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2.3.1
Nature l'embryon et possibilité d'utiliser ses organes
à des fins d'expérimentation et de transplantation
Dr MOHAMMAD NAIM YASSINE
Chef du Département de Droit
comparé et de la Politique légale
Faculté de la Charia,
Université de Koweït
Présentation
L'objet de cet exposé est
d'examiner du point de vue du droit islamique les
possibilités d'exploitation des embryons à des fins
thérapeutiques (pour vaincre certaines maladies tenaces, par
exemple) ou expérimentales ( en les soumettant à des
expériences scientifiques ayant une finalité diagnostique,
préventive et thérapeutique).
Il s'agit donc de se
prononcer sur des questions inédites, nées des progrès
réalisés au fil du temps dans le domaine médical et qui
n'ont été abordées formellement dans aucune source de la Loi
: Coran, Tradition du Prophète, droit islamique ancien...De
ce fait, ces nouvelles situations ne peuvent, me
semble-t-il, être rattachées à aucun cas similaire déjà
tranché dans le droit islamique.
Dans des circonstances
pareilles, le jurisconsulte musulman doit peser les
avantages et les préjudices éventuels de la chose soumise à
son examen et formuler ensuite une solution légale en ayant
en vue le souci de la Charia de faire prévaloir l'intérêt
commun des fidèles et de parer à toute mauvaise éventualité.
Il convient, dans le même
esprit, de tenir compte des principes légaux qui stipulent,
entre autres, : "de deux avantages en présence, on retient
celui que l'on juge supérieur ; et des deux préjudices en
présence, on retient celui qui représente le moindre mal".
Il est possible, en s'en
référant aux médecins experts, de faire ressortir les
avantages et les risques des pratiques envisagées dans cet
exposé. Mais ce qui est malaisé dans la démarche du
jurisconsulte, c'est l'évaluation exacte et comparative de
ces avantages et risques ; car, une telle appréciation
nécessite au préalable une connaissance des valeurs réelles
des faits comparés. Il ne suffit pas, en effet, d'en
déterminer l'ampleur et les poids respectifs, à l'aune de la
Charia. Ainsi, ce qui est considéré comme un préjudice, peut
se révéler au regard de la Loi comme un énorme avantage. Et
inversement. L'essentiel, donc, c'est d'avoir une vision
claire et saine des pratiques soumises à examen.
Ainsi, pour se prononcer sur
un acte comme l'exploitation scientifique des embryons, il
convient au préalable d'en définir avec précision l'objet, à
savoir l'embryon : Celui-ci est-il considéré légalement
comme un individu humain dès sa conception ? ou le
devient-il seulement à un stade donné de son développement ?
Si l'on retient la première
hypothèse, alors toute manipulation de l'embryon sera perçue
soit comme un infanticide, soit comme une atteinte à
l'intégrité physique d'un être humain. Et dans les deux cas,
on aura commis un grave péché. Or, la mise à mort d'un
individu humain ne peut se justifier en Islam qu'en cas de
peines canoniques fixées par la Loi, lesquelles ne peuvent
en aucun cas s'appliquer à un embryon. Dès lors, aucun motif
ne pourra autoriser la destruction de l'embryon ou
l'atteinte à son intégrité, pas même la préservation de la
vie d'une autre personne ou la poursuite de recherches
scientifiques bénéfiques à l'humanité sur le plan
diagnostique et thérapeutique.
Pas question non plus
d'assimiler l'exploitation du corps embryonnaire, par
procédé analogique (qiyâs), au don d'organes faits par un
adulte mûr ; de fait, un don d'organe est inconcevable de la
part d'un embryon ; il ne peut pas non plus être fait par le
représentant légal de ce dernier, car la représentation
légale a pour condition première de veiller aux intérêts de
la personne représentée.
De là, on conclut que le fait
de considérer l'embryon dès sa conception comme un individu
humain, revient à condamner catégoriquement toute
utilisation de son corps.
En revanche, si l'on retient
l'hypothèse selon laquelle l'embryon ne devient proprement
humain qu'à une étape donnée de son évolution et qu'avant ce
stade il se présente comme un être d'une nature inférieure à
celle d'un humain, alors il est possible d'envisager son
exploitation à des fins utiles pour l'homme et considérées
comme telles par la Loi.
Il nous semble donc que
l'identification de la nature de l'embryon et la
délimitation du moment à partir duquel il acquiert son
identité proprement humaine doivent constituer la base de
toute réflexion sur la qualification légale des
interventions sur le corps embryonnaire. Une fois défini le
statut de l'embryon, on pourra alors s'interroger sur les
avantages et les inconvénients liés à son utilisation.
Ainsi se trouvent justifiés
les longs développements consacrés à la définition de la
nature de l'embryon ( dont l'intérêt est souligné d'ailleurs
dans le titre même de cet exposé) : c'est que la
connaissance de cette nature est un préalable à toute
solution légale en la matière.
Compte tenu de ce qui
précède, nous avons organisé le présent exposé en deux
parties : la définition de l’embryon et l’exploitation des
embryons à des fins de transplantations ou
d’expérimentations scientifiques du point de vue légal.
Définition de l’embryon
Etymologiquement, le mot "janîne"(embryon),
vient du verbe "janna", qui signifie :être caché ou enfoui,
sous-entendu dans le sein de la mère ; ce terme désigne donc
l'être qui se forme dans l'utérus d'une femme, produit de la
fécondation de l'ovule et du spermatozoïde contenu dans le
liquide spermatique de l'homme. Le nouvel être qui se
constitue dans l'utérus maternel est appelé "janîne" (lit.
être caché) pendant tous les stades de son développement et
jusqu'au terme de grossesse (1).
La plupart des docteurs de la
Loi utilisent le vocable "janîne" dans son acception
linguistique large. Mais certains d'entre eux ne désignent
par ce terme que l'être qui présente déjà une apparence
humaine discernable ; avant ce stade, ils ne parlent pas de
"janîne"(2).
Les médecins, eux, appliquent
le terme "janîne" à l'embryon dont les ébauches d'organes
humains sont déjà apparues, c'est-à-dire, à partir du
troisième mois de grossesse jusqu'au terme de celle-ci. Pour
d'autres médecins, l'embryon n'est dit "janîne" que s'il a
déjà atteint son plein développement, devenant viable, une
fois sorti de l'utérus maternel. Cela correspond à la
période allant du début du 7ème mois, jusqu'au terme de
grossesse (3).
Les embryologistes emploient
le vocable "janîne" pour désigner l'oeuf fécondé qui
s'incruste dans l'utérus maternel et qui y poursuit son
développement jusqu'à la fin de la 8 ème semaine de
grossesse. Passé ce stade, l'embryon est dit "hamîl"(foetus)
jusqu'au terme de gestation (4).
Notre propos n'est pas ici de
discuter les termes dans leurs diverses acceptions, mais de
retenir une définition opératoire de "janine"(embryon) dans
ses différents stades de développement, en formulant les
qualifications légales découlant de chacune de ces étapes.
Il sera donc question aussi
bien de l'oeuf fécondé intra-utéro que de celui conçu in
vitro puis réimplanté dans l'utérus pour y poursuivre sa
formation à terme.
Formation de l'embryon (janîne)
Sans entrer dans les détails
concernant les différents processus de développement
embryonnaire (conception, mise en place des organes,
croissance, ...), dont l'étude relève de la compétence des
médecins et des embryologistes, le présent exposé se propose
de présenter les étapes évolutives principales de
l'embryogenèse et de dégager les caractères et les aptitudes
acquis successivement par l'embryon et qui serviront
éventuellement de critères à l'élaboration de règles légales
régissant toute intervention sur son corps et, par là même,
à la fixation des limites du licite et de l'illicite dans ce
domaine.
Sans doute pour définir les
bases des qualifications légales en la matière convient-il
en premier lieu de recourir aux textes fondateurs de la Loi
divine. Mais on peut également mettre à profit les données
d'observation et d'expérience fournies par les spécialistes
du domaine.
De ces deux sources de
connaissances, il ressort que l'embryon passe (par la
volonté de Dieu) par deux phases distinctes :
- Phase de l'évolution
organique observable : elle concerne le développement des
constituants physiques de l'embryon, la mise en place de ses
organes, leur croissance, leur organisation en formes
proportionnées etc.
- Phase de l'évolution
immatérielle : inaccessible aux sens, à l'observation ou à
l'expérience, cette phase coïncide avec le moment crucial
pendant lequel le corps embryonnaire, sa composante
matérielle, est animé par Dieu d'un souffle nouveau qui
constitue la source première de toutes les activités
conscientes distinguant l'homme des autres espèces animales
: aptitudes à la conceptualisation, intellection,
imagination, volonté, méditation etc ; le souffle en
question est désigné dans le Coran et dans le hadith par le
terme "rouh", esprit.
Les deux types d'évolution
embryonnaire précités ont été mentionnés dans le Coran et
dans les Traditions du prophète, comme en témoignent les
passages suivants :
"O vous les hommes ! si vous
êtes dans le doute au sujet de la résurrection, sachez qu'en
vérité, c'est nous qui vous avons créés de poussière, puis
d'une goutte de sperme, puis de "quelque chose qui
s'accroche"('alaq), puis d'une masse de chair flasque,
proportionnée ou non proportionnée. Nous vous l'expliquons
ainsi. Nous déposons dans les matrices ce que nous voulons
jusqu'à un terme fixé ; puis, nous vous en faisons sortir
petits enfants pour que vous atteigniez plus tard votre
maturité. Tel d'entre vous meurt, un autre parvient à l'âge
de la décrépitude au point de ne plus rien savoir de ce
qu'il savait"(XXII, 5).
Les versets qui précèdent
décrivent les étapes successives de l'évolution corporelle
de l'être humain et les diverses formes qu'il prend à chaque
stade.
Dans un autre verset, on lit
:"Nous avons créé l'homme d'argile fine puis nous en avons
fait une goutte de sperme contenue dans un réceptacle solide
; puis de cette goutte, nous avons créé quelque chose qui
s'accroche ('alaq) ; puis de celle-ci nous avons créé une
masse de chair flasque ; puis de cette masse nous avons créé
des os ; nous avons habillé les os de la chair produisant
ainsi une autre création. Béni soit Dieu, le meilleur des
créateurs !"(XXIII, 13).
La plupart des commentateurs,
se référant à Ibn Abass et à autres Compagnons du Prophète
et à certains de leurs successeurs immédiats (tâbi'îne)
affirment que l'énoncé coranique "produisant ainsi une autre
création" renvoie à la phase où l'esprit est insufflé au
corps de l'embryon, une fois que celui-ci a atteint son
plein développement physique(5).
Le verset coranique suivant
abonde dans le même sens :
"...Lui qui a bien fait tout
ce qu'il a créé et qui a commencé la création de l'homme à
partir de l'argile ; puis il lui a suscité une descendance à
partir d'une goutte d'un liquide vil ; il a formé l'homme
harmonieusement et il a insufflé en lui de son Esprit ; il a
créé pour vous l'ouïe, la vue et les viscères. Vous êtes
bien peu reconnaissants"(XXXII, 7).
Les étapes de développement
embryonnaire physique et celle de l'insertion de l'esprit
dans le corps sont également mentionnées dans maintes
Traditions authentiques, dont la plus célèbre est la
suivante, rapportée sur l'autorité de Abdallah Ibn Mas’oud :
d'après celui-ci, le Prophète a dit :"La conception de
l'être humain se développe pendant quarante jours au sein de
la mère, puis passe successivement par le stade de "alaqa"(quelque
chose qui s'accroche) puis de la chair flasque (mudgha), qui
dure, chacun, quarante jours ; ensuite, l'Ange est envoyé
vers (le nouvel être) avec l'ordre de lui insuffler l'âme et
d'inscrire quatre choses le concernant : sa subsistance, le
terme de sa vie, s'il sera heureux ou malheureux"(6).
Le hadith précité décrit les
étapes principales de développement physique de l'embryon,
tout en précisant le moment de l'insufflation de l'âme.
D'autres traditions évoquent
les débuts de la formation embryonnaire, en voici un exemple
:
"42 nuits après la
fécondation, Dieu envoie un ange chargé de façonner la
goutte de sperme et de créer son ouïe, sa vue, sa peau, sa
chair et ses os. .."(7).
A part quelques indications
mettant en évidence la Toute-puissance, divine, les textes
religieux ne donnent pas de détails concernant le
développement physique de l'embryon, autrement dit, la
multiplication et la formation de ses cellules, l'apparition
des ébauches d'organes etc. Car, il s'agit là de données
matérielles accessibles à l'observation humaine, et dont on
est capable, par conséquent, d'approfondir la connaissance.
Au demeurant, les savants musulmans anciens nous ont laissé
sur ce sujet des renseignements précieux, bien qu'ils
n'aient pas fourni une description aussi exacte et
rigoureuse (8) que celle que nous offre l'embryologie
moderne.
Ainsi, grâce à la découverte
d'instruments sophistiqués d'investigation, les
embryologistes peuvent aujourd'hui suivre, étape par étape,
mois par mois, voire, jour par jour, l'évolution corporelle
de l'embryon.
S'agissant de l'autre phase
de développement embryonnaire, celle pendant laquelle Dieu
-Exalté soit-Il- insuffle l'esprit au corps de l'embryon,
conférant ainsi à ce dernier sa nouvelle personnalité, son
identité réellement humaine, elle n'entre pas dans le cadre
de la médecine et de l'embryologie. Ces disciplines ne
sauraient en aucun cas en déterminer le moment exact à
l'aide de leurs techniques, car la force nouvelle qui anime
l'embryon à ce stade ne tombe pas sous le sens. Elle restera
donc à jamais inaccessible à la science, quelque soient par
ailleurs les moyens techniques dont elle pourra se
prévaloir.
Ainsi, sans les indications
révélées par Dieu à son Prophète et qui nous ont été
transmises par ce dernier, on n'aurait jamais su que le
corps reçoit le souffle de l'esprit après le 120ème jour de
conception.
Ces connaissances révélées
concordent d'ailleurs parfaitement avec les données de la
science moderne, basées, elles, sur l'observation et
l'expérience. Il s'agit donc là de deux ordres de
connaissances qui sont loin de s'exclure mutuellement ;
ainsi, reconnaître que l'embryon se forme à partir
d'éléments matériels tangibles n'est pas incompatible avec
le fait qu'à un stade donné de son évolution, cet embryon
reçoit le souffle de l'esprit. Il n'en demeure pas moins que
la connaissance révélée et la connaissance scientifique sont
différentes par leur objet, leur finalité et leurs
méthodes(9).
De ce qui précède, il ressort
que, d'une part, les outils scientifiques matériels ne
peuvent observer que la croissance organique de l'embryon,
et, d'autre part, qu'ils ne sauraient nier l'autre volet de
l'évolution embryonnaire, le volet spirituel dont la
connaissance nous a été révélée par le Prophète.
En vérité, l'observation et
l'expérience ne sont pas les seuls moyens d'acquisition de
la connaissance ; elles ne permettent pas à elles seules
d'établir la réalité des choses, et encore moins d'accéder à
des vérités immatérielles. D'autres sources de la
connaissance existent que les hommes de bon sens ne
sauraient récuser : il y a d'abord la parole véridique (khabar
sâdiq) tenue de celui qui détient la vérité sur toute chose
; il y a ensuite, le jugement sain, qui peut d'ailleurs
faire fond, soit sur des faits observables, soit sur la
"parole véridique".
Le Coran évoque les
différents modes d'accès à la connaissance et à la vérité
dans le verset suivant :
"Ne poursuis pas ce dont tu
n'as aucune connaissance : il sera demandé compte de tout :
de l'ouïe, de la vue et du coeur"(XVII, 36).
L'allusion est ainsi faite
aux différents sens dont Dieu a doté l'homme et qui sont
autant d'instruments de la perception des faits physiques ou
abstraits.
Phase cruciale d'insufflation
de l'esprit
Sans doute l'identité d'un
être se définit-elle par les caractères, les traits
spécifiques et les aptitudes qui le distinguent de tous les
autres créatures. Les caractéristiques communes, elles, ne
seraient servir de critères pour déterminer la nature propre
d'un être. A ce sujet, Ibn Maskawayh écrit : "Qu'il s'agisse
d'êtres animés, de végétaux, d'objets inanimés, d'éléments
comme le feu, l'air, la terre, l'eau, les corps célestes,
bref, tout ce qui existe possède des dispositions, des
aptitudes et des actes qui lui sont propres, déterminant
ainsi son identité singulière, et d'autres qu'il partage
avec les autres êtres ou objets.
Or, l'homme étant le seul
parmi tous les êtres que l'on juge sur ses qualités morales
et sur ses actions nobles, il convient ici de ne pas tenir
compte des forces, aptitudes et actes qu'il partage avec les
autres êtres ; car cela relève d'une autre discipline
appelée science de la nature('ilm tabî'’a). Les dispositions
et activités qui définissent la spécificité humaine de
l'homme sont celles qui procèdent de la volonté, telle
l'idéation, le discernement..."(10).
Les savants musulmans
considèrent ainsi que la singularité de l'homme, il la doit
non pas aux composantes physiques et organiques
constitutives de son corps, mais au souffle de l'esprit qui
l'anime et qui constitue de ce fait la source première de
ses activités conscientes et intellectuelles : "L'identité
propre de l'homme, écrit Cheikh Makhlouf, réside dans l'âme
pensante (nafs nâtiqat) qui anime son corps, commandant ses
décisions et ses actes"(11).
L'homme ne se distingue donc
pas par la constitution physique qui est la sienne, mais
plutôt par l'âme qui l'habite ; si bien qu'il est possible
de dire que si celle-ci se trouvait chez un animal, il ne
serait plus considéré comme une bête, mais bien comme un
être humain ayant une apparence animale.
L'une des caractéristiques
les plus marquantes de l'âme humaine réside dans la pensée
abstraite, qui prédispose l'homme à la verbalisation de ses
idées (nutq bayânî), tout en le poussant à chercher
inlassablement à percer le secret et la nature des choses ;
ce faisant, il élargit sans cesse l'horizon de ses
connaissances et inscrit à son actif de nouvelles
réalisations. Toutes ces dispositions sont proprement
humaines et ne sauraient être acquises par aucun autre
animal, quelque soit par ailleurs les gestes qu'on peut lui
faire exécuter (12).
De ce qui précède, on conclut
que la métamorphose radicale dans le processus de gestation
est celle qui se traduit par la réception du souffle de
l'esprit, qui confère à l'embryon sa nature proprement
humaine.
En revanche, le développement
physique de l'embryon n'influe en rien sur son identité
propre qu'il a acquise dès sa conception à partir de
l'élément mâle et de l'élément femelle. De cette conception
résulte un genre de "vie" qui restera invariablement le
même. C'est cette vie qui-par la volonté de Dieu- préside
aux divisions cellulaires successives qui vont donner
naissance aux différents organes et appareils de l'enfant à
naître ; elle accompagnera l'individu durant toutes les
étapes de son développement, de la conception à la fin de
son existence, permettant la croissance, le renouvellement
et la nutrition de ses cellules. Elle pourra même se
maintenir dans certains organes à la mort de l'individu et
après le retrait de l'âme et sa séparation d'avec le corps.
Cela est, du reste, confirmé par les médecins selon lesquels
certaines parties de l'organisme peuvent rester vivantes
après la mort du cerveau, pour une durée plus au moins
longue, même sans intervention médicale. Or, des techniques
de réanimation sont actuellement mises au point qui
permettent de prolonger sensiblement la vie des organes
après la mort cérébrale du sujet (13).
Certes, la durée de cette
prolongation est encore limitée, allant de quelques heures à
quelques semaines. Mais le succès ainsi emporté par la
science laisse déjà entrevoir la perspective de progrès plus
spectaculaires à l'avenir, qui permettraient, après la mort
de l'individu, de conserver ses organes en vie pendant des
périodes plus longues, d'une année à plusieurs années. Mais
les organes qui seraient ainsi artificiellement maintenus en
vie ne seraient plus réceptifs aux ordres de l'esprit
(celui-ci étant retiré du corps à sa mort) et ne pourraient
donc plus assurer les fonctions qui étaient les siennes : la
préhension, pour la main, la vue, pour l'oeil, l'audition,
pour l'oreille, la marche, pour les pieds etc. Cependant,
ces organes, pourraient, une fois mis au service d'un autre
esprit, reprendre leurs activités normales, opérant avec
autant d'efficacité que lorsqu'ils étaient sous la commande
de l'esprit de leur propriétaire initial(13).
Ainsi, les organes animés de
la vie et agissant sous le contrôle de l'esprit conserveront
la même vie, et partant la même activité, mais sous les
ordres d'un autre esprit, une fois transférés sur le corps
d'un tiers ; ils garderont également la même vie pendant la
période intermédiaire séparant la mort du donneur et leur
transplantation sur le receveur.
C'est cet intermède que la
science entend prolonger à l'aide de techniques
sophistiquées de congélation.
Rappelons à cet égard que le
progrès scientifique permet d'ores et déjà de conserver
l'oeuf fécondé pendant des années avant de le replacer dans
l'utérus de la femme pour y poursuivre son développement à
terme (14). Or, on peut ici faire un parallèle entre l'oeuf
fécondé non encore animé de l'esprit et les parties d'un
corps humain dont l'esprit s'est retiré ; car ces organes
sont également congelés pour conserver la vie pour un temps
plus au moins long.
Les découvertes de la science
apportent la preuve la plus évidente que l'homme est un être
doté par Dieu de deux sortes de vies :
- Une vie primordiale qui
commande l'être dans sa totalité et constitue la raison même
de son existence ;
- Une vie "exécutante", mise
au service de la première : c'est celle-ci qui est créée
d'abord pour se préparer à accueillir et à servir la vie
"commandante".
Ces deux sortes de vies sont
harmonieusement associées, cohabitant de façon telle que
seul Dieu connaît. L'individualité de l'homme se réalise
avec la rencontre de ses deux vies et s'estompe avec leur
séparation. La présence dans le corps de la "vie exécutante"
ne signifie nullement que celui-ci est réellement vivant ;
il ne le deviendra qu'une fois animé de la "vie
commandante", celle dont dépendront tous les actes
conscients de l'individu et que le Coran et la Tradition
nomment "esprit"(rouh). La séparation de celui-ci d'avec le
corps marque la fin de la vie proprement humaine de
l'individu, même si par ailleurs certains de ses organes
conservent encore une parcelle de "vie exécutante".
Objection possible
On pourrait éventuellement
objecter que la partie de la vie subsistant dans certains
organes après la mort du sujet montrerait tout au plus qu'il
existe deux espèces de vies, cohabitant au sein du vivant,
l'une étant plus évoluée que l'autre. Cela n'impliquerait
pas, comme on l'a supposé, que la source de la première de
ces vies est un être d'une tout autre nature, vivant et
pensant, qui a intégré le corps à un stade donné de
l'évolution embryonnaire. Car une autre hypothèse est
envisageable, qui considère que c'est le cerveau qui
constitue l'origine de la vie supérieure et qui produit les
différentes facultés proprement humaines telles que la
perception, l'intellection et l'affectivité, tout comme le
foie et les reins sécrètent, l'un, la bile, l'autre,
l'urine. Ce serait alors la mort du cerveau qui met fin à la
vie caractéristique de l'homme ; cela suppose également que
le moment décisif dans la formation de l'embryon coïncide
avec le plein développement du cerveau et non pas avec
l'émergence d'une nouvelle vie.
Pour étayer cette thèse, on
pourrait faire valoir que les activités spécifiquement
humaines cessent avec l'atrophie du cerveau et que la
fonction d'un organe s'estompe dès qu'il perd contact avec
le centre cérébral dont elle dépend.
