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LE DIALOGUE AU REGARD DE L’ISLAM
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Section 2 Le Saint-Coran a toujours été un Livre de dialogue ouvert dont les portées et les horizons sont infinies. Ce dialogue y a été entretenu avec différentes catégories de créatures du Très-Haut, dont les croyants, les associationistes, les hypocrites, les gens du Livre et d’autres, notamment les Anges, les Prophètes et même Iblis (Satan). Les procédés méthodologiques et les modalités de la mise en œuvre de ce dialogue y sont bien explicités. C’est à ces questions qu’est dévolue la présente section qui va en traiter à travers les trois points suivants : 1. Termes et vocables signifiant le dialogue. 2. Modalités et procédés du dialogue. 3. Exemples de dialogue du Dieu le Très-Puissant avec Ses créatures. Termes et vocables signifiant le dialogue Nous présentons, ci-après, les termes et les vocables les plus marquants qui signifient la notion de dialogue : 1. At-tahâwur (le dialogue) : c’est l’échange verbal à caractère interactif entre les interlocuteurs. Ce mot est un nom d’action dérivé du verbe "hâra, yahûru" qui signifie "retourner". Ce verbe est mentionné dans le Saint Coran, dans le verset qui évoque "celui qui recevra son livre derrière son dos"(Al-Inshiqâq (La Déchirure), v. 10), lequel "pensait que jamais il ne ressusciterait"(Al-Inshiqâq (La Déchirure), v. 14). Le dialogue implique l’intercompréhension de deux parties entretenant un échange verbal : un locuteur et un allocutaire, ou un émetteur et un récepteur. Le but est de parvenir par le biais de cet échange à une opinion commune ou à une conclusion partagée assise sur des préalables et principes acceptés des deux parties. Ceci étant, le dialogue ne peut se maintenir et se poursuivre que si l’un des interlocuteurs est d’accord avec l’autre et le suit dans la progression et les conclusions de son raisonnement. Toutefois, dès lors que la conversation se transforme en affrontement, en opposition ou en controverse, les deux parties se trouvent en situation de polémique (jadal). Dieu le Très-Haut a dit: * "Et il avait des fruits et dit alors à son compagnon avec qui il conversait : ‘je possède plus de biens que toi, et je suis plus puissant que toi grâce à mon clan’"(Al-Kahf (La Caverne), v. 34). Le Très-Haut a dit également : * "Son compagnon lui dit, tout en conversant avec lui : ‘Serais-tu mécréant envers celui qui t’a créé de terre, puis de sperme et enfin t’a façonné en homme ?’"(Ibid., v. 37). NB. Pour la traduction des versets coraniques, nous utilisons : Le Saint Coran et la traduction en langue française du sens de ses versets. Révisé et édité par La Présidence Générale des Directions des Recherches Scientifiques Islamiques, de l’Ifta, de la Prédication et de l’Orientation religieuse. Royaume d’Arabie Saoudite). * "Allah a bien entendu la parole de celle qui discutait avec toi à propos de son époux et se plaignait à Allah. Et Allah entendait votre conversation, car Allah est Audient et Clairvoyant"(Al-Mujâdala (La discussion), v. 1). 2. Al-Jadal, al-Jidâl, al-mujâdala : notions qui signifient la dialectique, la discussion, le débat, la polémique et la controverse. Elles impliquent une conversation fondée sur la capacité d’argumentation et visent essentiellement la persuasion par la preuve, pour parvenir à édifier celui qui est incapable de percer l’essence d’une chose. Il s’agit là aussi de confrontation d’arguments et de dialectique pour convaincre l’allocutaire et de rectifier ses informations. Prise dans cette acception, la discussion pourrait éventuellement s’accompagner de différent et de querelle en ce sens que la partie antagoniste y est pleinement engagée. Pour l’essentiel, la dialectique tire son origine du dialogue. Ainsi, pour Platon, le dialecticien ou le polémiste est "celui qui a une bonne maîtrise de la question et de la réponse". Et c’est là une parfaite définition du dialogue. Dans le même paradigme sémantique, on parle aussi de l’éristique (al-jidâl) qui se définit comme l’art de la controverse, bien que son acception, comme nous le verrons plus loin, se rapproche davantage de la dispute, de la contradiction et de la querelle. La notion de polémique (al-mujâdala) qui figure dans le Saint Coran comme titre de la sourate 58, exprime plutôt la réciprocité dans la controverse. Sur le plan lexical, tous ces termes dérivent du verbe "jadala" qui veut dire "se disputer, se quereller avec, prendre à partie, être en litige avec..". Le terme "al-jadal" dans le sens de dissidence et d’antagonisme d’opinions qui peuvent parfois conduire à un conflit où à une dispute d’envergure. C’est ce qui est notamment mentionné dans deux nobles versets coraniques où Dieu le Très-Haut a dit, respectivement : * "L’homme cependant, est de tous les êtres le plus grand disputeur"(Al-Kahf (La Caverne), v. 54); et * "Ton peuple s’en détourne, en disant : ‘Nos dieux sont-ils meilleurs, ou bien lui ?’ Ce n’est que par polémique qu’ils te le citent comme exemple. Ce sont plutôt des gens chicaniers"(Az-Zukhruf (L’Ornement), v. 58). Quant aux deux notions de "jidâl" (éristique) et "mujâdala" (polémique), elles admettent la même acception sémantique qui peut couvrir l’idée de la défense de la vérité (al-haqq) ou la tentative d’imposer le faux (al-bâtil). Or quand la polémique a comme dessein d’asseoir le faux, elle prend un caractère négatif en ce qu’elle n’engendre que la dissension et la querelle. C’est le cas des agissements des mécréants qui s’employaient à combattre la vérité en exigeant des miracles et en pressant le châtiment pour prendre en dérision les Signes d’Allah. C’est ce qui ressort du propos du Tout-puissant qui a dit : * "Et ceux qui ont mécru disputent avec de faux arguments, afin d’infirmer la vérité et prennent en raillerie Mes versets (le Coran) ainsi que ce (châtiment) dont on les a avertis"(Al-Kahf (La Caverne), v. 56). Le Saint-Coran ne mentionne que deux occurrences du mot "al-jidâl" (au sens de "dispute"), et ce, respectivement dans les deux versets suivants : * "Le pèlerinage a lieu dans des mois connus. Si l’on se décide de l’accomplir, alors point de rapport sexuel, point de perversité, point de dispute pendant le pèlerinage"(Al-Baqara (La Vache), v. 197). * "Ils dirent : Ô Noé tu as disputé avec nous et multiplié les discussions. Apporte-nous donc ce dont tu nous menaces, si tu es du nombre des véridiques".(Hûd, v. 32)
Cependant, le
Saint Coran fait mention du verbe "jâdala" (discuter, controverser,
polémiquer, tergiverser), conjugué aux formes de l’accompli (mâdî),
l’inaccompli (mudâri’) et l’injonctif (‘amr), et ce dans
vingt-cinq versets. Parmi ces derniers, à titre d’exemple, celui mentionné plus
haut où Nohé est interpellé. Le verbe en cause est à la forme accomplie.
