Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

Les besoins fondamentaux des femmes en  matière  d'enseignement

Dr. Lahssen Madi 


CHAPITRE I : L'ANALYSE DES BESOINS FONDAMENTAUX DES FEMMES EN    MATIERE D'EDUCATION

Introduction

Le monde développé a réussi à alléger les pressions résultant de l’accélération des changements, de la généralisation et de l’internationalisation des moyens d'information, et, enfin, de la concurrence dans les domaines économiques et du développement, et ce, en décrétant la généralisation de l'enseignement et l’adoption de stratégies rigoureuses dans les domaines de l’éducation des adultes à travers la formation continue. Cette politique n'a malheureusement pas été adoptée dans la majeure partie des pays en développement et la généralisation de l'enseignement – considérée comme un préalable à l’éradication de l'analphabétisme, de l'ignorance et du sous-développement – n'a pas pu se réaliser dans la plupart de ces pays. Les enfants en âge de scolarisation n'ont donc pas eu la chance d’aller à l’école. En outre, l’écart entre les taux de scolarisation en ville et à la campagne reste très grand et ce même écart ne cesse de s'agrandir entre filles et garçons, et surtout dans le milieu rural.

On peut donc dire que les filles sont plus lésées en ce domaine. Les causes de ce déséquilibre sont multiples. Elles sont à la fois économiques, sociales et culturelles, et ces causes réunies constituent la plupart du temps un handicap majeur à l’accès de la femme à la modernité et à sa participation au développement et aux prises de décisions. Cette situation oblige les femmes, surtout les femmes rurales ou celles qui n'ont pas eu la chance de poursuivre des études en ville, à vivre en marge de la société et à sombrer dans l'ignorance avec son cortège de conséquences : analphabétisme, chômage, perte des valeurs civilisatrices et autres répercussions négatives qui en découlent sur les plans psychologique, social et éducatif. Voici ce qu'affirme l'UNESCO(L’UNESCO, revue «L’avenir de l’éducation», n° 2, 1982, p. 23.) à cet égard dans l’une de ses publications : «Si nous considérons l’analphabétisme, nous constatons qu'il a réduit une partie de l'humanité à la marginalisation et en a fait une catégorie démunie, sous-alimentée et manquant gravement de soins».

Ainsi, pour construire une société où règne l'égalité et où toutes les forces agissent de concert et dans la dignité, le concept de formation pour adultes est apparu de plus en plus comme étant le moyen nécessaire à tous les individus pour participer au développement global de la société, car «plus l'adulte a de culture générale et spécialisée, plus il a reçu de formation continue et acquis d'expérience et d'enseignement efficace et utile, plus il sera productif, performant et consciencieux dans son travail. De même, il sera plus apte à défendre ses droits et à respecter ses obligations, plus enclin à accepter la nouveauté, la modernité et l’efficacité. Il éduquera mieux ses enfants et entretiendra de bons rapports avec ses confrères, les membres de sa famille et ceux de la société à laquelle il appartient(Dr Jilali Bechir Gibril, l’Enseignement pour adultes et la formation continue, principes et applications, publications El Jamaa El Maftouha, Lybie, 1991, p. 23)».

Un chercheur a dit à ce propos que la nation qui aspire à vivre dans un état moderne et démocratique tout en restant dans l'ignorance, se berce d’illusions.

Il apparaît donc clairement que pour une société donnée, il ne peut y avoir de décollage culturel, économique, démocratique et scientifique tant qu'une frange importante de sa population ne participe pas pleinement à la définition des buts de ce décollage, des exigences et des conditions de sa concrétisation. C'est dans une telle situation que se trouve aujourd'hui le Tiers-Monde, ainsi qu'il ressort d'un rapport de l'UNESCO, qui a servi d'entrée en matière à la conférence sur l'éducation pour tous, tenue à JUMTIEN(Document de la presse internationale sur «l’éducation pour tous» et structure d’action les besoins fondamentaux de la déclaration de la formation, Jumtien, Thaïlande) en Thaïlande en mars 1990. Selon ce rapport, le nombre d'illettrés dans le monde avait atteint presque un milliard en 1989, 980 millions plus exactement, dont 80 % se trouvent dans le tiers-monde. Bien évidemment, les femmes constituent la majeure partie de ces analphabètes.