Réponse à l'objection
précédente
On pourra, pour notre part,
rétorquer en faisant remarquer que l'hypothèse susmentionnée
admet que la vie embryonnaire commence avant même l'entrée
en jeu de l'élément qui commande la conscience et le
psychisme, élément qu'elle identifie au cerveau. Car,
l'ébauche de cet organe, comme le montre l'embryologie, ne
se met en place que plusieurs semaines après la fécondation
pour atteindre son plein développement vers le 12ème mois de
grossesse(15).
En outre, le cerveau est
composé de la même matière que les autres organes de
l'organisme et il a la même origine que ces derniers, à
savoir la première cellule embryonnaire qui, par divisions
successives et suivant des processus biologiques complexes,
donne lieu aux différentes parties du corps.
Ce qui précède implique que
les fonctions de tous les organes sont de nature identique,
malgré par ailleurs les spécialisations de ces derniers : il
s'agit partout d'activités inconscientes, non intelligentes,
comme est inconsciente la première cellule d'où l'organisme
est issu.
Ainsi donc, les constituants
primitifs de l'individu, selon l'objection envisagée plus
haut, sont dépourvus de la volonté et de la pensée ; or, il
est inconcevable, au regard des lois de la vie et de
l'univers, qu'une intelligence naisse spontanément d'une
origine inconsciente et inintelligente ; pour qu'apparaisse
une vie pareille, il faudra l'intervention d'une force
extérieure, qui est en son essence même Intelligence et
Volonté. Cette force ne peut être que Dieu -Que Sa gloire
soit proclamée!- ; car Il est le seul qui a le pouvoir de
créer les choses ex nihilo.
On voit ainsi que la thèse
exprimée sous forme d'objection conduit à une conclusion
très proche de celle de notre première hypothèse.
D'autre part, l'assertion de
certains savants matérialistes selon laquelle la volonté, la
pensée et autres activités conscientes de l'homme naissent
de réactions physico-chimiques se produisant dans le
cerveau, nous paraît insoutenable. Car, elle n'est confirmée
ni par les faits ni par le raisonnement logique. En vérité,
il ne saurait y avoir de réaction sans un déclencheur ou un
catalyseur. Cette force d'impulsion peut provenir soit de
l'individu lui-même, soit de l'extérieur. Si l'on admet
l'hypothèse d'un facteur exogène, il s'ensuivra que les
activités conscientes de l'homme, ses idées et ses
différents états d'âme constituent la conséquence inévitable
d'influences extérieures sur lesquelles il n'a aucune prise.
L'individu se verrait alors réduit à un lieu de réactions
dont le déclencheur est ailleurs. Dans cette optique, toutes
les réalisations et les découvertes scientifiques ne
seraient que les produits des causes extérieures. Les
personnes auxquelles on les attribue n'y seraient pour rien.
Elles ne mériteraient pas dès lors d'être récompensées pour
des oeuvres dont elles ne sont pas les vrais auteurs.
Or, cette tendance qui nie à
l'homme toute volonté dans ses actes est contredite par le
bon sens. Car, en dégageant l'homme de ses responsabilités
et en subordonnant toutes ses activités à une source
extérieure, elle offre de la vie une vision anarchique. Une
telle conception est donc aberrante et inadmissible parce
que contraire aux lois de la nature. Car comment peut-on
admettre qu'un facteur étranger au cerveau intervienne
directement dans les réactions physico-chimiques qui se
déroulent à l'intérieur de cet organe ? A-t-on jamais
constaté des réactions physico-chimiques à l'intérieur ou à
l'extérieur du corps humain dont le déclencheur soit une
cause immatérielle ? Pourquoi les savants matérialistes
n'ont-ils pas, ne serait-ce qu'une seule fois, réalisé une
expérience pour vérifier si des agents non matériels peuvent
faire réagir des substances contenues dans un tube à essai ?
Voilà donc les questions qui
se posent si l'on retient, pour expliquer les réactions se
déroulant dans le cerveau humain, l'hypothèse de facteurs
extérieurs.
Et si le déclencheur de
réactions est à l'intérieur du cerveau, il faudra alors
savoir l'identifier avec précision : s'agit-il de simples
interconnections entre neurones et nerfs? de flux sanguin
qui irrigue le cerveau ? ou d'autre chose?
Une chose est certaine, c'est
qu'il est difficile d'expliquer comment les prétendues
"réactions chimiques" produisent des résultats qui changent
d'un individu à un autre, voire chez le même individu, selon
les moments et les circonstances.
Les contenus des cerveaux,
tout comme leurs fonctions matérielles, sont identiques chez
tout le monde et à tous les moments de la vie ; pourquoi
donc les réactions qui s'y produisent n'ont-elles pas les
mêmes effets ? Pourquoi les sensations, les sentiments, les
idées, les inventions, les aptitudes mentales varient-ils
d'un individu et l'autre ? Pourquoi un même individu peut-il
changer de sentiments et d'idées en l'espace d'une heure et
adopte, en fonction des circonstances, des attitudes
complètement différentes ? Pourquoi les mêmes éléments, les
mêmes processus chimiques donnent-ils des résultats
contrastés ? N'est-ce pas là preuve qu'il existe une autre
source que le cerveau et ses présumées réactions ?
Le cerveau, répétons-le, est
constitué chez tous les humains des mêmes éléments matériels
observables, les différences de poids et de dimensions étant
à cet égard insignifiantes et n'affectant en rien le
fonctionnement de cet organe.
Et pourtant, même si son
cerveau ne change pas dans sa composition selon les
conditions, le temps et l'espace, un individu peut avoir une
variété infinie d'activités conscientes, d'idées, de
sentiments, d'imaginations etc.
Prenez un nombre donné de
personnes rassemblées dans une même salle ; donnez-leur un
même motif de réflexion (en leur demandant par exemple de
répondre à une question simple ou d'écrire sur un sujet
quelconque), que constateriez-vous ? Que malgré l'identité
du motif et la ressemblance physiologique de leurs cerveaux,
ces personnes donneront des réponses extrêmement variées et
mêmes contradictoires, alors qu'on s'attendait à ce que les
même stimuli et les mêmes ingrédients donnent les mêmes
résultats.
Bien plus, on constate que la
même personne peut avoir à propos d'un sujet donné des avis
différents en fonction des circonstances ; pourtant, elle se
sert toujours du même cerveau, composé des mêmes cellules,
pourquoi donc à partir d'une unité (celle du cerveau), on
obtient une variété de réactions ?
Cette variété et cette
diversité de réponses données par le cerveau selon les
individus, et chez le même individu selon les circonstances,
comment peut-on l'expliquer autrement qu'en admettant que
cet organe n'agit pas de sa propre initiative mais sous
l'impulsion d'un être sublime, source de volonté, qui lui
inspire ces différentes réactions et qui est lui-même
différent d'un individu à un autre. Ce sera la seule
explication possible. Le cerveau n'est qu'un instrument par
rapport à cet "être" qui est le véritable promoteur des
activités intellectuelles et conscientes de l'homme ; cet
être doué de vie, de volonté et d'intelligence, c'est l'âme
ou l'esprit selon la Charia.
Reconnaître l'existence de
l'esprit n'est pas en contradiction avec la conception selon
laquelle les activités volontaires et les facultés
intellectuelles dépendent du cerveau et ne peuvent se
manifester en son absence (si tant est que cette conception
soit unanimement admise par les spécialistes) ; cette
reconnaissance ne fait qu'introduire un nouvel élément, à
savoir que le cerveau est mis par Dieu au service de
l'esprit ; autrement dit, que l'esprit agit par le
truchement du cerveau qui lui sert ainsi de centre de
collecte, de stockage, de réception et de transmission
d'informations et de perceptions ; c'est à travers cet
organe placé sous son contrôle que l'esprit gouverne tout le
corps, ce qui explique que la destruction du cerveau
entraîne la rupture du contact entre l'esprit et le reste de
l'organisme qui ne reçoit plus alors les ordres émanant de
son centre de commande.
Voilà pourquoi la présence de
l'esprit dans le corps et son action sur celui-ci est
tributaire de la présence et du bon fonctionnement du
cerveau. Ce dernier est donc une condition à la continuation
d'une vie humaine consciente ; il n'en est pas la cause.
Sans le cerveau, la vie s'arrête, sa "source" (l'esprit)
étant alors séparée du corps ; mais sa présence n'implique
pas théoriquement l'existence de la vie.
La science a pu jusqu'ici
vérifier la première constatation, mais elle n'a pas pu
mettre en évidence la dernière. Ce qui ne veut pas dire que
celle-ci soit sans fondement ; au contraire elle est tout a
fait défendable sur le plan rationnel, comme cela a été
montré précédemment. Nous avons en effet fait remarquer que
le cerveau, vu sa nature et sa constitution, ne saurait être
en lui-même l'origine des états de conscience et des
aptitudes mentales propres à l'homme ; que cette origine est
à chercher ailleurs, précisément dans cette source vivante,
consciente et agissante par son essence même qu'est
l'esprit.
Cette conclusion logique, qui
n'est pas mise en cause par l'existence constatée
d'interdépendances entre le cerveau et les activités
conscientes et intellectuelles, s'impose comme une évidence,
même si la science n'a pas pu la vérifier expérimentalement,
dans l'état actuel de ses recherches réductrices et
superficielles.
Le lien entre la vie
organique inconsciente et la vie de l'esprit, leur caractère
inséparable dans ce bas monde, ne signifie pas que la
première soit à l'origine de la seconde. Tant s'en faut. La
vérité, c'est que la vie organique n'existe pas par et pour
elle-même ; sa raison d'être est de servir de "réceptacle" à
la vie consciente et pensante animée par le souffle de
l'esprit.
Il est inconcevable que Dieu
crée un corps avec tous ses organes sans lui insuffler la
vie consciente, la vie de l'esprit ; ce serait contraire au
but de la création, qui est de peupler la terre selon le
plan assigné par Dieu à sa créature.
La raison n'exclut pas que la
vie consciente, autrement dit l'esprit, se sépare du corps à
la mort de celui-ci, comme l'affirment les Ecritures
saintes. Pourtant, cette même raison est incapable de
percevoir la source de cette vie consciente lorsqu'elle se
détache de son "habitacle" après la mort ; elle ne peut pas
non plus la déceler dans un corps sain et soumis au contrôle
de l'esprit. La bonne santé du corps, sa réceptivité aux
ordres de l'esprit, dépend du bon fonctionnement du cerveau,
ce dernier étant le trait d'union entre l'âme et le corps.
Des réflexions qui précèdent,
il ressort que l'embryon subit, à un moment donné de son
évolution, une transformation radicale au terme de laquelle
il accède à un état nouveau, acquiert une nature
fondamentalement différente, en recevant le souffle
générateur de volonté et de pensée.
Cette transformation
n'intervient qu'après la mise en place du cerveau et sa
préparation à accueillir le nouveau souffle de vie ;
celui-ci n'émerge pas de façon spontanée de la vie
(organique) qui le précède chronologiquement ; il ne jaillit
pas non plus du cerveau, mais il est créé ex Nihilo par Dieu
qui l'insuffle au corps de l'embryon, une fois que tous ces
organes sont formés. L'apparition de ce souffle de vie ne
dépend donc pas du plein développement cérébral et ne
coïncide pas forcément avec lui.
Ces conclusions, l'esprit
humain peut y parvenir par des voies rationnelles ou en se
référant à la science moderne, sans parler des connaissances
révélées ou de la littérature exégétique qui nous a été
léguée par les Compagnons du Prophète et des générations
successives d'Oulémas musulmans.
Les données rationnelles ou
scientifiques ne sont pas toutes définitives et certaines ;
la seule chose dont on est sûr, c'est que l'embryon connaît,
à un stade donné de son évolution, une transition majeure,
en accédant à l’état supérieur, à une "vie" fondamentalement
différente. Pour le reste, on en est encore aux hypothèses
plus au moins sérieuses.
A l'inverse, la Révélation
islamique confirme les données rationnellement admises et
apporte des renseignements plus complets, permettant ainsi
de balayer les conjectures fausses.
Les développements théoriques
qui précèdent ont pour objet de réfuter les thèses
matérialistes qui nient l'existence de l'esprit, réduisant
l'homme à sa dimension matérielle. Cela nous a semblé
d'autant plus opportun que certains auteurs musulmans se
sont laissés influencer par cette vision matérialiste de
l'homme, ne croyant qu'à moitié à la réalité de l'esprit.
Or, en se référant aux textes
islamiques relatifs à ce sujet (dans le Coran, la Tradition
et la littérature exégétique), on y trouve aisément des
données plus riches et plus précises.
Ainsi, le Prophète nous
apprend, d'après le hadith d'Ibn Mas’oud déjà cité, que Dieu
ordonne à l'ange d'insuffler l'esprit à l'embryon, en
précisant que cela intervient au terme du quatrième mois de
grossesse.
Le Coran, pour sa part,
souligne que l'esprit est cet être grâce auquel Adam, le
Père de l'humanité, a acquis sa nature humaine, se trouvant
par là-même honoré et apte à recevoir la science et la
perception, aptitudes qui valent à l'homme d'être mis à
l'épreuve dans ce bas monde. On lit ainsi dans le Coran:
"Lorsque je l'aurai
harmonieusement formé et que j'aurai insufflé en lui de mon
esprit : Tombez prosternés devant lui"(XXXVIII, 72).
Le verset suivant parle de
l'insufflation de l'esprit dans l'embryon humain après sa
formation dans le sein maternel :
"C'est Lui qui a bien fait ce
qu'Il a créé et il a commencé la création de l'homme à
partir de l'argile puis il lui a suscité une descendance à
partir d'un liquide vil ; puis, Il lui donna sa forme
parfaite et lui a insuffla de son esprit. Il vous a assigné
l'ouïe, les yeux et le coeur. Que vous êtes peu
reconnaissants !"(XXXII, 7).
Un autre verset évoque les
étapes successives d'évolution embryonnaire, en indiquant le
moment décisif de passage à un état radicalement nouveau :
"Nous avons créé l'homme de
l'argile fine ; puis nous en avons fait une goutte de sperme
contenue dans un réceptacle solide ; puis, de cette goutte,
nous avons fait "quelque chose qui s'accroche"('alaqat) ;
puis de celle-ci nous avons fait une masse flasque ; puis de
cette masse, nous avons créé des os ; nous avons habillé les
os de chair produisant ainsi une autre création. Béni soit
le meilleur des créateurs"(XXX, 12).
D'après une exégèse donnée
par Ibn Abass et autres Compagnons du Prophète, l'expression
coranique "produisant une autre création" renvoie à
l'insufflation de l'esprit (16).
Dans le même ordre d'idées,
Ali Ibn Abi Tâlib a dit :"Quatre mois après (le stade) de la
goutte de sperme (nutfa), Dieu lui envoie un ange qui
insuffle l'esprit en elle dans trois obscurités (zulumât) ;
c'est à cela que renvoie l'énoncé coranique "produisant une
autre création "
On retrouve la même
interprétation chez Abou Saîd Al-Khoudri, Mojâhid, 'Ikrima,
Sha'bî, Dahhâk et Hassan Al-Basri(17). Les différentes
opinions exprimées à ce sujet ne précisent pas de façon
explicite que l'esprit insufflé à l'embryon, sur l'ordre de
Dieu, marque le début de la vie réellement humaine ; mais
c'est la conclusion qui ressort d'autres textes coraniques
et de la Tradition.
Voici, par exemple, quelques
versets coraniques qui indiquent clairement que la mort
intervient au moment où l'âme, c'est-à-dire l'esprit, est
retirée du corps :
-"Dieu accueille les âmes au
moment de leur mort"(XXXIX, 42).
-"Si tu voyais les injustes
lorsqu'ils seront dans les abîmes de la mort et que les
anges, tendant leurs mains, diront : "rendez vos âmes !"(VI,
93).
- "Lorsque l'âme remonte au
gosier d'un moribond et qu'à ce moment-là vous le regardez,
nous sommes plus près de lui que vous qui l'entourez et vous
ne vous en apercevez pas ; mais si vous n'êtes pas au nombre
de ceux qui doivent être jugés, pourquoi ne feriez-vous pas
revenir cette âme si vous êtes véridiques"(LVI, 83).
Des Traditions du Prophète
abondent dans le même sens, confirmant que l'insufflation de
l'âme marque le début de la vie proprement humaine et son
retrait, sa fin.
En voici quelques extraits :
-Un Compagnon du Prophète,
Al-barâ Ibn 'Azib raconte : Nous assistons à un enterrement
dans le cimetière de Gharqad. Le Prophète vient nous
trouver, et, le voyant assis, nous prenons place autour de
lui, observant un silence total pendant qu'on creusait la
tombe. Le prophète prononça alors ces mots :"Que Dieu nous
préserve des supplices de la tombe !". Il l'a répété trois
fois, après quoi il ajouta : "Lorsque vient pour l'homme le
moment de quitter ce bas monde pour accéder à la vie
éternelle, des anges au visage brillant comme le soleil
descendent vers le moribond et se tiennent à une certaine
distance de lui ; l'ange de la mort s'approche encore
davantage pour être tout près de sa tête, disant : O âme
bonne ! sors pour aller vers la grâce et le pardon de ton
Dieu". Elle sort alors, suintant comme une gouttelette d'eau
qui tombe d'une outre ; l'ange la recueille alors en un clin
d'oeil et s'en va avec..".
Le prophète ajoute : "Et
lorsque vient pour un homme mécréant le moment de quitter la
vie terrestre pour passer dans l'autre monde, des anges au
visage sombre descendent vers lui, venant du ciel, portant
des habits grossiers en poils. Ils s'assoient près de lui ;
puis l'ange de la mort s'approche encore davantage pour se
tenir près de la tête du moribond, disant :" O âme mauvaise
! sors pour aller vers la colère et la malédiction de Dieu
!". L'âme se diffuse alors dans le corps du moribond et
l'ange se met à l'en extirper comme on extirpe une broche de
la laine mouillée ; après quoi, il s'en saisit ..."(19).
Dans une autre version
rapportée également par Al-barâ Ibn 'Azib : Un jour que nous
assistons à l'enterrement d'un Ansarite (musulman de Médine)
avec le Prophète, celui-ci nous tint ces propos :"Lorsque un
homme croyant est à l'agonie, l'ange de la mort se présente
à lui, sous sa plus belle apparence et bien parfumé ; il se
tient tout près de lui pour lui retirer l'âme, goutte par
goutte.."(20).
Dans un autre hadith, le
prophète dit : "Lorsque l'esprit est retiré (qubida), la
vue s'en va avec lui"(21).
Selon une autre Tradition,
les martyrs, interrogés sur ce qu'ils désirent, répondront :
"Nous désirons que nos âmes soient rendues à nos corps pour
que nous puissions mourir à nouveau pour Toi"(22).
La Tradition précitée éclaire
la notion de la vie et de la mort, en indiquant que la
première équivaut au retour de l'esprit dans le corps et la
seconde à sa séparation d'avec le corps.
Dans son Sahîh, Mouslim
rapporte le hadith suivant, d'après Abou Hourayrat:
"Lorsque l'esprit d'un
croyant se retire de son corps, deux anges le recueillent
pour l'emporter au ciel. (Hammad dit : il évoque l'odeur
parfumée de l'âme qu'il compare au musc avant d'ajouter:)
Les habitants du ciel disent, en la voyant arriver : "O
esprit bon, venu de la terre ! que Dieu te bénisse et qu'Il
bénisse le corps qui t'a servi d'habitacle..."(23).
De ce hadith, il ressort
clairement que le retrait de l'esprit coïncide avec la mort
de l'individu. L'expression "qui t'a servi d'habitacle" met
en exergue la conception islamique du rapport entre l'esprit
et le corps, ce dernier étant "le récipient" du premier.
Selon une autre tradition
authentique, le Prophète, avant de dormir, fait la prière
suivante : Seigneur ! je me couche en invoquant Ton nom et
je me lèverai, en invoquant Ton nom ; si Tu retiens mon âme
(pendant mon sommeil), pardonne-la ; et si Tu la renvoies,
protège-là comme Tu protèges les Justes parmi Tes
serviteurs"(23).
Là encore, la mort est donnée
comme synonyme de la séparation de l'esprit d'avec le corps.
Les citations qui précèdent
et autres textes abondant dans le même sens, font ressortir
que c'est l'esprit insufflé au corps embryonnaire au 120ème
jour de grossesse qui marque le début de la vie proprement
humaine et c'est son retrait qui met fin à cette même vie.
Cela montre également que l'esprit en question est une
entité (jawhar) indépendante, et qu'il ne constitue pas
seulement une partie, un accident ('arad) ou un attribut par
rapport au corps. Car si l'esprit était un accident (au sens
philosophique du terme), on ne lui aurait pas appliqué des
notions comme : pénétration, sortie, retrait, recueil,
retour et autres termes du même genre mentionnés dans les
Hadiths.
Les savants musulmans,
s'appuyant sur les textes dont nous avons cité quelques
passages, ont en sont arrivés à la même conclusion que nous,
à savoir que c'est l'esprit insufflé à l'embryon qui
constitue la source de la vie proprement humaine, qu'il est
de nature différente de celle du corps qu'il anime, qu'il
n'est pas une émanation de ce dernier, mais un être autonome
créé par Dieu, ex nihilo, en vertu de l'ordre divin : "sois
!" ; l'esprit émerge ainsi du néant sans être dérivé d'une
origine quelconque ou d'une substance préexistante (24).
Ces Oulémas de l'Islam ont
compris également, d'après des sources islamiques attribuant
à l'esprit des facultés comme la sympathie et l'antipathie,
l'amour et la haine, la quiétude et la satisfaction, que
c'est lui la source des sentiments, de la pensée et autres
activités humaines conscientes.
Dans ce qui suit, nous
citerons quelques citations relatives à ce sujet :
1-"L'esprit qui commande le
corps et s'en sépare à la mort est cette âme qui lui est
insufflée (pendant le développement embryonnaire) et qui
s'en retire au terme de la vie "(Ibn Taymiyyat) ; l'auteur,
pour étayer cette idée, cite quelques textes que nous avons
déjà mentionnés.
Ailleurs, Ibn Taymiyyat écrit
: "L'âme qui est l'esprit commandant le corps de l'homme,
relève de cette catégorie d'entités qui existent en soi, de
façon autonome ; l'esprit possède sa nature propre, son
essence (jawhar) ; il n'est pas seulement une survenance ('arad)
venue se rajouter au corps... L'esprit est désigné (comme
étant quelque chose) qui monte, descend, se retire ou se
dépouille du corps... cela se trouve confirmé aussi bien
par les textes sacrés et que par des preuves rationnelles
"(25).
2- Ibn Al-Qayem Al-Jawziyyat
:"L'esprit est une entité différente de notre corps tangible
; subtil, céleste, lumineux et mobile, il pénètre dans la
substance des organes pour y circuler comme l'eau dans la
tige d'une fleur, l'huile dans les olives et le feu dans le
charbon. Il reste mêlé (mutashâbik) aux organes tant qu'ils
sont réceptifs aux forces motrices et sensibles qu'il leur
communique.
Mais lorsque les organes
s'altèrent sous l'effet nocif des humeurs viciées, devenant
inaptes à réagir à la commande de l'esprit, celui-ci se
sépare du corps et s'envole vers le monde des esprits. C'est
là la seule conception valable à ce sujet, car, c'est la
seule qui soit fondée sur le Livre sacré, la Tradition, le
consensus doctrinal des Compagnons du Prophète, mais aussi
sur la raison et le bon sens...toute opinion contraire est
nulle et non avenue"(26).
Ailleurs, l'auteur affirme
:"L'esprit qui est recueilli et retiré (à la mort) et un
seul esprit ; c'est l'âme"(27).