Signalons également l’ouverture de la sourate "Al-Mujâdala" (La
discussion) évoquée précédemment et où le même verbe est à la forme de
l’inaccompli. En outre, le verbe dans sa forme injonctive figure dans le verset
où le Très-Haut dit : 3. Al-mirâ’ et ses dérivés signifient : la dispute, la querelle ou la contradiction. Il s’agit de manifester son désaccord à l’égard des assertions du locutaire. En arabe, l’origine de ce terme vient du verbe marâ, qu’on reconnaît dans l’expression "mary an-nâqata", et qui veut dire : "presser le pis de la chamelle pour qu’elle donne du lait". Dans le contexte qui nous concerne ici, l’emploi est métaphorique, en ce sens qu’il s’agit en effet d’une tentative de la part de chacun des deux interlocuteurs de "presser" son partenaire pour qu’il extériorise le maximum de ses arguments.
Le terme est
mentionné dans le Saint Coran à travers deux contextes : Dans le premier
contexte, le nom "al-mirâ’" (la dispute, la querelle, la contradiction)
et son verbe dérivé dans ses trois formes, accomplie, inaccomplie et injonctive,
est employé dans le sens de la polémique acharnée et de la controverse
opiniâtre, et ce dans quatre versets dont celui où le Très-Haut a dit, en
s’adressant à Son Envoyé (Prière et Salut sur Lui) : Il est probable que l’injonction adressée au Prophète (Sur Lui la Prière et le Salut) de ne tergiverser avec ses interlocuteurs parmi les gens du Livre qu’en apparence, n’est qu’une manière d’abonder dans le sens de leur attitude, puisque la querelle et la dispute recèlent la dimension la plus blâmable de la controverse.
Dans le
second contexte, les contradicteurs (dits al-mumtarûn) et leurs actes
sont mentionnés, sous toutes les formulations, dans onze versets. Tous les
usages du mot et de ses dérivés signifient l’hésitation, le scepticisme voire la
dénégation et le désaveu. Ainsi, Dieu le Très-Haut a dit dans l’un de ces
versets :
Le
Très-Puissant a dit également :
A ce second
contexte on peut ajouter la mention, dans cinq autres versets, du terme "mirya",
dans le sens de "doute" et de "soupçon". Ainsi, Dieu le Très-Haut a dit dans
l’un de ces versets : Oui, c’est la vérité venant de ton Seigneur; mais la plupart des gens n’y croient pas"(Hûd, v. 17). A la lumière des ces données tirées du Saint Coran, les savants de l’Islam (al-‘ulamâ’) ont traité de l’ensemble des niveaux de la conversation visant la controverse et la joute oratoire. Ils en ont amplement disserté sur les bienséances en privilégiant le dialogue et en rejetant la dispute et la querelle. En outre, ils manifestaient une certaine réserve quant à la polémique quand elle n’est pas usitée pour asseoir la vérité et abolir le faux. Ce faisant, ils ne recherchaient nul autre but et surtout pas l’importunité, l’ostentation, l’arrogance, l’exhibition des honneurs ou autres travers. Agissant de la sorte, ils prennent pour référence édifiante la guidance de l’Envoyé de Dieu (Prière et salut sur Lui) Qui a dit : * "Nulle communauté ne sombrerait dans l’errance après s’être mise dans la bonne voie sans qu’elle cède à la polémique”(Rapporté par Ibn Hanbal, At-Tirmîdhî, et Ibn Mâja, d’après Abû ‘Umâma).
Le Prophète (P.S.L.)
a dit également :
Il est à
souligner que, dans le contexte de la science et de l’argumentation par des
preuves persuasives, les expressions signifiant l’interrogation sont évoquées à
maintes reprises à travers le texte du Saint-Coran. Ainsi, la sourate de la
Vache (Al-Baqara), à elle seule, compte sept versets où la
question porte sur les croissants de lune, le mois sacré, le vin, les orphelins,
les menstruations et sur ce qui est dépensé par deux fois. A titre
d’illustration, voici un de ces versets où Allah s’adresse à Son Auguste
Prophète dans ces termes :
Dans d’autres
sourates, l’interrogation porte sur les butins (al-‘anfâl), sur l’âme,
sur Dhû l-Qarnayn (l’homme aux deux cornes ou aux deux siècles), sur les
montagnes et aussi sur l’Heure(L’Heure dont parle le Coran est celle de la fin
du monde qui précédera immédiatement le jour du jugement dernier) évoquée dans
plusieurs versets dont celui où le Très-Haut a dit : Il est à noter que, dans le Saint-Coran, l’interrogation concerne diverses instances. Nous nous limitons ici à en citer les occurrences ont trait aux croyants, aux gens du Livre et aux polythéistes (mécréants) : 1. Pour ce qui est des croyants, afin qu’ils n’abusent pas des questions adressées au Prophète (Paix et salut sur Lui) avant la révélation, Dieu le Très-Haut a dit : * "Ô les croyants ! Ne posez pas de questions sur des choses qui, si elles vous étaient divulguées, vous mécontenteraient. Et si vous posez des questions à leur sujet, pendant que le Coran est révélé, elles vous seront divulguées. Allah vous a pardonné cela. Et Allah est Pardonneur et Indulgent"(Al-Mâ’idah (La Table servie), v. 101).
2. Pour ce
qui est des gens du Livre, Dieu le Tout-Puissant a dit :
3. Quant aux
mécréants, Dieu le Très-Haut a dit à leur sujet : * "Si tu leur demandes : ‘Qui a fait descendre du ciel une eau avec laquelle Il fit revivre la terre après la mort ?’, ils diront très certainement : ‘Allah’. Dis : ‘Louange à Allah !’ Mais la plupart d’entre eux ne raisonnent pas"(Ibid., v. 63).
Dieu le
Très-Haut a dit également à leur propos : * "Et si tu leur demandes qui les a créés, ils diront très certainement : ‘Allah’. Comment se fait-il donc qu’ils se détournent?"(Az-Zukhruf (L’Ornement), v. 87). La méthodologie du dialogue Le dialogue a sa méthodologie propre. Pour l’essentiel, elle peut être ramenée à trois points :
*
Premièrement : le point de départ dans l’établissement du dialogue avec
l’autre consiste à reconnaître celui-ci est à le respecter. Ceci implique de
l’accepter tel qu’il est. Autrement dit, admettre qu’on soit différent de lui.
