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3.2 Discussions des exposés médicaux
Président de séance, Issam
Charbîni
Rapporteur, Dr Adil Tawhid
- Président, Dr Issam
Charbîni
Au nom de Dieu, le Clément,
le Miséricordieux.
Monsieur le Professeur, Kamal
Najib, vous avez la parole.
- Dr Kamal Najib
Je voudrais faire trois
brèves remarques:
1- La première remarque, qui
s'adresse au Docteur Talaat Qasbi, je la résume comme suit :
l'utérus, la trompe de Fallope et n'importe quel autre tissu
du corps, portent les caractères héréditaires mais ne les
transmettent pas ...
2- La greffe de glandes
génitales (testicules ou ovaire) impliquant les jumeaux
homozygotes ne posent aucun problème, ces jumeaux étant par
définition identiques en toute chose ; il faudra voir alors
s'il y a ou non possibilité que l'un fasse un don en faveur
de l'autre...
3- Lorsqu’on nous a chargés,
Mme le Professeur Al-Awadi et moi, de faire un exposé sur
les greffes de glandes génitales, nous avons commandé tout
ce qui a été écrit sur ce sujet, mais nous n'avons rien
reçu. Il semble donc qu'il ne s'agisse que de quelques
tentatives individuelles de transplantation de testicules ou
d'ovaire, concernant un ou deux cas. Bref, les choses en
sont encore à l'état expérimental.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Même s'il ne s'agit là que de
tentatives expérimentales, le fait est là, et il soulève
des problèmes d'ordre légal. Il nous appartient donc de
faire le point des aspects médicaux de la question et
d'appeler, ensuite, les docteurs de la loi à exprimer le
point de vue de la Charia.
- Dr Mokhtar Mahdi
Au nom de Dieu, le Clément,
le Miséricordieux.
Je voudrais juste soulever
quelques questions : lors des colloques précédents, on a
interdit la procréation par recours aux "mères porteuses",
et voilà qu'aujourd'hui on considère que la transplantation
de l'utérus n'est pas condamnable, n'induisant pas un
"mélange de filiation". Y a-t-il une différence entre une
grossesse obtenue dans un utérus de location (mère porteuse)
et une autre, faite dans un utérus transplanté ? Ne
s'agit-il pas dans les deux cas de procréation par
déplacement ? Je voudrais connaître le point de vue de la
Charia sur la question.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Médicalement parlant, il
s'agit là effectivement de deux cas distincts. On verra
ensuite ce qu'en pensent les Honorables docteurs de la loi.
- Dr Mokhtar Mahdi
Toujours à propos de la
transplantation de glandes génitales d'une personne à son
jumeau homozygote : je crois, d'après ce que je viens
d'entendre, que le transfert de ces glandes, porteuses de
même équipement chromosomique, n'entraîne pas de "mélange de
filiation" : c'est le même oeuf qui a donné naissance aux
jumeaux vrais qui, génétiquement, ne font qu'un :
peuvent-ils pour cela échanger leurs glandes génitales ?
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je crois, cher collègue, que
les choses ne sont pas si simples que ça. Vous dites qu'il
n'y a aucune différence sur le plan génétique entre deux
jumeaux. Peut-être. Mais, du point de vue de la paternité,
ton enfant n'est pas celui de ton frère jumeau. J'aimerais
que le problème soit abordé de façon plus précise.
- Dr Mokhtar Mahdi
Sur le plan génétique, aucune
différence.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Nous sommes d'accord sur ce
point.
- Dr Mokhtar Mahdi
Et donc, le problème de
"brassage de filiations", ne se pose pas.
- Président, Dr Issam
Charbîni
L'équipement chromosomique
est une chose, la paternité en est une autre : les enfants
des frères jumeaux sont absolument différents.
Docteur Kamal, vous voulez
ajouter quelque chose à ce sujet, sinon on continue...
- Dr Kamal Najib
Je suis d'accord avec le
Docteur Mokhtar pour ce qui est de l'identité génétique des
vrais jumeaux. Encore faut-il préciser que le don de gamètes
(mâles ou femelles) fait intervenir un tiers dans l'acte
procréatif.
- Président Dr Issam Charbîni
Merci, Docteur Kamal. Si nos
confrères médecins voudraient bien utiliser le terme "volet
génétique ou immunologique", cela permettra d'éviter la
confusion entre le côté héréditaire et les liens de
paternité.
- Cheikh Mohammad Soulaymane
Al-Ashqar
Au nom de Dieu, le Clément,
le Miséricordieux.
Pour mieux clarifier les
choses, il convient d'examiner les questions suivantes :
- Comment se déroule le
processus spermatogénique dans les testicules? S'agit-il de
sécrétions comme celles produites par d'autres glandes
(thyroïde, hypophyse, surrénale) ? Ou, au contraire, les
spermatozoïdes se forment-ils à partir de divisions de
cellules préexistantes, semblables aux segmentations de
l'oeuf fécondé? Si c'est la deuxième hypothèse qui est
retenue, ces cellules en division (qui donnent naissance aux
spermatozoïdes) se situent-elles dans les testicules ou dans
une autre partie du corps ? Existent-elles avant la puberté
(comme les gamètes femelles dans l'ovaire, d'après ce qu'on
a déjà entendu) ? Ou se renouvellent-elles sans cesse ?
- Président, Dr Issam
Charbîni
Docteur Maamoun El-hadj, vous
avez la parole.
- Dr Maamoun El-hadj
Au nom de Dieu, le Clément,
le Miséricordieux.
Pour répondre aux questions
de notre collègue, je rappelle que les cellules souches des
gamètes mâles (spermatogonies) commencent, à la 4-6ème
semaines de développement embryonnaire, à se former dans les
testicules primitifs avant même que ces derniers soient
descendus dans les bourses. Mais c'est à partir de la
puberté que ces cellules germinales souches entament leur
division réductionnelle (méiose) aboutissant aux
spermatozoïdes (qui n'ont plus qu'un seul jeu chromosomique,
soit 23 chromosomes). J'espère que ma réponse vous
satisfait, cher confrère.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Il s'agit donc de cellules
souches qui se multiplient par divisions successives et non
de sécrétions...
- Cheikh Soulaymane Al-Ashqar
Les gamètes mâles
existent-ils dans les testicules ou dans une autre partie du
corps ?
- Dr Maamoun El-hadj
Ils se forment dans les
testicules à partir de la 4ème à la 6ème semaines de
développement embryonnaire.
- Cheikh Soulaymane El-Ashqar
Ces cellules souches qui
entrent en division, sont-elles localisées dans les
testicules ou ailleurs ?
- Dr Maamoun El-hadj
La spermatogenèse se déroule
dans les testicules qui se forment d'abord dans la région
lombaire puis descendent dans les bourses au terme de
développement embryonnaire.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Le docteur Kamal voudrait
fournir quelques détails supplémentaires sur l'embryogenèse
et la formation de la gonade mâle.
- D Kamal Najib
Je voudrais rappeler d'abord
que le sexe de l'embryon est déterminé dès le début de la
fécondation, par les chromosomes sexuels (gonosomes). Ainsi,
la paire chromosomique XX caractérise le sexe femelle et la
paire XY, correspond au sexe mâle. Chez l'embryon mâle,
l'ébauche des testicules se met en place à la 6ème semaine
de vie utérine. Ces glandes commencent ensuite à sécréter
les hormones mâles qui vont commander la formation des
autres organes génitaux, internes et externes.
Les testicules possèdent
déjà, dès leur mise en place (à la 6ème semaine de
grossesse) les "matériaux", les cellules souches, à partir
desquelles ils vont fabriquer leurs produits. Mais, leurs
fonctions, hormonales et spermatogéniques, continuent à se
développer et à s'affiner jusqu'à la puberté. Merci.
- Président, Dr Issam
Charbîni
J'espère que ces précisions
satisferont notre honorable Cheikh, Soulyamane El-Ashqar.
- Cheikh Soulyamane El-Ashqar
Je crois que c'est clair
maintenant.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je voudrais apporter d'autres
précisions : au début de la formation embryonnaire, les
cellules sont d'abord toutes semblables, indifférenciées,
puis commencent à se spécialiser pour assurer des fonctions
particulières. La première ébauche génitale ou éminence
génitale, se forme sur le côté médian du mésonéphros. Elle
est d'abord indifférenciée, puis se distingue en gonade mâle
ou femelle. La première, les testicules, se développe petit
à petit en descendant vers les bourses. Sa migration
s'achève au terme de la vie utérine.
- Cheikh Soulaymane El-Ashqar
Après quoi, se forment ces
corps (=cellules germinales souches) qui se divisent...
- Président, Dr Issam
Charbîni
Pas du tout ! les cellules
souches existent déjà dès le début de la conception. Elles
se développent de la première à la sixième semaine de
gestation. Au bout de la 9ème semaine, elles se
différencient, donnant lieu, soit à une gonade mâle
(testicules), soit à une gonade femelle (ovaires). En dehors
de ces cellules souches, aucun apport cellulaire nouveau et
extérieur aux glandes génitales n'interviendra ensuite dans
la gamétogenèse. Ne confondons pas gamètes et hormones.
- Cheikh Soulyamane El-Ashqar
Si vous le permettez, j'ai
une deuxième question : Est-il faisable de vider
définitivement les testicules du liquide spermatique et des
spermatozoïdes pour s'assurer qu'il y a un renouvellement
total de ces produits, soit sur un sujet qui possède sa
propre glande génitale ou bien sur un receveur d'une glande
provenant d'une tierce personne. Je crois que cela est déjà
expliqué dans la réponse donnée à ma première question. Mais
le problème que je soulève ici m'est inspiré par un article
publié ici même au Koweït. Il s'agit en fait d'un entretien
avec le Docteur Hassan Abdelali, professeur de vénérologie à
l'Université El-azhar. Ce vénérologue -à moins que le
journaliste qui a recueilli ses propos ne les ait déformés-
affirme qu'il sera possible dans un avenir proche de vider
définitivement les testicules de leur contenu spermatique,
et, par conséquent, de transplanter ces organes sans
difficulté ni risque de consanguinité douteuse.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Même si on arrive à vider les
testicules de leur contenu, les nouveaux spermatozoïdes qui
vont se constituer, seront issus de cellules souches déjà
existantes ; ce ne seront pas des cellules tout à fait
originales.
- Cheikh Soulaymane El-Ashqar
Le vénérologue qui a émis
cette thèse s'est donc trompé.
- Dr Maamoun El-hadj
Je crois qu'il faut
distinguer les spermatozoïdes, d'une part, et le liquide
séminal, d'autre part. Ce dernier provient des sécrétions
des glandes autres que les testicules : vésicules séminales
et la prostate. La spermatogenèse, qui se réalise dans les
testicules, se décompose en plusieurs phases : Les
spermatogonies se transforment en spermatocytes I, puis en
spermatocytes II qui, en évoluant, donnent naissance, en fin
de parcours, aux spermatozoïdes. La maturation des
spermatozoïdes dure environ 3 mois. Ces spermatozoïdes, qui,
à ce stade, ne sont pas encore fécondants, passent par
l'épididyme et vont ensuite se mélanger avec le liquide
séminal (acquérant par là-même leur pouvoir fécondant).
- Président, Dr Issam
Charbîni
Pourriez-vous nous donner
plus de précisions à propos du "liquide séminal". Car, ayant
assisté hier à un débat autour du terme "mâ"(liquide),
utilisé dans le langage du droit islamique pour la "semence"
mâle et femelle, je voudrais en savoir plus sur cette notion
de "liquide" : Qu'est-ce cela veut dire au juste?
