|

3.1.3 Transplantation de glandes et d'organes sexuels
Dr MOHAMMAD ALI EL-BAR
Arabie Saoudite
Présentation
La greffe d'organes n'est pas
une pratique récente. Des données archéologiques ont montré,
en effet, que la greffe des dents était pratiquée par les
Égyptiens anciens qui l'ont transmise ensuite aux Grecs puis
aux Romains. Elle fut à l'honneur au Xèmesiècle, grâce aux
médecins musulmans. Dans l'Antiquité, les Indiens savaient
réaliser des opérations de greffe de la peau, de réparation
du nez abîmé, de l'oreille coupée. Ces opérations ont été
décrites avec force détails dans le livre Sasruta-Samhuta,
composé il y 2700 ans.
En Islam, le Prophète
Mohammad a remis à sa place l'oeil d'un Compagnon, Qatâda,
sorti de son orbite après avoir été percé par une flèche
lors de la Bataille de Badr, selon certains auteurs, ou d'Ouhoud,
selon d'autres sources. L'oeil réparé devint non seulement
plus joli, mais, dit la Tradition, il conféra à Qatada une
acuité visuelle plus grande. Ce fut donc la première
réimplantation d'organe en Islam.
Pour leur part, les
jurisconsultes musulmans anciens ont abordé le problème des
transplantations d'organes. Ainsi, dans Minhâj at-tâlibîn,
l'Imam Nawawî écrit : "si, faute de trouver un os pur, on en
greffe sur une personne un qui est impur, la chose est
excusable". La question est reprise, avec plus de détails,
par l'Imam Charbîni. D'autres docteurs de la loi ont discuté
les possibilités de transplantations d'os, provenant d'un
homme ou d'un animal. Al-Qazwînî, dans son livre ‘jâ'ib
al-makhlouqât souligne que l'os d'un cochon a cette
particularité que s'il se trouve collé à un os humain, il
s'y unit très vite et se développe normalement.
On voit ainsi que la
transplantation d'organe n'est pas une invention des temps
modernes. L'humanité a déjà connu cette thérapeutique dans
le passé. Certaines de ses formes ont été abordées par les
Docteurs de la loi musulmans, voilà environ neuf siècles.
Cependant, le XXème siècle a vu apparaître une activité
scientifique d'une ampleur sans précédent dans l'histoire.
L'un après l'autre, des défis sont surmontés. On en vient
ainsi à réussir des transplantations considérées jusque-là
irréalisables : greffes des reins, du coeur, des poumons, du
foie, du pancréas et, enfin, des tissus cérébraux et des
organes génitaux.
Depuis que la transfusion
sanguine est devenue une pratique courante, les Docteurs de
la loi ont émis des avis juridiques la considérant légale,
de même qu'ils ont déclaré licite l'autopsie. Ensuite, de
nombreux avis favorables ont été prononcés par la Direction
des consultations religieuses d'Egypte (Dar al-Ifta
al-misriyyat), à propos des sujets aussi variés que la
greffe de la peau, de la cornée et autres organes. Le 5
Safar 1400 H, le Comité des consultations canoniques
(fatwa), relevant du Ministre des Affaires religieuses, a
annoncé la décision 32/79, déclarant permise la
transplantation d'organes provenant d'un donneur vivant ou
d'un cadavre. Le 6/11/1402 h., une décision émanant du Haut
Comité des Oulémas d'Arabie Saoudite, a déclaré licite la
transplantation d'organes. Un avis favorable à cette
pratique a également été émis par L'Académie du Fiqh,
relevant de la Ligue du Monde islamique, lors de sa septième
session, tenue en 1407 h.
