Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

Le devoir du gouvernement musulman

face à la maladie du Sida

Dr Mohammed Naîm Yassine

Faculté de la Charia, Université de Jordanie

 

Introduction

En arabe le mot siyâsa veut dire gouverner, faire marcher les choses dans le bon sens. Dans sa signification technique, la siyâsa char'iyat, (lit. politique légale), désigne le fait de guider le peuple sur la bonne voie et d'administrer ses affaires de manière à lui assurer le salut dans ce bas-monde comme dans la vie future. Ce rôle incombe au gouvernant musulman ou à l'autorité désignée par les musulmans à cette fin. Le chef ainsi désigné aura pour mission de veiller sur les intérêts de ses sujets et de les protéger contre toute sortes de menaces et de malheurs, en instaurant à cet effet les mesures, les dispositions et les institutions qu'il juge nécessaires.

Je tenterais dans ce qui suit d'expliciter les mesures que les gouvernants musulmans sont appelés à prendre pour préserver leurs pays du sida ou parer aux conséquences désastreuses de ce fléau.

Ce sujet prend toute sa valeur eu égard aux informations que les spécialistes nous ont fournies concernant les signes cliniques de cette maladie, ses caractéristiques, ses moyens de transmission et ses effets destructeurs. Par ailleurs, les  ouvrages relatifs à ce sujet confortent l'idée selon laquelle cette maladie est la plus dangereuse que l'humanité ait jamais connue et ce, pour plusieurs raisons:

- Le VIH, virus responsable de cette maladie, détruit les défenses immunitaires de l'organisme, le rendant vulnérable face à la moindre infection et entraînant à terme la mort de l'individu, dans la mesure où la médecine s'avère à ce jour impuissante  à lui trouver un remède ;

- Il transforme le liquide spermatique, à l'origine source première de vie, en un liquide destructeur de la vie.

- Il provoque une infection hautement contagieuse. Ainsi, d'après les autorités sanitaires, le nombre de personnes infectées par ce virus augmente de façon exponentielle dans de nombreux pays du globe. Cette situation constitue une source de préoccupation et de panique pour beaucoup de gens, sans compter toutes les souffrances qu'elle cause aux malades, dans l'absence de vaccin ou de médicament efficaces.

- Le virus est difficile à détecter au début de l'infection, étant donné qu'il reste alors silencieux ne se manifestant par aucun signe clinique ;

- Ses voies de transmission sont également difficiles à identifier. Le plus dangereux de tous ces modes réside dans les relations les plus intimes entre les individus, en l'occurrence les relations sexuelles.

- Le Sida  est une maladie fatalement mortelle ; autrement dit, les chances d'en guérir sont de l'ordre de 0%.

Mon propos n'est pas d'exposer ici les caractéristiques de cette maladie. Je voudrais tout simplement rappeler qu'elle constitue un danger qui mérite la plus haute attention de la part des Etats, des organismes et des individus. Elle mérite également que tous les moyens soient mobilisés pour s'en protéger et que les gens soient psychologiquement préparés pour accepter quelques restrictions à leurs libertés.

Malheureusement, les mesures préventives prises par les Etats et les organismes demeurent, à ce jour, insuffisantes. Car, ces mesures s'attaquent essentiellement aux symptômes et aux effets de la maladie. Aussi ne réussissent-elles tout au plus qu'à retarder l'apparition et le développement de cette maladie, sans espérer la guérir définitivement. Les efforts ainsi déployés ne font que contourner des difficultés autrement plus insurmontables.

Face à cette situation, les musulmans ont une lourde responsabilité à assumer pour servir d'exemple aux autres peuples dans la lutte contre cette terrible maladie et  dans la mise au point de méthodes efficaces dans ce sens. Peut-être  réussirons-nous de la sorte à modifier la vision que ces peuples ont de l'Islam.

Mais que pouvons-nous faire face à cette maladie ?