- Dr Maamoun El-hadj
Le liquide séminal est une
sécrétion provenant de la prostate et des vésicules
séminales. Il a pour fonction majeure d'apporter l'élément
nutritif nécessaire aux spermatozoïdes. En cas d'ablation de
testicules, les spermatozoïdes qu'ils contiennent ne sont
plus fécondants. Ils ne le deviennent qu'une fois passés par
l'épididyme.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Merci, docteur Maamoun. Mais
la question du Dr. Ashqar reste posée : d'où viennent les
spermatozoïdes qui se forment et acquièrent leur fécondance
dans les testicules transplantés sur une tierce personne ?
- Dr Kamal Najib
Personnellement, j'insiste
sur le point que j'ai déjà souligné : les testicules ne sont
pas un simple "sac" renfermant des spermatozoïdes ; ils
constituent, au contraire, une véritable "usine" contenant
les matières premières à partir desquelles sont fabriqués
les spermatozoïdes.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Ces "matières premières", ce
sont des cellules ?
- Dr Kamal Najib
Ce sont des cellules souches
(spermatogonies) qui se développent pour donner naissance
aux spermatozoïdes. Ces cellules qui sont là et se
renouvellent de façon constante, portent l'équipement
génétique de l'individu, transmissible à sa descendance. En
cela, les testicules se différencient de l'ovaire qui
renferme un stock limité d'ovogonies.
- Dr Mokhtar Mahdi
Il me semble que le collègue
qui parle d'évider les testicules des spermatozoïdes entend
par là que ces glandes renferment deux "usines": l'une
produisant les hormones mâles, l'autre, les spermatozoïdes ;
et dans ce cas, les testicules se réduisent à des simples
glandes endocrines produisant des hormones. Je crois que
c'est là la signification qui se dégage des propos du
vénérologue cité tout à l'heure.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je pense qu'il ne s'agit pas
d'évider les testicules : ces derniers sont composés d'un
ensemble de cellules qui, en passant par des stades de
divisons (spermatocytes I, spermatocytes II...) donnent
naissance aux spermatozoïdes qui achèvent ainsi leur
maturation. Ce qui peut être évacué, ce sont les vésicules
séminales et l'épididyme par lesquels passe le liquide
spermatique. Je crois que c'est comme ça qu'il faut
interpréter l'expression déjà citée d'évacuation des
testicules.
- Dr Maamoun El-hadj
L'absence des cellules
germinales souches - à partir desquels sont produits les
spermatozoïdes- entraîne la stérilité masculine. Ces
cellules peuvent être détruites sous l'effet de certaines
radiations, ou par suite des infections virales. Cette
dégénérescence se traduit par la perte de la fécondité
masculine, mais n'entame pas la fonction hormonale des
glandes mâles.
- Dr Abdelmounim Obeid
Les testicules contiennent
des cellules propres à l'individu donneur et des hormones
presque spécifiques à cet individu, bien qu'on les retrouve
chez tous les hommes. Trois facteurs influent sur le sexe :
1) les cellules sexuelles et autres qui ne sont pas
spécifiquement sexuelles : celles-ci restent les mêmes une
fois les testicules transplantés sur une tierce personne ;
2) les hormones mâles qui déterminent les caractères mâles,
le désir etc ; 3) Des hormones sécrétés par les glandes
situées dans le cerveau de l'individu et d'autres glandes
autres que les testicules.
Ces trois facteurs
contribuent au processus sexuel et jouent un rôle capital
dans le développement des testicules à la puberté. Celle-ci
atteinte, l'individu n'aura plus besoin d'hormones générales
: la testostérone et les spermatozoïdes lui suffiront. La
transplantation des testicules d'une personne sur une autre
induit le transfert du génome du donneur sur le receveur. De
fait, dans le corps humain, il y a deux organes spécifiques
à l'individu, qui déterminent sa particularité propre : le
cerveau et les testicules.
Pour conclure, je dirais que
dans toutes les transplantations d'organes ( coeur, pancréas
etc.), le transplant est spécifique à l'individu donneur.
Cela est plus vrai encore pour les organes sexuels qui
déterminent la nature particulière et intrinsèque de
l'individu.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Merci, Docteur Abdelmounim.
J'espère que les éclaircissements donnés satisferont notre
confrère, Dr. Soulyamane El-Ashqar.
- Dr Soulyamane El-Ashqar
Oui, c'est tout à fait clair.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je crois que l'un de nos
confrères experts en droit islamique a une question à poser
avant de passer à la suite : si votre question a trait au
point qu'on est en train de discuter, allez-y ! sinon, vous
attendrez votre tour.
- Cheikh Mohammad Fadil Amine
Je voudrais demander à nos
collègues médecins quelques précisions à propos de la
distinction, établie par l'un d'entre eux, entre les
testicules et les ovaires. Ce dernier semble être une espèce
de sac contenant une quantité limitée d'ovaires et qui
peut-être épuisé si l'on se donne 20 ans pour l'étudier. En
est-il de même pour les testicules ? En d'autres termes :
ces derniers renferment-ils un stock épuisable au bout d'un
certain temps ? Si la réponse est négative, les testicules
seraient une simple machine (spermatogénique). Supposons que
l'on transplante les testicules d'un animal sur l'homme, ou
inversement, le produit en sera-t-il de l'autre espèce? Les
testicules greffés sur un homme continueront-ils, après dix
ans par exemple, à produire des cellules germinales
porteuses du patrimoine génétique du donneur ? Ou
changeront-ils au bout d'une année ? Enfin, quelle est
l'influence du reste du corps sur les sécrétions hormonales
des testicules ?
- Dr Maamoun El-hadj
Pour répondre à la question
qui vient d'être posée, je dirai que l'influence sur les
sécrétions hormonales est, semble-t-il, négligeable.
S'agissant des gamètes, je précise que leur contenu
génétique ne change pas, même dix ans après la
transplantation sur une tierce personne des glandes qui les
produisent. Ils gardent toujours l'équipement chromosomique
du donneur. Les gamètes mâles sont issus des cellules
souches qui se multiplient par divisions successives,
engendrant des cellules filles identiques. La production des
spermatozoïdes se poursuit ainsi durant toute la vie d'un
homme, sauf en cas d'affections induisant une stérilité
masculine. La femme, par contre, dispose d'un stock limité
de gamètes qui s'épuise à la ménopause.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je répète ce qui a été déjà
dit par le Docteur Kamal : la machinerie gamétogénique
s'appuie sur un lot de cellules souches qui se multiplient
par divisions successives (et non pas sur des constituants
qui composent ces cellules); ces cellules souches existent
déjà dès le début de développement embryonnaire.
- Dr Mohammad Soulyamane
El-Ashqar
J'ai une autre question à
propos des ovaires : Dans leur exposé, les Docteurs Sadiqat
Al-Awadi et Kamal Najib ont affirmé que les ovogonies sont
stockées dans les ovaires à un stade précoce du
développement embryonnaire. Par la suite, ces ovogonies
entament leur processus de maturation, de sorte que, à
chaque mois, un ovule mature se détache (après rupture du
follicule) devenant ainsi fécondable. Supposons qu'on
parvienne, à l'aide d'une technique donnée, à éliminer
totalement ces ovocytes : pourront-ils se renouveler une
fois que l'ovaire ainsi "évidé", est transplanté sur une
autre femme?
- Président, Dr Issam
Charbîni
Ma réponse est non ! mais je
crois que le Docteur Talaat Qasbi a quelque chose à ajouter.
- Cheikh Soulaymane El-Ashqar
Avez-vous des certitudes à ce
sujet ou s'agit-il de simples suppositions?
- Dr Talaat Qasbi
L'ovaire est composé d'une
médulla centrale et d'un cortex périphérique. La zone
corticale, ou cortex ovarien, contient plusieurs millions
d'ovogonies. Ces derniers sont sous la dépendance des
hormones produites par l'hypophyse et la post-hypophyse.
Après la puberté, un ovocyte (parfois deux ou trois)
parvient à maturité, à chaque cycle menstruel ; mais une
grande partie des follicules dégénèrent pendant leur
évolution (atrésie folliculaire) et n'achèvent pas leur
développement.
Il est donc impossible de
séparer l'ovaire de ses réserves folliculaires. Car, sans
ses follicules, un ovaire se réduit à une médulla ; celle-ci
est richement vascularisée, mais n'a aucune incidence sur la
production des hormones ou sur la formation des ovules. Ces
deux fonctions sont assurées par le cortex ovarien. Il ne
peut donc être question d'évider l'ovaire de son contenu en
ovules.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je pense qu'il s'agit là
d'une réponse fondée sur les faits avérés et non pas sur de
simples déductions logiques.
- Dr Talaat Qasbi
En effet, c'est vérifié à
cent pour cent !
- Cheikh Mohammad Soulaymane
El-Ashqar
Ma question (c'est la
quatrième) a trait à la transmission des caractères
héréditaires en cas de transplantation des testicules ; les
intervenants, médecins compris, semblent être d'accord là
dessus, mais personnellement, j'incline à penser qu'il
s'agit là de simples hypothèses, ou de déductions logiques.
Qu'en est-il donc au juste : conclusions théoriques ou faits
scientifiques établis ?
Car, chacun sait que les
vérités médicales ne peuvent pas se fonder sur des
spéculations rationnelles : le raisonnement logique peut
élaborer des hypothèses, mais celles-ci doivent être
vérifiées par l'observation des faits, par
l'expérimentation. C'est le fondement même de la méthode
scientifique qui était déjà à l'honneur chez nos savants
anciens musulmans. Pour en avoir le coeur net, il nous
faudra donc des données scientifiquement assurées. Or, les
interventions qu'on a entendues nous disent que les cas
réussis de transplantation de testicules ne concernaient que
les organes prélevés sur le sujet lui-même ou sur son jumeau
homozygote. Or, dans ce dernier cas, le donneur et le
receveur sont génétiquement identiques. L'expérience n'est
donc pas probante. Nous en sommes encore, paraît-il, au
stade d'hypothèses qui attendent leur confirmation. Peut-on,
dès lors, être sûr que les testicules transplantés sur un
tiers, après avoir été vidés de leur contenu spermatique,
produisent des spermatozoïdes porteurs du patrimoine
génétique du donneur et non pas celui du receveur ? Ceci
d'autant plus que on lit dans le Saint Coran : "Il (l'homme)
est créé d'une eau jaillissante, sortie d'entre les lombes
et les côtes..."(LXXXVI, 6-7). Ces versets semblent indiquer
(d'après leur sens apparent du moins) que le liquide à
partir duquel se forme l'embryon provient d'un endroit donné
situé au-dessus des testicules et non pas à l'intérieur de
ces derniers.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je n'ai pas bien saisi la
dernière partie de votre intervention, surtout la conclusion
que vous avez tirée des versets coraniques qui, d'après
vous, situent l'origine du liquide spermatique quelque part
au-dessus des testicules : pourriez-vous nous éclairer
davantage à ce sujet ?
- Cheikh Soulyamane El-Ashqar
Les versets en question sont
les suivants : "Que l'homme considère donc ce avec quoi il a
été créé. Il a été créé d'une eau jaillissante, sortie
d'entre les lombes et les côtes"(LXXXVI, 6-7). On peut
comprendre que les testicules, d'où sort le liquide
spermatique, se trouvent entre les lombes et les côtes, bien
que ce ne soit pas là la signification littérale du passage
coranique cité. Mais si des indices existent qui permettent
de conclure avec certitude que les semences mâles n'ont pas
leur origine ailleurs, on peut les accepter. Est-on donc en
mesure de trancher là-dessus ?