Au regard de l’Islam, la différence est l’un des Signes du Dieu qui manifestent
Sa volonté, Son omnipotence et Sa sagesse. Dieu le Très-Haut a dit :
Il a dit
également -Qu’Il soit exalté- : La question de la différence va même jusqu’à toucher la confession religieuse; comme il ressort de ce propos du Très-Puissant :* "A vous votre religion, et à moi ma religion"(Al-Kâfirûn (Les Infidèles), v. 6). Toutefois, cette différence ne doit nullement amener les parties différentes à oublier qu’elles sont "créées d’un seul être"(An-Nisâ’ (Les Femmes), v. 1. C’est-à dire d’Adam. (NDT)), comme cela est bien dit à l’ouverture de la sourate An-Nisâ’ (Les Femmes) et dans d’autres. De même que leur différence ne devra pas leur faire oublier qu’Allah a honoré l’être humain pour ce qu’il est. "Certes Nous avons honoré les fils d’Adam"(Al-Isrâ’ (Le Trajet nocturne), v. 70), a dit Dieu le Très-Haut à cet égard. Etant différents, ils ne doivent pas non plus omettre ce qui leur incombe comme obligation de s’entreconnaître et de s’entraider pour le bien. A ce propos, Dieu le Très-Haut a dit : * "Entraidez-vous dans l’accomplissement des bonnes œuvres et de la piété et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression"(Al-Mâ’idah (La Table servie), v. 3). Il a dit également -Qu’Il soit exalté- : * "Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entreconnaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux”(Al-Hujurât (Les Appartements), v. 13). Pour rendre possible cette coopération et cette connaissance mutuelle, le Saint-Coran a incité à la reconnaissance et au respect de l’Autre. Ainsi, Dieu le Très-Haut a dit : * "Il y a certes parmi les gens du Livre qui croient en Allah et en ce qu’on a fait descendre vers vous et en ce qu’on a fait descendre vers eux. Ils sont humbles envers Allah, et ne vendent point les versets d’Allah à vil prix. Voilà ceux dont la récompense est auprès de leur Seigneur"(Âl-‘Imrân (La Famille d’Imrân), v. 199). A propos des gens du Livre, Dieu le Très-Puissant a également dit :* "Mais ceux d’entre eux qui sont enracinés dans la connaissance, ainsi que les croyants, (tous) ont foi à ce qu’on a fait descendre sur toi et à ce qu’on a fait descendre avant toi. Et quant à ceux qui accomplissent la Salât, paient la Zakât et croient en Allah et au jour dernier, ceux-là Nous leur donnerons une énorme récompense"(An-Nisâ’ (Les Femmes), v. 162). Il dit aussi -Gloire à Lui - : * "Tu trouveras certainement que les Juifs et les associateurs sont les ennemis les plus acharnés des croyants. Et tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent : ‘Nous sommes chrétiens.’ C’est qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil. Et quand ils entendent ce qui a été descendu sur le Messager [Muhammad], tu vois leurs yeux déborder de larmes, parce qu’ils ont reconnu la vérité. Ils dirent : ‘Ô notre Seigneur ! Nous croyons : inscris nous donc parmi ceux qui témoignent (de la véracité du Coran)’"(Al-Mâ’idah (La Table servie), v. 82 et 83). Le respect de l’autre partie du dialogue signifie également le fait de ne pas la railler et de ne pas la calomnier. Dieu le Très-Haut a dit : * "Ô vous qui avez cru ! Qu’un groupe ne se raille pas d’un autre groupe : ceux-ci sont peut-être meilleurs qu’eux. Et que des femmes ne se raillent pas d’autres femmes : celles-ci sont peut-être meilleures qu’elles. Ne vous dénigrez pas et ne vous lancez pas mutuellement des sobriquets (injurieux)"(Al-Hujurât (Les Appartements), v. 11). Il a dit également -Gloire à Lui !- : * "Allah n’aime pas qu’on profère de mauvaises paroles sauf quand on a été injustement provoqué"(An-Nisâ’ (Les Femmes), v. 148). Cette attitude est recommandée même à l’égard de celui avec qui on diverge sur le plan religieux, conformément au propos du Très-Haut : * "N’injuriez pas ceux qu’ils invoquent, en dehors d’Allah, car par agressivité, ils injurieraient Allah, dans leur ignorance"(Al-An’âm (Les Bestiaux), v. 108). Il va sans dire qu’un tel comportement, qui engendre l’estime et la considération de l’interlocuteur, requiert l’échange et l’égalité dans le traitement. Il exige également un accord sur une base commune de départ et qui constitue le seuil minimal pour atteindre l’objectif escompté du dialogue. A ce propos, Dieu le Très-Haut a dit : * "Dis : ‘Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah’"(Âl-‘Imrân (La Famille d’Imrân), v . 64). Deuxièmement : l’instrument premier et fondamental du dialogue est la connaissance infaillible dont le détenteur est convaincu et animé par le désir de la communiquer et d’en convaincre les autres. Le Saint-Coran a évoqué cette connaissance à travers la mention de la science, de la sagesse et de la clairvoyance. Aussi, Dieu le Très-Haut a-t-il dit : * "Dis : ‘Voici ma voie, j’appelle les gens [à la religion] d’Allah, moi et ceux qui me suivent’"(Yûsuf (Joseph), v. 104). Dieu le Très-Puissant a dit également : * "Et ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connaissance. L’ouïe, la vue et le cœur : sur tout cela, en vérité, on sera interrogé"(Al-Isrâ’ (Le Voyage nocturne), v. 36). Il a dit également -Louange à Lui- : * "Et quand Jésus apporta les preuves, il dit : "Je suis venu à vous avec la sagesse et pour expliquer certains de vos sujets de désaccord"(Az-Zukhruf (L’Ornement), v. 63). Le Saint Coran a condamné celui qui converse ou polémique sans connaissance sincère et persuasive. Ainsi, Dieu le Très-Haut a dit : * "Et parmi les gens, il y en a qui se disputent à propos d’Allah, sans science, ni guidée, ni Livre éclairant"(Loqmân, v. 20). Dieu le Très-Puissant a également dit, en commandant à Son Envoyé de chercher en Dieu un refuge pour faire face à la polémique fallacieuse provenant des ignorants qui n’ont ni preuve ni argument : * "Ceux qui discutent sur les versets d’Allah sans qu’aucune preuve ne leur soit venue, n’ont dans leurs poitrines qu’orgueil. Ils n’atteindront pas leur but. Implore donc la protection d’Allah, car c’est Lui l’Audient, le Clairvoyant"(Ghâfir (Le Pardonneur), v. 56). En incitant au recours à l’argument de la science en matière de dialogue, le Saint Coran enseigne comment se fonder sur cette argumentation. Il s’agit de confronter la preuve à une autre preuve et procéder de manière