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Discussions des aspects médicaux du Sida
Président de séance : Dr Ali Abdelfattah
Cheikh
Co-président : Dr Salah Atiq
Rapporteur : Mohammad Soulaymane El-Achqar
* Dr Abdelaziz El-Anzi
Je voudrais rappeler que nous avons travaillé pendant
plusieurs années, au sein d'une commission législative
présidée par Dr Khalid Madkour, à l'élaboration d'une loi
sur le Sida. Nous avons ainsi dans le cadre de cette
commission formulé une recommandation qui a été débattue par
l'Assemblée nationale (Majlis El-oumma), laquelle a adopté
en 1992 la loi n°62 régissant les relations entre le malade
du Sida et son entourage social, dans une optique juridique
inspirée de la Charia. La loi n°15 contient également un
article prévoyant des sanctions contre les sujets ayant
contaminé délibérément des personnes saines. Or, les
intervenants n'ont évoqué que l'exemple de la Russie ; c'est
pourquoi il m'a paru important de rappeler ces dispositions
législatives prises au Koweït -j'en ai d'ailleurs donné une
copie au Dr El-Awadi-.
Par ailleurs, je ne suis pas d'accord pour ce qui est de
l'autorisation de l'avortement en cas de séropositivité de
la mère : d'abord parce que le risque de contamination de
l'enfant n'est que de 10% (même si ce taux peut augmenter en
cas de contact du bébé avec les sécrétions génitales de la
mère au cours de l'accouchement) ; ensuite, parce qu'il
existe d'autres moyens permettant de réduire
considérablement ces risques. On peut par exemple recourir à
la césarienne, sachant que les progrès scientifiques sont
énormes dans ce domaine. En vérité, en réfléchissant sur
l'évolution des malades, on s'aperçoit que la situation les
concernant change avec la découverte des médicaments. Or, il
est à espérer que la science finira, par la grâce de Dieu,
par trouver un remède à cette effrayante épidémie qu'est le
Sida. Je vous remercie.
* Dr Abdelfattah Cheikh
A mon avis, il ne sera en aucun cas permis de se débarrasser
du foetus sur la foi de pronostics médicaux affirmant qu'il
serait contaminé par sa mère. Car, ce genre de pronostics
reposent sur de pures présomptions. On sait, du reste, que
les appareils dont dispose la médecine actuellement peuvent
parfois induire en erreur. En tout cas, ils ne permettent
pas d'avoir la certitude absolue.
Ma question est donc la suivante : peut-on tuer un malade du
Sida pour éviter qu'il transmette à d'autres sa maladie ? Si
on répond par la négative, en affirmant que ce malade a
droit à la vie, comme toute personne humaine, le même
argument doit à plus forte raison être valable s'agissant du
foetus, dont l'intégrité doit par conséquent être préservée
à partir du moment où il est animé du souffle de l'esprit.
La médecine fait certes des progrès constants. Elle n'est
pas pour autant infaillible. Ainsi, dans certains cas, on
prévoit que l'enfant à naître sera porteur de telle
malformation, ou telle maladie. Mais on découvre ensuite à
sa naissance qu'il est en bonne santé et qu'on s'est trompé
de pronostic. L'histoire suivante qui s'est passée récemment
en Egypte est révélatrice à ce sujet : une femme qui a
souffert pendant longtemps de ne pas avoir d'enfants a fini
-par la grâce de Dieu- par tomber enceinte. Or, au bout du
7ème mois de grossesse, le médecin lui annonça que le foetus
est complètement malformé et qu'il valait mieux s'en
débarrasser. Car, explique-t-il, la naissance d'un tel
enfant serait une honte pour la famille et pour la société!
La femme rentra chez elle déçue et meurtrie. Voyant son
chagrin, sa mère la consola en lui conseillant de s'en
remettre à Dieu. Mais quelle ne fut la surprise de la
famille en voyant venir au monde un enfant indemne. Les
parents étaient d'autant plus heureux que le nouveau-né
était une fillette, jolie de surcroît. Or, si on avait
écouté les conseils des médecins, celle-ci n'aurait pas vu
le jour.
Il ne me semble donc pas raisonnable de détruire un embryon
sous prétexte qu'il risque d'être infecté in utero par le
virus que porte sa mère. Car, outre le fait que le taux
d'infection dans ce cas est faible, (10%) et que celle-ci
survient surtout au moment de l'accouchement, nous devons
nous rappeler que Dieu est capable de guérir des cas les
plus désespérés. Il ne faut donc en aucun cas détruire
l'embryon. C'est la décision adoptée par l'Académie des
Recherches islamiques il y a une semaine. Merci.
* Dr Ahmad Raja El-Joundi
Si vous permettez monsieur le président, juste une petite
précision : la présente séance est réservée au volet médical
du Sida. Les points juridiques concernant l'avortement et
autres questions d'ordre légal seront débattus
ultérieurement. Pour éviter les répétitions et le
chevauchement des séances, je prie donc les intervenants de
bien vouloir s'en tenir aux aspects médicaux de notre sujet.
Merci.
* Dr Mohammad Ali El-Bar
1- On sait que lorsque un microbe pénètre dans le corps, il
ne provoque pas forcément la maladie, même dix ans après
l'infection. Qu'en est-il donc du VIH? Un sujet porteur de
ce virus développe-t-il inéluctablement la maladie et au
bout de combien de temps ? Dispose-t-on de statistiques à ce
sujet ? Car, l'on sait que dans un certain nombre
d'infections, la plupart des sujets n'évoluent pas vers le
stade pathologique.
