Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

Introduction

L'architecture islamique n'est pas enseignée en tant que matière à proprement parler dans les universités internationales, et encore moins dans les universités des pays islamiques. Ceci tient au fait que les thèmes de l'architecture islamique ne sont pas clairement définis dans le cursus universitaire de l'architecture. L'intérêt du présent ouvrage est justement de remédier à cette carence. Dans un premier temps, l'ouvrage expose les traits de l'approche islamique en matière d'architecture, en faisant la distinction entre l'architecture en tant que discipline théorique, d'une part, et l'art architectural en tant que pratique esthétique et créatrice à laquelle se livrent aussi bien l'ouvrier ordinaire que le spécialiste universitaire de l'architecture. Le second volet a été consacré, lui, aux caractéristiques de l'art architectural qui est influencé par les préceptes de l'islam et la pensée islamique. Les marques de cette influence sont nettement perceptibles dans les bâtiments publics comme la mosquée, l'école, le bain et l'hôpital. Cette étroite corrélation est le premier trait caractéristique de l'art architectural islamique. Vient ensuite la dimension humaine en tant que seconde marque distinctive de l’architecture islamique. Ce concept réfère à l’ensemble des conditions de confort et de sécurité que doit satisfaire le bâtiment pour être conforme aux critères de l'habitat salubre. Cette fonction pratique est doublée de la fonction esthétique qui fait du bâtiment public ou privé un havre de paix et une oeuvre d'art dont les formes matérielles et les choix esthétiques inspirent un sentiment de quiétude et de sérénité.

Enseigner les arts de l'architecture islamique n'a pas pour objet d'exhumer les faits architecturaux du passé ou d'évoquer ses réalisations. Il s'agit plutôt de réfléchir à la manière dont il faut approcher cette discipline avec un esprit tourné vers le futur et soucieux d'y incorporer les éléments de la modernité, et de l'adapter aux progrès fulgurants qui marquent le monde d'aujourd'hui. C'est à ce niveau que seront abordées les questions de l'authenticité et de la modernité qui ont été au coeur de polémiques récentes.

La question de l'appartenance au patrimoine ou au domaine de la création artistique sera également abordée pour dégager la formule adéquate qui permette de concilier ces deux pôles dans un contexte marqué par la prépondérance du courant moderniste. Pour illustrer cette tentative de conciliation, citons les oeuvres d'éminents architectes arabes comme Hassan Fathi et celles de certains autres à qui on a décerné des prix internationaux venus récompenser leur attachement à marier authenticité et créativité. Ces exemples nous aident à mieux appréhender les conditions objectives qui se prêtent à l'application d'une telle formule de conciliation, que ce soit au niveau de l'enseignement universitaire ou de la définition de critères de sélection pour primer les projets d'architecture.

Nous devons nous soucier en premier de savoir comment nos programmes d'enseignement universitaire doivent tenir compte de ces éléments afin d'arriver à instaurer un enseignement de l'architecture islamique capable d'incorporer les paradigmes de la modernité. Signalons que ces paradigmes sont déterminés par des principes bien définis. D'abord, il faut que l'architecture soit considérée comme la synthèse d'un art et d'une science et non seulement comme l'expression de l'un ou l’autre. C'est une activité artistique qui repose sur la créativité. C'est en même temps une science qui se fonde sur des règles mathématiques. Le deuxième principe réside dans le fait que l'art architectural islamique se distingue nettement de toutes les autres formes de l'art architectural mondial. Et pour cause, il a ceci de particulier qu'il est l'incarnation d'une vision esthétique née d'une pensée islamique exempte de toute sujétion. Cette pensée se retrouve à travers  les thèmes de notre patrimoine qui n'ont pas été dévoilées à ce jour. Citons à cet égard la conception esthétique de Abou Hayyan Attawhidi à laquelle nous avons consacré tout un ouvrage.

Les programmes d'enseignement doivent d'abord s'atteler à définir l'appareillage théorique de l'architecture islamique, ainsi que les règles mathématiques qui la sous-tendent. Pour ce faire, il importe de prendre en considération les liens sémiotiques qui existent entre la croyance islamique et l'art architectural en ce sens où ce sont ces liens qui composent la théorie constante recherchée. Ces principes théoriques président à l'acte de création architecturale islamique et permettent d'éclairer les fondements de l’œuvre architecturale qui prend des formes matérielles apparentes. De fait, l'enseignement doit allier théorie et pratique.

Si les principes immuables de l'architecture islamique sont à puiser dans la religion, quelles sont alors les caractéristiques de cette théorie ? La principale marque civilisationnelle de l'islam est le dogme monothéiste. Par monothéisme, on entend la consécration de l'unicité du Créateur qu'il s'agit de découvrir à travers les manifestations de la beauté de l'acte de création des univers et des créatures.

La civilisation musulmane a été fondée sur les bases de l'art, de la science et de l'architecture qui découlent de la foi monothéiste. L'art de la représentation a épousé des formes globales et absolues qui se moulent dans les motifs de l'ornementation arabe. L'architecture, idéalisée, tend vers l'absolu. Les mosquées ont été toutes orientées dans la direction de la sainte Kaaba qui symbolise la philosophie monothéiste dotée d'une identité unique, quels que soit le temps et l'espace. A cet égard, l'ouvrage parle une fois de plus du rôle de la création. De fait, l'islam consacre la liberté de pensée et d'action en la circonscrivant dans les limites de la foi. Ce principe de liberté a toujours été à l'origine de la diversité qui a enrichi l'architecture islamique d’œuvres originales, contrairement au classicisme occidental. En fait, la création est conditionnée par le principe de la "médialité", si bien que l'activité architecturale devient conforme au verset coranique : "Nous avons (sur terre) fait éclore toutes choses en proportion" (Al Hijr, 19).

Sur la base de cette théorie constante, nous pouvons avancer vers la conception d'une esthétique islamique qui réponde aux critères de l'esthétique moderne. Nous pouvons aussi éclairer le rôle des arts islamiques dans l'expression des valeurs des musulmans, de leur histoire et de leur civilisation. Ceci est d'autant plus vrai que nous éprouvons un besoin pressant, à l'heure du dialogue civilisationnel, d'arrêter des moyens bien définis qui permettent de faire connaître les valeurs et la civilisation des musulmans, surtout lorsque ces moyens sont d'essence artistique, et donc mondialement reconnus. Des moyens qui ont aussi l'avantage de contourner les obstacles idéologiques générateurs de conflits entre les hommes. Quel n'est donc notre besoin, en ces temps de mondialisation, d'avoir une vision architecturale ou artistique qui reflète la grandeur du Dieu unique et qui suscite l'engouement de toutes les tendances humaines, abstraction faite de leurs dissemblances et de leurs dissensions.

Ainsi, nous pouvons dire que notre ouvrage a pour objet didactique de proposer un discours civilisationnel qui repose sur les fondements scientifiques de l'architecture. Un discours qui contribue à faire aboutir le dialogue engagé sous toutes les latitudes et partant, à mûrir les décisions judicieuses qui promettent à l'Homme un monde meilleur. Cet ouvrage est, avant tout, une réponse fidèle à l'invitation qui m'a été faite par l'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture pour son élaboration en concordance avec son judicieux plan d’action visant à mettre sur pied les nouveaux fondements de la civilisation islamique de demain. Puisse Allah guider nos pas vers le succès.

Dr Afif Bahnasi

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