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Décision du Congrès américain relative aux embryons

Les expérimentations sur les tissus embryonnaires font l'objet d'une vive controverse.

Des transplantations du tissu cérébral provenant d'embryons avortés ont été pratiquées avec succès sur des patients atteints de la maladie de Parkinson. Cependant, malgré les résultats de ces tentatives, l'utilisation du tissu embryonnaire à des fins expérimentales (pourtant tolérée pendant 30 ans) a suscité un débat politique houleux.

Les travaux sur la maladie de Parkinson ont été menés en Suède, en Grande-Bretagne et dans d'autres pays, mais pas aux Etats Unis. De fait, lorsqu’en 1989 des chercheurs travaillant dans les Instituts nationaux de santé ont demandé l'accord d'entreprendre de telles recherches, leur démarche a vite déclenché une enquête gouvernementale dont les conclusions auront peut-être un impact considérable.

En guise de réponse à la requête des chercheurs, le Sous-secrétaire à la Santé, Robert E. Windom, a fait préparer un questionnaire destiné à sonder les opinions pour ce qui est de la possibilité d'utiliser le tissu embryonnaire humain à des fins de recherche et dans quelques conditions. Pour examiner les dix questions contenues dans ce formulaire, il a enjoint aux instituts de recherche de mettre sur pied un comité consultatif. Ce comité, présidé par l'ancien juge fédéral, Arlin M. Adams, s'est penché dix jours durant sur les questions soumises à son appréciation (de fin septembre au début octobre 1989), recueillant et confrontant les avis et les témoignages des divers experts.

En attendant les résultats de ces consultations, Windom avait suspendu les travaux de recherches sur les transplantations de tissu embryonnaire. Or, à la veille de leur première réunion, les membres du Comité furent stupéfaits en apprenant par une note d'information que Cary L. Bauer, Conseiller du Président pour les questions de développement (policy development) avait préparé un projet de loi interdisant "l'utilisation à des fins de recherche ou de transplantations des embryons in utéro ou des foetus mort-nés par suite d'un avortement provoqué". Ce projet, en s'opposant formellement à l'attribution de crédits pour les recherches sur l'embryon, semble par là même mettre fin aux activités du Comité consultatif.

Embarrassée, la Maison Blanche s'empressa de demander au Secrétaire à la Santé de réviser ce projet de loi.

Nonobstant cet événement, le Comité consultatif est parvenu à formuler un certain nombre de décisions provisoires soumises au vote. La décision principale stipule que l'utilisation des tissus provenant d'embryons avortés constitue à l'heure actuelle "une pratique communément admise". Toutefois, deux membres du Comité, Maître James Bopp, avocat expert en matière d'avortement et le Pasteur  James T. Burtchaell, théologien de l'Université de Notre-Dame, ont publié un rapport détaillé et polémique dans lequel ils estimaient que le gouvernement serait complice d'un délit moral en matière d'avortement s'il donnait son feu vert à ces recherches.

La plupart des membres du Comité consultatif étaient cependant convenus de soumettre les expérimentations sur les tissus embryonnaires à des réglementations très strictes pour ne pas encourager les interruptions volontaires de grossesse et pour donner aux embryons le temps de se développer.

Les membres du Comité ont également affirmé que l'utilisation du tissu embryonnaire ne peut être autorisée qu'avec l'accord formel écrit de la femme enceinte. Le souci majeur de la plupart des membres a été de trouver un moyen permettant de séparer l'obtention du consentement et la décision de pratiquer l'avortement.

A cette fin, le Comité a formulé une série de Recommandations provisoires. Ainsi a-t-il préconisé de ne demander l'autorisation écrite d'utiliser le tissu embryonnaire, ni mêmes des informations préliminaires à ce sujet, qu'une fois la décision de procéder à l'avortement a été prise.

En fait, on craignait, entre autres, que certaines femmes enceintes soient tentées par des motivations financières attractives en voyant s'accroître la demande de tissus embryonnaires.

Voilà pourquoi le Comité a recommandé de considérer illégale l'obtention de tissus embryonnaires moyennant rémunérations. Pour éviter que des femmes décident de tomber enceintes uniquement pour satisfaire la demande en tissus embryonnaires d'un ami ou d'un proche parent, le Comité recommande au gouvernement de ne pas subventionner les mises en culture in vitro des tissus embryonnaires offerts par une connaissance du bénéficiaire.

Mais ces précautions, estime J. Bopp, restent insuffisantes. Car, d'après lui, l'autorisation de l'exploitation du tissu embryonnaire "offre une excuse honorable de pratiquer l'avortement !".

S'adressant à la majorité des membres du Comité, Daniel Robinson, Chef de Département de psychologie à l'Université Georgetown, a déclaré que l'autorisation de l'exploitation des tissus embryonnaires à des fins de recherche ne constitue pas une légitimation morale de l'avortement.

Alors, certains ont manifesté leur opposition ouverte aux idées de la majorité : il ne peut pas y avoir "d'autoclave pour “stériliser” moralement les tissus embryonnaires !", confient J. Bopp et Burtchaell.

Les Recommandations finales du Comité consultatif seront communiquées au Directeur des Instituts nationaux de Santé, puis à Windom. Parallèlement, 500 médecins et moralistes opposés à l'avortement ont signé une pétition invitant le Président à donner suite au projet de loi proposé par Bauer.

Mais les choses ne s'arrêtent pas là. De fait, le Comité consultatif a dû reconnaître que les expérimentations réalisées auparavant sur les animaux ont ouvert la voie à des tentatives de transplantations de tissus provenant d'embryons humains vivants sur certains patients atteints du diabète juvénile ou de maladie de Parkinson. D'autres applications sur l'homme vont peut-être suivre.

 

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