2- Est-il possible de réaliser des sérodiagnostics sur les
foetus ? Peut-on détecter le VIH sur la base des anticorps,
sachant que ces derniers peuvent être transmis au foetus par
sa mère via le sang ?
3- Le danger de transmission du VIH par voie sanguine semble
diminuer, même s'il n'est pas tout à fait écarté, comme en
témoignent les nombreux accidents transfusionnels rapportés
dans ce sens. On sait en effet que les tests effectués sur
le sang pour mettre en évidence des anticorps, en faisant
appel à des techniques comme celle dite Elisa, peuvent
conclure à un faux diagnostic négatif, même si le contrôle
sérologique est intervenu 3 mois, voire 4 mois après
l'infection. Or, une telle erreur de diagnostic est grave,
puisque les sujets déclarés ainsi sains tout en étant
porteurs du virus continueront à contaminer d'autres
personnes.
4- Une nouvelle technique de dépistage est apparue
dernièrement : ce test, en analysant la salive, permet d'y
prélever les antigènes et de les amplifier rapidement par
les procédés du génie génétique, pour vérifier de façon
directe si le sujet est ou non porteur du VIH. La
généralisation de ce test, qui utilise une méthode directe,
devra permettre une percée considérable dans le dépistage du
Sida.
A ce sujet, je voudrais rappeler ce fait inquiétant : dans
les pays du Golfe, le sang que nous transfusons à nos
malades est importé des U.S.A et d’Angleterre. Or, dans ces
pays on achète le sang aux toxicomanes. Il y a donc là un
risque de contamination qu'il faut prendre en considération.
5- Depuis six ans, dans un hôpital à Djedda le sang est
recueilli pour être ensuite réparti sur d'autres hôpitaux,
où il sera utilisé à des fins de transfusion. Or, parmi les
milliers de personnes ainsi transfusées, il y aurait
peut-être un certain nombre de sujets contaminés sans le
savoir et qui infecteraient à leur tour leurs conjoints. Et
puis, pour les transfusés qui découvrent leur
séropositivité, y aurait-il des indemnisations comme c'est
le cas en Europe ?
6- D'après des revues médicales africaines, l'infection à
VIH est relativement peu répandue parmi les communautés
pratiquant la circoncision. D'un autre côté, on affirme
qu'il y a des cofacteurs favorisant la contamination : la
présence des plaies ou d'autres maladies vénériennes par
exemple.
7- La circoncision serait donc un facteur qui limite les
risques d'infection à VIH. Que pense-t-on enfin du slogan de
l'OMS selon lequel : "utilise le préservatif et jouis à
volonté !?"
Toutes ces questions doivent d'être examinées avec finesse
et rigueur si l'on veut aboutir à des solutions précises et
judicieuses.
* Dr Abdelmounim Abou Al-Foutouh
1- Ce qui a été dit à propos de "l'isolement du malade du
Sida" est un fidèle reflet des idées qu'on retrouve dans les
études sur la santé publique, essentiellement occidentales.
2- La prévention contre le Sida nécessite tout d'abord la
connaissance de l'entourage du malade.
3- Dans les sociétés occidentales, les personnes atteintes
de Sida n'ont pas honte de parler de leur maladie ; en
revanche, dans les sociétés orientales, les malades sont
rangés dans la catégorie des homosexuels et autres groupes
marginaux. Aussi, sont-ils amenés à se dissimuler et à
cacher leur maladie, ce qui ne permet pas de connaître
l'origine de leur infection et de les surveiller. Ce
comportement a en outre le désavantage de favoriser
l'extension du Sida dans nos pays, ce qui représente un
danger supplémentaire s'ajoutant à ceux déjà mentionnés par
notre confrère Dr El-Bar. J'espère que les risques ainsi
signalés seront pris au sérieux.
* Dr Omar El-Achqar
Il y a un virus à l'origine des symptômes de la maladie.
Soit. Mais ce que nous voulons savoir c'est la maladie
elle-même et non pas les affections qui en résultent : se
transmet-elle par des insectes comme les moustiques ou
autres bestioles ?
S'agissant de la protection, est-elle efficace dans le cas
où c'est la femme qui est atteinte ?
* Dr Omar El-Jidi
Concernant le préservatif, quel est le degré de sa fiabilité
? car, nous avons entendu dire que beaucoup de ses
utilisateurs sont contaminés. Est-il donc utile ou pas ?
* Président, Dr Ali Abdelfattah
Je demande aux intervenants de bien vouloir se présenter
avant de poser leur questions. Merci.
* Dr Ahmad Imam
Mes questions, je les résume comme suit :
1- La nourricière qui allaite un enfant malade du Sida
risque-t-elle d'être contaminée par ce dernier ?
2- L'homme peut-il transmettre le VIH à l'animal et
vice-versa ?
3- Les sujets porteurs du VIH mais qui ne manifestent aucun
symptôme de la maladie sont-ils pour autant contaminants ?
