Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

Allocution  prononcée
par

Son Excellence Dr Abderrahman Abdellah Alawadi
Président de l'Organisation islamique pour les Sciences médicales

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux,

Louange à Dieu qui a guidé nos pas sur la voie de l'Islam et nous a gratifié du bienfait de la foi,

Béni soit le Prophète Mohammad, le plus noble des envoyés de Dieu,

Excellences,
Chers confrères,

Que la paix, la miséricorde et la grâce de Dieu  soient sur vous,

C'est un grand plaisir pour moi de vous souhaiter la bienvenue à la septième session de notre colloque consacré à l'examen de problèmes médicaux du point de vue de la Charia ; en cette heureuse occasion, j'ai l'insigne honneur de vous transmettre les salutations de son Altesse l'Emir du Koweït, Président de la cinquième session de la conférence islamique, Cheikh Jabir al-Ahmad Jabir al-Sabâh, que Dieu le garde et l'assiste.

C'est également avec joie que je saisis cette occasion pour adresser, en mon nom propre et en votre nom, les chaleureuses salutations, les vifs remerciements et les déférents hommages à son Altesse l'Emir du Koweït, pour l'immense intérêt et le soutien constant qu'il porte à l'action islamique en général, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, et aux activités de l'Organisation Islamique des Sciences Médicales, en particulier ; sans la généreuse assistance de son Altesse, l'Organisation n'aurait pas pu remporter des succès aussi éclatants dans le domaine de la médecine islamique.

Mais les gestes de générosité et la sollicitude de son Altesse à notre égard ne s'arrêtent pas là, car voici qu'elle donne son accord pour que soient traduits, en anglais et en français, les Actes de nos colloques précédents et à venir ; son Altesse entend ainsi dédier nos travaux au monde islamique, en particulier, et aux pays non arabophones, en général. L'auguste initiative de l'Emir témoigne également de son désir de faire bénéficier les autres pays des résultats de nos activités, d'ouvrir la voie à l'harmonisation de l'attitude islamique face aux innovations médicales aux répercussions planétaires, et de favoriser ainsi les efforts visant à distinguer en la matière ce qui est religieusement interdit et ce qui est acceptable.

Il m'est également agréable d'exprimer au nom de tous les participants mes sincères remerciements et ma profonde gratitude à son Altesse le prince héritier, Président du Conseil des ministres, Cheikh Saad al-Abdallah al-Salim al-Sabah, qui n'épargne aucun effort pour soutenir l'Organisation ; mes remerciements s'adressent également à l'honorable Conseil des ministres qui ne cesse d'apporter sa généreuse assistance à notre institution.

Je tiens à remercier, enfin, les responsables de la Fondation de Koweït pour le Développement Scientifique, et tout particulièrement mon frère et collègue le Docteur Ali Al-Chamlane qui oeuvre inlassablement en vue de promouvoir la coopération en matière de bourses d'études et de la traduction des Actes de nos colloques. Je voudrais donc lui exprimer, à lui et à ses collègues, ma sincère reconnaissance et ma profonde gratitude pour leurs efforts de coopération. Puisse Dieu guider nos pas sur la voie du bien et nous gratifier de sa grâce.

Chers confrères,

L'Organisation Islamique des Sciences Médicales s'est intéressée depuis sa création aux problèmes d'ordre religieux suscités par les progrès de la médecine, car il s'agit là de questions qui touchent l'homme dans ce qu'il a de profondément humain, dans son intégrité que l'Islam tient à préserver contre toute violation. Cet intérêt se justifie en outre par la nécessité d'adapter notre religion aux évolutions en incitant les docteurs de la loi à faire preuve de l'ijtihad (effort d'interprétation de la Charia) et à élaborer les solutions légales appropriées permettant aux Musulmans, mais aussi aux autres, de faire le départ entre le licite et le prohibé.

Dans ce contexte, l'Organisation a déjà tenu quatre colloques, outre celui qui nous rassemble en ce moment et qui revêt un caractère tout particulier. En effet, la réunion d'aujourd'hui est le fruit de la coopération sincère et sérieuse, amorcée entre l'Organisation et l'Académie du Fiqh, dont les responsables ont déployé de louables efforts, en collaboration avec l'Organisation, en vue d'assurer le plein succès à ces rencontres et d'aboutir à l'élaboration d'avis juridiques consensuels, garants de la cohérence effective de l'opinion islamique dont nous avons si grandement besoin. Il ne fait pas de doute en effet que la consultation juridique (fatwa) ne peut plus être laissée à l'initiative doctrinale des individus, en raison de la diversité, de la complexité et de l'interpénétration des disciplines scientifiques. Une approche multidisciplinaire est donc nécessaire, associant  les docteurs de la loi islamique et les médecins qui doivent réfléchir ensemble, autour d'une même table, sur les questions soumises à leur examen, et fixer les limites du tolérable et de l'inadmissible, et ce, pour le plus grand bien de la Oumma islamique.

La coopération existant entre l'Académie du Fiqh et l'Organisation devra servir d'exemple aux autres institutions islamiques pour ne pas laisser  travestir le message de l'Islam et attribuer injustement à notre religion des attitudes qui lui sont étrangères.

