vie
elle-même sur l’ensemble de la planète. De même, les
guerres, les maladies, la pauvreté et la famine figurent
également au nombre des fléaux qui ont constitué des menaces
pour l’environnement et pour l’être humain, même si certains
de ces fléaux étaient l’œuvre de celui-ci..
Voici les principales menaces à l’environnement :(12)
1. Pollution de l’air
Cette pollution peut être l’effet soit de facteurs naturels
tels les volcans et les ouragans, les incendies de forêts,
les grains de pollen au printemps, les bactéries, etc, soit
d’éléments industriels, tels le gaz carbonique, le dioxyde
de soufre, les oxydes d’azote, le monoxyde de carbone ainsi
que les gaz d’échappement, le plomb et autres composés.
Cette pollution affecte, entre autres, la couche d’ozone.
2. Pollution de l’eau
Elle concerne l’eau des puits, des sources, des fleuves, des
lacs, des baies, des mers ou des océans.
Il s’agit ici de la pollution chimique, la pollution due à
l’utilisation des insecticides et des engrais, les résidus
de pétrole, les eaux usées, les pluies acides, les eaux
industrielles et les métaux lourds.
3. Déchets solides et liquides
Il s’agit ici des ordures ménagères et des déchets provenant
de différentes industries : eaux usées, restes de nourriture
et ordures.
4. Dégradation et désertification des sols
Elles résultent du déboisement excessif et de la
surproduction agricole utilisant des substances chimiques
pour accroître le rendement.
5. Menace à la vie animale (perte de la biodiversité)
Bon nombre d’espèces animales ont connu l’extinction, faute
d’environnement approprié ou à cause de la surexploitation,
de la chasse excessive ou de la pollution.
6. Menace à la vie humaine
La famine, la pauvreté, les maladies, l’ignorance, les
guerres, les troubles sont les principales menaces à la
survie de l’espèce humaine.
7. Epuisement des ressources naturelles
Elle touche aussi bien les ressources de surface, telles les
forêts, que les richesses du sous-sol, comme le pétrole et
les minéraux, ce qui laisse craindre un appauvrissement de
la terre au détriment des générations à venir.
8. Menace des déchets nocifs
Il s’agit en particulier des substances chimiques toxiques,
utilisées dans l’industrie ainsi que dans la fabrication des
armes chimiques ou des pesticides.
9. Menace des déchets radioactifs
La menace la plus dangereuse à cet égard est bien la
pollution radioactive liée aux réacteurs nucléaires et aux
bombes atomiques, à hydrogène et à neutrons. Les rayons
infrarouge, les rayons ultra-violets, les rayons X, les
rayons laser et autres formes de radiation peuvent également
présenter des dangers divers.
10. Nuisances sonores
Il s’agit des nuisances sonores produites par les usines,
les ateliers, les fabriques, certains types de véhicules, de
trains et d’avions, les postes radio et de télévision, les
haut-parleurs, les groupes musicaux et autres. Toutes ces
nuisances affectent négativement l’ouïe et altèrent le
fonctionnement normal de l’organisme, ce qui se traduit par
l’apparition de troubles intestinaux et de la nervosité,
avec en conséquence la baisse de la concentration et,
partant, de la productivité.
11. Les écarts grandissants entre riches et pauvres
La pauvreté limitée dans un espace donné et au sein d’un
groupe d’individus peut être réduite par les actions de
charité et d’assistance. Mais c’est la pauvreté à l’échelle
mondiale qui constitue une réelle menace pour
l’environnement. De fait, le monde compte une minorité de
pays riches, dont les habitants, représentant 20% de la
population mondiale, vivent dans la prospérité, et une
majorité de pays pauvres, dont les habitants, soit 80 %
restants, sont en proie à la pauvreté, à la faim et au
dénuement et dont les richesses sont pompées par les
compagnies des pays riches.
Efforts mondiaux de lutte contre les menaces à
l’environnement :
Depuis les civilisations antiques, certains philosophes,
sages et hommes de science avaient pris conscience,
individuellement, des menaces qui pèsent sur
l’environnement.
Mais c’est surtout aux XIXe et XXe siècles que l’on commença
à s’intéresser plus sérieusement à cette problématique. Dans
cet esprit, les pays et les municipalités des grandes
métropoles ont promulgué des législations spéciales
destinées à lutter contre ces menaces (13).
Cependant, avec la multiplication à l’échelle mondiale des
menaces de plus en plus graves pour l’environnement, la
problématique environnementale a dépassé le stade de la
prise de conscience individuelle pour devenir désormais une
préoccupation majeure des institutions et des organisations
régionales et internationales.
La conférence mondiale sur l’environnement, tenue à
Stockholm en été 1972, à l’initiative de l’Assemblée
Générale des Nations Unies, est un exemple des efforts
internationaux de lutte contre les menaces
environnementales.
En vertu des recommandations issues de cette conférence,
l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté, en décembre
1972, la résolution n° 2997 portant création du Programme
des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE)(14).
En juin 1992, une autre conférence des Nations Unies a été
consacrée à l’environnement ; c’était la Conférence des
Nations Unies sur l’environnement et le développement ou le
" Sommet de la Terre ", tenu à Rio de Janeiro, Brésil. Les
pays participants ont adopté trois principaux documents, à
savoir (15) :
a) Action 21 :
C’est un plan d’action international qui couvre tous les
champs du développement durable. Il met l’accent sur les
mesures nécessaires à l’éradication de la pauvreté et de la
faim, au changement des modes de consommation gaspilleurs et
destructeurs et à une meilleure exploitation du potentiel
humain par l’implication des populations dans la
planification, la politique générale et la prise de
décision. Il recommande également d’accorder un intérêt
accru aux soins de santé primaires, à la lutte contre les
maladies contagieuses, à la réduction des risques de la
pollution sur la santé et à la protection des communautés
vulnérables comme les enfants, les femmes et les personnes
âgées, avec une insistance spéciale sur la mobilisation des
efforts de l’ensemble des pays du monde pour des actions de
prévention contre le SIDA (syndrome immunodéficitaire
acquis).
b) La Déclaration de Rio :
Elle comporte un ensemble de principes qui fixent les droits
et les obligations des Etats en matière d’environnement et
de développement.
c) Directives pour une gestion durable des forêts dans le
monde.
Parmi les plus importants principes juridiques non
obligatoires contenus dans la Déclaration de Rio (27
principes), on citera (16) :
1. le genre humain est au centre des actions de
développement durable et a droit à une vie saine et
productive, en harmonie avec la nature.
2. le droit souverain des Etats à l’exploitation de leurs
ressources, sous réserve de ne pas compromettre
l’environnement des autres Etats.
3. l’engagement équitable en faveur des besoins des
générations actuelles et futures en matière de développement
et d’environnement.
4. les Etats et les peuples collaborent pour l’éradication
de la pauvreté, condition indispensable du développement
durable.
5. la nécessité d’œuvrer pour la réduction des modes de
production et de consommation non durables.
L’environnement et le développement durable dans l’optique
islamique :
Conception islamique de la relation entre l’homme et
l’environnement
Dans l’optique islamique, le rapport de l’homme à
l’environnement repose sur les fondements suivants (17) :
1. L’univers entier est l’œuvre du Très-Haut.
C’est un principe sur lequel s’accordent toutes les
religions révélées. Dieu le Très-Haut a dit à cet égard :
“Dis : “Renierez-vous [l'existence] de celui qui a créé la
terre en deux jours, et Lui donnerez-vous des égaux ? Tel
est le Seigneur de l'univers, C'est Lui qui a fermement fixé
des montagnes au-dessus d'elle, l'a bénie, et lui assigna
ses ressources alimentaires en quatre jours d'égale durée.
[Telle est la réponse] à ceux qui t'interrogent. Il S'est
ensuite adressé au ciel qui était alors fumée et lui dit,
ainsi qu'à la terre : “Venez tous deux, bon gré, mal gré”.
Tous deux dirent: “Nous venons obéissants”. Il décréta d'en
faire sept cieux en deux jours et révéla à chaque ciel sa
fonction. Et Nous avons décoré le ciel le plus proche de
lampes [étoiles] et l'avons protégé. Tel est l'Ordre établi
par le Puissant, l'Omniscient” (18).
Créer, c’est former une chose, la tirer du néant. Aussi,
toute création divine est-elle inédite, sans précédent
(19).
2. L’univers dans toutes ses composantes est mis au service
de l’homme
Dieu le Très-Haut a dit : “Dieu, c'est Lui qui a créé les
cieux et la terre et qui, du ciel, a fait descendre l'eau ;
grâce à laquelle Il a produit des fruits pour vous nourrir.
Il a soumis à votre service les vaisseaux qui, par Son
ordre, voguent sur la mer. Et Il a soumis à votre service
les rivières. Et pour vous, Il a assujetti le soleil et la
lune à une perpétuelle révolution. Et Il vous a assujetti la
nuit et le jour. Il vous a accordé de tout ce que vous Lui
avez demandé. Et si vous comptiez les bienfaits de Dieu,
vous ne sauriez les dénombrer. L'homme est vraiment très
injuste, très ingrat” (20).
Le terme “taskhîr”, signifie mettre quelque chose au service
de quelqu’un, à titre gracieux (21).
3. Dieu le Très-Haut a fait de l’homme son “lieutenant” sur
terre
Dieu le Très-Haut a dit : “Lorsque Ton Seigneur confia aux
Anges : Je vais établir sur la terre un vicaire “Khalifa””
(22). Ceci veut dire que Dieu a confié à l’homme la
responsabilité de gouverner sur la terre et d’appliquer la
loi divine à ceux qui sont appelés à rendre compte de leurs
actes (23). Ceci exige de lui qu’il obtempère aux
commandements, aux interdictions et aux directives du
Très-Haut dans sa conduite de tous les jours et dans ses
rapports avec son prochain.
4. Les richesses de la terre sont destinées à l’usage commun
de toutes les créatures de Dieu qui en ont besoin
Ainsi, le Très-Haut a ordonné que les ressources
alimentaires dont Il a pourvu la terre soient un droit à
tous ceux qui en ont besoin pour survivre, de telle sorte
que nul ne puisse être privé d’exercer ce droit. En effet,
s’agissant de la création de la terre, le Très-Haut a dit :
“C'est Lui qui a fermement fixé des montagnes au-dessus
d'elle, l'a bénie, et lui assigna ses ressources
alimentaires en quatre jours d'égale durée. [Telle est la
réponse] à ceux qui en sollicitent”(24). C’est à dire que
ces ressources ont été mises par Dieu à la disposition et au
service des créatures ayant des besoins alimentaires à
satisfaire, comme c’est le cas de tout animal sur terre….
Ainsi, les humains et les animaux sollicitent leur Seigneur
pour pourvoir à leurs besoins essentiels en nourriture,
boisson et habillement. Il s’agit là d’une demande innée et
naturelle (25).
5. Dieu le Très-Haut a créé toutes choses sur terre, avec
mesure, pour les besoins de ses créatures
Le Très-Haut a dit : “.. et lui assigna (à la terre) ses
ressources alimentaires” (26), c’est-à-dire qu’Il a créé
dans la terre les forces permettant de produire ces
aliments, sous leurs diverses espèces et variétés.
L’assignation veut dire également que chaque type d’aliment
est destiné à être consommé au moment opportun, c’est-à-dire
en période de chaleur, de froid ou de redoux.