- Dr Kamal Najib
Je vais répondre à votre
question en commençant par les observations que vous avez
émises à la fin de votre intervention. Le verset selon
lequel le liquide dont l'homme est créé "sort d'entre les
lombes et les côtes", apporte une preuve éclatante de “I’jâz",
c'est-à-dire du caractère miraculeux du Coran. Car, les
testicules primitifs, embryonnaires, se forment
effectivement dans cette zone.
S'agissant des caractères
génétiques, j'ai déjà expliqué que l'individu se forme à
partir d'une seule cellule oeuf dont le noyau contient
l'équipement chromosomique intégral de cet individu (46
chromosomes), fourni, à moitié par la mère, à moitié par le
père. Ces chromosomes renferment un nombre
extraordinairement élevé de gènes, soit environ deux
millions, dont 4340 seulement ont pu être décryptés
jusqu'ici. La partie identifiée avec certitude est encore
plus minime. Il s'agit surtout de gènes responsables des
maladies héréditaires.
Portés par l'équipement
chromosomique, les caractères héréditaires se transmettent
donc de génération en génération sans modification, sauf en
cas de mutations, lesquelles peuvent se manifester, chez les
descendants, par des maladies indécelables chez leurs
parents. De la cellule oeuf (avec son matériel génétique au
complet) vont se constituer tous les tissus et les organes
de l'organisme. Merci.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Cette réponse vous
satisfait-elle, cher confrère !
- Cheikh Mohammad Soulaymane
El-Ashqar
Oui, je crois que c'est tout
à fait satisfaisant . Mais j'ai une dernière question :
D'après nos confrères médecins, l'ovaire et les testicules
remplissent une double fonction : production des gamètes et
sécrétion des hormones qui déterminent les caractères
sexuels secondaires (mâles ou femelles). Ma question est la
suivante : peut-on dissocier ces deux fonctions ? En
d'autres termes : une femme qui subit une ovariectomie, sa
glande génitale étant sérieusement abîmée, peut-elle
recevoir un ovaire de remplacement dont la partie produisant
les ovocytes aura été enlevée, de sorte qu'il ne garderait
plus que sa fonction hormonale ? La réponse est-elle là
encore le fruit de simples hypothèses ou se fonde-t-elle sur
des données vérifiées?
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je pense que ce genre
d'expériences ne se justifient pas.
- Dr Talaat Qasbi
Au nom de Dieu, le Clément,
le Miséricordieux.
L'ovaire est la glande
génitale de la femme qui produit à la fois les ovules et les
hormones femelles. Ces deux fonctions sont inséparables. En
plus, la transplantation de cette glande est extrêmement
délicate, étant donné la difficulté qu'il y a à préserver sa
vascularisation intacte. Or, sans les artères qui
l'alimentent, un ovaire s'atrophie.
- Dr Maamoun El-hadj
En fait, il y a à ce sujet
une différence entre l'homme et la femme (qui procède
également du caractère prodigieux de la création). Ainsi,
chez la femme, le follicule, en se développant, sécrète
lui-même les hormones qui vont préparer l'utérus à recevoir
l'ovule, une fois fécondé. Par conséquent, il ne peut y
avoir une séparation chez la femme des fonctions hormonales
et gamétogéniques.
Il en va tout autrement chez
l'homme, puisque les hormones mâles sont produites par des
cellules autres que les cellules germinales souches (qui
donnent naissance à des spermatozoïdes). Ce qui explique que
chez l'homme les cellules sexuelles se multiplient de façon
très active pendant la vie d'un adulte et sont emmagasinées
(dans l'épididyme) en attendant d'être projetés dehors,
pendant la cohabitation sexuelle. Un éjacula comporte ainsi
des millions de spermatozoïdes dotés de leur pouvoir
fécondant. Il est donc possible de détruire les cellules
germinales souches d'un homme tout en gardant les cellules
productrices d'hormones mâles. Cela explique également que
la durée de la fécondité, quasiment infinie pour les hommes,
s'arrête pour les femmes à la ménopause. Mais, en fait,
tout cela est relatif.
- Dr Kamal Najib
Pour répondre à la question
du Cheikh Ashqar à propos des besoins en hormones, je dirais
que ces besoins peuvent être satisfaits sans avoir à
recourir à une opération lourde et onéreuse. Merci.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Il existe en effet des
préparations hormonales disponibles dans les pharmacies et
qui peuvent être administrées comme des médicaments.
- Dr Abdelmounim Obeid
Merci, monsieur le président,
vous avez répondu à ma place.
- Dr Mahmoud El-Bouz
Pour répondre à la question
posée (par Cheikh Ashqar), je dirais qu'il est possible
théoriquement de séparer fonction hormonale et fonction
gamétogénique. Pour ce faire, on peut, par exemple,
transplanter l'ovaire sur une partie du corps de la
receveuse autre que sa place habituelle (sous la peau, à
l'intérieur d'un muscle ou ailleurs), le déconnectant ainsi
des trompes en dehors desquelles il ne peut y avoir de
fécondation, même si par ailleurs des ovules qu'il contient
parviennent à maturité et s'en détachent.
En revanche, les hormones
femelles, elles, peuvent continuer à assurer leurs fonctions
de façon normale. Cela vaut également pour les testicules :
transplantés sur un endroit du corps hôte où ils ne seront
pas reliés aux conduites génitales, ils produiront des
spermatozoïdes sans aucune capacité fécondante ; mais les
hormones qu'ils vont sécréter auront une incidence sur les
caractères mâles de l'individu receveur, tout comme les
hormones femelles déterminent la féminité de la femme.
Je crois donc que ce type
d'opérations sont réalisables sur le plan anatomique ; elles
peuvent à l'avenir donner lieu à des interventions
expérimentales et chirurgicales.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Merci, Docteur Mahmoud.
- Dr Mohammad Soulaymane
El-Ashqar
S'il est possible de
transplanter l'ovaire sur une autre partie du corps, ne
serait-il possible de le mettre à sa place dans l'appareil
génital de la receveuse, mais en le séparant des trompes...?
- Président, Dr Issam
Charbîni
Permettez-moi, cher confrère,
de vous rappeler que la question de la transplantation de
l'ovaire a été abordée par le Docteur Talaat Qasbi dans son
exposé que vous avez entendu, j'imagine. De cet exposé, il
ressort que le succès de ce genre d'intervention est très
mitigé. Les propos tenus par le Docteur El-Bouz sont de
simples projections d'ordre théorique. Car, à ma
connaissance, aucune transplantation d'ovaire (ou de
testicules) n'a été entreprise dans le but de produire des
hormones ; d'autant plus que celles-ci peuvent être obtenues
sous forme d'injections. Ceci dit, on recourt tout de même,
actuellement, à la transplantation des cellules du pancréas
sur des sujets diabétiques pour assurer la sécrétion de
certaines hormones.
Je donne la parole au Dr
Talaat.
- Dr Talaat Qasbi
La greffe d'un ovaire
provenant de la patiente elle-même (autogreffe) ne sert à
rien du moment qu'il s'agit d'obtenir des ovules. Le
problème des hormones est facile à résoudre : on peut
enlever carrément l'ovaire tout en assurant les fonctions
vitales de la femme au moyen d'hormones synthétiques. On
peut en faire de même pour les glandes génitales mâles. A
quoi ça sert donc de greffer un ovaire sur une partie du
corps en dehors de l'appareil génital femelle, surtout qu'il
s'agit là d'une opération extrêmement délicate, à cause
d'une vascularisation difficile à rétablir.
La transplantation des
testicules sur une tierce personne est également sinon
impossible, du moins difficile à réaliser, là encore en
raison du caractère éminemment délicat de la vascularisation
testiculaire. Autre difficulté : pour la viabilité des
spermatozoïdes, le testicule doit être greffé à l'extérieur
du corps, car il a besoin d'une température ambiante moins
élevée que celle des organes intérieurs (impossible par
exemple de le transplanter dans la paroi ou dans la cavité
abdominale), autrement, il se réduit à sa fonction
hormonale. Voilà pourquoi - par la grâce de Dieu- les
testicules sont placés dans des bourses externes,
bénéficiant ainsi d'une température inférieure de 2-3 °C à
celle de l'organisme. Cela leur permet de fabriquer des
spermatozoïdes sains à partir des cellules germinales
primordiales, et donc d'assurer la fécondité de l'homme.
- Dr Maamoun El-hadj
Pour ce qui est des cellules
germinales, il est justifié effectivement de prendre des
précaution nécessaires ou d'interdire la transplantation des
glandes génitales (testicules, ovaires) au motif qu'elles
fabriquent les gamètes porteurs du patrimoine génétique de
l'individu. Mais les hormones sexuelles n'ont rien à voir
là-dedans, qui ne diffèrent pas de ce point de vue des
hormones sécrétées par les autres glandes du corps. La
question posée par notre confrère (Cheikh Ashqar) est donc
pertinente : pour y répondre, je dirai qu'il est tout à fait
possible, notamment chez l'homme, de détruire les cellules
germinales souches tout en conservant intactes les autres
cellules productrices d'hormones mâles. C'est faisable sur
le plan technique. Il arrive d'ailleurs que les cellules
germinales mâles soient détruites par certaines affections,
réduisant l'homme à la stérilité mais sans affecter la
fonction hormonale de ses testicules. Que Dieu vous bénisse.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Merci, Dr. Maamoun. Je crois
qu'il y d'autres intervenants qui veulent poser des
questions. Dr. Kamal : vous pouvez intervenir si vous avez
des éclaircissements à donner à propos du point qu'on est en
train de discuter, mais sans soulever de nouveaux problèmes.
Merci... En fait, les
questions du Cheikh Ashqar ne portent pas sur les aspects
techniques de la chose, mais visent à obtenir des
explications nécessaires pour se prononcer du point de vue
de la Loi islamique.
- Dr Talaat Qasbi
Je crois que mon exposé a été
clair sur ce point : la transplantation de la trompe de
Fallope, qui n'est qu'un organe parmi d'autres, n'induit pas
un transfert du patrimoine génétique du donneur sur le
receveur. C'est l'ovaire qui véhicule avec lui le génome de
la donneuse. Le Docteur Mahdi dit que l'utérus doit être
transplanté avec la trompe de Fallope. C'est faisable.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je répète qu'il ne s'agit pas
de problèmes techniques, mais de dégager les aspects ayant
des implications d'ordre légal.
- Dr Adil Tawhid
Le but de cette séance est
d'éclairer les Honorables docteurs de la loi à propos de la
question de savoir si, oui ou non, la transplantation des
organes et des glandes sexuels entraîne un transfert de
patrimoine génétique. Ces explications sont nécessaires pour
permettre à ces docteurs de formuler le point de vue de la
Charia en la matière lors de la séance de l'après-midi.
A ce sujet, il semble qu'on
s'accorde pour dire que les glandes génitales transplantées
sur une tierce personne, portent avec elle le matériel
génétique du donneur. Mais la plupart des intervenants ne se
sont pas suffisamment expliqué au sujet des organes sexuels
secondaires : contribuent-ils au transfert du patrimoine
génétique ? Ou sont-ils de simples "canaux de transmission"
? Certaines études indiquent en effet que l'épididyme, par
exemple, participe à la formation du génome humain, ou à la
fabrication des spermatozoïdes. On voudrait également
s'assurer si la trompe de Fallope contribue ou non à la
transmission des caractères héréditaires. Je souhaite que
nos confrères médecins se focalisent sur ces questions pour
préparer le terrain aux interventions prochaines qui
présenteront le point de vue du droit islamique.
