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Allocution prononcée
par
Son
Excellence Dr Cheikh Mohammad Habib Belkhodja
au nom de l'Académie du Fiqh
Djedda, Royaume d'Arabie Saoudite
Préliminaires
Louange à Dieu, le Tout-puissant, l'infiniment Sage. Il nous
a donné une religion, l'Islam, fondée sur la raison, la
méditation et la réflexion en nous recommandant de
rechercher le savoir et de cultiver la science. La science,
la quête du savoir, se trouvent ainsi exaltées dans le
Glorieux Coran et dans les saintes Traditions du Prophète,
et ce pour le grand bien de la communauté musulmane qui a
su, tout au long de son histoire, assurer une parfaite
harmonie entre la raison et la foi, édifiant ainsi une
civilisation islamique au rayonnement universel, une
civilisation qui embrasse les diverses dimensions de l'homme
: spirituelle, législative et sociale. Elle exalte les
bonnes choses de la vie, rejette les turpitudes, apporte à
l'homme bonheur et bien-être et le préserve contre le mal et
les vicissitudes de l'existence.
Béni soit notre Prophète Mohammad. Dieu lui a donné le
Livre, la Sagesse ; lui a enseigné ce qu'il ignorait
auparavant et l'a gratifié d'autres faveurs plus grandes
encore. Il est venu apporter le message de Dieu aux hommes
pour leur éclairer la voie et les exhorter au bien. Sa
mission achevée, il confia la charge de propager ses
enseignements aux plus pieux parmi ses adeptes. Ainsi se
trouve assurée la permanence du message islamique, dans le
temps et dans l'espace.
Excellences, messieurs,
Honorable assistance,
Que
la paix, la miséricorde et la grâce de Dieu soient sur
vous.
La
rencontre solennelle qui nous réunit aujourd'hui sur le sol
béni du Koweït constitue l'un des fruits de la cinquième
session de l'Académie du Fiqh, placée sous le haut patronage
de son Altesse l'Emir du Koweït, Président de la cinquième
session de la conférence islamique, Cheikh Jabir al-Ahmad
al-Jabir al-Sabâh, que Dieu lui accorde assistance, gloire
et longue vie. C'est en effet en ce jour béni du 5 Jumâdâ I
1409 h/14 décembre 1988, qu'un accord de coopération a été
conclu entre La Fondation Koweïtienne de Médecine et
l'Académie du Fiqh de Djedda, à l'initiative de son
Excellence le Docteur Abderrahman Abdallah Alawadi,
Président de l'Organisation Islamique des Sciences
Médicales. Voilà donc ce qui a permis aux deux institutions,
celle compétente dans le domaine du Fiqh et l'autre
spécialisée en médecine, de travailler de concert à la
réalisation d'oeuvres de grande envergure ; elles entendent
ainsi unifier les avis des docteurs de la loi au sujet des
nouvelles pratiques médicales et des évolutions effrénées
des techniques ; les problèmes suscités par ces progrès
nécessitent, en effet, une harmonisation des efforts des
docteurs de la loi et des médecins qui, ensemble, peuvent,
par la grâce de Dieu, aboutir à des avis éclairés.
Il
m'est donc agréable, en cette séance inaugurale, d'adresser
mes plus vifs remerciements et d'exprimer ma plus haute
considération aux éminents médecins ici présents, pour le
remarquable travail expérimental et de recherche qu'ils
mènent en vue de promouvoir la médecine islamique et suivre
en permanence les développements des sciences médicales et
des méthodes thérapeutiques dans le monde.
Je
tiens en même temps à rendre un déférent hommage aux
sommités de la Charia et aux illustres experts du Droit
islamique en leur disant combien nous sommes fiers de leurs
efforts constants en vue d'étudier les réalités présentes du
monde islamique, d'en analyser les nouveaux problèmes qui
surgissent dans tous les domaines de la vie, décidés qu'ils
sont à relever les défis, à éclairer les esprits, à exprimer
le point de vue de la Charia sur toute nouveauté. Cet effort
traduit également leur souci de corriger les systèmes
d'idées importées, d'accueillir avec réserve et
circonspection toute innovation médicale et thérapeutique,
avant de pouvoir l'examiner à l'aune de la Charia et voir
dans quelle mesure elle sert les intérêts communs de la
Oumma et les desseins de la Loi divine.