En somme, c’est une " assignation " au profit de toutes les
créatures qui ont besoin de se nourrir pour vivre. Les
bêtes, les oiseaux, les animaux sauvages, les reptiles, les
insectes… toutes les espèces ont leur propre nourriture.
L’homme dispose, quant à lui, de toutes les nourritures
qu’il trouve bonnes (27).
Ce thème revient dans plusieurs versets coraniques : “Nous
avons créé toute chose avec mesure” (28) ; “Et toute chose a
auprès de Lui sa mesure”(29) ; “Et Nous avons fait descendre
l'eau du ciel avec mesure. Puis Nous l'avons maintenue dans
la terre” (30) ; “ Et quant à la terre, Nous l'avons étalée
et y avons placé des montagnes (immobiles) et y avons fait
pousser toute chose harmonieusement proportionnée. Et Nous y
avons placé des vivres pour vous, et (placé aussi pour vous)
des êtres que vous ne nourrissez pas. Et il n'est rien dont
Nous n'ayons les réserves et Nous ne le faisons descendre
que dans une mesure déterminée” (31).
6. Devoir de préservation de la vie de l’être humain et des
autres créatures.
Le Très-Haut a dit : “C'est pourquoi Nous avons prescrit
pour les Enfants d'Israël que quiconque tuerait une personne
non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre,
c'est comme s'il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui
fait don de la vie, c'est comme s'il faisait don de la vie à
tous les hommes” (32). Il a dit également : “C'est dans le
talion que vous aurez la préservation de la vie, ô vous
doués d'intelligence, ainsi atteindrez-vous la piété” (33) ;
“Et dépensez dans le sentier de Dieu. Et ne vous jetez pas
par vos propres mains dans la destruction. Et faites le
bien. Car Dieu aime les bienfaisants” (34).
7. Prohibition de la destruction des biens et de la
corruption des moeurs
Le Très-Haut a dit : “Il y a parmi les gens celui dont la
parole sur la vie présente te plaît, et qui prend Dieu à
témoin de ce qu'il a dans le cœur, tandis que c'est le plus
acharné disputeur. Dès qu'il tourne le dos, il parcourt la
terre pour y semer le désordre et saccager culture et
bétail. Et Dieu n'aime pas le désordre. Et quand on lui dit
: “Redoute Dieu”, l'orgueil criminel s'empare de lui,
l'Enfer lui suffira, et quel mauvais lit, certes !” (35).
Conception islamique de la responsabilité de l’homme envers
l’environnement
La responsabilité de l’homme envers l’environnement est le
corollaire du statut que le Très-Haut lui a assigné dans
l’univers. De fait, c’est bien l’homme le “vicaire de Dieu”
sur la terre et ce sont les commandements du Très-Haut qu’il
est appelé à suivre dans sa vie terrestre.
Partant, la responsabilité de l’homme envers
l’environnement se décline, à nos yeux, comme suit :
1. L’homme est appelé à peupler la terre et à en mettre en
valeur les richesses
Le Coran a dit, dans la bouche du prophète Saleh s’adressant
à son peuple : “C’est Lui qui vous a créés de la terre, et
Il a fait en sorte que vous la peupliez (et exploitiez)”
(36). Le terme coranique “ i’mâr”, signifie peupler une
terre, y construire des habitations et la mettre en culture
(37).
2. Il est interdit à l’homme de semer la corruption sur la
terre
Le Très-Haut a dit : “Et ne semez pas la corruption sur la
terre après qu'elle ait été réformée”(38), car ceux qui le
font risquent la malédiction divine : “[Mais] ceux qui
violent leur pacte avec Dieu après l'avoir engagé, et
rompent ce que Dieu a commandé d'unir et commettent le
désordre sur terre auront la malédiction et la mauvaise
demeure” (39). Le désordre prohibé comprend la corruption
matérielle, dont celle de l’environnement, et la corruption
morale. A ce propos, Dieu a décrété que les Enfants d’Israël
allaient semer la corruption sur la terre : “Nous avions
décrété pour les Enfants d'Israël, (et annoncé) dans le
Livre : “Par deux fois vous sèmerez la corruption sur terre
et vous allez transgresser d'une façon excessive”(40). Il a
dit à l’adresse de tous les êtres humains : “Si vous
détournez, ne risquez-vous pas de semer la corruption sur
terre et de rompre vos liens de parenté ? Ce sont ceux-là
que Dieu a maudits, a rendus sourds et a rendu leurs yeux
aveugles” (41).
3. La corruption sur la terre est l’œuvre de l’Homme
Dieu le Très-Haut a dit : “La corruption est apparue sur la
terre et dans la mer à cause de ce que les gens ont accompli
de leurs propres mains ; afin qu'Il [Dieu] leur fasse goûter
une partie de ce qu'ils ont oeuvré ; peut-être
reviendront-ils (vers Dieu)” (42). Cette réalité est
confirmée par cette autre parole divine : “Tout bien qui
t'atteint vient de Dieu, et tout mal qui t'atteint vient de
toi-même. Et Nous t'avons envoyé aux gens comme Messager. Et
Dieu suffit comme témoin” (43).
4. Il incombe à l’Homme d’empêcher la corruption sur la
terre en réparant ses dégâts, faute de quoi la destruction
et l’anéantissement seront le lot de tout le monde
Dieu le Très-Haut a dit : “Et ton Seigneur n'est point tel à
détruire injustement des cités dont les habitants sont des
réformateurs” (44).
5. L’équité et la bienfaisance sont les fondements de la vie
que le Très-Haut a choisie pour l’homme
Le Très-Haut a dit : “Certes, Dieu commande l'équité, la
bienfaisance et l'assistance aux proches” (45) ; “Et sois
bienfaisant comme Dieu a été bienfaisant envers toi”(46).
“Et soyez équitables car Dieu aime les équitables”(47) ;
“Pratiquez l'équité : cela est plus proche de la piété”
(48).
Règles régissant le comportement humain en matière
d’environnement
Nous entendons par là les règles générales du fiqh (droit
islamique) résumées dans des formules juridiques concises
énonçant des principes et des concepts juridiques propres au
fiqh islamique. Ces principes ont été utilisés par les
madhahibs (écoles de droit islamique) pour élaborer les
règles et les solutions légales correspondants aux cas
d’espèces qui surgissent dans tous les domaines de droit
islamique, qu’il s’agisse du culte, des transactions, des
affaires pénales, ou des questions relatives à la famille, à
l’administration publique, à la justice, etc. Il s’agit ici
de formules juridiques synthétiques et générales exprimant
la pensée légale telle qu’elle a été élaborée des siècles
durant par les spécialistes du fiqh à partir des textes de
loi islamique (49).
Ces règles sont tellement nombreuses que je me limiterai
uniquement à celles qui peuvent s’appliquer au thème de
l’environnement, aussi bien pour ce qui est de l’usage qui
doit en être fait que du résultat attendu de cet usage.
Elles peuvent servir de base pour la préservation de
l’environnement et une éducation durable à même de favoriser
cette préservation (50).
Parmi ces règles, on citera notamment : (51)
1. Nul ne doit faire du tort à lui-même ni à autrui.
2. Le tort doit être empêché autant que possible.
3. Le tort doit être réparé.
4. Un tort ne doit pas être réparé par un autre tort
équivalent.
5. Le tort le plus grave est repoussé par le tort le moins
grave.
6. Le tort particulier peut être supporté pour empêcher le
tort général.
7. Il est permis de ne pas observer les interdits (mahdûrât)
en cas de nécessité impérieuse (darûrât).
8. Les cas de nécessités doivent être appréciés
proportionnellement à leur importance.
9. En présence de deux situations préjudiciables, on
privilégie la moins grave.
10. Tout ordre de disposer des biens d’autrui est nul et non
avenu.
11. L’administration (exercée par un gouvernant) pour le
compte de ses sujets est tributaire du respect de l’intérêt
général.
12. Les besoins peuvent être assimilés aux cas de nécessités
impérieuses (darûrât), qu’ils aient un caractère général ou
particulier.
13. Mieux vaut prévenir un préjudice que de rechercher un
avantage.
14. La compensation se fait proportionnellement au profit
tiré.
15. Nul n’a le droit de disposer des biens d’un tiers sans
l’autorisation de ce dernier.
16. De deux maux on choisit le moindre.
17. Tout acte ayant engendré un préjudice ou empêché un bien
est prohibé.
18. L’excès dans toute chose produit l’effet contraire.
19. Pour tout bien endommagé, il faudra fournir un bien
similaire ou, à défaut, son équivalent ou sa valeur.
20. Toute personne appelée à administrer les biens d’une
autre personne devra tenir compte de l’intérêt de celle-ci.
21. Toute chose dont dépend l’accomplissement d’un acte
obligatoire sera considérée comme étant elle-même
obligatoire.
22. L’imam (gouvernant) est à ses sujets ce que le tuteur
est aux orphelins placés sous tutelle.
Composantes de l’environnement du point de vue islamique
De toutes les composantes de l’environnement, l’homme se
distingue par sa capacité à disposer ou à influencer les
autres constituants autour de lui, plus que ne puisse le
faire aucun autre être vivant, et ce pouvoir l’amène parfois
à agresser son prochain. Si les autres êtres vivants
n’agissent que dans les limites de leur besoin –qui, du
reste, est limité- l’homme, lui, va indéfiniment au-delà de
ses besoins, et son élan n’est stoppé que par son incapacité
à atteindre ses objectifs ou quand sa conscience l’incite à
freiner ses inclinations. L’Envoyé de Dieu, que la Prière et
le Salut soient sur lui, avait vu juste en disant que : “Si
on donnait au fils d’Adam deux oueds pleins de richesses, il
aurait demandé un troisième. En fait, rien ne remplit le
ventre du fils d’Adam que la terre (de sa tombe), et Dieu
pardonne à celui qui s’est repenti.”(52).
A vrai dire, l’on ne risque pas d’exagérer la réalité en
disant que le Très-Haut a fait de l’homme le maître du
globe. C’est pour cette raison que nous parlerons de l’homme
et des questions qui lui sont inhérentes indépendamment des
autres constituants de l’environnement.
1. l’Homme
Pour que l’homme puisse améliorer son comportement envers
lui-même, envers ses semblables ainsi que vis-à-vis des
autres éléments de l’environnement, il faudrait d’abord
qu’il saisisse sa nature profonde et qu’il sache corriger
ses défauts et optimiser ses atouts. De même, il doit
assimiler parfaitement la raison de son existence et la
finalité de sa vie sur cette terre. Ce sont là, d’ailleurs,
des vérités mises en évidence dans les sources de l’islam et
dont voici les plus importantes :
A) Le but de la création de l’homme est l’adoration de Dieu
seul
Le Très-Haut a en effet dit : “Je n'ai créé les djinns et
les hommes que pour qu'ils M'adorent. Je ne cherche pas
d'eux une subsistance ; et Je ne veux pas qu'ils me
nourrissent. En vérité, c'est Dieu qui est le Grand
Pourvoyeur, Le Détenteur de la force, l'Inébranlable” (53) .
Au-delà de la simple pratique des rites religieux,
l’adoration ici doit être appréhendée dans son sens le plus
global, qui signifie l’obéissance totale aux commandements,
aux interdits et aux orientations de Dieu, y compris au
sujet du peuplement de la terre ci-dessus évoqué.
