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LE DIALOGUE AU REGARD DE L’ISLAM
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Section 1 Si l’importance que revêt le dialogue est évidente, elle ne peut néanmoins se concrétiser sans la réalisation d’un certain nombre de ressources qui en conditionnent le succès. C’est ainsi qu’en dépit des multiples tentatives qui ne cessent de le mettre à épreuve, ce dialogue requiert encore davantage d’efforts de la part de ceux qui y aspirent, afin qu’ils se rendent compte de sa nécessité et adoptent les modalités adéquates qui permettent de le consacrer. C’est à ces questions-là que cette section est dévolue. Elles seront traitées en trois points :
1. Conditions
nécessaires à tout dialogue. Conditions nécessaires à tout dialogue De prime abord, nous dirons que pour que réussisse tout dialogue, il doit être assorti de certaines conditions préalables qu’on peut résumer comme suit : 1. La nécessité de deux ou plusieurs parties, pour qu’il ne s’agisse pas d’un simple monologue. 2. La reconnaissance mutuelle des deux parties en cause. Elle commence par la prédisposition psychologique à s’ouvrir sur l’autre, avec tolérance, c’est-à-dire l’accepter tel qu’il est. 3. Cette reconnaissance doit s’accompagner d’une appréciation égalitaire, d’une volonté commune, d’une considération réciproque et d’un besoin d’interaction des deux côtés. 4. La nécessité d’ouverture et d’expansion. Il faut se défaire de la passivité, de l’isolement et de tout ce qui conduit à la mésestime de l’autre, à l’égoïsme, l’ignorance et aux complexes. Il faut aussi s’écarter de toute tendance visant la suprématie, la dominance et la tyrannie. 5. Au préalable, se mettre d’accord sur un minimum de concepts et de valeurs. 6. Avoir recours à la connaissance judicieuse et être en mesure de l’échanger, dans un esprit de sérénité et de pondération. Chercher à convaincre, sans atteinte à l’interlocuteur, à sa réaction ou à son point de vue, et sans prétention à exclure ses spécificités. 7. S’employer à établir le dialogue dans les limites de données et de perspectives qui ne recèlent pas de provocation de l’esprit et des sentiments. Ce faisant, il faut aussi éviter ce qui offusque les valeurs et les convictions et ce qui implique une hostilité à l’encontre de l’être dans ses dimensions matérielles et spirituelles. 8. Etre animé par la volonté de dissiper les différends, d’éliminer les disparités, de surmonter les facteurs de contradiction, de rétrécir les écarts et de consolider les liens communs. 9. Faire régner le sentiment d’égalité entre les parties concernées. Faire en sorte qu’aucune d’elles ne se sente diminuée ou dans l’incapacité de poursuivre et d’accompagner le processus du dialogue, dans toutes ses étapes, allant de l’échange interactif jusqu’à la compétition et l’émulation. 10. Ceci suppose la définition de la finalité du dialogue, la détermination à l’établir dans la sincérité, la confiance, la modération et l’équité. Ce qui implique aussi sa planification en en précisant les conditions, les objectifs et les parties concernées. En référence à l’actualité contemporaine, et pour l’essentiel, ces conditions sont susceptibles d’être appliquées à toute forme de dialogue quel qu’en soit le niveau. C’est en effet ce qui ressort des cas de figure suivants : 1. Le dialogue arabo-européen. 2. Le dialogue entre le Nord et le Sud. 3. Le dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. 4. Le dialogue entre l’Est et l’Ouest. 5. Le dialogue entre les religions. 6. Le dialogue entre l’Islam et le Christianisme. 7. Le dialogue pour le rapprochement entre doctrines islamiques. 