Commentant le hadith d'après
lequel : "Dieu retire vos esprits, quand Il le veut ; et Il
vous les rendra, quand Il le veut", Ibn Al-Qayyem écrit
:"Cet esprit ôté (maqbûd) n'est autre que l'âme recueillie
par Dieu, à la mort de l'individu ou pendant son sommeil ;
l'âme que l'ange de la mort a pour mission d'extirper du
corps du moribond, dans la douleur, en venant se poster près
de sa tête, et d'ensevelir ensuite dans un linceul du
Paradis ou de l'Enfer. Il s'envole avec dans le ciel, où
elle sera bénie ou maudite par les autres anges. Elle
comparaît devant Dieu qui décide du sort qui lui sera
réservé. Elle revient ensuite sur terre pour s'insérer dans
le linceul enveloppant le corps du défunt.
C'est l'âme qui est
interrogée, mise à l'épreuve, goûte aux tourments ou aux
délices de l'au-delà ; se niche dans les ventres (adjwâf)
des "oiseaux verts", savourant les aliments délicieux du
Paradis ; se trouve exposée au feu, matin et soir. C'est
elle qui est croyante ou impie, obéissante ou rebelle,
incitatrice de mal, accusatrice d'elle-même (lawwâmat) ou
"pacifiée "(mutma'innat), confiante en Dieu et dans Son
Décret et fidèle à Son Souvenir (dhikr) ; C'est elle qui est
destinée à la souffrance ou à la béatitude, aux affres de la
privation ou aux voluptés ; qui est emprisonnée ou laissée
libre ; malade ou saine ; qui éprouve la douleur, la peur,
le chagrin..."(28).
- Fakhr Râzi écrit :" Dieu
-Exalté soit-Il- rappelle les étapes de la formation
corporelle (de l'embryon) en disant :"Nous avons créé
l'homme d'argile fine, puis nous en avons fait une goutte de
sperme dans un habitacle solide....nous avons habillé les os
de chair". Les changements intervenant au cours de ces
stades affectent sans doute les états matériels du corps.
Dieu fait ensuite allusion à l'insufflation de l'âme, disant
:"Nous en avons fait une autre création". Ceci montre
expressément que l'avènement de l'esprit est quelque chose
radicalement différent des transformations affectant l'état
corporel de l'embryon. C'est la preuve que l'esprit se
distingue du corps..."(28).
Le même auteur écrit ailleurs
:"Sache que les hadiths qui font mention de l'esprit, avant
ou après sa rencontre avec le corps, sont nombreuses. Il en
ressort que l'âme est une autre chose que le corps. Il est
donc étonnant que, malgré une foultitude de versets et de
traditions qui nous enseignent sur la nature de l'esprit,
d'aucuns soutiennent que le Prophète (à lui bénédictions et
salut) est mort sans en avoir percé le secret. C'est une
assertion des plus étranges "(29).
Râzi expose, par ailleurs, un
certain nombre d'arguments pour prouver rationnellement
l'existence de l'esprit et son primat sur le corps (30).
4- Ibn Rushd, (grand-père du
philosophe) dit :"La majorité des oulémas sont d'avis que
l'âme (nafs) et l'esprit (rouh) désignent la même chose :
c'est ce qui fait que le corps vit ; c'est ce que recueille
l'Ange de la mort et s'en saisit pour l'emporter vers les
Anges de la clémence ou du supplice... si nous avons défini
l'esprit comme quelque chose "qui fait que le corps vit" au
lieu de dire "c'est la vie qui anime le corps", c'est parce
que la vie est une notion mentale (ma'nâ) à laquelle ne
s'appliquent pas les actes attribués par Dieu, dans son
Livre ou par la voix de Son Prophète, à l'âme et à l'esprit,
tels le retrait, l'extraction (ikhrâj), le retour, la
satisfaction, l'ascension, la délectation et la souffrance.
Par l'expression "ce qui fait que le corps vit", nous
entendons ce par quoi Dieu fait vivre le corps, en l'y
introduisant, et le fait mourir, en l'en retirant"(31).
5- Al-faraê :"L'esprit, c'est
ce par quoi l'homme vit".
Ibn Al-atîr :"L'esprit est
mentionné en maints endroits dans le Hadith et dans le
Coran, avec des significations diverses. Mais le plus
souvent, ce mot désigne ce qui constitue l'essence du corps
et la source de la vie"(32).
Fayûmî :"Selon la doctrine
des Gens de la Tradition (Ahl as-sunnat), l'esprit renvoie à
l'âme humaine (nâtiqat), douée de l'intelligence discursive
et de la capacité de perception. Elle ne périt pas avec la
mort du corps. C'est, enfin, une substance (jawhar) et non
pas un accident ('arad) ; son immortalité est mise en
évidence dans le verset que voici :"Ils (les martyrs) sont
vivants auprès de leur Seigneur" (33).
6- Kafawî :"L'esprit, c'est
ce dont dépend la vie du corps. Les esprits, pour nous, ce
sont des corps subtils et immatériels, contrairement à la
conception des philosophes. Par sa nature lumineuse (nûrâniyy),
subtile, incorporelle et indestructible, l'esprit coule dans
toutes les parties du corps. Il vit par son essence même (bi
d-dât) et se trouve doué de connaissance et d'aptitude à
mettre le corps en mouvement. Entre l'esprit et l'âme
animale, Dieu a établi une harmonie et une attirance
réciproque. Le corps reste vivant tant qu'il est animé par
l'esprit. Il meurt, si ce dernier s'en sépare
définitivement..."(34).
7- 'Adudeddine Al-îjî :"Le
lien rattachant l'âme au corps n'est pas si faible pour
s'estomper aisément. Si c'était le cas, l'âme se séparerait
du corps, de façon spontanée et délibérée et sans une
intervention extérieure. Il n'est pas non plus solide au
point que s'il se détache, l'objet attaché (mouta'alliq)
s'en trouve annihilé (batula), tels la matière et ses
accidents ; ces derniers, comme on le sait, n'ont
d'existence que par rapport aux objets auxquels ils se
rapportent. Il s'agit donc plutôt d'un rapport intermédiaire
(mutawassit)...c'est pourquoi, on le compare aux affinités
existant entre l'amant et l'aimé, unis par un amour pur et
sublime ; ce lien se ne rompt pas tant que le corps est apte
à abriter l'âme. Le premier ne voit-il pas d'ailleurs que
celle-ci lui est unie par amour, qu'elle ne se lasse pas en
sa compagnie et qu'elle éprouve de la peine à se séparer de
lui. Car, les perfectionnements de l'âme et ses jouissances
intellectuelles et sensitives dépendent du corps..."(34).
8- Subki : "L'esprit est
cette chose qui, en vertu d'une coutume établie par Dieu,
marque par sa présence dans le corps, la vie de celui-ci, et
par son retrait, sa mort"(34).
On retrouve la même
conception chez Al-Izz Ibn Abdessalam (35) et aussi chez
Abdallah Ibn Mas’oud (Compagnon du Prophète)(36).
9- Cheikh Mohammad Hassanine
Makhlouf :"Les sources de la Loi islamique que sont le Livre
sacré, la Sainte Tradition et le consensus doctrinal (idjmâ')
attestent l'existence de l'esprit humain, qui est insufflé à
l'embryon pendant la vie utérine. On s'accorde également
pour considérer que l'esprit se distingue par son essence
même des organes du corps et qu'il constitue l'origine de la
conceptualisation, de la réflexion, de l'imagination, de la
volonté, de la pensée..."(36).
Il ajoute :"N'écoutons pas
cette poignée de matérialistes qui nient l'existence des
esprits, en prétendant que c'est le cerveau qui constitue le
siège des facultés intellectuelles de l'homme ; que c'est
cet organe qui produit la conscience et la pensée tout comme
la bile est sécrétée par le foie, ou l'urine, par le rein ;
que l'homme n'est qu'une machine soumise à l'action de
facteurs extérieurs et qui se désintègre à la mort avec tous
ces constituants, la pensée et la conscience comprises.
Cette manière de voir est évidement fausse et irrecevable.
Elle en vient d'ailleurs à se fondre, comme neige au soleil,
sous le coup des preuves évidentes apportées par la science
moderne et ancienne. De fait, les textes islamiques, mais
aussi les écrits d'illustres savants partisans du
spiritualisme, en Occident ou ailleurs, voire ceux d'un bon
nombre de physiologistes, ont mis en évidence l'existence de
l'esprit et sa différenciation par rapport aux facultés et
aux fonctions du système nerveux. Sur ce point, existe donc
un consensus entre Musulmans et autres. Tout écart par
rapport à ce consensus est insoutenable"(37).
Ailleurs, il écrit :"Nous ne
rejetons nullement cette espèce de vie, attribuée par les
médecins à l'embryon avant qu'il soit animé de l'esprit, ni
le type de croissance qui s'ensuit. Mais nous voulons
simplement préciser que cette vie-là est une vie purement
"naturelle", semblable à celle qui anime les plantes. Ses
seuls caractéristiques consistent dans le mouvement de
croissance et de modification, quantitative ou qualitative,
du corps. Elle correspond donc à ce que les "sages"
appellent "vie naturelle", dont les propriétés sont la
nutrition, la croissance, la reproduction. L'insufflation de
l'esprit humain au corps de l'embryon et sa propagation dans
ses parties, donne naissance à une "vie" d'une toute autre
nature, fusionnant (tandamidj) avec "la vie naturelle" de
l'organisme. Cette vie neuve devient alors la source de la
sensibilité et de la motricité volontaire, génératrice de la
connaissance fondée sur la réflexion et la méditation et
d'autres aptitudes encore qui valent à l'homme la place
privilégiée qu'il occupe parmi les autres espèces. Il s'agit
donc là de ce qu'on appelle la vie de la sensibilité, de la
motricité, de la connaissance et du discernement. Bref, la
vie première est une vie animale, reposant sur des aptitudes
et des facultés naturelles ; la vie seconde, elle, est une
vie humaine, tirant sa spécificité des caractères déjà
mentionnés et, surtout, de l'esprit humain...(37).
"Les médecins et les
anatomistes fondent leurs recherches essentiellement sur
l'expérience, l'observation, et la démonstration
rationnelle. A l'inverse, les hommes de la Loi (ahl ash-shar')
s'attachent avant tout aux formulations expresses de la
Révélation ( sarîh an-naql). La différence de terminologie
existant entre les deux groupes donnerait à penser qu'il y a
un désaccord à ce sujet entre la Sainte Loi et les données
scientifiques. En vérité, la contradiction n'est pas
irréductible : les deux tendances ne se distinguent que par
leur approche et la visée qu'elles entendent assigner à la
recherche (...)(38).
"Si les scientifiques
modernes ont pris soin de méditer et d'approfondir l'étude
des données de la Révélation relatives à ce sujet et à
d'autres encore, s'ils s'en rapportent aux faits
suffisamment étayés à la fois par les bonnes théories et par
les expérimentations, bref, s'ils font preuve d'un immense
effort de réflexion et d'une grande curiosité scientifique à
la manière des éminents érudits de l'Islam, tels le grand
Maître Ibn Sinâ (Avicenne) et l'auteur de Tadkirat (Daoud
Al-Antâkî ?), ils verront s'ouvrir devant eux les larges
horizons de la science, ce qui leur permettra de comprendre
bien des choses et de dépasser les innombrables obstacles
techniques à l'application de la science dans la
pratique..." (39).
S'exprimant à propos de la
signification de la vie et de la mort, l'auteur écrit : "Le
sens visé ici est celui de la vie dépendant du maintien (ta'alluq)
de l'esprit humain dans le corps et dans toutes ses parties
; c'est cette lumière rayonnante, selon une expression
utilisée pour définir l'âme par Fakhr Razi et autres(...)
"L'âme est une substance (jawhar)
de nature radieuse et incorporelle, qui communique sa
lumière à tous les organes du corps auquel elle est attachée
(ta'allaqa). C'est cette lumière diffuse (muntashir) qui
constitue la vie humaine. La vie est donc une émanation
résultant de l'intégration de l'esprit dans l'organisme et
de la propagation de sa lumière dans les diverses parties du
corps. Du coup, tout organe qui reçoit l'illumination de
l'esprit se trouve transmuté de l'état de l'inanimé (jamâd)
à l'état du vivant.
L'énoncé coranique "lorsque
je l'aurai harmonieusement modelé..." renvoie au premier
stade de la formation de l'embryon humain au terme duquel il
devient prêt à recevoir le souffle de l'esprit divin : "J'ai
insufflé en lui de mon esprit", dit le Créateur. Cet esprit
pénètre dans les organes comme le feu dans le charbon ou
l'eau dans la tige d'une fleur pour lui redonner vie. Ainsi,
l'embryon humain, arrivé à son plein développement corporel,
reçoit cette lumière spirituelle qui en anime toutes les
parties..."(40).
Les longues et nombreuses
citations empruntées aux auteurs musulmans ont pour objet
d'élucider des questions aussi cruciales que celle de la
nature de l'homme, de l'embryon, de la signification de la
vie, de son commencement et de sa fin. Les éclaircissements
ainsi donnés permettront de se prononcer légalement sur des
interventions sur l'embryon à différents stades de son
évolution (utilisation de ses organes à des fins de
transplantation ou d'expérimentations etc).
Les opinions rapportées font
l'objet d'un large consensus. Ainsi, il est unanimement
admis, par exemple, que la vie proprement humaine commence
avec l'insufflation de l'esprit, lequel n'est ni
l'équivalent du cerveau, ni un attribut ou une partie de cet
organe.
Cependant, plutôt que
d'exposer dans leurs détails toutes les idées relatives à
l'esprit, nous avons jugé opportun de n'en retenir que
celles que nous considérons intéressantes pour notre propos.
Du moment de l'insufflation
de l'esprit dans l'embryon
Les savants musulmans sont
également d'accord pour considérer que le souffle de
l'esprit intervient au 120ème jour de conception,
conformément à l'indication donnée dans le hadith d'Ibn
Mas’oud, déjà cité. Cette précision fondée sur une Tradition
authentique, n'est contestée par aucun des auteurs
classiques que nous avons consultés, qu'il s'agisse des
exégètes, des juristes ou des commentateurs du Hadith.
Beaucoup d'entre eux insistent d'ailleurs sur l'accord qui
existe sur ce point : "Les Oulémas, affirme Qurtoubî, sont
unanimes pour dire que l'insufflation de l'esprit à
l'embryon survient au 120ème jour de grossesse,
c'est-à-dire, après le 4ème mois et le début du 5ème. Cette
opinion dont la validité est fondée par les Traditions
précitées, a valeur d'argument légal..."(41).
Dans le même esprit, Ibn 'Abidîne
déclare :"D'après certaines sources, les savants musulmans
s'accordent pour affirmer que l'insufflation de l'esprit a
lieu après le 4 ème mois de grossesse...ce qui n'exclut pas
que l'embryon soit déjà formé avant ce stade ;
l'insufflation de l'esprit est en effet consécutive au plein
développement corporel de l'embryon (khalq)" (42).
Pour sa part, Nawawî écrit
:"Les Oulémas sont d'avis que le souffle de l'esprit
n'intervient qu'après le 4ème ... "(43).
Dans son commentaire sur le
Sahîh de Mouslim, Al-Abey abonde dans le même sens,
déclarant : " Les Oulémas soutiennent sans contredit que
l'insufflation de l'esprit se produit après 4 mois révolus
de gestation et les débuts du 5 ème mois. C'est cette
opinion, d'ailleurs corroborée par l'observation, qui sert
de critère pour la formulation des solutions légales
afférentes à la reconnaissance de paternité (istilhâq), à
l'obligation de la pension alimentaire en faveur de la
répudiée enceinte..."(43).
Ibn Rajab Al-Hanbalî est du
même avis :"Quant à l'insufflation de l'esprit, dit-il, elle
a lieu après le 4ème mois de grossesse, d'après l'indication
expresse donnée par la Tradition rapportée par Ibn Mas’oud
et celles transmises par d'autres Compagnons du
Prophète"(44).
Ibn Hajar, reprenant une
opinion de Fâdil Ali Ibn Al-muhaddab, note :"Les Oulémas
admettent communément que l'insufflation de l'esprit ne
survient qu'après le 4ème mois de grossesse"(45). Ailleurs,
le même auteur souligne :"Le hadith d'Ibn Mas’oud, dans
toutes ses versions, indique clairement que l'embryon passe
par quatre stades successifs d'évolution, de 40 jours
chacun, avant de recevoir le souffle de l'esprit après le
120ème jour de gestation"(46).
Plus loin, il écrit
:"Ensuite, l'ange lui confère une forme nouvelle (tasawwur)
au moment de l'insufflation de l'esprit, laquelle
n'intervient, de l'avis de tous les Oulémas, qu'après le
4ème mois de gestation. Il cite, dans le même sens, une
opinion de Qâdi ‘Ayyad selon laquelle :"Les versions de ce
hadith présentent quelques variantes formelles (alfâz) mais
concordent sur le point de savoir que l'insufflation de
l'esprit a lieu après le 120ème jour de grossesse, soit
après la fin du 4ème mois et le début du 5ème mois. C'est
cette opinion, somme toute confirmée par l'observation, qui
sert de critère pour la formulation des solutions légales
requises..."(47).
Tous ceux qui ont commenté le
hadith d'Ibn Mas’oud, rapporté par Boukhâri et Mouslim, en
admettent la signification explicite. Aucun d'entre eux
n'avance une interprétation divergente de l'opinion
communément admise (48).
Or, en dépit de l'accord
qu'il y a sur ce point entre les Oulémas anciens, il se
trouve des auteurs musulmans modernes qui situent le moment
de l'insufflation de l'esprit après le 40ème jour de
gestation. C'est qu'ils se sont laissés influencés,
semble-t-il, par les affirmations médicales selon lesquelles
la formation de l'embryon commence à un stade plus précoce
et que ses organes atteignent leur plein développement
visible au 80ème jour approximativement. Pour eux, cette
vérité scientifique était inconnue des auteurs musulmans
classiques, ce qui justifierait l'interprétation littérale
qu'ils avaient donnée du hadith d'Ibn Mas’oud.
Pour appuyer leur thèse,
certains se sont livrés à des interprétations tendancieuses,
prétendant, par exemple, que le hadith en question est
anormal (shâd). D'autres en admettent l'authenticité, tout
en contestant la signification qui lui a été donnée (à
savoir que l'insufflation de l'esprit intervient au 120 ème
jour) ; car, soutiennent-ils, c'est l'ensemble des étapes
mentionnées dans ce hadith qui s'étalent sur quarante jours.
On en veut pour preuve, les quelques variantes formelles
existant entre la version de Boukhâri et celle de Mouslim.
Celle-ci s'énonce comme suit :
"Chacun de vous se forme dans
le ventre de sa mère pendant quarante jours ; puis, devient
pendant la même période "quelque chose qui s'accroche"('alqat)
; puis se mue pendant la même période (ou pendant une
période égale à la première) en une masse de chair flasque (moudghat)...".
Or, on a interprété le
syntagme "fî dâlika" comme signifiant "pendant la même
période", c'est-à-dire "quarante jours", (alors qu'il réfère
en fait au ventre de la mère) ; de cette interprétation, on
déduit que l'embryon passe de "alaqa" à la "moudgha" pendant
quarante jours de grossesse et l'insufflation de l'esprit
intervient, par conséquent, au terme de cette période et non
après 120 jours de gestation.
On voudra ainsi concilier
cette interprétation de la version d'Ibn Mas’oud avec une
autre Tradition où il est dit que l'ange (qui a pour mission
d'après Ibn Mas’oud d'insuffler l'esprit à l'embryon, de lui
fixer sa subsistance, la durée de son existence, le sort
heureux ou malheureux qui l'attend etc) est envoyé après le
40ème jour de grossesse (49).
Or, cette manière
d'interpréter le hadith d'Ibn Mas’oud, considéré d'ailleurs
unanimement authentique (50), ne laisse pas de paraître
forcée, voire franchement fantaisiste. C'est que nous
entendons montrer dans ce qui suit :
1- Les versions faisant
mention de l'esprit ne comportent aucune contradiction ; au
contraire, elles affirment toutes que l'insufflation de
l'âme intervient après le 120ème jour de grossesse. Les
contradictions présumées pourraient exister entre les
versions spécifiant le moment de l'insufflation de l'esprit
et d'autres indiquant simplement le moment de l'intervention
de l'ange pour fixer le destin de l'individu à naître ; or,
on ne peut parler de contradiction puisque cette dernière
catégorie de hadiths ne fait aucune mention de l'esprit. Au
demeurant, certains auteurs anciens ont pu concilier les
Traditions apparemment divergentes au sujet du moment de la
détermination du destin (qadar), sans mettre en question le
hadith d'Ibn Mas’oud relatif à l'insufflation de l'esprit
(51).
2- Aucun des commentateurs du
hadith d'Ibn Mas’oud n'a contesté la précision chronologique
qui y est donnée. Au contraire, ils en ont tous accepté la
signification littérale sans la moindre réserve. Certains
savants, avons-nous déjà souligné, ont même mis en exergue
le consensus qu'il y a sur cette question, à savoir que
l'insufflation de l'esprit survient après le 4 ème mois de
grossesse.
3- Le hadith d'Ibn Mas’oud se
trouve, de surcroît, en parfaite concordance avec ce qui est
précisé dans ce verset du Coran : "Nous avons créé l'homme
d'argile fine ; puis, nous en avons fait une goutte de
sperme contenue dans un réceptacle solide ; puis, de cette
goutte, nous avons fait "quelque chose qui s'accroche"('alaqat)
; puis de celle-ci, nous avons fait une masse flasque(moudgha)
; puis de cette masse nous avons créé des os ; nous avons
habillé les os de chair produisant ainsi une autre
création"(XXIII, 13).
Beaucoup de commentateurs ont
rapporté une tradition d'Ibn 'Abbass d'après laquelle
l'expression coranique "...produisant une autre création",
renvoie à l'insufflation de l'esprit. Cette interprétation
est confirmée par les témoignages d'autres Compagnons du
Prophète et ceux de leurs successeurs immédiats (tâbi'ûn).
De là, on conclut que
l'insufflation de l'esprit n'intervient qu'après le plein
développement corporel (tamam al-khalq) de l'embryon. C'est
l'explication conforme aux précisions données par le verset
coranique susmentionné. Celui-ci souligne que la
transmutation majeure dans le processus embryonnaire n'a
lieu qu'une fois la morphogenèse achevée, autrement dit,
après le 4 ème mois de gestation. Au demeurant, pour marquer
la durée séparant chaque étape embryonnaire, le Coran
utilise la conjonction "thumma", qui indique un espacement
dans le temps (tarâkhî).
4- L'opinion qualifiant de
rare (shâdd) le hadith d'Ibn Mas’oud est sans fondement.
Car, de nombreuses preuves existent, qui confirment plutôt
le contraire. Ainsi, selon Ibn Hajar, aucune des versions de
ce hadith n'est le fait d'un transmetteur isolé (moutafarrid)
; au contraire, il est rapporté sous l'autorité d'une
dizaine de garants qui l'ont tenu, soit de Al-A'mash, soit
de Zayd Ibn Wahb... (52).
Comment peut-on dès lors
parler de "version rare"? Bien plus, un Traditionniste, Ibn
As-salâh, a affirmé : "Boukhârî a écarté la version de
Houdhyafat Ibn Ousyad, soit parce qu'elle est transmise sur
la foi de Toufayl, soit parce que l'auteur la trouve
incompatible avec la version d'Ibn Mas’oud, laquelle est
dûment authentifiée"(53).
Il conviendrait donc plutôt
d'émettre des doutes au sujet des versions qui ne
concorderaient pas avec celle d'Ibn Mas’oud dont
l'authenticité est incontestable. En fait, la plupart des
auteurs ont concilié, d'une façon ou d'une autre, les deux
versions considérées, sans mettre en cause le consensus
qu'il y a au sujet de l'indication chronologique donnée par
Ibn Mas’oud s'agissant du moment de l'insufflation de
l'esprit.
