Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

3.1.1 Transplantations de glandes génitales et d'organes sexuels

Dr SADIQA ALI AL-AWADI
et
Dr  KAMAL MOHAMMAD NAJIB
Maternité de Koweït

 

Présentation

La technique de transplantation d'organes naît des formidables progrès réalisés par la science à l'ère actuelle ; elle permet à l'homme de vaincre bien des souffrances et de réparer des lésions susceptibles de détruire ou d'atrophier irrémédiablement certains organes. Les prouesses accomplies dans ce domaine ont porté sur des organes vitaux tels que le coeur, les reins, le foie...dont tout dysfonctionnement grave risque d'être fatal.

Mû par des ambitions sans borne, l'homme cherche sans cesse à réaliser de nouvelles performances en matière de transplantations d'organes. Dans cette perspective, les scientifiques ont commencé à pratiquer des greffes d'organes et de glandes sexuels de l'homme et de la femme. Pourtant, l'affection ou la destruction de ces parties du corps humain ne mettent pas en danger la vie de l'individu ; tout au plus peuvent-ils le priver d'un don divin précieux : la procréation. On sait, en effet, que la lésion des organes sexuels entraîne une stérilité secondaire, et celle des glandes sexuelles (les ovaires et les testicules), une stérilité définitive tant pour l'homme que pour la femme.

La médecine a essayé diverses méthodes, y compris, chirurgicales, pour traiter la stérilité secondaire. Elle réussit dans certains cas, mais le taux d'échec n'en reste pas moins important. En revanche, face à la stérilité irréversible, la médecine s'est révélée totalement impuissante, et ce, en dépit des avancées spectaculaires accomplies dans diverses disciplines scientifiques, notamment en génie génétique. Aussi, les spécialistes en sont-ils venus à la conclusion que la solution du problème réside dans le remplacement des organes abîmés par des organes sains, comme on le fait pour les pièces d'une machine qui tombe en panne.

Au regard de la loi islamique, la greffe d'organe est tout à fait légale si elle permet de sauver la vie d'un homme sans porter aucun préjudice au sujet donneur. Mais est-ce vraiment le cas ici ? Il faut rappeler, d'emblée, que la Providence divine a pourvu l'homme de toute sorte de bienfaits ; mais elle peut également le priver d'autres comme la procréation. Cette réalité, certains scientifiques semblent l'ignorer, qui, en mal d'exploits, cherchent à s'aventurer dans des domaines restés jusqu'ici inexplorés dans le but de rendre à certains humains un pouvoir (en l'occurrence la procréation) qui leur est naturellement refusé, en vertu d'un décret divin sage dont le motif nous échappe.

Or, on peut très bien vivre sans cette aptitude à procréer. Voilà pourquoi la greffe d'organes sexuels suscite-t-elle de vives controverses. Les uns la condamnent sans appel, d'autres l'acceptent, ce qui permet, en définitive, de la déclarer légalement permise ou proscrite.

Mais remplacer les glandes génitales déficientes, responsables de la stérilité définitive, mâle et femelle, voilà qui nous oblige à réagir de façon énergique, en expliquant les conséquences profondes qui peuvent découler de l'autorisation d'une telle pratique.

C'est que les glandes génitales ne sont pas des organes comme d'autres que l'on peut remplacer en cas de défaillance. Elles renferment en effet des cellules germinales souches qui donnent naissance aux ovules et aux spermatozoïdes et sont, de ce fait, porteuses de caractères héréditaires qui se transmettent de pères en fils. Aussi leur transplantation entraîne-t-elle inéluctablement le mélange de filiations que l'Islam ne cesse de combattre, depuis son avènement jusqu'à aujourd'hui.