Chers frères,

Le monde se targue aujourd'hui de ses prodigieuses victoires remportées sur beaucoup de maladies ; mais ces progrès suscitent en même temps d'immenses inquiétudes. Ainsi, dans le monde occidental, nombreux sont ceux qui proclament que la science, dissociée pour eux de la sagesse,  doit être une fin en soi ; ce faisant, ils ignorent les conséquences fâcheuses d'un tel discours ; ils ignorent également que l'humanité, comme dit en substance une Hadith, est embarquée dans un même bateau : si ceux qui se trouvent au fond de l'embarcation en percent les parois, ils périrons ainsi que tous les autres passagers ; mais si on les empêche de commettre un tel acte,  tout le monde sera sauvé, eux compris".

Préoccupés par ces menaces qui pèsent sur l'humanité, les défenseurs des valeurs éthiques en Occident se sont mobilisés pour suivre jour après jour les innovations scientifiques et exprimer, le cas échéant, leur opposition. Des Associations nombreuses sont ainsi créées dans le but de protéger l'homme contre ses semblables, d'exhorter à la vertu, à la morale et au renouveau de la foi. Mais il semble que ce soit déjà trop tard...

Voilà pour l'Occident. Quant au monde islamique, la situation semble beaucoup plus critique. D'abord parce que nous ne participons pas au progrès de la science ; ensuite, parce que on a vu se multiplier les initiatives individuelles et les fatwa (avis émanant d'une autorité religieuse) exprimant le point de vue de leurs auteurs sur les problèmes soumis à examen. Or, faute d'une connaissance suffisante des données scientifiques sur lesquelles elles entendent se prononcer, ces tentatives restent pour la plupart limitées, réductrices. Mais notre propos n'est pas de contester ces efforts d'interprétation (Ijtihad) (au demeurant toute opinion est sujette à caution, sauf celle émanant du Prophète) ; nous voulons tout simplement  mettre en garde contre le danger qu'il y a à fixer de façon aussi indécise les limites de l'interdit et du licite ; cet état de fait risque en effet de jeter la confusion dans les esprits des Musulmans et donner aux ennemis de l'Islam l'occasion de relancer leur campagne de dénigrement contre cette religion et ses adeptes.

On n'insistera donc jamais assez sur l'importance de la coordination et de la coopération entre les différentes instances islamiques opérant dans ce domaine. L'Académie du Fiqh à Djedda joue à cet égard un rôle de premier plan ; en réalité, malgré toutes les difficultés inhérentes à ce domaine, la tâche dévolue à cette honorable institution est exaltante et mérite d'être poursuivie. Puisse Dieu guider ses pas et lui accorder plein succès.

Indiquer les limites du licite et du prohibé au regard de la Charia n'est pas un exercice fortuit ; ce n'est pas non plus une perte de temps et d'énergie. Tant s'en faut. Il s'agit plutôt, pour les savants de la Oumma, d'une obligation sacrée. Car, les sujets en question touchent chaque individu au plus profond de son être, dans sa spécificité proprement humaine. Il incombe donc aux Oulémas d'assumer pleinement la charge à eux confiée par Dieu, en éclairant la voie aux Musulmans.

Les Oulémas, comme disait l'Imam Al-Ghazali, doivent aller vers les gens pour les édifier et leur indiquer ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui leur porte bonheur et ce qui risque de les rendre malheureux ; et, au lieu d'attendre qu'on vienne les consulter, ils sont appelés à attirer les fidèles vers eux, car ils sont, comme dit un Hadith, les "héritiers des prophètes". Or, les prophètes n'abandonnent pas les foules à leur ignorance ; au contraire, ils vont dans les lieux de rassemblement et vont même frapper à la porte des gens pour leur apporter leur message éclairant.

L'Islam définit de façon claire et nette les limites de l'interdit et du licite ; ses prescriptions en la matière émanent de Dieu et ne sont pas l'oeuvre des individus comme c'est le cas dans les législations  humaines. Se situant au juste milieu, les lois divines ont pour but le bonheur de l'homme en tant qu'être privilégié. Le Coran considère en effet que "Quiconque tue une personne innocente... c'est comme s'il tue toute l'humanité. Et quiconque sauve une seule personne, c'est comme s'il sauve toute l'humanité"(V, 32).

A l'inverse, les normes et les principes émanant de l'homme sont entachés de subjectivité et marqués par les passions et les inclinations de celui-ci. Aussi restent-elles imparfaites et donc loin de satisfaire toutes les aspirations matérielles, psychologiques et spirituelles de l'homme.

Chers frères,

L'Islam autorise la médication à condition que les moyens utilisés ne soient pas religieusement interdits, conformément au hadith suivant :"Pour ma communauté, aucune guérison ne peut provenir de ce que Dieu lui a rendu illicite".

Les sujets soumis à notre réflexion font partie des innombrables défis posés à l'humanité dans son combat contre les maladies. On avait déjà abordé certaines de ces questions, mais notre tâche cette fois-ci est plus ambitieuse encore, car des perspectives nouvelles sont ouvertes récemment devant la science qu'il convient d'examiner en profondeur en tirant les conclusions qui s'imposent et en les confrontant avec les résultats de nos précédentes assises.

Sans doute la Charia est-elle à même d'assimiler toutes ces nouveautés, en séparant l'ivraie du bon grain. Elle vous offre les clés des problèmes et elle trouvera en vous, j'en suis persuadé, ses fidèles interprètes et ses fervents défenseurs.

Puisse Dieu nous indiquer le bien et nous couvrir de sa grâce.

Wassalamu Alaykoum wa rahmatullahi wa barakatuh.

 

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