|

Chapitre V
Les arts islamiques comme expression
des
valeurs de l’histoire et de la civilisation
islamiques
A- Les
arts islamiques revêtent-ils une connotation religieuse ?
A/1-
L’art islamique, qu’il soit architectural ou figuratif, ne
s’est jamais fondé sur des bases religieuses, en ce sens
qu’il n’a jamais été un outil "concret" utilisé dans
l’éducation religieuse. Il exprimait, au contraire, une
action spontanée. Les artistes représentaient les événements
religieux cités dans le Saint Coran, des hagiographies ou
dans des livres d’histoire, pour obéir au pouvoir ou
satisfaire leur propre besoin. L’objectif n’était donc
nullement religieux. Les dessins n’avaient pas pour
objectifs d’honorer ou de magnifier une personne, comme ce
fut le cas dans l’art chrétien. Cette sacralisation de
l’expression artistique a atteint son point culminant avec
les Byzantins qui en sont venus à adorer les icônes. Ce
culte ne cessera qu’avec les guerres iconoclastes qui eurent
lieu à Constantinople. Déjà avant le christianisme, les
anciennes civilisations notamment égyptienne,
mésopotamienne, grecque et romaine utilisaient des images et
des icônes pour exprimer la foi.
A/2-
Cependant, l’abondance d’images dans les arts islamiques,
dont certaines figurent encore sur les murs des palais ou
dans des manuscrits sous forme de miniatures, soulève la
question suivante : "Jusqu’à quel point les arts ont-ils
servi les valeurs, l’histoire et la civilisation musulmane,
même si l’islam s’est basé, dans ses tous débuts, sur
l’incitation à l’austérité dans les habits et dans les arts,
notamment l’architecture ? L’aspect civilisationnel véhiculé
par ces œuvres créatives nous induit à reconnaître que les
arts islamiques ont constitué un moyen efficace pour la
promotion de la culture tant spirituelle que sociale et
historique. A l’échelle planétaire, ces arts ont servi à
faire connaître la mission civilisationnelle qui incombe à
la religion, accomplie grâce à une approche basée sur le
syncrétisme des cultures et le brassage des peuples ayant
adhéré à l’Islam.
B-
L’architecture au service des valeurs humaines
B/1-
L’architecture islamique était le moyen idoine pour exprimer
les valeurs islamiques. La Kaabah (la Mecque) était le
premier élément architectural ayant servi la pensée
monothéiste "En vérité, le premier temple qui ait été fondé
à l’intention des Hommes est bien celui de la Mecque, qui
est à la fois une bénédiction et une bonne direction pour
l’Univers" (Al- Imrane, 96).
Cette
simple bâtisse était le lieu d’affluence des tribus arabes
durant la période anté-islamique depuis Abraham, “Et quand
Abraham et Ismaël élevaient les assises de la Maison “ (Al-Baqara,
127), devient désormais une direction pour les musulmans des
quatre coins du monde pour accomplir le pèlerinage ou la
omra, et la "Kibla" pour faire la prière sur ordre divin.
"Les insensés parmi les Hommes ne tarderont pas à dire :
"Qui les a donc détournés de la direction vers laquelle ils
s’orientaient pour la prière ? "Dis leur : Orient et
Occident appartiennent également à Dieu qui dirige qui Il
veut vers le droit chemin" (Al-Baqara, 142).
B/2- La
Kaabah n’était qu’un édifice rectangulaire simple qui
symbolise les quatre coins. Le premier contient la première
pierre posée par Ismail, fils d’Abraham, ancêtre des Arabes.
Cette ancienne construction de la Mecque a pu accomplir une
noble mission en réunissant plus de 2 millions de musulmans
en période de pèlerinage, témoignant ainsi de la place de
choix qu’occupe cet édifice dans les cœurs des musulmans et
le rôle qu’il joue au service des valeurs humaines.
