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2.1.2 Utilisation de l'enfant né sans cerveau à des fins de
prélèvements d'organes
Dr HASSAN
HATHOUT
Centre islamique de la Californie du Sud, U.S.A.
Dans certaines maladies, les adultes tout comme les enfants
nés avec des anomalies congénitales ont besoin, pour
survivre, d'une transplantation remplaçant l'organe
déficient par un organe sain. Les progrès scientifiques et
techniques réalisés en pédiatrie chirurgicale ont incité les
spécialistes à tenter des transplantations d'organes sur les
bébés malformés. Les résultats auraient pu être
spectaculaires n'était-ce la pénurie des organes d'enfants
face à une demande sans cesse croissante. Les médecins ont
tenté l'utilisation d'organes animaux tels que le coeur, le
rein ou le foie, partant du principe que le système
immunitaire des nouveaux nés n'est pas encore tout à fait
opérationnel, ce qui limiterait les possibilités de rejet.
Les expériences n'ont pas été pour autant concluantes.
Aussi l'idée d'utiliser un nouveau né anencéphale
paraît-elle comme une lueur d'espoir dans ce domaine,
augurant de la fin de la crise. On considère en effet qu'on
a affaire ici à deux êtres humains homogènes, par leur
taille et par leur âge, le bébé anencéphale et le bébé
receveur de son organe. Cela d'autant plus que l'enfant
anencéphale est condamné, tôt ou tard, à une mort certaine.
L'anencéphalie se caractérise en effet par l'absence de la
voûte crânienne et des deux hémisphères cérébraux. Le bébé
né avec cette anomalie ne possède qu'un tronc cérébral
assurant les principales fonctions vitales de l'organisme
(la circulation sanguine, la respiration). Son espérance de
vie est donc très limitée, de quelques jours à quelques
semaines. Faute d'une voûte protectrice, le tronc cérébral
s'expose aux infections destructrices, en plus des lésions
qu'il a subies au cours de l'accouchement ; en outre,
l'absence de glande hypophyse - partie intégrante du cerveau
manquant - provoque une déficience hormonale générale, cette
glande étant déterminante pour le bon fonctionnement des
autres. Le bébé anencéphale peut être porteur d'autres
anomalies, visibles ou invisibles, mais tout aussi fatales.
Nul
doute que la mère d'un tel enfant ne peut que se sentir
déçue et déplorer sa malchance ; la mort de cet enfant ne
sera pas regrettée comme la perte d'un être cher, normal et
bien portant. Peut-être même que la mère trouvera une
certaine consolation à l'idée que l'enfant condamné à
disparaître puisse aider, par la transplantation d'un de
ses organes, à soigner ou à sauver la vie d'un autre
enfant. Des mères se résignent à cette fatalité, sachant que
de toute façon l'enfant sans cerveau, et donc sans aucune
chance de survivre, "vit" en quelque sorte à travers le
corps receveur de son organe, et se disant qu'après tout la
grossesse n'a pas été vaine, ayant contribué à la guérison
d'un malade et à la sauvegarde d'une vie humaine.
Mais l'expérience a démontré que la réalité n'est pas aussi
simple. Ainsi surgissent de nombreuses craintes d'ordre
moral et pratique. En effet, pour prélever un organe sur un
organisme quelconque, il faut que le cerveau soit déclaré
définitivement mort. Or si le tronc cérébral d'un enfant
malformé continue à assurer sa fonction, celui-ci ne
saurait être considéré mort et ne peut, par conséquent,
faire l'objet d'un prélèvement (celui du coeur par exemple).
D'autre part, si l'on attend que l'enfant meure
naturellement, ses organes vitaux se seront rapidement
détruits, devenant ainsi impropres à la transplantation. Il
en sera de même d'un enfant mort-né.
Certains médecins prétendent que l'absence de cerveau
équivaut à la mort de celui-ci, même si le tronc cérébral
est encore vivant. D'autres, s'opposant à cette thèse,
considèrent au contraire que le prélèvement d'un organe sur
une personne vivante, revient à tuer une vie innocente.
Cette pratique, si elle se répand, risque de mettre en doute
l'honnêteté des médecins auprès de l'opinion publique. Les
gens ne pourront plus dès lors faire don de leurs organes,
ou ceux de leurs proches parents, de peur que les médecins
pratiquent le prélèvement pendant que la personne est encore
en vie. Ceci mettra, bien entendu, un frein au programme de
transplantation des organes provenant des victimes
d'accidents dont le constat de décès se base sur la mort
cérébrale, dans la mesure où le diagnostic ainsi établi est
devenu sujet à caution.
Le
diagnostic de la mort du cerveau chez un bébé anencéphale
est extrêmement difficile à établir, car l'absence des
hémisphères cérébraux rend impraticable l'électro-encéphlographie
(la mesure des ondes électriques du cerveau). D'autre part,
si l'absence des projections nerveuses de l'oeil est
déterminante chez les adultes, il en est autrement chez les
nouveaux nés où les dysfonctionnements de la rétine et du
nerf optique induisent des effets similaires à ceux
constatés chez les sujets morts, même si le bébé en question
est encore en vie.
Les
choses se sont compliquées davantage avec la découverte,
grâce à une analyse fine, de restes de tissu cérébral
attachés au tronc cérébral, de sorte que ce dernier
conserve, dans certains cas, la capacité d'effectuer
certaines fonctions du cerveau manquant.