La question de la mort
cérébrale n'a été abordée par les docteurs de la loi qu'en
1405. De fait, les décisions antérieures autorisant le
prélèvement d'organes sur les cadavres, se fondaient sur
l'arrêt cardiaque pour déclarer le donneur définitivement
mort. Mais depuis cette date, l'Académie du Fiqh de la Ligue
du Monde islamique commence à étudier le problème de la mort
cérébrale. Cette question a également été abordée par
l'Académie du Fiqh relevant de l'OCI, lors de sa deuxième,
puis de sa troisième sessions, respectivement en 1406 h. et
1407 h. Cette Académie prononce enfin sa décision historique
n°5 considérant la mort cérébrale comme équivalent à la mort
cardiaque.
Lors de sa quatrième session
en 1408, l'Académie du Fiqh, ayant examiné la question des
transplantations d'organes, a adopté la décision n° (1) S
(session) 4/08/88, autorisant cette pratique. Elle a déclaré
ainsi licite le prélèvement d'organe sur le sujet lui-même
(autogreffe) ou sur une personne vivante, à condition que
celle-ci possède sa pleine capacité légale, qu'elle consente
à ce don et qu'elle n'en subisse aucun préjudice.
De même, l'Académie a
considéré légal le prélèvement d'organe sur une personne
morte, sous réserve du consentement exprimé de son vivant,
ou, sinon, de l'accord donné par ses héritiers ou encore par
l'Autorité, si le défunt n'est pas identifiable ou s'il n'a
pas d'héritier. Il faut, de surcroît, que le don soit fait
à titre gracieux.
Lors de la quatrième session
de l'Académie du Fiqh, j'avais présenté un exposé dans
lequel j'avais soulevé un certain nombre de questions à
l'intention des Honorables docteurs de la loi, mais ces
derniers avaient décidé d'en reporter l'examen à une session
ultérieure.
Ces questions, je les avais
formulées après de longues consultations avec un groupe de
médecins. Certaines d'entre elles ont été soumises à
l'examen lors de la sixième session. En voici un rappel
sommaire :
- Transplantation d'organes
provenant d'embryons avortés ou surnuméraires;
- Transplantation de glandes
et d'organes sexuels ;
- Transplantation des
cellules nerveuses et cérébrales ;
- Réimplantation d'un organe
amputé au titre d'une peine légale (comme la remise en place
d'une main coupée en punition d'un vol).
J'avais, par ailleurs, soumis
une autre étude sur la fécondation artificielle in vivo et
in vitro, lors de la deuxième et à la troisième sessions de
ladite Académie. J'avais par la même occasion soulevé une
question à propos des expérimentations faites sur les
embryons avortés et des embryons surnuméraires issus d'une
fécondation in vitro. Mais l'Académie ne s'était pas
prononcée là dessus.
Dans ce qui suit, nous
aborderons le problème de la transplantation de glandes et
d'organes sexuels d'après les données sommaires dont nous
disposons.
Greffe de glandes et
d'organes sexuels
La glande génitale assure une
double fonction :
- Une fonction gamétogénique
(production d'ovules, chez la femme, de spermatozoïdes, chez
l'homme) ;
- Une fonction endocrine :
elle produit des hormones dont le mécanisme est plus
complexe chez la femme que chez l'homme. Les hormones
ovariennes sont responsables des modifications de
l'endomètre (muqueuse interne de l'utérus) dont la
dégénérescence provoque l'écoulement menstruel, ou les
règles. Les hormones mâles, (les testostérones), déterminent
les caractères sexuels secondaires mâles : pilosité pubienne
(plus importante chez le garçon que chez la fille),
l'apparition du duvet de la lèvre supérieure, des joues,
puis au menton ; la mue de la voix, la maturation osseuse,
sécrétion par la peau de plus de sébum, apparition du désir
sexuel.
Dans le passé, les médecins
utilisaient les testicules des animaux à des fins diverses.
A l'époque moderne, on emploie des extraits testiculaires
pour traiter l'impuissance sexuelle mâle et autres maladies,
liées notamment à la vieillesse. Des préparations
synthétiques de la testostérone sont également obtenues.