progressive en l’exposant dans ses aspects les plus concrets, afin de parvenir à la persuasion. Ainsi, le Saint Coran s’est-il adressé aux gens du Nord dans ces termes : * "C’est Nous qui vous avons créés. Pourquoi ne croiriez vous donc pas [à la résurrection] ? Voyez-vous ce que vous éjaculez : est-ce vous qui le créez ou [en] sommes-Nous le Créateur ? Nous avons prédéterminé la mort parmi vous. Nous ne serons point empêchés de vous remplacer par vos semblables, et vous faire renaître dans [un état] que vous ne savez pas. Vous avez connu la première réaction. Ne vous rappelez-vous donc pas ? Voyez-vous donc ce que vous labourez ? Est-ce vous qui le cultivez ? ou [en] sommes-Nous le cultivateur ? Si Nous voulions Nous le réduirions en débris. Et vous ne cesseriez pas de vous étonner et [crier] : ‘Nous voilà endettés ! ou plutôt, exposés aux privations’. Voyez-vous donc l’eau que vous buvez ? Est-ce vous qui l’avez fait descendre du nuage ? ou [en] sommes Nous le descendeur ? Si Nous voulions, Nous la rendrions salée. Pourquoi n’êtes-vous donc pas reconnaissants ? Voyez-vous donc le feu que vous obtenez par frottement ? Est-ce vous qui avez créé son arbre ou [en] sommes-Nous le Créateur ? Nous en avons fait un rappel (de l’Enfer), et un élément utile pour ceux qui en ont besoin. Glorifie donc le nom de ton Seigneur, le Très Grand !"(Al-Wâqi’ah (L’Evènement), v. 57 à 74). Le Coran a ainsi commencé par des arguments à propos de la possibilité de la résurrection, en avançant comme preuve la régénération des créatures à laquelle ils ne croyaient pas, bien qu’elle soit identique à la création première à laquelle ils croyaient. En outre, par procédé interrogatif, il a souligné que les deux créatures sont semblables et que Dieu a la capacité d’un tel acte alors qu’eux, ils en sont incapables. De même que Dieu le Très-Haut a le pouvoir de ressusciter Ses créatures autant qu’Il a celui de les faire mourir, et rien ne peut L’en empêcher ni Le vaincre. Certes, s’Il le voulait, Il aurait engendré une seconde fois la même créature ou en créer une autre. Le Coran poursuit le raisonnement graduel en leur rappelant la première création pour qu’ils la comparent à la seconde. Il avance ensuite un autre élément d’argumentation en faveur de la puissance d’Allah. Ainsi, après avoir évoqué la création de progéniture, il a parlé de la germination des cultures en rappelant la possibilité de les détruire et de les anéantir en les privant d’en tirer profit. Par la suite, il les questionne sur l’eau qui est la source de toute vie et sur qui en commande la descente du ciel et qui en dispose. Il leur rappelle aussi sa faveur en la leur prodiguant, sachant que s’Il le voulait, Il l’aurait rendue non potable. Au terme de cette argumentation, Son interrogation a porté sur le feu qui leur procure divers avantages et qui leur rappelle le feu de la Géhenne. C’est Dieu en effet qui en est le Créateur. C’est ainsi que ces verset du Saint Coran ont passé en revue une panoplie de bienfaits qui témoignent de la grandeur et de l’omnipotence d’Allah. Nul besoin alors de démontrer à quel point toutes ces modalités argumentaires reposent sur la démonstration qui constitue le raisonnement analogique impliquant la certitude et la preuve incontestable qui convainc l’adversaire. Cette preuve peut être de nature rationnelle déductible de principes élémentaires et de préalables logiques qui la sous-tendent. Elle peut être aussi de nature empirique fondée sur la réalité concrète et palpable. C’est le cas lorsque Abraham (Prière et salut sur lui) a demandé à Allah, le Transcendant et l’Exalté, de lui montrer comment Il ressuscite les morts : * "Et quand Abraham dit : ‘Seigneur ! Montre-moi comment Tu ressuscites les morts’. Allah dit : ‘Ne crois-tu pas encore ?’ "Si ! dit Abraham; mais que mon cœur soit rassuré’. ‘Prends donc, dit Allah, quatre oiseaux, apprivoise-les (et coupe-les) puis, sur des monts séparés, mets-en un fragment ensuite appelle-les : ils viendront à toi en toute hâte. Et sache qu’Allah est Puissant et Sage’"(Al-Baqara (La Vache), v. 260). Nous reviendrons à ce noble verset lorsque nous traiterons, plus loin, des modèles de dialogue. Le Saint Coran s’est exprimé en usant de tous les types de discours et a mis à contribution toutes variétés de preuves et d’arguments. Certains de ces éléments de persuasion se conforment à la nature de la mentalité arabe, en étant assortis de clarté des préambules et des conclusions, tandis que d’autres prennent la forme conventionnelle propre aux théologiens dialectiques (Mutakallimuûn) consistant en l’argumentation fondée sur les preuves minutieuses et complexes. C’est un style qui met en œuvre une dynamique intellectuelle dans laquelle la pensée se surpasse pour être en connivence avec l’adversaire ou pour le contredire. Dans le Saint Coran, le mot "Hujjah" (argument, preuve) et ce qui s’y rapporte est mentionné vingt fois. En voici deux versets à titre d’illustration : Dieu le Très-Haut a dit : * "Appelle donc (les gens) à cela [à la foi] ; reste droit comme il t’a été commandé ; ne suis pas leurs passions; et dis : ‘Je crois en tout ce qu’Allah a fait descendre comme Livre, et il m’a été commandé d’être équitable entre vous. Allah est notre Seigneur et votre Seigneur. A nous nos œuvres et à vous vos œuvres. Aucun argument [ne peut trancher] entre nous et vous. Allah nous regroupera tous. Et vers Lui est la destination. Et ceux qui discutent au sujet d’Allah, après qu’il a été répondu à [Son appel], leur argumentation est auprès d’Allah sans valeur. Une colère tombera sur eux et ils auront un dur châtiment"(Ash-Shûrâ (La Consultation), v. 15 et 16). Quant au vocable "al-burhân" (démonstration, argumentation, preuve, raisonnement), il est mentionné dans huit versets, dont les deux suivants, à titre d’exemple : Dieu le Très-Haut a dit : * "Ô gens ! Certes une preuve évidente vous est venue de la part de votre Seigneur. Et Nous avons fait descendre vers vous une lumière éclatante"(An-Nisâ’ (Les Femmes), v. 174. Une preuve évidente …une lumière : le Coran. (NDT)). Il a dit également -Gloire à Lui !- : * "Et ils ont dit : ‘Nul n’entrera au Paradis que Juifs ou Chrétiens.’ Voilà leurs chimères. Dis : ‘Donnez votre preuve, si vous êtes véridiques.’"