B) Bonheur de l’homme
L’homme est constamment à la recherche de son bonheur. Dans
les enseignements de l’islam, ce bonheur doit se concevoir
doublement : le bonheur sur terre et le bonheur dans
l’au-delà. De même, la manière d’atteindre ledit bonheur est
explicitée dans cette parole divine : “Quiconque, mâle ou
femelle, fait une bonne oeuvre tout en étant croyant, Nous
lui ferons vivre une bonne vie. Et Nous les récompenserons,
certes, en fonction des meilleures de leurs actions”(54).
Ainsi, la foi associée aux bonnes actions sont les garants
du bonheur de l’homme sur la terre et dans l’au-delà. Un
autre verset coranique revient sur cette idée en y associant
les qualités d’exhortation mutuelle à la vérité et à
l’endurance : “Par le Temps ! L'homme est certes, en
perdition, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes
oeuvres, s'enjoignent mutuellement la vérité et s'enjoignent
mutuellement l'endurance” (55) .
C) Caractéristiques intrinsèques de l’homme
L’homme se distingue par un ensemble de traits intrinsèques,
dont les principaux sont :
1. Propension à l’injustice
Lorsque l’homme sent en lui le pouvoir de dominer son
prochain, les mauvaises inclinations ressurgissent en lui.
Le Très-Haut a dit à ce sujet : “L'homme est vraiment très
injuste, très ingrat” (56).
2. La résignation pendant les moments de faiblesse et
l’arrogance au moment de force
Le Très-Haut a dit : “Et si Nous lui faisons goûter le
bonheur, après qu'un malheur l'ait touché, il dira : “Les
maux se sont éloignés de moi”, et le voilà qui exulte, plein
de gloriole. Sauf ceux qui sont endurants et font de bonnes
oeuvres. Ceux-là obtiendront pardon et une grosse
récompense” (57).
3. L’humilité dans l’adversité et la vanité après la fin des
malheurs
Le Très-Haut a dit : “Quand un malheur touche l'homme, il
Nous invoque. Quand ensuite Nous lui accordons une faveur de
Notre part, il dit : “Je ne la dois qu'à [ma] science”.
C'est une épreuve, plutôt; mais la plupart d'entre eux ne
savent pas”(58). Il a dit également : “C'est Lui qui vous
fait aller sur terre et sur mer, quand vous êtes en bateau.
[Ces bateaux] les emportèrent, grâce à un bon vent. Ils (les
passagers) s'en réjouirent jusqu'au moment où, assaillis par
un vent impétueux, assaillis de tous côtés par les vagues,
se jugeant enveloppés [par la mort], ils prièrent Dieu, Lui
vouant le culte [et disant] : “Certes, si Tu nous sauves de
ceci, nous serons parmi les reconnaissants !” Lorsqu'Il les
a sauvés, les voilà qui, sur terre, transgressent
injustement. Ô gens ! Votre transgression ne retombera que
sur vous-mêmes. C'est une jouissance temporaire de la vie
présente. Ensuite, c'est vers Nous que sera votre retour, et
Nous vous rappellerons alors ce que vous faisiez” (59).
4. La précipitation
Le Très-Haut a dit : “L'homme a été créé diligent dans sa
nature. Je vous montrerai Mes signes [la réalisation de Mes
menaces]. Ne me hâtez donc pas” (60). Il a aussi dit :
“L'homme appelle le mal comme il appelle le bien, car
l'homme est très hâtif”(61).
5. La faiblesse devant les passions, les tentations et les
inclinations
Le Très-Haut a dit : “Et Dieu veut accueillir votre
repentir. Mais ceux qui suivent les passions veulent que
vous incliniez grandement (vers l'erreur comme ils le font).
Dieu veut vous alléger (les obligations), car l'homme a été
créé faible” (62).
6. La lésine et la ladrerie envers son prochain
Le Très-Haut a dit : “Dis : “Si c'était vous qui possédiez
les trésors de la miséricorde de mon Seigneur; vous
lésineriez, certes, de peur de les dépenser. Et l'homme est
très avare !” (63). Il a aussi dit : “Oui, l'homme a été
créé instable [très inquiet] ; quand le malheur le touche,
il est abattu; et quand le bonheur le touche, il est
refuseur. Sauf ceux qui pratiquent la Salat, qui sont
assidus à leurs Salats ; et sur les biens desquels il y a un
droit bien déterminé [la Zakat] pour le mendiant et le
déshérité ; et qui déclarent véridique le Jour de la
Rétribution ; et ceux qui craignent le châtiment de leur
Seigneur, car vraiment, il n'y a nulle assurance contre le
châtiment de leur Seigneur ; et qui se maintiennent dans la
chasteté et n'ont pas de rapports qu'avec leurs épouses ou
les esclaves qu'ils possèdent, car dans ce cas, ils ne sont
pas blâmables, mais ceux qui cherchent [leur plaisir] en
dehors de cela, sont des transgresseurs ; et qui gardent les
dépôts confiés à eux ; et respectent leurs engagements
scrupuleusement ; et qui témoignent de la stricte vérité ;
et qui sont réguliers dans leur Salat. Ceux-là seront
honorés dans des Jardins” (64).
7. L’ergotage
Le Très-Haut a dit : “Et assurément, Nous avons déployé pour
les gens, dans ce Coran, toutes sortes d'exemples. L'homme
cependant, est de tous les êtres le plus grand polémiste”
(65).
8. Tendance à se comporter en tyran lorsqu’il se sent bien
pourvu
Le Très-Haut a dit : “Prenez garde ! Vraiment l'homme
devient oppresseur, dès qu'il estime qu'il peut se suffire à
lui-même (à cause de sa richesse). Mais, c'est vers ton
Seigneur qu'est le retour” (66).
D) Conduite recommandée dans la vie
Le Très-Haut a recommandé à l’homme certains principes de
conduite qu’il est appelé à suivre pour qu’il puisse mener
une vie digne et équilibrée. Parmi ces principes et
recommandations, on citera notamment : (67)
1. Rationaliser les dépenses
Le Très-Haut a dit, en parlant des qualités de Ses
serviteurs : “Qui, lorsqu'ils dépensent, ne sont ni
prodigues ni avares mais se tiennent au juste milieu”(68).
Il a dit également, en expliquant ce que devrait être le
comportement du bon musulman : “Ne porte pas ta main
enchaînée à ton cou [par avarice], et ne l'étend pas non
plus trop largement, sinon tu te trouveras blâmé et
chagriné” (69).
2. Manger, boire et se vêtir avec modération
Le Très-Haut a dit : “Ô enfants d'Adam, dans chaque lieu de
Salat portez votre parure (vos habits). Et mangez et buvez;
et ne commettez pas d'excès, car Il [Dieu] n'aime pas ceux
qui commettent des excès. Dis : “Qui a interdit la parure de
Dieu, qu'Il a produite pour Ses serviteurs, ainsi que les
bonnes nourritures ?” Dis : “Elles sont destinées à ceux qui
ont la foi, dans cette vie, et exclusivement à eux au Jour
de la Résurrection”(70).
3. Travailler de manière rationnelle
Dieu le Très-Haut a dit : “…et désigné votre sommeil pour
votre repos ; et fait de la nuit un vêtement ; et assigné le
jour pour les affaires de la vie” (71). Il a encore dit :
“Et dis : “Oeuvrez, car Dieu va voir votre oeuvre, de même
que Son messager et les croyants, et vous serez ramenés vers
Celui qui connaît bien l'invisible et le visible. Alors Il
vous informera de ce que vous faisiez” (72).
4. Eviter l’adoration poussée à outrance
Le Très-Haut a dit : “Ô vous qui avez cru ! Quand on appelle
à la Salat du jour du Vendredi, accourez à l'invocation de
Dieu et laissez tout négoce. Cela est bien meilleur pour
vous, si vous saviez ! Puis quand la Salat est achevée,
dispersez-vous sur la terre, et recherchez [quelque effet]
de la grâce de Dieu, et invoquez beaucoup Dieu afin que vous
réussissiez.”(73). Le Prophète, que la Prière et le Salut
soient sur lui, a dit à Abdallah Ibn Amr : “Ô Abdallah !
N’ai-je pas appris que tu jeûnes pendant le jour et pries
pendant la nuit ? Si, Envoyé de Dieu, a-t-il répondu. Le
Prophète lui a alors dit : Ne fais plus cela. Jeûne et romps
le jeûne, prie la nuit, mais va aussi dormir, car tu as,
certes, des devoirs envers ton corps, tes yeux, ton épouse
et tes hôtes” (74).
5. Les nécessiteux ont droit à une part dans l’argent des
gens aisés
En effet, Dieu a imposé la Zakat aux détenteurs de richesses
en croissance ou de l’argent et les a exhorté, dans
plusieurs versets, à en consacrer une partie aux pauvres,
aux nécessiteux, aux personnes endettées et aux voyageurs en
détresse, en louant ceux qui s’en acquittent : “Et sur les
bien desquels il y a un droit bien déterminé [la Zakat] pour
le mendiant et le déshérité” (75) ; “et dans leurs biens, il
y avait un droit au mendiant et au déshérité.” (76) ; “Et
donne au proche parent ce qui lui est dû ainsi qu'au pauvre
et au voyageur (en détresse)”(77) ; “Et que les détenteurs
de richesse et d'aisance parmi vous, ne jurent pas de ne
plus faire des dons aux proches, aux pauvres, et à ceux qui
émigrent dans le sentier de Dieu” (78).
6. Les générations futures ont leur part dans les deniers
publics
Dans la législation islamique, le butin est considéré comme
faisant partie des deniers publics. Il est question ici des
biens versés dans les caisses de l’Etat suite à des accords
de paix conclus entre musulmans et non musulmans ou faisant
partie des revenus publics. Bien que Dieu ait précisé le
mode de dépense du butin comme suit : “Le butin provenant
[des biens] des habitants des cités, que Dieu a accordé sans
combat à Son Messager, appartient à Dieu, au Messager, aux
proches parents, aux orphelins, aux pauvres et au voyageur
en détresse” (79). Il en a également établi un droit au
profit de toutes les générations futures. Ainsi, dans le
droit fil du précédent verset, il a fait mention du droit
des Emigrés (Mekkois ayant émigré avec le Prophète vers
Médine), des Auxiliaires (Médinois qui l’ont accueilli et
soutenu) et de ceux qui viendront après eux, dans le butin :
“[Il appartient aussi] aux émigrés besogneux qui ont été
expulsés de leurs demeures et de leurs biens, tandis qu'ils
recherchaient une grâce et un agrément de Dieu, et qu'ils
portaient secours à (la cause de) Dieu et à Son Messager.
Ceux-là sont les véridiques. Il [appartient également] à
ceux qui, avant eux, se sont installés dans le pays et dans
la foi, qui aiment ceux qui émigrent vers eux, et ne
ressentent dans leurs cœurs aucune envie pour ce que [ces
immigrés] ont reçu, et qui [les] préfèrent à eux-mêmes, même
s'il y a pénurie chez eux. Quiconque se prémunit contre sa
propre avarice, ceux-là sont ceux qui réussissent. Et [il
appartient également] à ceux qui sont venus après eux en
disant : “Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu'à nos frères qui
nous ont précédés dans la foi ; et ne mets dans nos cœurs
aucune rancœur pour ceux qui ont cru. Seigneur, Tu es
Compatissant et Très Miséricordieux” (80).
7. Assurer la circulation de l’argent au profit de tout le
monde, riches et pauvres compris
Le Très-Haut a, en effet, expliqué la raison justifiant le
partage du butin entre les catégories précitées : “..afin
que cela ne circule pas parmi les seuls riches d'entre vous”
(81).