* Dr Jamal Madi Abou El-Azaim
Je voudrais exprimer le voeu de voir se multiplier ce genre
de rencontres associant les experts en médecine et les
personnalités religieuses pour exposer et enrichir la pensée
médicale islamique. Je souhaite également que l'on
construise davantage de mosquées et d'universités, qui
financièrement ne coûtent pas grand-chose, mais qui ont des
effets éminemment bénéfiques pour ce qui est de l'éveil de
la conscience morale. Or, cette prise de conscience est
vitale en ce sens qu'elle permet aux gens de préserver leur
santé, d'apprécier les valeurs de la vertu et de la chasteté
et de prendre par là même la mesure du caractère sublime de
la Charia. Les médias doivent également contribuer à cette
oeuvre de sensibilisation. C'est là à mon avis le moyen sûr
pour lutter plus efficacement contre le fléau du Sida. Je
vous remercie.
* Président, Dr Ali Abdelfattah
A présent, je donne la parole au Dr Helmi Wahdane pour
répondre aux questions qui viennent d'être posées.
* Dr Helmi Wahdane
Tout d'abord, je m'adresse au Dr El-Anzi pour le remercier
pour l'information qu'il nous a donnée concernant le texte
de loi sur le Sida promulgué au Koweït.
La question du Dr Abdelfattah sera reportée à une séance
ultérieure. J'en arrive aux questions multiples du Dr El-Bar
pour formuler à leur sujet les réponses suivantes:
Les pourcentages pour ce qui est du passage du stade
asymptomatique au stade de la maladie se présentent comme
suit : entre 25 et 30% de porteurs de virus développent la
maladie au bout de cinq ans ; 50 à 60% au bout de 10 ans ;
environ 95 au bout de 14 ans. Et plus le temps passe, plus
sont grandes les chances d'évoluer vers la maladie.
L'infection à VIH ne disparaît jamais d'elle-même, même si
elle peut demeurer à l'état latent pendant plus de 14 ans.
Les causes qui peuvent retarder le passage au stade
pathologique sont multiples. Il y a d'abord le fait que Dieu
nous a dotés de certains organes doubles (reins, yeux,
oreilles) de sorte qu'en cas de défaillance de l'un de ces
organes, on peut vivre avec celui qui fonctionne
normalement. Mais il y a aussi, et surtout, les cellules de
notre système immunitaire qui assurent la défense de
l'organisme contre toute agression extérieure. Et c'est
lorsque la quantité de ces cellules baisse au dessous d'un
certain seuil considéré critique que la maladie se déclare.
L'évolution vers ce stade peut être accélérée par des
facteurs comme la vieillesse, ou le jeune âge du patient, la
surinfection, la présence d'autres infections ou maladies
telles le paludisme ou la tuberculose, la prise de
médicaments immunodépresseurs. Ainsi, comme l'a dit Dr
El-Khayat, le passage au stade de la maladie est plus rapide
en Afrique où les gens souffrent d'autres infections
parasitaires et manquent de médicaments, de soins et
d'assistance médicale. La situation est globalement
meilleure au Maghreb et dans le Machreq.
S'agissant de la possibilité de pratiquer des
sérodiagnostics sur le foetus, c'est un point extrêmement
important et je voudrais à cet égard rappeler qu'en plus des
tests évoqués par Dr El-Bar, il existe une autre méthode
dite PCR (Polymerase Chain Reaction) qui permet de détecter
de façon très précoce l'infection à VIH. Notre confrère Dr
El-Bar a souligné également le fait qu'en cas d'infection au
VIH plusieurs semaines, (de 6 à 10) peuvent s’écouler avant
que les anticorps ne soient décelables. Avec la méthode PCR
qu'on utilise maintenant un peu partout dans le monde, il
est possible dès les premiers stades de la contamination, de
détecter les anticorps, les virus, les particules virales et
autres indices permettant d'établir un diagnostic médical
fiable. C'est ce test qui permet par exemple de dire si un
nouveau-né est ou non contaminé. De fait, la présence dans
le sang de ce dernier d'anticorps ne signifie pas forcément
qu'il soit atteint. Il est possible en effet que ces
anticorps lui soient transmis par sa mère. C'est ce qui
arrive par exemple en cas d'atteinte par d'autres agents
infectieux comme celui responsable de la rougeole.
L'affirmation du Dr El-Bar selon laquelle on peut détecter
le VIH chez des enfants contaminés pendant la grossesse dans
10% de cas me semble exagérée. En fait dans 20% des cas,
l'infection se produit au moment de l'accouchement. A cet
égard, une étude faite sur une cinquantaine d'enfants nés de
mères porteuses du Sida révèle après l'examen du sang fait
juste après leur naissance que cinq d'entre eux seulement
sont atteints. Mais lorsqu'on a refait le test une deuxième
fois quelques temps après, on s'est aperçu que 10 sont
contaminés. Quoiqu'il en soit, il est toujours difficile
d'établir un diagnostic sûr sur des foetus.
A propos du sang destiné à la transfusion, Dr El-Bar voulait
savoir dans quelle mesure on peut être sûr qu'il n'est pas
contaminé. Ma réponse est qu'on ne peut jamais être sûr à
100%. Mais, en utilisant les meilleures techniques de
dépistage qui existent actuellement dans le monde développé
(aux U.S.A, par exemple), la marge d'erreur est très faible
: un cas sur 100.000 seulement échappe à l'extrême précision
de ces contrôles.