5- Venons-en maintenant à
l'interprétation de ce passage déjà cité "...puis, il
devient là (fî dhâlika) quelque chose qui
s'accroche"(d'après la version de Mouslim)" : pour les
besoins de leur démonstration, certains ont vu dans le
syntagme "fî dhâlika" une référence au "40 jours" précédant
dans le texte (alors qu'il se rattache en fait au ventre de
la mère). Or, cette interprétation, qui n'est ailleurs
confirmée par aucun des commentateurs de Mouslim, n'est pas
philologiquement soutenable. Car, elle introduirait une
rupture dans la logique du texte prophétique. Je m'explique
: l'énoncé en question comporte deux pronoms démonstratifs
inséré, chacun, dans un syntagme prépositionnel : fî dhâlika
et mithla dhâlika. Il faudra donc déterminer l'antécédent
('â'id) de chacun de ces démonstratifs. Mais avant de
revenir sur ce problème grammatical, force est de rappeler
que de toutes les versions authentiques tenues d'Ibn Mas’oud,
une seule mentionne le terme "nutfat" (goutte de sperme) ;
c'est celle rapportée sur l'autorité d'Abî 'Awâna, où il est
dit : "chacun de vous se forme en nutfa (goutte de sperme)
dans le ventre de sa mère pendant 40 jours"(54).
Revenons maintenant au
problème des deux démonstratifs précités : D'abord, dans la
version d'Abû 'Awâna, le premier démonstratif ne peut se
rapporter au syntagme circonstanciel arba'îna yawman (40
jours), le mot nutfa étant intercalé entre ahadukum (l'un de
vous) et arba'în (40 jours). Il est donc clair, d'après
cette version, que ce qui se forme pendant 40 jours est la
nutfa, mais non pas la 'alaqat et la moudgha.
Il semble impossible
également, dans les autres versions où le mot nutfa n'est
pas mentionné, de rattacher le premier démonstratif dhâlika
au syntagme circonstanciel 40 jours. Car, alors, on ne
saurait plus à quoi se réfère le deuxième dhâlika (là,
pendant la même période) : aura-t-il pour référent le
syntagme circonstanciel temporel 40 jour ? ou le syntagme
circonstanciel de lieu : le ventre de sa mère.
Le fait est que les deux
syntagmes précédents ne peuvent pas servir de référents à la
fois au premier et au deuxième démonstratif. L'antécédent ne
peut pas être non plus le sujet du verbe passif yudjma'u
(être constitué), c'est-à-dire ahadukum (chacun de vous).
Faut-il alors rattacher les démonstratifs en question au
masdar (nom d'action) sous-entendu dans la phrase yudjma'u
khalquhu. Cela non plus ne tient pas, car voici ce que
signifie cette phrase :
- d'après une exégèse
attribuée à Ibn Mas’oud, lorsque la goutte de sperme est
déposée dans l'utérus et que Dieu décide d'en faire un être
humain, elle se diffuse (târat fî) dans le corps de la femme
sous chaque poil et chaque ongle et reste là pendant 40
jours ; après quoi, elle revient dans l'utérus sous forme de
sang : c'est ce à quoi renvoie l'expression jam'u an-nutfa
(agglutination de la goutte de sperme)(55).
Selon certains auteurs, cette
explication ne remonte pas d'Ibn Mas’oud, mais semble
provenir de l'un des transmetteurs de sa Tradition. Mais à
force de citer ensemble le hadith et son exégèse précitée,
on a fini par les confondre.
Ibn Al-Qayem, lui, donne au
terme jam' une explication plutôt médicale, en déclarant
qu'il s'agit là de l'ébauche des organes embryonnaires, du
début de leur formation (56).
Pris dans sa première
acception, le terme jam' al-khalq indique sans ambiguïté que
40 jours, (mentionné dans la tradition d'Ibn Mas’oud)
correspond à la durée de dépôt de la nutfa dans l'utérus
avant les stades de la 'alaqat puis de la moudgha.
Mais si l'on retient le
deuxième sens du jam' al-khalq, on devra alors admettre que
la constitution de l'ébauche embryonnaire primitive (takhtît
khafiy) dure 40 jours. Or, si l'on considère que la 'alaqa
est autre chose que ce dessin à grands traits désigné par le
mot (jam'), cela veut dire que l'indication temporelle 40
jours dans le texte ne correspond pas à la durée globale de
développement embryonnaire.
Dès lors, vouloir rattacher
les syntagmes circonstanciels dans le ventre de la mère et
40 jours au verbe passif yujma'u (se former, s'esquisser)
revient à dire que tout le processus de formation
embryonnaire ne dure que 40 jours. Ce serait altérer le sens
de la tradition prophétique.
On pourrait objecter que la
transformation de l'embryon en 'alaqat puis en moudgha est
incluse dans le sens du mot jam' (formation). Une telle
objection est, à notre avis, linguistiquement intenable ;
pour s'en convaincre, examinons la formulation de l'énoncé
prophétique :
tout d'abord, on remarquera
l'emploi de la conjonction thumma ("puis" reliant l'acte de
djam' (formation, esquisse) et l'acte de se transformer
successivement en 'alaqat, puis en moudghar), laquelle
indique clairement que l'acte de transformation en question
vient chronologiquement après l'acte de djam' (esquisse
primitive) et n'est donc pas inclus en lui. Si les deux
actes étaient concomitants, le Prophète aurait utilisé la
conjonction fa, qui dénote en arabe l'explication et
l'énumération.
Thumma, elle, marque la
différenciation (moughâyarat) et introduit une
hiérarchisation entre les entités qu'elle relie entre elle.
On en arrive ainsi à la
conclusion que le syntagme circonstanciel 40 jours dans le
hadith sus-mentionné ne peut se rapporter qu'à ce qui
précède, (à savoir : chacun d'entre vous se forme en nutfa
dans le ventre de sa mère...).
Expliquant le hadith déjà
cité, Ibn Al-Qayem, affirme que l'ébauche embryonnaire
indiscernable (khafiy) se constitue (yudma') pendant la
première quarantaine ; après quoi, l'embryon passe
successivement par les stades de la 'alaqat, puis de la
moudgha, qui s'étalent également sur 40 jours chacun. Quant
à l'insufflation de l'esprit, elle intervient au début de la
quatrième quarantaine (57).
6- Les Oulémas musulmans
savaient parfaitement que l'embryogenèse s'achève au bout du
4 ème mois de grossesse. Cette connaissance, on en trouve
des preuves à la fois dans la Tradition révélée et dans la
médecine de l'époque. Ainsi, dans un hadith authentique du
Prophète, il est dit : "42 nuits après (le dépôt) de la
goutte de sperme (dans l'utérus), Dieu lui envoie un ange
qui la façonne et forme son ouïe, sa vue, sa peau, sa chair
et ses os..."(58).
Cette Tradition indique
clairement que la formation de l'embryon et la mise en place
de tous ses organes se terminent après la 6ème semaine de
vie utérine.
D'autre part, des données
médicales reprises par certains jurisconsultes anciens aux
médecins de leur époque, il ressort que l'embryon atteint
son plein développement corporel après le 4ème mois de
grossesse. On voit ainsi s'accorder les enseignements de la
Loi divine et les faits médicaux. En vérité, l'insufflation
de l'esprit ne peut logiquement intervenir qu'une fois
achevée la croissance du corps, ce dernier étant
l'instrument et le "véhicule" du premier.
Voici d'autres citations
abondant dans le même sens :
Ibn Al-Qayem : "lorsque le
sperme se dépose dans l'utérus sans être expulsé par ce
dernier, il se pelotonne et continue à épaissir pendant six
jours ; au milieu de cette masse apparaît ensuite le petit
bourgeon (nuqta) du coeur, suivi bientôt par le bourgeon du
cerveau, en haut, et celui du foie, à droite. Ces bourgeons
vont s'éloigner l'un de l'autre pendant trois jours,
laissant apparaître des lignes rouges. Six jours plus tard,
le sang pénètre dans toute cette masse. L'embryon en est
alors à son 27ème jour de gestation. 9 jours après, la tête
se détache des épaules, les membres des côtes et le ventre
de la masse embryonnaire. L'embryon a déjà 36 jours de vie
utérine. Il se développe encore pour devenir parfaitement
discernable 4 jours plus tard. La formation des différentes
parties de l'embryon (jam'u khalqihi) aura duré ainsi 40
jours. Ceci concorde d'ailleurs avec ce qui est dit dans
cette Tradition authentique du Prophète :"Chacun de vous se
constitue dans le ventre de sa mère pendant 40 jours".
Le Prophète n'a pas donné
d'autres détails. Pendant ce stade, Dieu a donc façonné (la
goutte de sperme), lui donnant une forme d'abord vaguement
discernable (jam' khafiyy). Cette forme se précise ensuite
progressivement, pendant le stade de moudgha (masse flasque)
qui dure également 40 jours. L'embryon est déjà nettement
reconnaissable, avant même d'avoir reçu le souffle de
l'esprit. Celui-ci ne vient en effet animer le corps
qu'après le 120ème jour de gestation, comme le précise une
Tradition authentique du Prophète.
De fait, sans la Révélation,
cette vérité nous restera à jamais inaccessible. Car,
l'avènement de l'esprit est loin d'être une conséquence
naturelle (de l'évolution embryonnaire). Aussi bien, même
les grands médecins et les philosophes les plus intelligents
ne sont-ils pas parvenus à en percer le mystère. Impuissants
devant cette énigme, ils affirment que c'est là une vérité
dont on ne peut avoir une connaissance certaine, mais
seulement des appréciations fort approximatives...C'est une
vérité qui relève de la science exclusive divine. Pour les
hommes, elle serait restée désespérément hors d'atteinte,
sans la révélation faite à ce sujet par le Prophète, dont la
parole véridique est divinement inspirée ; celui-ci dit en
effet :"chacun d'entre vous se forme dans le ventre de sa
mère pendant 40 jours..."(59).
La description du processus
embryonnaire donnée par Ibn Al-Qayem se rapproche dans ses
grandes lignes des données de la science moderne (60). Cet
auteur reconnaît que l'embryogenèse est déjà accomplie avant
le 4ème mois de grossesse ; mais il affirme dans le même
temps, -en accord avec la tradition prophétique- que
l'insufflation de l'esprit n'intervient qu'après le 4ème
mois de gestation. Il va plus loin encore, en précisant que
tout mouvement émanant de l'embryon avant ce stade doit être
considéré involontaire : "ce que nous pouvons tenir pour
certain, c'est que l'esprit ne s'intègre dans le corps
qu'après la troisième quarantaine ; pour autant que cela
soit possible, les mouvements qui se seront produits avant
ce stade n'auront pas pour origine l'esprit"(61).
On retrouve des indications
embryologiques analogues chez d'autres auteurs anciens comme
Ibn Hajar et Ibn Rajab Al-Hanbali. Ces derniers affirment,
par ailleurs, comme nous l'avons déjà souligné, que l'esprit
n'est communiqué au corps qu'après le plein développement de
celui-ci(62).
Dans la même optique, un
médecin musulman ancien, Dawoud Al-antâkî soutient que
l'esprit qui anime le corps de la vie proprement humaine
n'est insufflé à ce dernier qu'après le 120ème jour de
grossesse. Cet esprit, il l'appelle rûh nafsânî, esprit
psychique, le distinguant de rûh tabî'î, l'esprit naturel
(62).
Pour sa part, Cheikh Makhlouf
écrit :"...pendant le premier stade de sa constitution,
l'embryon se présente essentiellement sous la forme de nutfa
(goutte de sperme) ; en passant à la deuxième quarantaine,
il prend l'aspect d'une 'alaqat (quelque chose qui
s'accroche) puis d'une masse de chair flasque (moudgha)
pendant la troisième quarantaine. C'est ces formes concrètes
qui sont visées dans le hadith. L'esprit, lui, ne peut
intervenir qu'une fois l'embryogenèse terminée. Car,
l'esprit est un être divin subtil communiqué au corps pour
le diriger et agir à travers lui. Voilà pourquoi il
n'intervient qu'après le plein développement corporel(63).
Plus loin, il note :"l'esprit
est insufflé au corps après la formation des os, car c'est à
ce stade que l'organisme devient suffisamment solide pour
exécuter les instructions de l'esprit et obéir à ses
commandes..."(64).
Ce qui précède montre que les
oulémas musulmans anciens savaient que l'embryon atteint sa
pleine croissance avant l'insufflation de l'esprit.
L'opinion soutenue par les médecins de l'époque selon
laquelle une sorte de vie et de mouvements animeraient
l'embryon avant ce stade, ne les a pas empêché de s'en
tenir, unanimement, à la signification apparente (Dhâhir) de
la tradition rapportée par Ibn Mas’oud. Car, pour eux, il va
de soi que l'insufflation de l'esprit a lieu après la mise
en place des principaux organes du corps. Ils n'estimaient
donc pas nécessaire de se livrer à un travail herméneutique
pour concilier le sens du hadith avec les données
scientifiques de leur époque.
Nature de l'embryon après
l'insufflation de l'esprit
L'embryon qui reçoit le
souffle de l'esprit au 4 ème mois de gestation devient un
individu humain à part entière. Les savants de toutes
confessions sont d'accord là dessus.
Pour les Musulmans, l'esprit
constitue en effet l'origine de la vie proprement humaine et
la source de la volonté, de la sensibilité et de la pensée,
comme cela a été déjà souligné.
Pour ceux qui nient l'esprit,
ou y croient mais ne lui reconnaissent aucune influence sur
le corps, l'embryon devra être considéré comme un être
humain dès le premier instant de sa conception. Car, il
n'existerait pas dans le processus embryogénique autre étape
plus importante pour marquer le début de la vie
spécifiquement humaine. C'est le début même de la
fécondation qui constituerait donc le point de départ à
partir duquel l'embryon possède les potentialités
nécessaires pour se développer à terme, étant alors doté de
l'intégralité de son patrimoine génétique (65).
C'est là la conséquence
naturelle de la négation de l'union de l'esprit avec le
corps à un stade donné du processus embryonnaire. Bon gré,
malgré, les tenants de cette conception admettent que
l'embryon âgé de 4 mois est un individu humain. Ce qui
confirme ce que nous avons déjà souligné au début de cette
section. Mais là où il y a un désaccord total entre les
savants musulmans et les matérialistes, c'est lorsqu'il
s'agit de déterminer la nature de l'embryon avant
l'insufflation de l'esprit.
Pour l'islam, comme en
témoignent les écrits de ses oulémas anciens, l'embryon est
dès sa conception pourvu par Dieu d'une espèce de "vie", des
potentialités nécessaires pour croître et se nourrir jusqu'à
devenir apte à recevoir le souffle de l'esprit. Mais pendant
ce premier stade, il n'est pas considéré comme un individu
humain, n'étant pas encore animé de la vie proprement
humaine (celle de l'esprit). S'il meurt à ce stade, on ne
dira pas non plus qu'un humain est mort ; car la "mort"
proprement dite ne s'applique qu'à un corps qui a déjà reçu
l'esprit puis s'en sépare.
Il ne s'agit donc pendant
cette phase embryonnaire - comme cela a été déjà souligné-
que d'un être "pré-humain" possédant les aptitudes à la
croissance et au développement corporel qui le conduisent à
l'ultime étape de la réception de l'esprit.
Malgré l'abondance des
témoignages scripturaires (coraniques, traditionnelles, etc)
déjà mentionnés au sujet de l'esprit, il nous paraît
d'autant plus opportun de citer d'autres opinions à propos
de la nature de l'embryon qu'il s'agit là d'une question
cruciale en matière d'interventions médicales sur l'embryon.
Commençons par cette citation
de Qurtoubi :
1- Commentant ce verset
coranique "...l'esprit lui est insufflé", cet auteur écrit
:" ce souffle est l'origine de la vie proprement humaine de
l'embryon ; celle-ci provient d'un acte créateur de
Dieu"(66).
2- Ibn Qudâmat Al-Hanbalî
déclare à propos de l'embryon abortif (saqt) :"...mais avant
l'insufflation de l'esprit, l'embryon n'est pas considéré
comme une âme vivante (nasma) ; avorté à ce stade, on ne
fera pas sur lui la prière des morts, étant assimilé à une
masse de sang ou à une matière inanimée (jmâdât)"(67).
3- Chawkânî cite une opinion
de Shâfi'î selon laquelle l'embryon n'est pas vivant (hay)
avant le 4ème mois de grossesse et ne bénéficie pas
d'enterrement rituel et de la prière dûs aux morts (si il
est avorté avant d'avoir reçu le souffle de l'esprit)(67).
4- Ibn Al-Qayem distingue
deux sortes de vies embryonnaires : - vie végétative qui
anime le corps embryonnaire avant et après la réception de
l'esprit : elle se signale par des aptitudes à se développer
et à se nourrir de façon inconsciente ; -vie humaine : elle
naît de l'insufflation de l'esprit et se caractérise par la
sensibilité et la motricité volontaire (68).
5- Les juristes hanafites,
selon leurs propos rapportés par Ibn 'Abidîne, déclarent
:"Il est permis cependant à la mère d'expulser l'embryon
hors de son utérus (istinzâl), s'il n'est pas encore animé
de l'esprit ; car à ce stade, il n'est pas considéré comme
un humain à part entière (âdamiy)(69).
6- Ibn Rushd (Averroès) dit :
"il y a divergence sur le point de savoir à quel moment
l'expulsion du foetus entraîne le paiement d'une indemnité,
d’une ghurra* ; mais le mieux est de considérer comme
critère décisif ici l'insufflation de l'esprit ; en d'autres
termes, si ledit foetus est déjà animé d'une vie humaine,
alors son expulsion donne lieu à une indemnité " (70).
7- Ibn 'Abbas disait que
l'homme est créé en sept étapes, citant à l'appui les
versets suivants :"Nous avons créé l'homme d'argile
fine...". Interrogé au sujet du 'azl (retrait de la verge
avant éjaculation), il répond, en rappelant les mêmes
versets : Peut-on dire d'un être qu'il est créé (animé),
avant d'avoir acquis cette qualité ?
Selon une autre version, il
dit : une âme peut-elle être morte avant d'avoir passé par
ces stades de la création ?
D'après une tradition tenue
de Rifâ'at Ibn Râfi', celui-ci a dit : je me trouvais un
jour avec Omar, Ali, Zoubayr, Sa'd et autres Compagnons du
Prophète lorsque au cours de la discussion fut évoqué le
coïtus interruptus ('azl) ; j'ai dit alors : "il n'y a aucun
mal à cela". Quelqu'un de l'assistance protesta : "Mais on
prétend que c'est une forme déguisée d’infanticide (waêd
khafîf). Sur ce, Alî déclara : "On ne saurait dire d'un être
qu'il est enterré vivant (maw'ûdat), avant d'avoir passé par
les sept étapes (de création) : il est d'abord formé
d'argile fine, puis d'une goutte de sperme, puis d'une 'alaqat
(quelque chose qui s'accroche), puis d'une moudgha (masse
flasque), puis de la chair, puis se mue en une autre
création (khalqan âkhar)". Omar approuva :"Tu as raison,
Dieu prolonge tes jours !"(71).
D'après la tradition
ci-dessus, on ne peut donc parler de waêd, (forme
d'infanticide) si le foetus avorté n'a pas déjà atteint la
phase capitale de son développement, marquée par
l'insufflation de l'esprit.
Nous avons déjà signalé que
dans l'énoncé coranique "...Nous en avons ensuite formé une
autre créature", certains des Compagnons du Prophète, parmi
eux Ibn 'Abbas et 'Alî, voient une allusion au moment de
l'insufflation de l'esprit.
8- Commentant le verset
ci-après : "...Nous en avons fait ensuite une masse flasque
(moudgha) pleinement formée ou non formée", Shawkânî écrit :
"la moukhallaqat se dit du foetus arrivé à son plein
développement couronné par l'insufflation de l'esprit et qui
naît à terme ; s'il est expulsé avant ce stade, il est dit
ghayr mukhallaq, c'est-à-dire non vivant, n'étant pas
parvenu au terme de son évolution marqué par la réception de
l'esprit"(72).
9- Bayjourî déclare :
"s'agissant du foetus avorté (saqt) avant le 6 ème mois de
gestation, s'il est déjà animé de l'esprit avant son
expulsion, il sera ressuscité (au jour de la Résurrection)
avec son esprit et aura au Paradis la même taille et la même
apparence avenante que les autres hôtes de ce lieu ; mais
s'il est avorté avant d'avoir reçu l'esprit, il sera traité
comme tous les corps non animés de l'esprit : ramené au
Rassemblement dernier (hashr), il sera ensuite réduit en
poussière"(73).
10- Critiquant ceux qui
exigent le paiement de l’indemnité minimale (gurra) aux
héritiers du foetus abortif non encore animé de l'esprit,
Ibn Hazm le Zahirite (littéraliste) écrit : "Ils avancent
l'argument suivant : puisque l’indemnité dite ghurra est une
réparation assimilée à la diyat (prix du sang) et que
celle-ci est payée aux ayants cause de la victime, il doit
en être de même de la ghurra. Or, il s'agit là d'un
raisonnement analogique (qiyâs) faux. Car, le foetus abortif
non encore animé de l'esprit n'a pas été vivant pour que
l'on puisse parler de sa mise à mort (qatl).
Il est dès lors absurde de
comparer la réparation d'un acte n'entraînant pas la mort
avec l'indemnité payée en cas d'homicide (diyat). Une telle
analogie met en parallèle deux situations opposées, d'où il
sied de la déclarer nulle. Nous considérons, pour notre
part, qu'il faut distinguer deux choses : si on est sûr que
le foetus abortif a dépassé la 120ème nuit de gestation,
alors la ghurra échut à ses héritiers ; mais dans le cas
contraire, la compensation est exclusivement à la mère. On
en veut pour preuve cette parole divine :"Celui qui tue un
croyant par erreur affranchira un esclave croyant et
remettra le prix du sang à la famille du défunt..."(IV, 92).
Le Prophète dit : "si une
personne vient à être tuée, ses ayants cause auront le choix
entre deux solutions : ou bien la mise à mort du coupable à
titre de talion (qawad), ou bien le paiement du prix du
sang". Il est établi d'après le Coran et la Tradition qu'en
cas d'homicide par erreur ou intentionnellement, le prix du
sang doit être remis aux ayants droit de la victime (qatîl).
Mais ce mot ne s'applique en arabe qu'à un vivant auquel on
a ôté la vie. Or, d'après la Tradition authentique, le
foetus n'est tenu pour vivant qu'après la 120ème nuit de
gestation. Le détruire après cette phase, revient donc à
commettre un meurtre contre un innocent. En revanche, avant
ce stade, il n'y a pas lieu de parler d'homicide, ni, par
conséquent, de prix du sang, puisque le foetus abortif n'a
pas encore reçu la vie ; sans le souffle de l'esprit, il
n'est qu'un liquide, un caillot de sang ('alaqat min dam),
une masse de chair molle, de muscle ou d'os. Il n'est encore
qu'une partie du corps maternel. Donc, point d'homicide,
point de prix du sang"(74).
Ces citations et celles
données plus haut apportent la preuve formelle que l'embryon
non encore animé de l'esprit n'est pas tenu pour un individu
humain vivant et sa destruction n'est pas considérée comme
une mise à mort.
Cette opinion est du reste
admise à l'unanimité des auteurs musulmans anciens, qu'il
s'agisse des exégètes du Coran, des Traditionnistes ou des
jurisconsultes.
L'accord est donc total sur
ce point. Ceci, nonobstant les divergences d'opinion
touchant d'autres aspects de la vie embryonnaire. De fait,
ces divergences ne mettent pas en cause le lien entre
l'insufflation de l'esprit et le début de la vie proprement
humaine de l'embryon. Elles reposent sur d'autres critères.
