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Greffe de cellules nerveuses : domaines d'applications actuels et perspectives d'avenir

Prof. Dr MOKHTAR  AL-MAHDI
Chef de Service de neurochirurgie, Hôpital Ibn Sina des Spécialités, Le Caire

Bien que les transplantations d'organes humains soient une pratique médicale relativement récente, cette technique, comme d'autres disciplines scientifiques d'ailleurs, a fait des progrès spectaculaires au cours des dernières années ; et son évolution, comme j'ai pu m'en rendre compte en préparant le présent article, se poursuit à une vitesse vertigineuse. Cette extraordinaire avancée semble s'expliquer par les développements tous azimuts réalisés dans les autres disciplines scientifiques et par la féconde interaction qui s'exerce entre elles.

Ainsi, des sciences comme la chimie, la physique et l'électronique mettent à profit leurs acquis respectifs pour pouvoir surmonter leurs difficultés et aller de l'avant ; mais elles contribuent aussi, ensemble, au progrès de la médecine et à la solution des problèmes qu'elle rencontre.

Il faudra rappeler également à cet égard l'expansion à l'échelle planétaire des moyens de diffusion de connaissances scientifiques telles les revues spécialisées qui peuvent être diffusées très rapidement grâce aux satellites ; un autre élément décisif dans l'accélération des progrès scientifiques réside dans le nombre croissant de scientifiques qui travaillent aujourd'hui dans tous les domaines de la recherche. Les résultats d'une recherche peuvent être appliqués dans beaucoup d'autres pays et donner naissance à d'autres recherches, et ainsi de suite. Nous vivons ainsi une époque qui pourrait être qualifiée de "l'ère de l'explosion de la science".

Ces développements rapides exigent de nous, en tant qu'instance scientifique compétente, de les soumettre à la critique de la Charia (Loi divine), pour formuler des avis juridiques éclairés et établir des critères valables qui devraient guider la recherche, mais aussi de suivre l'évolution de la science et de ne pas nous laisser distancer dans ce domaine. Il nous incombe également d'inciter l'ensemble des médias du monde islamique à assister à nos conférences. Le rôle des organes de l'information n'est pas seulement de participer aux débats, mais aussi, et surtout, de contribuer, une fois la conférence terminée, à assurer une large diffusion auprès du public musulman, des propositions et des recommandations issues de nos réunions. En publiant nos communications et nos débats, les organes de la presse, tous médias confondus, étendront les débats à une large audience.

Il faut d'ailleurs rendre hommage aux efforts louables de l'Organisation en vue d'enregistrer les Actes et les débats. Mais une large couverture médiatique permettant d'atteindre un public international et faire parvenir nos travaux à tous les peuples islamiques, est une entreprise encore plus fructueuse.

Les Actes issus de nos différentes assises offrent la quintessence de la pensée médicale islamique et font honneur aux bibliothèques islamiques ; cependant,  le coût de leur publication en limite constamment la diffusion.

Ceux qui suivent la presse et la télévision égyptiennes au début de cette année ont dû être choqués par les réactions violentes suscitées par une émission télévisée consacrée à la transplantation d'organes humains. C'était un combat à couteaux tirés, où sont intervenus des gens qui n'ont rien à voir avec le sujet, où certains de nos éminents savants ont été violemment pris à partie ; les critiques, délibérées ou pas, visaient soit leur personne, soit la pensée et la foi dont ils se réclament. Certains ont poussé trop loin leur insolence. Et ce matraquage médiatique dura plusieurs semaines.

Cela s'est passé une année après la tenue du colloque sur les transplantations d'organes humains, organisé par l'Organisation Islamique des Sciences Médicales et à la suite de la publication des Actes qui en sont issus ; cette rencontre, en s'appuyant sur des avis juridiques solides, avait formulé des recommandations mûrement étudiées, fruit d'une réflexion à laquelle ont pris part des  muftis venus de plusieurs Etats islamiques. Or, si des journalistes musulmans, conscients de leur rôle et connaissant parfaitement les objectifs du colloque, en avaient assuré convenablement la couverture médiatique, il aurait été possible d'orienter et d'organiser les débats à travers les différents médias (écrits et audiovisuels) et d'atteindre l'audience visée.

C'est dire l'importance d'impliquer les professionnels de la communication dans ce genre de rencontres, à côté des experts en médecine, en droit islamique et en sociologie, afin d'assurer un grand succès médiatique à nos assises.

Peut-on parler de greffe de cerveau ?

A partir du moment où pratiquement toutes les parties du corps humain (des membres inférieurs et supérieurs aux organes comme le coeur, le foie, les poumons...) sont devenues transplantables, il ne reste plus que le cerveau.  Aussi paraît-il normal que certains pensent que le moment est venu de passer à l'étape suivante, c'est-à-dire, à la greffe du cerveau. Cela semble logique, puisque le cerveau est l'un des organes du corps humain dont l'anatomie et la physiologie nous sont connues et dont on peut observer les lésions et enlever certaines tumeurs... Mais cette vision des choses est-elle vraiment logique?