Notre collègue a évoqué d'autres nouvelles méthodes de
dépistage qui faciliteraient le diagnostic (le test sur la
salive, par exemple). Mais, la quantité de virus qu'on peut
trouver dans la salive est très faible, comparée à celle qui
peut être décelée dans le sang. Le test sur la salive a en
outre l'inconvénient d'être très onéreux dans nos pays: 70
dollars en moyenne par contrôle. Ce n'est pas le cas du test
Elisa qui coûte moins d'un dollar.
Les taux d'infection à VIH en Afrique (subsaharienne) et en
Amérique étaient faibles pendant les années 80, et surtout
avant 85, c'est-à-dire au moment précisément où nous
importions encore du sang de ces pays. Ce n'est plus le cas
aujourd'hui où un africain sur 30 est porteur du virus. Mais
le problème concernant la surveillance des transfusés est
laissé à l'initiative des Etats. Certains pays arabes comme
les Emirats Arabes Unis et le Koweït pratiquent déjà ce
contrôle ; d'autres se contentent de surveiller les
personnes ayant subi des opérations chirurgicales.
En ce qui concerne la circoncision, il a été établi qu'elle
limite les risques d'excoriation ou d'infection de la peau
et l'accumulation de saletés.
S'agissant de la critique faite à l'usage du préservatif
recommandé par l'OMS, il me semble que rien n'empêche que ce
moyen de protection soit utilisé dans un rapport sexuel
entre un homme et sa femme légitime. Mais en dehors des
relations conjugales régulières, cela n'aura pas de sens
pour nous, puisque ce genre de relations sont tout bonnement
interdites.
Notre collègue Dr Abdelmounim a soulevé le problème de la
surveillance des malades du Sida. Ce contrôle deviendra à
mon avis possible le jour où le regard de la société
orientale sur ces malades aura changé. Alors, l'infection au
VIH cessera d'être un tabou, une maladie honteuse et les
gens seront par là même mieux informés à son sujet.
Le Dr El-Achqar se demande si les moustiques transmettent le
VIH. Ma réponse est que cet insecte peut transmettre le
paludisme mais pas le Sida. Si c'était le cas, beaucoup
d'enfants de moins de cinq ans en Afrique, où le Sida fait
rage, auraient été atteints par cette voie. Or, les cas
d'infection à VIH signalés dans ce continent sont dus soit à
des contaminations mère-enfant, soit à des rapports sexuels
non protégés avec des partenaires déjà malades.
Quant à la question de savoir si le préservatif est efficace
lorsque c’est l'épouse qui est malade, je rappellerai tout
simplement qu'il s'agit là d'un moyen qui protège aussi bien
l'homme que la femme, à condition bien sûr qu'il soit
utilisé correctement du début à la fin du rapport sexuel.
Dr Imam se demandait si la nourrice d'un enfant séropositif
peut être contaminée par ce dernier. Cette probabilité
existe, mais on ne dispose pas de données précises à ce
sujet. La plupart des enfants porteurs du Sida sont en fait
infectés par leurs mères.
Je voudrais par ailleurs préciser que le singe vert n'est
pas la cause du Sida. Car, le virus qui attaque ce simien
(SIV agm), bien qu'appartenant à la même famille de
rétrovirus, est très différent du virus humain (VIH). Ce
dernier n'infecte pas les animaux. Ce qui est dommage, car
cela aurait pu faciliter les études épidémiologiques dans ce
domaine.
J'en arrive à la définition du Sida : c'est un syndrome,
c-à-d, un ensemble de signes et de symptômes dus à une
déficience immunitaire provoquée par le VIH (virus de
l'immunodéficience humaine). Ce dernier, une fois présent
dans l'organisme humain, va pénétrer dans des cellules
considérées comme ses cibles privilégiées (essentiellement
des lymphocytes, mais aussi certaines cellules du système
nerveux). De cette infection, il résulte un combat intense
entre le virus qui se multiplie de façon continue en
plusieurs endroits et le système de défense immunitaire
qu'il finit par neutraliser. C'est à ce stade de la
dépression immunitaire qu'apparaît une multitude de signes
et manifestations cliniques sévères se traduisant par des
affections diverses : cérébrales, pulmonaires, etc.
* Président Dr Ali Abdelfattah
Je crois qu'il y a des participants qui voudraient poser
d'autres questions, allez-y Dr Abdallah Basslamah.
* Dr Abdallah Basslamah
L'infection materno-foetale constitue le troisième mode de
transmission du VIH et représente de ce fait un facteur
important de dissémination du Sida. D'après certaines
statistiques, les taux de contamination mère-enfant sont de
10% pendant la grossesse, de 20 à 30% au cours de
l'accouchement, les risques dans ce dernier cas étant
aggravés par le contact du bébé avec le sang et les
sécrétions génitales contaminantes. Si on additionne les
taux donnés par les différentes statistiques, (10, 15 ou 20%
pendant la grossesse, 20% au moment de l'accouchement), on
obtiendra un taux de risque global de 40 à 50%.
S'agissant de l'avortement pour cause de séropositivité de
la mère, je dois préciser que le progrès médical rapide de
ces dernières années permet de diagnostiquer beaucoup de
maladies, et ce, à des stades très précoces de développement
embryonnaire, c-à-d, dans les 3 ou 4 premiers mois de
grossesse. Il est donc possible, en analysant des
prélèvements faits sur le foetus, de déterminer s'il est ou
non porteur de virus. Ces examens doivent être réalisés de
préférence avant que l'enfant ne soit animé du souffle de
l'esprit.