Le monde islamique, qui fait partie du tiers-monde, n'échappe pas à ce fléau. C'est donc tout naturellement que l'ISESCO a compté parmi ses priorités la lutte contre l’analphabétisme en proposant le programme islamique de l'ISESCO pour la lutte contre l’analphabétisme et la formation de base pour tous dans les pays et communautés islamiques, en exhortant ces derniers à suivre ce programme afin que le monde musulman puisse décoller et prendre la place qui lui revient dans le concert des pays développés. Il ressort de ce programme que : «l’analphabétisme constitue aujourd'hui le plus grand fléau auquel est confronté le monde  islamique, compte tenu de ses conséquences négatives sur le processus de démocratisation et la justice sociale. L’analphabétisme ne signifie plus seulement l'incapacité de lire, d'écrire ou de compter, il désigne aussi le manque de moyens essentiels d'expression dans un monde de plus en plus dominé par les technologies de la communication. Plus grave encore, l’analphabétisme n'empêche pas seulement l'individu d’être productif et de savoir écrire, il le menace également dans sa foi en l’empêchant d'accéder directement aux sources de sa religion.

Ces risques exigent des croyants un travail décisif et concerté pour combattre l’analphabétisme et réduire ses méfaits(Programme islamique de l’ISESCO consacré à l’éradication de l’ignorance et à la formation de base dans les pays et associations islamiques, tiré de la revue «L’éducation», Doha, Qatar, n° 93, juin 1990.)».

Cette étude met en exergue les aspects fondamentaux pouvant servir d'appui à l'élaboration de programmes concrets pour l'éradication de l’analphabétisme et la mise en place d'un enseignement destiné aux adultes en général. Cependant, cette étude ne concerne que les femmes. La question suivante se pose donc : quels sont les besoins fondamentaux en matière d'éducation susceptibles de servir de base à l'élaboration d'un programme éducatif pour les femmes qui conviendrait le mieux à leur âge, leur ferait accepter cet enseignement et apprécier son contenu ? En d'autres termes, quel type de programme serait à même de faire accepter aux femmes - malgré leur expérience de la vie, leur âge avancé, leurs diverses occupations, leurs multiples responsabilités -de participer à des processus éducatifs et formateurs qui exigeraient d'elles des efforts supplémentaires ? Enfin, quels types de moyens éducatifs et didactiques pourraient aider les femmes à mieux tirer parti de ce programme ?

La recherche de réponses convaincantes à ce type de questions et d'autres encore nous renvoie, dans un premier temps, à la consultation d'un ensemble d'études et de recherches sur les besoins fondamentaux des femmes en matière d'éducation en vue de mieux cerner le problème. Ce sera l'objet de ce premier chapitre.

I. LES SOURCES DES BESOINS : ETAT DES LIEUX DE LA QUESTION

De nombreuses études et recherches ont été consacrées à la question des besoins fondamentaux des femmes en matière d'éducation. A cet égard, on a constaté que les organisations internationales compétentes en ce domaine telles  l’UNESCO et l’ISESCO, les associations à vocation éducative et, enfin, les spécialistes qui s’intéressent à la participation de la femme au développement, ont réalisé ces travaux dans la perspective de la lutte contre l’analphabétisme et de l’éducation des adultes. Cette préoccupation s’inscrit dans une vision globale visant la participation réelle de toutes les ressources humaines au développement et cela pour venir à bout du sous-développement, de l'ignorance et de la famine.

1. Le niveau d'instruction de la femme et son rapport à la santé de l'enfant

Il ressort de l'étude réalisée par les Nations Unies et qui concerne 115 pays, que le lien existant entre le niveau d'instruction des femmes et l'espérance de vie de l'enfant à la naissance est plus décisif que tous les autres facteurs. Cette étude montre également que les taux de mortalité les plus faibles pour les nouveaux-nés et les enfants en bas âge sont enregistrés dans les sociétés où le niveau d'instruction de la femme est plus élevé, l'effort physique moyen et le revenu individuel faible à moyen(. Dr Abdelhadi Yamout, l’accroissement démographique et le développement économique et social dans les pays arabes, publications de l’institut arabe de développement, Beyrouth, Liban, 1988, p. 43).

L’étude précitée montre clairement la relation étroite existant entre le niveau d'instruction des femmes en général (lecture, écriture, éducation) et les risques qui menacent l'enfant.

