Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

L’éducation environnementale du point de vue islamique

Dr Abdellatif Mahmoud Al-Mahmoud*

 

Qu’est-ce que l’environnement ?

En arabe, la racine /b-w-‘a/ qui a donné naissance à /bî’at/ (environnement) recouvre plusieurs significations, dont(1) :

1. Le lieu qui sert d’abri ou de demeure aux êtres vivants. Il est dit dans un hadith : “Médine, c’est là le lieu qui nous servira d’abri (mutabawwâ)” .

2. Le lieu préparé et aménagé pour un usage déterminé.  On lit dans le Coran : “Quant à ceux qui auront cru et qui auront accompli des œuvres bonnes, nous les ferons demeurer (la-nubawiannahum), pour toujours, dans le Jardin au milieu des salles sous lesquelles coulent les ruisseaux”.

3. L’entourage, le lieu environnant, environnement.

4. L’état ou la situation.

5. Le lieu présentant les conditions de vie idoines pour un être vivant ou un groupe particulier d’êtres vivants, tels l’environnement social, l’environnement naturel et l’environnement géographique.

Sur le plan terminologique, le terme “bî’at” (environnement) a reçu plusieurs définitions, dont on citera :

1. Environnement : ensemble du système physique extérieur et biologique dans lequel vivent les humains et les autres êtres vivants, formant tous un ensemble intégré (3).

2. Environnement : Tout ce qui entoure l’homme et constitue son cadre de vie. L’air qu’il respire, l’eau qu’il boit, la terre qu’il habite et qu’il cultive, les êtres vivants ou les objets tout autour de lui font partie de son environnement et forment le cadre dans lequel il évolue et exerce ses diverses activités (4).

3. Environnement : La terre et ses composantes non vivantes que constituent les différents éléments à sa surface, à savoir les montagnes, les plateaux, les plaines, les fleuves, les roches, les minéraux, le sol, les ressources hydriques ; la terre et ses composantes vivantes telles les plantes, les animaux terrestres ou aquatiques et l’atmosphère de la planète, avec ses nombreux éléments essentiels indispensables à la présence de la vie sur terre (5).

L’homme fait-il partie de l’environnement ?

Ces différentes définitions nous amènent à poser la question suivante : l’homme fait-il ou non partie de l’environnement ?

Au premier abord, la première définition laisse supposer que l’homme est un élément constitutif de l’environnement, tandis que la seconde et la troisième définitions le placent carrément en dehors de celui-ci.

Cependant, à considérer les trois définitions un peu plus profondément, l’on s’aperçoit finalement qu’elles ne sont nullement contradictoires. En effet, la première définition perçoit l’environnement comme un ensemble intégré et, partant, considère l’homme comme partie intégrante de l’environnement. En revanche, la seconde et la troisième définitions, en mettant l’accent sur l’environnement en tant que cadre de vie et milieu environnant de l’homme, excluent ce dernier du concept environnemental.

Partant du fait que, dans la présente étude, il est question de l’environnement dans son acception la plus large, l’homme sera dès lors considéré comme un élément constitutif de l’environnement.

Composantes de l’environnement

D’après les trois définitions citées, les composantes de l’environnement peuvent être réparties comme suit :

1. Les composantes non vivantes de la terre telles que les montagnes, les plateaux, les plaines, les déserts, les fleuves, les roches, les minéraux, le sol et l’eau.  

2. Les composantes vivantes de la terre telles que la faune, la flore (terrestre et aquatique) et l’homme. 

3. Les couches gazeuses entourant la planète et qui forment son atmosphère.

Cependant, nous ne devons pas oublier trois autres éléments importants de l’environnement de la terre, eu égard à leur impact indéniable sur l’évolution de la vie, à savoir :

a) l’énergie thermique, aussi bien celle que reçoit la Terre de l’espace que celle qu’elle dégage.

b) la lumière

c) les radiations et les ondes émises par diverses sources naturelles ou industrielles (voir graphique des composantes de l’environnement)

Graphique des constituants de l’environnement

 

Complémentarité des constituants de l’environnement

Tel que créé par Dieu, l’environnement est un tout intégré où chaque élément remplit sa fonction pour le besoin de l’autre, et c’est ainsi que se réalise la complémentarité entre l’ensemble de ces éléments organisés en systèmes intégrés.

Pour faciliter l’assimilation de cette intégration du système environnemental, les spécialistes répartissent les éléments de ce système en quatre catégories principales(6) :

a) Eléments de production (être vivants productifs), formés par la végétation sous toutes ses formes, des algues vertes aux différents types d’arbres gigantesques. Ces éléments produisent eux-mêmes leur nourriture.

b) Eléments de consommation (être vivants consommateurs) représentés par les différentes espèces animales. Dépendant pour leur subsistance d’autrui, certains de ces animaux se nourrissent de plantes et d’herbes, tandis que d’autres se nourrissent d’autres animaux. L’homme se nourrit, quant à lui, à la fois de plantes et d’animaux.   

c) Eléments de décomposition (êtres vivants favorisant la décomposition). Cette catégorie englobe tout ce qui provoque la décomposition ou l’altération des éléments de production et des éléments de consommation, tels les bactéries, les champignons et certaines espèces d’insectes et de coléoptères qui aident les microorganismes dans la décomposition des matières organiques en eau, en dioxyde de carbone, en nitrate, en phosphate et autres matières enrichissantes pour les éléments naturels non vivants.

d) Eléments naturels non biologiques. Ils comprennent l’eau, l’air, y compris les gaz, la  lumière du soleil avec ses radiations thermiques et ses rayons ultra-violets, certains minéraux ainsi que certaines particules issues de la décomposition de plantes et d’animaux. Les forces d’attraction et les radiations font partie des composantes physiques des éléments naturels non vivants (voir la complémentarité dans la représentation graphique partielle d’un cycle alimentaire terrestre) (7).

Cette complémentarité est parfaitement observable dans le cycle du carbone. En effet, la plante (élément de production) absorbe le gaz carbonique de l’air pour fabriquer les éléments dont elle a besoin pour sa nutrition. Elle dégage de l’oxygène. Les différents animaux (éléments de consommation) utilisent l’oxygène dans leurs processus biologiques pour produire de l’énergie nécessaire et dégagent le gaz carbonique dans l’air afin qu’il soit utilisé de nouveau par les éléments de production.    

Cette complémentarité est plus manifeste encore au niveau du cycle de l’eau, de l’évaporation à la condensation puis la formation de la pluie, ainsi qu’au niveau du cycle de l’oxygène et celui de l’azote, etc.

Ce système environnemental est régi par la loi divine énoncée dans ce verset : “Nous avons créé toute chose avec mesure” (8). Toute distorsion d’un élément essentiel du système environnemental engendre le dysfonctionnement successif des éléments subsidiaires.

Représentation graphique partielle d’un réseau alimentaire terrestre

Équilibre des constituants de l’environnement

L’environnement naturel, tel que créé par Dieu Très-Haut, se distingue par cet équilibre entre ses différents constituants. Les scientifiques, en effet, relèvent que tout changement dans un milieu donné -résultant de circonstances particulières- peut provoquer des évolutions au sein de ce milieu qui sont de nature à réparer, à plus ou moins brève échéance, les dégâts occasionnés par ce changement. C’est ce qui se passe, par exemple, lorsqu’un incendie détruit une partie d’une forêt. Quelques années plus tard, la même terre brûlée se recouvre d’herbes et les arbres ne tardent pas à repousser (9).

Néanmoins, cet équilibre n’est pas censé durer indéfiniment. Et pour cause, les systèmes naturels sont exposés à des changements quotidiens, saisonniers et annuels, bien que l’équilibre soit globalement maintenu. Prenons par exemple le cas des pâturages enclavés entre les hautes montagnes, inaccessibles aux animaux, où vivent des lions et des gazelles et qui sont couverts d’herbages naturels : Quand les pluies se font si rares que l’herbage vient à en pâtir, les gazelles s’en trouvent affaiblies, ce qui permet aux lions d’en chasser énormément et le nombre des gazelles diminue en conséquence alors que le nombre des lions augmente. Quand les pluies se font abondantes l’année d’après et que l’herbe repousse et devient dense, les gazelles reprennent leurs forces et les lions passent, à leur tour, par un moment difficile. Le nombre de ceux-ci diminue alors que les gazelles se multiplient. C’est ainsi que l’équilibre quantitatif est rétabli entre les lions et les gazelles et le système retrouve alors son état normal (10).

Cet état d’équilibre entre les éléments de l’environnement, communément appelé “écosystème”, constitue un système intégré où tous les éléments de l’environnement vivent en parfaite harmonie et où chacun dépend de l’autre, en partie, pour assurer ses moyens de subsistance et remplir sa fonction dans la vie (11).

Les dangers menaçant l’environnement

De tout temps, l’homme cherche le meilleur état possible de progrès et se passionne pour la nouveauté. En général -sauf dans le cas où sa croyance lui impose des devoirs envers sa communauté- il pense d’abord à lui-même, puis son intérêt va en s’étendant au cercle restreint de sa famille, ses concitoyens et son pays, puis au cercle plus large des pays voisins ou limitrophes, et enfin au cercle planétaire le plus vaste.

Dans sa quête du meilleur, l’homme a inventé les machines et mis au point les procédés, les moyens et les instruments lui permettant d’atteindre son but. Dans la plupart des cas, ces inventions ont été motivées par son désir d’accéder à la richesse matérielle ou de dominer son prochain. Mais pour ce faire, l’homme faisait peu de cas des répercussions de ses actes sur les humains, la terre, la faune et les autres éléments de l’environnement, même s’il donnait l’impression d’agir parfois pour le bien de l’humanité en œuvrant pour assurer l’alimentation et faciliter divers services à ses semblables. Ceci, d’autant plus que les humains se multiplient à une cadence vertigineuse, en raison de l’augmentation de leur espérance de vie à l’époque actuelle, grâce notamment au progrès réalisé dans le domaine de la santé.        

Depuis que l’être humain a commencé à maîtriser son environnement ambiant par l’apprentissage des techniques agricoles, la découverte du feu, la construction des ponts et des barrages, la mécanisation de l’agriculture, l’invention des moyens de transport, l’exploitation des ressources naturelles de la surface et du sous-sol, sans compter la découverte, grâce au progrès industriel, de nouvelles substances chimiques jusque-là inconnues, tout cela a eu un impact sur les éléments de l’environnement, y compris l’homme, impact qui s’est considérablement aggravé au cours du XXe siècle au point de mettre en péril la vie elle-même sur l’ensemble de la planète. De même, les guerres, les maladies, la pauvreté et la famine figurent également au nombre des fléaux qui ont constitué des menaces pour l’environnement et pour l’être humain, même si certains de ces fléaux étaient l’œuvre de celui-ci..

Voici les principales menaces à l’environnement :(12)

1. Pollution de l’air

Cette pollution peut être l’effet soit de facteurs naturels tels les volcans et les ouragans, les incendies de forêts, les grains de pollen au printemps, les bactéries, etc, soit d’éléments industriels, tels le gaz carbonique, le dioxyde de soufre, les oxydes d’azote, le monoxyde de carbone ainsi que les gaz d’échappement, le plomb et autres composés. Cette pollution affecte, entre autres, la couche d’ozone.

2. Pollution de l’eau

Elle concerne l’eau des puits, des sources, des fleuves, des lacs, des baies, des mers ou des océans.

Il s’agit ici de la pollution chimique, la pollution due à l’utilisation des insecticides et des engrais, les résidus de pétrole, les eaux usées, les pluies acides, les eaux industrielles et les métaux lourds.   

3. Déchets solides et liquides

Il s’agit ici des ordures ménagères et des déchets provenant de différentes industries : eaux usées, restes de nourriture et ordures.

4. Dégradation et désertification des sols

Elles résultent du déboisement excessif et de la surproduction agricole utilisant des substances chimiques pour accroître le rendement.

5. Menace à la vie animale (perte de la biodiversité)

Bon nombre d’espèces animales ont connu l’extinction, faute d’environnement approprié ou à cause de la surexploitation, de la chasse excessive ou de la pollution.

6. Menace à la vie humaine

La famine, la pauvreté, les maladies, l’ignorance, les guerres, les troubles sont les principales menaces à la survie de l’espèce humaine.

