
IV. Programmes exécutoires
Programme d’action exécutoire
pour le dialogue des civilisations adopté par la réunion du groupe d’experts gouvernementaux chargé de réviser
le programme d’action exécutoire pour
le dialogue des civilisations
25-27 Joumada Akhira 1421 H
23-25 septembre 2000
Programme d’action exécutoire
pour le dialogue des civilisations
Introduction
Réaffirmant sa foi en l’unité du genre humain et en la responsabilité morale collective d’oeuvrer à l’amélioration de la vie sur terre et à la promotion de la justice et de la paix dans le monde ;
Guidée par les principes et les dispositions de l’Agenda mondial pour le dialogue des civilisations ;
Soulignant que la valeur pratique ne saurait être effective qu’à travers leur traduction en un programme d’action bien défini et cohérent ;
Convaincue que la coopération entre tous les peuples, gouvernements, organisations internationales et celles de la société civile, dans la mise en oeuvre de ce programme est le véritable garant de la promotion de l’esprit d’interaction et d’entente et de la diffusion de la culture du dialogue et de tolérance, unique alternative à la culture de confrontation et d’exclusion ;
Reconnaissant l’importance majeure du dialogue dans le processus d’échange des connaissances et d’expertise entre les diverses civilisations pour le traitement des problèmes communs, et partant, pour éviter la répétition des erreurs ;
Consciente des changements radicaux intervenus dans les relations entre les nations et les peuples à la suite de la suppression des barrières qui les ont longtemps séparés les uns des autres et de l’impact de la mondialisation et de la suppression de ces barrières sur le commerce, l’économie et le marché international d’échange de biens et de services et, en particulier, sur les cultures contemporaines et les valeurs humanistes ; certains de ces impacts étant positifs, utiles et servant les causes de la justice, de la paix et de l’égalité, tandis que d’autres sont négatifs et doivent être traitées avec précaution et de manière collective :
L’Organisation de la Conférence islamique décide d’adopter le présent Programme ainsi que les éléments qu’il comporte et les mécanismes et moyens qu’il définit et invite tous les peuples, gouvernements et organisations de la société civile à le mettre en oeuvre en tant qu’expression d’un consensus universel pour l’instauration de la paix et de la justice, la promotion de l’esprit de coopération et l’échange des connaissances et d’expériences parmi les membres de différentes cultures et civilisations.
I. Dans le domaine politique :
1. Organiser des rencontres d’experts au niveau des gouvernements et des organisations de la société civile des différentes cultures, en vue de réfléchir sur les voies et moyens permettant de réaliser les objectifs, et mettre en place des commissions de suivi de la mise en oeuvre de ces recommandations :
a) Promouvoir la foi sincère en la diversité et au pluralisme politique au plan international en lieu et place de la politique d’hégémonie et d’exclusion et ce, pour refléter fidèlement la diversité humaine et l’égalité en droit pour tous les individus et tous les peuples.
b) Réaffirmer la nécessaire participation à la prise des décisions au plan interne et international en tant que moyen pratique pour le renforcement du sentiment de l'appartenance et pour la défense de l'intérêt général et la préservation de la sécurité collective.
c) Instaurer le principe de justice dans les relations intérieures et extérieures, en tant que garant véritable de la stabilité politique et sociale.
2. Organiser des ateliers réunissant des spécialistes appartenant aux diverses cultures pour se pencher sur la manière de redéfinir le cadre juridique et politique actuel de la communauté internationale, incarnée par les Nations Unies, afin de le rendre plus équitable, plus représentatif et plus efficace pour la réalisation des espoirs et aspirations légitimes des peuples à participer sur le même pied d’égalité à la gestion de l'ordre mondial à l'avenir.
3- Organiser des réunions d'experts des différentes civilisations pour explorer les voies et moyens pouvant permettre aux Nations Unies de faire face, dans un cadre institutionnel adéquat et de façon rapide et efficace, aux crises humanitaires, et pour réfléchir sur des critères précis devant régir ce genre d'interventions.
4. Echanger des informations et des expériences au niveau local et régional sur les moyens les plus efficaces pour la protection des droits de l'homme d'une manière qui mette fin à la violation flagrante dont ils ont fait et continuent de faire l'objet à travers le monde.
5. Echanger des informations et des expériences sur les questions en rapport avec les systèmes de gouvernement et leurs divers organes et sur les moyens de promouvoir les principes fondamentaux qu'il est convenu de respecter, en particulier, les principes de transparence, de clarté, de sens de la responsabilité et de respect de la loi.
6. Tenir des réunions d'experts intergouvernementaux et de représentants de la société civile en vue de réfléchir sur un nouvel ordre mondial qui assure la sécurité pour tous en éliminant toutes les armes de destruction massive et en mettant en place des institutions propres à instaurer la confiance dans le domaine de la sécurité et dans les autres domaines de l'armement.