8. Eviter la pollution des espaces publics
Le Prophète, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit
à ce propos : “Prenez garde aux deux personnes les plus
maudites (au monde). Qui sont-elles, Envoyé de Dieu ?
demanda-t-on. Ceux qui font leurs besoins sur la voie
publique ou dans un abri ombragé” (82) .
9. Les soins d’hygiène et de propreté
Ils englobent la propreté du corps ainsi que celle des
habits et de l’espace. C’est bien dans cet esprit que Dieu a
imposé les ablutions mineures (wôdô’) pour la prière, que le
musulman est appelé à accomplir en se lavant, entre autres,
la bouche, le nez, le visage et les pieds. Il a en outre
imposé les ablutions majeures (ghasl) (bain rituel) après un
rapport sexuel, la menstruation, les lochies, et en cas de
souillure. Le Très-Haut a dit à ce sujet : “Ô les croyants !
Lorsque vous vous levez pour la Salat, lavez vos visages et
vos mains jusqu'aux coudes ; passez les mains mouillées sur
vos têtes; et lavez-vous les pieds jusqu'aux chevilles. Et
si vous êtes pollués “junub”, alors purifiez-vous (par un
bain)” (83)
Parallèlement à la propreté du corps, celle des lieux est,
elle aussi, recommandée. Le Messager de Dieu, que la Prière
et le Salut soient sur lui, a dit à ce propos : “Allah est
bon, et aime les bonnes choses ; Il est propre et aime la
propreté ; généreux et aime la générosité ; magnanime et
aime la magnanimité. Nettoyez donc vos maisons et évitez
d’imiter les juifs” (84) .
Autres constituants de l’environnement
Dans le Saint Coran et la Sunna (Tradition du Prophète), il
y a moult références aux éléments de l’environnement
immédiat de l’homme : l’eau, l’air, la faune et la flore.
A) l’eau
Les sources islamiques évoquent plusieurs thèmes en rapport
avec l’eau. On en citera :
1. L’eau en tant qu’élément indispensable à la vie
En effet, l’eau est une des conditions indispensables à la
vie végétale, animale et humaine. Le Très-Haut assure
l’approvisionnement de la Terre en eau douce, à partir du
ciel (pluies) ; une partie de cette eau est destinée à
l’irrigation du sol, tandis que l’autre partie est déposée
dans des réservoirs souterrains pour que l’homme puisse s’en
servir ultérieurement. Le Très-Haut a dit à ce sujet : “Ne
vois-tu pas que Dieu fait descendre du ciel de l'eau, puis
Il l'achemine vers des sources dans la terre; ensuite, avec
cela, Il fait sortir une culture aux couleurs diverses”
(85). Il a dit dans un autre verset : “Et c'est Lui qui, du
ciel, a fait descendre l'eau. Puis par elle, Nous fîmes
germer toute plante, de quoi Nous fîmes sortir une verdure,
d'où Nous produisîmes des grains, superposés les uns sur les
autres; et du palmier, -de sa spathe-, des régimes de dattes
qui se tendent. Et aussi les jardins de raisins, l'olive et
la grenade, semblables ou différents les uns des autres.
Regardez leurs fruits au moment de leur production et de
leur mûrissement. Voilà bien-là des signes pour ceux qui ont
la foi” (86) .
2. L’eau est un bien commun
Le Très-Haut a dit, en s’adressant au prophète Saleh, que le
Salut soit sur lui : “Et informe-les que l'eau sera en
partage entre eux [et la chamelle]; chacun boira à son tour”
(87). Le Messager de Dieu, que la Prière et le Salut soient
sur lui, a dit aussi : “Les musulmans se partagent trois
choses : l’eau, la pâture et le feu” (88).
3. L’excédent en eau doit être utilisé pour les besoins de
l’agriculture
Le Messager de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur
lui, a dit : “N’empêchez pas (l’usage de) l’excédent en eau,
de sorte que vous empêchiez aussi l’excédent d’herbage”(89).
Le Messager de Dieu a en effet ordonné aux habitants de
Médine de ne pas empêcher que l’excédent en eau soit utilisé
en agriculture pour permettre une pâture abondante”(90).
4. La repentance et la contrition favorisent la tombée de la
pluie
Le prophète Nûh (Noé), que le Salut soit sur lui, a demandé
à son peuple, lorsqu’ils furent frappés par la sécheresse et
la disette, de se repentir de leurs péchés pour que Dieu
leur envoie de la pluie : “J'ai donc dit : “Implorez le
pardon de votre Seigneur, car Il est grand Pardonneur, pour
qu'Il vous envoie du ciel, des pluies abondantes, et qu'Il
vous accorde beaucoup de biens et d'enfants, et vous donne
des jardins et vous donne des rivières”(91).
5. A
cause des péchés et des actes d’impiété, l’eau se perd
inutilement dans les profondeurs de la terre
Le Très-Haut a appelé son Envoyé Mohamed, que la Prière et
le Salut soient sur lui, à montrer Son pouvoir aux mécréants
: “Dis : “Que vous en semble ? Si votre eau était absorbée
au plus profond de la terre, qui donc vous apporterait de
l'eau de source?” (92).
6. Dieu a le pouvoir de rendre saumâtre l’eau douce
Le Très-Haut a dit, s’adressant aux gens de la Mecque qui
n’ont pas cru à l’islam, ni au message de son Prophète, que
la Prière et le Salut soient sur lui : “Voyez-vous donc
l'eau que vous buvez ? Est-ce vous qui l'avez fait descendre
du nuage? ou [en] sommes-Nous le descendeur ? Si Nous
voulions, Nous la rendrions saumâtre. Pourquoi n'êtes-vous
donc pas reconnaissants ?” (93). Eau saumâtre : qui a un
goût salé qui la rend imbuvable (94).
7. Préservation de l’eau contre la pollution
Le Messager de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur
lui, a dit : “Craignez les trois actes qui attirent la
malédiction divine : faire ses besoins dans les sources, au
bord de la route et dans un abri ombragé” (95). Il a en
outre dit : “Evitez d’uriner dans l’eau stagnante, puis de
vous baigner dedans” (96).
8. Utilisation rationnelle de l’eau
Abdallah Ibn Omar, a rapporté le hadith suivant : le
Prophète, que la Prière et le Salut soient sur lui, a aperçu
sur son chemin Sâad en train de faire ses ablutions. Il
l’interpella : “C’est quoi ce gaspillage ?”. Sâad répliqua :
“Y a-t-il gaspillage en ablutions ?”. “Oui, répondit le
Prophète, même si tu étais sur une rivière courante” (97).
De même, le Messager de Dieu, que la Prière et le Salut
soient sur lui, donnait l’exemple en matière de consommation
rationnelle de l’eau, y compris pour les besoins du culte.
Ainsi, il avait l’habitude de se laver avec un Sâa (unité de
mesure) jusqu’à cinq Moudd (unité de mesure)(98), et faisait
ses ablutions avec un seul Moudd, comme l’a rapporté son
serviteur Anass Ibn Malik, que Dieu l’agrée (99).
B) L’animal
Dieu a créé l’animal sur cette terre et l’a mis au service
de l’homme pour qu’il assume, directement ou indirectement,
la fonction qui lui a été assignée par le Très-Haut. Ainsi,
parmi ces animaux, certains servent à l’homme soit de
monture, soit de nourriture, soit en tant que signes de
richesse et d’apparat, soit pour des besoins thérapeutiques,
soit en tant que bêtes de chasse. D’autres bestiaux vivent
loin des humains, dans un environnement bien déterminé, mais
dont les bienfaits atteignent indirectement l’homme, car le
Très-Haut n’a rien créé vainement : “Ce n'est pas par
divertissement que Nous avons créé les cieux et la terre et
ce qui est entre eux. Nous ne les avons créés qu'en toute
vérité. Mais la plupart d'entre eux ne savent pas” (100).
Dans les versets suivants, le Saint Coran énumère certains
besoins pour lesquels les animaux ont été créés : “Et les
bestiaux, Il les a créés pour vous; vous en retirez des
[vêtements] chauds ainsi que d'autres profits. Et vous en
mangez aussi. Ils vous paraissent beaux quand vous les
ramenez, le soir, et aussi le matin quand vous les lâchez
pour le pâturage. Et ils portent vos fardeaux vers un pays
que vous n'atteindriez qu'avec peine. Vraiment, votre
Seigneur est Compatissant et Miséricordieux. Et les chevaux,
les mulets et les ânes, pour que vous les montiez, et pour
l'apparat. Et Il crée ce que vous ne savez pas” (101).
Le rapport de l’homme avec l’animal est régi par les
commandements suivants :
1. Toute bête fait partie d’une famille qui remplit sa
fonction dans la vie, et doit de ce fait d’être préservée
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
a dit : “Ayant été piqué par une fourmi, un prophète a
ordonné que toute la fourmilière soit brûlée. Dieu lui dit
alors, par le truchement de la révélation : Pour la piqûre
d’une fourmi, tu as brûlé toute une nation qui glorifie
(Dieu) !” (102). Dans une autre version “Que n’as-tu tué
qu’une seule fourmi ?” (103).
2. Veiller à bien traiter les animaux domestiques
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
a dit : “L’enfer s’est tellement approché de moi que j’ai
dit : Seigneur ! C’est comme si j’étais avec eux ! J’ai vu
alors une chatte qui ne cessait de griffer une femme. “ Quel
mal a-t-elle donc fait ?”, Ai-je demandé. Elle a emprisonné
cette chatte (dans la vie terrestre) jusqu’à ce qu’elle
mourut de faim, m’a-t-on répondu”. Dans une autre version :
“Une femme a été suppliciée pour avoir emprisonné une chatte
jusqu’à ce qu’elle mourut de faim. Elle est entrée en enfer
à cause de cela”. Il a dit alors, -mais Dieu est le plus
savant- : “En détenant cette chatte enfermée, tu ne lui as
donné ni à manger, ni à boire. En même temps, tu ne l’as pas
laissée libre pour qu’elle puisse se nourrir des bestioles
de la terre” (104).
3. Lui porter secours, en cas de danger
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
a dit : “Un homme, ayant aperçu un chien en train de manger
de la terre humide pour calmer sa terrible soif qu’il
n’arrivait pas à assouvir, enleva son soulier et le remplit
plusieurs fois d’eau pour abreuver la bête, jusqu’à ce
qu’elle fût désaltérée. L’homme a alors remercié Dieu pour
l’aide qu’Il lui a permis d’apporter à l’animal, et le
Seigneur le fit entrer au paradis.”(105).
4. Exploitation des animaux à des tâches auxquelles ils sont
destinés par Dieu
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
a dit : “Quiconque aura tué sans droit un oisillon ou autre
animal plus grand, devra en rendre des comptes à Dieu le
Jour de la Résurrection. “Et qu’est-ce que son droit, Envoyé
de Dieu ?’’, demanda-t-on. ‘‘C’est de l’égorger rituellement
et de le manger ensuite, au lieu de lui trancher la tête
pour la jeter’’(106). Il a dit dans un autre hadith :
“Quiconque aura tué par pur divertissement un oiseau,
celui-ci se présentera le Jour de la Résurrection devant le
Seigneur en s’écriant :‘‘ Ô Seigneur ! Tel m’a tué vainement
et non pour une quelconque utilité’’(107).
5. Interdiction de tuer l’animal utile
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
a interdit de tuer cinq types de bestiaux : la fourmi,
l’abeille, la huppe, la circaète(108) et la grenouille
(109).