Abdelhadi Yamout écrit à ce sujet : «Des études récentes ont confirmé que plus le niveau d'instruction de la mère est élevé, plus son enfant a de chance d'atteindre et de dépasser l'âge de cinq ans ; c'est en effet dans cette tranche d'âge – entre 0 et 5 ans – que 25% des enfants meurent alors que ce chiffre tombe à moins de 10% lorsque la mère a terminé ou a dépassé le cycle d’études primaires(Dr Abdelhadi Yamout, Ibid. p. 43).

Selon une étude sur les femmes menée au Caire sous l'égide du Programme Mondial de Recherches sur la fertilité, 93% des enfants allaités au sein durant 15 à 20 mois survivent et cela pour tous les enfants d'une même mère, jusqu'au dernier. Chez les enfants n'ayant jamais été allaités ou l'ayant été durant moins de 3 mois, le taux de survie tombe à 64%. Plus le niveau d'instruction de la mère est faible et plus l'allaitement au sein joue un rôle important. Pour les enfants dont la mère n'a jamais reçu d'instruction mais qui ont été allaités au sein durant 9 à 12 mois, leur chance de survivre est supérieure de 30% à celle de ceux qui n'ont jamais été allaités au sein. Quant aux enfants dont les mères ont accompli ou dépassé le cycle des études primaires, la différence entre eux et les précédents est de 22%(Op. cit., p. 43).

Dans le cadre de la relation étroite entre le niveau d'instruction de la mère et la santé de l'enfant, une étude menée par le Centre International de Recherches sur les maladies diarrhéiques au Bangladesh a conclu :«La richesse d'une famille ou la facilité d'accès aux soins médicaux n'agissent pas séparément, comme on pourrait le croire, sur la chance de survie d'un enfant ; en effet, le niveau d'instruction de la mère est très déterminant dans la réduction des risques de maladies»(Rapport Grant, 1986, p. 23).

Il apparaît donc clairement que l'aptitude de la mère à lire et à écrire est une nécessité incontournable pour protéger la santé de l'enfant. Pour favoriser de telles aptitudes, il est impératif de mettre en place des structures d'apprentissage et de formation, car c’est à ce prix que l’on peut alléger les souffrances des enfants.

2. La planification familiale

Pour pouvoir prendre soin de l’enfant et lui apporter toute l’attention qu’il faut, la mère doit obligatoirement espacer les naissances et maîtriser la procréation, car un grand nombre de femmes, particulièrement dans les pays du Tiers-Monde et plus encore dans les milieux pauvres, là où les niveaux culturel et intellectuel sont les plus faibles, n'attachent guère d'importance à cet aspect du problème, malgré tous les risques qu'il comporte tant pour leur propre santé que pour celle de leur enfant.

Heathe affirme que «le rapprochement des naissances, quand il est de moins de 2 ans, comporte de sérieux dangers se traduisant par une baisse du poids et une sous-alimentation du nouveau-né. Il n'est pas impossible que la période d'allaitement soit également écourtée et que cette naissance pèse sur le budget de la famille et donc sur les soins prodigués à l'enfant(Revue «La santé aujourd’hui», n° 5, janvier -mars, 1998, p. 8)».

On sait que les grossesses rapprochées menacent les nourrissons et les enfants en bas âge, comme l'affirme un spécialiste. En effet, dans le cas de deux grossesses rapprochées, le tout petit enfant et son aîné à peine plus âgé que lui, sont tous les deux exposés aux maladies et à la mort, car la 2ème grossesse signifie que l'aîné ne peut échapper au sevrage précoce ou brutal qui le prive de nourriture et de protection contre les maladies que le lait maternel empêche justement de survenir. De même, l'introduction précoce d'aliments de substitution au lait maternel et de nourriture de sevrage provoque des diarrhées et par voie de conséquence la malnutrition. Ces enfants restent exposés à la mort même ultérieurement. D'après les statistiques, le taux de mortalité des enfants dont l'âge se situe entre 1 et 2 ans se multiplie par 4 quand la mère met au monde un autre enfant dix-huit mois après le premier(Yamout, op. cit., p. 55).