"Rappelles-toi que lorsque Nous avons installé Abraham sur
l’emplacement du temple, Nous lui dîmes : "Ne Me donne aucun
associé! Veille à conserver Mon temple en état de pureté
pour ceux qui viennent y accomplir les tours rituels ou y
faire leur dévotions, debout, agenouillés ou prosternés" (Al-Hadj,
26).
B/3-
Après avoir fait l’objet d’élargissement et d’aménagement,
ce sanctuaire sacré qui réunit plusieurs millions de
croyants venus des quatre coins du monde pour invoquer le
Tout Puissant, est devenu un monument architectural, honoré
par Dieu et révéré par les musulmans à travers les âges, et
symbole de l’unité musulmane, "Puisqu’ils se délient de
leurs interdits, accomplissent leurs vœux et effectuent
autour du temple antique les circuits rituels" (Al-Hadj,
29). "Libre à vous d’en tirer profit jusqu’au terme fixé
puis leur immolation aura lieu auprès du temple antique",
(même sourate, 33).
B/4- La
première mosquée de Médine qui a été fondée par le prophète
et ses premiers compagnons, a constitué le premier lieu pour
l’appel à l’Islam (la Daawa islamique). Elle représentait,
outre un lieu de prière, une tribune pour le prophète qui
lui permettait d’organiser la prédication et la gouvernance.
L’architecture de la mosquée faisait montre de la foi en
Dieu. "Seuls ont droit de fréquenter les mosquées de Dieu
ceux qui croient en Dieu et au jugement dernier" (Attawba,
18). C’est donc un témoignage de foi "Ne fréquente jamais
une telle mosquée! Car il en est une autre qui a été fondée
dès le premier jour, sur la crainte révérencielle du
Seigneur et qui est plus digne de ta présence. On y trouve
des Hommes qui aiment se purifier, et Dieu aime ceux qui
sont propres." (Même sourate, 108).
B/5- Les
mosquées étaient "les maisons de Dieu", lieux de prière et
de pratique des devoirs religieux. "Dans des temples que
Dieu a permis d’élever afin que son Nom y soit invoqué et où
le glorifient matin et soir des Hommes qu’aucun négoce ou
transaction ne détourne de la joie d’exalter le Seigneur, de
le prier ou de faire l’aumône, car ces Hommes redoutent un
jour où les cœurs seront bouleversés et les regards
annihilés d’épouvante". (Annour, 36-37).
B/6- La
mosquée n’était pas uniquement un lieu de prière mais
également un lieu de savoir et d'exercice de la justice et
de la politique, où l’Imam peut exprimer, au nom des
musulmans, ses sentiments de loyalisme au calife ou dénoncer
certaines déviances politiques ou administratives. La
mosquée était également un lieu qui renforçait les liens
entres les musulmans, unifiait leurs rangs et contribuait à
l’établissement de la paix et de la solidarité.
B/7- Eu
égard à l’importance des fonctions spirituelles et
séculaires que remplit la mosquée, il a fallu accorder plus
d’intérêt à l'aspect architectural de ce lieu sacré. Cet
intérêt s’est manifesté dans les minarets qui dominaient les
villes et référaient au pouvoir de la religion et de Dieu.
Le minaret, une tour marquée par sa hauteur, incarnait
l’aspiration du croyant à être plus proche du Très-Haut.
Elle symbolise aussi le rayonnement de l’islam par la portée
de sa perspective, alors que le croissant et les globes
surmontant la tour, représentent l’univers.
B/8-
Quant aux dômes (Koubba), elles référaient au ciel qui
protégeait les croyants. Les architectes musulmans ont
excellé dans ce domaine en exprimant la fonctionnalité de la
tour à travers les diverses formes qu’ils lui ont imprimées,
tantôt arrondies, tantôt elliptiques. Les petites fenêtres
qui se touvaient en bas des dômes rehaussaient le caractère
sacré de la mosquée. Le Mirhab, quant à lui, représentait la
kibla (indiquant la direction de la Mecque) qui permettait
aux musulmans des différents coins du monde de faire leurs
prières et d’invoquer Dieu.