7. Epuisement des ressources naturelles 

Elle touche aussi bien les ressources de surface, telles les forêts, que les richesses du sous-sol, comme le pétrole et les minéraux, ce qui laisse craindre un appauvrissement de la terre au détriment des générations à venir.    

8. Menace des déchets nocifs

Il s’agit en particulier des substances chimiques toxiques, utilisées dans l’industrie ainsi que dans la fabrication des armes chimiques ou des pesticides.

9. Menace des déchets radioactifs

La menace la plus dangereuse à cet égard est bien la pollution radioactive liée aux réacteurs nucléaires et aux bombes atomiques, à hydrogène et à neutrons. Les rayons infrarouge, les rayons ultra-violets, les rayons X, les rayons laser et autres formes de radiation peuvent également présenter des dangers divers.  

10. Nuisances sonores

Il s’agit des nuisances sonores produites par les usines, les ateliers, les fabriques, certains types de véhicules, de trains et d’avions, les postes radio et de télévision, les haut-parleurs, les groupes musicaux et autres. Toutes ces nuisances affectent négativement l’ouïe et altèrent le fonctionnement normal de l’organisme, ce qui se traduit par l’apparition de troubles intestinaux et de la nervosité, avec en conséquence la baisse de la concentration et, partant, de la productivité.  

11. Les écarts grandissants entre riches et pauvres

La pauvreté limitée dans un espace donné et au sein d’un groupe d’individus peut être réduite par les actions de charité et d’assistance. Mais c’est la pauvreté à l’échelle mondiale qui constitue une réelle menace pour l’environnement. De fait, le monde compte une minorité de pays riches, dont les habitants, représentant 20% de la population mondiale, vivent dans la prospérité, et une majorité de pays pauvres, dont les habitants, soit 80 % restants, sont en proie à la pauvreté, à la faim et au dénuement et dont les richesses sont pompées par les compagnies des pays riches.

Efforts mondiaux de lutte contre les menaces à l’environnement :

Depuis les civilisations antiques, certains philosophes, sages et hommes de science avaient pris conscience, individuellement, des menaces qui pèsent sur l’environnement.

Mais c’est surtout aux XIXe et XXe siècles que l’on commença à s’intéresser plus sérieusement à cette problématique. Dans cet esprit, les pays et les municipalités des grandes métropoles ont promulgué des législations spéciales destinées à lutter contre ces menaces (13).

Cependant, avec la multiplication à l’échelle mondiale des menaces de plus en plus graves pour l’environnement, la problématique environnementale a dépassé le stade de la prise de conscience individuelle pour devenir désormais une préoccupation majeure des institutions et des organisations régionales et internationales.

La conférence mondiale sur l’environnement, tenue à Stockholm en été 1972, à l’initiative de l’Assemblée Générale des Nations Unies, est un exemple des efforts internationaux de lutte contre les menaces environnementales.

En vertu des recommandations issues de cette conférence, l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté, en décembre 1972, la résolution n° 2997 portant création du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE)(14).   

En juin 1992, une autre conférence des Nations Unies a été consacrée à l’environnement ; c’était la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement ou le " Sommet de la Terre ", tenu à Rio de Janeiro, Brésil. Les pays participants ont adopté trois principaux documents, à savoir (15) :

a) Action 21 :

C’est un plan d’action international qui couvre tous les champs du développement durable. Il met l’accent sur les mesures nécessaires à l’éradication de la pauvreté et de la faim, au changement des modes de consommation gaspilleurs et destructeurs et à une meilleure exploitation du potentiel humain par l’implication des populations dans la planification, la politique générale et la prise de décision. Il recommande également d’accorder un intérêt accru aux soins de santé primaires, à la lutte contre les maladies contagieuses, à la réduction des risques de la pollution sur la santé et à la protection des communautés vulnérables comme les enfants, les femmes et les personnes âgées, avec une insistance spéciale sur la mobilisation des efforts de l’ensemble des pays du monde pour des actions de prévention contre le SIDA (syndrome immunodéficitaire acquis).

b) La Déclaration de Rio :

Elle comporte un ensemble de principes qui fixent les droits et les obligations des Etats en matière d’environnement et de développement.

c) Directives pour une gestion durable des forêts dans le monde.

Parmi les plus importants principes juridiques non obligatoires contenus dans la Déclaration de Rio (27 principes), on citera (16) :

1. le genre humain est au centre des actions de développement durable et a droit à une vie saine et productive, en harmonie avec la nature.

2. le droit souverain des Etats à l’exploitation de leurs ressources, sous réserve de ne pas compromettre l’environnement des autres Etats.

3. l’engagement équitable en faveur des besoins des générations actuelles et futures en matière de développement et d’environnement.

4. les Etats et les peuples collaborent pour l’éradication de la pauvreté, condition indispensable du développement durable.  

5. la nécessité d’œuvrer pour la réduction des modes de production et de consommation non durables.

L’environnement et le développement durable dans l’optique islamique :

Conception islamique de la relation entre l’homme et l’environnement

Dans l’optique islamique, le rapport de l’homme à l’environnement repose sur les fondements suivants (17) :

1. L’univers entier est l’œuvre du Très-Haut.

C’est un principe sur lequel s’accordent toutes les religions révélées. Dieu le Très-Haut a dit à cet égard : “Dis : “Renierez-vous [l'existence] de celui qui a créé la terre en deux jours, et Lui donnerez-vous des égaux ? Tel est le Seigneur de l'univers, C'est Lui qui a fermement fixé des montagnes au-dessus d'elle, l'a bénie, et lui assigna ses ressources alimentaires en quatre jours d'égale durée. [Telle est la réponse] à ceux qui t'interrogent. Il S'est ensuite adressé au ciel qui était alors fumée et lui dit, ainsi qu'à la terre : “Venez tous deux, bon gré, mal gré”. Tous deux dirent: “Nous venons obéissants”. Il décréta d'en faire sept cieux en deux jours et révéla à chaque ciel sa fonction. Et Nous avons décoré le ciel le plus proche de lampes [étoiles] et l'avons protégé. Tel est l'Ordre établi par le Puissant, l'Omniscient” (18).

Créer, c’est former une chose, la tirer du néant. Aussi, toute création divine est-elle inédite, sans précédent (19). 

2. L’univers dans toutes ses composantes est mis au service de l’homme

Dieu le Très-Haut a dit : “Dieu, c'est Lui qui a créé les cieux et la terre et qui, du ciel, a fait descendre l'eau ; grâce à laquelle Il a produit des fruits pour vous nourrir. Il a soumis à votre service les vaisseaux qui, par Son ordre, voguent sur la mer. Et Il a soumis à votre service les rivières. Et pour vous, Il a assujetti le soleil et la lune à une perpétuelle révolution. Et Il vous a assujetti la nuit et le jour. Il vous a accordé de tout ce que vous Lui avez demandé. Et si vous comptiez les bienfaits de Dieu, vous ne sauriez les dénombrer. L'homme est vraiment très injuste, très ingrat” (20).

Le terme “taskhîr”, signifie mettre quelque chose au service de quelqu’un, à titre gracieux (21).

3. Dieu le Très-Haut a fait de l’homme son “lieutenant” sur terre

Dieu le Très-Haut a dit : “Lorsque Ton Seigneur confia aux Anges : Je vais établir sur la terre un vicaire “Khalifa”” (22). Ceci veut dire que Dieu a confié à l’homme la responsabilité de gouverner sur la terre et d’appliquer la loi divine à ceux qui sont appelés à rendre compte de leurs actes (23). Ceci exige de lui qu’il obtempère aux commandements, aux interdictions et aux directives du Très-Haut dans sa conduite de tous les jours et dans ses rapports avec son prochain.

4. Les richesses de la terre sont destinées à l’usage commun de toutes les créatures de Dieu qui en ont besoin

Ainsi, le Très-Haut a ordonné que les ressources alimentaires dont Il a pourvu la terre soient un droit à tous ceux qui en ont besoin pour survivre, de telle sorte que nul ne puisse être privé d’exercer ce droit. En effet, s’agissant de la création de la terre, le Très-Haut a dit : “C'est Lui qui a fermement fixé des montagnes au-dessus d'elle, l'a bénie, et lui assigna ses ressources alimentaires en quatre jours d'égale durée. [Telle est la réponse] à ceux qui en sollicitent”(24). C’est à dire que ces ressources ont été mises par Dieu à la disposition et au service des créatures ayant des besoins alimentaires à satisfaire, comme c’est le cas de tout animal sur terre…. Ainsi, les humains et les animaux sollicitent leur Seigneur pour pourvoir à leurs besoins essentiels en nourriture, boisson et habillement. Il s’agit là d’une demande innée et naturelle (25).

5. Dieu le Très-Haut a créé toutes choses sur terre, avec mesure, pour les besoins de ses créatures

Le Très-Haut a dit : “.. et lui assigna (à la terre) ses ressources alimentaires” (26), c’est-à-dire qu’Il a créé dans la terre les forces permettant de produire ces aliments, sous leurs diverses espèces et variétés. L’assignation veut dire également que chaque type d’aliment est destiné à être consommé au moment opportun, c’est-à-dire en période de chaleur, de froid ou de redoux.

En somme, c’est une " assignation " au profit de toutes les créatures qui ont besoin de se nourrir pour vivre. Les bêtes, les oiseaux, les animaux sauvages, les reptiles, les insectes… toutes les espèces ont leur propre nourriture. L’homme dispose, quant à lui, de toutes les nourritures qu’il trouve bonnes (27).

Ce thème revient dans plusieurs versets coraniques : “Nous avons créé toute chose avec mesure” (28) ; “Et toute chose a auprès de Lui sa mesure”(29) ; “Et Nous avons fait descendre l'eau du ciel avec mesure. Puis Nous l'avons maintenue dans la terre” (30) ; “ Et quant à la terre, Nous l'avons étalée et y avons placé des montagnes (immobiles) et y avons fait pousser toute chose harmonieusement proportionnée. Et Nous y avons placé des vivres pour vous, et (placé aussi pour vous) des êtres que vous ne nourrissez pas. Et il n'est rien dont Nous n'ayons les réserves et Nous ne le faisons descendre que dans une mesure déterminée” (31).

6. Devoir de préservation de la vie de l’être humain et des autres créatures.

Le Très-Haut a dit : “C'est pourquoi Nous avons prescrit pour les Enfants d'Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c'est comme s'il faisait don de la vie à tous les hommes” (32). Il a dit également : “C'est dans le talion que vous aurez la préservation de la vie, ô vous doués d'intelligence, ainsi atteindrez-vous la piété” (33) ; “Et dépensez dans le sentier de Dieu. Et ne vous jetez pas par vos propres mains dans la destruction. Et faites le bien. Car Dieu aime les bienfaisants” (34).

7. Prohibition de la destruction des biens et de la corruption des moeurs

Le Très-Haut a dit : “Il y a parmi les gens celui dont la parole sur la vie présente te plaît, et qui prend Dieu à témoin de ce qu'il a dans le cœur, tandis que c'est le plus acharné disputeur. Dès qu'il tourne le dos, il parcourt la terre pour y semer le désordre et saccager culture et bétail. Et Dieu n'aime pas le désordre. Et quand on lui dit : “Redoute Dieu”, l'orgueil criminel s'empare de lui, l'Enfer lui suffira, et quel mauvais lit, certes !” (35).

Conception islamique de la responsabilité de l’homme envers l’environnement

La responsabilité de l’homme envers l’environnement est le corollaire du statut que le Très-Haut lui a assigné dans l’univers. De fait, c’est bien l’homme le “vicaire de Dieu” sur la terre et ce sont les commandements du Très-Haut qu’il est appelé à suivre dans sa vie terrestre.

 Partant, la responsabilité de l’homme envers l’environnement se décline, à nos yeux, comme suit :

1. L’homme est appelé à peupler la terre et à en mettre en valeur les richesses

Le Coran a dit, dans la bouche du prophète Saleh s’adressant à son peuple : “C’est Lui qui vous a créés de la terre, et Il a fait en sorte que vous la peupliez (et exploitiez)” (36). Le terme coranique “ i’mâr”, signifie peupler une terre, y construire des habitations et la mettre en culture (37).