Ainsi, si certains interdisent de façon absolue
l'avortement, c'est parce qu'ils le considèrent comme une
destruction d'une créature potentiellement viable ; cela
veut dire que si on la laissait se développer normalement,
elle atteindrait un stade où elle deviendrait apte à
recevoir le souffle de l'esprit, acquérant par là même son
identité humaine. Or, éliminer un être doté de telles
aptitudes est chose condamnable, tout comme il est prohibé
-sauf en considération d'un intérêt supérieur- de détruire
une chose utile ou qui peut le devenir. C'est dans le même
esprit d'ailleurs que la Loi islamique a interdit
l'application de la peine légale à des personnes qui peuvent
en périr, ou une femme enceinte pour ne pas porter atteinte
à l'embryon qu'elle porte dans son sein.
Voici d'autres cas où il
n'est pas tenu compte de la présence de l'esprit dans
l'embryon : lorsqu’une femme répudiée avorte, elle met fin
par là même à sa 'idda (retraite légale), que le foetus
abortif soit ou non animé de l'esprit. Car la motivation
légale de la 'idda est de s'assurer de la vacuité de
l'utérus (istibrâ), laquelle vacuité est établie par
l'accouchement (à terme ou avant terme).
Autre exemple : sur le
patrimoine du cujus, il est réservé une part à l'embryon,
animé ou non de l'esprit, considérant qu'il s'agit là d'un
être qui, sauf accident, est appelé à se développer à terme.
Mais cette part ne devient un droit définitivement acquis
que si ledit embryon vient au monde doté de son identité
humaine.
Les exemples précités
prouvent ce que nous avons déjà dit, à savoir qu'il y a
unanimité pour considérer l'insufflation de l'esprit comme
le début de la vie proprement humaine. Là peut surgir la
question suivante : si l'embryon non animé de l'esprit n'est
pas un individu humain à part entière, peut-on le considérer
comme partie intégrante d'un être humain, la mère en
l'occurrence ?
Force est de rappeler d'abord
que dans leurs décisions légales, certains docteurs de la
Loi ont traité l'embryon comme s'il s'agit d'un organe de la
mère (75).
Mais personnellement,
j'incline à considérer l'embryon, animé ou non de l'esprit,
comme un être indépendant de la mère, même s'il lui est
attaché d'une certaine façon. Ceux parmi les juristes qui
l'ont tenu pour une partie de la mère, l'ont fait, me
semble-t-il, pour des considérations purement légales :
lorsqu’il s’agit, par exemple de formuler des décisions
juridiques afférentes à la compensation due en cas
d'avortement (76).
Notre conclusion est fondée
sur le fait que dans la conception islamique, le corps
humain constitue le véhicule (markab) et l'instrument de
l'esprit. Ce corps se compose de parties qui sont toutes,
sous une forme ou sous une autre, mises au service de
l'esprit. Or, l'une des particularités de ces parties
consiste à rester en permanence sous le contrôle du souffle
spirituel, depuis le premier instant de sa rencontre avec le
corps jusqu'à leur séparation définitive à la fin de la vie.
Entre le corps et l'esprit, avons-nous déjà dit, existe une
relation d'amour naturel qui ne peut pas se rompre
d'elle-même. De ce fait, l'oeil, l'oreille, le coeur, le
cerveau, les membres et autres organes de l'organisme ne
sauraient se dépouiller de façon spontanée de la parcelle de
l'esprit qui leur est échue. Cela ne peut se produire que
sous l'effet d'un facteur extérieur. Réciproquement,
l'esprit ne saurait se retirer de façon automatique des
organes mis sous son contrôle. La symbiose est donc parfaite
entre les composantes corporelle et spirituelle de l'être
humain.
Or, l'embryon, animé ou pas,
ne présente aucune des caractéristiques des organes évoqués
ci-dessus : il ne sert pas l'esprit de la mère et ne répond
pas aux ordres émanants de lui (77). Il n'assure aucune
fonction vitale pour l'organisme maternel. Sa relation à ce
dernier est à sens unique : il en tire sa nutrition mais n'y
apporte rien ; en cela il ressemble au nourrisson, qui puise
sa nourriture dans le lait maternel, à ceci près que dans le
premier cas l'échange mère-embryon est adapté à la nature
particulière de celui-ci.
En outre, l'embryon est
destiné à quitter le sein maternel au terme de la grossesse.
Il ne peut en aucun cas dépasser la durée de gestation qui
lui est impartie. Car l'esprit commandant au corps de la
mère ne saurait en tolérer la présence au delà de cette
période.
Tout cela prouve que
l'embryon possède une existence autonome et ne constitue
nullement une partie du corps maternel.
Ainsi se confirme la
conception islamique selon laquelle l'embryon non animé de
l'esprit n'est pas un individu humain, ni même une partie
d'un individu humain (âdamiy), mais un être (makhlouq) en
cours d'évolution, appelé à se développer jusqu'au moment
décisif de la réception de l'esprit qui lui confère son
identité humaine.
La tendance matérialiste,
elle, ne distingue pas la double nature de l'embryon ; pour
elle, celui-ci acquiert sa nature humaine dès le premier
instant de sa conception et la conservera, immuable, jusqu'à
la fin de son existence. Or, la nature des choses ne change
pas suivant leur taille ou leur poids, mais en fonction de
leur substance constitutive(jawharihâ).
Pour nous, les modifications
physiques sensibles du corps embryonnaire, depuis son
incrustation dans l'utérus maternel jusqu'à l'apparition de
l'ébauche du système nerveux, en passant par différents
stades de développement et d'augmentation de poids et de
taille, ne sauraient servir de critères valables pour
conclure à la métamorphose de la nature de ce corps à un
moment donné de son évolution. Car, toutes ces
transformations diverses ne sont que le produit de la vie
végétative née avec la première cellule embryonnaire et qui
se poursuit tout au long du processus embryonnaire dont elle
est en quelque sorte le levain. Cette vie primitive donc
reste identique à elle-même, non seulement pendant la vie
utérine, mais aussi au-delà : c'est elle qui détermine la
croissance de l'individu, le renouvellement des tissus
abîmés, la résistance aux agents infectieux, la
cicatrisation des blessures, la pousse des cheveux et des
ongles. C'est elle, enfin, qui anime pour un temps les
organes après la mort cérébrale.
Pour récapituler, disons que
la négation de l'esprit ou, du moins, de son emprise sur le
corps, conduit inéluctablement à la conclusion que l'embryon
recèle déjà une vie humaine dès le début de la fécondation.
Or, malgré cette conclusion,
beaucoup parmi les matérialistes considèrent la mort
cérébrale comme la fin de la vie humaine(78).
Or, pour être fidèles à leur
conception de l'embryon, en particulier, et de l'homme, en
général, ils auraient dû lier la mort de l'individu non pas
à celle de son cerveau mais à la fin de la vie qui l'animait
dès avant la formation de cet organe. Ne considèrent-ils pas
l'embryon comme un humain vivant avant même la mise en place
de son système nerveux et l'entrée en fonction de ce dernier
? Comment peut-on parler d'une vie avant l'apparition du
cerveau et considérer en même temps la mort de celui-ci
comme la fin de la vie ? Cette contradiction ne saurait se
résoudre que si l'on admet l'existence de deux sortes de
morts :
- Mort d'un embryon avant la
constitution de son cerveau : cette mort sera marquée alors
par la cessation définitive de la vie végétative qui anime
les cellules et donc par l'arrêt du développement, du
modelage (tashakkul) et de la nutrition de celles-ci ;
- Mort d'un adulte doté d'un
cerveau fonctionnel : cette mort correspondra alors à
l'arrêt complet et irréversible des fonctions cérébrales.
L'adoption de cette manière
de voir aura pour corollaire l'acceptation d'un autre
postulat : l'existence de deux vies embryonnaires
successives :
- Vie pré-cérébrale ;
- Vie cérébrale.
La mort étant le pendant de
la vie, ce qui s'applique à la première (le déroulement en
deux temps) doit nécessairement s'appliquer à la seconde.
Cette conclusion s'approche
en définitive de la vision islamique sans se confondre avec
elle. Car, il subsiste malgré toute une différence de taille
: Pour l'Islam, c'est l'esprit qui constitue la source de la
vie post-végétative, alors que c'est l'apparition du cerveau
qui, pour le matérialisme, marque le début de la vie
consciente. Nous avons déjà longuement expliqué
l'incohérence de cette dernière manière de voir.
Exploitation des embryons à
des fins de transplantations et de recherche : point de vue
légal
La recherche de la
qualification légale (hukm shar'î) applicable à une
intervention donnée nécessite, au préalable, la
détermination de la nature de celle-ci, et, le cas échéant,
de la spécificité de l'objet sur lequel elle porte et des
incidences qu'elle peut avoir sur lui.
Ainsi, dans la première
partie, avons-nous abondamment exposé les caractéristiques
propres à l'embryon en tirant les conclusions qui
s'imposent. Partant de celles-ci, nous essayerons dans ce
qui suit d'examiner du point de vue légal les possibilités
d'exploiter les embryons pour les besoins de la recherche
scientifique ou en vue de transplantation. Nous formulerons
ensuite les solutions juridiques, les normes et les
restrictions devant régir les pratiques objet d'examen.
De la qualification légale de
l'utilisation des embryons pour les transplantations ou la
recherche
Nous n'allons pas ici aborder
les interventions de routine sur l'embryon, celles qui ont,
par exemple, une visée thérapeutique. Car ces pratiques sont
censées être utiles, répondant à un intérêt vital, soit pour
l'humanité en général, soit spécifiquement pour l'embryon
objet de leur intervention. Certaines de ces opérations,
comme c'est le cas pour les examens pratiquées à différents
stades d'embryogenèse, sont tout à fait anodines. D'autres
peuvent accidentellement provoquer des dommages, bien que
leur objet initial ait été de sauver l'embryon de la mort ou
d'une grave déficience (79).
Ce genre d'interventions ne
posent aucun problème quant à leur caractère légal : elles
sont légitimes tant au plan juridique que rationnel. Au
demeurant, elles s'exercent aussi bien sur les foetus que
sur les individus adultes.
Il s'agira donc plutôt pour
nous d'examiner les pratiques entraînant la destruction
totale ou partielle de l'embryon, en exploitant ses organes
à des fins de transplantation ou d'expérimentation.
Du point de vue de la Loi
islamique, les qualifications légales applicables à ces
pratiques varieront suivant l'âge de l'embryon, (est-il ou
non animé de l'esprit ?) et de sa nature (est-il mort ou
vivant ?). La conception matérialiste ne retient que ce
dernier critère, étant incapable de distinguer la vie
spirituelle de la vie d'avant l'esprit.
Interventions sur l'embryon :
point de vue islamique
Si l'embryon est déjà animé
de l'esprit, ayant dépassé le stade du 120ème jour de
gestation, il devient un humain vivant (âdamiy hay), comme
cela a été déjà souligné. A ce titre, il ne peut faire
l'objet de prélèvements d'organes ou d'expérimentations
scientifiques susceptibles d'entraîner sa mort (séparation
du corps et de l'esprit) ; se livrer à de telles pratiques
revient à commettre un homicide caractérisé ; et même si
l'embryon s'en sort vivant, son intégrité physique s'en
trouvera sérieusement atteinte.
Ceci est vrai, qu'il s'agisse
d'un embryon évoluant encore dans le ventre de sa mère ou
d'un foetus provenant d'un avortement spontané ou provoqué.
L'essentiel, c'est que le dit embryon ait été animé de la
vie de l'esprit, laquelle se signale par des mouvements
volontaires, ou par le constat de la viabilité du cerveau.
Car, c'est par le biais de cet organe, comme cela a été
précédemment expliqué, que l'esprit assure le contrôle du
corps et ne s'en défait que lorsqu’il est irrémédiablement
détruit.
La même règle est valable si
l’embryon est expulsé hors de l'utérus maternel à un stade
où il est considéré d'habitude comme non viable. Car ce qui
compte ici, c'est que ledit foetus ait été déjà animé de
l'esprit et non pas ce qu'il deviendra après. Au demeurant,
il se peut qu'on parvienne médicalement à maintenir en vie
un embryon avorté à un stade précoce de son développement,
en lui assurant les conditions appropriées(80).
S'agissant de l'embryon mort
cérébralement et dont, par conséquent, l'esprit s'est
détaché du corps, il est considéré comme un humain mort,
qu'il soit encore dans le sein maternel ou expulsé dehors.
Dès lors, pratiquer sur lui un prélèvement d'organe ou des
expérimentations scientifiques ne saurait être assimilé à un
meurtre.
Par ailleurs, l'utilisation
de l'embryon à des fins de prélèvement ou d'expérimentation,
avant le stade du 120 ème jour, n'est pas considérée comme
une mise à mort (qatl) d'un individu humain, quant bien même
elle a pour conséquence d'en détruire les capacités de
développement à terme ; car, le terme homicide (qatl) au
sens juridique islamique strict ne s'applique qu'aux actes
ayant provoqué la séparation de l'esprit d'avec le corps (izhâq
roûh). Or, l'objet de l'acte examiné ici (embryon) n'est pas
encore animé de la vie spirituelle (81).
Certes, il est possible
d'utiliser ici par extension le mot qatl, mais pas dans son
acception légale stricte : ce vocable désignerait alors
l'opération de destruction de l'embryon, ayant pour effet
d'en interrompre l'évolution à terme.
Cependant, il faudra
distinguer deux cas : ou bien l'utilisation de l'embryon non
animé de l'esprit est considérée comme une destruction ; ou
bien elle n'est pas considérée comme tel.
Premier cas
C'est lorsque l'intervention
porte sur un embryon potentiellement capable d'évoluer
jusqu'au stade de la réception de l'esprit : l'expulsion
d'un tel embryon en vue de son exploitation expérimentale ou
autre constitue une destruction de la vie végétative ;
Deuxième cas
C'est lorsque l'embryon non
animé de l'esprit est dans un état où il est condamné à
perdre la vie végétative nécessaire pour poursuivre son
développement normal : c'est le cas de l'embryon expulsé de
l'utérus maternel et dont il est impossible médicalement ou
légalement de maintenir le processus évolutif jusqu'au stade
de la réception de l'esprit, en raison de difficultés
techniques ou faute de trouver un utérus de remplacement. Un
tel embryon est présumé légalement non viable ; d'où il
découle que son exploitation pour les besoins de la science
ne constitue pas une destruction (ifsâd).
La différence entre un tel
embryon et le foetus ayant déjà reçu le souffle de l'esprit
réside dans le fait que la vie (végétative) qui anime le
premier n'existe pas pour elle-même (li dhâtihâ) ; sa raison
d'être est d'amener le corps au stade où il sera apte à
recevoir l'esprit et de servir ensuite la vie qui s'installe
avec ce dernier. S'il est avéré ainsi que l'embryon est
incapable de poursuivre sa croissance normale jusqu'au stade
de l'insufflation de l'esprit, alors la vie végétative qui
l'anime perd de son utilité.
La vie de l'esprit, elle, est
une fin en soi ; aussi ne saurait-elle être présumée
"détruite"(fâsidat), tant que l'esprit réside dans le corps,
même si les faits indiquent par ailleurs qu'elle est
condamnée à disparaître à brève échéance.
Exploitation de l'embryon
déjà animé de l'esprit
Il a été déjà expliqué que
l'embryon de 4 ème mois ayant reçu le souffle de l'esprit
est considéré comme un humain vivant et que son exploitation
est assimilée à un homicide si elle provoque la perte de
cette vie de l'esprit. Or, L'islam interdit la mise à mort
d'un vivant sauf en application des peines canoniques fixées
par la Loi. Aucun autre motif ne pourrait justifier une
atteinte à la vie humaine, fût-ce pour sauver celle d'un
autre homme (82).
Cette solution est valable
qu'il s'agisse d'un embryon au sein de sa mère ou d'un
foetus avorté pour une cause quelconque : pour la Loi
divine, pas question d'attenter à la vie d'un être animé de
l'esprit, même avec le consentement de ses parents agissant
à titre de représentant Légal ; car la représentation légale
(niyâbat shar'iyyat) doit avoir en vue l'intérêt du
représenté (l'embryon, en l'occurrence) et n'autorise
nullement le représentant à entreprendre des actes
préjudiciables à la personne placée sous sa tutelle.
S'agissant de l'embryon ayant
perdu la vie de l'esprit après l'avoir reçue, il est traité
comme n'importe quel être humain qui vient à mourir,
c'est-à-dire qu'il reçoit les mêmes funérailles : lavage et
ensevelissement canoniques, la prière des morts, la mise en
tombeau, respect de son intégrité physique.
En règle générale donc, il
est interdit de prélever une partie d'un cadavre humain ou
de pratiquer sur lui des opérations mutilantes, sauf si
l'intéressé en a donné le consentement de son vivant. Or,
cela n'est pas possible dans le cas de l'embryon. Ses
parents non plus ne peuvent pas légalement donner un tel
accord, car l'autorisation portant sur un objet dont on ne
dispose pas est sans effet. Aussi bien, les parents
n'ont-ils pas le droit de faire don d'une partie du corps de
leur embryon, ni à titre d'héritiers, ni en leur qualité de
représentant légal.
Cependant, on peut envisager
la possibilité de prélever des organes sur l'embryon en cas
de nécessité au sens légal strict du terme : autrement dit,
lorsqu'il s'agit de sauver la vie d'une personne ou l'un de
ses organes. Cet usage peut être assimilé, par voie
analogique, à la consommation de la chair provenant d'un
cadavre humain, autorisée par certains docteurs de la Loi en
cas d'impérieuse nécessité (le risque de mourir de
faim)(83).
Dans ce cas d'espèce, il
faudra veiller au respect de certaines conditions :
s'assurer que l'acte envisagé est réellement inévitable et
qu'on est effectivement dans un état de nécessité, soit en
constatant que le mal redouté est déjà consommé, soit en
ayant la certitude qu'il se produira inéluctablement ;
garantir que le transplant prélevé sur l'embryon mort aura
de fortes chances de sauver un patient de danger de mort ou
d'une destruction irréversible d'une partie de son corps.
Si ces conditions ne sont pas
réunies, il ne serait y avoir de prélèvement sur un embryon
mort.
Dans des cas de nécessités
tel que précisés ci-dessus, le consentement des parents
n'est pas exigé ; mais il serait bon de les consulter par
amabilité.
Utilisation de l'embryon non
encore animé de l'esprit
Quatre cas de figures sont
ici envisageables :
1- L'embryon est dans le
ventre de sa mère ;
2- L'embryon est hors du
corps maternel, mais viable et susceptible techniquement et
légalement d'être réimplanté dans l'utérus ;
3- L'embryon se trouve hors
du corps maternel, viable, mais ne pouvant techniquement ou
légalement être replacé dans l'utérus de la mère ;
4- L'embryon se trouve
inviable (étant dépourvu des aptitudes au développement
conduisant au stade de l'esprit), soit à l'intérieur soit à
l'extérieur du corps maternel.
On a déjà vu que le troisième
cas est assimilable au quatrième en ce sens qu'il y a dans
un cas une non viabilité présumée (fasâd hukmî) et dans un
autre une non viabilité réelle (fasâd haqîqiy).
La présente section sera donc
subdivisée en trois sous-sections.
i. Sous-section I : De
l'utilisation de l'embryon viable intra-utéro
L'intervention sur un tel
embryon implique son expulsion du corps maternel. Pour se
prononcer sur cet acte, il faudra donc connaître les
solutions légales touchant à l'avortement avant le stade de
l'insufflation de l'esprit. C'est ces solutions que nous
essayerons d'exposer dans ce qui suit :
L'avortement avant
l'insufflation de l'esprit
Les avis des docteurs de la
loi sont partagés sur ce point. Ils peuvent ainsi être
regroupés en quatre tendances que voici :
Première tendance :
Elle autorise l'avortement
avant le stade l'insufflation de l'esprit. C'est l'attitude
qui prévaut chez les Hanafites et chez la majorité des
Shafi'îtes. Elle a également la faveur d'Ibn 'Ouqayl parmi
les Hanbalites (84).
Deuxième tendance :
Elle interdit l'avortement à
tous les stades embryonnaires. c'est l'opinion exprimée par
la majorité des Malikites, certains Hanafites, Ghazalî,
parmi les Shafiîtes et Ibn Al-Jawzî, parmi les Hanbalites
(85). Mais au sein de ce groupe, certains admettent
l'avortement pour un motif légal (86) ;
Troisième tendance :
Elle autorise l'avortement
pendant la phase de la nutfa (goutte de sperme) et de la
‘alaqat (soit pendant les premiers 80 jours de grossesse),
mais l'interdit à partir du stade de la moudgha
(correspondant à la phase de 40 jours précédant
l'insufflation de l'esprit) : cette tendance, on la retrouve
surtout chez certains Shafi'îtes (87).
Quatrième tendance :
Elle autorise l'avortement au
stade de la nutfa (soit pendant les 40 jours suivants la
fécondation), mais l'interdit à partir du stade de la 'alaqa
(qui suit immédiatement celui de la nutfa) : cette tendance
a la faveur de la majorité des Hanbalites et du Lakhmî,
parmi les Malikites (88).
Les tenants de la première et
de la troisième tendances justifient leur position,
semble-t-il, en se fondant sur le fait qu'avant
l'insufflation de l'esprit, (qui intervient après le 120ème
jour de gestation), l'embryon n'est pas tenu pour un être
humain vivant (89). Toutefois, par précaution, les partisans
de la troisième tendance, s'opposent à l'avortement pendant
les 40 jours précédant l'insufflation de l'esprit (90).
Ceux qui sont pour
l'interdiction de l'avortement à tous les stades de
développement embryonnaire s'appuient sur le fait que
l'embryon est un être humain en devenir, possédant les
aptitudes nécessaires pour évoluer à terme. Dans cette
optique, l'avortement est assimilé, par voie analogique, à
la destruction des oeufs du gibier pendant le moment du
pèlerinage dit de "sacralisation" (ihrâm) : la chasse étant
formellement interdite dans cette situation, et l'oeuf étant
considéré comme un animal en devenir, sa destruction est
tenue, par extension, pour prohibée. De la même façon, on a
considéré que l'embryon étant un humain en devenir, sa
destruction doit être condamnée(91).
Quant à la dernière tendance
qui n'autorise l'avortement qu'au stade de la 'alaqat, elle
semble reposer sur l'idée que l'embryon ne "s'agglutine pas"
(lâ yan'aqidu) avant d'avoir dépassé cette phase de son
évolution(91).
L’opinion prévalente (râjih):
pour notre part, nous considérons que l'avortement doit être
en principe interdit même avant l'insufflation de l'esprit.
Mais cette règle tolère des exceptions en considération des
cas de nécessité légale (darourât) et en vertu du principe :
"opter pour le meilleur avantage et repousser le pire des
dommages". Il s'agit donc d'une interdiction relative. Il
n'en va pas de même lorsque l'embryon est déjà animé de
l'esprit : dans ce cas-là l'avortement est absolument
interdit.
L'interdiction "relative"
trouve sa motivation dans le fait que l'embryon non animé de
l'esprit est déjà potentiellement apte à évoluer normalement
pour recevoir, au bout du compte, le souffle spirituel et,
partant, acquérir l'identité proprement humaine. Cela,
évidemment, en l'absence de tout empêchement légal ou
pratique à son développement à terme, comme cela a été
expliqué plus haut.
Dans ces conditions donc, la
destruction de l'embryon constitue un acte préjudiciable et,
par conséquent, condamnable. Mais cette condamnation reste
soumise aux règles de la nécessité et de la considération de
l'intérêt en présence. Car, il s'agit en l'espèce d'un être,
l'embryon, qui n'est pas regardé comme un individu humain ;
dès lors, sa destruction n'est pas considérée comme un
homicide, quand bien même elle élimine un être utile (nâfi').
De fait, la destruction d'objets utiles peut acquérir le
caractère de licéité, si on estime fort probable qu'elle
puisse donner lieu à un avantage meilleur (comparativement à
la perte ainsi occasionnée) ou prévenir un dommage pire
encore (que ladite perte).