Elles servent à des fins thérapeutiques diverses et sont
particulièrement efficaces contre certains types de cancer
de sein.
Les hormones ovariennes sont
également synthétisées. Il en existe plusieurs dérivés. Ces
hormones synthétiques permettent des usages médicaux
multiples : traitement des troubles du cycle, préparation de
pilules anticonceptionnelles, lutte contre certains types
d'avortement, traitement du cancer de la prostate...
Greffe de testicule
Il y a peu, un événement a
fait la "une" des journaux, dont Al-muslimoun : Un médecin,
opérant dans une clinique privée, s'est dit prêt à réaliser
une greffe de testicule. Ce serait, selon lui, une
intervention des plus faciles. Le journal Al-muslimoun
s'empressa de contacter au téléphone un certain nombre de
muftis qui donnèrent leur feu vert pour la réalisation de
l'opération, jugée par eux licite. Une vive controverse s'en
est suivie dont le journal a profité pour faire sa propre
promotion et augmenter ses ventes.
Or, la greffe de testicule en
est encore au stade expérimental. La preuve, c'est que j'ai
cherché dans les revues médicales spécialisées, et dans les
livres consacrés aux transplantations d'organes sans rien
trouver sur ce sujet ; pas même dans les ouvrages publiés
récemment et que je me suis procuré l'été dernier (1988)
lorsque j'étais en visite à Londres. Cette année, j'ai
cherché encore dans la bibliothèque de la Faculté de
médecine et dans la bibliothèque de l'Université Roi
Abdelaziz. En vain. J'ai contacté par la suite, à travers la
bibliothèque de l'université Roi Abdelaziz, le centre de
Ryad (qui est plus grand encore) et on m'a promis de
m'envoyer quatre articles sur le sujet de ma recherche.
Mais, je n'ai encore rien reçu. Enfin, grâce au concours
d'un collègue lui-même intéressé à ce sujet, j'ai cherché
dans un réseau international et trouvé 14 articles sur la
greffe de testicules. Ces articles, publiés dans des revues
internationales entre 1970 et 1988, traitent tous (sauf un)
de la réimplantation de testicule sur un enfant présentant
une cryptorchidie (le testicule reste bloqué dans l'abdomen
et ne descend pas dans les bourses).
Rappelons ici que l'ébauche
de la gonade (glande sexuelle) apparaît à la 5-6ème semaines
de la vie utérine. Elle se différencie au bout de la 6-7ème
semaine de grossesse, donnant lieu soit à une gonade mâle
(testicule), soit à une gonade femelle (ovaire).
La gonade primitive apparaît
à l'endroit du futur rein. Le rein embryonnaire se forme
dans la cavité pelvienne avant de remonter vers la région
lombaire, les gonades sexuelles effectuent le trajet inverse
: elles quittent l'abdomen où elles se sont différenciées
pour descendre vers la fosse iliaque ou lombaire. La gonade
femelle s'arrête là, alors que les testicules vont
poursuivre leur migration pour atteindre le canal inguinal,
au 7ème mois de développement embryonnaire. Ils le
traversent enfin pour aller se loger dans les bourses. Mais
il arrive que cette migration ne s'accomplisse pas : le
testicule reste alors bloqué dans le canal inguinal, et
même, parfois, dans la région de l'abdomen ou lombaire
(ectopie). Dans le premier cas, une intervention
chirurgicale peut induire la descente testiculaire. Dans le
second, une réimplantation de testicule s'avère nécessaire.
Mais, le taux de réussite de ce genre d'opérations, fort
délicates, est très faible.
La revue Fertility-Sterility
(n°2, 30 août 1978), a publié un article de S.J. Silber sur
la transplantation de testicule d'un enfant sur son frère.
