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La conscience religieuse appelée
à la rescousse dans la lutte contre le Sida
Dr Mohammad Said Al-Bouti
Faculté de la Charia, Université de Damas
J'ai lu avec grand intérêt l'exposé de mes deux confrères Dr
Mohammad Haytam Al Khayat et Dr Mohammad Helmi Wahdane,
intitulé "aperçu général sur la maladie du Sida, ses modes
de transmission et les mesures préventives qu'elle
implique". C'est une étude très intéressante dans la mesure
où elle donne toutes les informations essentielles sur
cette maladie. Quoiqu'en disent les scientifiques et les
médecins, le Sida n'est que l'une de ces sanctions infligées
par Dieu aux hommes pour les ramener au droit chemin.
Je souhaiterais par ailleurs que l'analyse scientifique et
médicale de cette maladie ne nous fasse pas oublier la
vérité divine à laquelle toutes les lois de la nature sont
soumises. Certes, une analyse scientifique de tout phénomène
régi par des règles scientifiques s'avère importante, mais
nous devons avoir foi en l'unicité divine. Il suffit de
contempler la nature pour constater la grandeur, la volonté
et la sagesse divines.
Nos études scientifiques, aussi matérielles soient-elles,
nous mèneront inéluctablement vers cette vérité
transcendante et ineffable qui traduit la volonté, la
toute-puissance et la sagesse de Dieu. Face à cette vérité
sublime, l'homme reste saisi d'un sentiment d'humilité et de
crainte révérencielle, tel qu'il ressort des versets
coraniques suivants :
"Dieu vous met en garde contre lui-même, Dieu est bon envers
ses serviteurs"(II, 30) ; "... craignez-moi si vous êtes
croyants !" (II, 175).
La réflexion scientifique associée à ce sentiment de crainte
est à même d'éveiller notre conscience religieuse.
Tout comme mes collègues avant moi, j'estime que le moyen le
plus efficace pour lutter contre le Sida est de raviver
notre conscience religieuse. Néanmoins, il faudrait tenir
compte de ce qui suit :
Cette conscience religieuse ne devrait pas être considérée
uniquement comme étant un simple remède. C'est un sentiment
qui doit émaner de notre conviction personnelle intime. Elle
ne doit pas servir comme un simple moyen de satisfaire un
besoin immédiat et de prévenir un mal menaçant. Cette
exploitation utilitariste du sentiment religieux ne mènera
nulle part.
Qu'est-ce que la conscience religieuse ?
C'est un sentiment intérieur qui se développe chez l'homme à
mesure que croît sa foi en Dieu Tout-Puissant, une foi mêlée
de crainte et de vénération. Cette conscience nous incite à
observer les recommandations et les prescriptions de Dieu, à
nous éloigner des interdits religieux. Animé de ce
sentiment, l'homme résiste à toutes sortes de tentations,
maîtrise ses instincts, se détache des biens de ce monde et
aspire à la récompense réservée par Dieu à ses serviteurs
dans l'au-delà.
Ce sentiment devient une sorte de rempart protégeant le
croyant contre les maux de la civilisation (à chaque
civilisation ses propres maux), sans pour autant le priver
de ses bienfaits.
Curieusement, l'on assiste aujourd'hui, en Occident comme
chez les musulmans traditionalistes (soit la majorité des
populations islamiques) à une tendance à vouloir développer
le sens religieux comme on développerait des plantes dans un
milieu de culture artificiel. Certes, nul ne peut nier que
la science a réalisé de véritables prouesses dans les
techniques de mise en culture in vitro, mais elle ne
parviendra jamais à "implanter" artificiellement la
conscience religieuse chez les êtres humains.
Se servir de la conscience religieuse comme simple
instrument pour inciter une personne, privée dès sa prime
enfance d'une bonne éducation religieuse, à respecter les
prescriptions divines serait une entreprise vaine.
Le pédagogue et philosophe français Jean Jacques Rousseau
était l'un des précurseurs de l'idée selon laquelle une
religion, quelle qu'elle soit, n'est là que pour servir
l'ordre établi et les désirs de la collectivité. Cette idée
(utilitariste) est reprise par le savant britannique Bentham
J. dans son ouvrage Principes de la morale et de la
législation et par le philosophe américain(1) dans ses
ouvrages Pragmatisme, Volonté de croire, la Raison et la
Religion . D'après ces écrits, la conscience religieuse a
pour finalité de répondre aux besoins et aux désirs de la
société. Mais il y a loin de ces idées aux réalités des
sociétés occidentales actuelles aux prises avec des
problèmes de plus en plus difficiles. Il est donc vain de
chercher à développer artificiellement "la conscience
religieuse" dans l'esprit des gens comme on produirait des
plantes dans un champ d'expérimentation !
Mon propos n'est pas ici de critiquer l'approche
utilitariste qu'adoptent les occidentaux dans le traitement
de leurs problèmes majeurs dont le Sida n'est qu'un exemple.