II. Dans le domaine du développement intégral et durable :
1. Organiser des symposiums et des conférences pour faire connaître le nouveau concept du développement intégral et durable pour la réalisation d'un développement humain intégral qui va bien au-delà de l'activité économique strictu sensu pour englober tous les aspects de la vie humaine dans le but d'assurer le bien-être de 1'individu ainsi que la cohésion et la stabilité de la société.
2. Intensifier les efforts collectifs déployés par les gouvernements, les organisations internationales et les organisations de la société civile dans le domaine de l'éradication de la pauvreté qui s'est accrue et qui a pris des proportions graves et sans précédent.
2. Engager une consultation intensive dans un cadre international et à travers des réunions d'experts gouvernementaux et des réunions regroupant des savants spécialisés et des représentants des organisations de la société civile en vue d'établir un nouvel ordre économique mondial qui élimine les barrières entravant la circulation des personnes, des biens et des services, et qui tienne compte des intérêts des pays en développement dont les institutions économiques ont besoin d'une attention particulière et d’une période transitoire d'adaptation avant de pouvoir satisfaire aux exigences d'un marché mondial ouvert.
4. Etablir une coopération étroite avec les organisations économiques et financières internationales pour développer un programme à long terme permettant de réduire l'écart qui ne cesse de se creuser entre les riches et les pauvres, qui met en danger la paix, la sécurité et la stabilité dans le monde et qui empêche la participation sérieuse et efficace des pays pauvres à la gestion d'un ordre économique mondial équitable.
5. Tenir des réunions communes avec les représentants des organisations économiques et financières internationales en vue d'en redéfinir le rôle et les priorités, de manière à être au diapason des développements intervenus au cours des cinquante dernières années.
6. Réfléchir sur les moyens pratiques pouvant permettre aux pays en développement d'acquérir les moyens de communication modernes et la technologie numérique et d'exploiter ces moyens d'une manière qui facilite leur intégration dans l'économie mondiale.
7. Orienter les programmes d'enseignement des universités et instituts vers les études économiques comparées dans le but d'étudier les instruments juridiques susceptibles de répondre aux besoins de la vie économique moderne.
8. Soutenir les efforts visant à accroître la coopération dans le domaine de la protection des droits de propriété intellectuelle à la lumière du rôle grandissant que joue la création intellectuelle dans les diverses cultures.
9. Oeuvrer pour la définition d’une approche novatrice sous les auspices des Nations Unies et avec la participation du secteur privé en vue de liquider le problème de la dette des pays en développement et de permettre à ces derniers de parachever la mise en place des infrastructures nécessaires à la réalisation de leur développement économique.
III. Dans le domaine culturel et éducatif :
1. Promouvoir le tourisme culturel et organiser des symposiums et conférences aux fins de promouvoir l’interaction culturelle pour favoriser la connaissance directe de la culture des autres et faire connaître aux autres sa propre culture.
2. Oeuvrer, à travers l'échange de visites, la tenue de rencontres bilatérales et multilatérales et la conduite de travaux scientifiques par des spécialistes appartenant à différentes cultures, pour l'identification des éléments communs aux cultures contemporaines. Une telle identification permettrait d'établir la coopération entre les membres de ces cultures sans préjudice à la spécificité culturelle des divers peuples.
3. Intégrer la culture du dialogue et de l'entente dans les programmes d’enseignement et les manuels scolaires et débarrasser cette culture de tous les aspects d'allusion non objective aux autres cultures et de tout ce qui serait de nature à créer un esprit d'hostilité et de querelle envers ces cultures ou de ternir leur image.
4. Encourager les institutions culturelles gouvernementales et privées à s'acquitter de leur rôle dans la promotion de la culture du dialogue et de tolérance fondée sur la reconnaissance de la diversité culturelle.
5. Promouvoir l'échange de visites au niveau des troupes artistiques et des activités culturelles et organiser, sur une base périodique ou non périodique, des festivals culturels qui permettront une interaction culturelle intensifiée entre les peuples des différentes cultures.
6. Organiser des tournois sportifs et des compétitions scientifiques aux niveaux régional et international pour établir les liens d'une amitié grandissante entre les peuples.
7. Choisir, chaque année. une semaine spéciale pour promouvoir le dialogue des civilisations aux niveaux local et international.
8. Mettre à profit le phénomène de la migration collective des éléments d'une même culture vers d'autres Etats et leur séjour dans ces Etats et partir de cette nouvelle réalité pour favoriser la compréhension et l'interaction culturelle.
9. Tenir des symposiums et conférences pour faire connaître les droits culturels des minorites et protéger ces droits d’une manière qui assure la préservation du droit des membres de ces minorités à conserver leur identité culturelle et qui facilite leur intégration dans les communautés où ils vivent sans les contraindre à une quelconque assimilation à la culture desdites communautés.
10. Promouvoir la coopération entre les divers Etats et l’échange d'expériences entre eux en matière de lutte contre l'analphabétisme et étendre la participation à la vie culturelle des élites aux masses et ce, en considérant la culture comme l'un des droits fondamentaux de l'homme et le garant de la participation de l'individu à la vie publique.