6. Permission de tuer l’animal nuisible
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
a dit : “Ils sont au nombre de cinq les bêtes nuisibles
qu’il est permis de tuer, que l’on soit ou non en état de
sacralisation (ihrâm) : le serpent, le corbeau tigré de
blanc, la souris, le chien sauvage et le milan” (110).
7. Permission de consommer certains animaux après égorgement
rituel
Dieu le Très-Haut a dit : “Vous est permise la bête du
cheptel, sauf ce qui sera énoncé [comme étant
interdit]’’(111). Les bêtes du cheptel sont les chameaux,
les vaches, les ovins et les caprins. Sont interdits le
porc, les bêtes féroces (sibâ’), les rapaces, ainsi que
toute bête n’ayant pas été égorgée selon le rite islamique
qui consiste à couper la gorge, l’œsophage et les carotides
primitives. Le Très-Haut a dit : “Vous sont interdits la
bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi
on a invoqué un autre nom que celui de Dieu, la bête
étouffée, la bête assommée ou morte d'une chute ou morte
d'un coup de corne, et celle qu'une bête féroce a dévorée
-sauf celle que vous égorgez avant qu'elle ne soit morte-.
(Vous sont interdits aussi la bête) qu'on a immolée sur les
pierres dressées”(112). Il a dit ailleurs : “La chasse en
mer vous est permise, et aussi d'en manger, pour votre
jouissance et celle des voyageurs” (113).
8. Prohibition de torturer ou de mutiler l’animal
Enumérant les moyens employés par le Satan pour égarer les
hommes, le Coran a fait dire à ce dernier : “Certes, je ne
manquerai pas de les égarer, je leur donnerai de faux
espoirs, je leur commanderai, et ils fendront les oreilles
aux bestiaux; je leur commanderai, et ils altéreront la
création de Dieu”(114). L’envoyé de Dieu, que la Prière et
le Salut soient sur lui, a dit : “Ne vous servez pas d’une
chose animée en tant que cible”. “L’envoyé de Dieu, que la
Prière et le Salut soient sur lui, a maudit celui qui se
sert d’une chose animée en tant que cible de tir” (115).
9. Dieu peut adresser un avertissement aux tyrans à travers
certains animaux
Le Très-Haut a dit du Pharaon et de son peuple, à l’époque
de Moïse, que le Salut soit sur lui : “Et Nous avons alors
envoyé sur eux l'inondation, les criquets, les poux (ou la
calandre), les grenouilles et le sang, comme signes
explicites, Mais ils s'enflèrent d'orgueil et demeurèrent un
peuple criminel” (116).
10. La transgression des commandements divins peut rendre
des animaux rares ou peu utiles
Dieu a donné à ce propos l’exemple de certains Fils d’Israël
: “Et interroges-les au sujet de la cité qui donnait sur la
mer, lorsqu'on y transgressait le Sabbat ! Que leurs
poissons venaient à eux faisant surface, au jour de leur
Sabbat, et ne venaient pas à eux le jour où ce n'était pas
Sabbat ! Ainsi les éprouvions-Nous pour la perversité qu'ils
commettaient”(117).
11. Il est permis d’utiliser certaines bêtes pour les
besoins de défense et de combat
Dieu le Très-Haut a dit : “Et préparez [pour lutter] contre
eux tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie
équipée, afin d'effrayer l'ennemi de Dieu et le vôtre, et
d'autres encore que vous ne connaissez pas en dehors de
ceux-ci mais que Dieu connaît”(118).
12. Dieu a assigné à chaque bête sur terre sa nourriture
Le Très-Haut a dit : “Il n'y a point de bête sur terre dont
la subsistance n'incombe à Dieu qui connaît son gîte et son
dépôt; tout est dans un Livre explicite” (119).
13. Dieu peut apporter sa miséricorde à l’homme grâce à
l’animal
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
a dit : “S’ils se refusent à s’acquitter de la Zakat (aumône
légale) sur leurs richesses, la pluie leur sera refusée du
ciel, et n’était-ce les bêtes, ils ne verraient point de
pluie”(120).
C) Les cultures et les arbres (plantations)
Les cultures et les arbres sont la première source de
nourriture nécessaire à la vie des êtres vivants et la base
des richesses que l’homme s’efforce de posséder. Voici les
principes sous-tendant la conception que se fait l’islam du
rapport de l’homme avec les cultures et les arbres :
1. La Zakat est obligatoire sur les cultures et les
plantations
Le Très-Haut a dit : “C'est Lui qui a créé les jardins,
treillagés et non treillagés; ainsi que les palmiers et la
culture aux récoltes diverses; [de même que] l'olive et la
grenade, d'espèces semblables et différentes. Mangez de
leurs fruits, quand ils en produisent; et acquittez-en les
droits le jour de la récolte. Et ne gaspillez point, car Il
n'aime pas les gaspilleurs” (121).
2. Les cultures et les fruits relèvent de l’aumône durable
Toute personne ayant planté un arbre est récompensée
proportionnellement au bénéfice tiré par l’homme, la bête ou
l’oiseau de cette culture, qu’elle ait agi en connaissance
de cause ou non. Le Messager de Dieu, que la Prière et le
Salut soient sur lui, a dit : “Tout musulman ayant planté ou
cultivé ce qui a servi de nourriture à un homme, une bête ou
un oiseau verra son acte compté comme une aumône” (122). Il
a aussi dit : “Tout musulman ayant planté une plantation
verra son acte compté comme une aumône chaque fois que
quelqu’un mange du fruit de cette plantation ou en vole, et
chaque fois qu’une bête sauvage ou un oiseau s’en
nourrissent, de même que lorsque les droits du planteur sur
ces fruits sont lésés”(123).
3. La terre doit être cultivée jusqu’à la fin du monde
Le Messager d Dieu, que la Prière et le Salut soient sur
lui, a dit : “Si la Résurrection se produit alors que l’un
de vous tient un plant dans sa main, s’il peut le planter
avant de s’en aller, qu’il le fasse” (124).
4. La germination obéit à une loi divine
Le Très-Haut a dit : “C'est Dieu qui fait fendre la graine
et le noyau : du mort il fait sortir le vivant, et du
vivant, il fait sortir le mort. Tel est Dieu. Comment donc
vous laissez-vous détourner ?”(125). Il a dit également :
“Voyez-vous donc ce que vous labourez ? Est-ce vous qui le
cultivez ? Ou [en] sommes Nous le cultivateur ? Si Nous
voulions, Nous le réduirions en débris. Et vous ne cesseriez
pas de vous étonner et [de crier]” (126). “Que l'homme
considère donc sa nourriture : C'est Nous qui versons l'eau
abondante ; puis Nous fendons la terre par fissures ; et y
faisons pousser grains, vignobles et légumes ; oliviers et
palmiers ; jardins touffus ; fruits et herbages, pour votre
jouissance vous et vos bestiaux” (127).
5. Dieu a créé multiples variétés de végétaux, pour des
usages et des goûts différents
Le Très-Haut a dit : “N'ont-ils pas observé la terre,
combien Nous y avons fait pousser de couples généreux de
toutes sortes ? Voilà bien là une preuve ! Et la plupart
d'entre eux ne croient pas. Et ton Seigneur est en vérité
Lui le Très-Haut, le Très Miséricordieux” (128). Il a encore
dit : “Et sur la terre il y a des parcelles voisines les
unes des autres, des jardins [plantés] de vignes, et des
céréales et des palmiers, en touffes ou espacés, arrosés de
la même eau, cependant Nous rendons supérieurs les uns aux
autres quant au goût. Voilà bien là des preuves pour des
gens qui raisonnent” (129).
6. Chaque plante possède ses caractéristiques propres
Le Très-Haut a dit, dans la bouche du prophète Saleh, que la
Paix soit sur lui : “Vous laissera-t-on en sécurité dans
votre présente condition ? Au milieu de jardins, de sources,
de cultures et de palmiers aux fruits digestes ?” (130). Il
a également gratifié le prophète Younès, que la Paix soit
sur lui, une fois sorti du ventre de la baleine, de moyens
destinés à l’aider à surmonter son épreuve : “Nous le
jetâmes sur la terre nue, indisposé qu'il était. Et Nous
fîmes pousser au-dessus de lui un plant de courge” (131).
D) La terre
Selon les enseignements de l’islam, la relation entre
l’homme et la terre est déterminée comme suit :
1. La construction de lieux d’habitation sur la terre est
une “aumône durable” aussi longtemps que les édifices bâtis
seront utiles
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
a dit : “Quiconque aura construit une bâtisse sans avoir
commis d’injustice ou causé de préjudice (pour ce faire) ou
planté une plantation sans avoir commis d’injustice ou causé
de préjudice, son acte lui sera compté pour une aumône
durable aussi longtemps qu’il aura été bénéfique aux
créatures du Très-Haut”(132).
2. Quiconque aura revivifié une terre morte, sans maître, en
devient propriétaire
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
a dit : “Quiconque aura vivifié une terre morte en devient
propriétaire, et nul n’a le droit de la lui enlever
injustement”(133). C’est le cas notamment des terres situées
en dehors des périmètres urbains. Il a encore dit :
“Quiconque aura vivifié une terre située à quelques pas ou à
un jet de pierre du terrain d’autrui lui appartiendra”(134),
et aussi “Quiconque aura peuplé une terre sans maître a le
droit, plus que quiconque, de la faire sienne”(135).
3. Interdiction d’usurper une terre appartenant à autrui
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
a dit : “Quiconque aura pris possession injustement ne
serait-ce que d’une pouce de terre, son cou sera encerclé de
sept terres le Jour de la Résurrection” (136).
4. Le gouverneur a le droit de déclarer un territoire
réservé au profit des faibles ou pour l’intérêt général
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
a dit : “Point de terrain réservé, si ce n’est celui dédié à
Dieu et à son Messager”(137). Le Prophète, que la Prière et
le Salut soient sur lui, a réservé Al-Baqiâ et Omar (Ibn
Al-Khattab) a réservé Assarf et Arrabda en disant à son
gouverneur : “Ô Hina ! garde-toi d’être injuste envers les
musulmans et crains l’invocation des victimes de
l’injustice, car elle est exaucée ; et permets aux bergers
ayant quelques chameaux et ceux ayant quelques têtes de
moutons (de faire paître leurs bêtes) ; et prends garde de
laisser paître les troupeaux de Othman Ibn Affan, car si
leurs troupeaux venaient à périr, ils retourneraient à leurs
fermes et leurs champs cultivés, alors que ceux ayant
quelques têtes de chameaux ou de moutons, si leurs troupeaux
venaient à périr, ils amèneraient les personnes à leur
charge à moi en disant : “Ô Commandeur des croyants !”.
Pourrais-je alors les ignorer ? Non, évidemment. Je trouve
donc plus facile de les laisser abreuver et paître leurs
bêtes que de leur donner de l’argent et de l’or” (138).
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
a également protégé les domaines compris entre les deux
Repères de Médine. Abou Hurayra dit à ce sujet : “Si
j’aperçois des gazelles entre ses deux Repères (de Médine),
je n’oserai jamais les effarer”, “Et il (le Prophète) a
établi un périmètre de douze miles autour de Médine comme
une zone protégée” (139).