8. Le dialogue politique, social et culturel au sein d’un même pays. Certains types de dialogue en cours actuellement, notamment entre le Nord et le Sud, ont lieu à partir de l’héritage colonial et à la réalité où chaque partie s’emploie à imposer sa dominance, animée d’une assurance telle qu’elle fait fi des conditions élémentaires du dialogue, ignorant l’apport potentiel de l’autre partie. Celle-ci est alors considérée comme étant faible et vulnérable; soit dans les domaines économique et technologique ou dans d’autres, notamment le domaine culturel qui a trait à la vie des individus et des communautés et qui conditionne les relations et favorise le rapprochement entre les hommes. Placer ce dialogue dans le contexte qui lui sied consiste à ne plus le circonscrire dans son acception traditionnelle d’aide et d’assistance ; laquelle acception recèle un sentiment de supériorité et d’égocentrisme et fait du Moi le modèle de référence. Il s’ensuit alors une attitude dédaignante et réductrice vis-à-vis de l’autre partie. Il est indubitable qu’une telle attitude induit une suspicion de la part de la partie vulnérable à l’égard de la véracité et de la pertinence du dialogue. Aussi cette partie n’en vient-elle à l’accepter que par nécessité et avec beaucoup de réserve. Elle est ainsi persuadée que ce dialogue, dans son contexte actuel, ne peut contribuer à l’éradication du sous-développement et à l’intégration du monde développé, en y participant par la coopération fructueuse et en œuvrant au rétrécissement, sinon à la suppression, du fossé qui sépare les deux mondes. Le fait que ce fossé persiste dans sa profondeur et son ampleur est une invite à toutes parties du dialogue, notamment la plus forte d’entre elles, à la méditation sur ce que cet écart béant soulève comme questions doctrinales et intellectuelles. Il s’agit de la prise en considération des valeurs religieuses et morales, dont l’omission conduit l’individu à se désengager de la foi et à sombrer dans la dissolution des mœurs, en se laissant entraîner par les fléaux des stupéfiants, de l’angoisse et de la violence. C’est dans ce contexte qu’on peut apprécier l’importance que revêt le dialogue entre les religions. Aussi est-il opportun de méditer sur sa pertinence, de l’appréhender au travers de ses données historiques, notamment en ce qui concerne le rapport entre musulmans et chrétiens et de mettre l’accent sur son extrême nécessité et sur les modalités adéquates de sa mise en œuvre. Le dialogue : données historiques Le dialogue entre musulmans et chrétiens a toujours été constant et ininterrompu, depuis le début de l’Islam jusqu’à nos jours. Toutefois, des affrontements conjoncturels en dehors du cadre des deux religions, ont fait que ce dialogue n’ait pas toujours suivi une cadence positive à travers les époques. Le dialogue s’est manifesté dans les espaces de cohabitation entre les musulmans et les communautés d’autres religions révélées. L’Andalousie faisait figure de proue des contrées où régnait alors le climat de coexistence et de tolérance. Il en est de même de certaines régions du Mashreq (l’Orient), notamment Jérusalem, terre propice pour une telle convivialité. Le Maroc, quant à lui, il était réputé pour le traitement favorable qu’il réservait aux gens du Livre parmi les juifs, sachant qu’il n’a pas connu la moindre expansion du christianisme. Le dialogue était également de rigueur dans les débats religieux au sein des cercles scientifique et dans les mosquées. Certains écrits en ont fait état, comme ce fut le cas de celui paru au VIIe siècle de l’hégire par Sa’d ibn Mansûr ibn Kamûna Al-Yahûdî, intitulé : "La révision des recherches sur les trois confessions : le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam". c’est un ouvrage édité auquel on peut reprocher un certain ressentiment à l’encontre de l’Islam. A cela s’ajoute tout ce que les musulmans ont connu comme écrits sur les confessions et les doctrines, notamment pendant le rayonnement de la théologie dialectique (‘ilm al-Kalâm). Dans l’esprit des musulmans, l’Histoire contemporaine a connu un lien entre le christianisme et l’expansion du colonialisme qui encourageait les campagnes d’évangélisation et combattait l’Islam dans de nombreux pays colonisés. L’ère contemporaine est une période où plusieurs instances ont entrepris l’initiative du dialogue, notamment le Vatican qui semble être à l’avant-garde en la matière. Ses invitations au dialogue trouvait souvent un écho favorable auprès des musulmans, en dépit de quelques réserves dues à la fragilité des positions du Vatican vis-à-vis de certaines causes arabes, en particulier, la spoliation du droit arabo-musulman à Jérusalem, en