- Dr Talaat Qasbi
La trompe de Fallope est un
organe qui n'a rien à voir avec l'ovaire. En effet, tout
comme le pancréas, les reins ou le foie, cet organe
n'intervient pas dans la transmission des caractères
héréditaires. Mais sa transplantation est difficile à
réaliser à cause d'une vascularisation hautement délicate et
non moins nécessaire pour la survie de l'organe. La trompe
de Fallope possède par ailleurs des cils qui se dégradent
facilement une fois l'organe transplanté sur une tierce
personne. Or, ces cils ont un rôle formidable qui consiste à
faciliter le mouvement des spermatozoïdes vers l'ovule et à
pousser l'ovule fécondé vers l'utérus. Ils sécrètent
également des hormones, régule la position et la température
de l'ovule, entre autres fonctions fondamentales.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Merci, Docteur Talaat. Vous
êtes d'accord avec Dr Kamal pour considérer que la trompe de
Fallope, comme n'importe quel autre organe ou tissu de
l'organisme, possède des spécificités génétiques mais ne les
transmet pas.
- Dr Khalil Khalidi
On a parlé de l'identité
génétique des jumeaux issus du même oeuf ; mais je voudrais
demander aux spécialistes de nous éclairer davantage sur ce
point : si on prélève sur un même sujet des spermatozoïdes
différents, ces derniers transmettent-ils l'intégralité des
gènes, sachant que le nombre de ces derniers s'élève à plus
de 2 millions, dont 4000 seulement ont été identifiés ? Je
voudrais des éclaircissements à ce sujet.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je crois qu'il convient
d'abord d'apporter cette précision : le spermatozoïde en
question va s'unir à l'ovule. La question est de savoir ce
qui se passe une fois que l'oeuf fécondé donne lieu à deux
jumeaux.
- Dr Kamal Najib
Aucun tissu en dehors des
testicules ne contribue à la transmission des caractères
héréditaires des pères en fils. C'est un fait. S'agissant
des jumeaux homozygotes, il faut rappeler que ces derniers
sont issus d'un même oeuf, qui, après avoir été fécondé par
un spermatozoïde, se fragmente en deux cellules, lesquelles
vont se développer séparément donnant lieu à deux embryons
génétiquement identiques parce qu'ils ont hérité d'un même
patrimoine héréditaire.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je crois qu'on a fait le tour
de la question posée par Cheikh Ashqar. On a vu donc que les
caractères héréditaires sont déterminés par les 46
chromosomes (23 venant de la mère et 23 apportés par le
père). 4000 gènes ont été plus au moins identifiés et
localisés sur les chromosomes qui les portent.
Docteur Khalidi, vous avez la
parole.
- Dr Khalil Kkalidi
Si les vrais jumeaux sont
génétiquement identiques, est-ce que cela veut dire qu'ils
ont des empreintes digitales semblables ?
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je crois que cette question
n'entre pas dans le cadre du sujet qui nous préoccupe ici.
- Dr Khalil Khalidi
Autre question : comment
expliquer que deux ovules provenant de la même femme et
fécondés par deux spermatozoïdes, provenant également d'un
même homme, donnent lieu à deux individus différents ?
- Dr Mohammad Houwari
Je crois qu'il convient
d'expliquer ce que nous entendons par "équipement génétique"
pour que les choses soient bien claires aussi bien pour les
médecins que pour les docteurs de la loi. Quand on parle de
la transmission du matériel génétique, s'agit-il d'un
transfert quantitatif ou qualitatif ? Pour simplifier les
choses, je rappellerai que l'équipement chromosomique est
composé d'un ensemble 2n chromosomes (soit 46 pour l'homme).
Les chromosomes sont
organisés en forme de filaments très pelotonnés. ILs se
composent (entre autres) des molécules de l'ADN. Chaque
molécule est formée de deux chaînes enroulées l'une autour
de l'autre et reliées entre elles par des liaisons
transversales. Un gène correspond à une séquence donnée de
bases constitutives de l'ADN. Si les chaînes de l'ADN se
séparent puis se recombinent sans aucune modification dans
leur ordre, le caryotype dont elles sont le support ne
changera pas.
Le stock chromosomique de
l'individu provient à part égale du père et de la mère. Deux
arbres arrosés par la même eau peuvent être identiques ou
dissemblables, lit-on en substance dans le Saint Coran. Sur
la plan quantitatif, les individus héritent donc du lot
intégral de chromosomes et donc de caractères propres à
l'espèce humaine ; ils n'en demeurent pas moins différents
de leur parents par des traits qualitatifs. Mais nos
connaissances, pour ce qui est des "caractères qualitatifs",
sont encore rudimentaires et imprécises. Nous nous bornerons
donc à préciser, à l'intention de nos confrères docteurs de
la loi, que le transfert des caractères héréditaires est non
pas qualitatif mais quantitatif. Cette mise au point va
permettre de déterminer le lien entre l'équipement génétique
et la parenté légale. Ce sera l'objet de la séance de cet
après-midi. Je vous remercie.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Merci, Docteur Houwari. Je
crois que les précisions qui viennent d'être faites
permettent de faire une distinction entre frères jumeaux et
frères germains.
- Dr Hamid Rifai
Je crois qu'il faut
déterminer le rôle des gènes dans la transmission des
caractères héréditaires. Supposons que tous les gènes
contenus dans les gamètes (mâle et femelle) soient
"détruits" : Quelles en seront les conséquences sur la
fécondation ?
- Président, Dr Issam
Charbîni
C'est une question difficile
; car le génie génétique en est encore à ses débuts. Il a
fait quelques progrès dans l'étude du matériel génétique de
certaines bactéries et de certaines espèces animales et
végétales. Sur le génome humain, la recherche est encore
balbutiante.
Docteur Kamal, vous avez la
parole.
- Dr Kamal Najib
L'individu humain est issu
d'une cellule oeuf qui renferme dans son noyau un lot
chromosomique (46 chromosomes). Chaque chromosome porte un
certain nombre de gènes qui sont responsables à la fois des
caractères sains et des anomalies génétiques. La déficience
d'un seul gène se traduira par une maladie. Les anomalies de
nombre (la présence de chromosomes surnuméraires par
exemple) est une cause évidente de mortalité. A plus forte
raison, l'altération de l'ensemble du patrimoine génétique
ne peut être que fatale. Je vous remercie.
- Dr Hamid Rifai
Ma question est la suivante :
Est-on en mesure aujourd'hui de localiser et d'identifier
les chromosomes ou les gènes ? Les innombrables caractères
de l'homme (couleur des yeux, prédispositions, qualités
morales etc) sont déterminés par les gènes. Est-il possible
de repérer chaque gène, d'intervenir sur les gènes pour les
séparer les uns des autres, pour en activer les uns et
désactiver les autres ?
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je pense que ces questions
relèvent de la science-fiction! Docteur Kamal : vous avez la
parole.
- Dr Kamal Najib
L'intervenant se demande s'il
est possible de repérer chaque gène sur les chromosomes.
C'est une tâche à la fois exaltante et malaisée. L'homme
possède un stock de chromosomes sur lesquels sont alignés
les gènes qui commandent ses caractères. Mais le phénotype
de cet individu (avec ses aspects normaux ou ses
malformations) est le résultat de l'interaction entre son
matériel héréditaire et le milieu ambiant. Ainsi, les
facteurs du milieu (le climat, la nourriture, les
médicaments, les radiations,) agissent sur le physique de
l'individu et déterminent son aspect morphologique ( la
taille, la couleur etc).
De la même façon, on peut
dire que certaines maladies sont purement héréditaires,
induites par la déficience de gènes (dominants ou
récessifs), alors que d'autres sont déterminées à la fois
par des agents héréditaires et des facteurs du milieu.
Peut-on localiser et séparer les gènes ? C'est là l'un des
buts du génie génétique. Certains gènes responsables de
maladies génétiques ont été effectivement identifiés, ce qui
permet de diagnostiquer ces maladies, de connaître les
sujets prédisposés génétiquement à les développer. On verra
plus tard si le génie génétique fournira une thérapie
efficace contre les tares héréditaires.
Merci.
- Dr Maamoun El-hadj
J'ajouterai dans le même
ordre d'idées que certains gènes ont été effectivement
identifiés grâce à la technique dite de l'ADN recombinant.
On est parvenu ainsi à connaître les gènes responsable de
certains dysfonctionnements ou maladies génétiques.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Quelqu'un voudrait-il ajouter
quelque chose ?
- Dr Talaat Qasbi
Je voudrais apporter quelques
précisions à propos d'un certain nombre de points que j'ai
abordés ce matin dans mon exposé. Tout d'abord, je ne peux
appeler "embryon", les ovules fécondés surnuméraires ; mais
j'utilise la terminologie coranique qui parle de "nutfa"(goutte
de sperme = oeuf fécondé) de "alaqa"(oeuf qui s'accroche) de
"moudgha"(masse de chair flasque). Les ovules fécondés
surnuméraires correspondent donc à la "nutfa".
Par ailleurs, le Prophète de
l'Islam a dit que chaque fois que deux choses se présentent
à lui, il en choisit toujours la plus facile, à moins que
celle-ci ne soit religieusement condamnable.
D'autre part, je dois dire
que je ne partage pas le point de vue émis par certains
confrères, hier, selon lequel il n'est pas nécessaire de
lutter contre la stérilité. Je pense au contraire que pour
un couple stérile, avoir des enfants est un besoin des plus
impérieux. Il ne faut donc pas généraliser. Et puis le
Prophète a dit : "O serviteurs de Dieu ! Cherchez des
remèdes à vos maladies, car Dieu n'a créé aucune maladie
sans lui avoir donné un remède". Peut-on dès lors arrêter le
progrès de la recherche scientifique ?
- Président, Dr Issam
Charbîni
L'intervention hier du Cheikh
Ashqar a donné des réponses à même de dissiper vos
inquiétudes et celles d'autres médecins gynécologues et
obstétriciens.
- Dr Talaat Qasbi
Une dernière chose à propos
des testicules...
- Dr Hamid Rifai
Du moment que la température
affecte les cellules germinales souches et que celles-ci se
forment à un stade très précoce de développement
embryonnaire, au sein de la mère où la température est
constante, elle est où, alors, "l'organisation merveilleuse"
(la descente des testicules dans les bourses) dont on a
parlé ?
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je crois que la température
élevée a un effet non pas sur les cellules germinales
souches mais sur les gamètes mûrs (spermatozoïdes) ...
- Dr Talaat Qasbi
Il existe des hormones qui
agissent sur ces cellules germinales souches à la puberté.
Ces dernières s'abîment définitivement si les testicules
restent bloqués dans l'abdomen, et ce à cause de la
température élevée qui règne à l'intérieur du corps. Mais
-par la grâce de Dieu- les testicules sont formés de façon
telle qu'ils ne sont pas affectés par la chaleur pendant la
vie embryonnaire. Mais, ce qui se passe dans l'utérus, on ne
le sait pas : "...il y a en vous-mêmes des signes pour ceux
qui croient fermement. Ne les voyez-vous pas ?"(Coran, LI,
20-21) .
- Dr Abdelmounim Obeid
Je voudrais adresser les
questions suivantes au Docteur Maamoun : Y a-t-il des
possibilités pour qu'un embryon se développe jusqu'au terme
de gestation en dehors de l'utérus, soit in vitro, soit dans
une autre partie du corps humain ? La technique des "bébés-éprouvettes"
va-t-elle connaître une grande expansion ? Est-il
envisageable d'implanter des embryons humains dans des
animaux ? Enfin, lorsque un enfant est né avec une
indifférenciation gonadique, va-t-on lui transplanter des
testicules ou des ovaires ?