Or, quiconque lit le Saint Coran et médite sur le sens sublime de certains de ses versets, aura remarqué que Dieu, -Exalté soit-Il-, a décrété, de toute éternité, que certains hommes et certaines femmes seront frappés de stérilité, pour que s'accomplisse une volonté divine sage dont les motifs nous échappent, à nous autres humains. C'est ce qui ressort des versets suivants :

"La royauté des cieux et de la terre appartient à Dieu ; Il a créé ce qu'Il veut ; Il donne des filles à qui Il veut ; Il donne des fils à qui Il veut ou bien Il réunit par couple des fils et des fils. Il rend stérile qui Il veut ; Il est celui qui sait tout et qui est puissant"(XLII, verset 49).

Bien plus, le Livre sacré montre que l'infécondité ne peut guérir que par le fait d'une intervention divine sous la forme d'un miracle. Seul le créateur, auquel, d'après le Coran, il suffit de dire à une chose "soit!" pour qu'elle se réalise, a donc le pouvoir de rendre féconde une personne stérile, comme en témoignent les versets coraniques que voici : "Et Zacharie : il implore son Seigneur : "mon Seigneur! Ne me laisse pas seul ! Tu es le meilleur des héritiers". Nous l'avons exaucé ; nous lui avons donné Jean ; nous avons rendu son épouse capable d'enfanter. Ils s'empressaient de faire le bien. Ils nous invoquaient avec amour et avec crainte. Ils étaient humbles devant Dieu"(XXI, 89-90).

Il s'ensuit que la médecine, avec toutes ses techniques et ses appareils sophistiqués, est incapable de donner à un couple stérile une progéniture venue de sa propre semence. Certes, la greffe de glandes génitales est réalisable, mais il ne s'agit là que d'une forme déguisée de fécondation artificielle avec gamètes de donneur, quand bien même elle peut faire croire aux pauvres gens atteints de stérilité, qu'ils ont ainsi la possibilité de devenir parents à part entière. Ce qui n'est évidemment qu'une pure illusion.

Rappel de quelques données génétiques sommaires

Les caractères héréditaires qui se transmettent de génération en génération sont déterminés par les gènes contenus dans les chromosomes. Il existe ainsi, enfermés dans le noyau de la cellule humaine, 46 chromosomes (2 n), dont la moitié (23) provient de la mère et l'autre moitié du père.

Dans la gamétogenèse humaine, les cellules souches qui donnent naissance aux ovules et aux spermatozoïdes contiennent au départ 46 chromosomes. Mais elles subissent, à un stade donné de leur transformation, une méiose ramenant le nombre de leurs chromosomes à 23. C'est ainsi que la fusion du gamète mâle et du gamète femelle au moment de la fécondation donne un oeuf diploïde, porteur de 46 chromosomes, résultant d'apports maternels et d'apports paternels.

Le nombre de gènes varie selon les chromosomes qui les portent. Ces gènes commandent les caractères héréditaires, sains ou déficients, qui se transmettent des parents à leur descendance.

La différenciation sexuelle s'opère dès la conception. Elle est commandée par le chromosome XX pour les femmes, et XY pour les hommes.

Chaque individu est donc issu d'une seule cellule oeuf qui réunit les noyaux des gamètes mâle et femelle et renferme ainsi le programme génétique assigné par Dieu à cet individu.

Transplantation de glandes génitales de la femme

Description anatomique

L'appareil génital féminin comprend des organes internes et des organes externes.

Les organes internes sont : les deux ovaires, (situé l'un à droite, l'autre à gauche de la trompe de Faloppe), l'utérus et le vagin.

Les ovaires :

Ce sont des glandes situées dans le bassin et reliées à l'utérus par un corps épais. A la naissance, les ovaires portent environ 2 millions d'ovules potentiels dont 70 % dégénèrent avant la puberté et 400 milles seulement deviendront matures. Cette dégénérescence s'explique par le long processus de l'ovogenèse. De fait, les follicules primordiaux passent par différents stades évolutifs avant d'aboutir à des ovules mûrs. Les hormones sexuelles féminines jouent à cet égard un rôle déterminant.