5. Le maintien de la propreté de la terre est considéré
comme un acte de dévotion divinement récompensé
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
a dit : “La Foi est divisée en soixante-dix ou soixante et
quelques fractions, dont le plus haut degré est le fait de
dire “Il n’y a point de Dieu qu’Allah” et le degré moindre
est le fait d’écarter les embûches de la voie publique. La
pudeur est une branche de la foi.” (140). Abou Barza a
demandé au Prophète, que la Prière et le Salut soient sur
lui : " Ô envoyé de Dieu, apprends-moi quelque chose qui me
sera utile. “Enlève les choses encombrantes du chemin des
musulmans”, lui a-t-il répondu (141). L’Envoyé de Dieu, que
la Prière et le Salut soient sur lui, a dit également : “Un
serviteur (de Dieu) est entré au paradis pour avoir enlevé
une branche d’arbre épineuse du chemin des musulmans”(142).
Selon un autre hadith : “Quiconque aura enlevé du chemin des
musulmans quelque chose qui peut leur causer du tort sera
récompensé par Dieu par une bonne action inscrite à son
compte ; et quiconque est crédité par Dieu d’une bonne
action, sera de ce fait admis au paradis” (143).
6. Prohibition du tapage et autres nuisances sonores
Parmi les conseils que Luqman, que le Salut soit sur lui, a
prodigué à son fils, en l’exhortant : “ “Sois modeste dans
ta démarche, et baisse ta voix, car la plus détestée des
voix, c'est bien la voix des ânes”” (144). Même quand il
s’agit d’invoquer Dieu, Le Très-Haut a dit : “Invoquez votre
Seigneur en toute humilité et recueillement et avec
discrétion. Certes, Il n'aime pas les transgresseurs”(145) ;
“Et dans ta Salat, ne récite pas à voix haute; et ne l'y
abaisse pas trop, mais cherche le juste milieu entre les
deux” (146).
E) L’air
C’est le fluide gazeux constituant l’atmosphère de notre
planète. Il est aussi indispensable que l’eau pour le
maintien et la perpétuation de la vie.
D’après les sources islamiques, l’air assure plusieurs
fonctions, dont notamment :
1. La variation des vents est une preuve de l’existence et
de la Grandeur de Dieu.
Le Très-Haut a dit : “Certes dans la création des cieux et
de la terre, …dans la variation des vents, et dans les
nuages soumis entre le ciel et la terre -dans tout cela il y
a des signes, pour un peuple qui raisonne.”(147).
2. Le mouvement des vents est un signe annonciateur du
changement du climat, de l’apparition des nuages et de
l’imminence des pluies
Le Très-Haut a dit : “C'est Lui qui envoie les vents comme
une annonce de Sa Miséricorde. Puis, lorsqu'ils transportent
une nuée lourde, Nous la dirigeons vers un pays mort [de
sécheresse], puis Nous en faisons descendre l'eau, ensuite
Nous en faisons sortir toutes espèces de fruits.”(148).
3. Moyen de fécondation des plantes et d’amoncellement des
nuages
Le Très-Haut a dit : “Et Nous envoyons les vents fécondants
; et Nous faisons alors descendre du ciel une eau dont Nous
vous abreuvons et que vous n'êtes pas en mesure de
conserver”(149).
4. Moyen de formation et de dispersion des nuages
Le Très-Haut a dit : “Dieu, c'est Lui qui envoie les vents
qui soulèvent des nuages ; puis Il les étend dans le ciel
comme Il veut ; et Il les met en morceaux. Tu vois alors la
pluie sortir de leurs profondeurs. Puis, lorsqu'Il atteint
avec elle qui Il veut parmi Ses serviteurs, les voilà qui se
réjouissent” (150).
5. Moyen favorisant le mouvement des navires et des vagues
dans la mer
Le Très-Haut a dit : “Quand vous êtes en bateau. [Ces
bateaux] les emportèrent, grâce à un bon vent. Ils s'en
réjouirent jusqu'au moment où, assaillis par un vent
impétueux, assaillis de tous côtés par les vagues...” (151).
6. Moyen de propagation des odeurs
Le Très-Haut a dit : “Et dès que la caravane franchit la
frontière [de Canâan], leur père dit : “Je décèle, certes,
l'odeur de Joseph, même si vous dites que je radote” ”(152).
7. Moyen de vol
Le Très-Haut a dit : “N'ont-ils pas vu les oiseaux au-dessus
d'eux, déployant et repliant leurs ailes tour à tour ? Seul
le Tout Miséricordieux les soutient. Car Il est, sur toute
chose, Clairvoyant” (153).
8. Moyen de vaincre l’ennemi
Le Très-Haut a dit : “Ô vous qui croyez ! Rappelez-vous le
bienfait de Dieu sur vous, quand des troupes vous sont
venues et que Nous avons envoyé contre elles un vent et des
troupes que vous ne pouviez voir. Dieu demeure Clairvoyant
sur ce que vous faites” (154).
9. Moyen d’anéantissement et de destruction
Le Très-Haut a dit : “Et quant aux Aad, ils furent détruits
par un vent mugissant et furieux qu'Il [Dieu] déchaîna
contre eux pendant sept nuits et huit jours consécutifs ; tu
voyais alors les gens renversés par terre comme des souches
de palmiers évidées. En vois-tu le moindre vestige ?” (155).
L’éducation et le développement environnementaux
Le Pr. Dr Kamal-eddine Al Batanouni écrit à ce propos : “
Dans l’optique islamique, la philosophie et l’éthique
environnementales ont un statut spécial, en ce sens que
c’est l’esprit même de la religion islamique qui est porteur
de valeurs et de philosophie environnementales. Il faut
savoir en effet que la conscience du musulman, imprégnée par
la foi, influe grandement sur la conduite de ce dernier qui,
de fait, agit suivant ce que lui dictent ses inspirations
intérieures et non par crainte de quelque autorité humaine
extérieure. Ce qui veut dire que le musulman adopte et
diffuse des principes éthiques par conviction et sans avoir
besoin d’aucune législation, réglementation ou pression
extérieure qui les lui impose. C’est pour cela qu’il est
nécessaire que les gens apprennent à ancrer dans leurs
esprits et leur conscience la foi islamique” (156).
J’ajouterai, pour ma part, que chez le fidèle, la croyance
islamique se traduit en une conduite de tous les jours, au
point qu’elle est devenue une sorte d’habitude intériorisée
chez les nouvelles générations. Une habitude qui ne peut
évoluer et se transformer en une conviction chez celles-ci
que si les modèles de conduite liés aux textes fondateurs
leur sont inculqués par le biais de l’éducation et de
l’enseignement, à défaut de quoi l’on risque de voir la
conduite escomptée réduite à de simples traditions et
coutumes qu’on se permet de transgresser. C’est dire
l’importance de l’éducation durable comme condition
indispensable du développement durable.
Nous tenterons, dans ce qui suit, de passer en revue
certains modèles de conduite islamiques, en complément à ce
qui a déjà été dit au sujet des autres éléments de
l’environnement- pour ce qui a trait à l’éducation
environnementale. Cette partie se déclinera en cinq axes, à
savoir :
1. l’éducation environnementale dans la croyance islamique
2. l’éducation environnementale dans le culte islamique
3. l’éducation environnementale dans la relation du musulman
avec son frère musulman
4. l’éducation environnementale dans la relation du musulman
avec les non musulmans
5. l’éducation environnementale dans la relation du musulman
avec les composantes naturelles de l’environnement.
Il va sans dire que pour qu’elle puisse remplir son rôle
dans le développement durable, l’éducation environnementale
a besoin d’un enseignement et de programmes scolaires qui
mettent en exergue la conduite souhaitée en tant que forme
d’adoration qui vaut à l’homme d’être récompensé pour son
observance, mais aussi d’être puni pour son abandon, sa
négligence ou l’adoption de comportement incompatible.
1. L’éducation environnementale du point de vue du dogme
islamique
La croyance islamique a pour fondements les dogmes suivants
:
- Croire à Dieu, l’Unique, le Souverain suprême qui commande
et inspire la conduite de l’homme, par le truchement de Ses
commandements, Ses interdits et Ses recommandations. Cette
croyance constitue la référence à laquelle se ramènent
toutes les opinions en cas de divergences. Le Très-haut a
dit en effet : “Ô les croyants ! Obéissez à Dieu, et
obéissez au Messager et à ceux d'entre vous qui détiennent
le commandement. Puis, si vous vous disputez en quoi que ce
soit, renvoyez-là à Dieu et au Messager, si vous croyez en
Dieu et au Jour dernier. Ce sera bien mieux et de meilleur
interprétation (et aboutissement)” (157).
Le Très-Haut n’est pas le Seigneur de l’homme uniquement,
mais aussi celui de l’univers entier: “Louange à Dieu,
Seigneur des cieux et Seigneur de la terre : Seigneur de
l'univers. Et à Lui la grandeur dans les cieux et la terre.
Et c'est Lui le Puissant, le Sage”(158). C’est ainsi que
l’homme arrive à mener une vie harmonieuse, grâce justement
à cette unicité de référence.
- Croire au caractère souverain d’Allah le Très-Haut, qui
implique que l’on ne doit adorer que Lui, que la soumission
parfaite et complète n’est due qu’à Allah et que tous les
êtres humains sont ses serviteurs, quoi qu’ils puissent
exercer comme fonctions dans la vie d’ici-bas, chefs ou
subalternes, gouverneurs ou gouvernés, patrons ou ouvriers,
pères ou fils, maîtres ou esclaves. Cette croyance permet à
l’homme de s’affranchir de la sujétion à d’autres maîtres
qu’Allah.
- Croire à toutes les religions monothéistes révélées et à
tous les prophètes et messagers, croyance figurant au nombre
des piliers de l’islam : “Le Messager a cru en ce qu'on a
fait descendre vers lui venant de son Seigneur, et aussi les
croyants : tous ont cru en Dieu, en Ses anges, à Ses livres
et en Ses messagers; (en disant) : "Nous ne faisons aucune
distinction entre Ses messagers”(159). Ainsi, ce dogme
impose au musulman de vouer respect et estime aux adeptes
des autres religions, chose qui est d’ailleurs observable
dans tous les pays islamiques. La preuve en est le respect
et la protection dont jouissaient les non-musulmans à l’âge
d’or de la civilisation islamique, chose qu’ils n’ont vécu
sous aucun autre règne.
- Croire que personne ne saurait être contraint d’embrasser
la religion islamique ou d’y croire. Le Très-Haut a dit à ce
sujet : “Et dis : “La vérité émane de votre Seigneur”.
Quiconque le veut, qu'il croit, et quiconque le veut, qu'il
mécroie””(160). “Nulle contrainte en religion ! Car le bon
chemin s'est distingué de l'égarement”(161). Et quand
Abraham, que la Paix soit sur lui, invoqua le Très-Haut pour
qu’Il comble de ses bienfaits ceux parmi ses descendants,
habitants du Territoire sacré (La Mecque), qui auront cru en
Dieu, le Seigneur lui répondit que ses bienfaits
couvriraient toutes ses créatures, même les impies parmi
elles : “Et quand Abraham supplia : “Ô mon Seigneur, fais de
cette cité un lieu de sécurité, et fais attribution des
fruits à ceux qui parmi ses habitants auront cru en Dieu et
au Jour dernier”, le Seigneur dit : “Et quiconque n'y aura
pas cru, alors Je lui concéderai une courte jouissance
[ici-bas], puis Je le contraindrai au châtiment du Feu [dans
l'au-delà]. Et quelle mauvaise destination” !” (162). De
fait, après l’avènement de l’islam, les lieux de culte des
gens du Livre (les chrétiens et les juifs) dans la péninsule
arabique ont continué à remplir leur fonction et ceux-ci ont
continué à y exercer leur culte, sans faire l’objet d’aucune
contrainte pour se convertir à l’islam ou détruire lesdits
lieux.