L'on sait que l'un des principes élémentaires en matière de  transplantations est que l'organe à transplanter doit être vivant et sain pour pouvoir remplacer un organe déficient chez un sujet qui, sans ce greffon, serait mort. L'on sait également que la destruction du cerveau entraîne inéluctablement la mort de l'individu. Prélever donc le cerveau sain d'un homme reviendrait à le tuer ; autrement dit, c'est comme si "on tue une personne pour transplanter son cerveau  à une autre qui de toute façon ne survivra pas". Etre vivant, c'est posséder un cerveau vivant, même si, par ailleurs, certaines parties du corps sont détruites : celles-ci peuvent être remplacées. Ainsi, à un rein déficient par exemple peut  suppléer un rein artificiel ou même  un rein vivant prélevé sur un donneur. Il n'en est pas de même pour le cerveau, car un patient victime d'une mort cérébrale ne saurait être ramené à la vie, par la greffe d'un cerveau vivant. Aucun homme n'est capable de réaliser une telle prouesse. Parler donc de la greffe de cerveau relève de la science-fiction. A supposer qu'on puisse prélever le cerveau d'un homme vivant pour le transplanter sur un autre mort, il faudra dans ce cas-là parler d'un "corps mort greffé sur un cerveau vivant", et non l'inverse.

Qu'est-ce que le cerveau et comment fonctionne-t-il ?

Avant de pousser plus loin cette réflexion,  il convient au préalable de définir sur le plan anatomique et physiologique les éléments dont on parle, à savoir les différentes parties du cerveau. Il ne s'agit pas pour nous d'entrer dans les détails, mais de préciser certaines notions médicales, de façon brève et simple.

Le cerveau dont il est question ici n'est pas seulement l'organe contenu dans la boîte crânienne. Il comprend d'autres parties avec lesquelles il est relié et qui, ensemble, constituent ce qu'on appelle le système nerveux. Parmi ces parties, on peut citer, par exemple, les cellules visuelles de la rétine, le nerf  optique, l'oreille interne, le nerf auditif, les cellules sensitives olfactives, reliées au cerveau par le nerf olfactif ; les cellules linguales responsables de la gustation. Le système nerveux central inclut également la moelle épinière, prolongement du cerveau dans le canal rachidien (colonne vertébrale). De la moelle épinière et du cerveau partent de nombreuses ramifications nerveuses (ou fibres de la motricité commandant les muscles) qui se rendent vers la peau et tous les autres organes de notre corps. D'autres fibres, partant de ces organes, regagnent la moelle épinière (fibres de la sensibilité qui perçoivent les sensations tactiles par exemple).

Tous ces prolongements nerveux font partie intégrante du cerveau, aussi bien sur le plan anatomique que physiologique. Ainsi, même s'il reste vivant, un cerveau privé des sensibilités visuelle, auditive, tactile... perd tout contact avec le monde extérieur. Déconnecté de la réalité, tournant à vide, il n'est plus vraiment un cerveau vivant. On se souvient à ce sujet du cas du Docteur Helen Keller qui a perdu dès sa naissance les sens de l'ouïe et de la vue. Seul lui restaient pour communiquer avec le monde le toucher et l'olfaction. Elle se trouvait ainsi plongée dans une obscurité permanente et dans un silence absolu. Difficile d'imaginer comme une personne pouvait vivre dans pareilles conditions. Mais il lui suffisait, pour reconnaître une personne, de lui passer les mains sur le visage et pour savoir ce qu'elle dit, de lui toucher des doigts la gorge et les lèvres. Le plus extraordinaire encore chez cette femme, c'est qu'elle a pu, malgré son infirmité, faire des études et les poursuivre jusqu'à obtenir un Doctorat.

Le cerveau proprement dit est un tissu flasque et fragile, mais protégé, par la grâce de Dieu, dans cette forteresse qu'est la boîte crânienne, comme un mollusque dans sa coquille. A l'intérieur du crâne, le cerveau baigne dans le liquide céphalo-rachidien qui l'entoure, et qui, par sa faible densité relativement au cerveau, renforce la protection de celui-ci. La texture molle de cet organe fait qu'il ne retrouve sa forme naturelle que dans ce liquide où il flotte comme un poisson dans l'eau.

Du cerveau partent des dizaines de nerfs crâniens (rattachés à l'encéphale et commandant les muscles de la tête) et rachidiens (rattachés à la moelle épinière). Un intense réseau de vaisseaux sanguins permet de ravitailler les neurones du cerveau en oxygène et en éléments nutritifs dont ils ont besoin. Le système nerveux central, et plus particulièrement le cerveau, ne supportent pas des variations physiques et chimiques brutales du milieu intérieur. Ainsi, si d'autres organes comme la peau par exemple peuvent s'accommoder d'une variation de la température de 20 °C de plus ou de moins par rapport à la normale (37°C), le  cerveau, lui, ne supporte guère une baisse de 2 °C. En effet, une chute brutale de la température risque d'affecter sérieusement les activités cérébrales et de provoquer une perte de conscience. C'est ce qui arriva aux troupes de Napoléon I, repoussées, lors de la Compagne de la Russie,  par le froid  glacial de ce pays et vouées de ce fait à une terrible défaite.