D'après les données embryologiques, l'ovaire commence à se former entre la  8ème et la 12ème semaine de gestation. La gonade embryonnaire se différencie en ovaire sous l'effet du chromosome XX, dont un élément est venu du père et l'autre de la mère. Après la constitution de l'ovaire, d'autres organes sexuels se mettent en place.

L'évolution des follicules à l'intérieur des ovaires débute pendant la vie foetale. Les ovules achèvent leur développement après la puberté. Chaque mois, un ovule mûr est libéré (ponte ovulaire). S'il n'est pas fécondé, les règles se déclenchent (cycle menstruel).

Ce qui précède montre que la quantité d'ovocytes renfermés dans l'ovaire est limitée pendant la vie embryonnaire (selon un plan divin fixé de toute éternité). L'examen cytologique fera ressortir que le noyau de cet ovule ne comporte que la moitié du nombre des chromosomes caractéristiques de l'espèce humaine (1n).

La transplantation de l'ovaire d'une femme sur une autre aura donc pour effet de transférer le patrimoine génétique de l'une à l'autre. De cette façon, la receveuse transmettra à sa future progéniture les caractères génétiques provenant d'une autre femme. C'est là une façon indirecte de fécondation par ovule provenant d'une femme autre que l'épouse, pratique illégale en Islam. Supposons qu'on greffe sur une fille l'ovaire de sa soeur (les chances de succès étant plus importantes entre sujets apparentés), les enfants qui seront issus d'elle hériteront du patrimoine génétique de la donneuse d'ovaire, en l'occurrence, de leur tante maternelle. De même, si l'ovaire provient de sa mère, la femme receveuse engendrera des enfants qui sont génétiquement ses frères "utérins" !

Il apparaît donc clair, comme cela a déjà été souligné, que la transplantation de cette glande génitale qu'est l'ovaire entraîne un problème de consanguinité illégitime.

Structure anatomique de l'appareil génital mâle

Cet appareil se compose des organes suivants : les testicules, l'épididyme, le canal déférent, la vésicule séminale, la prostate et la verge.

1- Les testicules : Rappelons que le sexe masculin est déterminé par la présence du chromosome Y, dans le caryotype issu de la fusion des gamètes mâle et femelle. Les glandes génitales masculines que sont les testicules se différencient dans la cavité abdominale de l'embryon, avant d'aller se loger dans les bourses, au terme de l'embryogenèse. L'ébauche des testicules se met en place dès la 7ème semaine de grossesse. Ces glandes commencent alors à sécréter les hormones nécessaires au développement des autres organes spéciaux de l'appareil reproducteur de l'homme.

A partir de la puberté, les testicules commencent à produire des gamètes mâles de façon continue pratiquement jusqu'à la fin de la vie. Par contre, l'ovogenèse (la production des ovules) se termine à la ménopause, du fait que le nombre d'ovocytes potentiels, déterminé dès avant la naissance, va décroissant pendant toute la période de fécondité.

Le testicule comprend deux parties principales :

- Les cellules de Leydig forment la glande interstitielle responsable de la sécrétion des hormones mâles, les androgènes ;

- Les tubes séminifères qui produisent les spermatozoïdes.

Le volume des testicules est important pour déterminer le début de la puberté.

2- L'épididyme : c'est un canal très contourné, allongé sur le bord supérieur des testicules. Il est formé d'une tête (reliée au testicule), d'un corps et d'une queue. IL assure aux spermatozoïdes l'aliment énergétique nécessaire pour la traversée de l'utérus et la fécondation de l'ovule. L'épididyme constitue également un réservoir important de spermatozoïdes, (notamment au niveau de la tête).

3- Le canal déférent : c'est un long conduit d'environ 35 cm. Il s'étend de la tête de l'épididyme jusqu'aux vésicules séminales, en arrière de la prostate.