(Al-Baqara (La Vache), v. 111). Il est à signaler que cette expression dissuasive : "Donnez votre preuve !" est employée dans trois autres versets relevant, respectivement, des sourates Al-Anbiyâ’ (Les Prophètes, verset 24), An-Naml (Les Fourmis, verset 64) et Al-Qaçaç (Le Récit, verset 75). Par ailleurs, en exhortant à la nécessité de fonder le dialogue sur la parole véridique soutenu par des preuves, il initie les croyants aux modalités d’arbitrage en cas de litiges. Ainsi en est-il du propos du Très-Haut qui a dit: * "Ô les croyants ! Obéissez à Allah, et obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent le commandement. Puis, si vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-le à Allah et au Messager, si vous croyez en Allah et au Jour dernier. Ce sera bien mieux et de meilleure interprétation (et aboutissement)"(An-Nisâ’ (Les Femmes), v. 59. Qui détiennent le commandement : les Ulémas et les Chefs. L’obéissance est due à ces derniers uniquement lorsqu’ils ordonnent le bien, et ce conformément au principe : «Point d’obéissance à qui ordonne de désobéir au Créateur». (NDT)). En outre, le Saint Coran invite les non musulmans à recourir à la juridiction de leurs Livres révélés, comme cela a été le cas quand le Prophète Mohammad (Prière et Bénédiction sur Lui) qui a renvoyé les Banî Israël (les enfants d’Israël) à la Thora (Tawrât) afin qu’ils s’assurent que c’était à cause de leur iniquité qu’Allah leur avait prohibé certaines variétés d’aliments; alors qu’auparavant, celles-ci étaient toutes licites, hormis ce que Jacob (Ya’qûb) s’était interdit comme viande et lait de chameau :* "Toute nourriture était licite aux enfants d’Israël sauf celle qu’Israël lui-même s’interdit avant que ne descendit la Thora. Dis-[leur] : ‘Apportez la Thora et lisez-la, si ce que vous dites et vrai !’"(Âl-‘Imrân (La Famille d’Imrân), v. 93). Lorsqu’ils furent confondus et réduits au silence par cet argument, ils n’osèrent pas se référer à la Thora. Aussi se sentirent-ils humiliés et honteux et furent considérés comme étant menteurs et iniques. C’est en effet ce qui ressort du verset consécutif au précédent : * "Donc, quiconque, après cela, invente des mensonges contre Allah… ceux-là sont, donc, les vrais injustes"(Ibid., v. 94). Une histoire analogue est celle d’Abraham (Ibrâhim) contre qui Nemrûd argumentait au sujet de l’existence d’Allah et prétendait comme Lui (Qu’Il soit exalté), capable de donner la vie et la mort. Cependant, lorsqu’il lui demanda de faire venir le soleil du Couchant, comme Allah le fait venir du Levant, le protagoniste resta coi et ne put répondre. Ainsi Dieu le Très-Haut a dit : "Le mécréant resta alors confondu"(Al-Baqara (La Vache), v. 258). Troisièmement : la manière la plus efficace en matière de dialogue consiste à l’entreprendre avec une souplesse assortie d’affabilité, de discipline, de patience, de magnanimité, de calme, de conseil, d’indulgence et de parole juste et judicieuse. Ce faisant, il faut éviter l’excès, l’obstination, l’agressivité, le fanatisme, l’intransigeance, l’affectation, l’insolence et l’arrogance. Les exemples illustrant cette attitude sont nombreux dans le Saint- Coran. On peut en citer le cas d’Abraham qui s’entretenait avec son père qu’il essayait de persuader de professer l’unicité d’Allah : Dieu le Très-Haut a dit : * "Et mentionne dans le Livre, Abraham. C’était un très véridique et un Prophète. Lorsqu’il dit à son père : ‘Ô mon père, pourquoi adores-tu ce qui n’entend ni ne voit, et ne te profite en rien ? Ô mon père, il m’est venu de la science ce que tu n’as pas reçu ; suis-moi, donc, je te guiderai sur une voie droite. Ô mon père, n’adore pas le Diable, car le Diable désobéit au Tout Miséricordieux. Ô mon père, je crains qu’un châtiment venant du Tout Miséricordieux ne te touche et que tu deviennes un allié du Diable’. Il dit : ‘Ô Abraham, aurais-tu du dédain pour mes divinités ? Si tu ne cesses pas, certes je te lapiderai, éloigne-toi de moi pour bien longtemps’. ‘Paix sur toi’, dit Abraham. ‘J’implorerai mon Seigneur de te pardonner car Il m’a toujours comblé de Ses bienfaits. Je me sépare de vous, ainsi que de ce que vous invoquez, en dehors d’Allah, et j’invoquerai mon Seigneur. J’espère ne pas être malheureux dans mon appel à mon Seigneur’"(Maryam (Marie), v. 41 à 48). Abraham a ainsi employé l’expression "‘aba-ti" (mon père) pour s’adresser à son père, et c’est une formule de la langue arabe où la particule génitive de la première personne (-î), qu’on a dans "‘ab-î" (mon père) est remplacée par son allophone "-ti" qui n’est usitée que pour interpeller le père et la mère. Elle peut être d’inclinaison oblique (kasr) (-ti) ou accusative (fath) (ta) et dans ce dernier cas, la voyelle peut être allongée (-tâ). Son emploi recèle une charge d’adulation et de bienveillance; ce qui est plus approprié au sermon. Cette sollicitude est d’autant plus amplifiée qu’elle s’exprime dans les versets par une redondance d’expressions vocatives, quatre fois répétées. A cela s’ajoute l’étonnante patience d’Abraham face à l’agressivité de son père qui le menaçait de lapidation et d‘abandon, alors que lui, il répondait à la menace par un adieu courtois assorti d’invocation de pardon divin pour son père. Cette attitude d’Abraham en s’évertuant à convaincre son père et à le remettre sur le droit chemin n’est pas étonnante, notamment que sa personnalité était foncièrement caractérisée par la mansuétude, la sérénité et l’imploration de Dieu Qui est son ultime recours. Il observait cette éthique dans toutes les étapes de sa vie et dans ses relations avec tout le monde. C’est le cas avec son père, comme on vient de le voir, et aussi avec les gens dont le comportement l’avait contraint à les abandonner ainsi que ce qu’ils adoraient. C’est pour cela que Dieu le Très-Puissant en a parlé dans le Saint-Coran en ces termes élogieux :
* "Abraham
était certes plein de sollicitude et indulgent"(Attawbah (Le