L’architecte et le décorateur accordaient un intérêt
particulier à la construction des minarets et des "mihrab",
en hommage aux croyants et à la mission religieuse remplie
par ces ouvrages d’architecture.
C- La
ville au service des valeurs islamiques
C/1-
L’architecture a servi énormément la société islamique et
rempli une mission aussi bien spirituelle que matérielle.
Les objectifs religieux s’étaient manifestés à travers
l’édification de la mosquée "Al Jamii" au centre de la
ville, et d’autres établissements qui servaient la culture
religieuse, tels les écoles coraniques et "Dar Al Hadith".
Ces monuments rassemblaient, quotidiennement et même les
jours des fêtes, l'ensemble des musulmans, d’où le souci des
architectes de faire de ces établissements un point de
convergence qui réunit les différents habitants de la ville.
Routes et chaussées conduisent vers ce centre, lesquelles
sont entrecoupées par des chemins pour former un réseau
annulaire entourant le centre.
C/2- Sur
le plan civique, les cabinets de justice, les hôpitaux, les
écoles, les souks étaient également fondés au centre de la
ville. Il y avait aussi des établissements de cure, comme
les sanatoriums et les écoles attenantes. A cela s’ajoutent
les souks qui s’ouvraient sur les librairies, les épiciers
herboristes et parfumeurs, les vendeurs de tissus, de
vêtements et produits alimentaires. La tour, aménagée non
loin des remparts, est entourée des marchés de chevaux, de
fourrage et de peaux. Les ruelles qui sillonnaient la cité
permettaient aux habitants d’emprunter des directions
différentes vers la mosquée, le souk ou leur lieu de
travail. "Dis leur : Agissez, Dieu verra vos actions, ainsi
que Son prophète et les croyants”(Attawba, 105) ; mais dans
le cadre des limites qu’impose l’obligation religieuse :
“Des Hommes qu’aucun négoce ou transaction ne détourne de la
joie d’exalter le Seigneur, de le prier, ou de faire
l’aumône, car ces Hommes redoutent un jour où les cœurs
seront bouleversés et les regards annihilés d’épouvante". (Sourat
Annour, 37), "Dans l’espoir que Dieu les récompensera pour
le meilleur de ce qu’ils auront accompli et leur accordera
un surcroît de Sa grâce, car Dieu dispense Ses bienfaits à
qui Il veut sans compter" (Même sourate 38).
C/3-
L’urbanisation, par ailleurs, s’est basée sur les principes
de paix et de sécurité, en ce sens que les portes et les
murailles des cités étaient grandes et solides. De même, les
architectes musulmans étaient soucieux de répartir les
quartiers dans le respect de toutes les ethnies en vue
d’instaurer une société unifiée et solidaire. “Nous vous
avons constitués en peuples et en tribus pour que vous vous
connaissiez, et ce, dans le but de réaliser une unité
sociale cohérente et solidaire, qu’aucune discorde ou
sensibilité ne peut rompre."
D- Le
foyer, creuset des valeurs islamiques
D/1- Le
foyer est un havre de paix pour son propriétaire qui le
mérite en récompense de ses actions spirituelles et des
efforts déployés tout au long de la journée. "Dieu a fait de
vos maisons un lieu de repos, et des habitations faites des
peaux de vos bêtes, Il vous procure aussi des demeures dont
vous appréciez la légèreté lors de vos déplacements et lors
de vos campements. (Sourate Annahl, 80). La maison est
destinée à assurer la tranquilité et la sérénité à ses
habitants, tandis qu’ils sont en communion constante avec le
ciel qui domine l’ensemble de la maison par le biais du
patio ouvert au ciel, au soleil et à l’air pur.