- Dr Maamoun El-hadj
Je répondrai de façon brève :
Dans l'état actuel des connaissances scientifiques, il est
impossible qu'un embryon se développe à terme en dehors de
l'utérus maternel. Mais je ne sais ce qui va se passer à
l'avenir.
- Dr Abdelmounim Obeid
Moi, j'ai appris autre chose
à ce sujet : d'après une émission de la télévision
koweïtienne, un bébé s'est développé à terme en dehors de
l'utérus, le placenta étant fixé sur les organes intérieurs
du ventre.
- Dr Maamoun El-hadj
Si vous voulez dire par là
qu'il s'est développé dans la cavité abdominale, je suis
d'accord.
- Dr Abdelmounim Obeid
Oui, c'est ça.
- Dr Maamoun El-hadj
La gestation peut se réaliser
et se poursuivre jusqu'à des stades avancés de développement
embryonnaire, en dehors de l'utérus, oui, mais à l'extérieur
du corps, cela je n'en suis pas sûr.
- Dr Abdelmounim Obeid
Jusqu'à l'accouchement...?
- Dr Maamoun El-hadj
Absolument ! l'accouchement
se fait alors par césarienne, mais cela comporte des
risques pour la mère .
- Dr Abdelmounim Obeid
On voit ainsi que les
perspectives qui viennent d'être évoquées suscitent déjà de
vives discussions quant aux conséquences qui pourront en
découler. On parle déjà de la possibilité de "grossesse"
pour les hommes et des risques qu'ils peuvent ainsi
encourir. Une telle grossesse est théoriquement réalisable à
partir d'un oeuf fécondé, mais à quel prix!
- Président, Dr Issam
Charbîni
Cher confrère, ce n'est pas
là l'objet de nos discussions !
- Dr Abdelmounim Obeid
Dernière question : qu'en
est-il de la transplantation des testicules ou des ovaires à
un enfant au sexe indifférencié ?
- Dr Maamoun El-hadj
Vous voulez savoir si une
telle opération est possible sur le plan chirurgicale?
- Dr Abdelmounim Obeid
En d'autres termes : si la
technique de transplantation des glandes sexuelles se
perfectionne, va-t-elle permettre de déterminer le sexe d'un
enfant ?
- Dr Maamoun El-hadj
Le problème, c'est de trouver
les testicules à transplanter...
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je crois que la question
posée comporte deux volets : le premier concerne les
hormones et le deuxième, la production des spermatozoïdes.
Pour ce qui est des hormones, on peut les obtenir sans
recourir à une transplantation de testicule ; quant à la
spermatogensèe, on en a déjà longuement parlé ; reste à
savoir ce qu'en pensent les docteurs de la loi.
A présent, nous allons
entendre l'intervention du Docteur Mahir Mahran.
- Dr Mahir Mahran
Monsieur le président,
Permettez-moi d'abord de vous
exprimer mes vifs remerciements pour l'honneur que vous
m’avez fait, en m'invitant à participer aux travaux de ce
colloque.
Pour répondre à la question
qui a été posée tout à l'heure, je rappelle d'abord qu'on en
peut pas parler d'indifférenciation sexuelle, puisque le
sexe d'un enfant est déterminé dès le premier instant de sa
conception. Ainsi, il est possible, déjà pendant la vie
utérine, de vérifier si un embryon est de sexe masculin ou
féminin. C'est là un fait indiscutable. Quant à savoir s'il
faut greffer à un enfant (présentant une indifférenciation
gonadique) des testicules ou un ovaire, cela dépend de son
sexe : il recevra des testicules s'il est de sexe masculin,
et un ovaire, s'il est de sexe opposé. Mais, nous avons déjà
exprimé, ce matin, notre opposition catégorique à ce genre
d'opérations qui induisent un brassage illicite de
filiations. Ce problème est donc tranché, à l'unanimité, ou
presque.
Je voudrais, par ailleurs,
formuler quelques brèves observations à propos des
interventions de ce matin. Tout d'abord, je dois dire que je
ne partage pas l'avis du Docteur Talaat Qasbi selon lequel
la technique des "bébés-éprouvettes", est une technique
onéreuse mais facile, accessible, et qui ne demande pas de
grandes compétences. Il s'agit au contraire d'une pratique
complexe qui nécessite un savoir-faire poussé. Je ne suis
pas d'accord non plus pour ce qui est des résultats de ces
opérations. Ces résultats doivent, à mon sens, êtres ramenés
à leur véritable proportion. Ainsi, lorsque la mise en
contact de l'ovule et du spermatozoïde réussit in vitro, le
succès n'est encore que partiel. Car, l'oeuf fécondé peut
ne pas entamer sa division, ou cesser de se développer après
les premières divisions au terme desquelles il doit
normalement être implanté dans l'utérus. Et même après son
replacement dans la matrice maternelle, il peut ne pas s'y
fixer, ou s'en décoller quelques jours après sa nidation.
Le succès d'une fécondation
in vitro n'est donc pas garanti à cent pour cent.
L'opération n'a le plus souvent qu'un intérêt scientifique.
Or, pour les femmes en mal d'enfants, ce qui compte, ce
n'est pas le succès technique de l'intervention, ou les
tests de grossesse a priori positifs, mais de pouvoir
devenir mères. Si cet objectif n'est pas atteint,
l'intervention doit être considérée comme un échec. De fait,
le taux de succès de la fécondation in vitro ne dépasse
guère 18 % des cas dans les meilleurs centres médicaux du
monde où cette technique est utilisée. C'est peu de chose,
surtout si l'on tient compte du fait que ces centres ne
respectent pas les impératifs déontologiques qui s'imposent
dans ce domaine.
Je parle ici en connaissances
de cause, puisque j'ai eu l'occasion de visiter plusieurs de
ces centres et de voir ce qui s'y passe, concernant les
aspects éthiques de cette pratique. Je considère par
conséquent que la technique des "bébés-éprouvettes" présente
certes une avancée scientifique non négligeable, qui peut
être mise à profit, mais qu'il ne faut pas en exagérer
l'importance.
Et comme je l'ai dit tout à
l'heure, ces interventions sont coûteuses ; or, les pays
musulmans ont bien d'autres priorités en matière de
dépenses. Je vois mal, en effet, un pays musulman consacrer
dans sa politique de santé une enveloppe budgétaire
importante à la technique des "bébés-éprouvettes", surtout
si ses ressources sont limitées par rapport aux besoins à
satisfaire et s'il doit faire face à des maladies aussi
préoccupantes que l'anémie, la bilharziose, le cancer, etc.
IL s'agit là d'un problème éthique qui a suscité beaucoup de
discussions et a fait l'objet de nombreuses rencontres. Il
faut donc que la position islamique soit claire, en ce qui
concerne l'identification des priorités en matière de
dépenses pour éviter les gaspillages des ressources même
dans des domaines considérés par ailleurs comme accessibles
ou intéressants.
Lors d'une réunion
précédente, on s'est demandé dans quelle mesure on peut
faire confiance à des cliniques privées européennes qui
pratiquent la fécondation in vitro et transfert d'embryon
(FIVETE) à l'intention des femmes musulmanes.
Personnellement, je condamne sans appel le recours à ces
cliniques étrangères et j'apprécie par la même occasion
l'expérience de la Jordanie où la fécondation in vitro est
pratiquée dans les hôpitaux publics et sous le contrôle du
syndicat des médecins. C'est une manière de s'assurer que la
méthode utilisée est bonne et d'éviter que la pratique de la
fécondation in vitro ne soit justifiée par des motifs
purement lucratifs comme c'est déjà le cas dans un grand
nombre de pays arabes.
J'en arrive au problème de
l'absence de l'utérus. Dans ma pratique de médecin, il
m'arrive une fois tous les deux mois de constater une telle
anomalie chez une jeune fille qui, voyant que les règles ne
viennent pas après 16 ans, s'inquiète ainsi que sa famille
et décide d'aller consulter un médecin. A cet égard, il
semble que la transplantation de l'utérus peut être une
bonne solution médicale. Les expériences ont déjà été
entreprises dans ce sens en Occident, où les problèmes sont
abordés, évidemment, dans une optique qui n'est pas celle de
l'Islam.
Le monde islamique est donc
appelé à apporter sa propre contribution dans ce domaine.
Pour de nombreuses femmes souffrant d'une absence de
l'utérus, la transplantation de cet organe peut être une
solution envisageable. Cela d'autant plus que ces femmes
possèdent le plus souvent des ovaires qui fonctionnent
normalement, libérant des ovules de façon régulière.
L'absence du vagin est un
autre problème qui rend impossible les rapports sexuels et
donc la fécondation. On ne s'en aperçoit parfois qu'après le
mariage. Il n'y a pas eu jusqu'ici de transplantation de
vagin. Mais à supposer qu'elle puisse se réaliser un jour,
elle n'aurait aucune incidence d'ordre génétique, comme cela
a été expliqué ce matin. Elle serait donc soumise au même
principe général qui s'applique aux autres transplantations
d'organes comme l'utérus.
A l'Université ‘Ayn Shams,
nous utilisons des tissus des muqueuses embryonnaires pour
former un vagin à des femmes qui n'en ont pas. Par ailleurs,
on a beaucoup écrit sur la location de ventres ("mères
porteuses") ; c'est une pratique moralement inadmissible.
Nous sommes d'accord là dessus. Personnellement, je pense
que ce qui est condamnable, c'est la "location". Mais il y a
des cas où il ne s'agit pas de location, mais d'un acte
consenti bénévolement au profit d'un tiers : lorsque une
femme par exemple se propose de tirer de difficultés une
soeur en acceptant de porter en son sein l'enfant de
celle-ci. Pour ce qui est des glandes génitales, je suis
d'accord qu'elles portent le matériel génétique du donneur,
mais elles ne le transmettent pas au receveur. Peut-on donc
en autoriser la transplantation ?
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je pense que le problème
soulevé par notre confère, Dr. Mahir, a déjà été examiné et
a fait l'objet d'une décision : l'intervention d'un tiers
dans l'acte procréatif, soit par le don d'utérus, ou par le
don de gamètes, est absolument exclue. C'est clair et net.
- Dr Mahir Mahran
J'ai retenu des points
importants dans ce qui a été dit ; mais il faut préciser ce
qu'on entend par "intervention d'un tiers". Dans le ventre
de la mère, des réactions chimiques et hormonales s'opèrent
entre le corps maternel et l'embryon. Ces échanges
n'affectent certes pas le matériel génétique que l'enfant a
reçu à parts égales de son père et de sa mère ; mais ils
n'en contribuent pas moins à son développement. Il y a
ensuite l'allaitement au sein maternel, l'allaitement par
une nourrice, le partage du même sein avec un autre enfant :
autant de cas où on peut parler d'intervention d'un tiers.
Je voudrais par ailleurs
souligner l'importance des colloques comme celui qui nous
réunit en ce moment. Cependant, tant que les résultats de
ces colloques ne sont pas traduits dans les faits et tant
que la pensée qui s'y élabore ne parvient pas aux médecins
opérant sur le terrain et en contact avec les patients, leur
impact réel restera limité. La déontologie médicale veut que
le médecin n'entreprenne aucune intervention sans le
consentement préalable des intéressés. Mais avant de donner
son consentement, le patient doit d'abord être suffisamment
informé au sujet de l'opération qui lui est proposée.