Pour remédier aux mauvaises situations, l'Islam dispose d'une approche qui a fait ses preuves : la prévention radicale. Ainsi, cette sainte religion met en place des moyens solides de défense contre les nouvelles formes de débauche et fournit des remèdes contre les maux déjà existants et leurs séquelles. Aussi avant de répondre à la question posée ci-dessus, convient-il tout d'abord d'identifier les conditions et les facteurs qui ont engendré le Sida.

Les origines du fléau du Sida ?

Pour  identifier les racines de ce mal, il faut partir des constats et des résultats fournis par les spécialistes. Que disent-ils donc à ce sujet ? D'après mes lectures, certains spécialistes en Occident, après la découverte du virus responsable de la maladie, se sont mis à échafauder des hypothèses quant à l'origine de cette infection tout en essayant de ne pas remettre en cause la philosophie qui sous-tend leur ordre social et qui favorise jusqu'aux excès la liberté individuelle et la jouissance débridée  et sans bornes. Certains d'entre eux en sont venus ainsi à prétendre que ce virus a été étranger à l'espèce humaine et qu'il lui a été transmis par certains animaux tels les singes. Cette hypothèse étant réfutée par d'autres chercheurs, on a cherché alors à situer l'origine  du VIH chez certaines populations indigènes de Haïti et d'Afrique. Mais cette tentative s'est révélée tout aussi infructueuse que les précédentes. C'est alors qu'un certain nombre de spécialistes ont émis l'hypothèse que le VIH serait "fabriqué" dans les usines de guerre. Il n'aurait donc rien à voir avec les comportements humains.

Enfin, après tant d'explications non convaincantes, certains scientifiques parmi les plus lucides ont dû reconnaître que le Sida est né et  s'est développé parmi les communautés homosexuelles et les prostituées ; si bien que certains n'ont pas hésité à l'appeler la "peste des homosexuels". Et qui plus est, on s'attend à ce que le VIH devienne beaucoup plus virulent à mesure que s'accentuent les dérèglements sexuels.

Voilà pour les causes principales ayant favorisé l'apparition de cette maladie. Quant à ses moyens de transmission, les spécialistes assurent, sur la base des études effectuées dans ce domaine, que les pratiques sexuelles irrégulières, la prostitution et la toxicomanie constituent les voies les plus dangereuses. L'élimination de ces facteurs permettrait donc d'éradiquer définitivement l'épidémie du Sida. En effet, les autres modes de contamination tels les transfusions sanguines, les dons d'organes, l'infection materno-foetale ne présentent pas de grands dangers, d'autant plus qu'ils sont faciles à contrôler.

Donc, selon les spécialistes, cette maladie est le résultat inévitable de la dépravation des moeurs. Par conséquent, le seul remède contre ce fléau serait la moralisation des relations sexuelles. Mais comment ces sociétés en sont-elles arrivées là ?

L'Islam refuse de considérer l'homosexualité comme une tare héréditaire. Si c'était le cas, elle ne donnerait lieu à une peine légale. L'homosexualité est le fruit de la mauvaise éducation, de la déliquescence morale. La preuve, c'est qu'elle ne sévit que dans les sociétés qui ont rompu tout lien avec Dieu et  où les gens, cédant à leurs instincts et aux excitations en tous genres qui s'exercent sur eux, se laissent allègrement entraîner vers la débauche et le péché de la chair. Ainsi, les instincts, initialement conçus pour remplir des fonctions particulières, bénéfiques, se trouvent détournés de leur finalité, en l'absence de tout contrôle moral, et deviennent un facteur de destruction. Cette perversion explique le taux élevé de criminalité et de débauche dans les sociétés ayant perdu le sens moral, notamment dans les sociétés matérialistes.

Dieu a doté l'homme de trois types de facultés : facultés exécutrices, facultés incitatrices et facultés perceptives.