Repentir), v. 114). Pour montrer que la souplesse et la sérénité, au lieu de la grossièreté et la violence, constituent la principale qualité requise chez celui qui veut entreprendre le dialogue, le Saint-Coran a mis l’accent sur cette vertu en maintes circonstances. Ainsi en est-il, par exemple, du cas de Moïse (Prière et Paix sur Lui) quand Allah lui avait commandé d’aller, en compagnie de son frère, pour dialoguer avec Pharaon, en leur recommandant de s’y prendre avec cette même démarche conciliante, alors qu’ils redoutaient la puissance et la tyrannie de leur protagoniste. Dieu le Très-Haut a dit : * "Pars, toi et ton frère, avec Mes prodiges; et ne négligez pas de M’invoquer. Allez vers Pharaon : il s’est vraiment rebellé. Puis, parlez-lui gentiment. Peut-être se rappellera-t-il ou [Me] craindra-t-il ? Ils dirent : ‘Ô notre Seigneur, nous craignons qu’il nous maltraite indûment, ou qu’il dépasse les limites’. Il dit : ‘Ne craignez rien. Je suis avec vous : J’entends et Je vois. Allez donc chez lui ; puis, dites-lui : ‘Nous sommes tous deux, les messagers de ton Seigneur. Envoie donc les enfants d’Israël en notre compagnie et ne les châtie plus. Nous sommes venus à toi avec une preuve de la part de ton Seigneur. Et que la paix soit sur quiconque suit le droit chemin ! Il nous a été révélé que le châtiment est pour celui qui refuse d’avoir foi et qui tourne le dos’"(Tâ-Hâ, v. 42 à 48). Ainsi Moïse avait-il poursuivi le dialogue, en évoquant le Seigneur et les générations anciennes, pour aboutir à la séquence de la joute avec les magiciens, comme cela est étayé par les versets subséquents. Telle était la manière des Envoyés et des Prophètes dans le dialogue avec leurs peuples. Ils s’intégraient à leur communauté dans un esprit de fraternité qui suscitait la confiance, l’assurance et la disposition à l’écoute et à la persuasion. Ainsi, parlant de Hûd, de Sâlih, de Chu’aïb et de Madian, Dieu le Très-Haut a dit, respectivement :
* "Et
(Nous avons envoyé) aux ‘Âd, leur frère Hûd"(Hûd, v. 50; et Al-‘A’râf,
v. 65). Cette fraternité dont parle le Saint Coran a toujours été accompagnée de conseil. Ainsi, Nohé a dit à son peuple : * "Et mon conseil ne vous profiterait pas, au cas où je voulais vous conseiller et qu’Allah veuille vous égarer"(Hûd, v. 34). Par ailleurs, Allah le Très-Puissant a complimenté Sidnâ Mohammad (Prière et Paix sur Lui) pour ses grandes qualités d’affabilité et de magnanimité et pour son éloignement de la grossièreté et de brutalité; vertus et comportement qui avaient pour effet de rassembler les gens autour de Lui. Aussi, s’adressant à Lui, Dieu le Très-Haut a-t-il dit : * "C’est par quelque miséricorde de la part d’Allah que tu (Muhammad) as été si doux envers eux ! Mais si tu étais rude, au cœur dur, ils se seraient enfuis de ton entourage. Pardonne-leur donc, et implore pour eux le pardon (d’Allah). Et consulte-les à propos des affaires"(Âl-‘Imrân (La Famille d’Imrân), v. 159). Compte tenu de l’importance que ces vertus et autres représentent en matière de dialogue et de ce qui s’y rapporte comme formes de tractation avec les gens, le Saint Coran a insisté, dans nombre de ses versets, sur la nécessité s’en parer comme règle de conduite. Ainsi, le Très-Haut a dit : * "Nous avons pris l’engagement des enfants d’Israël […] d’avoir de bonnes paroles avec les gens"(Al-Baqarah (La Vache), v. 83). * "Et quand vous parlez, soyez équitables, même s’il s’agit d’un proche parent"(Al-‘An’âm (Les Bestiaux), v. 152). * "Accepte ce que l’on t’offre de raisonnable, commande ce qui est convenable et éloigne-toi des ignorants"(Al-‘A’râf, v. 199). * "La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse (le mal) par ce qui est meilleur; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux. Mais (ce privilège) n’est donné qu’à ceux qui endurent et il n’est donné qu’au possesseur d’une grâce infinie"(Fussilat (les versets détaillés), v. 34 et 35). * "Et nous avons désigné parmi eux des dirigeants qui guidaient (les gens) par Notre ordre aussi longtemps qu’ils enduraient et croyaient fermement en Nos versets"(As-Sajda (La Prosternation), v. 24). Le noble Hadîth insiste également sur de telles vertus et les recommande comme règle de conduite. C’est ainsi que le Prophète (Prière et salut sur lui), "Quand il prononçait un mot, il tenait à le reprendre trois fois afin de le rendre intelligible. Et quand il croisait des gens et les saluait, il répétait trois fois ses salutations"(Rapporté par Al-Bukhârî, d’après Anas). A ce propos, notre Vénérée Dame ‘Â’icha (que Dieu l’agrée) a dit : "Les paroles de l’Envoyé de Dieu étaient claires et compréhensibles à quiconque les entendait"(Rapporté, d’après Elle, par Abû Dawûd). On rapporte aussi, d’après Elle, que le Prophète (Prière et salut sur lui) a dit : "Dieu est Magnanime et Il aime l’indulgence. Il donne pour l’indulgence ce qu’Il ne donne ni pour la violence ni pour ce qui n’est pas indulgence"(Rapporté par Al-Bukhârî, Muslim, Abû Dâwûd et At-Tirmidhî). Il lui a dit également : "Ô Âicha ! Sois indulgente, car l’indulgence dès qu’elle se mêle à une chose, elle l’embellit et dès qu’elle quitte une chose, elle la discrédite"(Rapporté par Muslim et Abû Dâwûd). Le prophète (Prière et salut sur lui) a dit également : "Celui qui s’abstient du mensonge alors qu’il a tort, il aura un édifice aux fondements du Paradis; celui qui s’abstient de la dispute alors qu’il a raison, il aura un édifice au centre du Paradis et celui qui se pare des bonnes mœurs, il aura un édifice au sommet du Paradis"(Rapporté par At-Tirmidî et Abû Dâwûd, d’après Anas). Il a dit aussi : "Tu as suffisamment de péchés en restant querelleur"(Rapporté par At-Tirmidî, d’après Ibn ‘Abbâs) Il a dit aussi : "Les plus aimés de moi et les plus proches de moi le Jour de la Résurrection, sont ceux d’entre vous qui se parent des bonnes mœurs. Les plus détestés de moi et les plus éloignés de moi le Jour de la Résurrection sont ceux d’entre vous qui sont des bavards, des hâbleurs et des arrogants [al-mutafayhiqûn]". Ils ont dit : "Ô Messager de Dieu ! Nous connaissons les bavards et les hâbleurs ; mais qui sont donc les arrogants ?" Il a dit : "Les vaniteux !"