Il s'agit, en l'occurrence, de deux jumeaux homozygotes,
(c'est-à-dire issus d'un même oeuf). Il existe donc entre
eux une compatibilité tissulaire immunologique
(histocompatibilité), ce qui a permis d'éviter les réactions
de rejet et, partant, de faciliter la réussite de
l'opération. Le testicule greffé se met, en effet, à
produire des spermatozoïdes sains et à sécréter l'hormone
mâle, la testostérone. C'est le seul article que j'ai pu
lire au sujet de la greffe de glandes mâles. Mais certains
de mes collègues médecins m'ont appris que la Chine
populaire effectue des expériences dans ce domaine.
Remarques
La réimplantation de
testicule ne soulève aucun problème du moment qu'il s'agit
de l'organe provenant du patient lui-même. Il n'existe donc
pas de motif légal pour s'y opposer. Mais cette opération
relève des prouesses techniques difficiles à réaliser, ce
qui en limite malheureusement l'efficacité.
S'agissant de la greffe de
testicule provenant d'un frère jumeau homozygote, il y a
lieu de préciser que si dans ce cas de figure le donneur et
le receveur sont identiques sur le plan immunologique, ils
n'en demeurent pas moins différents au regard de la Loi. Or,
l'on sait que la transplantation de la glande sexuelle d'un
homme sur un autre entraîne le transfert du mécanisme
spermatogénique de l'un sur l'autre. Il en résulte que le
sujet receveur produit des spermatozoïdes porteurs d'un
patrimoine génétique qui n'est pas le sien, mais celui du
donneur de testicule.
Nous voilà donc face à un cas
de procréation semblable à la fécondation avec sperme de
donneur (en l'occurrence le donneur de testicule). Si on
autorise donc ce genre d'opérations, il faudrait en faire de
même de la fécondation d'une femme mariée à un homme stérile
avec le sperme provenant d'un tiers donneur. Ces pratiques
ne sont pas sans rappeler une méthode procréative qui était
à l'honneur dans la société arabe d'avant l'Islam : "nikâh
al-istibdâ" : union extraconjugale qui consiste à ce que
l'homme s'abstient de tout rapport sexuel avec sa femme,
l'autorisant après le cycle menstruel à aller cohabiter avec
un autre homme, viril, brave, noble.. jusqu'à ce que la
grossesse se déclare. Après quoi, le mari peut reprendre
commerce avec elle. Cette union avait pour but d'obtenir une
progéniture nombreuse et puissante, comme il ressort de la
Tradition rapportée par Al-Boukhari, sur l'autorité de Aïsha
(l'une des épouses du Prophète).
Revenons à la greffe de
testicule : les caractères héréditaires contenus dans les
cellules germinales produites par ces glandes ne changent
pas une fois celles-ci transplantées sur une tierce
personne, quand bien même elles changent de milieu et se
trouvent alimentées par des apports nutritifs nouveaux. De
fait, le génome humain se constitue dès le premier instant
de la conception de l'individu. Ainsi, le bénéficiaire d'une
glande sexuelle reçoit avec elle le patrimoine génétique du
donneur. Par conséquent, il n'aura génétiquement aucune
influence sur sa progéniture.
La sécrétion des hormones est
secondaire. Elle n'affecte en rien le génome des futurs
enfants. Au demeurant, les préparations hormonales sont
actuellement disponibles dans les pharmacies sous forme de
comprimés ou d'injections. Les médecins les prescrivent à
des patients en cas de besoin.
Greffe de l'ovaire
Le Docteur S. Silber a
déclaré avoir réalisé une transplantation de l'ovaire avec
la trompe de Fallope sur une femme souffrant d'une stérilité
tubaire. Ces organes ont été prélevés sur la soeur jumelle
de la receveuse. Silber a également pratiqué sur un homme
une greffe de testicule provenant d'un frère jumeau. Nous en
avons déjà parlé. Nous avons également signalé que les
transplantations d'organes impliquant des jumeaux
homozygotes ne déclenchent pas de rejet immunologique.