D/2- Le
musulman a été éduqué suivant des valeurs dictées par
l’Islam et consacrées par la tradition, parmi lesquelles le
respect des droits de l’autre à la paix, la protection de la
communauté et de son éthique et l’instauration des rapports
du bon voisinage. Dans cette optique, les architectes
musulmans veillaient à ce que les murs, les étages et les
portes soient élevés pour préserver la discrétion des
habitants, les voies séparant les maisons soient élargies,
mais sans pour autant négliger les aspects à même de
renforcer les liens sociaux. L’architecte a fixé des
conditions pour les dimensions des réservations afférentes
aux portes et aux fenêtres extérieures et a exploité tous
les espaces intérieurs afin d’assurer la quiétude des
habitants, la dissimulation des femmes aux yeux indiscrets,
la sécurité, le confort et le culte. Il a, en outre, veillé
à instaurer un climat propice au renforcement des relations
sociales entre les habitants, à la coopération entre les
hommes dans une perspective de droiture et de probité, et la
coopération entre les femmes afin qu’elles s’entraident dans
la gestion de leurs demeures et l’éducation de leurs
enfants.
D/3-
L’architecture interne, notamment la décoration, était
marquée par des versets gravés minutieusement et dans une
belle calligraphie sur les murs pour exprimer la foi et
l’attachement à Dieu. Cette ornamentation, qu’elle soit sur
la pierre, le bois, le plâtre ou la céramique, est restée
abstraite, loin de toute représentation figurative. Le
dessin végétal était une forme d’exaltation de l’unicité du
Seigneur et l’expression de foi et d’adoration.
E- Le
rôle spirituel des arts plastiques
E/1- Les
arts plastiques, notamment la peinture et la sculpture
étaient très présents dans les premiers édifices dont les
palais de “Hir”, “Mafjar”, “Qusayr Amra” et dans les palais
abbassides comme Jawsaq à Samarra. L’objectif de ces dessins
étaient double : ils remplissaient un rôle décoratif
exprimant le bonheur, la joie et la distraction, aspect
commun aux arts plastiques, mais aussi spirituel et
scientifique à travers les dessins que l’on voit sur les
murs, dans les manuscrits, les instruments divers ou qui
portent sur le Jihad, l’importance des sciences ou sur des
questions politiques. Ces dessins représentaient aussi des
scènes de rituels du pèlerinage, des grandes victoires
islamiques et des premières guerres menées par le prophète
en faveur de la nouvelle religion. A cela s’ajoutent les
scènes représentant les guerres menées par les Sultans en
Perse et en Turquie pour conquérir de nouveaux territoires
et protéger les frontières. Les hauts faits des rois étaient
un thème privilégié pour les artistes qui l’ont abondamment
traité.
E/2- Les
manuscrits traitant de certaines sciences étaient illustrés
de dessins en couleur, les plus anciens portant des
explications aux ouvrages scientifiques traduits en arabes,
principalement en matière de médecine et en botanique. Cette
technique était également adoptée pour orner et expliquer
les livres de poésie et dans certaines "makamat" (Al-
Hariri), ou pour raconter les périples des voyages.
Le livre
de Galien (vers 131-201) sur la médecine, dont une copie se
trouve à Paris et une autre à Vienne, comporte des
illustrations sur la préparation des médicaments et sur la
botanique, ainsi que de dessins d’agriculteurs.
Quant à
l’ouvrage "Al Aghani" de Al Asfahani (mort en 1217), il
représentait des aspects de la vie sociale. Deux parmi les
six copies qui restent de ce livre se trouvent au Caire et à
Istanbul. Dans une copie du traité de Dioscoride conservée à
Istanbul, on trouve des images présentant des costumes et
des scènes de la vie sociale de même que des boutiques
d’apothicaires et différents types de plantes. Le manuscrit
de "Kalila wa Dimna" (datant de 1222), qui se trouve à
Paris, est illustré de 92 dessins représentant des animaux,
dialoguant par la bouche de Bidpaï, le philosophe.