Mais les conséquences négatives des naissances rapprochées ne s'arrêtent pas là. Ces naissances ont malheureusement une influence néfaste sur le développement psychique et affectif de l'enfant. En d'autres termes, le tout petit enfant voit dans le nouveau-né un concurrent au sein de la famille qui va accaparer l'attention et les soins de toute la famille, y compris de la mère, alors qu'il n'a pas reçu lui-même toute l'affection dont il a besoin. Il en résulte pour ce dernier une sorte de tension dans la relation avec les autres membres de la famille ; il peut également développer un comportement anormal comme la violence, le repli sur soi et l'énurésie.

On impute parfois certaines perturbations psychologiques chez l'enfant aux conséquences sur son psychisme du rapprochement des grossesses. Le nombre élevé d'enfants implique également une moindre attention pour ces derniers, particulièrement en ce qui concerne leur éducation, leur instruction et leur formation. Selon Duprach, il est clairement démontré par des études menées sur un grand nombre d'enfants en Ecosse, aux Etats-Unis et en Angleterre, que l'échec scolaire, notamment aux examens est étroitement lié au grand nombre d'enfants dans la famille(Yamout, op. cit., p. 55).

3. L'équilibre alimentaire

Parmi les sujets les plus importants qu'il convient de considérer avec une grande attention lors de l'élaboration de programmes éducatifs pour adultes, particulièrement pour les femmes, on peut citer l'équilibre alimentaire et le mode de préparation d'une alimentation saine et équilibrée. En effet, la connaissance de la complémentarité existant entre différentes sortes d'aliments permet de préparer des repas qui répondent aux conditions d'une alimentation complète. L'ignorance en la matière conduit le plus souvent à une alimentation invariable : ou bien la femme néglige certains aliments malgré leur teneur nutritive importante, au mépris des principes d'une alimentation saine et équilibrée, ou bien elle consomme avec excès des produits trop riches par rapport aux besoins de l’organisme.

Pour son développement et son entretien quotidien, notre organisme a besoin de vitamines, de sels minéraux, de protéines et de calories. Tous ces éléments existent mais sont dispersés dans divers aliments, (légumes, fruits, viandes, œufs, poissons, riz, …). Par conséquent, il est indispensable que celui qui est chargé de préparer  les repas connaisse ces éléments et en tienne compte afin qu’ils soient tous présents dans les repas. Qu’il  s’agisse du fœtus encore dans le ventre de sa mère, de la femme enceinte ou qui allaite ou tout autre individu quel que soit son âge et son stade de  développement, il convient de toujours présenter une alimentation saine et équilibrée.

4.Lutte contre la pollution et la protection de l’environnement

Parmi les manifestations du sous-développement dont souffre un grand nombre de pays du Tiers-monde, on peut citer le manque d’intérêt pour la lutte contre la pollution et la protection de l’environnement. Or, les dangers qui pèsent sur l’environnement et menacent la vie, demandent une très grande mobilisation et une campagne de sensibilisation auprès des citoyens. Les femmes qui constituent la moitié de la société et assurent l’essentiel de l’éducation sociale surtout pour les enfants, jouent un rôle de premier plan dans la transmission des valeurs et des principes à leurs progénitures. Par conséquent, elles se doivent de connaître l’importance de la lutte contre la pollution et de la protection de la  nature. L’exemple de la dégradation effrayante de la couche d’ozone qui menace  aujourd’hui la vie de l’homme est sans doute là  pour nous rappeler les dégâts que la pollution peut causer à l’environnement.

On peut également citer les exemples de la désertification qui menace aujourd’hui un grand nombre de pays, particulièrement ceux en bordure du Sahara, de la famine et de la malnutrition, qui sévissent de plus en plus dans beaucoup de régions. Si les facteurs naturels sont parfois responsables de ces phénomènes, la destruction de l’environnement, l’absence d’intérêt pour celui-ci ou l’ignorance de son importance, sont autant de facteurs qui contribuent largement au déclenchement de ces catastrophes. De même, les constructions insalubres, l’incinération incontrôlée des déchets, l’absence d’intérêt pour le renouvellement de la couverture végétale – particulièrement dans les campagnes – affectent à leur tour les composantes de l'environnement et donnent lieu à des effets néfastes tant pour l'homme que pour l'environnement. Par conséquent, l'ignorance par la femme de la nécessité de lutter contre la pollution que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de son foyer, son ignorance de l'importance de la protection de la nature et sa méconnaissance des voies et moyens et de son renouvellement, tout cela conduit à la détérioration de la vie des individus en général.