Dans le même ordre d’idées et tenant compte des risques
élevés de contamination du foetus par la mère, ne peut-on
pas envisager de stériliser définitivement celle-ci (par une
oblitération de l'imperméabilité tubaire) ou son conjoint
(par une obturation des voies séminifères) pour éviter
carrément la grossesse ? Une telle procédure est-elle
légalement défendable ? Merci.
* Président, Dr Ali Abdelfattah
La parole est donnée maintenant au Dr Hassane Hathout.
* Dr Hassane Hathout
L'annonce par le basketteur américain Earvin Johnson (dit
Magic) de sa séropositivité a suscité un vif émoi aux U.S.A.
La couverture médiatique impressionnante de cet événement
n'avait rien à envier à celle faite de la guerre du Golfe !
Johnson, s'adressant aux jeunes lors d'une intervention
télévisée, leur a donné le conseil suivant : " pratiquez le
"safer sex" ! Cela nous a incités à tenir un colloque sur le
"degré d'efficacité du safer sex", avec la participation du
Centre Islamique de Californie du Sud, l'Eglise catholique
et une organisation juive. Un certain nombre de
scientifiques étaient également présents à cette rencontre.
La majorité des participants étaient d'accord pour dire que
le safer sex limite effectivement les risques de
contamination, mais ne constitue pas une méthode absolument
sûre pour qu'on puisse le conseiller aux jeunes. Or, on a
tendance à croire que l'utilisation du préservatif protège
infailliblement contre toute infection. C'est une idée très
répandue aux U.S.A. Mais j'ai lu tout récemment que ce moyen
de protection n'est pas aussi sûr que certains de nos
collègues l'ont laissé entendre. J'ai donc quelques craintes
à ce sujet. Cette attitude qui consiste à exagérer
l'importance du préservatif ne devra pas avoir une influence
quelconque sur la politique générale des Etats. Ce risque
est d'autant plus important que le sida n'est plus
simplement un problème médical. Il relève désormais du
domaine politique.
J'en arrive au problème évoqué par Dr Basslama du diagnostic
prénatal du Sida et au prélèvement de sang foetal qu'il
implique : sachant que la mère est séropositive, dois-je
m'interdire de ponctionner une quantité du sang foetal en
introduisant une aiguille à travers la voie abdominale de la
mère au motif que cet instrument d'incision pourrait être la
cause de la contamination de l'enfant ? Merci.
* Dr Issam El-Aryan
J'aurais aimé que les discussions se focalisent sur les
relations conjugales qui feront ensuite l'objet de décisions
légales concernant par exemple le droit de divorce pour le
mari, le droit d'interruption de grossesse pour la femme
etc.
L'épidémie du Sida nous a atteints parce que nous avons
enfreint les Lois divines régissant les rapports intimes
entre un homme et une femme. Or, négligeant ce point
fondamental de notre sujet et partant des réalités qui sont
celles des sociétés occidentales, les intervenants ont
parlé des cas où le mari est atteint alors que la femme est
saine, ou vice-versa. Or, dans les pays occidentaux, la
plupart des malades sont des homosexuels, des toxicomanes ou
autres délinquants.
S'agissant de l'usage du préservatif, il faudra là encore
clarifier les choses : en Occident, on vous dit
"protèges-toi et jouis à volonté !" ; mais la situation est
bien différente chez nous. Ainsi, s'il est prouvé que le
préservatif constitue réellement un moyen sûr de protection
contre l'infection, alors on pourrait légalement ne pas
envisager le divorce en cas d'atteinte de l'un des
conjoints. Mais y a-t-il des études sérieuses faites sur le
degré de fiabilité de ce dispositif de protection ? Je vous
remercie.
* Président, Dr Ali Abdelfattah
Merci, cher collègue. Les questions qui viennent d'être
posées seront abordées au cours des séances prochaines. A
présent, je donne la parole au Dr Wahdan pour répondre aux
questions qui lui ont été adressées.
* Dr Wahdane
Je commence tout d'abord par les taux d'infection
materno-foetale en précisant qu'ils sont très variables :
50%, 60% ou 10%. Tout dépend en fait du moment pris comme
référence pour le diagnostic. Ainsi, les risques de
contamination sont plus grands au moment de l'accouchement
que pendant la vie utérine. Les taux varient également en
fonction du stade évolutif de la maladie de la mère
elle-même et à cet égard il semble que le virus soit plus
virulent au tout début de l'infection et pendant la phase
terminale de celle-ci. Mais durant les dix premières années
de séropositivité maternelle, les taux d'infection
mère-foetus tournent globalement aux alentours de 10%.
En ce qui concerne le préservatif, personne ne peut garantir
à cent pour cent sa fiabilité. D'abord, parce que nul ne
peut savoir tout ce qui se passe dans l'intimité du couple
dont l'un des membres est séropositif. Et cela fait
problème. Pour les homosexuels, certains d'entre eux
utilisent aussi de la drogue, ce qui, là encore, ne permet
pas de tester l'efficacité du préservatif. Ce dernier se
présente généralement sous forme d'un capuchon souple,
adaptable à la verge et imperméable. Ses fabriquants
assurent qu'il est médicalement fiable. Il peut cependant se
déchirer laissant ainsi s'échapper le sperme. De ce point de
vue, il n'est pas un moyen idéal de se prémunir contre
l'infection. Merci.