Pour cela, le médecin doit
user d'un langage simple et clair. A ce sujet, j'ai quelques
suggestions à faire à propos de la terminologie médicale
arabe. J'ai entendu en effet certains termes que je
n'aimerais pas qu'on utilise même s'ils sont corrects. Dire
par exemple "al-juzë al-wahshi", pour la partie évasée de la
trompe de Fallope, ce serait utiliser un langage trop savant
pour être accessible au patient. Pour se faire comprendre,
il faudra donc s'exprimer de façon claire et simple. Je
n'aime pas non plus qu'on utilise le terme "haywan manawi"(animalcule
spermatique = spermatozoïde), car pour le commun des gens
l'animal a une toute autre signification. Je préfère donc
que l'on dise "cellule sexuelle mâle". J'ai relevé d'autres
termes de ce genre dans les communications qui m'ont été
envoyées. Or, l'arabe est une langue assez riche pour
proposer des mots plus jolis et plus agréables à entendre.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je crois dans les
recommandations issues des colloques précédents, on a
utilisé le terme "manawi" (spermatique) sans "haywan"(animalcule).
- Dr Maamoun El-hadj
Je pense que c'est inexact !
il faudrait dire "nutfa"(semence mâle).
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je crois qu'il faut de toute
façon laisser le choix des termes qui conviennent au comité
chargé de la formulation. Je vous remercie, Docteur Mahran,
pour vos suggestions et je vous signale que l'Organisation
Islamique pour les Sciences Médicales se penche sur les
problèmes que vous avez soulevés et cherche des solutions
appropriées. Et peut-être, la première démarche entreprise
dans ce sens a été de faire participer à nos assises
l'Académie du Fiqh.
Notre honorable confère,
Cheikh Mokhtar Sulami, a un commentaire à faire.
- Cheikh Mohammad Mokhtar
Sulami
Au nom de Dieu, le Clément,
le Miséricordieux,
Que la paix et les
bénédictions soient sur le Prophète Mohammad, sa famille et
ses Compagnons,
Je vous remercie, monsieur le
président, pour m'avoir accordé la parole. J'essaierai
d'être bref et de ne pas dépasser le temps qui m'est
imparti. J'ai suivi une partie de ces séances et lu les
documents qui m'ont été fournis. J'ai ensuite écouté les
interventions de la deuxième partie. La conclusion à tirer
de tout cela, c'est qu'il faut s'entourer de maximum de
précautions pour éviter le mélange de filiations, et de ne
pas autoriser la transplantation d'organes ayant une
incidence sur le matériel génétique. Des précautions
s'imposent également en ce qui concerne l'ensemble des
organes sexuels : ces derniers constituent des parties
intimes de la personne que nul n'a le droit de toucher ou de
voir. Pas question, par conséquent, d'en tolérer la
transplantation.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je vous remercie, Cheikh
Sulami, pour cette mise au point importante. Il nous reste
quelques minutes et je crois que Cheikh Abderrahman voudra
intervenir...
* Cheikh Abderrahman
Abdelkhaleq
Au nom de Dieu, le Clément,
le Miséricordieux.
Je voudrais juste demander
quelques éclaircissements à propos d'une information publiée
il y a deux semaines par le journal "Asharq al-awsat" et
reprise par d'autres journaux, comme "Al-hadaf", selon
laquelle : un ovule prélevé sur une femme vénézuélienne (ou
mexicaine) aurait été fécondé par le sperme d'un chien et
l'expérience se serait traduite par une grossesse et par la
naissance d'un bébé. Le journal "Al-hadaf" a même publié des
photos pour illustrer cet événement. Ma question est la
suivante : Est-il scientifiquement possible que l'ovule
d'une femme soit fécondé par le sperme d'un animal autre que
l'homme ?
- Président, Dr Issam
Charbîni
C'est une histoire plus
invraisemblable encore que celle évoquée par Dr Mohammad Ali
El-bar. Cela relève, à mon avis, de la science-fiction. Mais
on va voir ce qu'en pensent nos confères médecins.
- Dr Abdelmounim Obeid
Je sais qu'un tel événement
s'est produit et a fait l'objet, il y a un mois, d'une
grande polémique scientifique et médiatique aux U.S.A, qui a
duré plusieurs semaines.
- Dr Issam Charbîni
Nous savons que la moindre
anomalie chromosomique entraîne des maladies, peut coûter la
vie à l'individu. Comment serait-il donc possible
scientifiquement de réussir un brassage de chromosomes
humains et de chromosomes non humains ! Personnellement, je
doute fort que ce soit réalisable.
- Dr Hussein Jazaïri
Merci, monsieur le président.
Je ne reviendrais pas sur la question posée, et je crois que
vous avez déjà à ce sujet la réponse qu'il faut. Tout cela
n'est pas sérieux et ne mérite pas qu'on s'y attarde. Mon
intervention, je la résume en deux points : le premier, qui
a été déjà souligné par mes confères, Dr Mahran et Dr
Mohammad Ali El-bar, concerne la prise en considération des
priorités en matière de dépenses de santé. Il convient donc
de se demander si le problème des transplantations d'organe
soumis à notre examen relève vraiment des priorités.
Le deuxième point, également
abordé par nos confrères gynécologues et obstétriciens, se
rapporte aux causes de la stérilité masculine ou féminine.
Je voudrais rappeler que la cause principale de ces
stérilités réside dans les inflammations, elles-mêmes
imputables dans la plupart des cas à des relations sexuelles
généralement extra-conjugales et à des maladies sexuellement
transmissibles. Je crois que cette mise en garde est
nécessaire pour mieux sensibiliser nos sociétés musulmanes
aux dangers inhérents à ces pratiques. Car, les préjudices
ne sont pas seulement d'ordre religieux mais aussi
sanitaires. Ici, la foi et la santé se renforcent et se
protègent mutuellement. Merci.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Merci, Docteur Hussein
Jazaïri. Je rappelle qu'une autre séance sera consacrée à
l'examen des aspects médicaux ; car on s'est aperçu qu'il
reste encore des points à approfondir, surtout que certains
de nos confrères qui avaient d'autres engagements ont pu
nous rejoindre et nous faire l'honneur d'assister à nos
discussions. Je pense que le Docteur Ahmad Rajai El-Jjoundi
sera d'accord pour réserver la séance de l'après-midi aux
aspects médicaux.
- Dr Maamoun El-hadj
Je voudrais apporter une
réponse scientifique brève à la question du Cheikh
Abderrahman Abdelkhaleq. Ce qu'on a raconté au sujet de la
fécondation d'un ovule humain par le sperme d'un animal est
une fumisterie médiatique. Scientifiquement, un
spermatozoïde ne peut pas pénétrer l'ovule d'une espèce
autre que celle du donneur. L'ovule de la femme, par
exemple, est entouré d'une membrane dite "zone pellucide".
Or, même si on enlève cette membrane, un spermatozoïde d'une
autre espèce animale (exception faite du hamster) ne pourra
pas traverser les autres zones de l'ovule humain.
D'ailleurs, un seul spermatozoïde pénètre dans l'ovocyte,
après quoi tous les autres spermatozoïdes sont repoussés. Je
crois donc que, d'après les données scientifiques
disponibles, la fécondation entre espèces est une pure
mystification
- Président, Dr Issam
Charbîni
Nous allons à présent
clôturer les débats et nous nous donnons rendez-vous pour
cet après-midi, juste après la prière, pour une nouvelle
séance à laquelle vous êtes tous appelés à participer. Je
vous remercie.
- Dr Talaat Qasbi
Au nom de Dieu, le Clément,
le Miséricordieux.
La fécondation in vitro et
transfert d'embryon (FIVETE) est une opération qui nécessite
effectivement une grande expérience. Elle est pratiquée
actuellement dans des cliniques privées en Angleterre et à
Singapour. Les taux de succès, d'après les données à ma
disposition, varient entre 30 à 33 %. Pour ce qui est du
coût de l'opération, c'est tout à fait relatif, car une
femme en mal d'enfant est prête à payer tout ce qu'on lui
demande pour satisfaire son désir de maternité. Mais, comme
l'a souligné le Docteur Mahir, il existe un ordre de
priorités pour les gouvernements. De fait, il est plus
urgent de s'attaquer à des maladies comme la Bilharziose que
de dépenser des sommes importantes en matière de la
fécondation artificielle. Cela dépend donc des individus. Et
à ce sujet, les opinions sont loin d'être unanimes.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Merci, Docteur Talaat.
- Cheikh Mohammad Mokhtar
Sulami
La question concernant la
technique des "bébés-éprouvettes" est importante. Le recours
à cette technique procréative est un acte qui se classe dans
la catégorie des interdits religieux. Un croyant qui fait
appel à une telle pratique aura d'abord, sa vie durant, à
souffrir moralement pour avoir commis une faute durable et
irrémissible. En Islam, commettre des actes formellement
interdits tout en refusant catégoriquement de les considérer
comme tels, relève de l'apostasie. Mais, violer un interdit
présumé, ou ne pas reconnaître cette interdiction
présomptive, ce sera commettre un péché, certes, mais un
péché pardonnable. Vu la tolérance de l'Islam, le problème
en question, n'est donc pas si grave que ça.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je remercie notre confrère,
Cheikh Mokhtar Sulami pour ces précisions.
- Dr Hamdâti Mâalaynayn
Il est certain, comme l'a
signalé notre confrère Cheikh Mokhtar Sulami, que beaucoup
de manquements reprochés au Musulman ne constituent pas
d'infractions formelles et expresses. Mais, il était d'usage
dans les sociétés islamiques, qui, tout au long de leur
histoire, tiraient leurs lois de la Charia, de fixer des
règles répressives pour sanctionner tout acte portant
atteinte aux valeurs spirituelles et à la religion
islamique. A partir de là et compte tenu du fait que ces
pratiques gagnent de plus en plus du terrain et que les
jeunes d'aujourd'hui tournent de plus en plus le dos aux
valeurs civilisationnelles islamiques, le présent colloque
devra recommander aux Etats islamiques, à travers l'Académie
du Fiqh, de prévoir dans leurs lois nationales respectives
des sanctions contre ce genre d'infractions. Merci.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Nous allons écouter à présent
l'intervention du Dr Hussein Jazaïri.
- Dr Hussein Jazaïri
Merci, monsieur le Président.
Lors des assises précédentes, nous avons parlé de la greffe
du rein que nos confères docteurs de la loi ont approuvée,
après de longues discussions, considérant que cet organe est
nécessaire pour le maintien de la vie. Aujourd'hui, nous
sommes en train d'aborder des problèmes secondaires dont ne
dépend pas la vie d'un homme. En fait, l'objet de la
présente session, n'est pas la fécondation extra-utero avec
le sperme du conjoint. Cette pratique a déjà fait l'objet de
décisions légales émanant des Académies du Fiqh et de vos
différentes assises.
La question soumise à notre
examen en ce moment est la transplantation des organes
sexuels internes et externes. Pour ce qui est des organes
externes une interdiction a déjà été prononcée par
l'Honorable Mufti ; reste le problème des organes internes.
S'agit-il ici de sauver une vie humaine ? Devons-nous nous
contenter d'aborder les problèmes du point de vue théorique
et juridique, de prononcer des avis pour ou contre, en
laissant toute latitude de décider aux médecins, sachant que
l'Islam est une religion qui conjugue le spirituel et
temporel ?
L'expérience montre que
lorsque les médecins ont la liberté d'action, soit ils
agissent en fonction des fonds publics mis à leur
disposition, - mais la gestion de ces fonds est une affaire
qui concerne tout aussi bien les docteurs de la loi que les
hommes politiques-, soit dans le cadre privé et donc mûs par
des motivations lucratives.