«La femme occupe une place qui lui permet de jouer les premiers rôles dans la protection de l'environnement, la prévention de sa dégradation et la gestion des ressources naturelles ; elle est donc à même de participer à la mise en place d'une base solide pour un développement durable :

- En sa qualité de mère et parfois de chef de famille, la femme connaît parfaitement les besoins de sa famille. Peu à peu elle prend conscience de la nécessité de limiter les naissances pour soulager l'environnement d’un poids démographique écrasant.

- En sa qualité de gestionnaire des affaires domestiques, elle est appelée à améliorer la gestion de son foyer, à utiliser de manière rationnelle et judicieuse les ressources naturelles de son environnement comme l'eau, le bois, le charbon, le gaz,  et à diminuer les déchets polluants vecteurs de maladies.

- Enfin, en sa qualité d'éducatrice, elle constitue un facteur clé dans la transmission aux enfants et aux proches des principes en faveur de la protection de l'environnement(. Ministère de l’emploi et des Affaires Sociales, Direction des Affaires Sociales, étude sur l’élaboration d’un plan de travail pour l’amélioration de la condition de la femme au Maroc, IDISSA, Maroc 1995, p. 70)».

5. La propreté

Il est impératif que la femme sache que la propreté est une des conditions essentielles pour vivre dans le respect et la dignité. Le respect des principes de l’hygiène et de la propreté garantit la bonne santé. Il est donc indispensable que la mère se préoccupe de la propreté de ses enfants en les lavant, en nettoyant leurs vêtements, la maison et les aliments. La lutte contre les sources de souillure et de contamination contribuent énormément et efficacement à la lutte contre les maladies mortelles et contre la détérioration de la santé.

Ainsi, négliger le rôle de la propreté dans le développement d'un corps et d'un esprit sains est considéré comme une des manifestations du sous- développement.

Au demeurant, l'Islam exhorte le croyant à la propreté ; les conditions préalables à la prière qu'il a préconisées – les ablutions – en sont un parfait exemple. De même, il prône la propreté des lieux et prêche d'autres vertus dont on peut tirer une sagesse et une morale édifiantes. L’importance de la propreté est telle en Islam que le Prophète (PSL) la rattache à la foi dans un de ses nobles Hadiths où il dit:

«La propreté est une des conditions de la foi».

6. La santé de la mère et de l’enfant : La vaccination

La santé de la mère avant et pendant la grossesse exige une série d'examens médicaux et de vaccins. Ces mesures sont également indispensables à l'enfant afin qu'il échappe à une kyrielle de maladies mortelles et contagieuses comme la tuberculose, le tétanos, la coqueluche et la poliomyélite. La plupart du temps, le manque de vaccination des enfants à des intervalles réguliers, conduit à un grand nombre de décès dans les pays du Tiers-Monde, particulièrement dans les campagnes et les quartiers pauvres et marginalisés, où les femmes sont les moins instruites et les moins informées du rôle et de l'importance de la vaccination. De même, les femmes qui ne sont pas suivies médicalement durant les grossesses sont dangereusement exposées à la mort, elles et leurs enfants.

Dès lors, il convient de faire comprendre clairement aux femmes le rôle important de la vaccination pour la vie de leurs enfants. Ce travail pourra se faire par des séances de sensibilisation ciblées avec pour résultat d'éviter aux enfants de contracter des maladies mortelles ou contagieuses.

7. Les maladies sexuellement transmissibles

Parmi les vertus de la religion islamique, on peut citer l'interdiction des rapports sexuels hors mariage, dans le but d'éviter un ensemble de maladies dites sexuellement transmissibles, dont certaines causent des malformations chez l'enfant, d'autres conduisent à la stérilité ou à une mort certaine.

Afin que les femmes connaissent les dangers qu'impliquent ces maladies et qu'elles attirent l'attention de leurs enfants sur leurs conséquences néfastes, il est impérieux qu'elles soient informées des différents risques qu'elles comportent, de leur mode de transmission et des mesures préventives à prendre afin de les éviter.

