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2.2 Discussion des exposés médicaux
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Président, Dr Ahmad Sidqi al-Dajjani
Je
remercie Dr Maâmoun Elhaj Ali Ibrahim pour son excellent
exposé. Chers confrères, la parole est donnée au premier
intervenant.
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Dr Mohammad Al-Fadil Mohammad Amine
Au
nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.
Il
y a deux points que je voudrais aborder au cours des cinq
minutes qui me sont imparties.
Il
s'agit, d'abord, d'une question soulevée hier et reprise
aujourd'hui, à savoir la question de l'esprit. Je voudrais
souligner, très brièvement, que cette question reste une
énigme pour nous. Ne lit-on pas dans le Coran : "Et ils
t'interrogent au sujet de l'esprit. Dis: "l'esprit procède
du Commandement de mon Seigneur. Et il ne vous a été donné
que peu de science" (le voyage nocturne, v. 85). Cela
signifie que nous ne continuerons à ignorer ce qu'est
l'esprit ; que celui-ci restera un véritable mystère pour
l'entendement humain. Les corps, en résumé, passent par cinq
étapes. Il y a l'état de la matière inanimée (pierre, verre
etc), l'état des corps vivants (mais d'une vie périssable et
végétative) comme les plantes, et, enfin, l'état des corps
vivants animés de la vie de l'esprit : c'est le cas de
l'homme pendant son éveil, comme l'indique le verset suivant
: "Dieu recueille les âmes au moment de leur mort ; Il
reçoit aussi celles qui dorment, sans être mortes. Il
retient celles des hommes dont Il a décrété la mort. Il
renvoie les autres jusqu'à un terme irrévocablement fixé."
(les Groupes, v. 42).
S'agissant des embryons, je voudrais dire très brièvement
que cette question est la plus délicate en Islam, vu le
nombre des dispositions légales qui lui sont consacrées.
Prenons l'exemple des oeufs fécondés (artificiellement) :
ils peuvent donner lieu à des sanctions comme la
flagellation (applicable en cas d'imputation calomnieuse de
fornication, qadhf)) ou la lapidation, et à autres
dispositions concernant l'organisation familiale et le
consentement légal. Toutes ces dispositions visent le
maintien de l'ordre et la paix sociale, pour le grand bien
de l'être humain. J'estime donc que les scientifiques et les
médecins devront faire attention à la question des mélanges
illégitimes de filiations et, pour cela, éviter carrément
les fécondations des ovules (in vitro). Car, cette méthode
procréative ne se justifie par aucune nécessité. Elle aurait
tout au plus un caractère de luxe, (kamâliy). Le Coran dit
"Mohammad n'est le père de l'un de vos hommes". Comment
peut-on dès lors entreprendre une action qui va à
l'encontre des principes de la Loi et du Coran. Dieu ne
dit-Il pas "... Nous l’avons (l’embryon) placé dans un lieu
sûr (la matrice)" (Les envoyés, v.21).
A-t-on le droit de placer l'ovule (fécondé) ailleurs que
dans la matrice de la femme à laquelle il appartient ?
Peut-on jouer ainsi avec les filiations ? Ces questions
délicates méritent plus de temps pour être débattues.
Wassalamu Alaykoum.
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Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
remercie M. Mohammad Fadil Mohammad Amine, et j'invite notre
frère Dr Issam Al-Charbîni à prendre la parole...
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Dr Issam Al-Charbîni
Au
nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.
Je
voudrais attirer votre attention sur certains points. Le
premier porte sur l'importance de la recherche scientifique,
évoquée par le Dr Maâmoun Elhaj. Jusqu'à présent, nous nous
sommes contentés de suivre, tout en moins dans les domaines
médicaux, les conclusions des recherches des autres et de
les exploiter. Il nous faut réaliser notre indépendance dans
ce domaine. D'où la nécessité et l'importance de la
recherche scientifique. Ceci nous permettra de combler bien
de lacunes en matière de thérapeutique, conformément aux
injonctions du Prophète incitant les Musulmans à se soigner
et en vertu de la parole divine : "Quiconque a sauvé une vie
humaine, c'est comme s'il a sauvé tous les hommes" (La Table
Servie, 32).
Nous avons permis certaines choses à des fins
thérapeutiques, de progrès médical et de recherche
scientifique. C'est ainsi que nous avons légitimé
l'autopsie, les traitements et certaines opérations de
chirurgie esthétique, à l'exception de celles visant à
altérer la forme donnée par Dieu à sa création. Nous avons,
de même, autorisé l'avortement de l'embryon vivant lorsqu'il
s'agit de sauver la vie de la mère. En dehors du domaine
médical, il existe d'autres exemples où le droit islamique
accorde des autorisations légales, telles que l'exécution
d'un musulman coupable d'un meurtre. Sur ce plan, donc, la
porte est grande ouverte à l'interprétation. Ce que je
voudrais dire, rejoignant sur ce point le Dr Hassan, c'est
que ces dispositions reposent sur le principe des
précautions visant à prévenir les abus. Cela traduit
l'esprit de souplesse de la Loi, tantôt sévère, tantôt plus
accommodante, suivant les intérêts humains en jeu. Ainsi, si
certaines questions ne peuvent être maîtrisées aujourd'hui,
qu'à cela ne tienne ! Un jour viendra où elles seront
maîtrisables.
Le
thème de cette séance s'articule autour de deux axes, les
embryons avortés et les oeufs fécondés. S'agissant des
embryons avortés, nous souscrivons à l'avis de l'éminent
Cheikh Mokhtar qui a expliqué, hier, que l'on ne peut
exploiter que les avortements légitimes. Ainsi, l'embryon ne
peut-il être exploité qu'après sa mort. Cela réduit certes
les possibilités d'utilisation. Mais, à défaut de pouvoir
prélever les organes, on pourra tout au moins utiliser les
cellules ; en outre, les progrès scientifiques aidant,
d'autres méthodes d'exploitation seront, à coup sûr,
trouvées. Nous devons conserver toute latitude pour étendre
ou réduire la marge d'utilisation des cellules en fonction
des principes qui feront l'objet d'un consensus. Je vous
remercie. Wassalamu Alaykoum.
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Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
remercie Dr Issam Al-Charbîni. En fait, le vice-Président,
Dr Mohammad Omar Al-Ashqar me rappelle que les questions
d'ordre légal seront examinées lors de notre prochaine
séance. Il est certain qu'il existe une intime
interdépendance entre les aspects médicaux et de droit. Mais
la présente séance a pour objet, conformément à l'ordre du
jour de notre colloque, de centrer l'attention sur le volet
médical dont il convient, par conséquent, de clarifier les
différentes facettes. Je passe la parole au Dr Ahmad Al-Qadi.
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Dr Ahmad Al-Qadi
Louange à Dieu ! que la paix et le salut soient sur Son
Prophète !
Certains de nos éminents confrères ont assimilé l'oeuf
fécondé au spermatozoïde, prétendant que l'un et l'autre ne
jouissent pas du principe d'inviolabilité, ce qui
justifierait la destruction de l'un comme l'autre. C'est là,
à mon sens, une confusion fâcheuse, car le spermatozoïde ne
possède pas les caractéristiques humaines au complet. Il
n'est qu'une cellule parmi d'autres qui renferme le code et
le patrimoine génétiques de l'individu. Seul, un
spermatozoïde ne donnera jamais naissance à un nouvel être
humain. A l'inverse, l'oeuf fécondé contient l'ensemble des
caractères individuels de la personne qui la distinguent
même de ses parents. "Couvé" dans un milieu approprié, il
donnera naissance à un nouvel être pouvant se développer à
terme. Aussi, je ne vois pas comment on peut mettre sur le
même plan l'oeuf fécondé et le spermatozoïde ou autre
cellule vivante. Je vous remercie.
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Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
vous remercie, cher confrère Ahmad Al-Qadi pour cette
clarification. J'invite maintenant Dr Tawfiq Al-Wa’i à
intervenir.
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Dr Tawfiq Al-Wa’i
Au
nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.
Je
voudrais, en vérité, envisager la médecine dans une
perspective réaliste : vise-t-elle à guérir les maux de
l'humanité, ou à la rendre plus malheureuse encore ?