Les premières s'incarnent dans les organes, les muscles et les nerfs. Elles n'ont aucune volonté. Ce sont les autres types de facultés qui les commandent. Les facultés exécutrices se retrouvent chez l'homme comme chez les animaux.

Les forces incitatrices correspondent aux instincts. Elles sont à l'origine du désir sexuel, de l'envie de la nourriture et du désir de puissance. Ces trois formes de désir appellent l'envie d'amasser l'argent grâce auquel l'on peut réaliser tous ses désirs .

La puissance des facultés exécutrices et incitatrices varie selon le degré d'attention qu'on leur apporte. Elles peuvent se soumettre aux facultés perceptives tout comme elles peuvent leur désobéir.       

Les facultés perceptives sont de deux types :

* les sens que l'on retrouve chez l'homme aussi bien que chez  les animaux et qui constituent les moyens par le biais desquels l'on appréhende le monde extérieur ;

*  la raison qui distingue l'homme des autre créatures (le Coran en situe le siège dans le cœur). Elle permet à l'homme de contrôler ses actes et de méditer l'oeuvre du créateur.

Les trois facultés mentionnées plus haut forment l'âme humaine qui se trouve  sollicitée par des forces opposées : les instincts et la raison. L'homme a tout intérêt à ce que ses instincts soient contrôlés et mis au service de la raison. Celle-ci fonctionne comme un régulateur capable de distinguer le bon et le mauvais, le bien et le mal. Les instincts en revanche n'obéissent qu'aux forces animales de l'individu. Seule la recherche du plaisir les anime.

Le Coran ne cesse d'inciter les fidèles à s'en remettre à la raison et d'exalter les  vertus de celle-ci en blâmant par là même ceux qui se laissent guider par leurs seuls instincts.

Mais qui de la raison ou des instincts  règne à notre époque ?

Il est facile de constater que tous les moyens ont été mobilisés pour que les instincts puissent prendre le dessus. Ainsi a-t-on élaboré des théories telles celle de Freud  qui ramène tout acte de l'homme, et tout sentiment, fût-il le sentiment filial ou maternel, à une origine sexuelle, à la libido, tandis que sur le plan pratique, on encourage la production de films, de magazines, de romans qui enflamment les instincts et notamment l'instinct sexuel.

Parmi les armes employées pour exciter les sens, on trouve les arts, et la littérature sous ses différentes manifestations, (poésie, prose, roman, théâtre). Des plumes des plus fines se sont ainsi dévouées à peindre sous un jour attrayant la vie de la débauche. Dans cette bataille, l'argent et la femme ont joué un rôle de premier plan.

Pour étouffer tout scrupule moral chez les femmes, on a inventé la pilule contraceptive qu'on est allé jusqu'à distribuer gratuitement dans certains pays. Cela a eu pour effet de détourner du mariage de nombreux jeunes gens qui, séduits par la facilité, ont préféré demeurer libres le plus longtemps possible et ne se lier qu'après 30 ans !

Tous ces facteurs ont contribué à exacerber les instincts chez l'homme et à favoriser l'émergence d'un nouveau sexe, ni homme, ni femme, se moquant de la nature primordiale donnée par Dieu à l'homme en le créant, avec toutes les aptitudes qu'elle implique : sentiment d'affection et de tendresse, aptitude à procréer etc.

Ce climat de dérèglement favorise également la sottise et l'idiotie. Désormais, on reconnaît ses fautes sans accepter de les corriger ; on pèche en connaissance de cause,  et on voit le mal partout, sans que personne ne semble s'en alarmer.

Tel est le visage de l'humanité à l'époque actuelle, une humanité complètement résignée face au règne du mal, abandonnée à l'emprise des instincts, aveuglée par des passions de plus en plus insatiables. Elle devient ainsi désarmée devant les forces qui s'emploient perfidement et par tous les moyens, à détruire ce qu'elle a encore d'humain.