* Président Dr Ali Abdelfattah
Si vous permettez, je voudrais revenir un instant sur
l'histoire du Sida. Cette maladie a passé par trois étapes :
la première, c'est celle d'avant 1981 ; la deuxième se situe
entre 1981 et 1983 ; la troisième débute en 1984 et se
poursuit jusqu'à aujourd'hui.
En 1981, le Sida a été défini comme une maladie provoquant
une déficience du système immunitaire. Mais, en remontant
aux années 70, on a constaté que d'autres maladies
répondaient à cette définition, mais on ne les connaissait
pas bien. Que sont-elles donc ?
Entre 1981 et 1983, on a décrit le Sida comme un syndrome,
sans pouvoir en identifier l'origine. On pensait cependant
qu'il s'agissait d'un élément contagieux transmissible par
voie homosexuelle.
C'est à partir de 1983 que le Sida sera reconnu comme une
infection virale se signalant par divers symptômes : fièvre,
amaigrissement, perte de poids et de l'appétit, augmentation
du volume des ganglions lymphatiques, diarrhée,
affaiblissement général, vulnérabilité de l'organisme face
aux infections opportunistes.
Je vous remercie.
* Président, Dr Abdelwahhab Fawzan
Chers collègues, j'ai le plaisir d'ouvrir cette séance qui
poursuivra la discussion des aspects médicaux relatifs au
Sida. Les questions et les remarques qui vont suivre
porteront sur les exposés du Dr Haytham El-Khayat et du
Helmi Wahdane. Les intervenants sont priés de se présenter
avant de prendre la parole.
* Dr Mohammad Abdessalam
Le conférencier a affirmé que le mariage précoce constitue
pour les jeunes une meilleure protection contre le Sida ; il
conseillera ensuite aux jeunes épouses de prendre des
précautions pour ne pas tomber précocement enceintes ou pour
réguler les naissances afin d'éviter des problèmes de santé
liés à la grossesse. Mes questions sont les suivantes :
- Comment une grossesse peut-elle nuire à une fille pubère ?
- Comment le mari peut-il être contaminé par une épouse
atteinte de Sida ?
* Dr Ousama Tayeb
Ma question concerne la présence des virus dans le liquide
séminal : ces virus pénètrent-ils à l'intérieur des
spermatozoïdes et sont-ils présents uniquement dans le
liquide séminal ? Peut-on séparer les spermatozoïdes des
autres sécrétions composant le liquide séminal pour les
utiliser à des fins de fécondation ? Dans une telle
hypothèse, le préservatif serait-il un moyen de protection
contre le Sida sans être un contraceptif pouvant être
invoqué pour justifier le divorce ?
* Dr Saoud Thabiti
Dr El-Khayat a évoqué la fréquentation des prostituées parmi
les causes de transmission du Sida. A ce propos, je voudrais
formuler un certain nombre de questions :
- Entend-il par "fréquenter les prostituées" avoir des
rapports sexuels au sens strict du terme avec elles, ou le
simple fait de les côtoyer dans la vie quotidienne
ordinaire, de les toucher ?
- J'ai lu dans certains bulletins de santé que deux firmes
allemandes de préparation de produits sanguins ont omis de
pratiquer des tests de dépistage du Sida sur certains
dérivés de sang (le plasma en l'occurrence), pour pouvoir
les vendre moins chers. A cause de cette négligence, l'une
de ces entreprises a été fermée depuis trois mois, l'autre a
connu le même sort il y a un mois. On a annoncé également
que 100.000 personnes auraient été infectées par le VIH
suite à une transfusion de sang contaminé mis sur le marché
sans contrôles sérologiques préalables par une société de
commercialisation de produits sanguins.
Par ailleurs, d'après les communications qui ont été
présentées, les facteurs les plus connus de transmission du
Sida sont : les rapports sexuels, les transfusions de sang
et de ses dérivés, la drogue par injection intraveineuse, la
contamination mère-foetus. Mais pour les autres modes
d'infection, on ne dispose pas de données. Peut-on dès lors
être sûr que la cohabitation et les contacts usuels avec les
personnes atteintes ne transmettent pas le virus ? A ce
sujet, j'ai entendu dire il y a une semaine que dans une
garderie en Angleterre un enfant a contaminé un autre,
comment une telle contamination aurait-elle pu se produire ?
A propos de l'état de latence du virus du Sida, évoqué par
Dr El-Khayat, je crois savoir qu'il correspond à un stade
pendant lequel le virus reste silencieux, "caché", tout en
étant présent dans le sang, serait-il pour autant infectieux
?
S'agissant de l'usage du préservatif, il me semble qu'il
sert à protéger la verge et à retenir le sperme, pour autant
qu'il ne se rompt pas pendant l'acte sexuel. Mais qu'en est
il des sécrétions vaginales de la femme qui peuvent déborder
sur les parties génitales de son partenaire (outre que la
verge) ? Y aurait-il deux sortes de préservatifs que Dr
El-Khayat n'a pas précisées ?