Ce chirurgien américain, qui
exerce à l'Hôpital Saint Luc, (ville de Saint-Louis), a
reconnu que les greffes de glandes génitales sont difficiles
à réaliser et qu'elles demeureront limitées aux jumeaux,
dans l'état actuel des choses. Aussi ne constituent-elles
pas une bonne solution thérapeutique aux problèmes de
stérilité, du moins dans l'immédiat. Le succès de ces
opérations délicates reste en effet mitigé. De surcroît,
seuls les centres médicaux hautement équipés sont capables
de se livrer à de pareilles interventions.
La greffe de l'ovaire pose
les mêmes problèmes que ceux posés par la glande mâle :
l'ovule qui sera produit portera les caractères héréditaires
non pas de la patiente receveuse mais de la donneuse
d'ovaire. Alors, en cas de grossesse, on aura affaire à deux
mères : mère biologique (la receveuse) et mère génétique
(donneuse d'ovaire et donc de gamète femelle).
Une controverse a déjà éclaté
à propos d'un cas comparable : la mère porteuse. Les avis
des docteurs de la loi étaient alors partagés : les uns
considéraient que la mère réelle est celle qui porte
l'enfant en son sein jusqu'au terme de grossesse ; les
autres estimaient, par contre, que c'est à la donneuse
d'ovocyte que revient le droit de maternité. Un long débat
s'en est suivi, dont on trouve un rappel détaillé dans le
livre rassemblant les Actes du colloque sur "la procréation
au regard de l'Islam"(publié par l'Organisation Islamique
des Sciences Médicales). Dans mes livres "Bébés-éprouvettes
et insémination artificielle" et "Problèmes éthiques de la
fécondation artificielle", j'ai moi-même rapporté les
discussions relatives à ce sujet et qui avaient lieu dans
l'Académie du Fiqh (relevant de la Ligue du Monde
Islamique).
Conclusions au sujet des
transplantations de glandes génitales (ovaire et testicule)
Les tentatives entreprises
dans ce domaine dans les grands centres médicaux des Etats
Unis, d'Europe et de la Chine Populaire, en sont encore au
stade expérimental. Le taux de succès, fort modeste, ne
concerne que des opérations qui consistent à faire descendre
dans les bourses un testicule resté bloqué dans l'abdomen,
ou des transplantations syngénéiques, c'est-à-dire,
impliquant les vrais jumeaux, qui ont par définition le même
capital génétique.
Il apparaît donc clair que
ces pratiques ne constituent pas une solution thérapeutique
aux problèmes de la stérilité. Et, qui plus est, elles
induisent de graves conséquences en ce sens qu'elles
brouillent les liens de filiation en rattachant
génétiquement les enfants à des personnes autres que leurs
parents légitimes (en l'occurrence, les donneurs de glandes
sexuelles). Or, l'intervention d'un tiers dans l'acte
procréatif a déjà été déclarée illégale par les docteurs de
la loi lorsqu'ils se sont prononcés au sujet de la
fécondation artificielle. Par "intervention d'un tiers", on
entend : le don de gamète mâle (spermatozoïde) ou femelle
(ovocyte), d'oeuf fécondé congelé et, enfin, le recours à
une mère porteuse.
De ce qui précède, on conclut
que la greffe allogénique (c-à-d, dans laquelle l'organe
provient d'un tiers donneur) de glande génitale est
inacceptable du point de vue de la religion. En revanche, il
n'y aucun inconvénient à réimplanter à un patient sa propre
glande. La réalisation de cette dernière opération ne dépend
que de la doigté et du savoir-faire du chirurgien.
Transplantations d'organes
génitaux
Les données scientifiques à
ma disposition ne font aucune mention de la greffe d'organes
génitaux. Mais, j'ai lu à ce propos une histoire racontée
par un film de Hollywood : elle met en scène un vieillard
affaibli par l'âge mais qui, en recevant l'organe d'un jeune
homme, viril et grand de taille, retrouve une vitalité
débordante et une puissance sexuelle excessive qui ne tarde
pas à lui causer d'innombrables ennuis...