Le "pouvoir politique" et la lutte contre le Sida :

L'image que nous venons de donner de la réalité de notre époque explique comment est né le Sida. Si l'on ne réagit pas d'urgence, d'autres maladies encore plus graves , (contre lesquelles le Prophète nous a mis en garde) vont faire leur apparition. Elles seront le résultat de la mauvaise conduite de l'homme. Aussi pour empêcher celui-ci de s'auto-détruire, faut-il veiller à :

- Cultiver en lui la vertu et la rectitude morale et purifier son âme au moyen notamment de la prière.

- Lui apprendre à dompter et à contrôler ses instincts.

Voilà les remèdes que l'Islam propose contre le Sida et tous les autres maux et turpitudes. Il immunise l'individu en lui apprenant à croire en Dieu et à l'adorer, à se souvenir sans cesse que tous ses actes sont  enregistrés et qu'un jour  il lui sera demandé compte de tout ce qu'il a fait dans ce monde. Il devra donc observer les prescriptions du Coran et se conformer à la Sunna du Prophète.

L'Islam protège l'individu en lui procurant un climat favorable d'où toutes les idées, approches ou pratiques malsaines sont bannies.

Les passages coraniques qui attestent de cette approche dans la prévention du péché et de la débauche sont nombreux. En voici quelques exemples :

- "Quant à celui qui aura redouté de comparaître devant son Seigneur et qui aura préservé son âme des passions, le Paradis sera son refuge" (LXXIX, 40-41).

- "Qui donc est plus égaré que celui qui se laisse guider par ses passions ?"(XXVIII, 50).

- "N'as-tu pas vu celui qui prend sa passion pour une divinité ? Dieu l'égare sciemment" (XLV, 23).

- "Est-ce que celui qui s'attache à une preuve irréfutable de son Seigneur, est semblable à ceux dont les oeuvres mauvaises ont été revêtues d'apparences trompeuses et à ceux qui suivent leurs passions ?" (XLVIII,14).

- "Tels sont les hommes  sur les coeurs desquels Dieu a placé un sceau : ils suivent leurs passions" (XLVII, 16).

- “... Ceux qui suivent leurs passions veulent vous entraîner sur une pente dangereuse” (IV, 27).

- "Leurs successeurs après eux délaissèrent la prière et suivirent leurs passions, ils trouveront l'égarement total"  (XIX, 59).

Pour fortifier l'âme et l'empêcher de glisser dans la débauche, l'Islam recommande la piété. "Lorsqu'une légion de démons s'en prend à ceux qui craignent Dieu, ceux-ci réfléchissent et voici qu'ils deviennent clairvoyants" lit-on dans le livre sacré (VII, 201). La foi en Dieu est le meilleur rempart contre les tentations. Car, qui osera commettre un acte répréhensible tout en sachant que Dieu l'observe ? Le prophète ne dit-il pas : "ne s'adonne à la fornication que celui dont la foi en Dieu s'est émoussée" ?

L'histoire de Joseph résistant à la séduction de la femme du grand intendant d'Egypte pharaonique, telle que l'a racontée le Coran, est révélatrice du rôle capital de la foi dans la protection contre le vice.

Pour en revenir à ce que le gouvernant musulman doit faire pour protéger les fidèles contre le Sida, nous rappelons qu'il doit mobiliser tous les moyens dont il dispose (méthodes éducatives, mass-média...) pour entretenir et raffermir la ferveur religieuse des populations. Il doit se faire aider en cela par des collaborateurs compétents, dévoués à leur religion, honnêtes et désintéressés ; bref, des hommes qui, comme les décrit le Coran : "Ne veulent être ni altiers ni corrupteurs" (XXVIII, 83).

Le gouvernement musulman devra passer au crible les valeurs et les normes en usage dans la société pour en retenir et consacrer celles qui sont conformes aux principes suprêmes de la religion et éliminer celles qui exaltent le vice et la bassesse morale. Parallèlement, une campagne de lutte contre les mauvaises croyances doit être menée.