Le cerveau ne supporte pas non plus une chaleur supérieure à la normale (même de 3 degrés) qui peut entraîner une lésion grave. Certaines modifications chimiques sont également fatales au cerveau, s'ils dépassent un seuil de tolérance donné, en cas d'hyperoxie (anomalie du taux d'oxygène sanguin) et d'hyperoglycémie (anomalie du taux de glucose dans le sang) par exemple. Ainsi, l'arrêt de la circulation sanguine, pour une raison quelconque, entraîne une perte de conscience, même s'il ne dure que quelques secondes ; mais si au delà de quatre minutes le ravitaillement sanguin n'est pas rétabli, les cellules cérébrales peuvent avoir subi des lésions irréversibles, ce qui provoque la mort de l'organisme tout entier.

Voilà donc pour ce qui est de la constitution fragile de cet organe et de son extrême sensibilité aux changements du milieu intérieur. Qu'en est-il de son fonctionnement ?

Les fonctions de tous les autres organes du corps peuvent être ramenées, en définitive, aux trois types : fonctions chimiques, fonctions mécaniques et fonctions mixtes. Ainsi, le rein, le foie et les glandes, assument une activité chimique (épuration du sang, élimination des sels nocifs, assimilation des aliments...) tandis que le coeur, les muscles et autres organes ont un rôle essentiellement mécanique. Une troisième catégorie d'organes, comme le système respiratoire et les intestins, remplissent une double fonction. Quel est donc la fonction du cerveau par rapport aux autres organes ? Il s'en distingue par bien des aspects, mais on peut résumer comme suit ses fonctions :

- sensations ;
- conscience, perceptions, créativité ;
- les activités effectrices et les réponses réflexes...

Ces fonctions résument en quelque sorte toutes les caractéristiques vitales de l'être humain, si bien que l'on peut dire que l'homme, c'est le cerveau. Tous les autres organes sont à son service et sous son contrôle : ils lui apportent les éléments nutritifs, éliminent les déchets, assurent le déplacement de l'organisme qui le porte...

C'est donc sur les actes ordonnés et exécutés par son cerveau que l'homme est jugé dans ce bas monde et dans la vie future ; de même que la fin de la vie humaine correspond à la mort du cerveau.

Sensations

Le cerveau reçoit les informations recueillies par les organes sensoriels qui permettent de détecter les sensations visuelles (rayons lumineux) auditives (vibrations sonores), olfactives (discrimination des particules chimiques et gazeuses), gustatives (reconnaissance des saveurs grâce aux nombreuses papilles gustatives de la face supérieure de la langue), tactiles (recueillies par les récepteurs cutanés qui distinguent le chaud et le froid, le dur, le tendre). Des fibres nerveuses transmettent ensuite ces informations au cerveau où elles seront triées et analysées.

Or, les cinq sens qu'on vient de citer n'ont pas changé depuis que Dieu a crée le premier homme sur la terre. Personne n'a pu jusqu'ici en créer d'autres. Personne n'a été capable de percevoir dans le monde qui nous entoure ce que Dieu a voulu garder imperceptible. Toutefois, l'homme a réussi, grâce à la science que Dieu lui a donnée, à accroître et à amplifier considérablement ses capacités de perception visuelle et autre. Ainsi, l'oeil, par exemple, est-il désormais capable de "voir" des corpuscules infiniment petits (de l'ordre de l'atome), grâce à des microscopes photoniques et électroniques ; il peut observer à l'aide de télescope la structure des corps célestes invisibles, qui se trouvent à des millions de kilomètres de la terre. L'homme sera bientôt en mesure de voir plus loin encore grâce au télescope spatial qui sera bientôt placé en orbite et dont le pouvoir de résolution sera sept fois meilleur. D'autres instruments ultra sophistiqués ont permis à l'homme de "percevoir" des radiations invisibles (infrarouge, laser) et des ondes sonores de fréquence ultrasonique (supérieure à 20000 hertz).

Conscience, perception, créativité

Le cerveau reçoit les flux nerveux sous forme d'ondes électriques qu'il interprète ensuite pour en saisir le message et élaborer la réponse adéquate. Ce décodage mobilise multiples données fournies par les sensations, les émotions, les souvenirs. IL fait appel au stock de connaissances et d'expériences acquises par apprentissage ou dans la vie courante. Et plus les expériences accumulées sont grandes et riches, plus l'individu est capable d'apprécier et d'analyser les nouvelles données et, partant, plus apte à prendre des décisions mûres,  à avoir une vison plus lucide des choses et à parer à toute éventualité, bonne ou mauvaise.

Réponses réflexes et  activités effectrices

Le cerveau commande également les réponses réflexes ou volontaires données aux excitations reçues. Or, il ne serait assurer ce rôle s'il ne contrôlait pas toutes les parties du corps (organes, tissus...). Certaines de ces réactions sont conscientes, volontaires, comme celles qui font appel à l'appareil moteur (locomotion, parole, geste), d'autres sont involontaires et inconscientes. Celles-ci ont leur origine dans le système nerveux périphérique, sympathique ou parasympathique (réflexes concernant le rythme cardiaque, la régulation de la respiration, le fonctionnement des viscères).