Contribue-t-elle au bien-être des gens, en leur fournissant
les secours dont ils ont besoin? Est-elle uniquement au
service des nantis, abandonnant les couches les plus
défavorisées à leur sort ? Autant de questions qui méritent
d'être méditées. L'exposé du Dr Hassan Hathout en a soulevé
d'autres. Celui-ci a estimé, en effet, que la mort d'un
enfant anencéphale est déterminée sur la base du diagnostic
de la mort du cerveau, en précisant qu'il est impossible
dans des cas pareils de mesurer l'activité électrique du
cerveau. Or, à la fin de son exposé, il a approuvé
l'exploitation des organes du bébé anencéphale après
confirmation de la mort de son cerveau. Comment peut-il
autoriser l'utilisation et le prélèvement de ces organes
alors qu'il est impossible, selon lui, de diagnostiquer la
mort du cerveau pour ce type d'enfants? A mon avis, un
enfant anencéphale doit être traité comme n'importe quel
être humain vivant. Les Oulémas ont autorisé la
transplantation d'organes provenant d'un individu vivant.
La différence qu'il peut y avoir ici, c'est qu'on pourrait
penser qu'un être sans cerveau n'a pas un caractère
inviolable. Dr Hassan Hathout, si j'ai bien compris, s'est
déclaré contre l'utilisation des oeufs fécondés.
Personnellement, je souscris à l'avis exprimé lors des
précédents colloques, selon lequel les prélèvements et les
transplantations d'organes provenant de donneurs vivants
doivent être soumis à des conditions fixées à cette fin.
Dès
lors que les ovules fécondés n'ont plus d'utilité, leur
exploitation à des fins expérimentales devient nécessaire,
sous réserve des restrictions permettant d'éviter les
mauvais usages. Les Allemands ont imposé des conditions très
strictes en la matière. Nos devons donc fixer des règles
juridiques pour empêcher que l'être humain ne devienne un
objet de la recherche manipulable à souhait. Car, les
recherches devront avoir pour finalité le bien-être de
l'humanité. Je vous remercie. Wassalamu Alaykoum.
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Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
remercie notre honorable Cheikh et je passe la parole à son
Eminence le Cheikh Mohammad Sayed Tantaoui.
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Le Mufti, Cheikh Mohammad Sayed Tantaoui
L'exposé qui nous a été présenté par notre frère Dr Hathout
se distingue à la fois par son élégance stylistique et par
la richesse de ses informations. Ainsi nous a-t-il rappelé
nombre de situations - inimaginables pour certains d'entre
nous- où des actes illégitimes sont commis : grossesses sur
commande, interruption illégale de grossesse avec la
complicité du médecin, commercialisation des produits
humains par des institutions à but lucratif, avortements à
des fins exclusives de recherche scientifique et sans aucun
motif légal ou médical.
J'ai beaucoup apprécié ces précisions qui m'ont
personnellement éclairé sur des comportements illicites que
j'ignorais. Les cas cités par le Dr Hassan Hathout, doivent
être présents à l'esprit des experts en droit islamique,
lorsqu'il s'agit de se prononcer sur les questions dont nous
serons saisis, après consultation avec les experts et les
hommes de science auxquels le Coran fait allusion dans les
versets 43 et 7 des Sourates "Les Abeilles" et "Les
Prophètes" : "Demandez donc aux gens du rappel (les savants
) si vous ne savez pas".
Je
suis tout à fait d'accord avec Dr Hathout pour considérer
les pratiques en cause comme prohibées, car préjudiciables à
la dignité humaine. Dieu Tout-Puissant a donné à l'être
humain, en le créant, une forme parfaite que nul n'a le
droit d'altérer ou de modifier, sauf dans les cas de
nécessité impérieuse, établis par les experts de compétence
reconnue.
S'agissant de la communication du Dr Abdallah Hussein
Bassalamah, je crois comprendre que l'intervenant (même si
je n'ai pas son texte sous mes yeux), s'interroge sur la
position de la Loi à l'égard des transplantations d'organes.
J'estime, personnellement, qu'il n'y a pas d'empêchement
légal à cela dans la mesure où l'avortement a été légitime.
Le droit islamique prévoit, cependant, un certain nombre de
dispositions en la matière, entre autres, le constat,
affirmé par un médecin expert, que la poursuite de la
grossesse présente une menace sérieuse pour la vie de la
mère. Il n'y a donc, légalement, aucune objection à
transplanter des organes provenant des embryons ainsi
avortés, si leur utilité thérapeutique est reconnue par des
médecins experts.
Dans l'exposé du Dr Maâmoun Elhaj, j'ai relevé trois points.
D'abord, la définition des concepts, qui est une excellente
chose en soi. Car les imprécisions terminologiques peuvent
induire en erreur et donner lieu à des fausses
interprétations avec les risques d'injustices qui s'en
suivent. Les mots véhiculent des significations et des
concepts ; mais leur utilisation impropre est source de
beaucoup de confusions.
Par
ailleurs, je souscris entièrement à l'opinion du Dr Maâmoun
El-hadj au sujet de l'exploitation des embryons avortés ou
excédentaires à des fins thérapeutiques et de recherches.
Je ne vois à cela aucune objection légale ou médicale. Bien
au contraire, ces recherches doivent être encouragées en
raison de leur utilité médicale, scientifique et humaine. Le
savoir est la vertu primordiale recommandée au Prophète
conformément à la parole divine : "... Ne te hâte pas [de
réciter] le Coran avant que sa révélation ne soit achevée
pour toi. Et dis: "Mon Seigneur ! augmente ma science! "(Taha,
114).
Finalement, Dr Maâmoun Elhaj se demande, à la fin de son
exposé, si la transplantation des cellules sur une tierce
partie n'implique pas un transfert de parenté et donc des
droits à l'héritage. Sans avoir une parfaite connaissance
des cellules, je pense que si on entend par là les greffes
d'organes comme les reins ou la cornée, par exemple, il n'y
aura pas lieu de parler de transfert de parenté ou de droit
à l'héritage. C'est clair : ces transplantations ont une
visée thérapeutique, mais pas d'incidence sur la parenté. Je
vous remercie.
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Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
vous remercie, Cheikh Tantaoui et je passe la parole au Dr
Kamal Najib.
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Dr Kamal Najib
Au
nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.
Dr
Maâmoun Elhaj s'est interrogé, à la fin de son exposé, sur
les liens de parenté pouvant exister entre le donneur et le
receveur. Cheikh Mahomet Tantaoui a déjà répondu sur ce
point, mais je voudrais préciser qu'au plan génétique, les
caractères héréditaires de l'être humain (portés par ses
chromosomes et ses gènes), sont déterminés dès le moment de
la fécondation. Aussi, la transplantation d'un tissu ou d'un
organe quelconque n'affecte en rien le patrimoine génétique
du receveur et ne peut, par conséquent, avoir des
conséquences sur la parenté.
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Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
vous remercie.
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Dr Maâmoun Elhaj Ali Ibrahim
Monsieur le Président. Je voudrais apporter une petite
précision. J'avais parlé en réalité des cellules
renouvelables. Je n'ai pas parlé de reins, mais des cellules
de la glande pancréatique et de la moelle osseuse
(productrice du sang) qui sont des cellules renouvelables.
Ce sont ces cellules qui vont contribuer à la formation de
la chair et des os. J'ai donné l'exemple des frères de lait
pour illustrer les conséquences des transplantations des
cellules sanguines ou pancréatiques contribuant par leurs
sécrétions à la formation de la chair et des os. La question
est de savoir si ces cellules peuvent être assimilées aux
frères de lait.
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Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Merci beaucoup. Dr Kamal Najib peut reprendre la parole,
s'il le désire, après l'intervention de notre Honorable
Mufti.
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Cheikh Mohammad Sayed Tantaoui
A
mon sens, et en dépit des explications fournies par Dr
Maâmoun Elhaj, je ne pense pas que cela puisse conduire à la
participation à l'héritage ou à la parenté.
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Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
donne la parole à présent au Cheikh Al-Ghazali.
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Cheikh Al-Ghazali
Il
n'existe aucun lien entre l'allaitement et l'héritage.