J'en arrive à la question de l'allaitement d'un enfant
porteur du Sida. On sait que pendant la succion, le
nourrisson peut mordre le sein de sa nourricière, provoquant
éventuellement des écorchures potentiellement contaminantes
pour celle-ci. N'y aurait-il donc pas de produits lactés de
substitution pour parer à une telle éventualité ?
Les risques de contamination d'un conjoint par un autre et
la possibilité de dissoudre l'union conjugale dans de
pareilles conditions est un problème autrement plus
complexe. En effet, lorsque l'un des deux époux est atteint
du Sida et que l'autre partenaire demande le divorce, il
faudra au préalable s'assurer que ce dernier n'est pas déjà
contaminé, ce qui peut se produire dès le premier rapport
sexuel. Ces précautions se justifient par le fait que, ayant
obtenu le divorce, le conjoint qui se croit sain tout en
étant infecté peut vouloir se remarier, auquel cas il
transmettrait sa maladie au futur partenaire. Pour éviter
ces risques, il est donc prudent de pratiquer des tests de
dépistage préalablement à toute démarche de divorce et de
remariage.
Dr El-Khayat a parlé également de la possibilité de
contamination des enfants par une infirmière chargée de leur
donner les soins. Ma question est la suivante : Par quelle
voie une telle contamination peut-elle se produire : par les
simples contacts usuels ou par la présence rapprochée avec
ces enfants ? On pourra soulever la même question concernant
les relations étroites unissant une mère malade et son
enfant. S'agit-il là encore d'un facteur de transmission de
la maladie ? Je voudrais qu'on nous donne des
éclaircissements plus précis sur ce point.
Le Sida est-il une maladie mortelle ? A mon avis, au lieu de
poser le problème en ces termes, il faudrait plutôt
s'interroger sur les conséquences de cette maladie, les
problèmes qu'elle engendre et les solutions légales qu'il
convient de leur apporter. Il faut donc prendre des
dispositions qui s'imposent pour préserver les intérêts du
malade du Sida et ne pas juger prématurément ses actes comme
ceux d'un moribond. J'attends donc de nos docteurs de la Loi
plus de précisions sur cette question. Je vous remercie.
* Président, Dr Abdelwahhab Fawzan
Je vous remercie, et maintenant je donne la parole au Dr
El-Khayat et Dr Wahdane pour répondre aux questions qui
viennent d'être posées.
* Dr Helim Wahdane
Je rappellerais tout d'abord que le VIH n'infecte pas les
spermatozoïdes. Ce virus reste en effet confiné dans les
lymphocytes et dans les autres sécrétions composant le
liquide spermatique. La preuve c'est qu'il a été possible
pour des hommes séropositifs d'avoir des enfants en
recourant à une technique de fécondation particulière.
Celle-ci consiste à isoler les spermatozoïdes à partir du
liquide séminal par centrifugation de l'éjaculat. Les
spermatozoïdes ainsi sélectionnés seront ensuite réinjectés
à la femme. Sur une population de deux cents bébés obtenus
par cette méthode procréative, aucun ne s'est avéré
séropositif, pas plus d'ailleurs que leurs mères. Il semble
donc que cette technique ne comporte aucun risque de
transmission du Sida.
Pour répondre à la question du Dr Saoud Thabiti au sujet de
la "fréquentation des prostituées", je dirai que seuls les
rapports sexuels avec celles-ci sont une cause de
contamination. Les autres contacts ordinaires que l'on peut
avoir avec des malades du Sida, y compris parmi ses
familiers et ses proches parents, ne comportent aucun
risque, comme l'attestent les études médicales faites dans
ce sens.
Quant à la transmission du VIH par voie transfusionnelle, il
faut rappeler que le sang et les constituants cellulaires
sont effectivement contaminants ; en revanche, les produits
sanguins soumis à une grande température lors de leur
préparation et traités selon les techniques de contrôles les
plus rigoureuses, se trouvent débarrassés de toute présence
virale active.
S'agissant de la possibilité de contamination par morsure,
des rapports médicaux signalent effectivement le cas d'un
enfant infecté suite à des morsures répétées d'un frère
séropositif. Une morsure profonde entraîne en effet le
contact de la salive avec le sang de la personne mordue.
Pour une infection virale comme le Sida, l'état de latence
coïncide avec la phase pendant laquelle le virus présent
dans le sang continue son action destructrice contre les
cellules cibles sans que cela se manifeste par des signes
pathologiques visibles. Mais pendant ce stade
asymptomatique, le sujet porteur du VIH peut transmettre le
virus à travers le sang ou le sperme. Les cellules sanguines
se forment et se renouvellent de façon rapide et permanente
dans la moelle osseuse. Elles diminuent cependant
progressivement à mesure que l'infection virale progresse et
s'intensifie.
J'en arrive au risque d'infection des enfants par des
personnels soignants (infirmières séropositives, par
exemple) : ces dernières, comme cela a été souligné par Dr
El-Khayat, ne peuvent transmettre le virus qu'en cas de
blessures ou d'écorchures permettant le contact de leur sang
avec celui de la personne confiée à leurs soins. Ainsi, pour
un chirurgien séropositif portant les gants, le risque de
contaminer le patient au cours d'une intervention d'une
heure, est de 1 sur 5.000. C'est donc une probabilité
infime, comparée par exemple au risque de mourir de
l'anesthésie qui est de l'ordre de 1 sur 10.000.