Bien plus, le cerveau contrôle en permanence l'ensemble des cellules et des tissus du corps, en régissant l'hypophyse dont les hormones agissent sur le fonctionnement de toutes les autres glandes endocrines, lesquelles interviennent à leur tour dans l'assimilation des éléments nutritifs, dans la croissance, la maturation sexuelle...(puberté, régulation des cycles menstruels et de la grossesse etc.).

Cette description sommaire de la structure et du fonctionnement du cerveau fait apparaître à la fois l'inextricable complexité de cet organe et son extrême fragilité. Ainsi, une greffe cérébrale ne serait peut-être pas impossible mais extrêmement difficile à réaliser. Au demeurant, la science a accompli aujourd'hui bien de miracles, poussant ainsi toujours plus loin les limites du possible.

Greffe de cellules et de tissus nerveux

Depuis plusieurs années, les greffe de tissus et de cellules nerveux ont fait l'objet de nombreuses recherches fondamentales et d'expériences réalisées sur les animaux de laboratoire (rats et autres). Leurs objectifs étaient de tester les effets de certaines drogues et d'étudier les réactions de tels transplants dans des milieux divers, comme dans le domaine de l'oncologie.

En fait, le cerveau (comme la chambre antérieure de l'oeil) présente certaines particularités immunologiques qui en font un site favorable pour ce type d'expériences : contrairement aux autres organes, il offre une tolérance exceptionnelle vis-à-vis des greffons et ne développe pas de réaction de rejet. Cela s'explique par la nature de la circulation sanguine cérébrale et par la présence dans le cerveau d'une barrière hémato-encéphalique.

Après le succès de multiples expériences de greffes intracérébrales en laboratoire, on se posa la question de savoir si de telles transplantations ne peuvent pas être entreprises dans un but thérapeutique. L'entreprise était d'autant plus tentante que les tissus nerveux prélevés sur un donneur du même système HLA peuvent facilement reprendre leur vie dans l'organisme hôte (c'est moins facile quand le greffon est incompatible) et que le mécanisme de rejet, qui constitue l'obstacle majeur dans le domaine des transplantations, n'intervient pas ici.

Or, le cerveau proprement dit étant "intransplantable", pourquoi ne pas essayer de remplacer par des cellules et tissus nerveux sains des fragments tissulaires déficients, comme on l'a déjà fait pour la peau? Ce genre d'expériences étant réussi sur les animaux de laboratoire, ne peut-on pas considérer ce succès comme un prélude à leur application thérapeutique chez l'homme ?

C'est désormais chose faite, grâce surtout à des pays comme la Suède et le Mexique, tenus pour pionniers dans ce domaine. Et pour cause : des centaines d'études et de rapports traitant de ces questions ont été publiés par les centres de recherche suédois et mexicains. Certaines applications ont été réalisées sur l'homme.

Depuis, les recherches se suivent à un rythme accéléré, provenant des pays de l'Europe occidentale et de l'Est, des États-unis d'Amérique, et de pays d'Amérique du Sud. Riches et diversifiées, elles se sont orientées dans plusieurs directions. Cependant on peut les classer d'après leurs domaines d'intérêt comme suit :

- Des recherches visant à suppléer aux carences des hormones cérébrales responsables d'un certain nombre de symptômes et d'anomalies neurologiques : le but des transplantations est ici d'assurer la synthèse en quantité suffisante de ces hormones dites neurotransmetteurs : dopamine,  choline, catécholamine...

- Des recherches portant sur le remplacement de tissus détruits pour une raison donnée : accidents, inflammations, maladies cardio-vasculaires, ou toute autre lésion détruisant les zones de sensibilité et de motricité dans le système nerveux. Il s'agit ici de réparer les tissus déficients et de rétablir les liaisons qui assurent la transmission de flux nerveux.

Ces expériences ont montré que les résultats peuvent être très variables, en fonction de la qualité des tissus transplantés, de leur origine, de la méthode de transplantation utilisée, de la zone cérébrale cible, mais aussi de l'âge des cellules greffées, de leur stade de maturation.

Greffe de tissus pour pallier des déficiences en hormones cérébrales

1. Les premières applications dans ce domaine avaient pour but de traiter la maladie de Parkinson. On pensait en effet que certains neurones, situés notamment dans le tronc cérébral, sécrètent la dopamine. Or, il arrive que chez certaines personnes âgées, ces neurones se dégradent, par un manque de sang, (par suite d'une vasoconstriction ou d'une artériosclérose par exemple). C'est alors que commencent les symptômes de la maladie : tremblements des membres (akinésie) et une raideur musculaire et articulatoire.

Il existe actuellement un traitement chimique de la maladie de Parkinson, traitement substitutif à base de dopamine. Il est efficace dans certains cas, mais il a aussi parfois des effets secondaires qui en limitent l'efficacité thérapeutique. L'autre inconvénient, c'est que la substance contenue dans ce médicament arrive difficilement au cerveau, à cause de la barrière hémato-encéphalique évoquée plus haut.

Certains chercheurs ont réalisé sur des animaux parkinsoniens des greffes de neurones provenant de leur propre glande surrénale (qui sécrète la dopamine). L'état de ces animaux s'en trouve quelque peu amélioré, mais on s'est heurté, là encore, au problème de la barrière hémato-encéphalique. Les résultats seront encore, lorsqu’on a transplanté des neurones provenant de la substance noire d'un embryon de 11 semaines et de la même espèce que l'animal receveur.