2. Il est interdit à l’homme de semer la corruption sur la terre

Le Très-Haut a dit : “Et ne semez pas la corruption sur la terre après qu'elle ait été réformée”(38), car ceux qui le font risquent la malédiction divine : “[Mais] ceux qui violent leur pacte avec Dieu après l'avoir engagé, et rompent ce que Dieu a commandé d'unir et commettent le désordre sur terre auront la malédiction et la mauvaise demeure” (39). Le désordre prohibé comprend la corruption matérielle, dont celle de l’environnement, et la corruption morale. A ce propos, Dieu a décrété que les Enfants d’Israël allaient semer la corruption sur la terre : “Nous avions décrété pour les Enfants d'Israël, (et annoncé) dans le Livre : “Par deux fois vous sèmerez la corruption sur terre et vous allez transgresser d'une façon excessive”(40). Il a dit à l’adresse de tous les êtres humains : “Si vous détournez, ne risquez-vous pas de semer la corruption sur terre et de rompre vos liens de parenté ? Ce sont ceux-là que Dieu a maudits, a rendus sourds et a rendu leurs yeux aveugles” (41).

3. La corruption sur la terre est l’œuvre de l’Homme 

Dieu le Très-Haut a dit : “La corruption est apparue sur la terre et dans la mer à cause de ce que les gens ont accompli de leurs propres mains ; afin qu'Il [Dieu] leur fasse goûter une partie de ce qu'ils ont oeuvré ; peut-être reviendront-ils (vers Dieu)” (42). Cette réalité est confirmée par cette autre parole divine : “Tout bien qui t'atteint vient de Dieu, et tout mal qui t'atteint vient de toi-même. Et Nous t'avons envoyé aux gens comme Messager. Et Dieu suffit comme témoin” (43).

4. Il incombe à l’Homme d’empêcher la corruption sur la terre en réparant ses dégâts, faute de quoi la destruction et l’anéantissement seront le lot de tout le monde

Dieu le Très-Haut a dit : “Et ton Seigneur n'est point tel à détruire injustement des cités dont les habitants sont des réformateurs” (44).

5. L’équité et la bienfaisance sont les fondements de la vie que le Très-Haut a choisie pour l’homme

Le Très-Haut a dit : “Certes, Dieu commande l'équité, la bienfaisance et l'assistance aux proches” (45) ; “Et sois bienfaisant comme Dieu a été bienfaisant envers toi”(46). “Et soyez équitables car Dieu aime les équitables”(47) ; “Pratiquez l'équité : cela est plus proche de la piété” (48).

Règles régissant le comportement humain en matière d’environnement

Nous entendons par là les règles générales du fiqh (droit islamique) résumées dans des formules juridiques concises énonçant des principes et des concepts juridiques propres au fiqh islamique. Ces principes ont été utilisés par les madhahibs (écoles de droit islamique) pour élaborer les règles et les solutions légales correspondants aux cas d’espèces qui surgissent dans tous les domaines de droit islamique, qu’il s’agisse du culte, des transactions, des affaires pénales, ou des questions relatives à la famille, à l’administration publique, à la justice, etc. Il s’agit ici de formules juridiques synthétiques et générales exprimant la pensée légale telle qu’elle a été élaborée des siècles durant par les spécialistes du fiqh à partir des textes de loi islamique (49).

Ces règles sont tellement nombreuses que je me limiterai uniquement à celles qui peuvent s’appliquer au thème de l’environnement, aussi bien pour ce qui est de l’usage qui doit en être fait que du résultat attendu de cet usage. Elles peuvent servir de base pour la préservation de l’environnement et une éducation durable à même de favoriser cette préservation (50).

Parmi ces règles, on citera notamment : (51)

1. Nul ne doit faire du tort à lui-même ni à autrui.

2. Le tort doit être empêché autant que possible.

3. Le tort doit être réparé.

4. Un tort ne doit pas être réparé par un autre tort équivalent.

5. Le tort le plus grave est repoussé par le tort le moins grave.

6. Le tort particulier peut être supporté pour empêcher le tort général.

7. Il est permis de ne pas observer les interdits (mahdûrât) en cas de nécessité impérieuse (darûrât).

8. Les cas de nécessités doivent être appréciés proportionnellement à leur importance.

9. En présence de deux situations préjudiciables, on privilégie la moins grave.

10. Tout ordre de disposer des biens d’autrui est nul et non avenu.

11. L’administration (exercée par un gouvernant) pour le compte de ses sujets est tributaire du respect de l’intérêt général.

12. Les besoins peuvent être assimilés aux cas de nécessités impérieuses (darûrât), qu’ils aient un caractère général ou particulier.

13. Mieux vaut prévenir un préjudice que de rechercher un avantage. 

14. La compensation se fait proportionnellement au profit tiré. 

15. Nul n’a le droit de disposer des biens d’un tiers sans l’autorisation de ce dernier.

16. De deux maux on choisit le moindre.

17. Tout acte ayant engendré un préjudice ou empêché un bien est prohibé.

18. L’excès dans toute chose produit l’effet contraire.

19. Pour tout bien endommagé, il faudra fournir un bien similaire ou, à défaut, son équivalent ou sa valeur.

20. Toute personne appelée à administrer les biens d’une autre personne devra tenir compte de l’intérêt de celle-ci.

21. Toute chose dont dépend l’accomplissement d’un acte obligatoire sera considérée comme étant elle-même obligatoire.

22. L’imam (gouvernant) est à ses sujets ce que le tuteur est aux orphelins placés sous tutelle.

Composantes de l’environnement du point de vue islamique

De toutes les composantes de l’environnement, l’homme se distingue par sa capacité à disposer ou à influencer les autres constituants autour de lui, plus que ne puisse le faire aucun autre être vivant, et ce pouvoir l’amène parfois à agresser son prochain. Si les autres êtres vivants n’agissent que dans les limites de leur besoin –qui, du reste, est limité- l’homme, lui, va indéfiniment au-delà de ses besoins, et son élan n’est stoppé que par son incapacité à atteindre ses objectifs ou quand sa conscience l’incite à freiner ses inclinations. L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, avait vu juste en disant que : “Si on donnait au fils d’Adam deux oueds pleins de richesses, il aurait demandé un troisième. En fait, rien ne remplit le ventre du fils d’Adam que la terre (de sa tombe), et Dieu pardonne à celui qui s’est repenti.”(52).   

A vrai dire, l’on ne risque pas d’exagérer la réalité en disant que le Très-Haut a fait de l’homme le maître du globe. C’est pour cette raison que nous parlerons de l’homme et des questions qui lui sont inhérentes indépendamment des autres constituants de l’environnement.

1. l’Homme

 Pour que l’homme puisse améliorer son comportement envers lui-même, envers ses semblables ainsi que vis-à-vis des autres éléments de l’environnement, il faudrait d’abord qu’il saisisse sa nature profonde et qu’il sache corriger ses défauts et optimiser ses atouts. De même, il doit assimiler parfaitement la raison de son existence et la finalité de sa vie sur cette terre. Ce sont là, d’ailleurs, des vérités mises en évidence dans les sources de l’islam et dont voici les plus importantes : 

A) Le but de la création de l’homme est l’adoration de Dieu seul

Le Très-Haut a en effet dit : “Je n'ai créé les djinns et les hommes que pour qu'ils M'adorent. Je ne cherche pas d'eux une subsistance ; et Je ne veux pas qu'ils me nourrissent. En vérité, c'est Dieu qui est le Grand Pourvoyeur, Le Détenteur de la force, l'Inébranlable” (53) .

Au-delà de la simple pratique des rites religieux, l’adoration ici doit être appréhendée dans son sens le plus global, qui signifie l’obéissance totale aux commandements, aux interdits et aux orientations de Dieu, y compris au sujet du peuplement de la terre ci-dessus évoqué.

B) Bonheur de l’homme

L’homme est constamment à la recherche de son bonheur. Dans les enseignements de l’islam, ce bonheur doit se concevoir doublement : le bonheur sur terre et le bonheur dans l’au-delà. De même, la manière d’atteindre ledit bonheur est explicitée dans cette parole divine : “Quiconque, mâle ou femelle, fait une bonne oeuvre tout en étant croyant, Nous lui ferons vivre une bonne vie. Et Nous les récompenserons, certes, en fonction des meilleures de leurs actions”(54). Ainsi, la foi associée aux bonnes actions sont les garants du bonheur de l’homme sur la terre et dans l’au-delà. Un autre verset coranique revient sur cette idée en y associant les qualités d’exhortation mutuelle à la vérité et à l’endurance : “Par le Temps ! L'homme est certes, en perdition, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes oeuvres, s'enjoignent mutuellement la vérité et s'enjoignent mutuellement l'endurance” (55) .

C) Caractéristiques intrinsèques de l’homme

L’homme se distingue par un ensemble de traits intrinsèques, dont les principaux  sont :

1. Propension à l’injustice

Lorsque l’homme sent en lui le pouvoir de dominer son prochain, les mauvaises inclinations ressurgissent en lui. Le Très-Haut a dit à ce sujet : “L'homme est vraiment très injuste, très ingrat” (56).

2. La résignation pendant les moments de faiblesse et l’arrogance au moment de force

Le Très-Haut a dit : “Et si Nous lui faisons goûter le bonheur, après qu'un malheur l'ait touché, il dira : “Les maux se sont éloignés de moi”, et le voilà qui exulte, plein de gloriole. Sauf ceux qui sont endurants et font de bonnes oeuvres. Ceux-là obtiendront pardon et une grosse récompense” (57).

3. L’humilité dans l’adversité et la vanité après la fin des malheurs

Le Très-Haut a dit : “Quand un malheur touche l'homme, il Nous invoque. Quand ensuite Nous lui accordons une faveur de Notre part, il dit : “Je ne la dois qu'à [ma] science”. C'est une épreuve, plutôt; mais la plupart d'entre eux ne savent pas”(58). Il a dit également : “C'est Lui qui vous fait aller sur terre et sur mer, quand vous êtes en bateau. [Ces bateaux] les emportèrent, grâce à un bon vent. Ils (les passagers) s'en réjouirent jusqu'au moment où, assaillis par un vent impétueux, assaillis de tous côtés par les vagues, se jugeant enveloppés [par la mort], ils prièrent Dieu, Lui vouant le culte [et disant] : “Certes, si Tu nous sauves de ceci, nous serons parmi les reconnaissants !” Lorsqu'Il les a sauvés, les voilà qui, sur terre, transgressent injustement. Ô gens ! Votre transgression ne retombera que sur vous-mêmes. C'est une jouissance temporaire de la vie présente. Ensuite, c'est vers Nous que sera votre retour, et Nous vous rappellerons alors ce que vous faisiez” (59).

4. La précipitation

Le Très-Haut a dit : “L'homme a été créé diligent dans sa nature. Je vous montrerai Mes signes [la réalisation de Mes menaces]. Ne me hâtez donc pas” (60). Il a aussi dit : “L'homme appelle le mal comme il appelle le bien, car l'homme est très hâtif”(61).

5. La faiblesse devant les passions, les tentations et les inclinations

Le Très-Haut a dit : “Et Dieu veut accueillir votre repentir. Mais ceux qui suivent les passions veulent que vous incliniez grandement (vers l'erreur comme ils le font). Dieu veut vous alléger (les obligations), car l'homme a été créé faible” (62).

6. La lésine et la ladrerie envers son prochain

Le Très-Haut a dit : “Dis : “Si c'était vous qui possédiez les trésors de la miséricorde de mon Seigneur; vous lésineriez, certes, de peur de les dépenser. Et l'homme est très avare !” (63). Il a aussi dit : “Oui, l'homme a été créé instable [très inquiet] ; quand le malheur le touche, il est abattu; et quand le bonheur le touche, il est refuseur. Sauf ceux qui pratiquent la Salat, qui sont assidus à leurs Salats ; et sur les biens desquels il y a un droit bien déterminé [la Zakat] pour le mendiant et le déshérité ; et qui déclarent véridique le Jour de la Rétribution ; et ceux qui craignent le châtiment de leur Seigneur, car vraiment, il n'y a nulle assurance contre le châtiment de leur Seigneur ; et qui se maintiennent dans la chasteté et n'ont pas de rapports qu'avec leurs épouses ou les esclaves qu'ils possèdent, car dans ce cas, ils ne sont pas blâmables, mais ceux qui cherchent [leur plaisir] en dehors de cela, sont des transgresseurs ; et qui gardent les dépôts confiés à eux ; et respectent leurs engagements scrupuleusement ; et qui témoignent de la stricte vérité ; et qui sont réguliers dans leur Salat. Ceux-là seront honorés dans des Jardins” (64).

