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3.1.2 Possibilités de transplantation d'organes sexuels
femelles
Dr TALAAT QASBI
Koweït
Les organes génitaux internes
de la femme sont : l'utérus, les deux trompes de Fallope et
les deux ovaires. L'utérus est un corps musculaire creux à
l'intérieur duquel se forme l'embryon. Lors de la ponte
ovulaire, l'ovule, libéré par le follicule de Graaf, est
recueilli par le pavillon et s'engage dans la trompe où se
produit la fécondation. L'oeuf fécondé descend ensuite le
long de ce conduit (d'environ 10 cm) pour aller se nicher
dans la cavité utérine où se poursuivra le développement de
l'embryon.
Définition de l'infécondité
C'est l'incapacité pour un
couple de concevoir un enfant, après une cohabitation
régulière d'un an au moins. Les causes de la stérilité sont
communes aux deux sexes. Ainsi, la stérilité masculine
représente 30 %, contre 40 % chez la femme, le taux global
d'infécondité étant de 30%.
Parmi les causes principales
de stérilité féminine, on signale l'obstruction des trompes,
qui est responsable de 40 % des cas d'infécondité chez la
femme. Les déficiences irréversibles des trompes peuvent
être dues aux inflammations (salpingite) ou à
l'endométriose. Des recherches médicales se poursuivent en
vue de trouver des solutions à ces problèmes.
Des tentatives ont déjà été
entreprises dans ce sens, parmi lesquelles on peut citer :
le déplacement de l'ovaire dans la cavité utérine pour
contourner les trompes obstruées ; le remplacement des
trompes déficientes par l'appendice vermiforme, une partie
de l'intestin grêle ; transplantation des vaisseaux sanguins
à la place des trompes ; utilisation des trompes en
plastique...toutes ces expériences ont échoué en raison de
la structure anatomique particulière et de l'activité
physiologique très complexe de cet organe qui consiste à
faciliter le mouvement des spermatozoïdes qui remontent vers
l'ovule, à recueillir le gamète femelle libéré, à assurer
les conditions favorables à la fécondation et, enfin, à
conduire l'oeuf fécondé vers l'utérus où il se développera.
Mais pour pallier
l'imperméabilité tubaire, on a commencé, depuis quelques
années, à recourir aux deux techniques suivantes :
- La fécondation in vitro et
transfert d'embryon : Elle consiste à prélever sur l'ovaire
des ovules qui seront mis en contact in vitro avec les
spermatozoïdes. Une fois la fécondation réussie, l'oeuf
fécondé est replacé dans l'utérus pour y poursuivre son
développement de façon naturelle.
- Le don d'ovaire : les
trompes imperméables peuvent être remplacées par des trompes
saines, prélevées sur une autre femme. Cette opération dure
plusieurs heures pendant lesquelles les trompes sont
alimentées par des solutions spécifiques qui leur sont
apportées par les vaisseaux sanguins.
Historique de la
transplantation des organes génitaux femelles internes
Les expériences dans ce
domaine, qui ont commencé à une date récente, ont porté
d'abord sur des animaux comme la brebis. Ainsi, en
transplantant l'utérus, les trompes, les deux ovaires avec
les vaisseaux sanguins qui les irriguent, on a réussi à
obtenir la grossesse, du fait que l'animal donneur et
l'animal receveur étaient de la même espèce. Les mêmes
tentatives se sont également révélées concluantes chez la
chienne.
En 1974, Winston et Brown ont
procédé au déplacement de la trompe et de l'ovaire d'un côté
à un autre chez la lapine, en rétablissant la
vascularisation de ces organes. Cette intervention, faite
sous coelioscopie, fut également une réussite.
En 1974, Blanco a réussi à
transplanter sur une patiente l'ovaire provenant d'une autre
femme. Mais le problème majeur dans ce genre d'intervention
réside dans le rejet du transplant par le mécanisme de
défense immunitaire de la receveuse. Cette opération
délicate qui doit être faite sous coelioscopie, nécessite,
en outre, le transfert de l'organe avec son réseau
vasculaire propre. Pankouli (?) réalisa en 1972 une
transplantation de l'utérus avec ses annexes, mais n'obtient
pas la grossesse. Pourtant, l'utérus, provenant de la mère
de la receveuse, n'a déclenché aucun mécanisme de rejet.
Transplantation de la trompe
de Fallope
Les premières expériences
dans ce domaine ont débuté en 1946. Mais dans les cinq cas
où la trompe a été transplantée sur l'utérus, il n'a pas été
possible d'obtenir la grossesse ; car il fallait conserver
et rétablir les vaisseaux sanguins de la trompe, lesquels
sont extrêmement fins. En plus, l'intervention, qui dure
plusieurs heures, nécessite des experts en microchirurgie et
des médicaments immunodépresseurs.
La transplantation de la
trompe nécessite deux microchirurgies délicates : la
première consiste à prélever la trompe (avec son réseau
vasculaire), en pratiquant une fine incision au niveau de
l'abdomen de la femme donneuse ; on procède ensuite à une
autre ouverture abdominale sur la patiente souffrant d'une
stérilité tubaire pour lui transplanter la trompe et
rétablir la vascularisation à l'aide des sutures très fines.
Cette opération dure également de longues heures. Mais il
s'est avéré ensuite que la trompe transplantée se rétrécit
et ne fonctionne pas normalement. Cela est dû à la perte des
cils qui tapissent la paroi interne de cet organe.
Les tentatives de
transplantation de la trompe de Fallope n'ont donc pas pu se
poursuivre pour un certain nombre de raisons dont voici les
principales :
1- Le succès retentissant de
la fécondation artificielle (opération dite de
bébés-éprouvettes) dont la première expérience réussie a été
réalisée en Angleterre en 1978. Cette pratique s'est
répandue ensuite un peu partout dans le monde.