Regroupé
en 100 pages, la copie du livre "Makamat al Hariri" qui se
trouve à Paris, a illustré clairement les habitudes
sociales, l’architecture et le costume islamique (26).
Le règne
des Moghols a été marqué, quant à lui, par un foisonnement
de manuscrits illustrés dont ceux de Ibn Bakhtichouaa (mort
en 1294) illlustrant l’utilité des animaux ainsi que ceux d’Al-Biruni
sur l’"Histoire des ancienes peuples" dans lequel il
retrace historiquement le développement de l’être humain
(mort en 1307) et de Rachid Dine (mort en 1306), “Jamaa
al-Tawarikh” dans lequel on trouve des textes puisés
d’ouvrages religieux.
Citons
également à cet égard le célèbre chef-d’oeuvre de Firdawsi
(mort en 1010), “Shah Nameh” (livre des rois), où l’on
trouve des scènes décrites dans un style comique par moment.
Il existe d’ailleurs plusieurs copies de cet ouvrage. A
Bagdad, paraît un livre intitulé "Ghaib al Ilm" (1389). En
Egypte et en Syrie, le livre "Mécanismes du mouvement" (aliyat
al haraka) du savant Jazari comportait des dessins
scientifiques et didactiques sur la mécanique.
F-
Illustrations des prophètes et de la biographie du Prophète
(que la paix et le salut soient sur lui)
F/1- Nous
nous devons de marquer un temps d’arrêt devant les
illustrations figurant dans "Miaraj Nameh" qui représente la
vie du prophète Mohammad, que la paix et le salut soient sur
lui. Le portrait qui a été fait du prophète a suscité une
vive polémique. Mais les plus modérés considéraient que la
représentation du prophète avait un objectif didactique et
"révérenciel". Tarwat Oukacha(27) disait, à ce propos :
"Ceux qui se sont permis de faire une description orale du
prophète se sont abstenus de faire un portrait illustratif
et à mon sens, les deux approches sont les mêmes".
F/2- Le
portrait du prophète a été fait dans les livres de tradition
du prophète (Al-Athar). Il était décrit comme "ayant des
cils longs, une peau blanche et n’ayant pas un visage rond".
Mais la
description des portraitistes était-elle fidèle à la réalité
? Fidèle aux portraits des prophètes, compagnons et hommes
qui ont marqué l’histoire ? Leur vision, était, en fait,
différente : ils furent soucieux de faire apparaître le
visage du prophète éblouissant du rayonnement divin, qui
engendre la ferveur dans le coeur du lecteur. C’est ainsi
que ce dernier observera, dans la barbe du Prophète, une
aménité et une douceur qui forcent la vénération, et dans
les traits de son visage, une irradiation qui pénètre
l’âme(28). Or, la description fut, selon les critères de
l’esthétique, plutôt "simpliste".
F/3-
L’objectif fut de servir la culture religieuse (la mission
du prophète, son émigration vers Médine (al hijra) et les
guerres saintes). Effectivement, l’islam encourage un tel
objectif éducatif. Dieu a fait apprendre aux Hommes la
lecture et l’éloquence (al bayane) et leur a appris les noms
du Créateur : “Il a créé l’homme. Il lui a appris à
s’exprimer clairement” (Arrahman, 3-4). Al-Bayane était la
première des particularités de l’homme. Or, il fut aussi à
la fois écrit, oral, iconographique et symbolique.
Ainsi,
l’art islamique a pu servir la religion et l’histoire et
honorer des personnalités en illustrant leurs vertus et
leurs caractères, sans tomber dans le piège de
l’anthropomorphisme ou de l’imitation de Dieu.
F/4- Vers
la fin de l’ère mogole, le chah Rakh, fils de Tamerlan a
ordonné de publier le célèbre ouvrage intitulé "Miaraj Nameh"
(en 1436), illustrant la biographie du prophète Mohammad et
dont une copie se trouve à Paris. Quoi qu’on dise de ce
manuscrit et de ses illustrations qui vont à l’encontre du
principe de non-représentation, notamment du prophète, il
n’en demeure pas moins que ce livre didactique constitue un
guide clair et exhaustif de la biographie du prophète".
