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2.1.5
Anencéphalie et transplantation d’organes
Dr
MOHAMMAD BSISOU, Dr ALI MOUSSA,
Dr D.L.F. DEFARGEAN, Dr JAMES CAROL,
Dr GEORGE ABOUNA
Koweït
Introduction
Beaucoup d'enfants et d'adultes meurent pendant la longue
période d'attente d'une transplantation en raison de
l'indisponibilité d'organes appropriés (en particulier les
reins, le coeur et le foie). L'année 1983 a vu la naissance
de 48 enfants anencéphales au Koweït (1). La législation
koweïtienne a autorisé, en vertu de la loi 25 de 1981,
l'avortement des embryons anencéphales durant les quatre
premiers mois de grossesse(2), les nouveaux nés sans cerveau
étant considérés comme une source potentielle pour la
transplantation des organes. Nous estimons que cette
question est de prime importance et nécessite, de ce fait,
une étude approfondie ainsi que la formulation des solutions
du point de vue de la Loi. Cet exposé fournit les bases
médicales pouvant servir à cette fin.
Qu’est-ce qu’une anencéphalie ?
L'anencéphalie est une malformation congénitale caractérisée
par l'absence des deux hémisphères ou d'une autre partie
vitale du cerveau ; les bébés qui en sont atteints n'ont
donc aucune conscience de soi. En dépit des différences
anatomiques constatées suivant les cas, le diagnostic de
l'anencéphalie peut être établi avec certitude rien qu'en
observant la tête du nouveau né. Cette observation peut se
fonder sur les critères suivants (3) :
1-
absence d'une grande partie du crâne ;
2-
absence du cuir chevelu dans la partie manquante du crâne ;
3-
présence de tissus fibreux visibles et saignants en raison
de l'absence d'une partie du crâne et du cuir chevelu ;
4-
absence des deux hémisphères cérébraux.
Évolution naturelle et sort des anencéphales
Plus de 90% des bébés anencéphales meurent dans la première
semaine de leur naissance (4). Un anencéphale a pu cependant
vivre pendant deux mois, ce qui constitue un record de
longévité pour ce genre d'enfants malformés. A la Maternité
de Koweït, l'âge maximal enregistré d'un anencéphale a été
de six jours. Dans ces cas d'anencéphalie, l'arrêt cardiaque
précède la perte des fonctions du tronc cérébral. Le recours
aux appareils de réanimation artificielle peut prolonger la
vie du bébé pendant une courte période. En tout état de
cause, l'on peut affirmer qu'en cas d'anencéphalie, la mort
du nouveau né est inévitable. Elle peut survenir quelques
jours après la naissance.
Évaluation des fonctions cérébrales dans les cas
d'anencéphalie
Les
critères communément admis dans le diagnostic de la mort du
cerveau (arrêt des fonctions des deux hémisphères cérébraux,
et tronc cérébral) ne peuvent être appliqués dans les cas
d'anencéphalie, et ce, pour les raisons suivantes :
1.
absence de la moitié des deux hémisphères du cerveau;
2.
impossibilité de se prononcer avec certitude sur les
fonctions du tronc cérébral dans ce type de diagnostic,(5)
leur examen ne pouvant être précis ou complet en raison de
malformations au niveau des yeux, des oreilles ou des nerf
cérébraux.
Résultats des transplantations d'organes provenant de bébés
anencéphales
La
transplantation d'organes provenant de bébés anencéphales se
pratique désormais un peu partout dans le monde dans des
centres spécialisés. Mais les modalités de manipulation de
ces bébés avant les prélèvements de leurs organes à des
fins de transplantation sont très controversées. Quoiqu'il
en soit, les anencéphales ont constitué une réserve
importante d'organes tels que la cornée, le coeur, les
valves du coeur, le foie et le rein.
Il
existe trois méthodes pour l'exploitation des organes
provenant d'anencéphales :
1-
On soumet le bébé anencéphale dès sa naissance à des soins
intensifs pour prélever sur lui au moment opportun les
organes destinés à la transplantation sur un receveur
approprié. Cette méthode a permis d'obtenir un taux de
succès de la transplantation de 100% (dans quatre cas sur
quatre) (6). Elle est donc la plus adaptée aux besoins de la
transplantation du coeur, des reins et du foie.
2-
Il est possible d'utiliser divers moyens de traitement dans
l'attente de l'arrêt des fonctions du tronc cérébral, après
quoi il est procédé au prélèvement d'organes en vue de leur
transplantation. Cette méthode ne connaît qu'un très faible
taux de succès (un cas sur vingt, soit 5%) (6).
3-
Le nouveau né est soumis au traitement classique en
attendant l'arrêt des fonctions cardiaques et respiratoires
pour entreprendre les prélèvements requis. Là aussi, le
taux de succès est faible (un cas sur neuf, soit 11%) (6).
C'est donc la première méthode qui est la plus appropriée
aux besoins des transplantations d'organes.
Conclusion et recommandations
Dans le domaine des transplantations d'organes, les cas
d'anencéphalie diffèrent fondamentalement des autres cas
médicaux. Ceci est dû au fait que la certitude existe quant
à la destruction irréversible du bébé anencéphale, et à
l'absence de toutes les fonctions cérébrales liées à la
conscience. Les méthodes traditionnelles pour diagnostiquer
la mort du cerveau ne sont pas adaptables à l'anencéphalie.
Or, quoiqu'il soit possible d'évaluer les fonctions du tronc
cérébral, on n'a pas encore atteint un degré de précision
permettant un diagnostic fiable. Aussi n'existe-t-il aucune
assise logique à la méthode consistant à appliquer à
l'anencéphalie les mêmes critères utilisés dans l'évaluation
des fonctions du tronc cérébral dans d'autres pathologies.
Compte tenu de ce qui précède, nous formulons les
recommandations médicales suivantes:
1-
Établir un diagnostic des cas d'anencéphalie basé sur les
quatre critères précités. Les résultats du diagnostic
doivent être certifiés exacts par deux experts en pédiatrie
non concernés directement par la transplantation envisagée
sur la foi de ce diagnostic.
2-
Informer la famille de l'état du bébé et fournir les
explications relatives à la possibilité de don d'organes.
3-
La famille et le médecin traitant conviennent soit de placer
le bébé sous des soins intensifs, soit de faire don de ses
organes (méthode 1) soit, enfin, d'attendre l'arrêt,
irréversible, du coeur (méthode 3).
Nous voudrions insister sur le fait que la meilleure option,
au plan médical, serait de fournir des soins intensifs et de
procéder immédiatement au don d'organes (méthode 1) ; c'est
cette méthode qui offre les meilleures garanties de succès
par rapport aux deux autres.
REFERENCES
1.
Farag TI, Al-Awadi SA, Yassin S et al., J. Med. Gen. 26 :
538-539, 1987.
2.
Loi n° 25, année 1981, du Koweit.
3.
Medical Task Force on Anancephaly, Child Neurology Society,
12 avril 1989.
4.
Baird PA, Sadovnik AD. Clinical Ped. 23:268-271, 1984.
5.
Shewmon DA. Hasting Center Report, 18: 11-19, 1988.
6.
Données recueillies par Child Neurology Society. D'autres
références sont disponibles sur demande.
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