Ce dernier point a déjà été
souligné par le Docteur Mahran, qui a demandé que des
limites soient fixées dans ce domaine pour éviter les abus.
Par ailleurs, il faudra insister beaucoup sur la question
des priorités, déjà évoquée.
Je voudrais enfin poser une
question à l'adresse de nos Honorables docteurs de la loi :
dans le cas comme celui que nous discutons aujourd'hui,
est-ce qu'il ne s'agit pas aussi de sauver une vie humaine ?
Nos confrères psychologues diront peut-être que le cas en
question est important sur le plan psychologique. Mais on
sait qu'il y a une infinité de problèmes humains qui ont une
dimension psychologique. Quand un patient souffre d'un
ulcère duodénal, par exemple, le médecin se contente de lui
donner ce conseil simple : décontractes-toi et ne te
démoralises pas! Mais qui pourrait de nos jours être à
l'abri de la déprime et du désespoir ! Merci.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je vous remercie, Docteur
Jazaïri, pour les points importants que vous avez soulevés.
La présente séance étant consacrée aux aspects médicaux, nos
confrères médecins sont appelés à montrer le degré
d'importance des pratiques soumises à notre examen, par
rapport à l'ordre des priorités en matière de dépenses ou
ailleurs. Leurs précisions seront nécessaires pour formuler
des avis juridiques appropriés.
- Dr Abdelmounim Obeid
S'agissant des questions
médicales, elles méritent d'être quelque peu approfondies.
J'avais par ailleurs suggéré à mon confrère, le secrétaire
général adjoint, de faire en sorte que les questions
économiques soient traitées avec un intérêt égal à celui
manifesté par le Docteur Hussein Jazaïri.
Concernant les pratiques
médicales, je pense que Dr Mahir Mahran a fait un pas en
avant et deux pas en arrière. Il a fait un pas en avant, par
sa contribution importante au sujet de la procréation par
remplacement qui consiste à implanter l'oeuf fécondé d'une
femme dans l'utérus de sa soeur ou de sa mère. C'est un
point qui mérite d'être réexaminé, même s'il a déjà fait
l'objet d'une décision précédente. Les données scientifiques
ne sont pas immuables. On peut en retenir aujourd'hui ce que
nous avons rejeté hier. Aux docteurs de la loi, il incombe
de nous tracer la voie à suivre, en puisant aux sources de
notre Sainte religion et dans les valeurs impérissables de
notre glorieux patrimoine.
Le deuxième point concerne
l'enfant dont l'identité sexuelle à la naissance n'est pas
identifiée. Je sais que les analyses cytologiques permettent
de mettre en évidence le sexe d'un tel enfant. Mais je parle
de la fonction sexuelle, mâle ou femelle, qui sera celle de
cet enfant durant toute sa vie. Et là j'ai pensé que la
transplantation pourrait être une solution, sous réserve
évidemment des restrictions qui s'imposent et de nombreuses
difficultés inhérentes à sa réalisation.
Ma troisième remarque
s'adresse au Cheikh Sulami : le fait de dévoiler les parties
intimes ('awrat) du patient ne devra pas poser problème dans
le domaine de la pratique médicale. Je souhaite donc que
notre honorable Cheikh fasse preuve de souplesse en la
matière. Et puis, les parties honteuses n'ont pas toutes le
même degré d'intimité ; certaines sont plus "intimes" que
d'autres. Par ailleurs, on ne peut prévoir dans quelle
direction la médecine va évoluer et on ne sais pas si une
greffe d'organes sexuels externes a déjà été pratiquée. Une
telle opération aura-t-elle des incidences négatives sur le
receveur outre que les effets psychologiques ?
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je constate que des problèmes
sont soulevés qui ne figurent pas au programme
d'aujourd'hui. En tant que médecin, je voudrais ajouter que
je ne suis pas d'accord avec Dr Obeid, qui a déclaré qu'en
médecine, la notion de "parties intimes", n'existe pas ; au
contraire, elle existe et les médecins en connaissent les
limites ; ils savent également ce qui leur est permis de
découvrir en cas de nécessité. Mais personne n'a dit que en
médecine on peut tout dévoiler.
- Dr Ibrahim Badran
Merci, monsieur le président.
Je crois que certains intervenants ont compris l'importance
des interventions chirurgicales pour résoudre le problème
d'hermaphrodisme, caractérisé par la présence chez le sujet
à la fois des structures ovariennes et des structures
testiculaires. Je pense que le Coran fait allusion à ce
phénomène dans le verset suivant : "...ou bien il réunit par
couple des fils et des filles"(XLII, 50). Si mon
interprétation est bonne, l'expression coranique "réunir par
couple" pourrait signifier "donner à l'enfant des caractères
mixtes, masculins et féminins".
Des cas d'hermaphrodisme,
j'en ai rencontré deux fois pendant mes 42 ans de carrière.
L'un des sujets concernés était un "homme" qui a des
enfants. Mais lorsque nous l'avons examiné, on s'est aperçu
qu'il a des testicules et un ovaire. Chez certains enfants
déclarés à la naissance de sexe féminin, on découvre, après
examen, des testicules suspendus dans le ventre en même
temps qu'une vulve hypoplastique. La sage-femme ou un
médecin débutant peut prendre un tel sujet pour fille. On
peut l'inscrire comme tel dans le registre de l'Etat civil.
A l'âge de cinq ans, on voit apparaître des caractères
indiquant que le sexe du sujet n'est pas celui qu'on avait
supposé à sa naissance. Les cas d'hermaphrodisme ont été
fréquents depuis la Deuxième Guerre mondiale. Dans certains
pays où l'on se marie tardivement comme en Angleterre et en
France (40 ans), ces anomalies sont de l'ordre de 1 sur 2000
ou 2500.
Il y a des cas également où
des filles sont nées avec un utérus et des ovaires mais sans
vagin. La transplantation du vagin dans ce cas-là est une
solution qui pourra même permettre à ses femmes de procréer
et de prendre conscience de leur féminité. Je crois que ce
sujet mérite d'être débattu. Merci monsieur le président.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je vous remercie, Docteur
Badran. Une petite précision : je crois que pour les sujets
dont le sexe génétique est féminin, mais qui présentent des
anomalies gonadiques, la chirurgie réparatrice peut être
envisagée sans problème. Mais là où les choses se
compliquent, c'est lorsque les médecins décident de
transformer en femme, un sujet de caryotype mâle. C'est sur
ce point que nous devons en référer à l'avis des Docteurs de
la loi. Enfin, pour ce qui est la transplantation du vagin,
je voudrais savoir si l'organe en question provient de la
patiente elle-même ou d'une tierce personne.
- Dr Ibrahim Badran
L'opération consiste à
prélever un morceau de chair sur la cuisse de la patiente
elle-même et à en faire un conduit qui s'étend entre
l'urètre et le rectum.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je passe la parole au Cheikh
Abdallah Ibn Bey.
- Cheikh Abdallah Ibn Bey
A propos de la manipulation
des organes génitaux, tout le monde est d'accord pour la
déclarer inadmissible. Il ne s'agit pas là d'un problème
juridique épineux. Les interventions en question n'ont pas
un caractère de besoin, et encore moins de nécessité. Tout
au plus s'agit-il des pratiques de luxe qui n'occupent
qu'une place inférieure dans l'échelle des priorités
répondant aux grands desseins de la Charia"(maqâsid
ash-sharî'a).
Par ailleurs, je voudrais
demander quelques éclaircissements à propos des sujets
féminins évoqués par le Docteur Badran : s'agit-il de vraies
femmes ? ou d’hermaphrodites (khunthâ) féminins dont la
chirurgie permet simplement de réparer les anomalies
sexuelles ? Car, si elle vise à changer carrément le sexe,
l'intervention doit être, à mon sens, interdite. Bien plus,
une telle intervention, comme l'ont déjà souligné certains
de nos confrères, est passible d'une punition
correctionnelle sévère (ta'zîr).
Un jurisconsulte malikite,
Khalil Ibn Ishaq, écrit à ce sujet : "pour toute atteinte
aux droits de Dieu ou des hommes, le gouvernant inflige au
coupable des peines d'emprisonnement et de flagellation,
même s'il faut pour cela que la sévérité du châtiment
entraîne la mort du contrevenant".
Les peines dissuasives (ta'zîr)
peuvent être extrêmement sévères, surtout si on a affaire à
un récidiviste. Celui-ci mérite une lourde peine
d'emprisonnement et une interdiction d'exercer ; ainsi il
sera mis hors d'état de nuire aux Musulmans. Pour terminer,
je répète que la transplantation des organes génitaux est
une pratique inadmissible.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je donne la parole maintenant
au Cheikh Zandâni.
- Cheikh Zandâni
Au nom de Dieu, le Clément,
le Miséricordieux.
Je voudrais préciser d'abord
que le sujet débattu ici comporte deux volets : un volet
scientifique et un volet religieux. Il y a, d'une part, les
progrès scientifiques et leurs applications pratiques,
d'autre part. Or, j'ai constaté qu'une confusion a été faite
entre ces deux aspects de la chose qui méritent pourtant
d'être distingués. Pour cela, nous devons être au fait des
réalités de la science, suivre avec attention accrue ses
découvertes et ses évolutions.
Les opérations qui coûtent
aujourd'hui des millions pourront demain devenir accessibles
à bon marché. Ces opérations, nous les avons refusées pour
des motifs financiers, politiques etc, alors que nous devons
laisser les portes ouvertes sur la science, mettre en place
des centres pour en suivre les derniers développements, des
conseils scientifiques où des docteurs de loi siégeront aux
côtés des spécialistes de différentes disciplines
scientifiques. On verra combien la femme musulmane sera
ravie de savoir que dans un pays arabe un hôpital propose
des interventions chirurgicales à des prix très
raisonnables. Cela ne vaudra-t-elle pas mieux pour elle que
d'aller se faire opérer en Grande-Bretagne ou en France ?
Doit-on attendre que des problèmes de ce genre se posent
pour les porter devant les parlements et les instances
responsables et de voir ensuite si les décisions prises sont
appliquées ou pas, si le budget prévu permet de faire
quelque chose ? Il faut donc faire la part des choses.
Le deuxième point de mon
intervention concerne la procréation. Dieu a fait de
celle-ci un moyen pour réaliser de nombreuses fins, sociales
et psychologiques. Mais l'Occident, ignorant ces fins,
réduit la procréation à sa dimension sexuelle, à un
comportement purement animal. Ainsi, s'inscrivant dans une
optique qui n'est pas fondée comme la nôtre sur la loi
divine, les occidentaux en viennent à accepter la
fornication sous le couvert de "fécondation médicalement
maîtrisée avec don de gamètes " : une manière de jouer avec
les mots et de fausser les réalités. En abordant ce sujet,
il importe donc d'en examiner toutes les facettes. Par
ailleurs, je suis d'accord pour ne pas revenir sur les
interventions destinées à corriger les anomalies et les
malformations. A cet égard, le don de gamètes (mâles ou
femelles) paraît moins grave que la transplantation
d'organes (génitaux). Les précisions du Docteur Badran au
sujet de l'intervention réparatrice du vagin sans recours à
une tierce personne sont éclairantes pour la formulation
d'un avis juridique en la matière. Merci.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Je vous remercie, Cheikh
Zandâni. Je rappelle que la tenue des colloques comme celui
qui nous réunit en ce moment, le choix des sujets relatifs à
des pratiques médicales intéressant directement ou
indirectement le Koweït et les autres pays islamiques- tout
cela a précisément pour but de suivre l'évolution de la
science, définir notre attitude à son égard et se préparer à
accompagner le progrès en marche. Ecoutons à présent
l'intervention du Docteur Mohammad Naim Yassine.