Le succès de ces expériences sur des animaux a donné un coup d'envoi à des interventions sur l'homme, en Suède et au Mexique. Elles ont porté sur des parkinsoniens volontaires, au stade terminal de la maladie. On réalisa d'abord des autogreffes de tissus provenant d'une partie seulement des glandes surrénales. Les résultats ont été en tout point comparables à ceux obtenus chez les animaux. Ils sont encore meilleurs lorsqu’on a utilisé des cellules embryonnaires humaines. L'avantage dans ce dernier cas, c'est qu'il n'y a qu'une seule intervention, alors que les autogreffes adultes nécessitent deux opérations : une, pour extraire la glande surrénale et autre, pour transplanter les cellules sur le cerveau. La première de ces interventions sur l'homme eut lieu pour la première fois en 1983, en Suède.

2. Il s'est avéré également que les cellules dopaminergiques transplantées sur des animaux de laboratoire atteints du vieillissement cérébral ont permis une amélioration relative de leur état. Ainsi, les rats âgés qui ont fait l'objet de ces  expériences ont été incapables de garder l'équilibre en marchant sur une branche tendue entre deux plans ; mais après avoir reçu la greffe de cellules embryonnaires, ils ont pu améliorer de façon notable leurs réflexes d'équilibration.

3. Des expériences ont montré également qu'une autre hormone, la choline, permet une amélioration de la mémorisation chez des rats dont on a détruit, à des fins expérimentales, des fragments du cerveau, provoquant ainsi une anomalie semblable à la maladie d'Alzheimer (démence sénile demeurée encore aujourd'hui incurable). Ces expériences ont mis en évidence que des rats normaux peuvent mémoriser et exécuter sans faute une série de gestes demandant une certaine concentration, après une période d'entraînement de deux semaines ; en revanche, les rats qui ont subi des lésions cérébrales provoquant des troubles de mémoire, sont incapables d'apprendre quoi que ce soit. Or, ces mêmes rats, greffés de neurones embryonnaires qui sécrètent l'acétylcholine, retrouvent en partie leurs capacités mnémoniques et peuvent exécuter jusqu'à 80% des gestes qu'on leur apprend.

Mais il convient de souligner que malgré le succès de ces greffes, les résultats ne sont pas toujours aussi spectaculaires. Les chercheurs en ont conclu que la choline est certes essentielle pour la mémorisation, mais elle ne suffit pas pour expliquer tous les mécanismes de la mémoire. D'autres facteurs tout aussi déterminants interviennent dans le processus mnésique qu'il faut connaître avant de pouvoir obtenir des résultats complets.

Ces expériences, réalisées ces dernières années par un scientifique suédois, Borjk Lund, n’ont pas encore donné lieu à des applications sur l’homme.

4. D'autres expériences avaient pour objet la greffe de cellules provenant de l'hypothalamus sur des rongeurs génétiquement atteints de diabète insipide ; ces cellules ont permis de rétablir la sécrétion de l'hormone antidiurétique et de guérir le diabète. Elles peuvent également sécréter les hormones qui stimulent les glandes génitales femelles, rétablissant les cycles menstruels et de l'ovulation.

5. Mais les expériences les plus audacieuses de toutes sont celles entreprises en Tchécoslovaquie en août 1988 : des greffes de cellules embryonnaires humaines ont été pratiquées sur trois patients atteints de la schizophrénie.

Le rapport du chercheur responsable de ces expériences note en substance ceci: compte tenu des observations ayant établi le lien entre l'apparition de la schizophrénie et les déficiences en hormones dites catécholamine, et considérant les progrès accomplis dans le domaine des greffes de cellules embryonnaires humaines, il a été procédé, au moyen de la technique stéréotaxique, à la transplantation d'un fragment de tissus embryonnaires de 6 mm3 à travers une fente pratiquée dans le crâne. Ces cellules ont été injectées en deux endroits situés dans l'espace interhémisphérique. Le résultat, constate le rapport, a été une nette amélioration de l'état clinique et pathologique de ces sujets, surtout pour ce qui est de  la mémoire.

Rétablissement des voies transmettrices de sensibilité et de motricité

On savait de longue date que les lésions des cellules et des  tissus du système nerveux central (le cerveau et la moelle épinière) sont irréparables. Ainsi, contrairement aux nerfs périphériques, les fibres nerveuses centrales endommagées ne régénèrent jamais, en rétablissant la fonction disparue. Ce constat décevant rend aléatoire, sinon désespérément hors de portée, toute perspective de guérir définitivement les maladies neurologiques.

Des expériences ont montré depuis longtemps que l'autogreffe de nerfs périphériques à côté de la zone cérébrale déficiente ou détruite, favorise la croissance des fibres nerveuses du tissu hôte. Mais on n'a pas pu jusqu'ici établir les connexions synaptiques entre l’hôte et le transplant, condition sine qua none pour que les cellules déficientes retrouvent leur activité physiologique normale.