Et
c'est, je m'adresse ici aux médecins experts en droit
islamique et aux docteurs de la loi versés en médecine, pour
souligner l'impérieuse nécessité de disposer de ces deux
compétences réunies en cette période délicate marquée par
des mutations vertigineuses. Cela me rappelle les propos de
Socrate, rapportés par l'émir Ousâma Ibn Munqid dans son
livre Lubâb al-adab : "De même que nous avons besoin des
médecins des corps pour nos corps, nous avons également
besoin des médecins des âmes pour nos âmes, des médecins des
religions pour notre foi ; ce sont ces derniers qui sont
pour nous les garants du "nomos" c'est-à-dire, de la Loi".
L'effort de réflexion et d'analyse approfondie que nous
appelons de notre voeu sera bénéfique, non seulement à la
Oumma islamique mais aussi pour l'humanité toute entière ;
au demeurant, cette approche analytique a été un des traits
constants de la médecine islamique durant toutes les étapes
de son évolution. Le meilleur exemple en est fourni par Ibn
Rushd (Averroès), qui fut à la fois jurisconsulte,
philosophe et médecin, comme en témoigne ce passage où
l'auteur définit sa méthode de travail: "Nous devons
examiner l'héritage des nations antérieures, ce qu'elles ont
consigné dans leurs ouvrages ; ce qui est conforme à la
vérité, nous le retiendrons volontiers, en exprimant notre
gratitude à ses auteurs. Nous leur signalerons de même ce
qui est contraire à la vérité, qu'il convient d'écarter,
mais sans leur en tenir grief. Pour cela, nous devons tirer
les leçons des expériences de nos prédécesseurs" (passage
cité par Dr Zaki Ali dans son Risalat at-tib al-arabî et Dr
Tijânî Al-Mass dans son introduction à l'histoire de la
médecine arabe).
Les
activités menées actuellement par l'Organisation Islamique
des Sciences Médicales, ses travaux scientifiques et de
laboratoire, et les concertations entreprises par cette
institution avec les experts de l'Académie du Fiqh et avec
l'ensemble des docteurs de la loi, d'une part, la volonté
exprimée par les experts de la Charia, dans beaucoup de
leurs avis juridiques, de faire appel aux médecins musulmans
fiables et qualifiés et de se référer à leurs expertises
lorsqu'il s'agit de se prononcer sur un problème d'ordre
juridico-médical, d'autre part, tout cela traduit de la
façon la plus éclatante la coopération existant entre
médecins et spécialistes du droit islamique. Une telle
coopération se justifie du reste par la nécessité de
protéger l'homme, - cet être rendu noble par la grâce de
Dieu- de prendre soin de lui en toute circonstance et dans
toutes les étapes de sa vie.
Certes, l'Académie du Fiqh avait déjà à sa seule initiative
examiné dès ses premières sessions des questions médicales
telles que les bébés-éprouvettes, les banques de lait, les
appareils de réanimation, l'utilisation d'organes humains
provenant de sujets vivants ou de cadavres, la planification
familiale ; elle avait chaque fois fait appel aux experts et
aux spécialistes du domaine qui avaient l'amabilité de
répondre à l'invitation et de venir présenter des exposés
riches et discuter les sujets soumis à leur réflexion ;
l'Organisation médicale avait fait de même en convoquant
plusieurs réunions sur des thèmes du même genre comme : "la
procréation au regard de l'Islam", "le commencement et la
fin de la vie dans l'optique islamique", en invitant
d'éminents docteurs de la loi pour exprimer le point de vue
de la Charia sur les questions à l'ordre du jour ; mais la
réunion d'aujourd'hui a ceci de particulier qu'elle marque
le début d'une action commune entre l'Académie du Fiqh et
l'Organisation médicale, dans le but de canaliser les
efforts des deux institutions en évitant le double emploi,
d'une part, et de mener conjointement des activités de
recherche dans les domaines de la médecine et du droit
islamique, d'autre part. Peut-être serions-nous ainsi en
mesure d'atteindre le niveau de recherche souhaitable,
évoqué par le Dr Abdelaziz Kamil dans son étude sur "La
médecine en Islam entre la législation, la pratique et la
planification : "La recherche scientifique contemporaine,
écrit-il, est une activité collective qui ne fait plus de
place aux chercheurs et aux savants isolés et aux équipes
scientifiques travaillant en vase clos. Aussi la coopération
scientifique s'impose-t-elle comme une nécessité à l'échelle
nationale, inter-islamique et internationale. Et pour cela,
la lecture des travaux des autres et les correspondances
avec eux ne suffisent plus. La coopération se fonde
aujourd'hui sur les rencontres et les échanges directs".