Palestine, outre le génocide de la Bosnie et l’Herzégovine. Les aspects saillants de ce dialogue peuvent ressortir des éléments suivants: 1. La déclaration du Vatican, du 15 octobre 1965 sur "la relation entre l’Eglise et les religions non chrétiennes". Elle a été suivie de plusieurs conférences islamo-chrétiennes; La première et la seconde ont été tenues à Cordoue, respectivement, en septembre 1974 et en mars 1977. En outre, le Pape a organisé, en 1986, une réunion avec les représentants des différentes religions, durant laquelle des prières et des invocations ont été célébrées selon les rites de chaque confession. Ce qui est à souligner concernant l’action du Vatican, à cet égard, est que l’autorité pontificale a mis en place un Conseil pour le dialogue entre les religions (Pontifcium Concilium pro Dialogo inter Religiones). Ce Conseil édite un bulletin et une revue intitulée "Etudes Islamo-Chrétiennes" (Islamo Christiano), dans laquelle sont publiés des articles en arabe, en français et en anglais. En 1964, le Pape a instauré un Secrétariat pour les non-chrétiens (Scretariatus pro non christianis-vaticano), au sein duquel il a créé une section spéciale qui porte le nom d’"Islam". Vers la fin des années soixante (67-69), le Secrétariat a publié quatre ouvrages dévolus chacun à la manière de communiquer avec les non-chrétiens, à savoir les bouddhistes, les hindouiste, les musulmans et les religions d’Afrique. En 1984, Il a publié également une étude sur "l’attitude de l’Eglise à l’égard des autres confessions religieuses". Il semble que ce Secrétariat a en Afrique du Nord et en Afrique d’une manière générale, une action d’envergure qui fut naguère probablement très avantageuse au mouvement d’évangélisation. A ce propos, il y a lieu d’observer l’extrême vigilance afin de ne pas laisser le champ libre aux non musulmans qui risqueraient de l’exploiter dans des perspectives préjudiciables à l’intérêt des musulmans jusqu’au sein de leur propre foyer. 2. Les actions menées par le Complexe Royal pour les Recherches sur la Civilisation Islamique (Fondation Âl al-Bayt) au Royaume de Jordanie, avec le concours de plusieurs instances, dont la Commission autonome des Relations Islamo-Chrétiennes à Windsor en Grande Bretagne, le Centre Orthodoxe à Chambéry en Suisse et le Conseil Pontifical du Dialogue entre les Religions au Vatican. Sous le patronage et sur directives de Son Altesse le Prince Hassan, frère du défunt roi du Royaume de Jordanie, sont organisées des rencontres à Amman et au Vatican, auxquelles j’ai été invité en tant que participant. Parmi ces manifestations, le colloque sur "L’enseignement religieux dans la société contemporaine", tenu au Vatican, du 8 au 6 décembre 1989 (8-10 Joumâd 1 1410 H), et le colloque sur "La religion et l’utilisation des ressources de la terre", organisé au Vatican, du 17 au 20 avril 1996 (29 Dhû al-Qiâda au 2 Dhû al-Hijja 1416 H). 3. Certaines universités, en Orient et en Occident, organisent des colloques portant sur des aspects religieux en relation avec des questions d’actualité. C’est le cas, entre autres, de l’Institut du Droit de la Paix et du Développement qui relève de l’Université de Nice (Sophia – Antipolis), lequel a organisé, en décembre 1990, avec le concours de l’UNESCO, un colloque sur "Religions et guerre" et auquel j’ai contribué avec une étude sur "l’Islam : religion de paix et du jihâd". Par ailleurs, il est à signaler que l’Université de Madrid (Espagne) a organisé, en novembre 1994, la rencontre des trois religions à laquelle j’ai également participé. Elle s’est tenue sous le thème de " Rencontre des Gens du Livre : engagement pour la paix". Son objectif était d’instaurer la clairvoyance mutuelle, d’échanger les points de vue et de discuter les expériences qui renforcent les initiatives de la paix dans le monde d’une façon générale et au Moyen-Orient, tout particulièrement. 