Mais on sait déjà que les cellules et tissus embryonnaires peuvent survivre après transplantation. Ils ont la capacité de développer des ramifications nerveuses (dendrites et axones), de se connecter avec les cellules hôtes et, par conséquent, d'assurer des activités électro-physiologiques ou de sécréter des hormones (au niveau des terminaisons axonales). Il a été également montré que les chances de réussite d'une greffe nerveuse sont d'autant plus grandes que les tissus transplantés et les tissus hôtes sont homogènes sur le plan anatomique et physiologique. Il en est de même lorsque le fragment sur lequel viennent se greffer les tissus nerveux a été lésé peu de temps avant l'intervention.

Avec les résultats enregistrés dans le domaine des greffes de nerfs périphériques sur le cerveau, il devient possible d'envisager la transplantation de tissus nerveux embryonnaires, dont les cellules peuvent établir des connexions synaptiques avec les neurones cibles que l'on veut réparer. On peut, par exemple, remplacer des fibres motrices de la moelle épinière par d'autres fibres prélevées directement sur l'écorce cérébrale motrice, en évitant ainsi de passer par des inextricables réseaux d'interconnexions dans le cerveau.

Toutes les expériences évoquées plus haut ont déjà lieu ou peuvent être réalisées sur des animaux de laboratoire. Mais peut-on voir ici une étincelle d'espoir quant au traitement de maladies neurologiques restées jusque-là incurables ?

L'on sait que les syndromes dégénératifs, les hématomes cérébraux (qui entraînent des lésions des fibres de sensibilité ou de motricité et provoquent une paralysie irréversible), les traumatismes crâniens, les lésions accidentelles de la moelle épinière et autres affections du même genre, condamnent des milliers de personnes à passer le reste de leur vie sur des fauteuils roulants. La médecine est-elle enfin capable de faire quelque chose dans ce domaine ? Pourrait-elle redonner aujourd'hui de l'espoir à des millions de patients ? Les nouvelles techniques chirurgicales vont-elles permettre la réalisation de l'un des plus vieux rêves de l'humanité : vaincre les maladies et le vieillissement du cerveau, rendre la jeunesse et la fécondité à des femmes en âge avancé ?

Ces interrogations et tant d'autres se posent aujourd'hui. Certaines d'entre elles vont peut-être recevoir une réponse dans quelques années à venir. Peut-être existent-ils déjà quelque part dans le monde des hommes qui connaissent  cette réponse. Il est permis d'espérer.

 

Les transplantations nerveuses ont-elles des incidences sur la manière de penser et le comportement du receveur ?

Pour une raison de commodité et de clarté, nous avons classé les fonctions des organes en deux catégories : fonctions chimiques et activités mécaniques. Nul besoin de préciser que cette division est extrêmement simplificatrice. Mais l'essentiel est de savoir que ces organes fonctionnent de manière identique chez tous les individus. On peut même dire qu'il n'existe sur ce point aucune différence fondamentale entre l'homme et certaines espèces animales évoluées. Imaginons qu'on est tous invités à un repas et que la nourriture qui nous est servie soit identique en qualité et en quantité ; elle sera digérée dans nos estomacs de la même façon et donnera les mêmes calories. Bien plus : supposons qu'il soit possible d'échanger nos estomacs et de refaire la même expérience ; le  résultat sera toujours le même.

Mais, si on nous demande notre avis sur une question quelconque, il est certain que nous réagirons différemment et que nous exprimerons des opinions diverses, voire opposées.

C'est que le cerveau humain est le seul organe doté d'une grande liberté dans sa façon de fonctionner, bien qu'il soit ravitaillé avec les mêmes éléments que les autres parties de l'organisme. Il ne réagit pas de façon mécanique aux informations qu'il reçoit de ses voies sensorielles. Au contraire, il prend le soin de les trier et de les analyser, avant de prendre la décision qu'il juge adaptée à la situation. Et cette manière d'apprécier les choses, de réagir à un événement donné, varie d'un individu à un autre. Cela s'explique à mon avis par une multitude de facteurs complexes et imbriqués les uns dans les autres. Ainsi, les choix et les décisions adoptés par un individu sont conditionnés par son éducation et sa formation, ses convictions religieuses, les idéaux auxquels il croit, ses expériences passées, les valeurs morales et les habitudes qui lui sont inculquées. Bien plus, en fonction de la situation et de son humeur, le même individu peut changer de comportement et avoir chaque fois une attitude différente. Des facteurs psychologiques et autres peuvent aussi entraîner des réactions inattendues, contradictoires.

Compte tenu de ce qui précède, on peut se poser la question suivante : que se passe-t-il en cas de transplantation nerveuse ? Les cellules greffées influent-elles sur les  décision du sujet receveur?

Les facultés comme la réflexion, la pensée, la déduction, la créativité, la volonté et la personnalité - qui distinguent un individu d'un autre- ont leur origine le plus souvent dans les deux lobes frontaux du cerveau. Or, il arrive parfois, comme dans le cas des troubles dits "obsessiono-compulsifs", que ces deux lobes soient déconnectés du cerveau. Ces troubles se traduisent par des obsessions irrépressibles et par des comportements bizarres que le patient lui même réprouve et tente avec toutes ses forces de repousser. Il peut réussir à chasser ces manies, mais au prix d'un effort épuisant. S'il n'y arrive pas, il devient déprimé, mélancolique, tourmenté. Sa vie en devient insupportable. Or, une intervention chirurgicale peut faire disparaître ces troubles obsessionnels, mais elle entraîne la perte ou l'affaiblissement de certaines facultés mentales comme la créativité, la volonté et la personnalité. Il ne faut pas pour autant en déduire que ces zones sont les seules à intervenir dans le processus de prise de décision. Au contraire, toutes les composantes cérébrales agissent à l'unisson, comme un ensemble organique homogène.

