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L’excision

‘Umm ‘Îmân: Nous avons procédé à la circoncision de notre fils Mohammed quand il avait un mois. Aujourd’hui notre fille ‘ Îmân vient d’avoir ses dix ans et nous voulons l’exciser. Qu’en pensez-vous ?

Docteur Ahmed :

Avant que vous ne procédiez à son excision, je vais vous expliquer le processus d’excision :

L’excision, ou circoncision féminine, est l’opération d’ablation d’une partie ou de plusieurs parties externes de l’organe  reproducteur féminin. Cette opération peut concerner les éléments suivants, selon le degré de l’excision :

1. Le clitoris : c’est un organe érectile, long de 1 à 3 centimètres et dont la  structure est similaire à celle du pénis (organe sexuel mâle). Il est situé vers l’avant de la vulve, à l’entrée du vestibule, là  où s’ouvrent le vagin et l’urètre, ou conduit urinaire. Il est constitué de deux corps caverneux qui s’infléchissent vers l’arrière et les côtés pour rejoindre les os pelviens de chaque côté du vagin et peuvent presque complètement en couvrir la tête ou le gland. Le gland du clitoris contient des fibres nerveuses sensitives et il se recouvre partiellement  des deux petites lèvres.

2. Les petites lèvres : ce sont deux replis allongés situés entre les deux grandes lèvres et l’orifice de l’utérus. Elles contiennent de nombreuses terminaisons nerveuses et des capillaires sanguins qui augmentent la sensation du plaisir pendant l’acte sexuel.

3. Les grandes lèvres : ce sont deux replis cutanés allongés, situés des deux côtés du vagin et sont les organes les plus saillants de l’appareil reproducteur. Lorsque la femme a  les jambes allongées, les grandes lèvres sont accolées et protègent pratiquement l’entrée du vagin.

‘Umm ‘Îmân : Y a-t-il des degrés ou des variétés d’excision ?

Docteur Ahmed :

En effet, il existe des variétés ou des degrés d’excision, qui diffèrent selon l’environnement, l’instruction et la conception qu’a la société de l’excision. Certaines sociétés la considèrent comme une des obligations religieuses; d’autres communautés y voient une opération esthétique de la zone érogène de la femme; certaines autres sociétés y recourent comme moyen d’inhiber l’excitation sexuelle chez les filles avant le mariage. D’autres communautés considèrent le phénomène comme une mutilation qui déforme le corps de la fille et lui inflige une torture. Les types d’excision sont les suivantes :

l Le premier type: ablation du prépuce, replis de peau qui couvre presque complètement le gland - ou la tête - du clitoris.

l Le deuxième type : ablation d’une partie du clitoris et d’une partie des petites lèvres.

l  Le troisième type : ablation de tout le clitoris et des petites lèvres.

l Le quatrième type : ablation de tout le clitoris, des petites lèvres et des grandes lèvres pour ne laisser que l’orifice du vagin. Ce type s’appelle “la circoncision ou la purification pharaonique”; il est en usage dans certains pays. Il est également des cas où l’ablation ne concerne que les petites lèvres.

‘Umm ‘Îmân : Y a-t-il des raisons médicales qui justifient l’excision ?

Docteur Ahmed :

Oui, il y a des cas -bien que très rares- qui nécessitent une intervention  médicale pour procéder à l’excision, par exemple :

1. L’accroissement excessif des lèvres, au-delà des limites ordinaires.

2. L’accroissement excessif du clitoris.

3. Le rétrécissement du prépuce et son accolement au gland du clitoris, ce qui provoque des sécrétions, attire les microbes et occasionne des inflammations.

‘Umm ‘Îmân :  l’opération d’excision, peut-elle avoir des complications?

Docteur Ahmed :

En effet, cette opération peut avoir de nombreuses complications, dont les suivantes :

1. L’hémorragie : beaucoup de médecins se rappellent bien les nuits de fêtes et des cérémonies où ces opérations sont fréquentes  et durant lesquelles ils s’employaient à traiter les cas d’hémorragie résultant de l’excision des filles. Cette hémorragie peut être abondante et nécessite des points de suture pour la stopper. Parfois encore la fille excisée perd tellement de sang qu’il devient urgent de lui faire une transfusion.

2. Le choc nerveux - ou traumatisme : il provient de l’excès de douleur, notamment quand l’opération se fait généralement sans anesthésie. Le traitement du traumatisme devient  imminent.

3. Les inflammations et l’infection de la blessure : dans le plupart des cas, l’opération est pratiquée par des personnes sans qualification médicale, usant d’instruments primitifs non stérilisés, ce qui entraîne inévitablement l’infection de l’endroit de la blessure.

4. Les perturbations urinaires : parmi lesquelles, la rétention urinaire, avec toutes ses complications, et l’inflammation du conduit urinaire, avec ses complications également.

5. La malformation superficielle :  il n’est pas rare  que la jeune fille, la veille de son mariage, vienne se plaindre de ces malformations externes qui nécessitent alors une intervention chirurgicale pour les réparer. Parfois, cela arrive même après le mariage, en raison des perturbations que causent ces déformations lors de l’acte sexuel et pendant l’accouchement. Le médecin se voit alors obligé de procéder à une incision de la partie soudée à cause d’une incision maladroite.

6. Les séquelles psychologiques : ayant lieu habituellement entre quatre et neuf ou dix ans, l’opération engendre chez la fille différents troubles sexuels.

7. D’autres séquelles : il en existe des variétés, bien qu’il soit difficile d’en prévoir l’apparition; néanmoins, bien des faits en prouvent l’existence. C’est le cas, par exemple, de l’impuissance à pratiquer l’acte sexuel normalement, ce qui pourrait conduire à recourir à des pratiques perverses qui contreviennent aux prescriptions religieuses. C’est également le cas des retards de la conception et des accouchements difficiles.

8. Certaines pratiques abusives : peuvent provoquer une fistule urinaire ou anale qui entraîne l’incontinence d’urine ou d’excréments. De même qu’il peut en résulter des inflammations aiguës et chroniques au niveau de  l’appareil génital et urinaire de la femme.

‘Umm ‘Îmân : Mais, il y en a qui disent que l’excision protège la jeune fille contre la perversion ?

Docteur Ahmed :

Celui qui pratique l’excision, en croyant qu’elle contribue à réduire le désir sexuel et à protéger contre la dépravation, omet une réalité médicale notoire. En fait, l’excision ne diminue nullement le désir sexuel, car celui-ci provient du cerveau qui en est le centre et il est stimulé par les sens, tels que la vue, l’odorat, le toucher, etc. En définitive, le désir sexuel persiste, mais l’assouvissement sexuel reste difficile.

J’aimerais aussi souligner que l’éducation familiale saine est le plus important facteur de préservation de la chasteté et non pas l’ablation d’un organe qui a  son importance dans une vie conjugale harmonieuse et heureuse.

‘Umm ‘Îmân : On dit également que l’excision est synonyme d’hygiène et de  purification ?

Docteur Ahmed :

Cela est faux ! Parmi les fonctions des petites lèvres, il y a celle qui consiste à protéger la paroi vaginale des inflammations résultant du passage de l’urine et des sécrétions utérines. En effet, la paroi utérine contient de nombreuses glandes qui sécrètent des substances grasses protégeant la muqueuse. De même que les petites lèvres assurent l’orientation du jet urinaire et empêchent ainsi l’imbibition des vêtements.

‘Umm ‘Îmân :  En définitive, j’ai décidé de ne pas exciser ‘Îmân et je vous remercie pour avoir bien voulu m’expliquer ces réalités.

 

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