4. Les efforts déployés par l’UNESCO : On peut en citer la réunion tenue en décembre 1994 à Barcelone et qui a donné lieu à la "Déclaration de Barcelone", ainsi que d’autres réunions sur "le dialogue des cultures", dans le cadre du projet intitulé "Les voies de la foi" et auxquelles j’ai également participé. Ces réunions se sont tenues à Rabat, respectivement, du 19 au 23 juin 1995 et du 18 au 22 juin 1997. Dans le cadre de ce même projet, il a été organisé à Rabat, le 16 février 1998 (18 Choual 1418 H), sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Hassan II, que Dieu ait son âme, une journée de réflexion sur "Le dialogue entre les trois religions monothéistes", laquelle s’est clôturée par une recommandation à la création au Maroc d’un "Forum de réflexion et d’action" constitué des représentants des trois confessions monothéistes et qui œuvrera à déterminer des activités ciblant différentes catégories de populations et contribuant à stimuler l’intercompréhension et la recherche d’une culture de la paix. 5. La mission assumée, dans ce domaine, par de l’Organisation Islamique de l’Education, des Sciences et de la Culture (ISESCO) et qui est concrétisée par différents aspects du plan d’action qu’elle a adopté et par le programme d’application qui s’en est suivi. Le point de départ de ce plan consiste en la conception qu’a l’Organisation des spécificités de la culture islamique. Pour l’essentiel, cette culture est caractérisée, par son universalité et jouit d’une crédibilité et d’une force qui se ressourcent à son origine divine. Ces deux atouts se réfèrent également à la nature humaine et aux principes de justice, d’équité et de dignité humaine. Ces principes sous-tendent ses postulats, ses objectifs et ses valeurs, dans un esprit rationnel dont la validité ne peut être mise en cause. C’est ainsi que l’Organisation estime que le dialogue établi entre l’Islam et le Christianisme est susceptible de contribuer à la consécration de la confiance mutuelle, à l’établissement de passerelles de coexistence intellectuelle et à l’instauration de relations naturelles entre les gens des deux confessions. Toutefois, un tel objectif devra être inséparable des intérêts majeurs de la nation islamique, en ce sens que l’accent devra être mis sur les valeurs humaines et sur la coordination entre les différentes instances islamiques concernées par le dialogue. A ce propos, force est de souligner la participation du Directeur Général de l’ISESCO, le Docteur Abdulaziz Othman Altwaijri, à des rencontres dévolues à cette cause, notamment le congrès organisé par le Conseil Suprême des Affaires Islamiques en Egypte, entre le 13 et le 16 juillet 1997, sur le thème "L’Islam et l’Occident : passé, présent et avenir". Il y a donné une conférence intitulée : "Les perspectives du dialogue entre les musulmans et l’Occident"(Publications de l’ISESCO, 1997 (Texte édité en arabe et traduit en français et en anglais). Ces tentatives(Outre ce qui précède, il est à mentionner de nombreuses rencontres de dialogue entre Islam et Christianisme, tenues en France, en Suisse, en Italie, en Autriche, en Yougoslavie, à Seri Lanka (Colombo), en Tunisie, en Libye, à Jérusalem et à Beyrouth. D’autres réunions ont eu lieu et auxquelles ont pris part des participants juifs. C’est le cas de la réunion de Lisbonne (Portugal), du 3 novembre 1977, autour du thème : «Le monde en mutation : le défis de nos religion» et celle de novembre à Kuala-Lumpur (Malaisie) sur «Le dialogue religieux et les problèmes qu’il suscite». Concernant ce dialogue, voir l’ouvrage de Alex Juar Veski : L’Islam et le Christianisme; traduction en arabe, Dr Khalaf Mohammed Al Jarad, éd. Série «‘Âlam al-Ma’rifa», n° 215, novembre 1996 (Joumada II 1417 H)) visent certes à la consolidation du dialogue entre l’Islam et le Christianisme; en plus certaines d’entre elles aspirent à le compléter en l’étendant aux trois religions révélées. Néanmoins, force est de souligner que les juifs usent de tous les moyens pour régler leurs problèmes avec les chrétiens, fût-il au détriment de ces derniers; comme il a été le cas pour la question de leur exemption du sang du Christ. Leur dessein est manifestement d’aboutir aux même résultats avec les musulmans en ce qui concerne la question d’Al-Qods (Jérusalem) pour devenir les maîtres, étendre leur pouvoir et leur hégémonie à partir de la capitale spirituelle. Toutefois, il faut rappeler que les musulmans n’excluent