L'allaitement entraîne des prohibitions du mariage, entre
autre conséquences. Mais nombreuses divergences existent
entre les oulémas à propos du nombre de tétées (rada'ât)
justifiant l'interdiction du mariage (5 ? 10.?..). La
question est très controversée. Mais il s'agit là de
questions d'ordre cultuel et qui ne peuvent, de ce fait,
faire l'objet d'extensions analogiques (qiyâs). Le critère
analogique est applicable aux actes humains de nature
temporelle. Mais lorsqu'il s'agit de points purement
religieux, il vaut mieux s'en tenir aux textes révélés ; que
Dieu vous assiste.
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Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
vous remercie, Honorable Cheikh. Je voudrais entendre le
point de vue de Cheikh Youssef Al-Qaradawi, sur ces
questions.
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Cheikh Dr Youssef Al-Qaradawi
L'Organisation a abordé la question de l'allaitement lors du
Colloque sur la Fécondation dans l'optique islamique, où de
nombreuses opinions ont été exprimées sur la question
relative aux banques de lait. Ce que l'on peut dire, c'est
que l'allaitement revêt un caractère spécial. Il découle de
la maternité : " (vous sont interdites) vos mères qui vous
ont allaités, vos soeurs de lait..." (Les Femmes, 23).
La
prohibition de mariage pour cause d'allaitement se fonde sur
un certain nombre de critères : l'âge des enfants allaités,
la manière dont ils sont allaités, l'usage du lait et non
pas d'autres choses....
Ainsi, personne n'a assimilé légalement la transfusion du
sang d'un individu sur un autre à l'allaitement. Nous
n'avons donc pas à tenir compte du facteur de l'âge. Il
convient, comme le suggère Cheikh Ghazali, de fermer cette
porte et ne pas faire usage ici des extrapolations
analogiques. Car les interrogations soulevées par le Dr
Maamoun Elhaj, n'ont rien à voir avec l'allaitement, la
fraternité de lait ou la maternité. Je vous remercie.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Merci, cher confrère. Nous pouvons considérer, Dr Maâmoun
Elhaj, que cette question est suffisamment élucidée et que
nous pouvons passer à la discussion d'autres sujets. Je
passe donc la parole au Mufti Cheikh Mohammad Mokhtar Sulami.
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Cheikh Mohammad Mokhtar Sulami
Au
nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.
Je
voudrais commencer mon intervention par quelques points qui
ont attiré mon attention dans la communication du Dr
Abdallah Hussein Bassalamah ; celui-ci a dit, (page 5)
qu'il a été scientifiquement prouvé qu'une cellule
embryonnaire peut se multiplier et donner naissance à un
nouvel être humain complet. S'agit-il d'une vérité confirmée
expérimentalement ou d'une simple hypothèse scientifique ?
Car la théorie est une chose, l'expérience en est une autre.
Je souhaiterais que le Dr Bassalamah nous éclaire sur ce
point : une cellule prélevée sur un oeuf fécondé peut-elle
réellement donner naissance à un nouvel embryon pouvant
évoluer à terme ? Seule l'expérience pourra confirmer ou
infirmer une hypothèse.
Dr
Issam Charbîni, pour sa part, a souligné que certaines
choses aujourd'hui imprécises pourront peut-être se
clarifier à mesure que la science progresse. C'est pourquoi
il convient de ne pas fermer les portes de façon définitive.
En vérité, nous sommes appelés à nous prononcer sur des
questions bien déterminées, mais non pas d'envisager des
solutions à des situations hypothétiques qui, peut-être, ne
se présenteront jamais.
Cette précision est d'autant plus nécessaire que le
jurisconsulte est appelé à donner un avis circonstancié qui
ne laisse pas de place au doute ou à des conjectures propres
à créer la confusion.
Il
est vrai que les solutions présomptives existent, mais elles
sont motivées par des circonstances particulières.
S'agissant de la prise de dispositions destinées à prévenir
les abus, je pense que c'est une attitude qui répond à un
besoin intrinsèquement humain. Le principe des précautions (sadd
darâ'i) est reconnu tant par les médecins que par les
docteurs de la Loi. Ce principe se trouve exprimé par
Al-Qarafi, qui l'attribue à la doctrine malikite, mais aussi
par des jurisconsultes appartenant à d'autres écoles
juridiques.
Il
s'agit donc d'un principe à la fois naturel et scientifique.
L'avis légal concernant l'oeuf fécondé ne repose pas sur
l'assimilation de ce dernier au spermatozoïde. Il part, en
fait, du principe que l'ovule ne jouit pas d'inviolabilité
légale tant qu'il n'est pas fixé sur l'utérus.
J'apprécie à ce sujet les exégètes qui, partant des données
scientifiques, interprètent la 'alaqat non pas comme un
caillot de sang, mais comme quelque chose qui s'accroche, 'ulûq,
ce qui renvoie à l'embryon qui se niche sur la paroi utérine
pour y poursuivre son développement à terme, tirant sa
subsistance du corps maternel...
Je
voudrais remercier le Dr Youssef Al-Qaradawi pour son
commentaire à propos de l'allaitement. Avant de prendre la
parole, j'ai discuté avec mon confrère, Cheikh Habib
Belkhodja, et j'aimerais souligner que cette question revêt
un caractère légal et que les prohibitions en matière de
mariage sont éminemment strictes. Ainsi, est-il interdit
d'épouser sa tante paternelle ou maternelle, mais pas leurs
filles etc.
S'agissant de l'allaitement, il n'a d'effet légal que s'il a
duré 2 ans, période durant laquelle le bébé est encore
incapable de manger. Par ailleurs, seule le lait sucé par le
bébé compte, mais pas la salive de la mère ou d'une autre
femme.
La
transfusion sanguine, comme cela a été déjà souligné, n'est
pas assimilable à l'allaitement. Les mises en garde
prononcées par les jurisconsultes peuvent être motivées de
façon à ce qu'elles soient plus dissuasives. Mais les
vérités les plus convaincantes sont celles révélées par
Dieu. Nos argumentations peuvent s'avérer imparfaites ou
inadaptées aux cas d'espèce sous examen. Les prescriptions
divines infaillibles répondent à des finalités dont la
sagesse nous échappent parfois: "Il ne vous a été donné que
peu de science", dit le Coran (Le Voyage Nocturne, 85).
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
vous remercie, cher confrère pour ce précieux commentaire.
Nous allons écouter maintenant le professeur Abdelmounim
Obeid.
-
Dr Abdelmounim Obeid
Au
nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.
Les
recherches portant sur la vie comprennent deux volets,
évoqués, l'un, par Dr Maâmoun Elhaj Ali Ibrahim ( qui a
parlé de l'oeuf fécondé), et l'autre par Dr Hassan Hathout.
Celui-ci a abordé la question des embryons avortés qui fait
l'objet de recherches dans des disciplines scientifiques
aussi variées que la physique, la chimie et de la biologie.
Cette dernière marque actuellement un tournant critique dans
son développement. Une véritable révolution dans la vision
de l'univers et des choses s'en est suivie. On s'interroge
sur la corrélation pouvant exister entre la théorie de la
relativité d'Einstein et les théories relatives à la
formation pré-atomique et sub-atomique. Les scientifiques en
viennent à repenser leur manière d'aborder les atomes, puis
les molécules et les macromolécules complexes. Certains
d'entre eux parlent désormais des molécules dotées d'une
mémoire, précisément celles qui portent le matériel
génétique dans les chromosomes.
Les
anatomistes concentrent aujourd'hui leur intérêt sur
l'homme, cet être qui occupe une place privilégiée dans
l'ordre du vivant, ce qui lui a valu d'être honoré et de
recevoir la charge du "lieutenant de Dieu" sur la terre. Il
se trouve, par là même, doté de facultés créatives,
artistiques, intellectuelles et culturelles ; c'est ces
facultés mêmes qui nous permettent de confronter nos idées
et d'engager une réflexion mutuellement enrichissante.
C'est dans cette perspective que nous avons envisagé l'étude
du contenu chromosomique de l'ovule. D'où l'intérêt des
idées exposées par le Dr Maâmoun El-hadj, au sujet de
l'insémination artificielle, des oeufs fécondés
surnuméraires et de leurs multiples usages dans le domaine
de la recherche, des techniques d'insémination, de l'étude
des malformations, du processus de la nidation, des
transplantations de tissus à des fins thérapeutiques. Je
souhaite donc que des critères stricts soient fixés
permettant l'utilisation des embryons excédentaires à des
fins utiles à l'homme. Je crains que la proposition du Mufti
du Tunis de limiter au minimum le nombre d'oeufs fécondés
nous fasse perdre la possibilité d'étudier des problèmes
aussi urgents que les malformations congénitales avec leurs
incidences sur les naissances à venir.