De graves maladies comme la syphilis, le Sida et autres maladies contagieuses sont encore très largement répandues, particulièrement dans les milieux pauvres et cela malgré les campagnes de sensibilisation menées dans la plupart des pays. Par conséquent, des programmes éducatifs s'imposent sur le thème de la prévention de ces maladies.

8. La gestion du ménage

La plupart du temps, la gestion du ménage est confiée à la femme. Cette tâche noble n'est pas facile compte tenu du savoir-faire et de la compétence qu'elle requiert d'une part, et de la nécessité de savoir lire, écrire et compter d'autre part. Plus la femme maîtrise les conditions nécessaires à cette gestion, plus une certaine forme de confiance, de sérénité, de bonheur règne dans son foyer. Aujourd'hui, la gestion économique du ménage doit nécessairement se baser sur la répartition rationnelle des dépenses, leur bonne gestion et les prévisions afin que les dépenses pour l'achat de nourriture, de vêtements et de médicaments n'excèdent pas les disponibilités financières du ménage. De même, l'apprentissage de l'épargne contribue à surmonter certaines difficultés qui peuvent surgir et exiger une somme importante d'argent.

Rappelons que nous pouvons également inclure dans ce volet le mode de préparation, de cuisson et de présentation des repas, la méthode de gestion des affaires domestiques et leur organisation etc. autant de choses qui contribuent au bien-être de la famille.

9. La femme, un élément productif

La femme a été depuis toujours et particulièrement dans les campagnes, un élément productif. Outre ses obligations domestiques et l'éducation de ses enfants, elle a toujours aidé l'homme dans les travaux hors du foyer. Les femmes dans les campagnes consacrent la majeure partie de leur temps à ramasser du bois, à garder les bêtes et à effectuer les différents travaux agricoles dans les champs. Mais ces travaux sont encore aujourd'hui assurés avec des moyens traditionnels rudimentaires qui affectent négativement la rentabilité de la femme et son image aux yeux de la société et de l'homme. Ce problème a conduit les participants à une conférence sur le développement de la femme en milieu rural dans le monde arabe à faire les recommandations suivantes :

- Former la femme rurale à l’utilisation et à l’entretien des machines agricoles et à l’emploi des techniques modernes dans les domaines de l'agriculture, de l'élevage, de la préparation des aliments et de l'éducation saine des enfants ;

- Doter la femme rurale des aptitudes lui permettant de réaliser elle-même des projets économiques pouvant lui apporter un revenu supplémentaire.

En termes clairs, la femme manque encore cruellement de l’éducation et de la formation requises pour s'adapter aux moyens modernes de production économique. Rien d'autre ne lui garantira la participation efficace au développement, surtout à un moment où s’accélère l'évolution culturelle et technologique. La non maîtrise de cette évolution et l'impossibilité de l'accompagner impliquent le manque de compétitivité et donc la réduction puis la chute de la production.

A cet égard, Fakhr Eddine El Kella écrit : «des études nombreuses sur l'influence de la formation sur le développement ont démontré que celle-ci joue un rôle capital dans l'évolution et la prospérité des sociétés. Elles ont également conclu à l’existence d’un lien étroit et profond entre l'enseignement et le développement global et qu'en l'absence de programmes éducatifs sérieux pour les adultes, les sociétés manqueront cruellement de compétences. La relation entre la formation et le développement est une relation d'offre et de demande. La formation des adultes est de ce fait considérée comme un préalable à la construction économique et au développement. De même, elle constitue un socle pour le développement social, politique et culturel, mais en même temps cette formation reste tributaire, tant quantitativement que qualitativement, du niveau de développement et des facteurs qui l'influencent ainsi que des possibilités qu'il offre à tous(Fakhr Eddine El Kella, l’enseignement pour adultes, Editions Khalid Ibn Al-Walid, Damas, 1982, p. 53)».

10. Le mariage précoce

On remarque dans certains pays du Tiers-Monde, particulièrement dans les campagnes, que le mariage précoce est très répandu surtout chez les femmes. Le mariage est parfois conclu alors que les fillettes n'ont pas encore atteint l'âge de la puberté. Dans la plupart des cas, la grossesse survient alors que la jeune mariée n'a pas encore atteint sa pleine croissance. Elle se trouve ainsi obligée d’assumer la responsabilité conjugale et celle de l'éducation des enfants, alors qu'elle n'a pas encore atteint la maturité biologique et psychologique requise. En cas de grossesse, cette immaturité peut entraîner un arrêt définitif de la croissance du foetus et compromettre la santé de la mère et celle de son enfant.