nullement les juifs du processus du dialogue. A preuve, les rencontres tripartites organisées à cet effet. Ce faisant, ils sont néanmoins sceptiques quant à la possibilité d’un tel dialogue et encore moins quant à sa pertinence, et ce, tant que ne soit pas manifestement reconnu pour les Arabes et les musulmans leur droit inaliénable à Jérusalem et en Palestine. De la nécessité du dialogue et comment il doit être établi De nos jours, le dialogue est aussi bien une nécessité qu’un moyen, voire une finalité. Il implique l’oubli des disparités religieuses et le dépassement des pratiques erronées et des attitudes hostiles, bien que les musulmans en aient énormément pâti et continuent à en souffrir les tourments. Or, cela ne les a pas dissuadés de poursuivre leur ferme avancée vers la convergence et l’élimination des divergences. Aussi sont-ils entièrement disposés à enterrer les animosités et les inimitiés du passé et ouvrir de nouvelles perspectives pour un avenir que l’humanité est appelée à affronter avec sérénité et équilibre rationnel entre les innovations technologiques de l’époque et les valeurs religieuses susceptibles d’en réfréner les excès ou, du moins, d’en tempérer les effets. Par cette démarche positive visant le rapprochement, les musulmans n’ont pas cessé de prêcher l’invite à développer le potentiel commun à toutes les religions révélées. Celles-ci sont en effet traversées de finalités vitales inspirées de la loi divine qui vise la préservation de l’homme et la sauvegarde de sa dignité et qui l’assiste pour qu’il s’acquitte convenablement de la mission qui lui incombe, à savoir la lieutenance que Dieu lui a conférée sur la terre. Agissant ainsi, les musulmans ne procèdent ni par affectation ni par afféterie; au contraire, ils agissent en toute harmonie avec l’esprit de l’Islam et en nette conformité avec les préceptes de la prédication universelle qui subsume les apports des confessions antérieures. Ainsi, pour que le dialogue soit fructueux et donne des résultats à la mesure des exigences de l’ère contemporaine et des risques qui y attentent à la vie de l’homme, il conviendrait de l’initier par une démarche décisive capable de réaliser deux objectifs primordiaux, à savoir : Premièrement : la propagation de la conception religieuse appliquée à l’homme, à l’univers et à la vie. Cette conception tient du fait que l’homme est honorifié par Dieu qui l’a créé dans la forme la plus parfaite. Il lui a insufflé son âme, l’a pourvu de bonnes choses, lui a assujetti l’univers et tout son contenu, l’a favorisé à beaucoup de Ses créatures, en le dotant des bienfaits de l’intellect et de la science et puis Il lui a confié la charge de Sa succession sur la terre. Une telle responsabilité implique des droits et des obligations que l’homme se doit de préserver et de protéger de l’abus, pour que la vie se perpétue selon la Volonté divine. Cette volonté suprême vise à éprouver la bonne action de l’homme dans son propre intérêt et celui d’autrui et de l’univers dont la protection et la sauvegarde lui incombent. Deuxièmement : L’enracinement de la foi à partir de cette même conception religieuse. Cette foi implique une croyance ferme basée sur la profession de l’unicité de Dieu et la reconnaissance de Sa magnificence et de la suprématie de Sa volonté. Elle induit également l’observance des commandements du Très-Haut dans la gestion des affaires des individus et des communautés, à travers des prescriptions et des prohibitions qui mettent en application la Volonté et la Justice de Dieu. Ainsi, pour que soit illustré le caractère positif de la foi dans son aspect doctrinal et légal, elle doit inévitablement s’accompagner d’un troisième élément incarné par des pratiques comportementales qui ne doivent souffrir ni transgression ni négligence. Ces pratiques ont trait aux bonnes mœurs et aux différents aspects de la vertu. Il s’agit, entre autres, de l’humilité, des sentiments d’amitié, de fraternité et de solidarité envers l’Autre, ainsi que la consécration de l’esprit de tolérance et la lutte contre le fanatisme et la discrimination dans toutes leurs formes et manifestations. Une telle initiative, somme toute