Le
deuxième point de mon intervention porte sur ce qui a été
dit par Dr Hassan Hathout, au sujet des points de
convergence entre la médecine et la Chari'a pour ce qui est
de l'inviolabilité de l'individu, en matière, notamment, des
transplantations de tissus d'embryons avortés. Sur le plan
médical, le tissu foetal se distingue par son intense
activité de croissance et ses potentialités de développement
en dehors de toute influence extérieure. D'autre part,
l'embryon est intiment lié à sa mère via la membrane
placentaire et les éléments biochimiques qu'elle produit,
(et qui sont utilisés dans le domaine thérapeutique ou
synthétisés artificiellement).
C'est un motif de grande satisfaction que des médecins et
des docteurs de la loi se rencontrent pour discuter des
questions aussi vitales, et qu'un consensus soit réalisé au
plan mondial, à propos des normes éthiques devant régir la
recherche scientifique.
Dans nos pays islamiques, le respect de ces normes est
hautement recommandé en raison de la faiblesse des
institutions de santé et des régimes de sécurité sociale
accessibles aux malades pauvres. Ces carences amènent
certains médecins à déshonorer la médecine en la
transformant à une activité commerciale dans un monde dominé
par l'esprit de lucre. C'est cet esprit qui explique la
médiocrité des recherches scientifiques dans le tiers monde
et l'émergence d'une catégorie de médecins dont les
intérêts personnels constitue la motivation principale,
qu'ils opèrent dans des cliniques privées ou dans les
établissements de santé publics. Mais, malgré les dérives
commerciales constatées un peu partout dans le monde, l'on
peut affirmer que les normes d'éthiques et les systèmes
scientifiques sont plus développés ailleurs que dans nos
pays. Aussi le monde islamique est-il appelé à mettre en
place un arsenal plus important de mesures de contrôles
éthiques et scientifiques très stricts.
Avant de conclure, je voudrais poser deux questions précises
: d'abord, à quel âge l'embryon retiré vivant du ventre de
sa mère par césarienne peut-il être médicalement utilisé ?
Doit-on assurer à un tel embryon les soins intensifs
nécessaires ou attendre qu'il meure, compromettant ainsi la
possibilité d'en tirer profit ?
Personnellement, je suis favorable à la conservation de
l'embryon à l'aide de moyens médicaux de réanimation, s'il
est âgé de plus de 24 semaines ; les chercheurs auront alors
le temps de se préparer à une exploitation judicieuse de cet
enfant, dans la mesure où les moyens techniques et les
règles d'éthique le leur permettent.
-
Dr Hamid Rifai
Au
nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.
Nous débattons depuis deux jours d'une question qui a,
depuis toujours, préoccupé les oulémas et les docteurs de la
Loi islamique. Ces derniers se sont employés à élaborer des
critères et des normes rigoureuses qu'ils appliquèrent dans
leurs efforts d'interprétation des textes révélés,
considérés unanimement authentiques. La jurisprudence
islamique a forgé ainsi des outils d'analyses d'une
efficacité remarquable en matière de la déduction des
solutions légales à partir des sources de la Loi.
Or,
je crois que nous abordons aujourd'hui les problèmes sans
avoir au préalable défini les règles fondamentales à l'aune
desquelles nous pouvons juger de la légalité des questions
soumises à notre examen. Il me semble donc nécessaire de
fonder notre démarche sur trois principes de base :
1.
Vérifier la véracité du fait scientifique sur lequel on est
appelé à se prononcer ;
2.
Établir avec certitude la valeur normative du texte
religieux pris pour référence de la solution légale
envisagée ;
3.
Évaluer du point de vue légal les avantages et les
inconvénients de la chose objet d'examen.
Si
nous parvenons à nous mettre d'accord sur ces trois
principes, nous aurons par là même défini un cadre d'action
à même d'orienter nos efforts d'interprétation de façon à
éviter les faux pas. S'agissant des transplantations
d'organes, je pense que cette question est soumise à des
conditions sans cesse répétées hier comme aujourd'hui ; ces
répétitions sont dues, à mon sens, à l'absence des règles
que j'ai évoquées tout à l'heure. Parmi les principes à
respecter à ce sujet, j'ai noté le caractère intangible de
l'être humain, mort ou vivant, comme valeur fondamentale en
matière des transplantations d'organes. La préservation de
la vie humaine est un devoir dicté par le Coran : "quiconque
a sauvé une vie, c'est comme s'il avait sauvé tous les
hommes" (La Table Servie, 32). Il faut donc viser avant tout
l'intérêt de l'homme et le respect de sa dignité.
Le
second volet de mon intervention porte sur l'exposé de mon
confrère, Dr Abdallah Hussein Bassalamah. Celui-ci, laisse,
me semble-t-il, une marge de manoeuvre importante aux
spécialistes des transplantations d'organes lorsqu'il
identifie avec précision les stades de développement
embryonnaire, de la goutte de sperme, à l'oeuf fécondé,
capable au non d'évoluer à terme. Ces éléments ont été
minutieusement exposés par l'intervenant qui précise que
l'individualisation de l'embryon lui vaut le respect de son
intégrité physique. Les cellules embryonnaires
indifférenciées n'ont, selon lui, aucun caractère
inviolable, étant semblables à n'importe quel tissu humain.
Ces précisions ouvrent de larges perspectives
d'interprétation devant les experts de la Loi intéressés aux
problèmes des transplantations d'organes.
Dr
Bassalamah a soulevé, d'autre part, une question qui mérite
d'être approfondie, en disant que l'esprit, évoqué dans les
textes religieux, est un tout dont les parcelles sont
réparties sur l'ensemble des cellules. Il a ainsi généralisé
l'idée de l'âme, attribuant celle-ci à toute cellule
(humaine) vivante. Je pense qu'il nous faudra revenir sur
cette question, si le temps le permet.
J'en arrive à la question des gènes et, plus précisément,
ceux contenus dans les cellules reproductrices. Je sais, de
par ma spécialité de chimiste, que le gamète, mâle ou femme,
est porteur des gènes avant même la fécondation. Peut-on
considérer un spermatozoïde ou un ovule fécondé in vivo ou
in vitro comme inviolables au motif qu'ils renferment le
patrimoine génétique de l'individu ? Nous savons qu'une
quantité considérable de cellules reproductrices se perdent
à chaque rapport sexuel. Cette question mérite d'être
clarifiée.
Je
termine par une petite remarque à propos de l'esprit. Je
trouve pertinentes les idées exprimées à ce sujet par Dr
Mohammad Naim Yassine ; je suis d'accord avec lui qu'il
s'agit là d'une question d'importance capitale pour toutes
nos recherches. En effet, c'est notre conception de l'âme
qui nous distingue, nous autres musulmans, dans notre vision
de la vie et des choses. Je propose donc que l'on revienne
sur ce sujet lors de la séance de ce soir pour en mettre en
exergue les différents aspects définissant notre conception
originale et globale du monde.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
passe la parole au Cheikh Abdallah Ibn Bey .
-
Cheikh Abdallah Ibn Bey
En
vérité, Monsieur le Président, la vivacité et la richesse de
nos débats dénotent notre perplexité face à des situations
où l'être humain est traité non plus comme un individu, mais
comme un objet d'expérimentation et comme une marchandise.