Rappelons que les femmes acceptent ces mariages précoces sans connaître au préalable les dangers qui peuvent en résulter. On lit à ce sujet dans un document de l'UNICEF  : «La grossesse précoce – avant 18 ans – ou tardive -après 35 ans - augmente les risques pour la santé aussi bien la mère que de l'enfant … Pour des raisons purement sanitaires, il est conseillé d'éviter les grossesses avant l'âge de 18 ans, car, avant cet âge, la femme n'est pas encore préparée physiquement. L'expérience a démontré que les enfants nés de mère très jeune, c'est- à-dire ayant moins de 18 ans, sont en général chétifs et exposés à la mort durant leur première année. Il est donc primordial d'attendre l'âge de maturité pour marier les filles(«Les réalités de la vie», version internationale, UNESCO, OMS, UNICEF)».

11. Les dangers des mariages consanguins

Parmi les dangers dont il faut sensibiliser les femmes, il y a ceux inhérents aux mariages consanguins. Dans beaucoup de sociétés et particulièrement dans celles où les liens entre les familles et les proches sont étroits, comme c’est le cas dans les sociétés arabo-musulmanes, on constate un grand nombre de mariages entre membres d'une même famille. Ces mariages sont conclus sans que les familles se soucient le moins du monde des dangers pouvant en découler dans certains cas comme les malformations et les maladies dues à l'association des tares génétiques présentes chez les deux parents.

«Dans certaines familles on constate des maladies spécifiques. On trouve par exemple des familles où sévit le diabète, chez d'autres, on constate des décès prématurés ou encore une prédisposition aux cancers, à la cécité, à la surdité ou au mutisme. Chez d'autres familles enfin, on observe la multiplication du nombre d'avortements. Il s'agit de maladies et de défauts que les spécialistes expliquent par l'association des maladies héréditaires du père avec leur équivalent chez la mère. Cette association est d'autant plus fréquente que le lien de parenté est étroit entre les deux  époux(Revue «Ta santé aujourd’hui», n° 5, janvier -mars, 1998, p. 8)».

12. Les principes religieux et les valeurs morales et civiques

Il existe un autre aspect éducatif non moins important mais souvent négligé lors de l'élaboration des programmes éducatifs pour les femmes dans la plupart des sociétés. Il s'agit de la prise en considération du fait que les femmes sont des citoyennes à part entière jouissant de droits et assumant des obligations, ce qui les rend aptes à participer à l’effort de développement et à profiter des ses fruits. Dans une étude sur «la femme en Islam et sa place dans la société islamique», Dr. Abdulaziz Ibn Othman Altawaijri écrit : «la femme a droit à vivre dans le respect et la dignité ; elle a également droit à l'instruction, à l'éducation, à la propriété, à disposer de ses biens, au mariage, à l'entretien de ses enfants, à l'héritage, au travail et au respect. Il n'existe pas de vie monacale en l'Islam ni de rupture avec la vie sociale, ni de distinction entre le père et la mère dans le respect et la vénération qui leur sont dus(Dr Abdelaziz Othman Altwaijri: «La femme dans l’Islam et sa place dans la société musulmane», Publication de l’ISESCO, Edition el Maarif El Jadida, Rabat 1993, p. 109».

Dans le même ordre des idées, le Dr. Abdellah Abd Eddaïm affirme que le concept de formation pour les adultes a pris un sens large du point de vue du contenu, des sujets et des objectifs pour englober également «l'éveil de la conscience politique, le raffermissement de l'esprit démocratique, des principes des droits de l'homme et du développement, de l’esprit civique et patriotique(UNESCO, l’analphabétisme dans le monde arabe : la situation actuelle et les défis du futur, Bureau régional de l’UNSECO pour l’éducation dans les pays arabes, L’expérience Irakienne, Oman, Jordanie, 1991, p. 60)».