7. L’ergotage

Le Très-Haut a dit : “Et assurément, Nous avons déployé pour les gens, dans ce Coran, toutes sortes d'exemples. L'homme cependant, est de tous les êtres le plus grand polémiste” (65).

8. Tendance à se comporter en tyran lorsqu’il se sent bien pourvu

Le Très-Haut a dit : “Prenez garde ! Vraiment l'homme devient oppresseur, dès qu'il estime qu'il peut se suffire à lui-même (à cause de sa richesse). Mais, c'est vers ton Seigneur qu'est le retour” (66).

D) Conduite recommandée dans la vie

Le Très-Haut a recommandé à l’homme certains principes de conduite qu’il est appelé à suivre pour qu’il puisse mener une vie digne et équilibrée. Parmi ces principes et recommandations, on citera notamment : (67)    

1. Rationaliser les dépenses

Le Très-Haut a dit, en parlant des qualités de Ses serviteurs : “Qui, lorsqu'ils dépensent, ne sont ni prodigues ni avares mais se tiennent au juste milieu”(68).

Il a dit également, en expliquant ce que devrait être le comportement du bon musulman : “Ne porte pas ta main enchaînée à ton cou [par avarice], et ne l'étend pas non plus trop largement, sinon tu te trouveras blâmé et chagriné” (69).

2. Manger, boire et se vêtir avec modération

Le Très-Haut a dit : “Ô enfants d'Adam, dans chaque lieu de Salat portez votre parure (vos habits). Et mangez et buvez; et ne commettez pas d'excès, car Il [Dieu] n'aime pas ceux qui commettent des excès. Dis : “Qui a interdit la parure de Dieu, qu'Il a produite pour Ses serviteurs, ainsi que les bonnes nourritures ?” Dis : “Elles sont destinées à ceux qui ont la foi, dans cette vie, et exclusivement à eux au Jour de la Résurrection”(70).

3. Travailler de manière rationnelle

Dieu le Très-Haut a dit : “…et désigné votre sommeil pour votre repos ; et fait de la nuit un vêtement ; et assigné le jour pour les affaires de la vie” (71). Il a encore dit : “Et dis : “Oeuvrez, car Dieu va voir votre oeuvre, de même que Son messager et les croyants, et vous serez ramenés vers Celui qui connaît bien l'invisible et le visible. Alors Il vous informera de ce que vous faisiez” (72).

4. Eviter l’adoration poussée à outrance  

Le Très-Haut a dit : “Ô vous qui avez cru ! Quand on appelle à la Salat du jour du Vendredi, accourez à l'invocation de Dieu et laissez tout négoce. Cela est bien meilleur pour vous, si vous saviez ! Puis quand la Salat est achevée, dispersez-vous sur la terre, et recherchez [quelque effet] de la grâce de Dieu, et invoquez beaucoup Dieu afin que vous réussissiez.”(73). Le Prophète, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit à Abdallah Ibn Amr : “Ô Abdallah ! N’ai-je pas appris que tu jeûnes pendant le jour et pries pendant la nuit ? Si, Envoyé de Dieu, a-t-il répondu. Le Prophète lui a alors dit : Ne fais plus cela. Jeûne et romps le jeûne, prie la nuit, mais va aussi dormir, car tu as, certes, des devoirs envers ton corps, tes yeux, ton épouse et tes hôtes” (74).

5. Les nécessiteux ont droit à une part dans l’argent des gens aisés

En effet, Dieu a imposé la Zakat aux détenteurs de richesses en croissance ou de l’argent et les a exhorté, dans plusieurs versets, à en consacrer une partie aux pauvres, aux nécessiteux, aux personnes endettées et aux voyageurs en détresse, en louant ceux qui s’en acquittent : “Et sur les bien desquels il y a un droit bien déterminé [la Zakat] pour le mendiant et le déshérité” (75) ; “et dans leurs biens, il y avait un droit au mendiant et au déshérité.” (76) ; “Et donne au proche parent ce qui lui est dû ainsi qu'au pauvre et au voyageur (en détresse)”(77) ; “Et que les détenteurs de richesse et d'aisance parmi vous, ne jurent pas de ne plus faire des dons aux proches, aux pauvres, et à ceux qui émigrent dans le sentier de Dieu” (78).

6. Les générations futures ont leur part dans les deniers publics

Dans la législation islamique, le butin est considéré comme faisant partie des deniers publics. Il est question ici des biens versés dans les caisses de l’Etat suite à des accords de paix conclus entre musulmans et non musulmans ou faisant partie des revenus publics. Bien que Dieu ait précisé le mode de dépense du butin comme suit : “Le butin provenant [des biens] des habitants des cités, que Dieu a accordé sans combat à Son Messager, appartient à Dieu, au Messager, aux proches parents, aux orphelins, aux pauvres et au voyageur en détresse” (79). Il en a également établi un droit au profit de toutes les générations futures. Ainsi, dans le droit fil du précédent verset, il a fait mention du droit des Emigrés (Mekkois ayant émigré avec le Prophète vers Médine), des Auxiliaires (Médinois qui l’ont accueilli et soutenu) et de ceux qui viendront après eux, dans le butin : “[Il appartient aussi] aux émigrés besogneux qui ont été expulsés de leurs demeures et de leurs biens, tandis qu'ils recherchaient une grâce et un agrément de Dieu, et qu'ils portaient secours à (la cause de) Dieu et à Son Messager. Ceux-là sont les véridiques. Il [appartient également] à ceux qui, avant eux, se sont installés dans le pays et dans la foi, qui aiment ceux qui émigrent vers eux, et ne ressentent dans leurs cœurs aucune envie pour ce que [ces immigrés] ont reçu, et qui [les] préfèrent à eux-mêmes, même s'il y a pénurie chez eux. Quiconque se prémunit contre sa propre avarice, ceux-là sont ceux qui réussissent. Et [il appartient également] à ceux qui sont venus après eux en disant : “Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu'à nos frères qui nous ont précédés dans la foi ; et ne mets dans nos cœurs aucune rancœur pour ceux qui ont cru. Seigneur, Tu es Compatissant et Très Miséricordieux” (80).

7. Assurer la circulation de l’argent au profit de tout le monde, riches et pauvres compris

Le Très-Haut a, en effet, expliqué la raison justifiant le partage du butin entre les catégories précitées : “..afin que cela ne circule pas parmi les seuls riches d'entre vous” (81).

8. Eviter la pollution des espaces publics

Le Prophète, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit à ce propos : “Prenez garde aux deux personnes les plus maudites (au monde). Qui sont-elles, Envoyé de Dieu ? demanda-t-on. Ceux qui font leurs besoins sur la voie publique ou dans un abri ombragé” (82) .

9. Les soins d’hygiène et de propreté

Ils englobent la propreté du corps ainsi que celle des habits et de l’espace. C’est bien dans cet esprit que Dieu a imposé les ablutions mineures (wôdô’) pour la prière, que le musulman est appelé à accomplir en se lavant, entre autres, la bouche, le nez, le visage et les pieds. Il a en outre imposé les ablutions majeures (ghasl) (bain rituel) après un rapport sexuel, la menstruation, les lochies, et en cas de souillure. Le Très-Haut a dit à ce sujet : “Ô les croyants ! Lorsque vous vous levez pour la Salat, lavez vos visages et vos mains jusqu'aux coudes ; passez les mains mouillées sur vos têtes; et lavez-vous les pieds jusqu'aux chevilles. Et si vous êtes pollués “junub”, alors purifiez-vous (par un bain)” (83)

Parallèlement à la propreté du corps, celle des lieux est, elle aussi, recommandée. Le Messager de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit à ce propos : “Allah est bon, et aime les bonnes choses ; Il est propre et aime la propreté ; généreux et aime la générosité ; magnanime et aime la magnanimité. Nettoyez donc vos maisons et évitez d’imiter les juifs” (84) . 

Autres constituants de l’environnement

Dans le Saint Coran et la Sunna (Tradition du Prophète), il y a moult références aux éléments de l’environnement immédiat de l’homme : l’eau, l’air, la faune et la flore.

A) l’eau

Les sources islamiques évoquent plusieurs thèmes en rapport avec l’eau. On en citera :

1. L’eau en tant qu’élément indispensable à la vie

En effet, l’eau est une des conditions indispensables à la vie végétale, animale et humaine. Le Très-Haut assure l’approvisionnement de la Terre en eau douce, à partir du ciel (pluies) ; une partie de cette eau est destinée à l’irrigation du sol, tandis que l’autre partie est déposée dans des réservoirs souterrains pour que l’homme puisse s’en servir ultérieurement. Le Très-Haut a dit à ce sujet : “Ne vois-tu pas que Dieu fait descendre du ciel de l'eau, puis Il l'achemine vers des sources dans la terre; ensuite, avec cela, Il fait sortir une culture aux couleurs diverses” (85). Il a dit dans un autre verset : “Et c'est Lui qui, du ciel, a fait descendre l'eau. Puis par elle, Nous fîmes germer toute plante, de quoi Nous fîmes sortir une verdure, d'où Nous produisîmes des grains, superposés les uns sur les autres; et du palmier, -de sa spathe-, des régimes de dattes qui se tendent. Et aussi les jardins de raisins, l'olive et la grenade, semblables ou différents les uns des autres. Regardez leurs fruits au moment de leur production et de leur mûrissement. Voilà bien-là des signes pour ceux qui ont la foi” (86) .

2. L’eau est un bien commun

Le Très-Haut a dit, en s’adressant au prophète Saleh, que le Salut soit sur lui : “Et informe-les que l'eau sera en partage entre eux [et la chamelle]; chacun boira à son tour” (87). Le Messager de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit aussi : “Les musulmans se partagent trois choses : l’eau, la pâture et le feu” (88).

3. L’excédent en eau doit être utilisé pour les besoins de l’agriculture

 Le Messager de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “N’empêchez pas (l’usage de) l’excédent en eau, de sorte que vous empêchiez aussi l’excédent d’herbage”(89). Le Messager de Dieu a en effet ordonné aux habitants de Médine de ne pas empêcher que l’excédent en eau soit utilisé en agriculture pour permettre une pâture abondante”(90). 

4. La repentance et la contrition favorisent la tombée de la pluie

Le prophète Nûh (Noé), que le Salut soit sur lui, a demandé à son peuple, lorsqu’ils furent frappés par la sécheresse et la disette, de se repentir de leurs péchés pour que Dieu leur envoie de la pluie : “J'ai donc dit : “Implorez le pardon de votre Seigneur, car Il est grand Pardonneur, pour qu'Il vous envoie du ciel, des pluies abondantes, et qu'Il vous accorde beaucoup de biens et d'enfants, et vous donne des jardins et vous donne des rivières”(91).

5. A cause des péchés et des actes d’impiété, l’eau se perd inutilement dans les profondeurs de la terre 

Le Très-Haut a appelé son Envoyé Mohamed, que la Prière et le Salut soient sur lui, à montrer Son pouvoir aux mécréants : “Dis : “Que vous en semble ? Si votre eau était absorbée au plus profond de la terre, qui donc vous apporterait de l'eau de source?” (92).

6. Dieu a le pouvoir de rendre saumâtre l’eau douce

Le Très-Haut a dit, s’adressant aux gens de la Mecque qui n’ont pas cru à l’islam, ni au message de son Prophète, que la Prière et le Salut soient sur lui : “Voyez-vous donc l'eau que vous buvez ? Est-ce vous qui l'avez fait descendre du nuage? ou [en] sommes-Nous le descendeur ? Si Nous voulions, Nous la rendrions saumâtre. Pourquoi n'êtes-vous donc pas reconnaissants ?” (93). Eau saumâtre : qui a un goût salé qui la rend imbuvable (94).