La greffe d'organes génitaux
reste donc un sujet confiné dans le cadre de la
science-fiction, des récits imaginaires ou des films
cinématographiques.
Sur le plan pratique,
d'autres moyens thérapeutiques existent - et ils sont légion
- qui permettent de traiter l'impuissance sexuelle ou les
troubles de l'érection (exemple: greffe de prothèse pouvant
assurer la même fonction).
D'après des revues
scientifiques que j'ai pu consulter à ce sujet, un organe
artificiel a été mis au point pour permettre aux enfants
dont le membre viril est petit, d'uriner debout, car en
Occident il est mal vu d'uriner en position assise. On
procède également à des interventions chirurgicales pour
réparer le conduit urétral lorsque l'orifice s'en trouve
situé à la face inférieure de la verge (malformation dite
hypospadias).
Il existe aussi des méthodes
chirurgicales permettant de changer de sexe, en greffant aux
transsexuels, par exemple, un vagin artificiel à la place de
leur organe viril, ce qui leur permet de faire l'amour comme
des femmes. C'est une pratique devenue courante en
Occident. Plus étrange encore : On a entendu parler d'un
étudiant de médecine à l'Université El-Azhar, en Egypte, qui
s'est fait changer de sexe. Cette histoire a vivement choqué
l'opinion arabe.
En Tunisie et au Maroc, des
médecins français se proposent de changer de sexe à ceux qui
le désirent parmi leur clientèle étrangère, venue dans ces
pays en tant que touristes.
La greffe d'organes génitaux
femelles internes comme l'utérus n'est pas encore
réalisable, d'après les sources médicales à ma disposition.
Mais si une telle opération se réalise un jour, elle ne
poserait aucun problème légal, du moment qu'elle ne fait pas
rattacher à une personne une progéniture qui n'est pas la
sienne, comme c'est le cas dans les greffes de glandes
génitales.
La transplantation de la
verge ne pose pas non plus de problème de consanguinité
douteuse. Mais je vois mal comment un homme accepterait
d'utiliser, dans ses rapports sexuels avec sa femme, le
membre viril d'un autre homme (mort, cela s'entend). Il
préférerait de loin faire appel aux autres moyens
artificiels de remplacement. Mais cela ne pose-t-il pas déjà
un problème du point de vue du droit islamique ?
Conclusion finale
La transplantation d'organes
sexuels n'est pas une pratique médicale courante. Elle en
est encore à l'état empirique, bien qu'elle excite déjà
l'imagination des auteurs de science-fiction. En plus, elle
ne semble pas être une méthode thérapeutique efficace contre
la stérilité ou l'impuissance sexuelle. Elle ne pourra donc
qu'aggraver la situation de sociétés déjà en proie à des
difficultés inextricables.
Par ailleurs, dans le monde
islamique, les gens n'ont même pas encore accès aux soins de
santé primaires. Beaucoup d'entre eux souffrent toujours, en
effet, des problèmes d'hygiène, d'insalubrité, de manque de
vaccination et d'allaitement au sein pour les enfants, de
tabagisme...Autant de problèmes de santé pourtant faciles à
résoudre.
Les pays pauvres feront donc
mieux de se pencher sur le sort des millions de leurs
citoyens confrontés à la malnutrition, à la diarrhée, au
paludisme, à la bilharziose, à la tuberculeuse...face à ces
maux redoutables, que vaut une poignée de personnes désirant
satisfaire des appétits inavouables, ou obtenir une
progéniture, avec des méthodes dont la plupart sont
réprouvées par notre sainte religion, mais aussi par le bon
sens !
REFERENCES
1.
Cette nouvelle a été
publiée par le journal "Al-madîna", n° 6696, du 9/8/1985.
|