La fécondation in vitro et
transfert d'embryon (FIVETE) : cette opération se déroule
comme suit : on prélève des ovules à l'aide d'une aiguille
fine, orientée et dirigée par échographie. L'ovule recueilli
est ensuite enrichi puis placé dans un milieu de culture
approprié avant d'être mis en contact avec les
spermatozoïdes. Après la pénétration de l'ovule par le
spermatozoïde et l'amorce des premières divisions
cellulaires, l'oeuf fécondé est introduit dans la cavité
utérine à l'aide d'un cathéter. Il peut désormais poursuivre
son développement de façon tout à fait naturelle.
La fécondation in vitro,
méthode thérapeutique devenue relativement facile à
utiliser, peut être répétée pour la même femme au cours de
plusieurs cycles. De surcroît, elle n'est pas onéreuse ni
traumatisante au plan psychologique. Enfin, le taux de
succès n'est pas négligeable : 30 à 33 % dans la plupart des
cliniques où elle se pratique dans le monde.
2- La transplantation de la
trompe est une opération lourde qui nécessite une double
ouverture de l'abdomen, pour la donneuse et pour la
receveuse, avec le lot de complications qui peuvent
s'ensuivre pour les deux femmes (hémorragie, inflammations
post-opératoires, anesthésie et autres problèmes liés à la
transplantation d'organes) :
a- Les médicaments
immunosuppresseurs utilisés après la transplantation peuvent
avoir des effets pervers sur la patiente ;
b- Même si elle réussit, la
greffe de la trompe ne permet qu'une seule grossesse, étant
donné qu'il est contre-indiqué de prendre des médicaments
immunosuppresseurs pendant la grossesse, car ils peuvent
entraîner des malformations congénitales et avoir des effets
néfastes sur la mère en cas d'usage prolongé.
c- Une telle intervention ne
peut être réalisée que par des médecins experts en
micro-chirurgie, qui ne sont pas légion dans le monde ;
d- L'échec de la grossesse
après cette intervention sera psychologiquement difficile à
supporter ;
e- Conditions optimales pour
le succès de la transplantation de la trompe : l'organe doit
provenir de la mère ou de la soeur jumelle de la receveuse.
Or, ces conditions sont difficiles à réunir.
La transplantation de la
trompe de Fallope n'entraîne pas un transfert de caractères
génétiques. Mais à supposer que l'opération puisse à
l'avenir se réaliser, il restera toujours le problème de
rejet par le corps hôte de cet organe délicat qui se trouve
ainsi dépourvu des cils internes qui lui permettent
d'assurer son activité physiologique. De plus, la femme
donneuse de la trompe, non seulement subit une ouverture de
l'abdomen qui peut être lourde de conséquences, mais elle
perd également à jamais son aptitude à procréer. Cette
thérapeutique nécessite enfin un savoir-faire et une
technologie hautement sophistiquée.
Transplantation de l'ovaire
L'ovaire est la glande
génitale femelle (l'équivalent des testicules chez l'homme).
Cet organe a une fonction à la fois endocrine et
gamétogénique : il sécrète les hormones sexuelles femelles
(les oestrogènes et la progestérone) et produit les ovules
pendant la période de fécondité féminine allant de la
puberté à la ménopause. Ces ovules, ou gamètes femelles,
différents d'une femme à une autre, contiennent dans leurs
noyaux le patrimoine génétique transmissible à la
descendance. D'où il découle que la transplantation de
l'ovaire d'une femme sur une autre entraîne en même temps le
transfert des caractères génétiques de la donneuse à la
receveuse qui va les retransmettre à sa progéniture . Il y a
donc ici, du point de vue de la Charia, un brassage
illégitime de filiations.
Transplantation de l'utérus
et de ses annexes (oviducte et autres)
La transplantation de
l'utérus et de ses annexes (à part les ovaires), si elle se
réalise à l'avenir, doit être considéré comme la
transplantation de n'importe quel autre organe de
l'organisme (rein etc). Elle n'induit aucun transfert de
caractères héréditaires, ni mélange de filiations.
Rappel récapitulatif
La transplantation de
l'oviducte avec ses vaisseaux sanguins a été réalisée avec
succès sur certaines femelles animales. Chez la femme, cette
opération, bien que techniquement réalisable, se heurte au
problème du rejet immunologique qui abolit l'efficacité
physiologique du transplant. Pour surmonter ce problème, des
médicaments immunosuppresseurs ont été utilisés.
Les développements récents
dans ce domaine de la recherche montrent, cependant, que la
fécondation in vitro et transfert d'embryon (FIVETE) reste,
un peu partout dans le monde, la solution thérapeutique
privilégiée contre la stérilité. Cette pratique permet
d'obtenir la grossesse approximativement dans 30 % de cas.
Autres avantages : elle est relativement facile, ne
nécessite ni une intervention chirurgicale, ni forcément une
tierce donneuse, ni un savoir-faire exceptionnel. Sur le
plan religieux, la FIVETE est légale si l'oeuf est fécondé
avec le sperme du conjoint, puis replacé dans l'utérus de
l'épouse, elle-même donneuse d'ovocyte.
Le succès tous azimuts de la
fécondation in vitro a entraîné l'arrêt provisoire des
transplantations d'organes sexuels femelles. Mais si elles
se réalisent un jour, ces transplantations peuvent être
autorisées, à l'exception de celles qui concernent l'ovaire
dont le remplacement entraîne un transfert de patrimoine
génétique.
- Président, Dr Issam
Charbîni
Merci, Docteur talaat Qasbi.
Nous tenons à écouter la communication du Docteur Ali El-bar
qui va être présentée toute de suite par le Docteur
Abdeljawad Sawi.
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