Cela d'autant plus que cette approche a déjà des adeptes
parmi nous...
A l'évidence, la réalité des sociétés arabes, qui sont au
cœur des sociétés islamiques, ne favorise guère
l'épanouissement de la conscience religieuse. Au contraire,
toutes les conditions sont réunies pour donner libre cours
aux passions les plus déchaînées, aux désirs les plus
inavouables et aux idées les plus malsaines et les plus
pernicieuses.
Nul doute que ce climat est de nature à corrompre les âmes
les plus innocentes, à aveugler les esprits les plus
lucides, à faire triompher les fantasmes les plus fous et à
pousser à la recherche frénétique des plaisirs et des biens
éphémères de ce bas-monde. Ainsi se trouvent jetés aux
oubliettes la vénération et la crainte de Dieu, ainsi que le
respect de ses commandements, toutes choses pourtant
nécessaires à nourrir la conscience religieuse. Bien plus,
beaucoup de ceux qui détiennent les rênes du pouvoir se
laissent eux-mêmes séduire par le clinquant des choses de ce
monde, en oubliant le revers de la médaille. Pire encore,
ils ne semblent ménager aucun effort pour propager ces
illusions en mobilisant à cette fin tous les médias
disponibles. Et ce n'est que lorsqu'un malheur survient
qu'on appelle la religion à la rescousse et qu'on essaie de
ranimer le sens spirituel, en convoquant des colloques et en
invitant pour y prendre la parole des oulémas et autres
autorités religieuses.
Ainsi, c'est lorsqu’on a constaté les effets néfastes de la
drogue et l'ampleur de la corruption, moyen facile de faire
fortune, que l'on a fait appel à la conscience religieuse.
C'est encore dans la religion qu'on est allé chercher refuge
lorsque l'épidémie foudroyante du Sida, que rien ne laissait
prévoir, a déferlé sur le monde. C'est dire que la
conscience religieuse est utilisée comme un subterfuge, une
sorte d'antidote qu'on conserve au fond d'un placard pour le
sortir le moment venu. Cette exploitation utilitariste de la
religion n'est-elle pas scandaleuse ?
Loin de moi l'idée de renier le rôle des malheurs dans
l'éveil du sens religieux. En effet, dans bien des cas, les
épreuves servent de leçons et d'avertissements qui incitent
les gens à revenir au droit chemin. Ce que je n'admets pas,
en revanche, c'est l'attitude hypocrite qui consiste à
mettre en veilleuse la conscience religieuse jusqu'à ce
qu'un malheur survienne.
Ainsi, pour faire face à l'épidémie du Sida, contre
laquelle la religion reste le dernier recours, j'invite les
dirigeants du monde arabe et islamique à se réconcilier avec
Dieu, à se repentir, à se purifier et à purifier la société
en y faisant régner les lois et les commandements divins.
Aux jeunes générations, ils veilleront à inculquer les
préceptes de l'éducation islamique dans la vie ordinaire, à
l'école, dans les clubs de jeunesse et à travers les moyens
culturels et médiatiques. Cette éducation devra aussi
veiller à ce que les rapports entre l'homme et la femme
soient fondés sur le respect des normes religieuses et des
prescriptions divines.
De la sorte, la conscience religieuse trouvera le champ
libre pour s'exprimer dans la réalité sociale et porter ses
fruits. Elle servira alors de rempart contre les dangers du
sida et autres fléaux de notre temps.
En conclusion, la conscience religieuse a pour finalité
d'inciter l'homme à se plier aux ordres de Dieu, par amour
ou par crainte révérencielle, et à avoir confiance en la
sagesse et en la miséricorde du Tout Puissant. Ce n'est
qu'en agissant dans cet esprit que le musulman pourra venir
à bout de cette épidémie. La "Conscience religieuse" n'est
pas une recette magique, un remède provisoire ou un leurre
qui ne servirait que pendant les moments les plus difficiles
de la vie.
* Président, Dr Youssuf Qaradawi
Merci, Dr Mohammad Said Al-Bouti.
Dans sa lutte contre cette maladie, l'Islam recommande aux
Musulmans de se conformer aux prescriptions divines et de
suivre le droit chemin. Vouloir se servir de la religion
comme un simple instrument utilitaire est une chose
inadmissible. La religion doit être considérée en elle-même,
c-à-d- comme une fin ou comme l'objectif vers lequel tout
croyant doit aspirer. C'est ce que notre confère Dr Mohammad
Said Al-Bouti a voulu mettre en évidence dans son exposé.
La parole est donnée maintenant au Dr Abdesslam Sobhi Hamid.
* Dr Abdesslam Sobhi Hamid
Merci monsieur le Président... L'intervenant présente son
exposé.
1 - Il s’agit du
philosophe pragmatiste James William
(n.d.t)
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