7. Préservation de l’eau contre la pollution

Le Messager de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “Craignez les trois actes qui attirent la malédiction divine : faire ses besoins dans les sources, au bord de la route et dans un abri ombragé” (95). Il a en outre dit : “Evitez d’uriner dans l’eau stagnante, puis de vous baigner dedans” (96).  

8. Utilisation rationnelle de l’eau

Abdallah Ibn Omar, a rapporté le hadith suivant : le Prophète, que la Prière et le Salut soient sur lui, a aperçu sur son chemin Sâad en train de faire ses ablutions. Il l’interpella : “C’est quoi ce gaspillage ?”. Sâad répliqua : “Y a-t-il gaspillage en ablutions ?”. “Oui, répondit le Prophète, même si tu étais sur une rivière courante” (97). De même, le Messager de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, donnait l’exemple en matière de consommation rationnelle de l’eau, y compris pour les besoins du culte. Ainsi, il avait l’habitude de se laver avec un Sâa (unité de mesure) jusqu’à cinq Moudd (unité de mesure)(98), et faisait ses ablutions avec un seul Moudd, comme l’a rapporté son serviteur Anass Ibn Malik, que Dieu l’agrée (99).

B) L’animal

Dieu a créé l’animal sur cette terre et l’a mis au service de l’homme pour qu’il assume, directement ou indirectement, la fonction qui lui a été assignée par le Très-Haut. Ainsi, parmi ces animaux, certains servent à l’homme soit de monture, soit de nourriture, soit en tant que signes de richesse et d’apparat, soit pour des besoins thérapeutiques, soit en tant que bêtes de chasse. D’autres bestiaux vivent loin des humains, dans un environnement bien déterminé, mais dont les bienfaits atteignent indirectement l’homme, car le Très-Haut n’a rien créé vainement : “Ce n'est pas par divertissement que Nous avons créé les cieux et la terre et ce qui est entre eux. Nous ne les avons créés qu'en toute vérité. Mais la plupart d'entre eux ne savent pas” (100). Dans les versets suivants, le Saint Coran énumère certains besoins pour lesquels les animaux ont été créés : “Et les bestiaux, Il les a créés pour vous; vous en retirez des [vêtements] chauds ainsi que d'autres profits. Et vous en mangez aussi. Ils vous paraissent beaux quand vous les ramenez, le soir, et aussi le matin quand vous les lâchez pour le pâturage. Et ils portent vos fardeaux vers un pays que vous n'atteindriez qu'avec peine. Vraiment, votre Seigneur est Compatissant et Miséricordieux. Et les chevaux, les mulets et les ânes, pour que vous les montiez, et pour l'apparat. Et Il crée ce que vous ne savez pas” (101).

Le rapport de l’homme avec l’animal est régi par les commandements suivants :      

1. Toute bête fait partie d’une famille qui remplit sa fonction dans la vie, et doit de ce fait d’être préservée

L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “Ayant été piqué par une fourmi, un prophète a ordonné que toute la fourmilière soit brûlée. Dieu lui dit alors, par le truchement de la révélation : Pour la piqûre d’une fourmi, tu as brûlé toute une nation qui glorifie (Dieu) !” (102). Dans une autre version “Que n’as-tu tué qu’une seule fourmi ?” (103).

2. Veiller à bien traiter les animaux domestiques

L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “L’enfer s’est tellement approché de moi que j’ai dit : Seigneur ! C’est comme si j’étais avec eux ! J’ai vu alors une chatte qui ne cessait de griffer une femme. “ Quel mal a-t-elle donc fait ?”, Ai-je demandé. Elle a emprisonné cette chatte (dans la vie terrestre) jusqu’à ce qu’elle mourut de faim, m’a-t-on répondu”. Dans une autre version : “Une femme a été suppliciée pour avoir emprisonné une chatte jusqu’à ce qu’elle mourut de faim. Elle est entrée en enfer à cause de cela”. Il a dit alors, -mais Dieu est le plus savant- : “En détenant cette chatte enfermée, tu ne lui as donné ni à manger, ni à boire. En même temps, tu ne l’as pas laissée libre pour qu’elle puisse se nourrir des bestioles de la terre” (104).

3. Lui porter secours, en cas de danger

L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “Un homme, ayant aperçu un chien en train de manger de la terre humide pour calmer sa terrible soif qu’il n’arrivait pas à assouvir, enleva son soulier et le remplit plusieurs fois d’eau pour abreuver la bête, jusqu’à ce qu’elle fût désaltérée. L’homme a alors remercié Dieu pour l’aide qu’Il lui a permis d’apporter à l’animal, et le Seigneur le fit entrer au paradis.”(105).

4. Exploitation des animaux à des tâches auxquelles ils sont destinés par Dieu

L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit :  “Quiconque aura tué sans droit un oisillon ou autre animal plus grand, devra en rendre des comptes à Dieu le Jour de la Résurrection. “Et qu’est-ce que son droit, Envoyé de Dieu ?’’, demanda-t-on. ‘‘C’est de l’égorger rituellement et de le manger ensuite, au lieu de lui trancher la tête pour la jeter’’(106). Il a dit dans un autre hadith : “Quiconque aura tué par pur divertissement un oiseau, celui-ci se présentera le Jour de la Résurrection devant le Seigneur en s’écriant :‘‘ Ô Seigneur ! Tel m’a tué vainement et non pour une quelconque utilité’’(107).

5. Interdiction de tuer l’animal utile

L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a interdit de tuer cinq types de bestiaux : la fourmi, l’abeille, la huppe, la circaète(108) et la grenouille (109).

6. Permission de tuer l’animal nuisible

L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “Ils sont au nombre de cinq les bêtes nuisibles qu’il est permis de tuer, que l’on soit ou non en état de sacralisation (ihrâm) : le serpent, le corbeau tigré de blanc, la souris, le chien sauvage et le milan” (110).   

7. Permission de consommer certains animaux après égorgement rituel

Dieu le Très-Haut a dit : “Vous est permise la bête du cheptel, sauf ce qui sera énoncé [comme étant interdit]’’(111). Les bêtes du cheptel sont les chameaux, les vaches, les ovins et les caprins. Sont interdits le porc, les bêtes féroces (sibâ’), les rapaces, ainsi que toute bête n’ayant pas été égorgée selon le rite islamique qui consiste à couper la gorge, l’œsophage et les carotides primitives. Le Très-Haut a dit : “Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui de Dieu, la bête étouffée, la bête assommée ou morte d'une chute ou morte d'un coup de corne, et celle qu'une bête féroce a dévorée -sauf celle que vous égorgez avant qu'elle ne soit morte-. (Vous sont interdits aussi la bête) qu'on a immolée sur les pierres dressées”(112). Il a dit ailleurs : “La chasse en mer vous est permise, et aussi d'en manger, pour votre jouissance et celle des voyageurs” (113).

8. Prohibition de torturer ou de mutiler l’animal

Enumérant les moyens employés par le Satan pour égarer les hommes, le Coran a fait dire à ce dernier : “Certes, je ne manquerai pas de les égarer, je leur donnerai de faux espoirs, je leur commanderai, et ils fendront les oreilles aux bestiaux; je leur commanderai, et ils altéreront la création de Dieu”(114). L’envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “Ne vous servez pas d’une chose animée en tant que cible”. “L’envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a maudit celui qui se sert d’une chose animée en tant que cible de tir” (115).  

9. Dieu peut adresser un avertissement aux tyrans à travers certains animaux

Le Très-Haut a dit du Pharaon et de son peuple, à l’époque de Moïse, que le Salut soit sur lui : “Et Nous avons alors envoyé sur eux l'inondation, les criquets, les poux (ou la calandre), les grenouilles et le sang, comme signes explicites, Mais ils s'enflèrent d'orgueil et demeurèrent un peuple criminel” (116).

10. La transgression des commandements divins peut rendre des animaux rares ou  peu utiles

Dieu a donné à ce propos l’exemple de certains Fils d’Israël : “Et interroges-les au sujet de la cité qui donnait sur la mer, lorsqu'on y transgressait le Sabbat ! Que leurs poissons venaient à eux faisant surface, au jour de leur Sabbat, et ne venaient pas à eux le jour où ce n'était pas Sabbat ! Ainsi les éprouvions-Nous pour la perversité qu'ils commettaient”(117).

11. Il est permis d’utiliser certaines bêtes pour les besoins de défense et de combat

Dieu le Très-Haut a dit : “Et préparez [pour lutter] contre eux tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie équipée, afin d'effrayer l'ennemi de Dieu et le vôtre, et d'autres encore que vous ne connaissez pas en dehors de ceux-ci mais que Dieu connaît”(118).

12. Dieu a assigné à chaque bête sur terre sa nourriture  

Le Très-Haut a dit : “Il n'y a point de bête sur terre dont la subsistance n'incombe à Dieu qui connaît son gîte et son dépôt; tout est dans un Livre explicite” (119).

13. Dieu peut apporter sa miséricorde à l’homme grâce à l’animal

L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “S’ils se refusent à s’acquitter de la Zakat (aumône légale) sur leurs richesses, la pluie leur sera refusée du ciel, et n’était-ce les bêtes, ils ne verraient point de pluie”(120).

C) Les cultures et les arbres (plantations)

Les cultures et les arbres sont la première source de nourriture nécessaire à la vie des êtres vivants et la base des richesses que l’homme s’efforce de posséder. Voici les principes sous-tendant la conception que se fait l’islam du rapport de l’homme avec les cultures et les arbres :

1. La Zakat est obligatoire sur les cultures et les plantations

Le Très-Haut a dit : “C'est Lui qui a créé les jardins, treillagés et non treillagés; ainsi que les palmiers et la culture aux récoltes diverses; [de même que] l'olive et la grenade, d'espèces semblables et différentes. Mangez de leurs fruits, quand ils en produisent; et acquittez-en les droits le jour de la récolte. Et ne gaspillez point, car Il n'aime pas les gaspilleurs” (121).

2. Les cultures et les fruits relèvent de l’aumône durable

Toute personne ayant planté un arbre est récompensée proportionnellement au bénéfice tiré par l’homme, la bête ou l’oiseau de cette culture, qu’elle ait agi en connaissance de cause ou non. Le Messager de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “Tout musulman ayant planté ou cultivé ce qui a servi de nourriture à un homme, une bête ou un oiseau verra son acte compté comme une aumône” (122). Il a aussi dit : “Tout musulman ayant planté une plantation verra son acte compté comme une aumône chaque fois que quelqu’un mange du fruit de cette plantation ou en vole, et chaque fois qu’une bête sauvage ou un oiseau s’en nourrissent, de même que lorsque les droits du planteur sur ces fruits sont lésés”(123).

3. La terre doit être cultivée jusqu’à la fin du monde

Le Messager d Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “Si la Résurrection se produit alors que l’un de vous tient un plant dans sa main, s’il peut le planter avant de s’en aller, qu’il le fasse” (124).

4. La germination obéit à une loi divine

Le Très-Haut a dit : “C'est Dieu qui fait fendre la graine et le noyau : du mort il fait sortir le vivant, et du vivant, il fait sortir le mort. Tel est Dieu. Comment donc vous laissez-vous détourner ?”(125). Il a dit également : “Voyez-vous donc ce que vous labourez ? Est-ce vous qui le cultivez ? Ou [en] sommes Nous le cultivateur ? Si Nous voulions, Nous le réduirions en débris. Et vous ne cesseriez pas de vous étonner et [de crier]” (126). “Que l'homme considère donc sa nourriture : C'est Nous qui versons l'eau abondante ; puis Nous fendons la terre par fissures ; et y faisons pousser grains, vignobles et légumes ; oliviers et palmiers ; jardins touffus ; fruits et herbages, pour votre jouissance vous et vos bestiaux” (127).

5. Dieu a créé multiples variétés de végétaux, pour des usages et des goûts différents

Le Très-Haut a dit : “N'ont-ils pas observé la terre, combien Nous y avons fait pousser de couples généreux de toutes sortes ? Voilà bien là une preuve ! Et la plupart d'entre eux ne croient pas. Et ton Seigneur est en vérité Lui le Très-Haut, le Très Miséricordieux” (128). Il a encore dit : “Et sur la terre il y a des parcelles voisines les unes des autres, des jardins [plantés] de vignes, et des céréales et des palmiers, en touffes ou espacés, arrosés de la même eau, cependant Nous rendons supérieurs les uns aux autres quant au goût. Voilà bien là des preuves pour des gens qui raisonnent” (129).