11. Convenir de la nécessité de promouvoir l'enseignement des différentes langues étrangères, en particulier, celles qui ont été marginalisées, afin de supprimer l'une des plus importantes barrières qui séparent les cultures et de faciliter le dialogue.
12. Promouvoir et encourager la traduction des documents, ouvrages et études de base perçus comme étant l’expression des différentes cultures.
13. Réactiver la pratique du jumelage entre les universités et instituts similaires se trouvant dans les autres Etats ; le jumelage étant un facteur susceptible de faciliter l'échange d’expertise et de renforcer les relations humaines et scientifiques entre les chercheurs et savants.
IV. Dans le domaine de l'information :
1. Convenir d'un code de conduite en matière d'information qui sera élaboré, après une série de rencontres entre experts et professionnels de l'information et qui comportera les règles éthiques de base à observer dans le domaine de 1'information, en particulier, les deux règles que voici :
a) L'utilisation de l’immense pourvoir des médias pour promouvoir la culture du dialogue et de l'entente à travers un dialogue qui porte sur des exemples vivants et qui soit animé par des intellectuels et des experts appartenant à des cultures différentes.
b) Le respect strict de la règle de l'objectivité et de l'impartialité dans la présentation de « l'autre », et le rejet absolu de toute déformation des réalités qui pourrait ternir l'image des autres ou leur porter préjudice.
2. Encourager l'échange de produits d'information destinés à présenter les autres peuples, leurs cultures et leurs modes de vie et qui, de ce fait, aident à identifier les éléments communs et les points de convergence des différentes cultures.
3. Echangrer des visites entre professeurs spécialistes des questions de l'information et de la communication dans les divers instituts et universités et entre les praticiens de l’information dans les organes publics et privés.
4. Créer un ou plusieurs sites Internet qui soient multilingues et consacrés au dialogue des civilisations, au suivi des diverses activités menées dans le cadre de la mise en œuvre du présent programme d'action et aux réponses à apporter aux questions et interrogations du public adressées à ces sites.
V. Dans le domaine de la protection de l'Environnement :
1. Mettre à contribution le dialogue des civilisations pour un échange de connaissances et d'expériences dans le domaine de la protection de l'environnement et attirer l'attention sur les grands dangers qui menace les générations actuelles et futures dans les pays développés et ceux en développement et qui sont consécutifs à la dégradation de l'environnement.
2. Utiliser les organes de la culture et de l'information aux fins de sensibilisation aux périls provoqués par la pollution de l'environnement ainsi qu'aux causes et origines de cette pollution.
3. Echanger l'expertise sur la possibilité d'une prévision précoce de la pollution radioactive à travers une activité de mesure des radiations et sur le traitement des déchets nucléaires et industriels d'une manière qui préserve la vie humaine et protège l’environnement des dangers que représentent de tels déchets.
4. Mettre à contribution les organes d'information pour encourager les gouvernements et les compagnies privées à concilier les besoins de l’industrialisation et les impératifs liés à la sauvegarde et à la salubrité de l'environnement.
5. Convoquer des réunions d'experts des différentes cultures en vue de concevoir les fondements théoriques et d’élaborer un projet de charte universelle qui définit les obligations de l’homme vis-à-vis de l'environnement.
VI. Dans le domaine social :
1. Initier un dialogue vaste et intensifié autour des questions de justice sociale en vue de préserver la cohésion du tissu social et de protéger les communautés humaines contre les méfaits du « sentiment d'oppression et de privation ».
2. Mener une campagne culturelle et médiatique intensive pour protéger l’institution de «la famille» contre les dangers de la désintégration et de l'éclatement à la suite des changements intervenus dans les modes de vie et de conduite et qui sont imposes à la famille par les nouvelles conditions économiques.
3. Coopérer à travers les réunions bilatérales et multilatérales d'experts, d’hommes politiques et de sociologues convoquées aux fins de se pencher sur les changements qu'ont connus les codes éthiques des diverses sociétés, de manière à consolider et à conforter deux catégories de valeurs :
a) les valeurs qui préservent le tissu social telles que la valeur de l'interaction entre les générations et celle de la probité morale (la vérité, la fidélité, le respect des engagements, la tendresse), de l'attachement à la famille et de la promotion de la coopération entre les membres de la cellule familiale.
b) les valeurs motrices telles que celle du savoir, de la maîtrise du savoir et de son approfondissement, la valeur du travail, de son perfectionnement et de la loyauté dans le travail, la valeur de la conscience du temps, de la ponctualité et de la bonne gestion du temps et la valeur de l'organisation du travail.
4. Etablir une coopération et un échange d'expertise en vue d'accroître l'intérêt accordé à l'enfance et à la jeunesse de manière à faire face aux grandes pressions qui s’exercent sur eux, notamment dans les pays en développement.
5. Se fonder sur les valeurs des diverses cultures et civilisations pour établir un code d'éthique à vocation universelle.
6. S'appuyer sur les valeurs morales des différentes cultures pour lutter contre les maux sociaux, et plus particulièrement, le phénomène de la violence.
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