primordiale et fondamentale, est susceptible de permettre au dialogue de réaliser davantage de compréhension, de convivialité et de progression vers la paix. Cette paix, on le sait, doit préalablement être assortie du respect et de la reconnaissance de l’autre tel qu’il est. Elle doit être également précédée de la tolérance par laquelle le Moi s’affirme, comme elle doit s’accompagner d’un minimum de concessions en matière de ce qui est conçu comme étant propriété privée. En définitive, elle doit aller de pair avec la recherche de la convergence à travers les valeurs communes. En outre, pour que le dialogue aboutisse à la réalisation de ses objectifs, il doit aller au-delà du simple échange de paroles et d’opinions, lequel peut se faire à distance. Plutôt il doit se matérialiser dans des rencontres permettant l’interaction effective et la confrontation des points de vue, même divergents, qui donnent lieu à l’émergence de principes et de valeurs unificateurs. Conçu ainsi, le dialogue peut se dérouler par étapes et à plusieurs échelles : 1. Entre ceux qui ont pour mission de veiller sur les intérêts des croyants des différentes religions révélées. Cette étape a effectivement été initiée par les rencontres intermittentes entre Sa Sainteté le Pape et plusieurs chefs d’Etats islamiques. C’est le cas précisément lors de sa visite au Maroc, le 19 août 1985, durant laquelle il s’est réuni avec Sa Majesté le Roi Hassan II. A cette même occasion, il a prononcé un prêche devant une immense audience rassemblée pour la circonstance au complexe sportif de Casablanca. 2. Entre les théologiens des différentes confessions, en vue de déterminer les lieux de convergence et d’entente qui sont en fait très nombreux et d’une importance capitale. 3. Entre les générations instruites, par le biais d’inculcation des prescriptions religieuses à vocation unionistes, sans atteinte à aucune des confessions. La position de l’Islam à cet égard est aussi claire qu’irréprochable. 4. Entre les membres de l’ensemble de la communauté des croyants représentant l’opinion publique, en mettant à contribution les moyens de communication pour répandre l’esprit de tolérance et inciter à la convivialité et à la coexistence dans un climat de sécurité et de paix. Il est évident que les Livres révélés et les différents éléments du patrimoine qui en découlent sont riches en thèmes susceptibles de constituer une plate-forme de base pour la méditation et le débat et un support substantiel pour le dialogue. Dans le domaine du dialogue, ces thèmes seront davantage enrichis, une fois traités en confrontation à la réalité concrète de la vie quotidienne, avec ses perturbations, ses contradictions, ses antagonismes et ses problèmes. Cette réalité peut se rapporter soit au quotidien des individus, soit aux grandes questions qui préoccupent l’humanité dans de nombreux coins du globe. Etant foncièrement croyants et du fait de leur attachement à leur foi et à ses valeurs, les adeptes des religions révélées sont en mesure de faire face aux problèmes du monde contemporain et d’y trouver les solutions adéquates. Ils sont également capables de relever tous les défis. Aussi sont-ils chargés d’une mission humaniste commune dont ils doivent s’acquitter convenablement, dans un monde dominé par l’anarchie occasionnée par la fragilité de la foi dans les esprits et par la prolifération des tendances à l’athéisme et au laïcisme et des courants de l’absurde et de l’indifférence. Au préalable, cette mission impose aux croyants d’inculquer aux nouvelles générations les valeurs divines et, à travers ces valeurs, ils parviennent à prendre conscience du sens de leur existence, de l’essence de leurs êtres et de leur rôle dans l’univers. Ils arriveront également à comprendre comment devrait être leur relation avec Dieu et ce qu’elle leur impose comme obligations. Quant à la règle du dialogue, elle est représentée par l’équation suivante : 1. Tu dois connaître de l’autre ce que tu veux qu’il connaisse de toi. 2. Tu dois agir avec l’autre de la même manière dont tu veux qu’il agisse avec toi. L’autre ici est celui qui est d’une confession différente de la tienne. Entre les gens