On trouve des aspects de ces principes traduits par exemple dans le plan d’alphabétisation des femmes au  Qatar. Parmi les objectifs de ce projet on peut citer :

- l'amélioration des compétences professionnelles, des méthodes de travail et de la productivité ;

- la promotion de l’esprit civique et citoyen et de la participation effective au progrès social et l’éveil de la conscience générale, nationale et  panarabe ;

- le développement de la conscience religieuse et sociale et la mise en exergue de la volonté de donner aux enfants une éducation exemplaire (Abdellah Abd Eddaïm, l’enseignement pour les adultes et les valeurs humaines sous le  nouvel ordre économique mondial, revue, «l’enseignement à l’usage des adultes»).

Le plan irakien de l’enseignement pour adultes comporte, entre autres objectifs :

- la maîtrise par le citoyen de la lecture, de l'écriture et du calcul;

- cette maîtrise doit lui servir à développer son savoir-faire professionnel;

- elle doit également servir à améliorer sa vie culturelle, sociale et économique;

- l'aptitude pour le citoyen à remplir ses obligations générales d'une part et à exercer ses droits de citoyen d'autre part;

- le renforcement chez le citoyen de la confiance en soi et en ses capacités et le raffermissement en lui du sens du nationalisme et du patriotisme, du socialisme et de l'humanisme, au travail et dans la vie de tous les jours(Dr Abdelghani El Nouri et Youssouf Abderrahman El Malla, La réalité de l’analphabétisme chez les femmes au Qatar et les tentatives les plus importantes en vue de son éradication. Revue «l’enseignement aux adultes», n° 5).

Le plan retenu par les Emirats Arabes-Unis pour venir à bout de l’analphabétisme et offrir une formation aux adultes est conforme au concept élargi tel qu'il a été défini par le Dr. Abdallah Abdou Eddaïm. Entre autres objectifs ce plan se propose :

- d'amener le citoyen à connaître la réalité de son environnement, de sa société, de se faire une idée de la vie à l'intérieur de cet environnement et de remplir le rôle positif qui lui incombe au service de la société ;

- respecter  sa religion islamique, (dans ses dogmes comme dans ses lois), connaître ses nobles principes et la pratiquer dans sa vie sur des bases saines et justes ;

- acquérir les principes des différents métiers, les respecter et prendre conscience de l'importance de leur maîtrise et de leur application ;

- acquérir un degré de savoir scientifique pour se connaître soi-même, connaître sa famille, son environnement, sa patrie et son rapport au monde ;

- développer l'esprit civique et travailler en vue de participer pleinement et efficacement aux projets nationaux.

Au Maroc, un projet éducatif destiné aux femmes a été mis au point récemment. Il vise à donner aux filles et aux femmes enceintes une éducation sanitaire, plus particulièrement en matière de santé procréative. Ce programme, élaboré sous l'égide du Fonds des Nations Unies pour la Population, comporte dans son plan éducatif la sensibilisation aux droits de la femme, la production, le travail, la participation à la vie démocratique etc(Lahcen Madi, El Farabi Abdellatif, intégration des concepts relatifs à la procréation dans les programmes de lutte contre l’analphabétisme, Ministère de l’emploi et des affaires sociales- Direction de la lutte contre l’ignorance, Rabat, 1998).

Conclusion

A la lumière de ce qui précède, il apparaît que les besoins des femmes en matière d'éducation sont aussi multiples que variés. L’exposé que nous avons fait des différents aspects du problème n’a nullement l’intention d’être exhaustif. En effet, nous nous sommes contenté de mettre le doigt sur les faits les plus étroitement liés aux préoccupations des femmes et qui sont susceptibles de faire d'elles un acteur actif dans le développement global de la société, aux côtés de l'homme, leur partenaire naturel dans la vie.

A cet égard nous souscrivons pleinement à ce que dit Amadou Maktar M'bow (ancien Directeur Général de l'UNESCO) sur «la nécessité de mobiliser toutes les forces de la société pour une vie meilleure». Car il est clair qu'un développement réel quel qu'il soit, dit M'Bow «ne peut être que le fruit d'efforts fournis de l'intérieur et pour lesquels toutes les forces vives de la nation se mobilisent et se solidarisent. Le développement global doit s'intéresser à tous les aspects de la vie, mobiliser toutes les forces vives de la société où chaque individu, chaque corps de métier, chaque catégorie sociale doit participer à l'effort commun et recueillir sa part du fruit du travail de tous(Amadou Maktar M’Bow : «Les sources de l’avenir», UNESCO, Paris, 1982, p. 96)».

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