Il est difficile par ailleurs d'affirmer que les greffes de cellules nerveuses ont une influence quelconque sur le sujet hôte. Je pense, pour ce qui me concerne, que les cellules embryonnaires ne contiennent que des informations ou des caractères communs à tous les êtres humains. Pareilles à des bandes magnétiques vierges, elles sont vides mais prédisposées à recueillir et à conserver les données et les expériences qui seront accumulées par l'individu une fois venu au monde. Le bagage génétique qu'elles portent ne concerne que les caractères physiques héréditaires (la taille, la couleur, la morphologie...). En revanche, il est peu probable, à mon sens, que le matériel génétique d'une cellule embryonnaire renferme des facultés intellectuelles spécifiques ou des prédispositions comportementales déterminées.

Cette thèse concorde du reste avec les données de la criminologie et de la psychiatrie qui ont fourni d'innombrables exemples de différences de comportement entre des jumeaux homozygotes (issus du même oeuf), différences qui se manifestent parfois par des tendances pathologiques ou criminelles.

Par ailleurs, je conçois mal qu'une manipulation génétique puisse modifier le comportement de l'individu et déterminer, par conséquent, ses actes pour lesquels il lui sera demandé compte. Or, l'individu n'est responsable que dans la mesure où il est libre de ses choix. Cette idée semble être confirmée par la Tradition selon laquelle "tout homme vient au monde avec sa pureté naturelle originelle".

Il convient cependant de préciser que certaines greffes et certaines techniques peuvent avoir des incidences sur le comportement du sujet. Ainsi, la transplantation en quantité excessive de cellules sécrétrices d'hormones, entraîne une surproduction hormonale qui peut se traduire par  un déséquilibre de la personnalité. Il se peut également que le développement anormal des cellules greffées écrase certains centres nerveux, avec toutes les complications qui risquent de s'ensuivre. Mais ce ne sont là que des effets secondaires d'une chirurgie naissante qui, du reste, peuvent être corrigés ou évités avec l'amélioration des techniques d'intervention et la surveillance des cas à risques.

Problèmes éthiques suscités par les greffes nerveuses

On a vu que de nombreuses tentatives de greffes nerveuses ont été réalisées avec succès sur des animaux de laboratoire et que les résultats encourageants obtenus dans ce domaine ont poussé les chercheurs à étendre leurs expériences à l'homme. Cependant, les scientifiques ne sont pas au bout de leurs peines, car beaucoup d'obstacles restent à franchir avant de pouvoir élucider une multitude de questions aujourd'hui sans réponse. On est donc loin du "génie" scientifique supposé vaincre tous les problèmes.

Il s'est avéré par ailleurs que les cellules nerveuses embryonnaires constituent la base des transplantations nerveuses. Sans elles, l'espoir de traiter certaines maladies neurologiques resterait à jamais hors d'atteinte. En effet, contrairement aux neurones embryonnaires, les cellules nerveuses d'un adulte ne peuvent plus croître, se diviser, se ramifier et développer, avec les cellules cibles, des connexions synaptiques nécessaires pour réactiver les zones endommagées.

Il a été également démontré que les cellules nerveuses requises par ce genre d'interventions sont celles prélevées sur un embryon à la 12e semaine de grossesse, autrement dit, avant que le cerveau embryonnaire n'ait atteint son plein développement (voir : la naissance du cerveau, publication de l'Organisation islamique des Sciences médicales, tome II, janvier 1985, pp. 62-73).

Mais on préfère le plus souvent des embryons âgés de 10 à 11 semaines. Car, avant ce stade de leur évolution, les cellules nerveuses sont encore indifférenciées (cellules totipotentes). Il s'ensuit que les cellules dopaminergiques, par exemple, peuvent se mélanger avec d'autres qui ne sécrètent aucune hormone, ce qui risque de se traduire par une insuffisance de la dopamine.

Le problème qui se pose ici est de savoir comment obtenir les cellules embryonnaires. On pourrait penser d'abord aux embryons avortés entre la 10ème et  la 12ème semaines de gestation dont le nombre serait important. En effet, les cas d'avortement inévitable sont fréquents aux alentours du troisième mois. A cet âge, la taille du foetus est d'environ 9 cm. Mais l'ennui, c'est que beaucoup de temps peut passer entre le moment de l'expulsion du foetus hors de l'utérus maternel et le moment du prélèvement de ses cellules nerveuses en vue d'une transplantation. Or, l'on sait que le manque d'oxygène, ne serait-ce que pour quelques minutes, est fatal pour le cerveau. Une telle privation, si elle se prolonge,  déclenche le processus de décomposition qui rend les tissus non viables et donc impropres à la transplantation.