(Rapporté par At-Tirmidhî, d’après Jâbir). On sait d’ailleurs que le bavard (tharthâr) est une personne loquace et le hâbleur (mutashaddiq) est celui qui parle avec volubilité. L’Auguste Prophète (Que la prière et le salut soient sur lui) dit : * "Le croyant ne doit pas attaquer la réputation de ses frères ni lancer des imprécations ni être insolent ni grossier"(Rapporté par At-Tirmidhî, d’après ‘Abdullâh ibn ‘Abbâs). Exemples de dialogue dans le Saint-Coran Les exemples qui suivent illustrent le dialogue d’Allah avec les diverses catégories de Ses créatures : Anges, Prophètes et même Iblîs (Satan) : Premièrement : Dialogue avec les Anges Dieu le Très-Haut a dit : * "Lorsque Ton Seigneur confia aux Anges : ‘Je vais établir sur la terre un vicaire ‘Khalîfa’. Ils dirent : ‘Vas-Tu y désigner un qui y mettra le désordre et répandra le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et à Te glorifier ?’ - Il dit : ‘En vérité, Je sais ce que vous ne savez pas !’. Et Il apprit à Adam tous les noms (de toutes choses), puis Il les présenta aux Anges et dit : ‘Informez-Moi des noms de ceux-là, si vous êtes véridiques !’ (dans votre prétention que vous êtes plus méritants qu’Adam). – Ils dirent : ‘Gloire à Toi ! Nous n’avons de savoir que ce que Tu nous a appris. Certes c’est Toi l’Omniscient, le Sage’. Il dit : ‘Ô Adam, informe-les de ces noms’. Puis quand celui-ci les eut informés de ces noms, Allah dit : ‘Ne vous ai-Je pas dit que Je connais les mystères des cieux et de la terre, et que Je sais ce que vous divulguez et ce que vous cachez ?’"(Al-Baqarah (La Vache), v. 30 à 33). Ces nobles versets montrent qu’Allah le Très-Haut, quand Il créa Adam et lui insuffla son âme, Sa Volonté fut qu’Il en fasse Son vicaire sur la terre. Il énonça alors cette résolution aux Anges dans le but de les en tenir informés, dans un style qui signifie plutôt la consultation sur une affaire d’une gravité certaine. La réplique des anges fut tout étonnement et interrogation; car ils écartaient l’éventualité de voir Allah confier la lieutenance sur la terre à celui qui a comme penchant d’y semer le désordre et d’y répandre le sang; ce qui est incompatible avec le dessein d’Allah, à savoir le peuplement de la terre par la bonification, la discipline et l’ordre. Ainsi, tout en déléguant la décision au Très-Haut, ils estimaient qu’ils étaient mieux qualifiés pour une telle succession, eux qui glorifient Allah et Le considèrent exempt des attributs de de Ses propres créatures. Toutefois, le Très-Puissant les informa qu’Il en savait plus que eux ne pouvaient savoir. Cela veut dire qu’Il savait pertinemment qu’Adam disposait des aptitudes requises pour assumer une telle mission. Il s’agit de la science inspirée à Adam pour qu’il ait connaissance de tous les noms exprimant les choses existantes dans l’univers. Or, dès qu’Allah a mis à nu l’ignorance des Anges quant à cette science qui leur faisait défaut et qu’Il ait dévoilé celle-ci par la voix d’Adam, les Anges se rendirent aussitôt compte de ce potentiel qui le destine à assurer la charge de la succession d’Allah sur la terre. Deuxièmement : Avec les Prophètes Nous retenons ici deux cas de figure du dialogue d’Allah avec Ses Prophètes: 1. Le dialogue avec Abraham (Prière et salut sur lui) , lorsqu’Il demanda Dieu de lui montrer comment Il ressuscitait les morts : * "Et quand Abraham dit : ‘Seigneur ! Montre-moi comment Tu ressuscites les morts’, Allah dit : ‘Ne crois-tu pas encore ?’ - ‘Si ! dit Abraham ; mais que mon cœur soit rassuré’. – ‘Prends donc, dit Allah, quatre oiseaux, apprivoise-les (et coupe-les) puis, sur des monts séparés, mets-en un fragment ensuite appelle-les : ils viendront à toi en toute hâte. Et sache qu’Allah est Puissant et Sage.’"(Al-Baqarah (La Vache), v. 260). Ainsi Abraham s’est-il adressé à son Seigneur en l’interrogeant avec déférence et sollicitude et délicatesse, plein d’avidité d’avoir une connaissance certaine fondée sur l’expérience oculaire. Il lui demandait comment Il ressuscitait les morts. Allah lui répliqua par une question rhétorique impliquant l’affirmation de la négation. Ce fut comme si Abraham n’était pas le destinataire du message, lui qui est le Prophète et l’Ami d’Allah. Les destinataires visés étaient plutôt ceux qui se poseraient des questions ou qui auraient encore des doutes. Il est probable qu’Abraham aspirait tant à entendre d’Allah, et de vive voix, qu’il avait été effectivement acquis à la foi; c’est pourquoi sa question allait dans ce sens. Sa réplique était formulée de telle façon qu’elle transformait une négation en une affirmation, notamment qu’il cherchait à se rassurer, à se calmer ou à être persuadé par la preuve empirique, concrète et palpable qui renforcerait l’argument intangible de la foi enracinée en lui par intuition. C’est pour cela que Dieu le Très-Haut lui avait ordonné de se saisir de quatre oiseaux qu’il couperait en morceaux et qu’il en appellerait les fragments inertes pour qu’ensuite ces derniers accourraient vers lui, rassemblés comme ils étaient auparavant, en un oiseau intact et vivant. C’est là une interprétation possible de cette opération prodigieuse. Une autre lecture serait qu’Abraham répartisse les morceaux de l’oiseau sur quatre zones éloignées et qu’il les appelle ensuite pour qu’aussitôt ils accourent vers lui en toute hâte. En définitive, la morale de l’histoire est que Dieu le Très-Haut, dès lors qu’Il veuille ressusciter les morts, il ordonne de leur donner la vie. Aussitôt, ils obéissent sans tarder tout en se résignant à Sa Volonté. 2. Le dialogue avec Moïse (Prière et salut sur lui) qui est, dans le saint-Coran, le plus similaire à celui d’Allah avec Abraham l’Ami d’Allah. Dieu le Très-Haut a dit : * "Et lorsque Moïse vint à Notre rendez-vous et que son Seigneur lui eut parlé, il dit : ‘Ô mon Seigneur, montre- Toi à moi pour que je Te vois !’ Il dit : ‘Tu ne Me verras pas ; mais regarde le Mont : s’il tient en sa place, alors tu Me verras." Mais lorsque son Seigneur Se manifesta au Mont, Il le pulvérisa, et Moïse s’effondra foudroyé. Lorsqu’il se fut remis, il dit : ‘Gloire à Toi ! A Toi je me repens; et je suis le premier des croyants.’ Et (Allah) dit : ‘Ô Moïse, Je t’ai préféré à tous les hommes, par Mes messages et par Ma parole. Prends donc ce que Je te donne, et sois du nombre des reconnaissants’"(Al-‘A’râf, v. 143 et 144). Moïse s’était présenté au rendez-vous qui lui avait été fixé, et Allah lui adressa des propos qu’il a pu entendre. On sait, d’après le Saint Coran, que le Très-Haut adresse Sa parole aux humains - et Il a effectivement parlé aux Prophètes -, par le truchement de trois modalités ; comme le souligne ce verset où Il dit (Gloire à Lui !) : * "Il n’a pas été donné à un mortel qu’Allah lui parle autrement que par révélation, par derrière un voile, ou qu’Il [lui] envoie un messager (Ange) qui révèle par Sa permission ce qu’Il [Allah] veut"(Ash-Shûrâ (La Consultation), v. 51). Cependant, après que le Très-Haut et le Très-Puissant lui ait parlé, Moïse aspirait à Le voir et se repaître de Sa Majesté et de contempler Son Essence. Toutefois, sa question eut comme réponse une négation assortie d’une restriction impliquant la raison de la négation. En effet, Allah lui demanda de regarder la montagne qui allait se pulvériser pour peu qu’ellel ait touché une infime partie de la Majesté du Très-Puissant; ce qui eut comme conséquence l’effondrement de Moïse. Or quelle aurait été sa réaction si Allah se fut manifesté et lui donna l’opportunité de Le voir comme il l’avait sollicité ? Troisièmement : avec Iblîs (Satan) Dieu le Très-Haut a dit : * " Nous vous avons créés, puis Nous vous avons donné une forme, ensuite Nous avons dit aux Anges : ‘Prosternez-vous devant Adam.’ Ils se prosternèrent, à l’exception d’Iblîs qui ne fut point de ceux qui se prosternèrent. [Allah] dit : ‘Qu’est-ce qui t’empêche de te prosterner quand Je te l’ai commandé ?’ Il répondit : ‘Je suis meilleur que lui: Tu m’as créé de feu, alors que Tu l’as créé d’argile’. [Allah] dit : ‘Descends d’ici, tu n’as pas à t’enfler d’orgueil ici. Sors, te voilà parmi les méprisés.’ ‘Accorde-moi un délai, dit (Satan), jusqu’au jour où ils seront ressuscités.’ [Allah] dit : ‘Tu es de ceux à qui délai est accordé.’ ‘Puisque Tu m’as mis en erreur, dit [Satan], je m’assoirai pour eux sur Ton droit chemin, puis je les assaillerais de devant, de derrière, de leur droite et de leur gauche. Et, pour la plupart, Tu ne les trouveras pas reconnaissants.’ ‘Sors de là’, dit [Allah], banni et rejeté. Quiconque te suit parmi eux…de vous tous, J’emplirai l’Enfer"(Al-‘A’râf, v. 11 à 17). Ce dialogue illustre l’attitude d’Allah le Très-Haut vis-à-vis d’Iblis qui refusa de se prosterner, désobéissant ainsi à l’ordre divin. Allah l’interrogea sur la raison de ce refus et il répondit qu’il était meilleur qu’Adam par l’essence de la matière dont il a été façonné. C’est ainsi que le Très-Puissant (Gloire à Lui) lui intima l’ordre de descendre de sa position, à cause de l’arrogance qui ne lui sera jamais pardonnée. Cette descente ne fut pas sans être renforcée par une sortie qui confirme le mépris et l’humiliation de Satan. Le dialogue se poursuit par la réplique d’Iblîs qui demanda à Allah de lui accorder un délai jusqu’au Jour de la Résurrection. Dieu lui répondit alors qu’il serait en effet parmi ceux à qui le délai fut accordé; conformément à ce qui était écrit et conçu préalablement par l’omniscience et d’Allah le Très-Haut. Néanmoins, Satan rétorqua qu’en conséquence à sa mise en erreur par Dieu, il se mettra sur le chemin d’Adam et de sa descendance, et qu’il les assaillira de tous les côtés afin qu’ils s’égarent et ainsi ils ne seront plus ni obéissant ni reconnaissants. Le dialogue s’achève par la condamnation de Satan à quitter le Paradis, essuyant l’humiliation et le mépris, alors qu’Allah le menaçait, lui et ceux qui le suiveraient, de la Géhenne (l’Enfer). Dans le même contexte, le Saint-Coran nous rapporte de nombreux autres dialogues avec Iblîs. Ainsi, Dieu le Très-Haut a dit : * "Et lorsque Nous avons dit aux Anges : ‘Prosternezvous devant Adam’, ils se prosternèrent, à l’exception d’Iblîs, qui dit : ‘Me prosternerai-je devant quelqu’un que Tu as créé d’argile ?’ Il dit encore : ‘Vois-Tu ? Celui que Tu as honoré au dessus de moi, si Tu me donnais du répit jusqu’au Jour de la Résurrection, j’éprouverai, certes, sa descendance, exceptés un petit nombre [parmi eux]’. Et [Allah] dit : ‘Va-t-en ! Quiconque d’entre eux te suivra … votre sanction sera l’Enfer, une ample rétribution. Excite, par ta voix, ceux d’entre eux que tu pourras, rassemble contre eux ta cavalerie et ton infanterie, associe-toi à eux dans leurs biens et leurs enfants et fais-leur des promesses’. Or le Diable ne leur fait des promesses qu’en tromperie. Quant à Mes serviteurs, tu n’as aucun pouvoir sur eux’. Et ton Seigneur suffit pour les protéger"(Al-‘Isrâ’ (Le Voyage nocturne), v. 61 à 65). Ainsi, comme son précédent, ce dialogue s’ouvre sur l’ordre de se prosterner à Adam. Or Iblîs, qui est foncièrement rebelle, se refuse à exécuter l’ordre divin, en arguant l’infériorité de l’argile, élément à partir duquel Adam fut créé et pourtant celui-ci fut préféré et plus honoré que lui. Il osa ensuite faire affront à Allah en jurant que s’Il lui accordait un délai jusqu’au Jour de la Résurrection, il débaucherait et égarerait la descendance d’Adam, à l’exception quelques-uns parmi les serviteurs dévoués. La réponse du Tout-Puissant vint alors chargée de mépris à l’endroit d’Iblîs et de son défi à entreprendre ce qui est dans son pouvoir et d’user de tous ses moyens pour assaillir, séduire et dérouter les fils d’Adam, tant qu’il reste incapable d’attenter aux fidèles serviteurs d’Allah qui jouissent de Sa Protection. Il est à signaler que dans un autre dialogue similaire à celui-ci, Iblîs s’était adressé au Créateur Suprême dans ces termes : * "Il dit : ‘Ô mon Seigneur, donne-moi donc un délai jusqu’au jour où ils (les gens) seront ressuscités’. [Allah] dit : tu es de ceux à qui ce délai est accordé, jusqu’au jour de l’instant connu [d’Allah]. Il dit : ‘Ô mon Seigneur, parce que Tu m’as induit en erreur, eh bien je leur enjoliverai la vie sur terre et les égarerai tous’"(Al-Hijr, v. 36 à 39). Ainsi il a utilisé le terme "Mon Seigneur !", malgré sa désobéissance, et il a procédé par courtoisie (Talattuf) en dialoguant avec Allah auquel il reconnaît la Divinité (Rubûbia) et dont il sollicite la miséricorde afin qu’il exhaussât son vœu. Le même discours se retrouve assorti du serment par la Gloire d’Allah, dans le dialogue où il est dit : * "‘Seigneur, dit [Iblîs], donne-moi donc un délai, jusqu’au jour où ils seront ressuscités.’; ‘Par Ta puissance, dit [Satan]. Je les séduirai assurément tous, sauf Tes serviteurs élus parmi eux.’"(Sâd, v. 79, 82 et 83).
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