Ces conclusions nous amènent
à évaluer les inconvénients et les avantages liés à
l’exploitation des embryons non encore animés de l'esprit.
Inconvénients
1- La destruction de
l'embryon qui empêche qu'il évolue à terme pour devenir apte
à recevoir le souffle de l'esprit ;
2- Les dommages subis par la
mère par suite de l'avortement provoqué ;
3- Le dévoilement des parties
intimes (kashf al-awrat) de la mère dont on veut expulser
l'embryon ;
4- L'atteinte à la dignité
d'un être humain, d'une part :
- en pratiquant sur son corps
des opérations de dissection, de prélèvement et
d'expérimentation ; et d'autre part :
- en ouvrant la voie au
trafic des embryons en vue de leur exploitation à des fins
ignobles.
Avantages :
D'après les scientifiques,
les avantages thérapeutiques et préventifs que l'on peut
tirer de l'utilisation directe (par transplantation
d'organes ou de cellules embryonnaires) ou indirecte (à
travers une recherche scientifique pouvant se traduire par
des applications médicales) des embryons humains, sont
nombreux. Ces avantages peuvent être résumés comme suit :
1- Traitement de certaines
maladies et d'anomalies graves : déficiences immunologiques,
certains types de diabète et de stérilités masculines, des
brûlures ;
2- Prévention de fausses
couches et de certaines tares héréditaires ;
3- Production de médicaments
et de vaccins ayant une efficacité thérapeutique ou
préventive ;
4- Approfondissement des
connaissances anatomiques de l'homme dans la perspective de
diagnostiquer et de traiter plus efficacement
certaines maladies.
Pour plus amples détails sur
ce point, on pourra se reporter à certains ouvrages médicaux
(92).
Evaluation comparative des
inconvénients et des avantages
Une telle évaluation, pour
être pertinente, doit reposer sur des critères rigoureux et
bien définis qu'il convient donc de rappeler avant de
poursuivre notre réflexion.
Ces critères sont de deux
sortes : critère qualitatif et critère quantitatif. Les
premiers consistent à déterminer le caractère de l'acte
envisagé eu égard aux finalités de la Loi : est-il
nécessaire, facultatif ou esthétique (tahsîny) ?
Le deuxième critère consiste
à comparer quantitativement les avantages des uns aux
inconvénients des autres au cas où l'on aura décidé
d'entreprendre (ou de renoncer à) l'opération envisagée.
Premier critère
Selon les docteurs de la loi,
les dispositions légales (ahkâm) sont édictées en vue de la
réalisation des desseins envisagés par le Législateur (maqâsi
ash-shâri'), dont celui, primordial, de la préservation de
la créature. Les buts poursuivis par la Loi sont divisés,
suivant leur nature, en trois catégories : buts d'absolue
nécessité (darûriy) ; buts de moindre nécessité (hâjiy) ;
buts d'agrément (tahsînyi).
Ces différentes catégories
sont définies dans le passage suivant repris à Châtibi :
"Les nécessités absolues "darûriyat"
sont celles dont dépend la réalisation des intérêts
religieux et temporels, de sorte que leur omission entraîne
dans ce bas monde, corruption, désordre et destruction de la
vie ; et dans l'autre, la perte de toutes chances de salut
et de félicité et la condamnation à une déréliction totale (khusrân
mobîn)... Les buts d'absolue nécessité sont au nombre de
cinq : la conservation de la vie, de la personne, de
l'espèce (nasl), des biens et de la raison ('aql).
Les choses de moindre
nécessité (hâjât), correspondent aux besoins dont la
satisfaction nous apporte le confort et éloigne de nous les
désagréments de l'existence, la gêne et le découragement. Il
en va ainsi par exemple des jouissances licites comme la
chasse, la nourriture, l'habillement, le logement, la
monture et autres plaisirs du même genre.
Les "améliorations"(tahsînât)
consistent à cultiver les bonnes moeurs et à éviter les
situations malsaines, réprouvées par le bon sens, bref à se
conformer aux bienséances "(92).
Cette typologie des
"besoins", semble se fonder sur le critère suivant : le
degré de gêne (haraj), causée aux individus par suite de la
non réalisation d'un intérêt (maslahat) ou par la survenue
d'un dommage. Ainsi, le fait d'éviter tout ce qui est
susceptible de gâcher ou de détruire la vie relève de la
catégorie des "darûriyât" ; repousser les situations de gêne
et de malaise relève des "hâjiyât" ; et, enfin, rechercher
les agréments qui rendent l'existence plus agréable relève
des "tahsînât".
Deuxième critère
Ce critère prend en
considération le nombre d'individus éventuellement lésés en
cas de perte d'un intérêt ou de l'accomplissement d'un acte
préjudiciable. Dans ce sens, les Oulémas s'en réfèrent aux
règles selon lesquelles "les avantages et les inconvénients
d'une portée plus grande sont pris en considération
préférentiellement aux autres"(93) et "un besoin de portée
plus générale vaut nécessité"(94).
Revenons maintenant à
l'évaluation des inconvénients.
Evaluation des inconvénients
liés à l'utilisation des embryons
Le plus grave de ces
inconvénients est la destruction de l'embryon. Examinons
l'ampleur de ce préjudice à l'aune des critères
sus-mentionnés.
Rappelons tout d'abord que
l'élimination d'un embryon non animé de l'esprit ne
constitue pas un homicide au sens légal du terme ; elle
n'entraîne pas une gêne (haraj) insupportable, pas plus
qu'elle ne bouleverse la vie des parents, d'autant plus
qu'elle se fait avec leur consentement. Ce dernier est
considéré en l'espèce comme condition préalable pour la
détermination de l'ampleur du préjudice subi.
De surcroît, le besoin
d'enfant est relatif : il varie suivant les couples, la
force de leur désir de procréer, leurs conditions
matérielles et autres. Ainsi, les parents qui auront accepté
d'un commun accord l'expulsion de leur embryon, pour le bien
d'un malade ou en vue de l'intérêt commun, apporteront par
là même la preuve que leur désir d'enfant est, sinon
inexistant, du moins faible.
Mais exercer une contrainte
sur les parents pour obtenir leur autorisation de procéder à
l'avortement pourrait se traduire par la non satisfaction
d'une pressante nécessité. Ce dernier cas n'est pas concerné
ici.
Quant au dévoilement des
parties honteuses (kashf al-'awrat) de la mère, c'est un
inconvénient sur lequel il est relativement plus facile de
se prononcer ; car les docteurs de la loi sont unanimes pour
ranger l'acte de cacher ses parties intimes dans la
catégorie des "améliorations"(tahsînat). Aussi bien, la mise
à nu de ces parties est-elle considérée comme un préjudice
fort minime comparé à certaines maladies pernicieuses ou
même bénignes. C'est pour cette raison d'ailleurs que la
Chari’a autorise cet acte pour des motifs de traitement ou
autres (95).
S'agissant de l'atteinte à la
dignité humaine, elle paraît vraisemblablement exagérée
lorsqu'on parle d'un embryon non encore animé de l'esprit et
donc non considéré comme une personne humaine. De fait, le
respect est dû, en principe, aux êtres doués de la vie
consciente et autres aptitudes qui valent à l'homme d'être
placé au dessus de toutes les espèces.
Par ailleurs, un acte est
jugé suivant les intentions qui le sous-tendent ; s'il a
pour motivation la réalisation d'un intérêt commun vital, il
n'est pas considéré comme dégradant pour la personne humaine
; il ne peut être ainsi qualifié que si le but avoué en est
de porter atteinte à l'intégrité d'un homme, de l'humilier
en le mutilant ou en profanant son corps.
C'est ainsi que, se fondant
sur ce fameux principe d'intérêt général, le droit islamique
moderne en vient à autoriser le don de certains organes,
l'étude et la recherche expérimentale sur le sang et le
sperme, l’autopsie sur les cadavres humains, ceci pour les
besoins de la science et autres pratiques du même genre.
Venons-en, enfin, au risque
de voir se multiplier les exploitations abusives de
l'embryon : tout d'abord, il y a lieu de rappeler que ce qui
est ici en question est non pas la pratique elle-même mais
le mauvais usage qui pourra en être fait.
La vérité est que toute chose
permise peut donner lieu à des abus, sans perdre, pour cela,
son caractère licite. Il en va ainsi de beaucoup de
pratiques médicales. Il ne viendrait à l'idée de personne,
pour autant, de les considérer comme prohibées. L'essentiel,
donc, est de prendre les précautions qui s'imposent.
Peut-on, par exemple, interdire aux femmes d'accoucher dans
les hôpitaux en invoquant le risque, pourtant réel, de
mélange de filiations ? De même, la femme qui se fait
opérer, peut faire l'objet d'abus attentatoires à sa pudeur
et à son honneur ; sous anesthésie, on pourrait prélever sur
elle des ovules comme on pourrait prendre les spermatozoïdes
d'un homme dans les mêmes conditions. Bon nombre de
pratiques médicales peuvent ainsi être détournées de leur
fin.
La solution consiste donc à
prendre des précautions nécessaires et à imposer des
limitations légales rigoureuses là où il y a risque de
dérapages, sans pour autant prononcer des interdictions
catégoriques à tout bout de champ. Ce serait fort
contraignant.
Ainsi, si les centres
médicaux qui se livrent à des opérations sur l'embryon et
sur l'homme en général étaient soumis à un contrôle strict
assuré par des experts de compétence réputée, on serait à
l'abri des mauvaises exploitations du corps humain avec leur
cohorte de conséquences néfastes. Une simple interdiction
des pratiques en cause serait, à mon avis, inopérante.
Quoi qu'il en soit, les
préjudices envisagés ici ne concernent que la catégorie de
pratiques dites d"améliorations" (tahsînât). D'où il sied de
ne pas en exagérer l'importance.
Evaluons maintenant les mêmes
préjudices d'après le deuxième critère (quantitatif). On
remarquera tout d'abord que le premier de ces préjudices (la
destruction de l'embryon) ne concerne que les parents ; or,
ceux-ci sont sensés approuver cet acte. Le deuxième et le
troisième dommages n'affectent que la mère ; s'agissant
enfin du quatrième préjudice, portant sur la dignité
humaine, on a vu plus haut qu'il est sans effet, ou, du
moins exagéré ; en plus, si abus il y a, il n'est pas lié à
l’acte en lui-même, mais à l’usage qui en est fait. Il peut
donc être évité, si des précautions nécessaires sont prises.
Evaluation des avantages
Les avantages que l’on peut
tirer de l’exploitation médicale des embryons peuvent être
classés, suivant un ordre d'importance décroissant, soit
dans la catégorie des nécessités absolues (darûrât), soit
dans la catégorie des besoins non impérieux (hâdjât), ou
dans celle des "améliorations" (tahsînât), ou encore dans
celle des embellissements (zînat) et choses superflues (96).
Exemple de la première
catégorie : le traitement de certaines maladies
neurologiques tenaces comme la maladie de Parkinson,
d'Alzheimer, la Chorée de Huntington (96) : toutes ces
maladies sont sources de souffrances insupportables, voire
fatales à la vie.
Sans avoir une connaissance
suffisante du danger potentiel des autres maladies
susceptibles d'être traitées au moyen de tissus
embryonnaires, (déficiences immunologiques, certains types
du diabète, des brûlures...), nous pourrons classer leur
traitement dans la catégorie des "cas de nécessité absolue"(darûrât),
ou, à tout le moins, dans celle des "cas de relative
nécessité"(hâiyât).
De même, les connaissances
médicales acquises grâce aux expérimentations réalisées sur
les embryons dans un but diagnostic noble, sont également à
ranger parmi des besoins impérieux, eu égard à leurs effets
bénéfiques pour l'humanité toute entière.
Certaines de ces
expérimentations permettent en effet de mieux comprendre et
donc de prévenir des problèmes médicaux comme les fausses
couches ou des stérilités masculines, ou de pronostiquer à
un stade embryonnaire très précoce (avant l'insufflation de
l'esprit) des déficiences génétiques et des malformations
congénitales graves. Or, certaines de ces tares ont des
conséquences graves qui peuvent se traduire, soit par une
mort périnatale, soit par une faible constitution physique
ou mentale. Dans l'état actuel des connaissances médicales
(97), le diagnostic anté-natal des cas de malformations
n'est possible qu'après la 17ème semaine de gestation (soit
peu de temps avant ou après l'insufflation de l'esprit).
S'agissant des embryons dont
les malformations ont été détectées avant l'insufflation de
l'esprit, les docteurs de la loi sont plutôt favorables à
leur expulsion. Mais on considère -à juste titre- que
l'interruption de grossesse est interdite, si l'embryon taré
est déjà animé de l'esprit.
De fait, les malformations
congénitales et autres déficiences héréditaires sont lourdes
de conséquences en ce sens qu'elles privent un nombre
considérable de personnes des biens les plus précieux.
Prévenir de telles anomalies revient donc à éviter les
privations dont elles sont la cause avec leurs effets
dramatiques sur les victimes, ce qui correspond à la
réalisation d'un besoin légalement valable.
On pourra en dire autant des
expérimentations sur les embryons permettant, d'après les
spécialistes, de mettre au point des médicaments, des
vaccins et des antibiotiques efficaces contres des maladies
très répandues et qui ne sauraient être traitées autrement.
Il est cependant des cas où
des embryons avortés sont exploités à des fins n'ayant pas
le caractère de nécessité relative ou absolue. Ces
exploitations répondent alors soit à un but d'amélioration (tahsînât),
soit à une simple curiosité scientifique, soit, enfin, à une
visée purement esthétique (98) : toutes ces considérations
se révèlent superflues, comparées aux inconvénients déjà
évoqués de l'avortement.
Voilà pour ce qui est de
l'évaluation qualitative des avantages objet d'examen. Les
mêmes avantages peuvent être répartis, suivant leur étendue,
en trois catégories :
- Avantages répondant aux
intérêts privés, mais ayant un caractère de nécessité
relative ou absolue ;
- Avantages répondant aux
intérêts pour la plupart généraux ;
- Avantages de large portée
(quantitative), mais de caractère superflu (tâfih).
Conclusions
Compte tenu de ce qui
précède, on en arrive aux conclusions suivantes :
l'utilisation à des fins scientifiques des embryons avortés
présente, globalement parlant, plus d'avantages que
d'inconvénients. Mais, dans le fond, un examen au cas par
cas est nécessaire, afin d'apprécier à leur juste valeur les
intérêts en jeu. Ces derniers, avons-nous déjà souligné,
varient selon les cas et en fonction des motivations
sous-jacentes. Dans cette optique, toute utilisation de
l'embryon à des fins accessoires ou dans une visée non
conforme aux nobles desseins de la Charia ne peut qu'être
condamnée ; car elle ferait alors plus de mal que de bien.
Pour récapituler, disons
qu'il est permis de manière globale d'avorter et d'exploiter
les embryons à des fins scientifiques, sous réserves de
s'assurer de l'utilité réelle de l'opération envisagée et
d'exclure tous les cas de caractère accessoire.
Pour formuler un avis légal
éclairé sur la question soumise à examen, il faudra tenir
compte, en outre, d'un certain nombre de considérations
d'ordre théorique et pratique. Ces considérations, nous les
résumons comme suit :
1- La base théorique de la
solution légale : celle que nous avons émise ici se fonde
sur les conclusions suivantes :
- l'embryon non animé de
l'esprit ne constitue pas une personne humaine (âdamiy),
même s'il est doté d'une espèce de vie différente de celle
de l'esprit ; c'est cette dernière qui confère à l'individu
son identité proprement humaine.
- La rencontre de l'esprit et
du corps ne se réalise qu'après le 120ème jour de grossesse
; cette rencontre résulte d'un acte direct du Créateur.
De là, il découle que les
dispositions générales énoncées plus haut ne s'appliquent
pas aux embryons non encore parvenus au stade de la
réception de l'esprit (120ème jour de gestation). Il faut
donc s'assurer que l'embryon que l'on veut expulser n'a pas
atteint ce stade.
Or, toutes les méthodes
employées actuellement pour déterminer l'âge du foetus ne
donnent que des appréciations approximatives (celles-ci
reposent soit sur les informations données par la femme
enceinte elle-même, indiquant le début présumé de sa
grossesse, en se référant, par exemple, à la date des
dernières règles, soit sur des tests de grossesse). Les
résultats ainsi obtenus comportent donc forcément une marge
d'erreur (99). D'où il sied de prévoir, par précaution, une
période d'interdiction préventive d'avortement avant le
stade du 120ème jour, correspondant au moment de
l'insufflation de l'esprit.
Je ne saurais évidemment me
prononcer définitivement sur la durée de cette période,
n'étant pas spécialiste ; mais je pourrais néanmoins
mentionner deux conditions préalables à la détermination du
délai de réserve en question:
a- Pour fixer le début de la
grossesse, il convient de ne pas se fier aux indications
données par la femme enceinte elle-même, car celle-ci peut
se tromper ou fournir délibérément de fausses déclarations,
mais se fonder, au contraire, sur des tests médicaux les
plus fiables ;
b- La période de réserve
proposée ne doit pas être inférieure à la marge d'erreur
considérée probable à l'unanimité des experts ; si les uns
estiment que la marge d'erreur dans la détermination de
l'âge embryonnaire est égale ou supérieure à 20 jours et que
d'autres donnent une estimation plus élevée, alors c'est
cette dernière qui doit être prise en considération.
On pourrait objecter que les
décisions émises par les jurisconsultes peuvent être
valables même si elles n'ont pour fondement que de fortes
présomptions (ghalabat az-zann), selon la règle bien connue
des spécialistes des "Principes de la Loi" (ousoûl). Or, on
peut obtenir une datation très probable, en conjuguant les
résultats des tests de grossesse avec les indications
fournies par la mère. Cette datation serait suffisamment
fiable pour servir de base à l’élaboration de la règle
légale, les cas exceptionnels étant ici insignifiants.
Pour répondre à cette
objection, je rappellerai que dans des situations où des
vies humaines sont en jeu, l'existence du moindre doute (shubuhât)
pèse dans la décision légale, l'infléchissant dans le sens
de la préservation de celles-ci. Or, s'agissant de la
détermination de l'âge embryonnaire, une erreur
d'appréciation risque d'entraîner la destruction d'un être
déjà animé de l'esprit. Un tel risque, si minime soit-il,
est suffisant pour déclarer l'interdiction de l'avortement.
On sait, du reste, qu'en matière de peines légales, le doute
profite aux accusés qui peuvent ainsi bénéficier de
conditions atténuantes.
Ce principe doit, à plus
forte raison, prévaloir lorsqu’il s'agit de sauver la vie
d'un embryon humain. Celui-ci ne serait donc être expulsé
hors l'utérus maternel sauf s'il est établi avec une
certitude absolue que son corps n'a pas encore reçu le
souffle de l'esprit. Le moindre doute à ce sujet justifie
l'interdiction de l'avortement.
Il est significatif à cet
égard qu'après avoir reconnu que l'avortement est en
principe autorisable avant le stade de la réception de
l'esprit, un jurisconsulte shafi'îtee prend soin de préciser
qu'il est préférable de l'interdire par précaution 40 jour
avant ce stade, par égard pour l'esprit, confie-t-il (100).
Ainsi donc, si l'on ne peut
pas se fier aux appréciations fournies par les experts au
sujet de l'âge embryonnaire, alors il vaudra mieux, par
prudence, empêcher l'avortement à partir de la phase de la
moudgha (soit quarante jours avant le stade de la réception
de l'esprit) et interdire, pour le même motif, toute
atteinte à l'intégrité physique de l'embryon. Car, dit le
Coran en substance :"celui qui tue une vie innocente, c'est
comme s'il tue toute l'humanité".
2- La règle légale en la
matière doit tenir compte également du stade évolutif
atteint par l'embryon tel que déterminé par les médecins :
pour justifier un avortement, les avantages que l'on espère
tirer de l'embryon doivent être d'autant plus grands que
l'on s'approche du terme de l'organogenèse et donc de la
dernière phase de quarante jours précédant la réception de
l'esprit. C'est dire que l'embryon augmente en valeur à
mesure qu'il s'achemine vers la vie humaine, grâce aux
potentialités de développement à terme dont il est doté.
De même, les intérêts
recherchés à travers l'utilisation de l'embryon sont à
évaluer non pas de façon absolue, mais suivant les
différentes phases de développement embryonnaire. Pour
pouvoir donc élaborer en la matière des solutions légales
plus strictes, les docteurs de la Loi, en collaboration
étroite avec les praticiens, devront procéder à une
classification rigoureuse et détaillée des intérêts en jeu
(le critère décisif étant ici la recherche du bien-être de
l'homme) mais aussi à une détermination précise des étapes
du processus embryonnaire et des modifications qui s'y
produisent. On fera ensuite correspondre à chaque étape
embryonnaire une "catégorie d'intérêts" pouvant justifier
l'interruption de grossesse pendant la phase en question.
Mais en attendant
l'établissement de ces classifications, nous pouvons déjà
affirmer que l'utilisation de l'embryon au stade de la
moudgha (mais avant la période d'interdiction préventive
dite "harîm ar-rûh", protection de l'esprit (100), ne
saurait se justifier qu'en cas de nécessités absolues ;
exemple : sauver un patient d'une maladie fatale, d'un
handicap durable ou de la destruction d'un organe vital (à
condition que ces buts ne puissent être atteints par
d'autres moyens).
C'est en effet au début du
stade de la moudgha, d'après les données embryologiques, que
tous les organes du foetus, y compris le cerveau, sont mis
en place. Il ne leur reste alors qu'à poursuivre leur
développement, à se perfectionner et à se préciser. A partir
de ce moment là, aucun changement majeur n'intervient plus
dans l'embryogenèse (102).
L'exploitation de l'embryon
(à des fins de transplantation ou d'expérimentation) au
stade de la 'alaqat peut se justifier à condition que le but
recherché ait, au moins, le caractère de "relative
nécessité"(hâjiyât). Car, c'est pendant cette phase que se
forment petit à petit les organes embryonnaires (103).
S'agissant de la phase de la nutfa (40 jours après la
conception), l'utilisation de l'embryon peut être autorisée
pour des besoins de moindre importance (surtout si l'embryon
n'est pas encore fixé sur l'utérus).
Mais l'avortement ne pourra
en aucune façon se justifier pour des motifs superflus
(d'améliorations).
3- D'autres mesures de
précaution ou et de restriction sont à prendre dans ce
domaine ; nous y reviendrons dans la suite de cet exposé.
ii. Sous-section II :
Utilisation d'un embryon vivant, issu d'une fécondation
extra-corporelle et pouvant être implanté dans l'utérus
maternel
Il s'agit, en l'espèce, du
foetus issu d'une fécondation in vitro et qu'aucun motif
pratique ou légal n'empêche d'être implanté dans l'utérus
maternel pour qu'il y poursuive son développement.
Détruire ou laisser s'abîmer
un oeuf fécondé in vitro doit être en principe prohibé, tant
qu'il est possible de l'implanter dans le sein de la mère ;
cet oeuf peut, cependant, être détruit si cela se justifie
par un intérêt légalement valable (maslahat mu'tabarat). De
fait, il y a bien moins d'inconvénients à se débarrasser du
foetus dans le deuxième cas de figure considéré ici que dans
le premier cas examiné ci-dessus. Car, l'embryon considéré
ici en est encore à ses premiers stades de développement,
bien loin de recevoir le souffle de l'esprit.
Au surplus, la destruction de
cet embryon ne nécessite pas une mise à nu des parties
honteuses de la femme donneuse d'ovocyte et ne comporte
aucune douleur physique pour celle-ci. On suppose ici que le
but initial de la fécondation extracorporelle ait été de
réimplanter l'oeuf, une fois fécondé, dans l'utérus
maternel, et que les parents donneurs de gamètes se soient
avisés ensuite de faire don du foetus à des fins de
transplantation et de recherche.