Il est donc absolument important d'obtenir les tissus embryonnaires immédiatement après l'avortement. Certains, plus exigeants encore sur ce point, vont jusqu'à préconiser une intervention chirurgicale sur la mère pour prélever les tissus du foetus in utero. Mais se livrer à de telles pratiques sur l'homme, même dans une visée thérapeutique, ne constitue-t-il pas déjà une entorse aux normes de la déontologie et de l'éthique médicales. Va-t-on ainsi ressusciter le mythe des vampires suçant le sang de leurs victimes dans l’espoir de rester immortels?

Et puis, si elles s'étendent et se généralisent, ces interventions ne risquent-elles pas de donner lieu à des activités lucratives ? Une telle dérive ne pourrait-elle pas encourager les avortements et augmenter les grossesses destinées exclusivement à fournir les tissus commandés ?

Il s'agit là en réalité d'une réflexion prospective. Car, les cas de greffes nerveuses effectuées jusqu'ici, au Mexique, en Chine, en Suède et aux États-unis d'Amérique, ne dépassent guère la centaine. Ces interventions ont permis de greffer aux patients les tissus provenant de leur propre glande surrénale. Les interventions où des tissus nerveux embryonnaires ont été utilisés sont au nombre de cinq environ. Elles avaient lieu à Mexico, à Stockholm et à Londres.

Pour mieux clarifier les choses et préparer le terrain au débat qui va suivre sur les aspects et incidences éthiques des problèmes abordés,  il importe de préciser que les embryons dont il est question ici sont des embryons avortés à la 11ème semaine de grossesse, c-à-d, qui sont au stade de la "mudgha"(chair qui est comme mâchée" (selon le terme coranique) et n'ont pas encore reçu l'âme.

Les normes éthiques relatives aux pratiques médicales dans ce domaine peuvent être résumées comme suit :

i- Le respect de la personnalité et de l'intégrité physique de l'individu, durant toutes les étapes de l'intervention ;

ii- L'intervention doit avoir un intérêt évident pour les parties concernées et comporter de bonnes possibilités de succès ;

iii- Elle ne doit  porter aucun préjudice ou atteinte à l'une des parties intéressées ; certains dommages légers peuvent êtres justifiés par l'intérêt général, à condition toutefois que la partie lésée les accepte volontiers.

Or, dans beaucoup de pays occidentaux, l'interruption volontaire de la grossesse est considérée comme une affaire où la décision appartient à la femme enceinte elle-même, au motif que c'est elle la partie lésée, en cas d'échec de l'acte abortif. Rien qu'aux États-unis, les statistiques publiées font état de 1.333.000 cas d'interruptions volontaires de grossesse par an. Les trois quarts de ce chiffre devraient concerner des avortements intervenus avant la 12ème semaine de grossesse.

Une méthode d'avortement utilisée dans ce pays est considérée comme la plus sûre : il s'agit de la technique d'avortement par aspiration qui pourtant entraîne la destruction de certains tissus du foetus, au moment de leur passage par le tube d'aspiration. Mais on pense qu'il y a une chance sur dix pour trouver dans ces débris embryonnaires des parties qui peuvent être désinfectés et conservés en vue d'une transplantation. De cette façon, les États-unis disposeront d'un stock de tissus suffisants pour 90 milles transplantations d'organes par un. De quoi assurer largement leurs besoins.

Certains soutiennent que l'utilisation, à des fins de transplantation, de tissus provenant des restes de foetus, ne constitue pas un problème éthique, puisque ces embryons seraient comparables à des cadavres de fraîche date. Mais d'autres considèrent au contraire que cette pratique a quelques chose d'inhumain, de barbare; rien pourtant, selon eux, ne semble indiquer que le personnel médical et paramédical qui réalise ces interventions soit totalement insensible à la valeur de la vie humaine. Rien non plus n'oblige un médecin à accomplir un acte pareil contre son gré.

A ce propos, une revue de la déontologie et de l'éthique médicales, publiée aux U.S.A., a demandé l'avis des médecins au sujet d'une femme qui désire se faire avorter et faire don des tissus du foetus au profit d'un malade qui en aurait besoin. Pourraient-ils s'opposer à une telle offre alors qu'ils réalisent eux mêmes ce genre d'interventions à la demande des femmes qui ne veulent plus avoir d'enfants?

Mais il semble que les U.S.A. vont finir par interdire la vente ou le don de tissus et d'organes embryonnaires humains au profit d'un tiers, sachant que le trafic d’organes est une pratique courante dans ce pays.

Il convient de rappeler par ailleurs que le succès de plus en  plus grandissant d'un médicament immunosuppresseur comme la CYCLOSPORINE a contribué largement à la maîtrise du phénomène bien connu du rejet de greffons. Ce médicament serait-il efficace dans la transplantation de cellules embryonnaires animales sur l'homme ?

Une autre solution plus raisonnable consisterait en la culture in vitro à grande échelle de cellules embryonnaires humaines ; elles pourraient être prélevées au départ sur un embryon vivant. Des banques de cellules seraient ensuite constituées pour répondre aux différents besoins thérapeutiques.

Les premières cellules mises en culture peuvent avoir également pour origine les tissus d'un embryon avorté légalement ; ces cellules pourront ensuite  bénéficier à des centaines, voire à des milliers de malades.

 

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