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Signification du terme «civilisation»
Les
définitions du terme «civilisation» se sont multipliées en
fonction des différentes tendances intellectuelles. Mais la
définition la plus globale reste celle qui considère la
civilisation comme étant l'expression d'un ensemble de
croyances, de valeurs et de principes et la synthèse de
l'activité humaine dans des domaines aussi divers que la
philosophie, les sciences, les arts et les lettres sans
distinction. C'est, en outre, l'ensemble des tendances, des
références et des goûts qui forme un système de
comportement, un mode de vie, une manière de penser et un
modèle à suivre.
Le terme
«civilisation» a évolué au fil du temps. Ainsi, Ibn Khaldun
le définit comme étant» l'art d'atteindre le luxe et d'en
maîtriser les instruments comme l'art culinaire, l'élégance
vestimentaire, le raffinement mobilier et immobilier ainsi
que tout ce qui participe du savoir-vivre ménager. A chacun
de ces domaines correspond un métier qui le sert et le fait
évoluer avec goût et élégance. Ces métiers se multiplient
tant que les gens expriment leur envie de vivre dans
l'aisance et de profiter des plaisirs de la vie. Ils
prospèrent aussi en fonction de l'ordre socio-politique qui
règne dans la société. Ainsi, dans un régime politique, la
phase citadine succède nécessairement à la phase rurale car
le luxe et le confort sont indissociablement liés à la prise
du pouvoir(3).
Ibn
Khaldun soutient que la civilisation se mesure par le
développement qui distingue une nation d'une autre, la
différence étant fonction du degré de luxe et de raffinement
atteint par chaque nation(4).
Ibn
Khaldun a ensuite examiné la question de la civilisation à
un niveau plus relevé; il disait que le pouvoir et l'Etat
constituent le but ultime de la «assabiya» (conscience de
groupe) et que la civilisation (à caractère citadin)
constitue le but de la ruralité. La civilisation est
généralement faite de culture citadine et rurale et se
divise en une élite et un public. Et, de même que la vie de
l'individu est sensible, la civilisation a aussi une vie
sensible(5).
Cela confirme la thèse de la succession des civilisations
défendue par Ibn Khaldun bien avant les penseurs européens.
Ce n'est que par la suite que l'historien britannique Arnold
Toynbee a développé cette théorie qui constitue aujourd'hui
l'un des postulats de base de la philosophie de l'histoire.
Ibn Khaldoun compare par ailleurs la phase civilisationnelle
au stade où l'enfant arrive à se mettre debout(6).
Quant à Ibn Al Azrak, il définit la civilisation comme étant
«l'évolution qui conduit à la corruption et au Mal, celui
qui en est préservé est sûr d'être sur le chemin du Bien»(7).
De nos
jours, le terme «civilisation» a revêtu une nouvelle
acception. Dans son Encyclopédie intitulée l'histoire de la
civilisation qui est traduite en plusieurs langues,
l'historien américain «Durand»affirme que «la civilisation
est un ordre social qui incite l'homme à fructifier sa
production culturelle. Elle (la civilisation) se compose de
quatre éléments : les ressources sociales, les systèmes
politiques, les traditions morales, les sciences et les
arts». Il affirme, par ailleurs, que «la civilisation
commence là où s'estompent la perturbation et l'angoisse»(8).
La
civilisation se distingue de la culture par sa globalité en
ce sens qu'elle constitue le tableau qui reflète l'esprit
d'une société plus que ne le fait la culture. Car si la
culture représente le miroir de l'identité et des
spécificités d'une société, la civilisation, elle, montre
l'aspect extérieur général de la vie humaine à l'intérieur
d'un environnement social, avec toutes ses spécificités et
ses atouts. Abondant dans ce sens, Toynbee soutient que «la
civilisation englobe mais n'est jamais englobée»(9).
Selon
cette conception, la civilisation naît de l'interaction de
cultures de tous horizons et ce sont les peuples aux
différentes cultures qui en déterminent les spécificités et
les tendances.
Bien que
la civilisation puisse être identifiée à un peuple, à une
nation ou à une région géographique, elle ne saurait être
associée à une ethnie, encore moins à un peuple en
particulier. Quant à la culture, elle représente le symbole
de l'identité et l'expression des spécificités d'une nation
ou d'un peuple.
La
civilisation est un creuset où diverses cultures se sont
brassées pour donner naissance à autant de composantes qui,
en définitive, forment le patrimoine humain, riche par ce
rayonnement et cet esprit et qui constitue le dénominateur
commun de toutes les civilisations.
Par
ailleurs, chaque civilisation est sous-tendue par des
principes fondamentaux qui s'inspirent aussi bien de la
religion que de la philosophie positiviste. Et quand bien
même il y aurait une pléthore de philosophies, de courants
de pensée et de croyances, les civilisations ne feraient
place qu'aux credos les plus ancrés dans les esprits et les
cœurs. Ainsi, chaque civilisation se voit imprégnée par tel
ou tel credo et s'y réfère d'autant plus fortement que les
préceptes qu'il véhicule sont impeccables. La civilisation
islamique en est un exemple édifiant.
De fait,
les grandes civilisations de l'Histoire humaine ont adopté
des positions mitigées vis-à-vis de la religion : les unes
sont éminemment spirituelles, les autres sont plutôt
irréligieuses alors qu'il en est qui optent pour le juste
milieu(10).
Les
civilisations se sont succédées avec une périodicité telle
que de nombreux chercheurs spécialisés dans les études
civilisationnelles soutiennent qu'il existe entre ces
différentes civilisations une certaine symétrie(11).
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