Les experts estiment
également que l'embryon issu d’une FIVETE ici peut servir à
réaliser quelques-uns des avantages cités à propos du
premier cas de figure. Aussi bien, est-il permis de
l'utiliser ici comme dans le cas précédent, étant donné que
cet usage répond à des besoins réels et n'est pas motivé par
le simple plaisir ou par des considérations esthétiques ou
de luxe, sous réserve des conditions et des restrictions
mentionnées ci-dessous.
iii- Sous-section III :
Utilisation de l'embryon non encore animé de l'esprit, mort
réellement ou présumé légalement comme tel
Il a déjà été souligné que
l'embryon n'est pas qualifié d'être humain avant d'avoir
reçu l'âme ; il est considéré vivant s'il possède l'aptitude
à se développer et à évoluer à terme, et mort s'il en est
dépourvu. Nous nous sommes déjà prononcé sur le cas de
l'embryon vivant ; nous allons à présent examiner le cas de
l'embryon mort.
Un embryon qui n'a pas reçu
le souffle de l'âme est considéré mort à partir du moment où
ses cellules ont perdu la vie et, partant, la capacité de
croître, de se nourrir et de se diviser. Un tel embryon ne
peut servir à des fins de transplantation, ni, probablement,
pour la recherche ; car, selon les experts(137) pour qu'ils
puissent être utilisés pour les besoins de la
transplantation, les tissus embryonnaires doivent être
vivants.
Si toutefois il s'avère qu'un
tel embryon peut être utile pour certaines recherches, aucun
empêchement légal ne pourra alors en interdire
l'utilisation, si l'on espère ainsi tirer profit de ses
cellules.
Une autre situation,
rattachable à la première, est envisageable où les
possibilités d'utilisation de l'embryon sont plus
nombreuses, surtout dans le domaine de la recherche
scientifique : si lorsque les cellules de l'embryon sont
vivantes et susceptibles de se développer une fois l'embryon
replacé dans le sein maternel, et que l'implantation
intra-utérine ne peut se réaliser pour un empêchement
technique ou légal. C'est le cas des oeufs surnuméraires
fécondés in vitro et qui, pour une raison ou pour une autre,
ne peuvent être transférés dans l'utérus de la femme
donneuse d'ovocyte ; ou encore du foetus avorté
accidentellement et qu'on ne peut médicalement réimplanter
dans l'utérus maternel, bien que ses cellules soient encore
vivantes.
Il a été déjà indiqué que
l'utilisation d'un tel embryon n'est pas condamnable quand
bien même elle entraîne la destruction de ce dernier, car le
but de la conception ne peut plus de toute façon être
atteint et le foetus, devenu non viable, ne peut plus
poursuivre son développement jusqu'à recevoir le souffle de
l'âme.
Il est permis donc ici, tout
comme dans le cas d'espèce précédent, d'utiliser à des fins
de transplantation, les cellules et les tissus vivants de
cet embryon, présumé légalement mort.
Conditions d'utilisation des
embryons non encore animés de l'esprit à des fins de
transplantation et d'expérimentation
Vu que les avis précédemment
émis reposent, en gros, sur l'évaluation des avantages par
rapport aux inconvénients, étant donné également que nous
avons opté, en règle générale, pour la prohibition de
l'avortement ainsi que toute atteinte à l'intégrité de
l'embryon, sauf en considération d'un intérêt commun bien
compris, il convient ici de préciser les conditions et les
restrictions légales devant présider à l'application
adéquate des règles émises en pesant les avantages et les
inconvénients. Ces conditions, on peut les résumer comme
suit :
a. Garantir que les
expériences envisagées ont en vue l'intérêt d'un patient ou
le bien commun ; que la non utilisation de l'embryon dans ce
cas précis entraînerait des préjudices plus graves que ceux
liés à sa destruction, selon les critères mentionnés plus
haut.
Cette restriction ne
s'applique pas à l'embryon mort réellement, par suite d'une
destruction irréversible de ses cellules, ou présumé
légalement comme tel, lorsque son développement a été
interrompu pour un empêchement technique ou légal, même si
ses cellules restent encore vivantes, comme dans le cas des
oeufs surnuméraires fécondés in vitro.
L'embryon vivant, viable et
sain, ne peut, en règle générale, faire l'objet de
destruction ; il est toutefois toléré de l'utiliser lorsque
cela est jugé plus bénéfique en considération d'un intérêt
général.
En revanche, il est permis,
en principe, de disposer d'un foetus non viable ou présumé
comme tel ; car, motivée par un intérêt valable, une
intervention sur pareil foetus n'est pas considérée comme
une destruction.
b. Il faut s'assurer que la
destruction de l'embryon en question soit le seul moyen de
réaliser le but recherché, qui soit à la fois moins risqué
et moins préjudiciable ; un tel acte serait donc
inadmissible si l'on pouvait obtenir par d'autres moyens le
traitement désiré, en ayant recours par exemple à des
embryons d'animaux ;
il n'est pas permis non plus
d'utiliser un embryon à un stade plus avancé de son
développement si l'on peut obtenir le résultat recherché
avec un embryon plus jeune ; ainsi est-il illégal d'utiliser
:
-un embryon au stade de la "mudgha"(chair
mâchée ou masse flasque) si l'on peut, scientifiquement et
techniquement, atteindre le même but, avec un embryon au
stade de "l'adhérence" ('alaqat) ou de l'ovocyte fécondé ;
- un embryon au stade de
"l'adhérence" si l'on peut se satisfaire d'un embryon au
stade de l'ovocyte fécondé (nutfa: lit. liquide séminal) ;
- un embryon au stade de
l'ovocyte fécondé déjà fixé sur l'utérus si l'on peut
obtenir le même résultat avec un oeuf qui n'est pas encore
accroché à la paroi utérine ;
- un embryon in utero si l'on
peut utiliser un ovocyte fécondé extra-utero ;
- un ovocyte fécondé
extra-utero susceptible d'être transféré dans l'utérus, si
des oeufs fécondés et ne pouvant être transplantés dans
l'utérus, pour des raisons techniques ou légales, peuvent
faire l'affaire.
L'utilisation des embryons
est donc soumise à ce critère graduel fondé sur la règle
juridique selon laquelle "l'intérêt majeur prévaut sur
l'intérêt mineur" (18) ; il repose également sur cet autre
principe, communément admis par les Oulémas, que: "les
nécessités et les besoins doivent être évalués
rigoureusement lorsqu'il s'agit de se libérer d'une
obligation légale"(139).
c. L'utilisation de l'embryon
ne peut se faire qu'avec le consentement des deux parents ;
car, s'il est au sein de sa mère, l'utilisation d'un embryon
pourrait nuire à celle-ci. Pour un préjudice temporaire
compensable, il faudra obligatoirement obtenir le
consentement de la mère et mais aussi du père, puisque
celui-ci perd en l'occurrence l'occasion d'avoir un enfant
issu de lui.
Il convient de rappeler ici
ce qui a été déjà souligné précédemment, à savoir que le
désir d'enfant peut s'ériger au rang des nécessités, auquel
cas il ne saurait être fait obstacle à sa réalisation ; mais
ce désir cesse d'être une nécessité s'il y a autorisation de
mettre fin à la grossesse.
Le consentement des parents
est également un préalable à l'utilisation de l'embryon
vivant extra-utéro et susceptible d'être implanté dans
l'utérus, étant donné l'importance déjà soulignée du désir
de procréation.
Qu'en est-il de l'embryon
vivant extra-utero, intransférable dans l'utérus de la
donneuse d'ovocyte mais pouvant être implanté dans le sein
d'une autre femme ?
D'abord, il y a lieu de
considérer en l'espèce la crainte des parents de voir leurs
gamètes utilisés et implantés dans l'utérus d'une tierce
femme, à leurs dépens, ce qui représente un danger
psychologique substantiel, mais pas aussi grave que les
risques inhérents aux deux cas d'espèces examinés
ci-dessus.
Cependant, dans le dernier
cas considéré, le consentement peut ne pas être exigé,
lorsque le prélèvement sur l'embryon est considéré
nécessaire pour traiter une maladie grave ou de sauver la
vie d'un homme ; ainsi, en cas de nécessité, l'accord des
intéressés n'est pas une condition requise, à moins que
l'infraction tolérée pour satisfaire le besoin urgent en
présence, n'entraîne le sacrifice d'une chose également
placée au rang des nécessités.
Le consentement n'est pas
requis, si tout le monde se refuse à accorder l'autorisation
de faire des expériences sur des oeufs fécondés qui ne sont
plus d'aucune utilité pour leurs donneurs ; car, dans ce
cas, la réalisation des résultats de ces expériences
médicales présente un intérêt général tel que celles-ci sont
promues au rang d'un devoir collectif (fard kifayat) qui
incombe à la société considérée dans son ensemble. Et du
moment qu'il s'agit là d'un devoir de la communauté, il
n'est pas tenu compte de la condition du consentement. Mais
dès que l'on estime que le devoir collectif est suffisamment
rempli, alors l'utilisation des embryons deviendra soumise à
la condition du consentement, pour permettre ainsi le
développement des connaissances utiles.
d. Le greffon pris sur
l'embryon ne doit comporter aucun risque grave pour le
receveur.
Compte tenu de cette
restriction, il est interdit de prélever les testicules ou
l'ovaire d'un embryon pour les transplanter sur une autre
personne. Car, d'après les spécialistes, ce sont ces organes
qui produisent, l'un, les spermatozoïdes, l'autre, les
ovules, qui sont des cellules reproductrices ; ainsi,
transplantés sur une tierce personne, ils produiront les
mêmes cellules reproductrices qu’ils auraient produites chez
le donneur. Il s'ensuivra que l'embryon issu des ces
cellules se rattachera non pas au receveur mais à un tiers,
en l'occurrence le donneur de glande génitale, mâle ou
femelle. Or, la Charia a interdit tout ce qui pourrait
rattacher un enfant à un parent autre que le donneur de
gamètes ; aussi est-il prohibé de prélever les glandes
génitales d'un embryon. Mais on incline à considérer licite
le prélèvement d'autres organes embryonnaires à des fins de
transplantation.
Greffe de cellules nerveuses
prélevées sur des embryons
L'on peut se demander ici
s'il est permis d'utiliser des cellules nerveuses
embryonnaires pour traiter certaines maladies tenaces.
Pour ma part, je considère
que ces cellules sont assimilables aux autres parties du
corps, à l'exception des glandes génitales, bien entendu. De
fait, je ne pense pas qu'on puisse faire valoir ici
l'argument avancé par certains chercheurs selon lequel la
greffe de cellules nerveuses est de nature à modifier la
personnalité du receveur, le cerveau étant considéré par la
science expérimentale moderne comme le siège de la pensée,
de l'affectivité et de la volonté (141). Ceci d'autant plus
que les Oulémas musulmans, ont affirmé, comme il a été
expliqué plus haut, que c'est l'esprit, cet "être" insufflé
par Dieu en l'homme, qui gouverne le corps humain et
commande toutes nos activités conscientes :"tout acte
volontaire exécuté par l'individu, voire toutes les
activités de l'humanité, sont en réalité l'oeuvre de
l'esprit (rouh), réalisée par lui à travers le corps qu'il
commande. Ce dernier, avec tous ses organes, y compris le
cerveau, n'est qu'un instrument, un exécutant aux ordres de
l'esprit" (142).
Les savants matérialistes,
eux, ne s'intéressent qu'aux données observables et ne
reconnaissent que les résultats palpables de la recherche
expérimentale. Aussi, pour expliquer une activité humaine,
observent-ils ce qui se passe physiologiquement dans
l'organisme au moment de la réalisation de cette activité ;
ils notent ainsi les différentes opérations, actions ou
réactions tangibles accomplies par les divers organes
humains. Quand ils en arrivent à la dernière activité
biologique observable par leurs instruments, ils
l'attribuent à l'organe qui en est l'exécuteur. Ainsi,
lorsqu'ils ont découvert que le cerveau constitue
l'aboutissement final observable de toutes les activités et
les réactions émanant de l'homme, ils lui ont attribué tout
acte humain, physique ou pas. Peut-être ont-ils du reste
raison pour ce qui est de l'explication des opérations
matérielles qui se déroulent dans l'organisme lorsque
l'individu exécute un acte donné. C'est là, du reste, leur
domaine exclusif et ils s'y connaissent mieux que quiconque.
Ce qu'on leur conteste, en
revanche, c'est d'attribuer les résultats d'une action au
dernier organe physique qui en commande la réalisation, sans
se donner la peine de vérifier si la qualité et les
caractéristiques de l'organe en question sont compatibles
avec la nature des activités à lui imputer. Il faut
rappeler, en effet, que tous les actes volontaires émanant
de l'homme comportent un élément immatériel qu'est la
volonté. Les lois de la nature et le comportement habituel
de la matière dans l'univers montrent d'ailleurs que cette
dernière ne peut donner naissance à des idées ; elle ne peut
produire qu'une autre matière. D'où il découle qu'il doit
exister nécessairement un être incorporel, vivant,
intelligent, animé de la volonté ; un être mis par Dieu dans
le corps humain et d'où émane tout ce qui n'est pas
rattachable à la matière.
Certes, le cerveau et les
autres parties du corps se distinguent des objets matériels
inanimés par le fait qu'ils sont composés des cellules
vivantes qui naissent, se développent et dépérissent ; mais
il s'agit là d'une vie non intelligente, qui correspond
exactement à la vie d'un embryon non encore animé de l'âme
ou à celle d'un coeur palpitant prélevé sur un homme et
conservé à l’aide de moyens techniques.
Partant de cette conception
des actes humains conscients, nous inclinons donc à
considérer que la transplantation sur le cerveau ou autre
partie du système nerveux de certaines cellules nerveuses
provenant d'un tiers donneur, n'induit aucun transfert
d'éléments constitutifs de la personnalité, tels que les
convictions religieuses, les perceptions, la pensée, la
volonté, les sentiments ; au contraire, une telle
transplantation entraîne une amélioration du fonctionnement
du cerveau hôte, tout comme la greffe d'un oeil améliore la
vision ; le cerveau n'en devient alors que plus réceptif aux
ordres émanant de l'esprit insufflé par Dieu dans le corps.
Sur ce point donc, le cerveau
est comparable aux autres organes de l'organisme, tout aussi
soumis aux commandements de l'esprit (143). Il reste
cependant que le lien du cerveau avec l'esprit est autrement
plus important, puisque c'est à travers cet organe que
l'esprit gouverne tout l'organisme.
Compte tenu de ce qui
précède, je considère qu'il n'y a aucun empêchement qui
puisse interdire la transplantation, en cas de nécessité, de
cellules nerveuses embryonnaires sur le cerveau ou autre
partie du système nerveux d'un patient, sous réserve des
restrictions sus-indiquées.
e. D'autres précautions sont
également à prendre, en considération de certains desseins
de la Charia ; ainsi :
- compte tenu de l'origine
humaine de l'embryon, indépendamment du fait qu'il soit ou
non animé de l'esprit ;
- considérant que son
utilisation peut être détournée de son but initial justifié
par un intérêt médical valable ( transplantations et
expérimentations) et servir à des opérations incompatibles
avec l'esprit de la Charia, comme le fait de vendre
certaines parties de l'embryon, considéré comme dégradant
pour l'origine et la nature humaines de celui-ci ; ou
l'utilisation à des fins de procréation artificielle des
oeufs fécondés surnuméraires d'une manière qui risque
d'induire le mélange de gamètes et donc de filiations, en
étant par exemple implantés dans le sein d'une femme autre
que la donneuse d'ovocytes, qui les aurait obtenus moyennant
rémunération ; ou encore l'utilisation de ces foetus dans
des expérimentations non sérieuses et sans objets valables ;
- considérant également que
les opérations sus-mentionnées et autres actes contraires
aux desseins de la Charia peuvent se produire ;
il convient de soumettre
l'utilisation des embryons à des fins de transplantations et
d'expérimentations à des restrictions très rigoureuses.
L'autorisation peut, par exemple, n'en être accordée qu'à un
nombre restreint de centres spécialisés et soumis à des
organismes de contrôle efficaces qui suivront toute sortie
et toute entrée d'embryons.
Utilisation de l'embryon
telle qu'elle est envisagée chez les négateurs de l'âme
On a déjà vu que ceux qui
nient l'esprit ou ceux qui en reconnaissent l'existence
mais lui refusent toute influence sur l'homme, considèrent
l'embryon comme un individu humain dès le premier instant de
sa conception ; ils le tiennent pour vivant, s'il possède la
capacité de croître et de se développer et le considèrent
mort s'il est dépourvu de cette capacité.
Cette conception de l'embryon
implique que toute intervention sur celui-ci à même de lui
ôter la vie doit être déclarée illicite car assimilée à un
meurtre ; or, la mise à mort d'un individu ne peut se
justifier qu'en cas de crime passible de la peine capitale
légale, ce qui n'est absolument pas le cas d'un embryon.
D'après les partisans de
cette conception, qu'il s'agisse d'oeuf fécondé depuis
quelques minutes ou d'un embryon au neuvième mois de
grossesse, la même qualification légale devrait s'appliquer,
à partir du moment où ils considèrent que l'embryon acquiert
sa nature humaine dès le premier instant de sa conception.
Un embryon qui a perdu la vie
lui permettant de croître et de se développer doit être
considéré, d'après cette conception, comme un être humain
mort, et donc traité comme tel. Cette manière de voir
suppose également illégale la fécondation d'ovocytes en
surnombre, comme dans le cas de la FIVETE où trois ovules ou
plus sont fécondés in vitro de sorte que si la première
implantation ne prend pas, on puisse recourir aux oeufs
gardés en réserve. Mais au cas du succès de la première
implantation, les embryons surnuméraires sont condamnés à
perdre la vie, ce qui revient, selon la conception examinée
ici, à tuer des êtres humains vivants.
Bien plus, certains savants
occidentaux en viennent à considérer inadmissibles la
congélation et la conservation des oeufs fécondés, car on
risquerait ainsi, selon eux, d'exposer aux dangers de mort
des êtres humains. On lit à ce sujet dans le journal "Acharq
al-Awsat"(n°3910, 1989): "le directeur de l'Institut
français des recherches scientifiques, le Professeur Jérome
Le Jeune, considère que le fait d'enfermer des êtres humains
minuscules dans un congélateur et de leur faire ainsi perdre
le temps de vivre, les condamne à un statut de vie en
suspens semblable à celui des personnes enfermées dans les
camps de concentration".
Ces propos rejoignent la
conception de l'embryon dont on a parlé plus haut, laquelle,
en niant la rencontre de l'esprit avec le corps à un moment
donné de la grossesse, considère l'embryon comme un individu
humain dès le premier instant de la fusion de l'ovule avec
le spermatozoïde ; ainsi conçu, l'être humain devrait être
traité de la même façon, qu'il soit adulte ou un amas de
cellules invisibles à l'oeil.
Il existe enfin une tendance
contradictoire : elle nie l'esprit ou lui refuse toute
influence sur le corps, considère l'embryon comme un être
humain dès le premier instant de sa conception, mais
autorise sa congélation, l'interruption de grossesse, sa
destruction avec quelque moyen que soit, le prélèvement
d'organes embryonnaires, et leur utilisation à des fins
d'expérimentation.
REFERENCES
1. Voir : le dictionnaire "al-misbâh
al-munîr"; les "Kulliyât" d'Alkindi, vol.2, p.171; le
Commentaire de Qurtoubi, vol. XVII, p.110.
2.
Voir : al-Kasânî, "Badâ'ic -u- as-sanâ'ic",vol.
VII, p, 325 ; "al-Mawsoucat al-fiqhiyyat",
vol. XVII, p. 117.
3. Voir : Mohiy Eddin Tabou,
"Tatawwur al-djanine wa sihhatu l-hâmil", p. 12.
4. Mohammad Ali El-bar, "khalq
al-inçâne bayna at-tib wa l-cilm", pp. 376-379.
5. Sourate al-Hadj
(Pèlerinage), verset 5.
6. Sourate al-Mouminoun (les
Croyants), versets : 12-14.
7. voir : le Commentaire du
Coran de Qurtoubi, vol. XII, p. 49 ; le Grand commentaire de
Razi, vol. XXXIII, p. 85 ; le Commentaire "fi Dilâl
al-qur'ân", vol. XVIII, p. 2459 ; le Commentaire de Mawardi,
vol. 3, p. 94 ; le "Mukhtasar tafsîr Ibn Katîr", vol. II, p.
561.
8. Sourate "assadjdat"(Prosternation),
6-9.
9. Hadith unanimement
attesté, voir : "allu'lu wa l-mardjâne", hadith n°1695 ;
"Fath al-bârî", vol. 11, p. 417 ; Ibn al-‘Arabi : "’âridat
al-ahwadî bi sharh tirmidî", vol. VIII, p. 301 ; "Sahîh
muslim bi sharh an-nawawî", vol. XVI, p. 190 ; "jâmi’ al-‘ulûm
wa l-hikam" d'Ibn Radjab, p. 44.
10. Cité par Muslim, voir : "mukhtasar
sahîh muslim", hadith n° 1894.
11. voir à titre d'exemple :
Dawoud al-Antaki, "An-nuzhat al-Mubhidjat", vol. I, p. 143
et suite ; Ibn al-Qayyim, "at-Tabyâne fî aqsâm al-qur'ân",
p. 337 ; Ibn Radjab, "Djâmic al-culûm wa l-hikam".
12. Cheikh Makhlouf, "al-Matâlib
al-qudusiyyat fî ahkâm ar-rûh wa âtâriha al-kawniyyat", p.
95.
13. Sourate "Isrâ"(voyage
nocturne), verset 36.
14. voir, "tahdîb al-akhlâq",
p. 10 et Al-Ghazalî, "Macariaj al-qudus", p. 17.
15. Je ne pense pas que le
Cheikh entende restreindre la définition de l'homme à
l'esprit, à l'exclusion du corps ; ce qu'il veut dire en
fait, c'est que l'esprit constitue l'élément essentiel qui
distingue l'homme de toutes les autres espèces animales.
Sinon, le corps humain est lui-même différent de ceux des
animaux. La différence entre l'homme et l'animal ne tient
pas aux éléments ou substances qui composent leurs corps
respectifs, mais à la manière dont Dieu les a façonnés et
modelés. Ainsi Dieu a donné au corps humain la forme la plus
parfaite, la plus harmonieuse, le destinant de la sorte à
être l'instrument et le véhicule de l'esprit ; l'esprit
humain a été conçu de façon telle qu'il ne peut habiter et
s'incorporer que dans le corps que lui a assigné son
créateur. C'est une loi sans faille. Cette distinction par
la forme physique doit être prise en considération dans la
définition de l'homme, dans la détermination de son identité
propre, de même que l'on doit tenir compte de la fusion en
l'homme de l'esprit et du corps, ce par quoi il se démarque
des autres animaux. L'homme se définit donc comme la somme
du corps et de l'esprit, ce dernier étant l'élément de
démarcation décisif, puisque c'est lui la source de toutes
les activités spécifiquement humaines. C'est là d'ailleurs
l'opinion de la majorité des Oulémas ; Voir : "Kitâb ar-rûh"
d'Ibn al-Qayem, p. 241.