Ainsi, des organes humains, (l'utérus avec l'embryon qu'il
renferme), font l'objet d'un commerce lucratif. La question
est trop grave et il nous engage à revenir aux principes
fondamentaux de la religion, pour trouver les solutions
légales appropriées. Nous avons longuement parlé hier des
sujets comme l'exploitation de la chair humaine en cas de
nécessité. Mais il nous faudra, avant tout, nous référer aux
fondements de l'Islam, qui est une religion soucieuse du
respect de la nature humaine, voire de la nature des
animaux, interdisant qu'ils soient mutilés. Cette
modification de la forme naturelle donnée par Dieu à ses
créatures est assimilée à une oeuvre du démon. On lit à ce
sujet dans le Coran : "... maudit soit le diable qui dit:
Assurément, je choisirai parmi Tes serviteurs un nombre
déterminée. Assurément, je ne manquerai pas de les égarer ;
je leur inspirerai de faux espoirs ; je leur ordonnerai :
ils fendront les oreilles des bêtes; je leur ordonnerai :
ils altéreront la création de Dieu". “Quiconque prend le
Diable pour allié en dehors de Dieu, sera, certes, voué à
une perte certaine" (les Femmes, 117-119).
Le
Prophète a interdit la modification de la création divine en
mettant en garde contre des pratiques bien en deçà de celles
qui nous préoccupent en ce moment. Ainsi a-t-il condamné les
modifications de la forme du corps en maudissant "les femmes
qui se font tatouer et celles qui pratiquent le tatouage sur
d'autres femmes, à leur demande ; celles qui se font
allonger les cheveux à l'aide de cheveux rapportés ; celles
qui se font espacer les dents pour paraître plus belles...".
C'est par un retour aux préceptes de l'Islam que nous
pouvons sortir de cette impasse et présenter au monde, sinon
des inventions médicales, du moins une morale sans faille.
Nous avons appris que l'Association Européenne d'Éthique a
pris des décisions plus strictes que les nôtres, alors que
c'est nous les adeptes de la dernière religion, la religion
Vraie, la religion immuable, révélée par Dieu au dernier de
ses Prophètes afin qu'elle devienne le message universel
pour l'humanité jusqu'à la fin des temps. Comment
pourrons-nous aujourd'hui renoncer au rang d'honneur que
Dieu nous a assigné ? A quoi bon d'essayer de trouver des
solutions à des problèmes qui ne se posent même pas !. Je ne
pense pas que ce soit nécessaire de provoquer la procréation
artificiellement ; elle peut s'obtenir de façon naturelle:
"Cohabitez avec elles (vos épouses) suivant les
prescriptions de Dieu" (La Vache, 222).
Tel
est le mode naturel de la fécondation, associant dans une
même rencontre intime un homme et une femme. Nous sommes
dépassés par les événements. Certains de nos confrères
parlent de centres d'insémination artificielle qui
utilisent l'être humain comme un cobaye. Il est temps que
nous fassions entendre la voix de la Vérité, crier haro sur
ces pratiques. L'être humain doit être épargné. Les champs
de la recherche et de l'expérimentation sont larges pour
quiconque désire exercer ses talents et faire preuve de sa
créativité. Aux scientifiques nous disons : renoncez à des
expériences sur l'homme, sur vous-mêmes. Nous sommes tous
formés à partir des ovules. Il nous incombe donc à tous de
respecter ces ovules, d'observer les règles de la Loi qui
interdisent l'exploitation de l'humain comme objet.
La
Loi nous enseigne qu'un mal ne saurait être repoussé par un
autre mal. Elle définit les limites à ne pas dépasser sous
peine de glisser vers les abus dangereux. Or, le mal redouté
est déjà consommé. Ainsi, certains de nos confrères parlent
des avortements provoqués, du commerce d'embryons. L'Islam
prohibe l'adoption, l'adultère et toutes pratiques sexuelles
de nature à induire le mélange des filiations. Telles sont
les règles de la loi. La dissémination des ovules permettra
à chacun d'en user, à titre adoptif, ce qui donnerait lieu à
un véritable chaos ainsi à qu'à une altération de la
création divine. Les musulmans sont unanimes pour condamner
le prélèvement d'organes sur une personne vivante, même en
cas de nécessité absolue. De même qu'on ne doit pas utiliser
les embryons ou les exploiter, à moins, bien entendu, qu'ils
ne proviennent d'une fausse couche ou qu'ils ne soient
morts. On prétend qu'on ne peut tirer profit que d'un
embryon en vie. Dans ce cas là, il vaut mieux ne pas
chercher à en profiter du tout. Telle est l'attitude
conforme à la Chari'a et qu'il n'est pas question
d'enfreindre. Wassalamu Alaykoum.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
vous remercie, frère Cheikh Abdallah. Je passe la parole
maintenant au Dr Omar Soulaymane Al-Ashqar et je vous
rappelle qu'il reste encore quatre autres intervenants.
-
Dr Omar Soulaymane Al-Ashqar
Je
voudrais savoir si les expériences menées sur l'embryon dans
le ventre de sa mère permettent de déterminer si à un stade
donné de son évolution l'embryon reçoit un souffle de vie
nouveau. On a beaucoup parlé de l'esprit en dépit du mystère
qui l'entoure, tant pour les médecins que pour les oulémas.
A mon avis, ce n'est pas l'esprit qui fait problème. Les
études ont prouvé que l'embryon acquiert, à un stade
déterminé, une vie indépendante. Il est indubitable que
l'ovule n'est plus le même après insémination. Une vie
l'anime alors, qui va évoluant avec le développement de
l'embryon. Nous connaissons la vie animée par l'esprit.
Lorsque celui-ci se retire du corps, les cellules demeurent
vivantes pour un temps et, donc, exploitables à des fins
médicales et scientifiques. Il y a donc une espèce de vie
dans la première cellule de l'homme. La Chari'a islamique
nous apprend que l'esprit est insufflé à l'embryon dès le
40ème jour de la conception, d'après certains oulémas, au
120ème jour, selon d'autres.
Les
textes révélés indiquent formellement que l'esprit est
insufflé d'une seule traite et qu'il est retiré également
d'une seule traite, par l'Ange de la mort, selon un Hadith.
Et avec son départ, tout s'éteint : la vue... Nous sommes
d'accord avec nos confrères médecins lorsqu'ils affirment
que des modifications majeures surviennent à un certain
stade du développement de l'embryon, changeant radicalement
la vie de celui-ci. Mais je voudrais savoir dans quelle
mesure l'on peut affirmer scientifiquement que l'embryon, ou
l'oeuf fécondé, devient, au bout du 32 jours de gestation,
capable de sentir la douleur.
Le
dernier point que je voudrais soulever porte sur la question
abordée par Dr Maamoun Elhaj. Je me range volontiers à
l'avis des médecins, mais je pense qu'ils devront nous
fournir plus amples informations sur la question. La
solution légale ne peut se fonder que sur des connaissances
sûres.
Le
problème de procréation par remplacement (le recours aux
mères porteuses...) est normalement inadmissible du point de
vue de la Chari'a, mais cela s'est déjà produit et nous
devons formuler un avis sur la question : A qui attribuer la
maternité, à la mère porteuse ou à la femme donneuse
d'ovocyte ? Peut-on assimiler ce cas à l'allaitement d'un
enfant par une femme autre que sa mère ? La question mérite
d'être posée. Je vous remercie.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Merci beaucoup, cher confrère, Dr Omar pour ces
observations. J'invite maintenant le professeur Dr Mohammad
Soulaymane Al-Ashqar à prendre la parole.
-
Prof. Dr Mohammad Soulaymane Al-Ashqar
Au
nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.
Le
Dr Hassan Hathout a abordé, dans son exposé, plusieurs
points, mettant en exergue les abus découlant des
transplantations d'organes. Sa démarche s'inscrit dans le
cadre des précautions légales visant à parer aux mauvais
agissements (sadd ad-darâ'i). Or, le principe de précaution,
comme cela a été souligné par certains de nos cheikhs, doit
être appliqué avec mesure, et dans des cas limités, pour ne
pas condamner définitivement les initiatives susceptibles de
servir l'intérêt commun. C'est bien de s'entourer des
précautions, mais à condition de ménager une marge de
manoeuvre pour les actions visant le bien public. Nombreux
sont d'ailleurs les avantages matériels qui ne peuvent être
réalisés qu'à travers des opérations risquées. La chari’a
fournit sur ce point des dispositions claires. Les embryons
peuvent être mis à profit de façon légitime. Mais les
mauvais usages comme l'exploitation mercantile des produits
humains doivent être interdits et sanctionnés. Il faut donc
faire la part des choses et ne pas prononcer des
prohibitions à tout bout de champ.