4- Les vésicules séminales: Ce sont de petits réservoirs situés en arrière de la vessie, au-dessus de la prostate ; les muqueuses internes de ces vésicules sécrètent un liquide qui contient principalement du sucre et des prostaglandines.

5- La prostate : C'est une glande située autour de la partie initiale de l'urètre et en dessous de la vessie. Le tissu prostatique est formée de fibres musculaires lisses. Les sécrétions de la prostate représentent 20 % du volume total du liquide séminal.

6- La verge : Le tissu de la verge est constitué par trois formations érectiles : les deux corps caverneux (constituant la partie dorsale et les deux parties latérales) et le corps spongieux.

La formation des gamètes mâles dans les testicules commence à partir de la puberté. Cette spermatogenèse dure environ 74 jours et passe par plusieurs phases au cours desquelles la cellule germinale souche, initialement diploïde, se transforme en un spermatozoïde mûr qui ne contient plus dans son noyau qu'un seul exemplaire de chaque chromosome (cellule haploïde), comme d'ailleurs le gamète sexuel femelle. Et c'est la fusion des deux gamètes au moment de la fécondation qui reconstitue l'ensemble de l'équipement chromosomique humain avec ses 23 paires de chromosomes, fournies à parts égales par la mère et par le père.

Il apparaît donc clair que les testicules agissent comme une "usine" qui,  sous l'influence des hormones, fabrique des spermatozoïdes à partir des cellules germinales souches qu'ils renferment. Dès lors, la transplantation de ces glandes sur un tiers revient à transférer à ce dernier toute la machine spermatogénique avec ses matières premières et ses mécanismes de production. Le receveur n'aura plus alors qu'un rôle d'exploitant qui utilisera la glande génitale d'un autre et transmettra ainsi à sa propre progéniture un patrimoine génétique d'emprunt. Bref, cette intervention est assimilable, comme nous l'avons déjà dit, à l'insémination artificielle avec sperme de donneur.

Voici un rappel récapitulatif des données développées plus haut :

1- Les testicules commencent à se former à la 7ème semaine de grossesse;

2- Dès les premiers stades de gestation, ces glandes se mettent à sécréter les hormones mâles (les testostérones) qui permettent le développement des autres organes génitaux ;

3- Les testicules commencent à produire les spermatozoïdes à partir de la puberté, en utilisant les cellules germinales souches qu'ils renferment et qui portent au départ le stock chromosomique complet, hérité des deux parents;

4- La transplantation des testicules entraîne le transfert de toute la machinerie spermatogénique du donneur sur le receveur dont le rôle sera réduit à assurer l'aliment énergétique nécessaire au fonctionnement de l'organe reçu.

5- Le receveur d'un testicule provenant d'un tiers transmettra à ses futurs enfants non pas son propre patrimoine génétique, mais celui du donneur ;

6- La transplantation de glandes génitales est donc assimilable à l'insémination artificielle avec sperme du donneur ;

7- Cette pratique entraîne, par conséquent, le brassage illégal de filiations.

Transplantation des organes génitaux

La transplantation des organes sexuels, mâles (la verge...) et femelles (l'utérus, les trompes, le vagin) doit être envisagée au regard de la Charia comme la greffe de n'importe quel organe tels que le coeur, le rein, le foie etc. Car, sur le plan génétique, elle n'entraîne aucune conséquence sur la descendance. Les organes sexuels transplantés n'interviennent pas en effet dans la formation de l'embryon ; ils ne font que remplacer un organe défectueux et assurer la fonction qui lui est  dévolue. Il n'y a donc pas lieu de craindre un brassage de filiations.

- Président de séance, Dr Issam Charbîni

Je remercie le Professeur Kamal Najib. La parole est donnée à présent au Docteur Talaat Qasbi, médecin-chef de service de gynécologie et d'obstétrique, Hôpital Jahrâ de Koweït. Son exposé abordera "les possibilités de transplantation d'organes sexuels femelles".

- Dr Talaat Qasbi

Merci, Monsieur le Président.

 

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