C'est sur cette base que sont parties les consultations
entre l'Académie du Fiqh et l'Organisation Médicale qui ont
abouti à la délimitation de l'ordre du jour de la présente
session.
Le
choix des sujets comme "les greffes de cellules nerveuses",
"l'utilisation des embryons avortés", "les transplantations
de certaines parties génitales", s'explique par le fait que
la première décision issue de la quatrième session de
l'Académie du Fiqh, définissant et spécifiant les différents
types de transplantations d'organes et énonçant les normes
juridiques devant les réglementer, précise au paragraphe 8
qu'il reste encore un certain nombre de questions qui
restent à approfondir ; elle stipule que "Hormis les cas et
les situations déjà abordés, toutes les autres questions se
rattachant à ce sujet devront faire l'objet d'un examen
approfondi lors d'une prochaine session, en tenant compte
des nouvelles données médicales et des principes de la
Charia".
Pour que le Conseil de l'Académie du Fiqh parvienne donc à
prendre une décision appropriée, il était nécessaire que se
tienne la réunion bénie d'aujourd'hui, pour étudier en
profondeur les différents aspects du problème et aboutir à
des recommandations constructives et éclairantes à ce sujet.
Je
voudrais rendre hommage ici à son Excellence le Dr
Abderrahman Alawadi et à son Excellence le Dr Ahmad Rajai
Al-Joundi, respectivement Président et Secrétaire général
adjoint de l'Organisation médicale, pour leur compréhension,
leur fructueuse coopération et pour les efforts soutenus
déployés par l'Organisation en vue d'inciter les docteurs de
la loi et les médecins à participer à la présente session.
C'est un motif de joie pour nous, à l'Académie, d'avoir des
rapports solides et constants avec l'Organisation ; et nous
rendons grâce à Dieu des premiers pas accomplis par les deux
institutions sur la voie de la coopération dans les domaines
de la recherche en médecine et en droit islamique. Les
acquis déjà réalisés vont être sans doute enrichis par les
contributions fort intéressantes de la présente session et
par les échanges de vues et les discussions constructives
auxquelles elles donneront lieu.
Pour conclure, je ne peux qu'admirer le rayonnement
scientifique et civilisationnel de l'Organisation Islamique
des Sciences Médicales et saluer les actions grandioses et
les activités bénéfiques qu'elle entreprend depuis sa
création au service de l'Islam et de l'humanité, sous les
auspices de son généreux Protecteur, son Altesse Cheikh
Jabir al-Ahmad al-Jabir al-Sabâh, l'Emir du Koweït, que Dieu
l'assiste et le glorifie.
Je
remercie enfin l'Organisation pour l'aimable invitation
qu'elle m'a adressée et pour avoir accueilli ce colloque ;
mes remerciements vont également à tous les éminents
médecins et honorables docteurs de la loi qui sont venus
participer à cette réunion, et auxquels il m'est agréable
d'exprimer ma haute considération et ma profonde gratitude
pour toutes leurs contributions scientifiques précieuses.
Puisse Dieu nous accorder, par sa grâce, aide et plein
succès et guider nos pas sur la voie du bien.
Que
la paix et le salut soit sur notre Prophète Mohammad, sa
famille et ses Compagnons.
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