F/5-
Cette ère fut également marquée par l’apparition de recueils
de poèmes illustrés de miniatures, tels "Les cinq poèmes" de
Nidami, "Al Boustane" de Saadi et “l’histoire de Youssef et
Zoulikha”. Les œuvres du grand peintre, Behazad (mort en
1514) illustrait admirablement la société islamique,
notamment la vie quotidienne en Iran. On attribue également
à Behazad les illustrations de "Zafar Nameh", et de
"l’histoire de Tamerlan". L’artiste a également fait des
dessins indépendants d’individus et d’animaux. L’école de
dessin, fondée à Tabriz par Chah Ismaïl, doit son essor et
sa production aux bases jetées par Behazad.
A
l’époque ottomane, fleurirent les dessins dépeignant le
triomphe des musulmans à travers les biographies des
sultans, dont "l’Almanach du conquérant", dessiné par Ahmed
Moussa qui revient sur des représentations coraniques
authentiques dignes de la vie du prophète, en concordance
avec le portrait fait par l’Imam Ali. Mohamed Sabah Kalim a
dessiné, quant à lui, des silhouettes d’hommes et d’animaux
représentant des événements de la vie quotidienne. Dans le
Hornameh et le Surnameh, récits hagiographiques des sultans,
paraissent des scènes du vécu quotidien représentées dans un
style naïf, mais extrêmement expressifs, tandis que d’autres
ouvrages laissent entrevoir des silhouettes de guerriers
dans des scènes de combats.
F/6- Les
illustrations ont parfaitement rendu compte de la
civilisation islamique et exprimé la grandeur des musulmans
à travers leurs victoires, leurs architectures et leurs
découvertes, passant des pages des manuscrits jusqu’aux murs
et ustensiles.
La
mosquée, avec ce qu’elle comporte de versets coraniques,
d’enluminures et de mosaïques, demeure cependant le
chef-d’œuvre de la civilisation islamique.
G- La
mosquée à travers les arts
G/1- De
manière générale, l’édification des grandes mosquées, tels
le Dôme du Rocher, la mosquée de Grenade, la Mosquée Chah
d’Ispahan ou la Slimania à Istambul, ainsi que des somptueux
palais (le palais des Omeyyades, le palais Alhambra et ses
célèbres jardins), resteront des monuments phares, témoins
de la splendeur de l’architecture islamique, et qui n’ont
pas d’égal dans le monde. L’architecte Sinan, le Léonard de
Vinci du monde musulman, comme disait les Occidentaux,
dépassait largement les artistes de la Renaissance italienne
par ses théories et ses fabuleuses œuvres en dômes.
G/2- Les
différents types d’arts islamiques (architecture, dessins,
tapis et productions textiles) dénotaient un essor culturel,
créatif, social et scientifique qui s'exprimait dans des
dessins ayant trait à l'astrologie, la science, la
géométrie, la zoologie auxquels s’ajoutent d’autres
illustrations destinées à expliquer et à clarifier des
éléments portant sur la vie sociale, la médecine, la
physique et la dynamique. Il convient, en outre, de
souligner que la qualité de la publication a été rehaussée
grâce à l’embellissement de l’écriture et de la
calligraphie, de la dorure et de la reliure, et son
enrichissement par les miniatures en couleur.
De
manière générale, le perfectionnement de la calligraphie, le
dessin et la coloration dans l’intérieur des bâtiments et
l’invention d’outils et d’ustensiles en verre, en métal et
en poterie, de même que la créativité en matière de
céramique, de vêtements et de bijoux, représentent, tous,
des traits caractéristiques de la civilisation islamique,
une civilisation façonnée par des grands artistes qui ont
mis leur génie créateur au service des parangons de la
politique, de l’histoire, de la science et du savoir. |