6. Chaque plante possède ses caractéristiques propres

Le Très-Haut a dit, dans la bouche du prophète Saleh, que la Paix soit sur lui : “Vous laissera-t-on en sécurité dans votre présente condition ? Au milieu de jardins, de sources, de cultures et de palmiers aux fruits digestes ?” (130). Il a également gratifié le prophète Younès, que la Paix soit sur lui, une fois sorti du ventre de la baleine, de moyens destinés à l’aider à surmonter son épreuve : “Nous le jetâmes sur la terre nue, indisposé qu'il était. Et Nous fîmes pousser au-dessus de lui un plant de courge” (131).

D) La terre

Selon les enseignements de l’islam, la relation entre l’homme et la terre est déterminée comme suit :

1. La construction de lieux d’habitation sur la terre est une “aumône durable” aussi longtemps que les édifices bâtis seront utiles

L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “Quiconque aura construit une bâtisse sans avoir commis d’injustice ou causé de préjudice (pour ce faire) ou planté une plantation sans avoir commis d’injustice ou causé de préjudice, son acte lui sera compté pour une aumône durable aussi longtemps qu’il aura été bénéfique aux créatures du Très-Haut”(132).

2. Quiconque aura revivifié une terre morte, sans maître, en devient propriétaire

L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “Quiconque aura vivifié une terre morte en devient propriétaire, et nul n’a le droit de la lui enlever injustement”(133). C’est le cas notamment des terres situées en dehors des périmètres urbains. Il a encore dit : “Quiconque aura vivifié une terre située à quelques pas ou à un jet de pierre du terrain d’autrui lui appartiendra”(134), et aussi “Quiconque aura peuplé une terre sans maître a le droit, plus que quiconque, de la faire sienne”(135).

3. Interdiction d’usurper une terre appartenant à autrui

L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “Quiconque aura pris possession injustement ne serait-ce que d’une pouce de terre, son cou sera encerclé de sept terres le Jour de la Résurrection” (136).

4. Le gouverneur a le droit de déclarer un territoire réservé au profit des faibles ou pour l’intérêt général

 L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “Point de terrain réservé, si ce n’est celui dédié à Dieu et à son Messager”(137). Le Prophète, que la Prière et le Salut soient sur lui, a réservé Al-Baqiâ et Omar (Ibn Al-Khattab) a réservé Assarf et Arrabda en disant à son gouverneur : “Ô Hina ! garde-toi d’être injuste envers les musulmans et crains l’invocation des victimes de l’injustice, car elle est exaucée ; et permets aux bergers ayant quelques chameaux et ceux ayant quelques têtes de moutons (de faire paître leurs bêtes) ; et prends garde de laisser paître les troupeaux de Othman Ibn Affan, car si leurs troupeaux venaient à périr, ils retourneraient à leurs fermes et leurs champs cultivés, alors que ceux ayant quelques têtes de chameaux ou de moutons, si leurs troupeaux venaient à périr, ils amèneraient les personnes à leur charge à moi en disant : “Ô Commandeur des croyants !”. Pourrais-je alors les ignorer ? Non, évidemment. Je trouve donc plus facile de les laisser abreuver et paître leurs bêtes que de leur donner de l’argent et de l’or” (138). L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a également protégé les domaines compris entre les deux Repères de Médine. Abou Hurayra dit à ce sujet : “Si j’aperçois des gazelles entre ses deux Repères (de Médine), je n’oserai jamais les effarer”, “Et il (le Prophète) a établi un périmètre de douze miles autour de Médine comme une zone protégée” (139).

5. Le maintien de la propreté de la terre est considéré comme un acte de dévotion divinement récompensé

L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “La Foi est divisée en soixante-dix ou soixante et quelques fractions, dont le plus haut degré est le fait de dire “Il n’y a point de Dieu qu’Allah” et le degré moindre est le fait d’écarter les embûches de la voie publique. La pudeur est une branche de la foi.” (140). Abou Barza a demandé au Prophète, que la Prière et le Salut soient sur lui : " Ô envoyé de Dieu, apprends-moi quelque chose qui me sera utile. “Enlève les choses encombrantes du chemin des musulmans”, lui a-t-il répondu (141). L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit également : “Un serviteur (de Dieu) est entré au paradis pour avoir enlevé une branche d’arbre épineuse du chemin des musulmans”(142). Selon un autre hadith : “Quiconque aura enlevé du chemin des musulmans quelque chose qui peut leur causer du tort sera récompensé par Dieu par une bonne action inscrite à son compte ; et quiconque est crédité par Dieu d’une bonne action, sera de ce fait admis au paradis” (143).

6. Prohibition du tapage et autres nuisances sonores

Parmi les conseils que Luqman, que le Salut soit sur lui, a prodigué à son fils, en l’exhortant : “ “Sois modeste dans ta démarche, et baisse ta voix, car la plus détestée des voix, c'est bien la voix des ânes”” (144). Même quand il s’agit d’invoquer Dieu, Le Très-Haut a dit : “Invoquez votre Seigneur en toute humilité et recueillement et avec discrétion. Certes, Il n'aime pas les transgresseurs”(145) ; “Et dans ta Salat, ne récite pas à voix haute; et ne l'y abaisse pas trop, mais cherche le juste milieu entre les deux” (146).

E) L’air

C’est le fluide gazeux constituant l’atmosphère de notre planète. Il est aussi indispensable que l’eau pour le maintien et la perpétuation de la vie.

D’après les sources islamiques, l’air assure plusieurs fonctions, dont notamment :

1. La variation des vents est une preuve de l’existence et de la Grandeur de Dieu.

Le Très-Haut a dit : “Certes dans la création des cieux et de la terre, …dans la variation des vents, et dans les nuages soumis entre le ciel et la terre -dans tout cela il y a des signes, pour un peuple qui raisonne.”(147).

2. Le mouvement des vents est un signe annonciateur du changement du climat, de l’apparition des nuages et de l’imminence des pluies

Le Très-Haut a dit : “C'est Lui qui envoie les vents comme une annonce de Sa Miséricorde. Puis, lorsqu'ils transportent une nuée lourde, Nous la dirigeons vers un pays mort [de sécheresse], puis Nous en faisons descendre l'eau, ensuite Nous en faisons sortir toutes espèces de fruits.”(148).

3. Moyen de fécondation des plantes et d’amoncellement des nuages 

Le Très-Haut a dit : “Et Nous envoyons les vents fécondants ; et Nous faisons alors descendre du ciel une eau dont Nous vous abreuvons et que vous n'êtes pas en mesure de conserver”(149).

4. Moyen de formation et de dispersion des nuages

Le Très-Haut a dit : “Dieu, c'est Lui qui envoie les vents qui soulèvent des nuages ; puis Il les étend dans le ciel comme Il veut ; et Il les met en morceaux. Tu vois alors la pluie sortir de leurs profondeurs. Puis, lorsqu'Il atteint avec elle qui Il veut parmi Ses serviteurs, les voilà qui se réjouissent” (150).

5. Moyen favorisant le mouvement des navires et des vagues dans la mer

Le Très-Haut a dit : “Quand vous êtes en bateau. [Ces bateaux] les emportèrent, grâce à un bon vent. Ils s'en réjouirent jusqu'au moment où, assaillis par un vent impétueux, assaillis de tous côtés par les vagues...” (151).

6. Moyen de propagation des odeurs

Le Très-Haut a dit : “Et dès que la caravane franchit la frontière [de Canâan], leur père dit : “Je décèle, certes, l'odeur de Joseph, même si vous dites que je radote” ”(152).

7. Moyen de vol

Le Très-Haut a dit : “N'ont-ils pas vu les oiseaux au-dessus d'eux, déployant et repliant leurs ailes tour à tour ? Seul le Tout Miséricordieux les soutient. Car Il est, sur toute chose, Clairvoyant” (153).

8. Moyen de vaincre l’ennemi

Le Très-Haut a dit : “Ô vous qui croyez ! Rappelez-vous le bienfait de Dieu sur vous, quand des troupes vous sont venues et que Nous avons envoyé contre elles un vent et des troupes que vous ne pouviez voir. Dieu demeure Clairvoyant sur ce que vous faites” (154).

9. Moyen d’anéantissement et de destruction

Le Très-Haut a dit : “Et quant aux Aad, ils furent détruits par un vent mugissant et furieux qu'Il [Dieu] déchaîna contre eux pendant sept nuits et huit jours consécutifs ; tu voyais alors les gens renversés par terre comme des souches de palmiers évidées. En vois-tu le moindre vestige ?” (155).

L’éducation et le développement environnementaux

Le Pr. Dr Kamal-eddine Al Batanouni écrit à ce propos : “ Dans l’optique islamique, la philosophie et l’éthique environnementales ont un statut spécial, en ce sens que c’est l’esprit même de la religion islamique qui est porteur de valeurs et de philosophie environnementales. Il faut savoir en effet que la conscience du musulman, imprégnée par la foi, influe grandement sur la conduite de ce dernier qui, de fait, agit suivant ce que lui dictent ses inspirations intérieures et non par crainte de quelque autorité humaine extérieure. Ce qui veut dire que le musulman adopte et diffuse des principes éthiques par conviction et sans avoir besoin d’aucune législation, réglementation ou pression extérieure qui les lui impose. C’est pour cela qu’il est nécessaire que les gens apprennent à ancrer dans leurs esprits et leur conscience la foi islamique” (156).

J’ajouterai, pour ma part, que chez le fidèle, la croyance islamique se traduit en une conduite de tous les jours, au point qu’elle est devenue une sorte d’habitude intériorisée chez les nouvelles générations. Une habitude qui ne peut évoluer et se transformer en une conviction chez celles-ci que si les modèles de conduite liés aux textes fondateurs leur sont inculqués par le biais de l’éducation et de l’enseignement, à défaut de quoi l’on risque de voir la conduite escomptée réduite à de simples traditions et coutumes qu’on se permet de transgresser. C’est dire l’importance de l’éducation durable comme condition indispensable du développement durable.

Nous tenterons, dans ce qui suit, de passer en revue certains modèles de conduite islamiques, en complément à ce qui a déjà été dit au sujet des autres éléments de l’environnement- pour ce qui a trait à l’éducation environnementale. Cette partie se déclinera en cinq axes, à savoir :

1. l’éducation environnementale dans la croyance islamique

2. l’éducation environnementale dans le culte islamique

3. l’éducation environnementale dans la relation du musulman avec son frère musulman

4. l’éducation environnementale dans la relation du musulman avec les non musulmans

5. l’éducation environnementale dans la relation du musulman avec les composantes naturelles de l’environnement.

Il va sans dire que pour qu’elle puisse remplir son rôle dans le développement durable, l’éducation environnementale a besoin d’un enseignement et de programmes scolaires qui mettent en exergue la conduite souhaitée en tant que forme d’adoration qui vaut à l’homme d’être récompensé pour son observance, mais aussi d’être puni pour son abandon, sa négligence ou l’adoption de comportement incompatible.

1.  L’éducation environnementale du point de vue du dogme islamique

La croyance islamique a pour fondements les dogmes suivants :

- Croire à Dieu, l’Unique, le Souverain suprême qui commande et inspire la conduite de l’homme, par le truchement de Ses commandements, Ses interdits et Ses recommandations. Cette croyance constitue la référence à laquelle se ramènent toutes les opinions en cas de divergences. Le Très-haut a dit en effet : “Ô les croyants ! Obéissez à Dieu, et obéissez au Messager et à ceux d'entre vous qui détiennent le commandement. Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-là à Dieu et au Messager, si vous croyez en Dieu et au Jour dernier. Ce sera bien mieux et de meilleur interprétation (et aboutissement)” (157).

Le Très-Haut n’est pas le Seigneur de l’homme uniquement, mais aussi celui de l’univers entier: “Louange à Dieu, Seigneur des cieux et Seigneur de la terre : Seigneur de l'univers. Et à Lui la grandeur dans les cieux et la terre. Et c'est Lui le Puissant, le Sage”(158). C’est ainsi que l’homme arrive à mener une vie harmonieuse, grâce justement à cette unicité de référence.