Dans le cadre de l'éducation des instincts, le gouvernement musulman devra agir dans deux sens :

- Enseigner aux gens comment bien se conduire et comment satisfaire légitimement leurs penchants naturels en les sensibilisant aux dangers de maladies liées aux écarts de conduite ;

- Edicter des lois (telles celles se rapportant au statut personnel) permettant à l'homme de satisfaire ses instincts de façon conforme à la morale et à leur vocation première (en favorisant par exemple le mariage légal).

- Faire adopter des lois, des dispositions et autres mesures permettant de lutter contre les pratiques irrégulières (fornication, homosexualité etc.) et leurs causes. Ces pratiques seront considérées comme des crimes passibles de lourdes peines. Il faudra dans le même sens empêcher les médias de devenir des outils de corruption morale.

Par ailleurs, on devra mettre en place un mécanisme efficace de surveillance, semblable à la Hisba (censure des moeurs) d'autrefois, créée en vertu de cette parole divine : "Puissiez-vous former une communauté dont les membres appellent les hommes au bien et leur interdisent ce qui est blâmable" (III, 104). Cette mission moralisatrice doit être confiée aux gens compétents et d'honorabilité reconnue.

Enfin, il faudra battre en brèche toutes les idées et les théories qui prônent la permissivité sexuelle et incitent à la jouissance, en en montrant l'absurdité.

Les responsabilités du pouvoir politique face à l'apparition du Sida dans un pays musulman :

Nous avons abordé dans ce qui précède les mesures préventives susceptibles de protéger contre le Sida et de toutes les autres maladies sexuellement transmissibles. Mais si le mal parvient, malgré tout, à s'infiltrer dans un pays musulman  ou menace de s'y répandre, il faudra alors tout faire pour parer à une telle éventualité et pour en circonscrire les conséquences. Les actions à mener devront s'orienter à notre sens  dans trois directions :

- Localiser les foyers de dissémination de l'épidémie (c'est-à-dire identifier les personnes qui en sont atteintes) ;

- Réduire les risques de contamination ;

- Chercher un remède efficace ;

En ce qui concerne la localisation, il est clair que pour atteindre pleinement  cet objectif, il faudra soumettre toute la population au test de dépistage. Or, outre le caractère gênant et peu commode d'une telle mesure, son application nécessiterait beaucoup de moyens financiers, étant donné qu'une telle entreprise pour être efficace doit être systématique. Pour éviter tous ces inconvénients, le chef de l'Etat musulman pourra, en vertu des pouvoirs à lui conférés par  l'Islam en sa qualité d'Imam , prendre les mesures suivantes :

- Imposer le test de dépistage aux futurs époux, aux donneurs potentiels de sang ou d'organes, et aux personnes désireuses de se faire vacciner...

- Exiger que tous les cas d'infection au VIH soient déclarés et poursuivre en justice toute personne ou institution qui enfreindrait ce principe ;

- Encourager les sujets atteints par le Sida ou qui pourraient l'être à se manifester. Cette mesure vise essentiellement les personnes qui, de connivence avec leur médecin, décident de cacher leur maladie se privant ainsi des soins et de l'assistance auxquels ils ont droit ;

- Mener des campagnes de sensibilisation auprès des gens pour les informer et les convaincre de la nécessité de prendre part à la lutte contre cette maladie. Ils seront ainsi mieux disposés à accepter les restrictions et obligations qui leur seront imposées dans ce sens ;

- Chercher les moyens les plus à même de faciliter l'identification et la mise en évidence de cette maladie et encourager les recherches dans ce sens.

- Obliger les personnes suspectes (qui appartiennent à une famille dont un ou plusieurs membres sont séropositifs, des drogués et des prostituées...) à se soumettre aux tests de dépistage systématiques.