- Dr Mohammad Naim Yassine
Je voudrais préciser que
toutes les pratiques médicales soumises à l'examen de nos
confrères docteurs de la loi et autorisées par eux lors des
assises précédentes de l'Organisation, ont ceci de commun
qu'on ne leur trouve pas d'alternatives. Si elles étaient
donc acceptées, c'est à cette seule condition : l'absence
d'autres solutions de substitution artificielles,
thérapeutiques, animales etc. Si une telle solution a été
trouvée pour une pratique donnée, celle-ci redevient soumise
au principe général qu'est l'interdiction.
Or, à la lecture des exposés
médicaux, j'ai constaté que ces derniers ne précisent pas
s'il existe des moyens de remplacement pour les opérations
comme la transplantation du vagin, de la verge, de l'utérus,
ou même de l'oeil. Car la science est en perpétuelle
évolution, et il n'est pas exclu qu'elle nous propose un
jour -si Dieu le veut- des traitements substitutifs qui
permettront de résoudre les problèmes soumis aujourd'hui à
la réflexion des docteurs de la loi. Je souhaite donc que
nos confrères médecins nous éclairent sur ce point.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Merci, Docteur Mohammad Naim.
Je crois que certains collègues ont parlé des solutions de
substitution. Mais il s'agit de voir ce qui se pratique à
l'étranger, y compris dans les pays voisins, pour élaborer
les solutions juridiques qui s'imposent. Je passe la parole
au Docteur Badran.
- Dr Ibrahim Badran
Les propos tenus par notre
confrère, Docteur Zandâni, m'incitent à donner quelques
détails à propos de l'hermaphrodisme. J'ai parlé de deux
sortes d'hermaphrodites : le premier est caractérisé par la
présence chez le même sujet de caractères mixtes, masculins
et féminins ; lorsque la gonade mâle ne s'est pas
suffisamment développée, l'hermaphrodite est considéré comme
féminin. A l'inverse, une "fille" peut s'apercevoir qu'elle
n'a pas de vagin, ou d'utérus, -ce qui se signale par
l'absence de menstruation - Pour en avoir le coeur net, on
recourt dans ce cas-là à l'échographie. Mais on a découvert
un autre type d'hermaphrodisme, l'intersexualité, dont on a
commencé à parler en 1982. Les sujets intersexuels, mâles ou
femelles, se caractérisent par une production hormonale
typique du sexe opposé, accompagnée de troubles
psychologiques dûs au sentiment d'appartenir à l'autre sexe.
On a beaucoup écrit à propos de l'intersexualtité. Une
surproduction hormonale peut entraîner une tumeur de la
glande surrénale, ce qui se traduit, chez une fille de cinq
ans, par une force physique exceptionnelle. L'ablation de
cette tumeur peut remettre les choses dans leur état normal.
Je vous remercie.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Merci, Docteur Badran. La
parole est donnée au Docteur Fawzi.
- Dr Fawzi Faydallah
Je voudrais formuler deux
brèves remarques. D'abord, étant donné leur caractère
présomptif, le non respect des avis juridiques prononcés aux
sujets des pratiques médicales en question n'entraîne pas
une peine légale, mais seulement une sanction dissuasive (ta'zîr),
laissée à l'appréciation du juge. Cette sanction pourra être
spécifiée dans les recommandations finales de la présente
session.
La deuxième remarque concerne
la question des priorités en matière des dépenses. C'est là
un grand problème, du fait que les Musulmans, dans leur vécu
quotidien, ne tiennent guère compte d'un ordre de priorités
donné. Vouloir leur en imposer un, serait contraignant et
pénalisant pour beaucoup d'entre eux. Une telle exigence
aura, par conséquent, peu de chance d'être respectée.
En revanche, il faudra
entretenir à ce sujet la ferveur religieuse des Musulmans en
les sensibilisant aux dangers du laisser-aller et de
l'esprit du lucre. Par ailleurs, il est difficile de dire si
les pratiques en question ont un caractère de besoin ou de
nécessité. Je ne pense pas en tout cas qu'il s'agisse d'un
luxe, comme l'ont déclaré certains intervenants. Au
contraire, il s'agit là d'opérations qui ont une importance
cruciale pour la vie conjugale et, plus encore, qui mettent
en jeu les buts assignés par la Charia au mariage. Je pense
donc qu'il faudra concentrer les débats de nos colloques sur
les aspects médicaux et juridiques. Laissons aux colloques
économiques et juridiques le soin d'examiner le volet
économique de la chose, en fixant une ligne de conduite à
suivre en matière de dépenses individuelles et collectives.
Je vous remercie et vous adresse les salutations bénies de
l'Islam.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Merci, Docteur Fawzi
Faydallah. La recommandation que vous avez faite, nous la
transmettons à son Excellence le Président de l'Organisation
et à MM. le Secrétaire et le Secrétaire adjoint. Notre
confrère le Docteur Hamdi Mas'oud va nous entretenir des
aspects éthiques et économiques du problème qui nous
préoccupe ici. Mais avant de lui donner la parole, je
demande à nos confrères docteurs de la loi d'intervenir
s'ils ont encore des questions à poser.
- Dr Sidqi Dajjani
Merci monsieur le président.
Je voudrais poser une question à mes collègues médecins et
plus particulièrement au Docteur Badran qui nous a fait un
riche exposé sur l'hermaphrodite - cette autre forme de
créature conçue par Dieu, le Très-haut- Je rappelle d'abord
que le problème de l'hermaphrodisme a été abordé de longue
date par le droit islamique et voilà qu'on le redécouvre à
l'époque actuelle. Ma question, la voici : pour les filles
qui n'ont pas de vagin, on leur en forme un, avec de la
chair prélevée sur leur propre cuisse, y a-t-il des cas
d'hermaphrodisme où il est nécessaire, pour réparer
l'anomalie sexuelle, de faire appel aux organes provenant
d'un tiers, surtout pour les sujets à la recherche d'une
apparence masculine ? Mais, pour stimuler un processus de
différenciation, une prise d'hormones sera nécessaire, d'où
cette question subsidiaire : que pensez-vous de cet apport
hormonal ? Quand est-ce qu’on peut considérer que la dose
administrée est normale ou artificielle et donc contraire au
plan divin ? Merci.
- Dr Ibrahim Badran
Les deux questions sont
liées. Pour la femme, l'opération permet, même en l'absence
de l'utérus, de constituer artificiellement un vagin avec de
la chair prélevée sur la patiente elle-même, et, par
conséquent, de donner à celle-ci une chance de vivre une vie
normale.
Pour l'homme, l'opération
consiste à construire, à partir de la peau du ventre (ou
d'autres parties du corps) un tube branché sur la
terminaison de l'urètre ; à l'intérieur de ce tube, on
introduit une prothèse en plastique (phalloplastie) ou un
segment de tissus cartilagineux. Le phallus ainsi constitué
peut assurer certaines fonctions, de façon un peu
artificielle. L'opération a l'avantage de ne pas faire appel
à un tiers donneur.
Pour ce qui est de
l'administration d'hormones, elle peut être autorisée dans
les cas d'intersexualité, mais pas à des fins de déviation
sexuelle ; car on sait que les travestis utilisent des
hormones féminisantes pour se donner une forme féminine :
douceur de la peau, disparition de la pilosité faciale,
aspect moelleux de certaines parties du corps etc. Cette
pratique, devenue courante dans certains pays d'Europe, est
inadmissible tant au plan religieux que médical.
Mais malheureusement, les
défenseurs des déviations sexuelles affichent leurs opinions
un peu partout dans le monde. -Prions Dieu que leurs idées
perverses ne nous atteignent pas- Ils s'expriment à travers
les chaînes de radio et des colloques, s'organisent en
associations pour défendre leur cause et réclamer leurs
droits. Ceux parmi nos confrères qui sont venus d'Amérique
et qui y vivent savent combien les mouvements d'homosexuels
sont puissants dans ce pays, où ils constituent des groupes
de pression semblables aux lobbies politiques qui imposent
au gouvernement des législations allant dans le sens de
leurs intérêts.
D'autre part, pour les
sujets, mâles ou femelles, souffrant d'une sous-production
hormonale, il n'y a aucun inconvénient, à mon avis, à ce que
des hormones leur soient administrées. Troisième et dernier
point : il existe une variété d'hormones qui, si elles sont
utilisées de façon incorrecte ou en fortes doses, provoquent
une suractivité de certains glandes, ce qui induit une
cancérisation de celles-ci. Par conséquent, la prise de ces
hormones doit être contrôlée de façon rigoureuse pour
prévenir tout abus.
- Dr Sidqi Dajjani
Juste une petite question :
d'après ce que nous avons entendu, l'opération de changement
de sexe pour un homme utilise la peau de celui-ci pour en
former un vagin artificiel, en raison, dit-on, d'une
sensibilité meilleure de cette peau, est-ce que la même
technique a déjà été utilisée pour transformer une femme en
homme ?
- Dr Ibrahim Badran
Il se peut qu'elle soit
utilisée, mais en fait notre expérience en ce domaine est
quasiment nulle.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Merci, Docteur Badran. Je
passe la parole au Dr Kamal Najib.
- Dr Kamal Najib
Le Centre des maladies
héréditaires a une grande expérience pour ce qui est des cas
d'hermaphrodisme. Après l'intervention du Docteur Hathout,
J'aimerais revenir sur ce point pour en donner de plus
amples explications à nos confères docteurs de la loi.
- Dr Hassane Hathout
Je voudrais m'adresser à nos
confères docteurs de la loi pour leur poser une question à
propos du phallus artificiel : l'homme souffrant d'une
érection déficiente ou dont la verge ne se gonfle pas,
enfile sur celle-ci une prothèse de taille et de capacité
d'érection raisonnables, pour pouvoir donner du plaisir à sa
femme pendant l'acte sexuel. Ma question est la suivante :
est-il licite ou non d'utiliser une telle prothèse ? Merci.
- Président, Dr Issam
Charbîni
La réponse à cette question
sera donnée lors de la séance suivante, consacrée aux volets
juridiques. A présent, écoutons l'intervention du Docteur
Kamal Nadjib.
- Dr Kamal Najib
Dans l'exposé que j'ai
présenté ce matin, j'ai dit que la différenciation sexuelle
est un processus à cinq temps. Il y a d'abord le sexe
génétique, fixé par la formule XX, pour les femmes, et XY,
pour les hommes. La présence du chromosome Y dans le
caryotype détermine la formation de la gonade mâle, le
testicule, qui, à son tour, produit les hormones mâles
nécessaires à l'élaboration des autres organes génitaux,
internes et externes. Telles sont les quatre étapes de
différenciation sexuelle mâle dont nous avons déjà parlé.
La cinquième étape intervient
après la naissance : l'enfant porteur de la paire
chromosomique XY ou XX se développe normalement. A
l'inverse, une anomalie dans la formule chromosomique
définissant le sexe, se traduit par l'apparition de
caractères mixtes, intermédiaires entre le sexe masculin et
le sexe féminin : on a alors affaire à un hermaphrodite. En
réalité, il y a deux sortes d'hermaphrodisme : il peut
s'agir d'hermaphrodisme vrai ou de pseudo-hermaphrodisme.
Dans le premier cas, le sujet possède à la fois un ovaire et
des testicules. Dans le pseudo-hermaphrodisme, les gonades
sont indiscutablement mâles ou femelles, (en conformité avec
le sexe génétique) mais les organes génitaux externes,
malformés, évoquent plus au moins le sexe opposé.
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