- Croire au caractère souverain d’Allah le Très-Haut, qui implique que l’on ne doit adorer que Lui, que la soumission parfaite et complète n’est due qu’à Allah et que tous les êtres humains sont ses serviteurs, quoi qu’ils puissent exercer comme fonctions dans la vie d’ici-bas, chefs ou subalternes, gouverneurs ou gouvernés, patrons ou ouvriers, pères ou fils, maîtres ou esclaves. Cette croyance permet à l’homme de s’affranchir de la sujétion à d’autres maîtres qu’Allah.

- Croire à toutes les religions monothéistes révélées et à tous les prophètes et messagers, croyance figurant au nombre des piliers de l’islam : “Le Messager a cru en ce qu'on a fait descendre vers lui venant de son Seigneur, et aussi les croyants : tous ont cru en Dieu, en Ses anges, à Ses livres et en Ses messagers; (en disant) : "Nous ne faisons aucune distinction entre Ses messagers”(159). Ainsi, ce dogme impose au musulman de vouer respect et estime aux adeptes des autres religions, chose qui est d’ailleurs observable dans tous les pays islamiques. La preuve en est le respect et la protection dont jouissaient les non-musulmans à l’âge d’or de la civilisation islamique, chose qu’ils n’ont vécu sous aucun autre règne.

- Croire que personne ne saurait être contraint d’embrasser la religion islamique ou d’y croire. Le Très-Haut a dit à ce sujet : “Et dis : “La vérité émane de votre Seigneur”. Quiconque le veut, qu'il croit, et quiconque le veut, qu'il mécroie””(160). “Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s'est distingué de l'égarement”(161). Et quand Abraham, que la Paix soit sur lui, invoqua le Très-Haut pour qu’Il comble de ses bienfaits ceux parmi ses descendants, habitants du Territoire sacré (La Mecque), qui auront cru en Dieu, le Seigneur lui répondit que ses bienfaits couvriraient toutes ses créatures, même les impies parmi elles : “Et quand Abraham supplia : “Ô mon Seigneur, fais de cette cité un lieu de sécurité, et fais attribution des fruits à ceux qui parmi ses habitants auront cru en Dieu et au Jour dernier”, le Seigneur dit : “Et quiconque n'y aura pas cru, alors Je lui concéderai une courte jouissance [ici-bas], puis Je le contraindrai au châtiment du Feu [dans l'au-delà]. Et quelle mauvaise destination” !” (162). De fait, après l’avènement de l’islam, les lieux de culte des gens du Livre (les chrétiens et les juifs) dans la péninsule arabique ont continué à remplir leur fonction et ceux-ci ont continué à y exercer leur culte, sans faire l’objet d’aucune contrainte pour se convertir à l’islam ou détruire lesdits lieux.

- Le musulman est appelé à assumer sa responsabilité envers les générations actuelles et les générations futures, lesquelles doivent être guidées vers la vraie et l’unique croyance qui mène au salut : “Ô vous qui avez cru ! Préservez vos personnes et vos familles, d'un Feu dont le combustible sera les gens et les pierres, surveillé par des Anges rudes, durs, ne désobéissant jamais à Dieu en ce qu'Il leur commande, et faisant strictement ce qu'on leur ordonne”(163). La récompense est vite annoncée : “Ceux qui auront cru et que leurs descendants auront suivis dans la foi, Nous ferons que leurs descendants les rejoignent. Et Nous ne diminuerons en rien le mérite de leurs oeuvres, chacun étant tenu responsable de ce qu'il aura acquis”. (164)

2. L’éducation environnementale du point de vue du culte islamique

Le musulman accomplit les actes de culte à la fois par ses sens, les organes de son corps et ses biens. Pour être valable, le culte doit répondre aux conditions suivantes :

- Être voué exclusivement à Dieu. Le Très-Haut a dit : “Il ne leur a été commandé, cependant, que d'adorer Dieu, Lui vouant un culte exclusif, d'accomplir la Salat et d'acquitter la Zakat. Et voilà la religion de droiture” (165). Il a dit à son Messager Mohamed, que la paix et la prière soient sur lui : “Dis : “Il m'a été ordonné d'adorer Dieu en Lui vouant exclusivement le culte, et il m'a été ordonné d'être le premier des Musulmans”(166). Le Prophète, que la Paix et la Prière soient sur lui, a aussi dit : “On ne jugera des actions que selon les intentions (qui les sous-tendent). Chacun ne sera rétribué que selon ce qu’il a entendu faire”(167). Il s’agit là d’une forme de pureté intérieure.

- La propreté matérielle corporelle, qui implique l’élimination des souillures, et la propreté morale exigée avant l’accomplissement de certains cultes, tels la prière ou le tour de la Maison sacrée. Ainsi, la propreté de la bouche, du nez et du reste des organes revêt un caractère tantôt obligatoire tantôt recommandé.

- L’établissement de liens sociaux entre les musulmans par le biais des prières collectives et du pèlerinage.

- La concrétisation de l’entraide sociale entre les musulmans à travers la Zakat qu’il faut verser obligatoirement au profit des pauvres et des nécessiteux.

- La concrétisation de la solidarité humaine entre les musulmans et les autres communautés, grâce aux aumônes volontaires.

- Le raffermissement des liens de solidarité sociale entre les musulmans, à travers, par exemple, le remboursement des dettes en faveur des personnes lourdement endettées pour des raisons valables, l’affranchissement des esclaves et l’aide aux voyageurs pour regagner leurs contrées.  

- La concrétisation de l’unité islamique, reflétée par le rassemblement des fidèles à l’occasion du pèlerinage.

- Il n’y a point de distinction entre les musulmans, si ce n’est par le degré de piété, laquelle demeure une affaire de cœur que nul ne peut connaître, à l’exception de Dieu le Très-Haut. Ainsi, aucun fidèle ne peut se vanter d’être plus pieux qu’un autre et il ne lui est pas d’ailleurs permis de le faire. Le Très-Haut a dit : “C'est Lui qui vous connaît le mieux quand Il vous a produits de terre, et aussi quand vous étiez des embryons dans les ventres de vos mères. Ne vantez pas vous-mêmes votre pureté; c'est Lui qui connaît mieux ceux qui [Le] craignent” (168).

- La maîtrise des appétits du corps et de l’esprit, y compris les besoins licites, notamment par le jeûne.

- Ajoutons à tout cela les commandements de l’islam qui exhortent le musulman à se tailler la moustache et les ongles, à se faire circoncire, à se raser le pubis, à s’épiler les aisselles, à se frotter les doigts et les orteils lors des ablutions, à se laver les mains avant et après les repas, à se brosser les dents avec le siwak (sorte de brosse à dents traditionnelle), à maintenir ses cheveux propres, à prendre son bain (rituel) le vendredi, lors des fêtes religieuses, après un rapport sexuel, la menstruation et les lochies ou encore à la suite de l’émission des odeurs corporelles, à veiller à la propreté des foyers et des voies, à lutter contre les épidémies, à combattre les maladies, à éviter d’utiliser comme ustensiles les récipients destinés aux animaux domestiques, etc.

3. L’éducation environnementale dans les rapports entre musulmans

Ces rapports ont pour fondements :

- La fraternité découlant du partage de la même croyance, qui unit tous les musulmans. Le Très-Haut a dit : “Les croyants ne sont que des frères” (169).

- L’obligation de réconcilier les musulmans qui se livrent la guerre. Le Très-Haut a dit : “Et si deux groupes de croyants se combattent, faites la conciliation entre eux. Si l'un d'eux opprime l'autre, combattez le groupe oppresseur jusqu'à ce qu'il se conforme à l'ordre de Dieu” (170).

- La nécessité d’établir la concorde entre les musulmans. Le Très-Haut a dit : “Et rappelez-vous le bienfait de Dieu sur vous : lorsque vous étiez ennemis, c'est Lui qui réconcilia vos cœurs. Puis, par Son bienfait, vous êtes devenus frères”(171). L’Envoyé de Dieu a dit : “Un musulman a six devoirs à accomplir à l’égard de son prochain (musulman). “Lesquels, Envoyé de Dieu ?”, demanda-t-on ? Il répondit : “C’est de le saluer quand tu le rencontres, répondre à son invitation, lui donner conseil quand il te le demande, lui souhaiter la miséricorde de Dieu quand il éternue et dit “louange à Dieu”, lui rendre visite quand il est souffrant, et suivre son convoi funèbre quand il meurt”(172).

- Instaurer la discipline sociale, dans le but de faire régner le bien et combattre le mal, ou, (selon la terminologue islamique), “ordonner les pratiques convenables et dénoncer les actes répréhensibles”. Le Très-Haut a dit : “Vous êtes la meilleure communauté qu'on ait fait surgir pour les hommes : vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Dieu” (173).

- L’exhortation au bien et à tout ce qui peut être bénéfique à l’homme, individuellement ou collectivement. Le Très-Haut a dit : “Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien”(174).

- L’adoption de la consultation (chûrâ) en tant que moyen de gestion des affaires au sein de la famille ainsi qu’au niveau de l’institution ou de l’État. Le Très-Haut a dit : “Et si, après s'être consultés, tous deux tombent d'accord pour décider le sevrage, nul grief à leur faire”(175). Le Très-Haut a également promis la récompense dans l’au-delà à ceux qui optent pour la consultation : “Tout ce qui vous a été donné [comme bien] n'est que jouissance de la vie présente; mais ce qui est auprès de Dieu est meilleur et plus durable pour ceux qui ont cru et qui placent leur confiance en leur Seigneur ; qui évitent [de commettre] des péchés les plus graves ainsi que les turpitudes, et qui pardonnent après s'être mis en colère ; qui répondent à l'appel de leur Seigneur, accomplissent la Salat, se consultent entre eux à propos de leurs affaires, dépensent de ce que Nous leur attribuons”(176). Le Très-Haut a aussi ordonné à son Prophète, que la Paix et le Salut soient sur lui, de ne pas cesser d’appliquer la consultation, quelles qu’en soient les conséquences, et lui dit au lendemain de la défaite essuyée lors la bataille d’Uhud : “C'est par quelque miséricorde de la part de Dieu que tu (Muhammad) as été si doux envers eux ! Mais si tu étais rude, au cœur dur, ils se seraient enfuis de ton entourage. Pardonne-leur donc, et implore pour eux le pardon (de Dieu). Et consulte-les à propos des affaires ; puis une fois que tu t'es décidé, confie-toi donc à Dieu, Dieu aime, en vérité, ceux qui Lui font confiance” (177).

- L’indulgence envers le fautif, quand on a le pouvoir de le punir. Le Très-Haut a dit : “L’indulgence est plus proche de la piété.” (178). “Mais si vous [les] excusez, passez sur [leurs] fautes et [leur] pardonnez, sachez que Dieu est Pardonneur, Très Miséricordieux”(179). Le Très-Haut a aussi classé l’indulgence parmi les qualités de ceux qui seront récompensés par Son immense paradis : “Ceux qui dépensent dans l'aisance et dans l'adversité, qui dominent leur rage et pardonnent à autrui - car Dieu aime les bienfaisants”(180).

- Dans la vie de tout musulman, les règles régissant son culte et sa conduite convergent vers la concrétisation de cinq objectifs majeurs, à savoir la préservation de la religion, de la vie, de l’esprit, de la descendance et des biens.

4. L’éducation environnementale dans les rapports entre musulmans et non musulmans

Ces rapports sont fondés sur les principes suivants :

- L’origine unique de tous les êtres humains. Le Très-Haut a dit : “Ô hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d'un seul être, et a créé de celui-ci son épouse, et qui, de ces deux là, a fait répandre (sur la terre) beaucoup d'hommes et de femmes” (181).