- Le musulman est appelé à assumer sa responsabilité envers
les générations actuelles et les générations futures,
lesquelles doivent être guidées vers la vraie et l’unique
croyance qui mène au salut : “Ô vous qui avez cru !
Préservez vos personnes et vos familles, d'un Feu dont le
combustible sera les gens et les pierres, surveillé par des
Anges rudes, durs, ne désobéissant jamais à Dieu en ce qu'Il
leur commande, et faisant strictement ce qu'on leur
ordonne”(163). La récompense est vite annoncée : “Ceux qui
auront cru et que leurs descendants auront suivis dans la
foi, Nous ferons que leurs descendants les rejoignent. Et
Nous ne diminuerons en rien le mérite de leurs oeuvres,
chacun étant tenu responsable de ce qu'il aura acquis”.
(164)
2. L’éducation environnementale du point de vue du culte
islamique
Le musulman accomplit les actes de culte à la fois par ses
sens, les organes de son corps et ses biens. Pour être
valable, le culte doit répondre aux conditions suivantes :
- Être voué exclusivement à Dieu. Le Très-Haut a dit : “Il
ne leur a été commandé, cependant, que d'adorer Dieu, Lui
vouant un culte exclusif, d'accomplir la Salat et
d'acquitter la Zakat. Et voilà la religion de droiture”
(165). Il a dit à son Messager Mohamed, que la paix et la
prière soient sur lui : “Dis : “Il m'a été ordonné d'adorer
Dieu en Lui vouant exclusivement le culte, et il m'a été
ordonné d'être le premier des Musulmans”(166). Le Prophète,
que la Paix et la Prière soient sur lui, a aussi dit : “On
ne jugera des actions que selon les intentions (qui les
sous-tendent). Chacun ne sera rétribué que selon ce qu’il a
entendu faire”(167). Il s’agit là d’une forme de pureté
intérieure.
- La propreté matérielle corporelle, qui implique
l’élimination des souillures, et la propreté morale exigée
avant l’accomplissement de certains cultes, tels la prière
ou le tour de la Maison sacrée. Ainsi, la propreté de la
bouche, du nez et du reste des organes revêt un caractère
tantôt obligatoire tantôt recommandé.
- L’établissement de liens sociaux entre les musulmans par
le biais des prières collectives et du pèlerinage.
- La concrétisation de l’entraide sociale entre les
musulmans à travers la Zakat qu’il faut verser
obligatoirement au profit des pauvres et des nécessiteux.
- La concrétisation de la solidarité humaine entre les
musulmans et les autres communautés, grâce aux aumônes
volontaires.
- Le raffermissement des liens de solidarité sociale entre
les musulmans, à travers, par exemple, le remboursement des
dettes en faveur des personnes lourdement endettées pour des
raisons valables, l’affranchissement des esclaves et l’aide
aux voyageurs pour regagner leurs contrées.
- La concrétisation de l’unité islamique, reflétée par le
rassemblement des fidèles à l’occasion du pèlerinage.
- Il n’y a point de distinction entre les musulmans, si ce
n’est par le degré de piété, laquelle demeure une affaire de
cœur que nul ne peut connaître, à l’exception de Dieu le
Très-Haut. Ainsi, aucun fidèle ne peut se vanter d’être plus
pieux qu’un autre et il ne lui est pas d’ailleurs permis de
le faire. Le Très-Haut a dit : “C'est Lui qui vous connaît
le mieux quand Il vous a produits de terre, et aussi quand
vous étiez des embryons dans les ventres de vos mères. Ne
vantez pas vous-mêmes votre pureté; c'est Lui qui connaît
mieux ceux qui [Le] craignent” (168).
- La maîtrise des appétits du corps et de l’esprit, y
compris les besoins licites, notamment par le jeûne.
- Ajoutons à tout cela les commandements de l’islam qui
exhortent le musulman à se tailler la moustache et les
ongles, à se faire circoncire, à se raser le pubis, à
s’épiler les aisselles, à se frotter les doigts et les
orteils lors des ablutions, à se laver les mains avant et
après les repas, à se brosser les dents avec le siwak (sorte
de brosse à dents traditionnelle), à maintenir ses cheveux
propres, à prendre son bain (rituel) le vendredi, lors des
fêtes religieuses, après un rapport sexuel, la menstruation
et les lochies ou encore à la suite de l’émission des odeurs
corporelles, à veiller à la propreté des foyers et des
voies, à lutter contre les épidémies, à combattre les
maladies, à éviter d’utiliser comme ustensiles les
récipients destinés aux animaux domestiques, etc.
3. L’éducation environnementale dans les rapports entre
musulmans
Ces rapports ont pour fondements :
- La fraternité découlant du partage de la même croyance,
qui unit tous les musulmans. Le Très-Haut a dit : “Les
croyants ne sont que des frères” (169).
- L’obligation de réconcilier les musulmans qui se livrent
la guerre. Le Très-Haut a dit : “Et si deux groupes de
croyants se combattent, faites la conciliation entre eux. Si
l'un d'eux opprime l'autre, combattez le groupe oppresseur
jusqu'à ce qu'il se conforme à l'ordre de Dieu” (170).
- La nécessité d’établir la concorde entre les musulmans. Le
Très-Haut a dit : “Et rappelez-vous le bienfait de Dieu sur
vous : lorsque vous étiez ennemis, c'est Lui qui réconcilia
vos cœurs. Puis, par Son bienfait, vous êtes devenus
frères”(171). L’Envoyé de Dieu a dit : “Un musulman a six
devoirs à accomplir à l’égard de son prochain (musulman).
“Lesquels, Envoyé de Dieu ?”, demanda-t-on ? Il répondit :
“C’est de le saluer quand tu le rencontres, répondre à son
invitation, lui donner conseil quand il te le demande, lui
souhaiter la miséricorde de Dieu quand il éternue et dit
“louange à Dieu”, lui rendre visite quand il est souffrant,
et suivre son convoi funèbre quand il meurt”(172).
- Instaurer la discipline sociale, dans le but de faire
régner le bien et combattre le mal, ou, (selon la
terminologue islamique), “ordonner les pratiques convenables
et dénoncer les actes répréhensibles”. Le Très-Haut a dit :
“Vous êtes la meilleure communauté qu'on ait fait surgir
pour les hommes : vous ordonnez le convenable, interdisez le
blâmable et croyez à Dieu” (173).
- L’exhortation au bien et à tout ce qui peut être bénéfique
à l’homme, individuellement ou collectivement. Le Très-Haut
a dit : “Que soit issue de vous une communauté qui appelle
au bien”(174).
- L’adoption de la consultation (chûrâ) en tant que moyen de
gestion des affaires au sein de la famille ainsi qu’au
niveau de l’institution ou de l’État. Le Très-Haut a dit :
“Et si, après s'être consultés, tous deux tombent d'accord
pour décider le sevrage, nul grief à leur faire”(175). Le
Très-Haut a également promis la récompense dans l’au-delà à
ceux qui optent pour la consultation : “Tout ce qui vous a
été donné [comme bien] n'est que jouissance de la vie
présente; mais ce qui est auprès de Dieu est meilleur et
plus durable pour ceux qui ont cru et qui placent leur
confiance en leur Seigneur ; qui évitent [de commettre] des
péchés les plus graves ainsi que les turpitudes, et qui
pardonnent après s'être mis en colère ; qui répondent à
l'appel de leur Seigneur, accomplissent la Salat, se
consultent entre eux à propos de leurs affaires, dépensent
de ce que Nous leur attribuons”(176). Le Très-Haut a aussi
ordonné à son Prophète, que la Paix et le Salut soient sur
lui, de ne pas cesser d’appliquer la consultation, quelles
qu’en soient les conséquences, et lui dit au lendemain de la
défaite essuyée lors la bataille d’Uhud : “C'est par quelque
miséricorde de la part de Dieu que tu (Muhammad) as été si
doux envers eux ! Mais si tu étais rude, au cœur dur, ils se
seraient enfuis de ton entourage. Pardonne-leur donc, et
implore pour eux le pardon (de Dieu). Et consulte-les à
propos des affaires ; puis une fois que tu t'es décidé,
confie-toi donc à Dieu, Dieu aime, en vérité, ceux qui Lui
font confiance” (177).
- L’indulgence envers le fautif, quand on a le pouvoir de le
punir. Le Très-Haut a dit : “L’indulgence est plus proche de
la piété.” (178). “Mais si vous [les] excusez, passez sur
[leurs] fautes et [leur] pardonnez, sachez que Dieu est
Pardonneur, Très Miséricordieux”(179). Le Très-Haut a aussi
classé l’indulgence parmi les qualités de ceux qui seront
récompensés par Son immense paradis : “Ceux qui dépensent
dans l'aisance et dans l'adversité, qui dominent leur rage
et pardonnent à autrui - car Dieu aime les
bienfaisants”(180).
- Dans la vie de tout musulman, les règles régissant son
culte et sa conduite convergent vers la concrétisation de
cinq objectifs majeurs, à savoir la préservation de la
religion, de la vie, de l’esprit, de la descendance et des
biens.
4. L’éducation environnementale dans les rapports entre
musulmans et non musulmans
Ces rapports sont fondés sur les principes suivants :
- L’origine unique de tous les êtres humains. Le Très-Haut a
dit : “Ô hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés
d'un seul être, et a créé de celui-ci son épouse, et qui, de
ces deux là, a fait répandre (sur la terre) beaucoup
d'hommes et de femmes” (181).
- La nécessité de traiter équitablement les sujets non
musulmans d’un Etat islamique. Le Très-Haut a dit : “Et que
la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injuste.
Soyez justes, c’est plus proche de la piété” (182). Le
Messager de Dieu, que la Paix et le Salut soient sur lui, a
dit : “un pacte conclu avec un musulman est valable pour
tous les autres musulmans. Quiconque aura donc rompu son
pacte avec un musulman sera maudit aux yeux d’Allah, des
anges et de tous les humains, et aucune transaction ni
compensation venant de lui ne sera acceptée” (183). Omar Ibn
Al-Khattab, que Dieu l’agrée, a exhorté son successeur, au
sujet des non musulmans vivant en terre d’islam ou qui ont
signé une trêve ou un traité de paix avec les musulmans :
“Je lui recommande d’observer, dans tous ses actes, les
commandements de Dieu et de son Messager à ce sujet, de
sorte qu’il puisse honorer ses engagements envers eux, les
défendre et éviter de leur imposer des charges qu’ils ne
seront pas en mesure de supporter”(184).
- Etre bienfaisants et équitables envers eux. Le Très-Haut a
dit : “Dieu ne vous défend pas d'être bienfaisants et
équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la
religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car
Dieu aime les équitables” (185).
- Ne pas prendre pour alliés ceux qui combattent les
musulmans pour leur religion et les expulsent de leurs
demeures ainsi que ceux qui les aident à le faire. Le
Très-haut a dit : “Dieu vous défend seulement de prendre
pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion,
chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et
ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes”(186).
- Favoriser la connaissance mutuelle des peuples du monde.
Le Très-Haut a dit : “Ô vous les hommes ! Nous vous avons
créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous
des nations et des tribus, pour que vous vous connaissiez
mutuellement. Le plus noble d'entre vous, auprès de Dieu,
est le plus pieux. Dieu est certes Omniscient et Grand-
Connaisseur”(187).