16. Voir : "al-matâlib
al-qudusiyyat" p. 19; on trouve la même idée chez Ibn
Maskawyh (déjà cité) ; chez Al-Ghazali (ma’ârij al-qudus’,
p. 17) ; Ibn al-Qayyim ("kitâb ar-rûh", p, 261), al-Fakhr
Razi dans son Commentaire "at-tafsîr al-kabîr", vol. XXI,
pp. 39, 43 ; ce dernier auteur a cité dix-sept preuves pour
démonter que l'identité de l'homme se définit par son esprit
et non pas son corps. Dans son Commentaire "Fî Dhilâl
al-Qur'ân", Sayed Qutb écrit à propos du verset suivant
"...puis, nous en avons fait une autre création "(après
avoir revêtu les os de chair) (XXII, 14) : "cette autre
"création", c'est l'homme avec ses spécificités propres ;
ainsi, l'embryon humain, qui ressemble dans ses premiers
stades de développement physique à l'embryon animal, se
trouve transformé en une autre créature, distinguée et
prédisposée à être promue à un rang élevé, contrairement à
l'embryon animal qui reste confiné dans son animalité, privé
des capacités de promotion et de perfection. L'embryon
humain est doté de certaines aptitudes qui préfigurent son
évolution ultérieure ; au stade ultime de son développement,
il se transforme en une créature tout à fait autre, accède à
un rang supérieur, auquel l'animal ne pourra jamais accéder
par une évolution spontanée, automatique, comme le
prétendent les théories matérialistes. Car, il s'agit de
deux créatures différentes. L'homme, créé à partir de
l'argile, se distingue par le souffle divin à lui imprimé,
auquel il doit sa spécificité proprement humaine ainsi que
tous les autres caractères distinctifs qui en découlent.
L'homme et l'animal ne se ressemblent que par leur
composante animale ; mais alors que l'animal ne peut se
défaire de son animalité, l'homme, lui, se mue en un être
distingué doté d'aptitudes à la perfection, en vertu d'un
plan divin délibéré et non pas par le fait d'une évolution
spontanée" (Fî dhilâl al-qur'ân, vol. 18, p. 2459).
17. voir l'étude de Mohammad
Ali El-Bar : "Intifâ' al-insân bi a'da'i jismi insânin âkhra
hyyan aw mayyitan"(de l'utilisation des organes humains
provenant d'un donneur vivant ou d'un cadavre", présentée à
l'Académie du Fiqh lors de la session de 1987, p.5-9.
18. Il s'agit là certes d'une
réalisation récente due aux progrès prodigieux de la science
à la deuxième moitié du XXème siècle ; mais certains savants
musulmans anciens ont déjà prédit que si l'on pouvait
remplacer l'organe défectueux d'une personne par un organe
sain, le transplant fonctionnera normalement, comme en
témoigne ce passage : "si un vieillard peut se faire
remplacer son oeil par celui d'un jeune, il pourra avoir
l'acuité visuelle de celui-ci", voir Ibn Rushd : "Manâhidj
al-adillat fî 'aqâ'id al-millat". Cela prouve également que
les savants musulmans savaient que le corps est l'instrument
de l'esprit, qu'il recèle une forme de vie différente de
celle de ce dernier, que cette vie peut se poursuivre même
en l'absence de l'esprit qui anime le corps et qu'elle est
destinée à servir efficacement n'importe quel esprit humain.
19. Voir l'étude du Docteur
Abdallah Hassan Baslama : "masîr al-ajinnat fî al-bunûk" (Le
sort des embryons congelés), Actes du colloque sur "le point
de vue islamique à propos de certaines pratiques médicales",
p. 446.
20. Voir l'étude du Dr.
Mokhtar Mahdi "bidâyat al-hayât"(Le commencement de la vie),
Actes du colloque sur "le commencement et la fin de la vie
humaine dans l'optique islamique", pp.67-69.
21. Sourate al-hijr (XV,
verset 29).
22. Sourate Sadda
(Prosternation, versets, 7-9).
23. Sourate al-mouminoun (les
croyants, versets, 12-14).
24. Le Commentaire de
Qurtoubi, vol. XII, p. 109 ; le Commentaire de Mawardî, vol.
III, p.94 ; le Mukhtasar d'Ibn Katîr, vol. II, p. 561.
25. le Mukhtasar d'Ibn Katîr,
vol.II, p.561.
26. Sourate az-Zumar (les
groupes, verset, 24).
27. Le Commentaire de Mawardî,
vol. III, p.470.
28. Sourate al-an'âm (Les
troupeaux, verset, 93).
29. le Commentaire de Mawardî,
vol. I, p.595 ; le Mukhtasar d'Ibn Katîr, vol.I, p. 600.
30. Sourate Al-wâqi'at (Celle
qui doit venir, verset, 83).
31. Le Commentaire de
Qurtoubi, vol. 17, pp. 230-231.
32. Sourate Al-qiyâmat (La
résurrection, verset, 26).
33. Le Commentaire de
Qurtoubi, vol. 19, p.111.
34. Fragment d'un hadith,
rapporté par Ahmad et Abou Dawoud, et dont les transmetteurs
sont ceux des Traditions authentiques, voir : "Madjma'
az-zâ'id", vol. III, p. 50 ; "ar-rûh" d'Ibn Al-qayem ; le "Mukhtasar
Tafsîr ibn Katîr", vol. II, p. 289 ; "sharh al-'aqâ'id
at-tahâwiyyat", p. 387.
35. A propos de cette
Tradition et celle qui l'a précédé, Ibn Al-qayem a écrit :
"ceci est un hadith notoire, très répandu et certifié
authentique par un grand nombre de Traditionnistes ; aucun
des maîtres de la Tradition (hadith), à notre connaissance,
ne l'a contesté ; au contraire, ils l'ont agréé et rapporté
dans leurs recueils, en en faisant l'un des préceptes de la
Religion relatifs aux tourments et aux délices rencontrés
dans le tombeau, aux interrogations des (deux anges) Nakîr
et Mounkar, au retrait de l'âme et son élévation auprès de
Dieu -Exalté soit-Il-... voir "kitâb ar-rûh", p. 68.
36. Hadith rapporté par
Muslim ; voir: "Mukhtasar Sahîh muslim", Tradition n° 456.
37. Ibid, p. hadith n° 1067.
38. Ibid, p. hadith n° 458.
39. Ibid, p. hadith n° 1900.
40. Voir le texte de la "risâlat
al-'aql wa r-rûh", figurant dans le recueil d'épîtres : "majmû'at
ar-rasâ'il al-munîriyat", vol. II, pp. 21, 37, 41 ; le
Commentaire d'Ibn Katîr, vol. 21, p. 38 ; "al-kulliyyât",
vol. II, p. 374 ; "al-matâlib al-qudusiyat", pp. 28-29.
41. Voir le texte de la "risâlat
al-'aql wa r-rûh", figurant dans le recueil d'épîtres : "madjmû'at
ar-rasâ'il al-munîriyyat", vol. II, pp. 36-37.
42. Ibid, p. 47.
43. Voir "kitâb ar-rûh", p.
242 et suite.
44. Ibid, p. 293.
45. Ibid, p. 200.
46. Voir "at-tafsîr al-kabîr",
vol. XXI, p. 51.
47. Ibid, vol. XXI, p. 52.
48. Ibid, vol. XXI, p. 45 et
suite .
49.
Voir "al-muqaddimât al-mumahhidât", vol.
I, p. 170.
50. Ibid, vol. I, p. 170.
51. Voir le dictionnaire "Lisân
al-'arab", article : "rûh".
52. Voir le dictionnaire "al-misbâh
al-munîr", article : "rûh".
53. Voir : "al-kulliyyât",
vol. II, pp. 374-375.
54. Voir "al-mawâqif", vol.
V, pp. 253-254 .
55. Voir: "al-manhal al'adb
al-mawrid", vol. II, p. 22.
56. Voir la glose d'Al-bijourî,
dite : "tuhfat al-murîd 'alâ jawharat at-tawhîd", p. 97.
58. Voir : "al-matâlib
al-qudusiyyat", p. 9.
59. Ibid, p. 9.
60. Ceci est vrai tant que
chacun s'en tient aux résultats de sa propre investigation,
sans pouvoir invalider les conclusions de l'autre partie.
Ainsi, les recherches médicales qui affirment l'existence
d'une forme de vie chez l'embryon avant le 100ème jour de
grossesse ne contredisent pas la conception islamique selon
laquelle le souffle de l'esprit est imprimé à l'embryon à ce
stade de son évolution. Mais là où il y a désaccord, c'est
lorsque certains médecins rejettent cette conception
islamique de l'embryogenèse ou en donnent une interprétation
qui sonne comme une remise en question, en excluant par
exemple l'influence de l'esprit sur l'embryon et en niant le
souffle nouveau dont il anime celui-ci ; ou lorsque, à
l'inverse, certains Oulémas ne reconnaissent à l'embryon
aucune forme de vie avant son animation par le souffle de
l'esprit.
61. Voir :"al-matâlib
alqudusiyyat", p. 95.
62. Ibid, p. 165.
63. Le Commentaire de
Qurtoubi.
64. Voir "al-hâshiyyat", vol.
I, p. 302.
65. Voir : "Sharh an-nawawî 'alâ sahîh muslim",
vol.
XVI, p.191.
66. Vol. VII, p. 75.
67. Voir : "jâmi' al'ulûm wa
l-hikam", pp. 49 et 46.
68. Voir: "Fath al-bârî",
vol. XI, p.420.
69. Ibid, vol. XI, p. 412.
70. Ibid, vol. XI, pp.
423-424.
71. Voir : " "Fath al-bârî",
vol. XI, pp.4-5 ; "shurûh as-sahîhayn" ; "kitâb ar-rûh"
d'Ibn Al-qayyim, p. 237 ; "Tabyân", p. 337 et "shifâ al-ghalîl"
du même auteur, p. 22.
72. Voir le recueil intégral
des Actes du colloque sur "le commencement et la fin de la
vie humaine dans l'optique islamique", pp. 246-253.
73. Voir "jâmi' al-'ulûm wa
l-hikam", p. 44 ; remarquons le nombre important des
transmetteurs du Hadith d'Ibn Mas'oud et la multiplicité de
ses versions, tenues de divers Compagnons du Prophète in
"Fath al-bâri", vol. XII, p. 417 et suite ; Ibn Hajâr,
(l'auteur de ce dernier livre), écrit à propos du hadith en
question : "je l'ai rapporté selon une quarantaine de
versions tenues par leurs transmetteurs d'Ala'amash", vol.
XI, p. 418.
74. Voir : "Shifâ al-'alîl",p.
22.
75. La sourate des Croyants,
versets : 12-14.
76. Voir "Fath al-bâri",vol.
XII, p. 417.
77. Ibid.
78. Voir : "At-tabyân fî
aqsâm al-qurân", p. 337.
79. "Fath al-bâri",vol. XII,
p.419.
80. Ibid.
81. "At-tabyân fî aqsâm al-qurân",
p. 337.
82. Ibid, p. 337.
83. Hadith rapporté par
Muslim ; voir "Mukhtasar sahîh muslim", hadith n° 1849.
84. " Attabyân", pp. 337-338.
85. Voir "khalq al-insân
bayna at-tib wa l-qurân", p. 403 et suite.
86. " Attabyân", p. 339.
87. "Fath al-bâri",vol. XII,
p. 424 ; "Djawâmi' al-'ulûm wa l-hikam", pp. 46-47.
88. Voir : "Sharh an-nawawî 'alâ
sahîh muslim", p. 191.
89. Voir : "An-nuzhat al-mubhidjat",
vol. I, p. 145.
90. Voir : "Al-matâlib
al-qudusiyyat", p. 75.
91. Ibid, p. 82.
92. Voir le recueil intégral
des Actes du colloque sur "le commencement et la fin de la
vie humaine dans l'optique islamique", p. 59.
93. Voir le Commentaire de
Qurtoubi, vol. XII, p. 6.
94. Voir : "Al-mughnî", vol.
II, p. 398.
95. Voir "Nayl al-awtâr",
vol. IV, p. 83.
96. Voir : "At-tabyân fî
aqsâm al-qur'ân", p. 351.
97.
Voir : "Hashiyat ibn 'Abidîn", vol.
I, p. 302.
98. Voir : "Bidâyat al-mudjtahid",
p. vol. II, p. 450.
99. "Djawâmi' al-'ulûm wa l-hikam",
p. 46.
100. Voir : "Fath al-qadîr",
vol. III, p. 436.
101. Voir : "Tuhfat al-murîd",
p. 101.
102. Voir : "Al-muhallâ",
vol. VIII, pp. 30-33.
103. Voir : Ibid, vol. VII, p. 30 ; "Takmilat
fath al-qadîr" d'Al-qâdî Zadah, vol.
X, p.
300.
104. Voir op. cit.
105. Si l'esprit commande,
par l'intermédiaire du cerveau, le corps auquel il est
destiné et ses différentes parties, nous pouvons en conclure
- malgré la modestie de nos connaissances en physiologie-
que le cerveau n'a aucune prise sur les organes de l'embryon
; il ne s'agit pas là d'une simple conjecture, mais d'une
conclusion fondée sur l'observation des faits dont nous
avons mentionné une partie dans le texte.
106. Voir : "Mawt al-qalb aw
mawt ad-dimâgh" (Mort du coeur ou mort du cerveau ?", p. 102
et suite.
107. Voir l'étude du Docteur
Mohammad Ali El-bar, "Ijrâ at-tajârib 'alâ al-ajinnat"(expérimentations
sur les embryons), présentée lors du colloque sur "le
commencement et la fin de la vie humaine dans l'optique
islamique", p. 21.
108. Ibid, p. 207.
109. Voir "Al-muhallâ", vol. VI, p. 33 ; "at-tashri'
al-djinâ' al-islâmî", vol.
II,
p. 6 ; article sur "Al-qisâs" (Le talion) dans
l'Encyclopédie du droit islamique, p. 22.
110. Voir : "Hashiyyât Ibn 'Abidîne",
vol. I, p. 602 ; Les docteurs de la loi considèrent illicite
pour une personne en danger de mort de tuer une autre
personne pour sauver sa propre vie. D'après eux, il n'est
pas permis aux passagers d'un bateau au bord du naufrage, de
tirer au sort pour désigner ceux qui, parmi eux, seront
jetés par-dessus bord pour sauver les autres. Il n'est pas
permis non plus à une personne affamée de manger de la chair
humaine pour éviter la mort, voir à ce sujet : "al-badâ'i'",
vol. VII, p. 177 ; "al-mabsout", vol. XXIV, p. 76 ; "kashshâf
al-qinâ'", vol. IV, p. 118 ; "Ahkâm al-qur'ân" de Djassâs,
vol. III, p. 378 ; "ahkâm al-qurân" d'Ibn 'Arabî, vol. IV,
p. 1611.
111.
Voir : "Attâj wa l-iklîl" de Muwâq, vol.
II, p.
254 ; "Al-mughnî", vol.
XI,
p. 79, 89 ; "Al-majmou'", vol. IX, p. 36 ; les "Hashiyyat"(gloses)
de Qalioubi et de 'Umayrat, vol. IV, p. 262 ; "Qawâ'id
al-ahkâm" d'Al-izz Ibn Abdessalam, vol. I, p. 95.
112. Le Comentaire de "fath
al-qadîr", vol. II, p. 495 ; "Hashiyyat" (la gose) d'Ibn 'Abidîne,
vol. I, p. 302 ; la glose ("Hashiyyat") de Qalioubi sur le
Commentaire d'"Al-muhâllâ", vol. III, p. 159 ; 160 ; "Nihâyat
al-muhtâdj", vol. VIII, p. 416 ; "Hashiyyat al-Djummal 'alâ
sharh al-minhadj", vol. V, p. 491 ; "Al-insâf", vol. I, p.
386.
113.
Voir : "Hashiyyat" d'Ibn Abidîne, vol.
VI, p.
59, 591; "Asharh al-kabîr ma'a hâshiyyat ad-Dasouqî", vol.
II, p. 267 ; "Hashiyyat ar-Rahounî 'alâ sharh az-Zurqânî",
vol. III, p. 264 ; "Fath al-'aliyyi al-qadîr", vol. I, p.
399 ; "Ihyâ 'ulûm ad-dîne", vol.
II,
p. 53 ; "Al-insâf", vol. I, p. 386 ; "tandîn an-nasl"(
régulation des naissances) de Tarîqî, pp. 184-185.
114. Voir "Fath al-'aliyyi al-qadîr", vol. I,
p. 399 ; "Hashiyyat" d'Ibn Abidîne, vol.
VI,
p. 591.
115. Voir "Tuhfat al-habîb 'alâ
sharh al-khatîb", vol. III, p. 303.
116. Voir : "Fath al-'aliyyi
al-mâlik", vol. I, p. 399 ; "Al-insâf", vol. I, p. 386 ;
"al-furû'", vol. VI, p. 191.
117. Voir "Hashiyyat" d'Ibn 'Abidîne",
vol. I, p. 302 ; "tandîn an-nasl", p. 192.
118. Voir "Nihâyat al-muhtâdj",
vol. VIII, p. 416.
119. Voir "Hashiyyat" d'Ibn 'Abidîne",pp.
590-591; "Ihyâ", vol. II, p. 53.
120. Voir : "Djâmi' al-'ulûm
wa l-hikam", p. 46.
121. Voir Ali El-bar : "Ijrâ
at-tajârib 'alâ al-adjinnat"(expérimentations sur les
embryons", pp. 1, 5 ; Mohammad Ayman : "Intifâ' al-insân bi
a'dâ jism âkhar"(utilisation d'organes provenant de donneur
humain), pp. 15, 16 ; Mamoun Al-Hadj : "Al-istifâdat mina
al-ajinnat al-mujhadat"(utilisation des embryons avortés),
p. 5.
122. Voir "Al-muwâfaqât",
vol. II, pp. 8-11 ; "Masâdir at-tashrî' al-islâmi" de
Mohammad Adîb Sâlih, pp. 466, 470.
123. Voir : "Al-ashyâ wa
n-nazâ'ir" d'Ibn Nudjaym, p. 87.
124. Voir : "Al-ashbâh wa
n-nazâ'ir" d'As-siyoutî, p. 88.
125. voir : "Qawâ'id al-ahkâm"
d'Al-izz Ibn Abdessalam, vol. I, 115 ; "Al-muwâfaqât" de
Châtibî, vol. II, p. 11.
126. On entend par "la
catégorie de luxe"(martabat az-zînat), le goût immodéré pour
les choses tolérées telles que la bonne nourriture et les
vêtements d'apparat ; et par "catégorie de superflu",
l'excès dans la consommation des choses prohibées ou à
caractère douteux", ces deux catégories sont empruntées à
Zarkashî, voir : "Al-mantour fî al-qawâ'id", vol. II, pp.
319-320.
127. Voir Ali El-bar : "Ijrâ
at-tajârib 'alâ al-ajinnat al-mujhadat", p. 5.
128. Voir l'étude de Nadjm
Abdallah, "Ijhâd al-ajinna al-marîda wir-atiyyan", parue
dans la revue "Al-mujtama", n° 935, 3 Octobre 1989, pp.
50-53.
129. Voir Mohammad Ayman safî
: "Intifâ' al-inçân bi a'dâ djism inçân âkhar", p. 21.
130. Voir le livre de
Mohammad Ali El-bar : "khalq al-inçân bayna at-tib wa
l-qurân", p. 411 et suite ; voir également à propos de
l'évaluation de l'âge de l'embryon le livre de Mohiy Eddine
Alalbî, "Tatawwur al-janîne wa sihhat al-hâmil", p. 223 et
suite.
131. Voir : "Al-mankhoul min
ta'lîqât al-usoul" d'Abî Hamid Al-Ghazâlî, p. 327.
132. Il s'agit de l'opinion
d'Arramlî, citée dans son livre "Nihâyat al-muhtpadj", vol.
II, p. 416.
133. Le stade de la "moudgha"(chair
mâchée) se situe à 40 jours de l'insufflation de l'âme ; si
l'on suppose une période de réserve de 20 jours, l'avis émis
dans le corps du texte portera sur la période restante, soit
20 jours avant la période de réserve.
134. Voir : "khalq al-inçân
bayna at-tib wa l-qurân", pp. 352-353 ; "Tatawwur al-janîne
wa sihhat al-hâmil", p. 132.
135. "Tatawwur al-janîne wa
sihhat al-hâmil", p. 130-132.
136. Voir la communication de
Dr. Mamoun El-Hadj, "al-buwaydât al-mulaqqahat az-zâ'idat
'an l-hâjat"(oeufs fécondés surnuméraires), figurant dans le
recueil intégral des Actes du colloque sur "le point de vue
de l'Islam à l'égard des certaines pratiques médicales", pp.
452-455.
137. Voir Mohammad Ali El-bar
: "istikhdâm al-ajinnat al-mujhadat", p. 9.
138. Voir : "qawâ'idal-ahkâm",
vol. I, p. 98.
139. Voir : "Al-ashbâh wa
n-nazâ'ir" d'Ibn Noujaym, p. 86.
140. Voir Mohammad Ayman Safî
: "Ghars al-a'da fi jism al-inçân", p. 13 ; Mohammad Ali
El-bar : "Inifâ' al-inçân bi a'dâ'i jism inçân âkhara", p.
18 et "zar' al-ghudad wa l-a'dâ at-tanâsuliyya", p. 8 et
suite ; Talaat Ahmad Qasbî : "Imkâniyyat naql al-a'dâ
attanâsuliyyat fî l-mar'ât", pp.4-5.
141. Voir Mohammad Ali El-bar
: "Inifâ' al-inçân bi a'dâ'i jism inçân âkhara", p. 19, et
Comparer avec l'étude de Mokhtar Mahdi : "Zirâ'at khlâya
al-moukh", p. 9.
142. Ibn Al-Qayyim : "Kitâb
ar-rûh", pp.242, 285 ; "Charh al-'aqâ'id at-tahâwiyyat", p.
381.
143. Cela vaut pour les
testicules et l'ovaire ; mais la transplantation de ses
derniers est interdite pour une raison qu'on ne retrouve pas
dans les autres organes. En effet, la Charia, qui entend
entourer des plus grandes précautions la procréation
humaine, ne reconnaît qu'une seule forme de la conception,
celle résultant de la fusion du spermatozoïde et de l'ovule
provenant d'un homme et d'une femme légalement unis par le
pacte du mariage. Tout autre mode de conception est
formellement interdit. Or, le testicule étant la glande
productrice de sperme, sa transplantation à un homme marié
aura pour conséquence que ce dernier transmettra à sa
conjointe, au cours de leurs rapports sexuels, le sperme
fabriqué par un testicule qui n'est pas le sien. Il s'agira
alors de déterminer si le sperme en question provient du
donneur ou du receveur ? S'il provient du premier, la chose
devra être déclarée prohibée, car on aura alors un enfant
issu du sperme d'un tiers, qui n'est donc pas le mari de la
donneuse. A ce sujet, les médecins sont unanimes pour dire
que dans le cas précité, le spermatozoïde provient du
donneur du testicule ; cette glande fabrique le liquide
séminal qui contient les spermatozoïdes à partir de ses
propres matériaux, sans avoir besoin d'un apport extérieur.
Et, qui plus est, les spermatozoïdes produits par le
testicule provenant d'un tiers donneur, renferment les
gènes, et, partant, les caractères héréditaires de celui-ci.
Inscrits dans le programme génétique de l'individu dès sa
conception, ces caractères ne changeront jamais une fois
transférés à une autre personne. Ce qui vaut pour le
testicule, vaut également pour l'ovaire.( Voir à ce sujet :
Mohammad Ayman Sâfî : "Ghars al-a'dâ fîjism al-inçân", p. 13
; Mohammad Ali El-bar, "zar' al-ghudad at-tanâsuliyyat wa l'a'dâ
at-tanâsuliya", pp. 7, 9.) De ce qui précède, il apparaît
clair que ces deux organes, les testicules et l'ovaire sont
différents de toutes les autres parties du corps, y compris
le cerveau. Ainsi, la greffe de cellules nerveuses ne
comportent risque de "mélange de filiations" ; elle n'induit
pas non plus un transfert d'idées, d'affections et de
convictions comme il a été dit précédemment.
- Président, Dr Ahmad
Ghandouri
Je remercie Docteur Naim
Yassine pour le remarquable exposé qu'il vient de faire ; à
présent, j'ai le plaisir d'inviter le Professeur Abdessalam
Abbadi à prendre la parole pour présenter sa communication.
- Dr Abdessalam Abbadi
Merci, Monsieur le Président.
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