du Livre, le point de départ du dialogue consiste en la compréhension préalable de la bienveillance qui caractérise ces religions. Cette bienveillance conduit à une tolérance qui incite à enterrer les erreurs du passé et du présent. Erreurs commises pour des raisons conjoncturelles qui sont souvent sans aucun lien avec la religion ou qui sont imputées à celle-ci par mauvaise interprétation de ses textes ; ce qui s’est traduit par l’imagination de l’existence de problèmes et de dangers illusoires. Nul doute que derrière de telles chimères se cache l’explication de nombreux conflits qui ont une coloration religieuse et des expressions diversifiées, allant des guerres ensanglantées aux conflits de cultures et de civilisations. Si l’on médite sur ces conflits, l’on sera frappé par la pléthore surprenante d’écrits insidieux qui sont manifestement hostiles à l’Islam. Ils sont certes le produit d’une imparfaite compréhension de son essence, mais ils aboutissent à la transfiguration de son image et, souvent, à la réalisation de desseins politiques, militaires et économiques ; le but étant de préparer à sa déperdition. Ainsi, dans la perspective de légitimer ces desseins et de les mettre en application, la plupart de ces écrits tendancieux mettent l’accent sur des phénomènes dont les aspects négatifs sont abusivement rattachés à l’Islam. Parmi ces phénomènes, les plus notables sont le fanatisme et le terrorisme, nonobstant ce qui les sous-tend parfois comme facteurs pouvant les ramener à de simples réactions spontanées provoquées par des pratiques malveillantes à l’encontre des musulmans et même des non-musulmans. A preuve ce qui se passe dans certains pays européens où l’on assiste à des actes de violence perpétrés par des minorités ou des courants opprimés. Comme il a été précédemment souligné, le dialogue peut s’établir dans le domaine de la foi en Dieu, de l’observance de Ses commandements et de l’application des valeurs comportementales qui s’en inspirent, afin de pénétrer l’essence de la religion. En effet, ce qui tient lieu de vérité, ou de vérités suprêmes, n’admet nullement d’être controversé, bien que les modalités de l’exprimer puissent être divergentes. Ainsi, plus les esprits s’attachent fermement à la foi, à la loi divine et aux valeurs, plus ils s’animent de la capacité d’établir le dialogue, de l’approfondir et d’en tirer les avantages. Ces derniers se matérialisent dans la possibilité d’assimiler ce dont dispose l’Autre, sachant que cette assimilation requiert l’effort de se défaire de l’enfermement égoïste et individualiste sur soi. En revanche, quand l’attachement à la foi est fragile ou nul, il s’ensuit l’émergence des obstacles au dialogue et c’est une opportunité pour la propagation de l’ignorance et du fanatisme. Il en découle aussi une inconscience totale de la réalité qui se traduit par des erreurs qui peuvent être irréparables voire fatales. Conçu dans ses conditions optimales, le dialogue devra aboutir à un échange interactif. Il s’agit de tirer l’enseignement de l’Autre après avoir accepté d’en être différent. Autrement, il est plus judicieux de s’en éloigner et de ne pas s’immiscer dans ses affaires ni le provoquer et encore moins de l’attaquer ou de s’y opposer. Le dialogue que cherchent à établir certains pays de l’Est, dont les populations se constituent en musulmans et de chrétiens, quand bien même celles-ci sont minoritaires, est de nature toute particulière. Il diffère nettement du dialogue susceptible de se maintenir dans un pays comme le Maroc dont la population est entièrement de confession musulmane, les chrétiens y sont absents et les juifs y constituent une minorité. Dans le premier cas, le dialogue a pour objectif la cohabitation dans un contexte de pluralité religieuse régissant la même communauté et gouvernant ses institutions qui vont de l’enseignement dans les écoles au pouvoir et ses instruments. Dans le second cas, le dialogue est appelé à créer les opportunités favorisant davantage la communication qui vise à jeter les ponts de l’intercompréhension et à consolider les liens de la connaissance mutuelle.
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