- Réconcilier les gens en litige. Le Très-Haut a dit : “Et
n'usez pas du nom de Dieu, dans vos serments, pour vous
dispenser de faire le bien, d'être pieux et de réconcilier
les gens. Et Dieu est celui qui entend et sait tout” (188).
- Préserver la dignité de tout être humain, quel qu’il soit.
Le Très-Haut a dit : “Certes, Nous avons honoré les fils
d'Adam”(189). Omar Ibn Al-Khattab, que Dieu l’agrée, déclara
haut et fort, lorsqu’un Copte était venu se plaindre auprès
de lui de l’injustice que lui avait infligée le fils de son
gouverneur (en Egypte) Amr Ibn Al-Ass : “Depuis quand vous
vous permettez d’asservir les gens alors qu’ils sont nés
libres ?”.
5. L’éducation environnementale dans le rapport du musulman
avec les constituants naturels de l’environnement
Les fondements de cette relation sont les suivants :
- Planifier et exécuter des projets qui soient bénéfiques à
tous les peuples, y compris les peuples qui s’y connaissent
en planification. L’exemple le plus éloquent à cet égard est
l’histoire de Youssef (Joseph), que la Paix soit sur lui,
avec le roi d’Egypte (Pharaon) qui le sollicita pour lui
interpréter son songe et le nomma ensuite comme Intendant en
chef du Royaume, avec pour mission d’élaborer un plan de
sauvetage du pays confronté à la disette imminente : “Alors
[Joseph dit] : “Vous sèmerez pendant sept années
consécutives. Tout ce que vous aurez moissonné, laissez-le
en épi, sauf le peu que vous consommerez. Viendront ensuite
sept années de disette qui consommeront tout ce que vous
aurez amassé pour elles, sauf le peu que vous aurez réservé
[comme semence]. Puis, viendra après cela une année où les
gens seront secourus [par la pluie] et iront au pressoir””
(190). En arrêtant son plan, Youssef, que la Paix soit sur
lui, a tenu compte non seulement de l’intérêt des Égyptiens,
mais aussi de celui des pays voisins. C’est pourquoi les
habitants de Palestine, y compris les frères de Youssef,
n’ont pas tardé à venir s’approvisionner en blé chez les
Égyptiens pour couvrir leurs besoins.
- La responsabilité de l’homme devant Dieu pour ce qu’il a
possédé. Le Très-haut a dit : “Puis, assurément, vous serez
interrogés, ce jour-là, sur les délices” (191). L’Envoyé de
Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “Les
pieds du fils d’Adam ne bougeront pas devant son Seigneur
jusqu’à ce qu’il aura été questionné sur cinq choses : sa
vie et ce à quoi il l’a consacrée ; sa jeunesse et ce à quoi
il l’a déployée ; ses richesses et d’où il les a tirées et
comment il les a dépensées ; et ce qu’il a fait des
connaissances qu’il a apprises ?”(192).
- L’exploitation rationnelle des ressources naturelles, de
façon à favoriser le développement du monde. Le Très-Haut a
dit : “Et ne commettez pas de la corruption sur la terre
après sa réforme” (193) ; “Dieu distingue celui qui sème le
désordre de celui qui fait le bien” (194) ; “C'est Lui qui a
créé les jardins, treillagés et non treillagés ; ainsi que
les palmiers et la culture aux récoltes diverses ; [de même
que] l'olive et la grenade, d'espèces semblables et
différentes. Mangez de leurs fruits, quand ils en produisent
; et acquittez-en les droits le jour de la récolte. Et ne
gaspillez point car Il n'aime pas les gaspilleurs” (195) ;
“Tu ne veux être qu'un tyran sur terre ; et tu ne veux pas
être parmi les bienfaiteurs” (196).
- Les richesses du sous-sol ne sont pas la propriété
exclusive du propriétaire de ce sol, mais communes à tous
les humains, de sorte que celui dans le sol duquel ont été
découvertes pourra en bénéficier, tout en en faisant
bénéficier ceux qui en ont besoin, par l’échange, l’achat ou
le don. Le Très-Haut a dit : “Quant à la terre, Il l'a
étendue pour les êtres vivants : il s'y trouve des fruits,
et aussi les palmiers aux fruits recouverts d'enveloppes,
tout comme les grains dans leurs balles, et les plantes
aromatiques” (197).
Principes législatifs relatifs à la préservation de
l’environnement
Le principe de base de la conduite de tout musulman est
l’autodiscipline. Car dans la foi islamique, c’est Dieu qui
demandera aux humains de rendre compte des actes qu’ils
auront accomplis durant leur vie terrestre, et “Rien,
vraiment, ne se cache de Dieu de ce qui existe sur la terre
ou dans le ciel”(198) ; “Dis : “Que vous cachiez ce qui est
dans vos poitrines ou bien vous le divulguiez, Dieu le sait.
Il connaît tout ce qui est dans les cieux et sur la terre.
Et Dieu est Omnipotent””(199). Le Jour de la Résurrection,
la reddition des comptes se fera conformément à cette règle
: “Quiconque fait un bien, fût-ce du poids d'un atome, le
verra ; et quiconque fait un mal, fût-ce du poids d'un
atome, le verra”(200). Et quiconque aura fait du mal à
autrui devra obligatoirement en payer le prix dans
l’au-delà, et peut-être même au cours de sa vie présente.
L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui,
questionna un jour Ses compagnons : “Savez-vous qui est le
vrai failli (mûflis)?”. “Si, celui qui est ruiné, sans sous
ni aucun bien”, lui a-t-on répondu. Le Prophète rectifia
alors : “Dans ma nation, le “failli”, c’est celui qui se
présente le Jour de la Résurrection avec ses actes de
prière, de jeûne et de Zakat, mais aussi en ayant insulté,
calomnié, volé, tué ou fustigé des gens. Il donnera alors de
ses bonnes actions à celui-ci et à celui-là, et quand ses
bonnes actions auront été épuisées avant qu’il ne rachète
ses fautes, il se verra alors chargé des péchés de ses
victimes et jeté ainsi dans le feu”(201).
On ne saurait préserver l’environnement pour les générations
présentes, sans compromettre le droit des générations
futures à profiter du même environnement (c’est le sens même
de “l’environnement durable”), sans mettre l’accent sur les
questions environnementales et leur dimension religieuse,
dans les programmes d’enseignement, les moyens d’information
et les organes d’orientation et d’édification religieuse,
ainsi que dans les législations.
Dès lors, la protection de l’environnement est une
responsabilité qui incombe aussi bien aux individus qu’aux
institutions et à l’Etat. Pour ce qui est de l’Etat, la
législation est devenue une condition indispensable et un
outil de première importance pour l’organisation de la vie
des individus et la sauvegarde des intérêts publics et
privés.
S’agissant de la protection de l’environnement, toute
législation doit s’appuyer sur les principes suivants :(202)
- Le Très-Haut est le véritable Maître de la Terre et des
richesses qu’elle recèle. Les biens et les ressources
d’environnement dont disposent les individus ou l’Etat ne
leur sont confiés qu’à titre de dépôt et de droits de
jouissance.
- Le gouvernant intervient pour organiser l’exercice des
droits civils et privés, dans l’équité et l’équilibre, et
dans les limites permettant la concrétisation des objectifs
généraux de la religion islamique, conformément à la règle
juridique (l’administration (exercée par un gouvernant) pour
le compte de ses sujets est tributaire du respect de
l’intérêt général).
- Il n’est pas permis d’exploiter les ressources naturelles
et les composantes de l’environnement à des fins contraires
à l’usage auquel elles sont destinées par le Créateur, de
même qu’il est prohibé de surconsommer ces ressources
jusqu’à l’épuisement, car cela équivaudrait à un abus de
droit.
- Il n’est pas permis de faire usage des ressources
naturelles, des composantes de l’environnement et autres,
d’une façon susceptible de causer du tort à autrui, à
l’environnement ou à soi-même, conformément à la règle “nul
ne doit faire du tort à lui-même ni à autrui” et au
commandement divin “Et ne vous jetez pas par vos propres
mains dans la destruction” (203).
- Il existe des biens communs dont il n’est pas permis de
restreindre l’usage pour une raison autre que l’intérêt
général. C’est le cas de l’eau, du pâturage, du feu, des
sources d’énergie, des forêts, des animaux terrestres et
marins, des domaines publics et de l’air, tous biens
considérés comme indispensables pour la survie des êtres
humains.
- Celui qui aura porté préjudice à autrui ou à
l’environnement devra en assumer les conséquences. Il devra
aussi réparer les dégâts qu’il a causés ou de verser, en
contrepartie, une indemnisation conséquente, conformément
aux règles juridiques “la compensation se fait
proportionnellement au profit tiré”, “Le tort doit être
réparé” et “Le fautif est responsable même si son tort est
non intentionnel”.
- En cas de conflit d’intérêts, l’intérêt général l’emporte
sur l’intérêt personnel, en application des règles
juridiques “un dommage particulier peut être supporté pour
repousser un préjudice général” et “En présence de deux
situations préjudiciables, on privilégie la moins grave”.
- L’intérêt avéré, réel et effectif passe avant l’intérêt
probable, hypothétique, conjectural, car en toute chose il
faut considérer les faits avérés.
- L’intérêt impérieux et indispensable à la survie prime sur
l’intérêt conjoncturel dont la satisfaction permet
d’éliminer un embarras ou d’épargner une peine. De même, en
cas de conflit, l’intérêt essentiel prime sur l’intérêt
accessoire et superflu. Autrement dit, le plus important
passe avant le moins important.
- Les intérêts des faibles doivent avoir la priorité, en
raison de l’incapacité de ceux-ci à réaliser et à défendre
leurs intérêts, ou de l’inexistence de la prise en charge
des faibles en l’absence desdits intérêts, conformément aux
règles de droit “Les intérêts des faibles passent avant ceux
des riches” et “Repousser les préjudices des faibles vaut
mieux que de les repousser des riches” (204).
- Dans le cas où la recherche d’intérêts peut engendrer des
torts plus graves ou d’importance équivalente, l’abandon de
ces intérêts vaudra mieux que leur maintien, en application
du principe “Mieux vaut prévenir un préjudice que de
rechercher un avantage”, et parce que le fait de prévenir un
préjudice constitue un intérêt en soi.
- L’intérêt doit être accordé à la création des
institutions, des organismes, des associations et des
groupes qui s’activent dans le domaine de la protection de
l’environnement. Dans la civilisation islamique, la Hisba
(censure des mœurs) jouait un rôle certain dans la
préservation de l’environnement, fondée qu’elle est sur le
devoir d’ordonner les pratiques convenables et d’interdire
les conduites blâmables ainsi que de prévenir toutes
tentatives de corruption, de fraude et de tricherie dont les
gens peuvent être victimes.
- Les pollueurs de l’environnement doivent être contraints
d’utiliser, à leurs propres frais, ce qui est de nature à
alléger les conséquences de cette pollution ou à y mettre un
terme, en application des règles “Les réparations sont
fixées proportionnellement aux dégâts occasionnés” et “Nul
ne doit faire du tort à lui-même ni à autrui”.
- Les individus doivent être encouragés à défricher les
terres incultes par le labour, le défrichement et la mise en
valeur et ce, à travers la possession, le droit de
jouissance à long terme ou tout autre procédé susceptible
d’encourager la concrétisation d’un tel objectif.
* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *
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