Je
voudrais rappeler que la question relative à l'utilisation
des oeufs fécondés non encore implantés sur l'utérus à des
fins expérimentales a été longuement discutée et fait
l'objet de décisions lors des colloques précédents consacrés
à ce sujet. Au terme de ces débats, on avait abouti à la
conclusion qu'il n'y a pas d'inconvénient à détruire ces
oeufs tant qu'ils ne sont pas incrustés sur l'utérus.
Pourquoi revenir alors sur ce sujet ? Pourquoi nous répéter
et nous déjuger ? A moins de vouloir annuler les décisions
précédentes, auquel cas il faudra consacrer une autre séance
à la question, faire d'autres communications pour relever
les failles des décisions déjà prises et apporter les
aménagements et les rectifications qui s'imposent. On pourra
citer, pour les compléter ou les modifier, les conclusions
des colloques précédents, comme nous l'avons fait pour Dr
Maamoun.
Dans son exposé, le Dr Hassane Hathout a parlé des erreurs
génétiques. Or, le terme "erreur" peut faire croire qu'il
s'agit là de défauts de la création. En vérité, il n'en est
rien. Il s'agit tout simplement d'anomalies, de déficiences
dans la constitution des gènes en question. Le créateur a
décidé de toute éternité qu'il y ait le bien et le mal ; Il
a créé des êtres sains et d'autres malformés. Tout procède
de Sa sainte volonté. L'existence des maladies a aussi
d'innombrables avantages : elle permet, par exemple, le
progrès de la médecine et de la science en général.
On
peut donc parler de déficience, de malformation du corps,
mais pas d'erreur. Cette nuance n'échappe pas au Dr Hathout
lui-même qui évoque à un moment donné de sa communication le
terme "anomalie" (khalal).
Notre confrère, Cheikh Abdallah Ibn Bey a affirmé que l'on
ne peut tirer profit d'un embryon encore en vie, pour
quelque motif que ce soit. Voilà la question majeure sur
laquelle il nous faudra revenir cet après-midi. Il y a aussi
le cas où l'embryon est dans l'intervalle séparant la perte
de la vie relationnelle et la mort définitive qui rend les
organes inutilisables. Les docteurs assimilent les
mouvements de l'embryon dans cet état à ceux d'un vivant
égorgé : il est considéré légalement mort, bien que les
organes restent encore vivants sur le plan médical. C'est
cette phase intermédiaire qui peut être exploitée par la
médecine.
Le
Dr Mohammad Fadil prétend que la procréation n'est pas une
nécessité. Une telle assertion est insoutenable. Nos grands
oulémas, tels Cheikh Al-Chatabi et Al-Ghazali, n'ont-ils pas
rangé la reproduction parmi les "cinq nécessités absolues"
(à côté de la conservation de la personne humaine) ?.
Al-Chatibi insiste sur une double exigence : procréer et
assurer la préservation de l'espèce humaine. Le désir
d'enfant peut devenir pour certains plus pressant que le
besoin de se nourrir. Une passion que seuls ceux qui l'ont
éprouvée parmi les hommes et les femmes savent combien elle
peut être ardente.
Comment peut-on dès lors affirmer que la procréation n'est
pas une nécessité? Pour certains, avoir des enfants et les
conserver est la plus impérieuse des nécessités.
Cheikh Tawfiq Al-Wa'i affirme que l'on peut mener des
expériences sur les ovules, conformément aux décisions des
précédents colloques, considérant qu'avant leur implantation
sur l'utérus, les oeufs fécondés ne possèdent aucun
caractère inviolable, et peuvent, donc, être détruits par
quelque moyen que ce soit. Je souscris à cet avis, à
condition que des précautions strictes soient prises pour
éviter le replacement des ovules dans l'utérus d'une femme
autre que la donneuse d'ovocyte.
Pour sa part, Cheikh Mohammad Al-Ghazali a affirmé que le
procédé de déductions analogiques ne s'applique pas aux
actes purement cultuels. En vérité, cette idée, qui se
trouve exprimée par bon nombre d'auteurs contemporains,
gagnerait à être nuancée. Du point de vue de la méthodologie
des sources de la Loi (ouçoul), on distingue les obligations
rituelles ('ibâdât) et les questions relevant du dogme (ta'abbudiyyat).
Les premières admettent les solutions légales fondées sur le
raisonnement analogique, dont il est fait abondamment usage,
par exemple, en matière de la prière canonique (salât), du
jeûne, de la zakat (aumône légale), du pèlerinage, des vices
de la pureté rituelle, des motifs de la rupture du jeûne et
de l'observation du croissant.
Il
n'en va pas de même en matière des dogmes qui découlent de
la foi en Dieu, mais dont les motivations et la finalité
nous échappent.
Par
ailleurs, Cheikh Al-Ghazali a considéré l'allaitement comme
une affaire relevant du culte. Cette interprétation me
paraît inexacte, à moins d'entendre par "culte" (ibâdat),
par extension sémantique, l'ensemble des obligations et des
enseignements de la Charia.
En
fait, l'allaitement se range dans la catégorie des
interdictions et des dispositions légales spéciales. Il a,
en outre, donné lieu à des décisions légales fondées sur la
déduction analogique. Ainsi, les docteurs de la Loi, ayant
comparé le fromage fait à base du lait de la femme à
l'allaitement, ont conclu, par extension analogique, à
l'interdiction de ce fromage ; car la motivation de la
prohibition est la même dans les deux cas, à savoir
l'introduction de cet élément nutritif venant de la femme,
sous forme de lait ou fromage, dans le ventre du nourrisson.
Cependant, comme l'a souligné Cheikh Qaradawi, les
interdictions de mariage pour cause d'allaitement n'offrent
pas matière au raisonnement analogique, car elles ont été
fixées une fois pour toute par Dieu, en vertu du verset 24
de la sourate IV (Les femmes). Elles ne peuvent donc être
modifiées. Wassalamu Alaykoum.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
vous remercie.
-
Cheikh Abdallah Ibn Bey
Ibn
Rushd le Petit-fils (Averroès) a abordé, dans de son ouvrage
de droit Bidâyat al-Mujtahid, les questions relatives à la
foi, dont le but est, selon lui, la purification de l'âme et
dont le sens échappe à la raison humaine. En fait, le
Législateur a édicté des interdits (le mariage incestueux
par exemple), mais on n'en connaît pas toujours les
motivations. Par ailleurs, l'on confond parfois le sens des
termes "ta'abbudi"(dogmatique) et "'ibâdiy"(cultuel) ; Ibn
Rushd fait écho de cette confusion. Je vous remercie.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
vous remercie. La parole est donnée au Cheikh Mohammad
Mokhtar Sulami.
-
Cheikh Mokhtar sulami
Une
solution légale peut être étayée soit sur une preuve
scripturaire formelle, soit sur des indices présomptifs. Ce
sont ces derniers qui sont le plus souvent utilisés.
Je
voudrais rappeler, par ailleurs, que ce que j'ai dit hier à
propos de la consommation de la chair humaine en cas de
nécessité n'est qu'un exemple cité en guise d'illustration.
C'est pour montrer aussi que l'on peut mettre à profit
l'abondante littérature juridique qui nous a été léguée par
les docteurs de la loi anciens. Mais ces derniers n'ont pas
abordé des questions semblables à celles qui nous
préoccupent aujourd'hui, à savoir la transplantation
d'organes. Ils ont parlé en revanche de la consommation de
la chair humaine, ce qui est répugnant certes ; mais
l'essentiel pour nous est de trouver un principe légal pour
fonder nos solutions relatives aux transplantations
d'organes humains et à autres opérations d'utilité pour
l'homme. Je vous remercie.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
vous remercie, notre cher collègue, Cheikh Mohammad Mokhtar
sulami.
-
Dr Hamid Rifai
On
demande des éclaircissements complémentaires à propos de
l'allaitement...
Je
voudrais simplement rappeler que certains de nos confrères
passent à côté de la question lorsqu'ils estiment qu'elle
n'est pas motivée. Pour ce qui me concerne, je trouve
qu'elle est pleinement justifiée, eu égard au rôle de
l'allaitement dans la croissance cellulaire du nourrisson.