Pour ce qui est de la réduction des risques de contamination, le pouvoir politique est appelé à :

- Exiger que toutes les personnes atteintes par le VIH soient soigneusement fichées, afin de faciliter le suivi médical et exploiter à des fins utiles les informations ainsi recueillies ;

- Prendre toutes les mesures et les dispositions susceptibles d'empêcher les personnes atteintes de contaminer des sujets sains.

- Promulguer une loi sanctionnant toute personne, médecin, personnels de laboratoire ou autre qui transmet délibérément le virus du Sida à une personne saine.

La contamination intentionnelle sera ainsi considérée comme un délit engageant la responsabilité pénale et civile de son auteur et donnant lieu à une indemnisation de la victime. Mais des cas pourront se présenter où l'acte contaminant n'aura pas été volontaire, soit :

1- parce que le sujet porteur du virus n'a pas eu connaissance de son infection, auquel cas il n'est tenu à rien ;

2- soit parce que, tout en se sachant séropositif, commet, sans intention de nuire à autrui, une action potentiellement contaminante, en cherchant par exemple à assouvir son désir sexuel.

Sans doute les traités de jurisprudence et de droit fourniront-ils des éléments permettant d'établir la faute du sujet contaminant et de déterminer la manière dont il faut réparer les dommages ainsi causés par lui. Et si, à la lumière de ces éléments, on considère que la responsabilité pénale de l'auteur de l'infection est engagée, alors il faudra penser à fixer la sanction appropriée.

- Assurer aux personnes atteintes par le virus du Sida des soins de qualité et les traiter de manière à réduire les risques  de contamination. On pensera, dans ce sens, à créer des hôpitaux ou même des cités où ces personnes pourront finir leurs jours paisiblement et qui leur feront sentir qu'ils ne sont pas rejetés par la société. On pourra également organiser à leur  intention des conférences et des débats pour les instruire en matière de religion, en  leur procurant des livres, des publications, des films... qui les aideront à surmonter cette épreuve et qui permettront de les réconforter moralement et de les encourager à la prière et à la dévotion, qui feront éloigner d'eux toute velléité de nuire à autrui.

On devra aussi mener des campagnes de sensibilisation auprès des gens pour les persuader de se montrer bons et compatissants envers ces personnes, de leur fournir l'assistance dont ils auront besoin et de ne point tenir des propos injurieux ou adopter des attitudes méprisantes à leur égard. Ce sont là des droits légitimes qui, s'ils sont respectés, empêcheront ces personnes d'avoir des réactions vengeresses.

Le chef d'Etat lui-même doit servir d'exemple à suivre à ses sujets en faisant preuve de douceur dans l'application des restrictions qu'il impose aux séropositifs. Il leur fera comprendre, de la sorte, que son but n'est nullement de les faire souffrir mais de protéger la société du virus dont ils  sont porteurs.

Enfin, la recherche du remède efficace contre le virus du Sida, qui est le troisième axe dans la lutte contre cette maladie, doit avoir toujours en vue le principe exprimé dans ce hadith authentique du Prophète : "A tous les maux que Dieu a créés, il existe un remède, sauf la vieillesse". Dès lors, le chef suprême de l'Etat musulman ne doit pas perdre espoir et doit continuer à encourager la recherche de ce médicament et des moyens efficaces qui rendront possible sa découverte. Il devra dans le même sens créer les hôpitaux et des centres de recherche scientifique, et faire venir les spécialistes les plus qualifiés et les récompenser généreusement, en attendant que Dieu permettra enfin, par sa grâce, de vaincre ce mal redoutable.

* Président, Dr Yousuf Qaradawi

Je remercie Dr Mohammad Naim Yassine et à présent je passe la parole au Dr Mohammad Saîd Al-Bouti.

* Dr Mohammad Saîd Al-Bouti

Merci monsieur le président... Il présente son exposé...

 

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