- La nécessité de traiter équitablement les sujets non musulmans d’un Etat islamique. Le Très-Haut a dit : “Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injuste. Soyez justes, c’est plus proche de la piété” (182). Le Messager de Dieu, que la Paix et le Salut soient sur lui, a dit : “un pacte conclu avec un musulman est valable pour tous les autres musulmans. Quiconque aura donc rompu son pacte avec un musulman sera maudit aux yeux d’Allah, des anges et de tous les humains, et aucune transaction ni compensation venant de lui ne sera acceptée” (183). Omar Ibn Al-Khattab, que Dieu l’agrée, a exhorté son successeur, au sujet des non musulmans vivant en terre d’islam ou qui ont signé une trêve ou un traité de paix avec les musulmans : “Je lui recommande d’observer, dans tous ses actes, les commandements de Dieu et de son Messager à ce sujet, de sorte qu’il puisse honorer ses engagements envers eux, les défendre et éviter de leur imposer des charges qu’ils ne seront pas en mesure de supporter”(184).

- Etre bienfaisants et équitables envers eux. Le Très-Haut a dit : “Dieu ne vous défend pas d'être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Dieu aime les équitables” (185).

- Ne pas prendre pour alliés ceux qui combattent les musulmans pour leur religion et les expulsent de leurs demeures ainsi que ceux qui les aident à le faire. Le Très-haut a dit : “Dieu vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes”(186).

- Favoriser la connaissance mutuelle des peuples du monde. Le Très-Haut a dit : “Ô vous les hommes ! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous connaissiez mutuellement. Le plus noble d'entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux. Dieu est certes Omniscient et Grand- Connaisseur”(187).

- Réconcilier les gens en litige. Le Très-Haut a dit : “Et n'usez pas du nom de Dieu, dans vos serments, pour vous dispenser de faire le bien, d'être pieux et de réconcilier les gens. Et Dieu est celui qui entend et sait tout” (188).

- Préserver la dignité de tout être humain, quel qu’il soit. Le Très-Haut a dit : “Certes, Nous avons honoré les fils d'Adam”(189). Omar Ibn Al-Khattab, que Dieu l’agrée, déclara haut et fort, lorsqu’un Copte était venu se plaindre auprès de lui de l’injustice que lui avait infligée le fils de son gouverneur (en Egypte) Amr Ibn Al-Ass : “Depuis quand vous vous permettez d’asservir les gens alors qu’ils sont nés libres ?”.

5. L’éducation environnementale dans le rapport du musulman avec les constituants naturels de l’environnement

Les fondements de cette relation sont les suivants :

- Planifier et exécuter des projets qui soient bénéfiques à tous les peuples, y compris les peuples qui s’y connaissent en planification. L’exemple le plus éloquent à cet égard est l’histoire de Youssef (Joseph), que la Paix soit sur lui, avec le roi d’Egypte (Pharaon) qui le sollicita pour lui interpréter son songe et le nomma ensuite comme Intendant en chef du Royaume, avec pour mission d’élaborer un plan de sauvetage du pays confronté à la disette imminente : “Alors [Joseph dit] : “Vous sèmerez pendant sept années consécutives. Tout ce que vous aurez moissonné, laissez-le en épi, sauf le peu que vous consommerez. Viendront ensuite sept années de disette qui consommeront tout ce que vous aurez amassé pour elles, sauf le peu que vous aurez réservé [comme semence]. Puis, viendra après cela une année où les gens seront secourus [par la pluie] et iront au pressoir”” (190). En arrêtant son plan, Youssef, que la Paix soit sur lui, a tenu compte non seulement de l’intérêt des Égyptiens, mais aussi de celui des pays voisins. C’est pourquoi les habitants de Palestine, y compris les frères de Youssef, n’ont pas tardé à venir s’approvisionner en blé chez les Égyptiens pour couvrir leurs besoins.

- La responsabilité de l’homme devant Dieu pour ce qu’il a possédé. Le Très-haut a dit : “Puis, assurément, vous serez interrogés, ce jour-là, sur les délices” (191). L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, a dit : “Les pieds du fils d’Adam ne bougeront pas devant son Seigneur jusqu’à ce qu’il aura été questionné sur cinq choses : sa vie et ce à quoi il l’a consacrée ; sa jeunesse et ce à quoi il l’a déployée ; ses richesses et d’où il les a tirées et comment il les a dépensées ; et ce qu’il a fait des connaissances qu’il a apprises ?”(192).

- L’exploitation rationnelle des ressources naturelles, de façon à favoriser le développement du monde. Le Très-Haut a dit : “Et ne commettez pas de la corruption sur la terre après sa réforme” (193) ; “Dieu distingue celui qui sème le désordre de celui qui fait le bien” (194) ; “C'est Lui qui a créé les jardins, treillagés et non treillagés ; ainsi que les palmiers et la culture aux récoltes diverses ; [de même que] l'olive et la grenade, d'espèces semblables et différentes. Mangez de leurs fruits, quand ils en produisent ; et acquittez-en les droits le jour de la récolte. Et ne gaspillez point car Il n'aime pas les gaspilleurs” (195) ; “Tu ne veux être qu'un tyran sur terre ; et tu ne veux pas être parmi les bienfaiteurs” (196).

- Les richesses du sous-sol ne sont pas la propriété exclusive du propriétaire de ce sol, mais communes à tous les humains, de sorte que celui dans le sol duquel ont été découvertes pourra en bénéficier, tout en en faisant bénéficier ceux qui en ont besoin, par l’échange, l’achat ou le don. Le Très-Haut a dit : “Quant à la terre, Il l'a étendue pour les êtres vivants : il s'y trouve des fruits, et aussi les palmiers aux fruits recouverts d'enveloppes, tout comme les grains dans leurs balles, et les plantes aromatiques” (197).

Principes législatifs relatifs à la préservation de l’environnement

Le principe de base de la conduite de tout musulman est l’autodiscipline. Car dans la foi islamique, c’est Dieu qui demandera aux humains de rendre compte des actes qu’ils auront accomplis durant leur vie terrestre, et “Rien, vraiment, ne se cache de Dieu de ce qui existe sur la terre ou dans le ciel”(198) ; “Dis : “Que vous cachiez ce qui est dans vos poitrines ou bien vous le divulguiez, Dieu le sait. Il connaît tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Et Dieu est Omnipotent””(199). Le Jour de la Résurrection, la reddition des comptes se fera conformément à cette règle : “Quiconque fait un bien, fût-ce du poids d'un atome, le verra ; et quiconque fait un mal, fût-ce du poids d'un atome, le verra”(200). Et quiconque aura fait du mal à autrui devra obligatoirement en payer le prix dans l’au-delà, et peut-être même au cours de sa vie présente. L’Envoyé de Dieu, que la Prière et le Salut soient sur lui, questionna un jour Ses compagnons : “Savez-vous qui est le vrai failli (mûflis)?”. “Si, celui qui est ruiné, sans sous ni aucun bien”, lui a-t-on répondu. Le Prophète rectifia alors : “Dans ma nation, le “failli”, c’est celui qui se présente le Jour de la Résurrection avec ses actes de prière, de jeûne et de Zakat, mais aussi en ayant insulté, calomnié, volé, tué ou fustigé des gens. Il donnera alors de ses bonnes actions à celui-ci et à celui-là, et quand ses bonnes actions auront été épuisées avant qu’il ne rachète ses fautes, il se verra alors chargé des péchés de ses victimes et jeté ainsi dans le feu”(201).  

On ne saurait préserver l’environnement pour les générations présentes, sans compromettre le droit des générations futures à profiter du même environnement (c’est le sens même de “l’environnement durable”), sans mettre l’accent sur les questions environnementales et leur dimension religieuse, dans les programmes d’enseignement, les moyens d’information et les organes d’orientation et d’édification religieuse, ainsi que dans les législations.

Dès lors, la protection de l’environnement est une responsabilité qui incombe aussi bien aux individus qu’aux institutions et à l’Etat. Pour ce qui est de l’Etat, la législation est devenue une condition indispensable et un outil de première importance pour l’organisation de la vie des individus et la sauvegarde des intérêts publics et privés.

S’agissant de la protection de l’environnement, toute législation doit s’appuyer sur les principes suivants :(202)

- Le Très-Haut est le véritable Maître de la Terre et des richesses qu’elle recèle. Les biens et les ressources d’environnement dont disposent les individus ou l’Etat ne leur sont confiés qu’à titre de dépôt et de droits de jouissance.

- Le gouvernant intervient pour organiser l’exercice des droits civils et privés, dans l’équité et  l’équilibre, et dans les limites permettant la concrétisation des objectifs généraux de la religion islamique, conformément à la règle juridique (l’administration (exercée par un gouvernant) pour le compte de ses sujets est tributaire du respect de l’intérêt général).

- Il n’est pas permis d’exploiter les ressources naturelles et les composantes de l’environnement à des fins contraires à l’usage auquel elles sont destinées par le Créateur, de même qu’il est prohibé de surconsommer ces ressources jusqu’à l’épuisement, car cela équivaudrait à un abus de droit.  

- Il n’est pas permis de faire usage des ressources naturelles, des composantes de l’environnement et autres, d’une façon susceptible de causer du tort à autrui, à l’environnement ou à soi-même, conformément à la règle “nul ne doit faire du tort à lui-même ni à autrui” et au commandement divin “Et ne vous jetez pas par vos propres mains dans la destruction” (203).

- Il existe des biens communs dont il n’est pas permis de restreindre l’usage pour une raison autre que l’intérêt général. C’est le cas de l’eau, du pâturage, du feu, des sources d’énergie, des forêts, des animaux terrestres et marins, des domaines publics et de l’air, tous biens considérés comme indispensables pour la survie des êtres humains. 

- Celui qui aura porté préjudice à autrui ou à l’environnement devra en assumer les conséquences. Il devra aussi réparer les dégâts qu’il a causés ou de verser, en contrepartie, une indemnisation conséquente, conformément aux règles juridiques “la compensation se fait proportionnellement au profit tiré”, “Le tort doit être réparé” et “Le fautif est responsable même si son tort est non intentionnel”.

- En cas de conflit d’intérêts, l’intérêt général l’emporte sur l’intérêt personnel, en application des règles juridiques “un dommage particulier peut être supporté pour repousser un préjudice général” et “En présence de deux situations préjudiciables, on privilégie la moins grave”.

- L’intérêt avéré, réel et effectif passe avant l’intérêt probable, hypothétique, conjectural, car en toute chose il faut considérer les faits avérés.

- L’intérêt impérieux et indispensable à la survie prime sur l’intérêt conjoncturel dont la satisfaction permet d’éliminer un embarras ou d’épargner une peine. De même, en cas de conflit, l’intérêt essentiel prime sur l’intérêt accessoire et superflu. Autrement dit, le plus important passe avant le moins important.

- Les intérêts des faibles doivent avoir la priorité, en raison de l’incapacité de ceux-ci à réaliser et à défendre leurs intérêts, ou de l’inexistence de la prise en charge des faibles en l’absence desdits intérêts, conformément aux règles de droit “Les intérêts des faibles passent avant ceux des riches” et “Repousser les préjudices des faibles vaut mieux que de les repousser des riches” (204).

- Dans le cas où la recherche d’intérêts peut engendrer des torts plus graves ou d’importance équivalente, l’abandon de ces intérêts vaudra mieux que leur maintien, en application du principe “Mieux vaut prévenir un préjudice que de rechercher un avantage”, et parce que le fait de prévenir un préjudice constitue un intérêt en soi. 

- L’intérêt doit être accordé à la création des institutions, des organismes, des associations et des groupes qui s’activent dans le domaine de la protection de l’environnement. Dans la civilisation islamique, la Hisba (censure des mœurs) jouait un rôle certain dans la préservation de l’environnement, fondée qu’elle est sur le devoir d’ordonner les pratiques convenables et d’interdire les conduites blâmables ainsi que de prévenir toutes tentatives de corruption, de fraude et de tricherie dont les gens peuvent être victimes.   

- Les pollueurs de l’environnement doivent être contraints d’utiliser, à leurs propres frais, ce qui est de nature à alléger les conséquences de cette pollution ou à y mettre un terme, en application des règles “Les réparations sont fixées proportionnellement aux dégâts occasionnés” et “Nul ne doit faire du tort à lui-même ni à autrui”. 

- Les individus doivent être encouragés à défricher les terres incultes par le labour, le défrichement et la mise en valeur et ce, à travers la possession, le droit de jouissance à long terme ou tout autre procédé susceptible d’encourager la concrétisation d’un tel objectif.

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