La preuve, c'est que les prohibitions de mariage pour
allaitement ne s'appliquent pas s'il a lieu à un âge où le
corps est déjà mûr. Ainsi, les dispositions relatives à ce
sujet n'ont pas d'effet pour un enfant qui aura sucé le lait
d'une femme à cinq ans par exemple...
-
Cheikh Mohammad Mokhtar Sulami
Le
critère basé sur la croissance des cellules ne tient pas.
Imaginons, en effet, le cas d'un enfant qui possède déjà la
totalité de ses dents et qui, ne trouvant pas du lait chez
sa nourricière, lui mord le sein et en prélève une partie
qu'il avale : là aussi des cellules venant de la femme sont
introduites dans le corps de l'enfant, y aurait-il pour cela
interdiction de mariage ? Evidemment non ! car, la règle ne
s'applique qu'au lait.
-
Hamid Rifai
Il
faut tenir compte de l'aspect scientifique du problème. La
nourriture contribue au développement et au renouvellement
des cellules. Le morceau de viande avalé par un enfant est
une chose, le lait sucé à un stade de la formation des
cellules, en est une autre. Il faut que les spécialistes
éclairent les différents aspects du problème, pour permettre
d'accorder la dimension scientifique et le volet légal. En
faisant dépendre cette question de l'allaitement, notre
confrère Dr Maamoun Elhaj en a réduit l'étendue, au lieu de
l'élargir pour s'interroger sur d'autres éléments comme le
sang. Celui-ci ne contribue-t-il pas à la formation des
cellules et à leur développement ? Quelle est la position
légale à cet égard ?
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Merci beaucoup. Il semble que le Dr Issam Charbîni souhaite
intervenir. Je lui passe la parole.
-
Dr Issam Charbîni
Les
cellules humaines se renouvellent. Elles meurent et se
régénèrent ; cela, le Dr Hamid le sait bien. Merci.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Merci. Je donne la parole au Dr Ahmad Al-Qadi.
-
Dr Ahmad Al-Qadi
Je
voudrais apporter quelques précisions. Il me semble que Dr
Hamid Mahmoud a compris, d'après l'exposé de notre ami Dr
Abdallah Bassalamah, que l'oeuf fécondé ressemble, à ses
débuts, à n'importe quelle cellule du corps. Or, je crois
que l'orateur a parlé d'autre chose. Il a dit que les
cellules embryonnaires ont à ce stade des propriétés
spécifiques, chacune d'entre elles possédant les
potentialités de se développer à terme. Certaines
extrapolations sont source de confusions. On peut autoriser
l'élimination de l'oeuf fécondé au motif qu'il n'est pas
encore fixé sur l'utérus ou qu'il n'a pas reçu le souffle de
l'esprit. Ces arguments peuvent être valables dans le cadre
d'un effort d'interprétation légale. Mais est-il besoin de
recourir à des causes imprécises ou à des hypothèses non
vérifiées ? Ne risque-t-on pas ainsi d'induire en erreur le
public non averti et de banaliser la destruction de l'oeuf
fécondé (même après sa nidation). Or, nous avons déjà
suffisamment d'indices pour nous prononcer sur la question
et pour nourrir le débat. Nous devons donc être clairs et
précis dans nos propos. Deux critères sont à ce sujet
indiscutables : la nidation et l'insufflation de l'esprit.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Merci. Dr Abbadi, je vous donne la parole, en vous priant
d'être bref.
-
Dr Abbadi
Juste une petite remarque : vu qu'il nous reste peu de
temps, il serait bon que les questions de nos confrères
médecins trouvent leurs réponses avant la fin de cette
séance, afin que nous puissions nous consacrer au volet
légal du sujet dans la prochaine séance.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Cette proposition est déjà prise en considération. Dix
minutes sont accordées à chacun des intervenants. Nous
avions parmi nous ce matin Dr Georges Abouna qui a élaboré,
avec un groupe de professeurs universitaires, une réflexion.
Dr George, contraint de partir, a demandé au Dr Maamoun
Elhaj de la présenter en son nom. La contribution de Dr
George revêt une signification particulière dans la
perspective de notre civilisation arabo-islamique ; on sait
en effet que des chrétiens et des Gens du Livre, en général,
ont participé à l'enrichissement de cette civilisation dont
nous sommes légitimement fiers. Je passe donc la parole au
Dr Maamoun Elhaj.
-
Dr Maamoun Elhaj
Merci, Monsieur le Président. Le Dr Abouna m'a confié un
texte de 3 pages sur l'anencéphalie et les transplantations
d'organes, me demandant de vous le présenter. Je demanderai
au Secrétariat et à vous-même, monsieur le président, la
permission de le lire.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
vous remercie, Dr Maamoun et je remercie aussi Dr Georges
Abouna pour sa participation. Je passe la parole au Dr
Mohammad Ali Al-bar.
-Dr
Mohammad Ali Al-bar
Merci Monsieur le Président. Je donne la parole au Dr
Abdallah Bassalamah
-
Dr Abdallah Bassalamah
Au
nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.
Je
voudrais faire quelques brèves mises au point. Lorsque nous
avons été invités à ce colloque, nous avions dû choisir dans
l'ordre du jour les points que nous pouvons traiter dans le
cadre de nos compétences respectives, entre autres,
l'exploitation des embryons surnuméraires. Des intervenants
se sont interrogés sur le caractère inviolable de ces
embryons. Le Cheikh Soulaymane Al-Ashqar a rappelé une fatwa
(avis légal), selon laquelle les embryons excédentaires
peuvent être utilisés ou éliminés sans problème. Or, le fait
même de revenir sur la question signifie qu'elle mérite
d'être repensée. Pour ce qui me concerne, j'estime que les
oeufs fécondés, que j'appellerai "janîne" (embryons) ont
droit au respect. J'aimerai savoir, à ce sujet, si dans les
textes coraniques et du Hadith, on trouve une
différenciation précise des stades successifs de
développement embryonnaire et si le mot "janîne" correspond
à une étape bien déterminée de cette évolution.
Personnellement, j'utilise le terme "janîne", pour désigner
l'embryon, même avant son incrustation dans l'utérus.
D'autre part, je considère - et je rejoins sur ce point les
conclusions des Comités d'Ethique européens- que la
destruction des embryons représente une forme d'infanticide.
Plutôt que de les détruire, il vaut mieux les replacer dans
les utérus de leurs mères. Nous aurons ainsi respecté leur
inviolabilité car, à mon sens et comme je l'ai souligné
auparavant, il y a une vie aussi bien dans le spermatozoïde
que dans l'embryon. Mais quel type de vie? est-elle
électrique? - non ! c'est quelque chose qui anime la cellule
avant ou après l'insémination, une force qu'on ne peut créer
artificiellement. Ce phénomène inaccessible à
l'expérimentation, je l'appelle esprit ; il anime la cellule
vivante et s'en retire une fois détruite. D'où le caractère
inviolable de cette cellule ; celle-ci mérite d'autant plus
le respect qu'elle est évoluée.
Pour répondre à notre éminent professeur, Cheikh Mohammad
Mokhtar sulami, je voudrais souligner que toutes les données
que j'ai avancées sont vérifiées. Vous savez, d'ailleurs,
que les sources scientifiques ne publient pas des théories,
mais des vérités expérimentalement démontrées.
Nous devons, donc, selon moi, revoir la question relative à
l'inviolabilité de l'embryon, ou oeuf fécondé, pour empêcher
qu'il soit livré à l'expérimentation, même si cette dernière
présente une utilité scientifique ; les cellules
embryonnaires peuvent cependant être utilisées à des fins de
transplantation sur des sujets humains, (ce qui intervient à
un certain stade de développement). Les oeufs fécondés, eux,
doivent être déposés dans la matrice de la mère ; il
appartient au Dieu de décider, ensuite, de leur sort.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
vous remercie, Dr Abdallah Bassalamah pour ces
éclaircissements. Je passe la parole maintenant au Dr
Maamoun Elhaj Ali Ibrahim .
-
Dr Maamoun Elhaj Ali Ibrahim
Permettez-moi de commencer là où mon confrère et ami, Dr
Abdallah Basslamat, s'est arrêté au sujet de l'embryon.
J'insiste sur le fait que le terme "janîne" est inexact, sur
le plan linguistique et sur le plan médical. Le mot "janîne"
ne s'applique qu'à l'embryon fixé dans la cavité utérine.