Certains médecins réclament l'autorisation de disposer des
organes de ce type d'enfants, sous prétexte que leur mort
est imminente. Ceci est inacceptable, car il s'agit d'un
être qui jouit de l'inviolabilité due à l'être humain. Lui
ôter la vie, même s'il est condamné à la perdre à brève
échéance, revient à commettre un infanticide.
D'autres prétendent que ces bébés sont, de par leur nature
même, destinés à la destruction ; qu'ils ne possèdent ni la
capacité (légale) partielle d'un embryon ni celle des
enfants nés normalement. Ces thèses, n'ont, cependant, aucun
fondement légal, d'autant que toute attitude laxiste en la
matière risque de nous entraîner sur un terrain glissant.
Car le besoin croissant d'organes peut amener à
l'utilisation d'autres enfants nés avec de déficiences
mineures, ou tout simplement prédisposés à en avoir. Les
demandes pressantes peuvent donner lieu à un projet
diabolique "d'élevage en batterie" d'embryons anencéphales,
obtenus par inoculation à la femme d'un produit chimique
provoquant cette anomalie. La femme qui portera en son sein
l'embryon ainsi créé pourra le faire moyennant rétribution,
ou gracieusement.
Compte tenu de ce qui précède, des chirurgiens de
l'université Lomaland de Californie ont eu une nouvelle
idée. Il s'agissait, pour eux, de ne pas modifier ni
contourner la définition légale de la mort du cerveau. Pour
eux, les choses se passent comme suit : la femme porteuse
d'un embryon anencéphale est transportée en clinique à
l'approche de son accouchement. Le bébé extrait du ventre de
sa mère par césarienne est placé immédiatement après en
réanimation ; il subira ensuite des examens périodiques
jusqu'à son décès, le diagnostic de la mort du cerveau étant
alors confirmé même si les appareils de réanimation
continuent à donner au cadavre une apparence de vie. Dans
ces conditions, le prélèvement d'un organe est licite. Une
transplantation du coeur d'un enfant anencéphale a pu être
ainsi pratiquée au profit d'un autre enfant souffrant d'une
déficience cardiaque. L'opération n'a eu qu'un succès
temporaire, car l'enfant greffé a dû mourir quelque temps
plus tard.
Le
chef de l'équipe de chirurgie pédiatrique de Lomaland a
annoncé cependant l'interruption du programme, renonçant à
l'utilisation des embryons anencéphales à des fins de
prélèvements et de transplantations d'organes. Après avoir
surmonté les aspects moraux et les complications techniques,
il s'est rendu compte que l'opération dans l'ensemble ne
représentait pas, sur le plan pratique, la solution idéale ;
en plus, son rendement scientifique est trop faible pour
répondre aux besoins réels dans ce domaine et ne justifiait
pas l'effort et les dépenses consenties. Indépendamment donc
des volets éthiques et juridiques, l'équipe de Lomaland a
abouti aux conclusions suivantes :
-
Le taux des enfants anencéphales a baissé pour atteindre 1
pour 4000 , et la baisse continue. En d'autres termes, pour
un pays comme les USA où l'on enregistre 3.750.000
naissances par an, le nombre d'enfants anencéphales est de
1125.
-
En supposant que 20% des femmes, dans leur première phase de
grossesse, découvrent une anomalie embryonnaire par
échographie et analyses biochimiques, et que 95% décident de
se faire avorter, il ne reste que 911 bébés anencéphales.
-
Sachant que les deux tiers des embryons sont morts à la
naissance, donc inutilisables pour la transplantation, ceci
réduit le nombre précédent à 304 enfants.
-
Deux tiers de ces derniers sont des prématurés et donc de
taille inférieure à la moyenne, ce qui les rend
inutilisables pour les besoins de transplantations, (la
compatibilité de la taille de l'organe du donneur et celui
du receveur étant un préalable à la réussite d'une greffe
sur enfant). Le chiffre d'embryons utilisables est ramené
ainsi à 122 .
-
Plus du tiers des mères refusent de faire don des organes de
leurs enfants, de sorte que le chiffre est diminué encore
pour s'établir à 81.
-
En outre, les organes disponibles pour la transplantation ne
sont pas tous utilisables :
*
15% des embryons anencéphales ont le coeur déficient;
*
25% ont le foie défectueux;
*
S'agissant des reins, il a été démontré que les résultats
sont meilleurs si l'enfant malade ne reçoit cet organe
qu'après plusieurs années de dialyse. Le rein requis devra
être alors plus grand que celui d'un nouveau né.
- A
cela s'ajoute le problème de la compatibilité des groupes
sanguins entre le donneur et le receveur.
-
La distance géographique séparant le donneur du receveur
peut également retarder l'opération.
-
Les chances de succès sont estimées à 50% pour le coeur,
et 20% pour le foie.
On
voit ainsi que le principe d'utilisation des embryons
anencéphales à des fins de transplantations d'organes se
heurte à des problèmes à la fois éthiques, pratiques et
matériels, qui en rendent les résultats aléatoires. Le
recours à ces embryons ne peut donc se faire qu'après la
mort définitive du cerveau.
-
Président, Dr Ahmad Sidqi Al-Dajjani
Je
vous remercie, Dr Hassan Hathout pour la richesse,
l'élégance stylistique et la clarté de votre exposé. Nous
passons à la deuxième communication qui sera présentée par
le Dr Abdallah Hussein Basslama.
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