Avant la nidation, l'oeuf fécondé passe par plusieurs stades
: la morula, le blastocyste... Les scientifiques occidentaux
ont inventé le terme "préembryon", pour désigner l'oeuf
fécondé en divisions. Pour moi, l'ovule n'a pas le même
caractère d'inviolabilité avant et après l'insémination.
Ceci m'amène à la question soulevée par le Dr Ahmad Al-Qadi
qui a rappelé ce que j'ai dit sur l'intangibilité du
spermatozoïde. Mais le caractère d'inviolabilité évolue
suivant un ordre croissant : l'embryon animé de l'esprit
étant plus inviolable qu'un embryon au début de la nidation,
et celui-ci est plus inviolable qu'un oeuf fécondé, qui est
lui-même plus inviolable qu'une cellule sexuelle...Il y a
divers degrés de "sacralité" de l'être vivant.
Certains intervenants considèrent que l'oeuf fécondé
représente un être humain en puissance et qu'il doit, de ce
fait, jouir du même respect dû à la personne humaine. Selon
ce raisonnement, le spermatozoïde peut également être
considéré comme un être humain en devenir. Or, l'on sait que
beaucoup de cellules sexuelles et même des ovules fécondés
se perdent.
Certains collègues recommandent de réduire au minimum le
nombre d'ovules employés à des fins de fécondation in vitro.
C'est une exigence raisonnable, j'en conviens. Mais, dans la
pratique, les choses ne sont pas si simples que ça. En
effet, le taux de succès d'une FIVETE varie entre 80 et 90 %
(jamais 100%). D'où la nécessité de féconder un nombre
suffisant d'ovules. En outre, certains ovules s'avèrent
défectueux et donc inutilisables. D'aucuns proposent la
conservation des ovules par voie de congélation ; or, cette
technique n'est pas sûre à cent pour cent. J'ai noté, dans
ma communication, que les recherches entreprises sur les
oeufs fécondés visent, en particulier, à perfectionner cette
technique, car l'idée qui la sous-tend est en elle-même
bonne. Mais elle est difficilement réalisable, sur le plan
scientifique.
Dr
Omar Al-Ashqar a évoqué, ou plutôt, s'est interrogé sur les
indications scientifiques pouvant aider à la différenciation
des divers stades embryonnaires d'avant et d'après
l'insufflation de l'esprit. A ma connaissance, il n'existe
pas de pareilles indications. La vie d'un embryon, les
battements de son coeur, peuvent être observés à l'aide
d'appareils optiques ou sonores (tel la sonde). Or, ces
moyens d'observation ne permettent pas de faire la
différence entre la phase d'avant l'insufflation de l'esprit
et la phase d'après (au 120ème jour de gestation). Je vous
remercie.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Merci, Dr Maamoun Elhaj. Je passe la parole au Dr Hassane
Hathout, dont nous avons attendu l'intervention avec
impatience.
-
Dr Hassane Hathout
Pour revenir sur ce qui vient d'être dit : il est vrai que
l'oeuf fécondé a moins de "sacralité" que l'embryon animé de
la vie de l'esprit, lequel est moins sacré que le nouveau
né. Les Arabes anciens disaient que certains maux "sont
moindres que d'autres". Nous ne sommes pas là pour établir
une hiérarchisation des maux, mais pour apprécier les
avantages et les inconvénients liés à l'utilisation des
oeufs fécondés. Rappelons, tout d'abord, que l'ovule est la
semence d'où émerge l'individu. Sa fécondation marque la
première étape dans la vie de l'homme. La valeur de cette
semence, le caractère inviolable de l'être qui en résulte,
augmente à mesure que celui-ci s'achemine vers le stade de
l'esprit, et, plus encore, au moment de la naissance.
Partant de ce principe, quel sort peut-on réserver au
surplus d'oeufs fécondés? Plusieurs éventualités sont
envisageables. Ainsi, on peut :
-
soit les détruire ;
-
soit les laisser dépérir naturellement ;
-
soit décider légalement de les réimplanter dans l'utérus de
la mère, après le terme de sa première grossesse;
-
soit, enfin les exploiter à des fins expérimentales.
Peut-être que la meilleure solution serait de replacer
l'oeuf fécondé, à ce stade précoce de son développement,
dans l'utérus de la mère. Mais on ne peut obliger celle-ci
à accepter de le porter en son sein. On pourra, à l'instar
de la Grande Bretagne, autoriser l'utilisation de cet
embryon pour la recherche scientifique, jusqu'au quatorzième
jour de la fécondation (l'Allemagne, elle, est résolument
contre ce genre de pratiques, comme elle l'a exprimé
récemment).
Discuter du sort des oeufs fécondés, c'est parler d'un fait
accompli ; car le processus de la vie est déjà entamé. Or,
prévenir un mal, - ce qui est notre but -, c'est empêcher
qu'il se produise. C'est ce que l'Allemagne a bien compris
qui a condamné dans son principe même la surproduction
d'oeufs fécondés. Il faut barrer carrément le chemin aux
pratiques de procréation artificielle avec leur lot de
risques et de dérapages. L'Allemagne l'a déjà fait. J'ai lu
dans un journal de l'été dernier que ce pays a interdit
catégoriquement toute opération dans ce domaine, pour éviter
les problèmes liés au surplus d'embryons.
On
s'est demandé si l'embryon ressent la douleur. Bien sûr que
oui! du moment qu'il possède un système nerveux. Ce dernier
commence à se mettre en place dès la deuxième semaine de la
grossesse. Chez un embryon normal, ce système atteint un
développement notable entre la quatrième et la septième
semaines de gestation. L'embryon devient alors sensible à la
douleur, à la peur etc. On peut enregistrer les battements
du coeur embryonnaire à partir de la cinquième semaine de
grossesse au moyen de l'électro-cardiographie.
J'en arrive au problème de l'anencéphalie. D'habitude, la
mort du cerveau est établie sur la foi des tests comme les
réactions de l'oeil. Or, chez l'anencéphale, cette réaction
est absente, non pas en raison de la mort du tronc cérébral,
mais plutôt à cause des anomalies congénitales de l'oeil
lui-même. Le diagnostic basé sur ce critère s'avère donc ici
inopérant. Voilà pourquoi on recourt à d'autres indices
comme l'arrêt du coeur et de la respiration.
Pour sortir de cette impasse, les chirurgiens de l'hôpital
américain de Lomaland (?) ont eu l'idée ingénieuse de mettre
les anencéphales en couveuse, en les maintenant en vie à
l'aide d'un respirateur artificiel qui permet d'indiquer le
moment de l'arrêt définitif de la respiration, consécutif à
la mort du tronc cérébral. Celle-ci établie, on passe alors
au prélèvement d'organes recherchés : coeur, rein ou autre.
Mais deux obstacles majeurs demeurent : 1) l'efficacité des
organes diminue après la mort ; 2), le nombre d'embryons
anencéphales maintenus artificiellement en vie est minime,
comparé à une demande d'organes sans cesse croissante.
Pour ces raisons, l'hôpital Lomaland, le seul qui
pratiquait ce type d'opérations, a dû renoncer à son
programme.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
remercie vivement le Dr Hassane Hathout.
Chers confrères, éminents oulémas, nous voilà arrivés au
terme de cette séance matinale qui a duré plus de trois
heures. Je voudrais remercier tous ceux qui ont contribué à
enrichir les débats, permettant ainsi d'aboutir à des
conclusions fort éclairantes. Notre prochaine séance va
traiter des aspects relevant du droit islamique. La réunion
qui s'achève nous a fourni de précieuses données médicales,
tout en rappelant les préceptes de notre religion
recommandant le respect de la dignité de l'homme et de son
intégrité.
J'espère que la prochaine séance accordera un intérêt
particulier à la dimension sociale, d'ailleurs étroitement
liée au volet légal de la question soumise à examen. En
effet, les cas d'avortement pratiqués en Occident sont, dans
la plupart des cas, liés à des facteurs d'ordre social.
Pour conclure, je voudrais remercier pour leur coopération
mes confrères, le vice-président et le rapporteur. Puisse
Dieu guider nos pas sur la voie du bien.
Wassalamu Alaykoum wa rahmatullahi.
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