* Dr Haytham El-Khayat
Je commence par la question du Dr Mohammad Abdessalam au
sujet du mariage précoce en réaffirmant ce que j'ai déjà
dit, à savoir qu'il constitue le meilleur moyen de
protection contre l'infection au VIH ; il doit donc être
encouragé par l'Etat et les éducateurs. Cependant, il
importe de préciser que la fille mariée très jeune peut ne
pas être physiquement mûre, son appareil reproducteur
n'ayant pas atteint son plein développement. Et dans ce
cas-là, la grossesse peut donner lieu à des complications
susceptibles de nuire sérieusement à la santé de la mère.
C'est pourquoi il est médicalement recommandé d'éviter les
grossesses très précoces ou très tardives, de même qu'il est
bien indiqué à une femme d'espacer les naissances, pour
pouvoir donner à chacun de ses enfants tous les soins
nécessaires pour son épanouissement, y compris l'allaitement
au sein pendant une période suffisante. On lit à ce sujet
dans le Coran : "les mères qui veulent donner à leurs
enfants un allaitement complet les allaitent deux années
entières" (II, 233).
Les risques d'infection par voie sexuelle existent aussi
bien pour l'homme que pour la femme. Ils sont cependant plus
élevés pour cette dernière, du fait que le liquide
spermatique se répand à travers ses voies génitales et y
reste assez longtemps pour que les virus s'infiltrent dans
ses muqueuses. Il n'en va pas de même pour le mari qui se
débarrasse assez vite des sécrétions vaginales de sa
partenaire.
J'en arrive à la question de savoir si le Sida est une
maladie de la mort. Après avoir étudié le cas de personnes
atteintes par cette maladie, on a constaté que leur
espérance de vie ne dépasse guère une dizaine d'années.
Est-ce à dire qu'elles mourront fatalement après dix ans ?
Pas tout à fait ! car ces malades peuvent - par la volonté
de Dieu- survivre longtemps, tout comme il est possible
qu'on découvre entre-temps des remèdes efficaces contre
cette maladie. L'atteinte par le Sida signifie-t-elle une
mort imminente ? Nous avons essayé de donner des éléments de
réponse à cette question d'un point de vue médical. Nous
laisserons à nos collègues le soin d'en discuter les aspects
juridiques.
* Président, Dr Abdelwahhab Fawzan
Nous poursuivons la discussion des aspects médicaux de notre
sujet, et je passe la parole au Dr Ahmad Imam.
* Dr Ahmad Imam
Je voudrais savoir si l'excision des filles favorise
l'infection à VIH ? Dispose-t-on de données statistiques
fiables a ce sujet ?
La pratique de l'excision est inexistante en Europe et tend
à régresser dans les pays islamiques. Ma question est la
suivante : a-t-on fait des études sur l'incidence positive
ou négative de cette pratique sur la contamination par le
Sida ?
* Dr Abdallah Mohammad
Pour pouvoir formuler des normes légales au sujet du Sida,
il faut d'abord en élucider les différents aspects médicaux.
C'est ce que nous sommes en train de faire maintenant. En
fait, les Codes du statut personnel ne mentionnent pas
expressément des maladies comme la tuberculose, la syphilis
ou le Sida. Ils se contentent de fixer des normes de portée
générale en stipulant par exemple que toute maladie
affectant l'un des conjoints peut justifier la dissolution
du mariage si elle est suffisamment tenace et dangereuse
pour être susceptible de nuire à la santé de l'autre
partenaire. Le Sida répond-il à ces critères ? On devra
répondre à cette question avant de pouvoir émettre des avis
qui serviront de fondement à des décisions juridiques ou
légales.
Ma deuxième question concerne les taux d'infection à VIH
selon les divers modes de contamination (le rapport sexuel,
la transfusion sanguine etc) : y a-t-il à ce sujet des
statistiques concordantes et suffisamment représentatives ?
Par ailleurs, j'ai lu quelque part que même la salive et les
larmes peuvent transmettre le virus. Là encore, j'aimerais
savoir s'il y a des données chiffrées précises.
Certains intervenants ont utilisé pour parler de rapports
sexuels entre l'homme et la femme l'expression "byana
al-jinsayan" ce qui revient à dire quelque chose comme :
entre "deux genres", ou "deux espèces" ; or, l'homme et la
femme sont l'un et l'autre des individus du même "genre"(jins),
en l'occurrence le genre humain. Il y a donc lieu de
préciser le sens des termes employés pour ne pas confondre
relation entre les sexes opposés (hétérosexuel), entre deux
individus du même sexe (homosexualité) et entre deux
individus d'espèces différentes (l'homme et le singe par
exemple) !
* Dr Abnan Saqqal
Je voudrais poser une question à propos de la technique de
la F.I.V.T.E (fécondation in vitro et transfert d'embryon)
qui, dit-on, est de plus en plus accessible et apporte des
solutions satisfaisantes aux problèmes de stérilité. Un
collègue a dit tout à l'heure qu'une femme dont le conjoint
est séropositif peut recourir à ces techniques de
procréation artificielle du moment que les spermatozoïdes,
séparés du liquide séminal, ne portent pas de virus. Ma
question est la suivante : s'agit-il là de faits vérifiables
et vérifiés ou de simples hypothèses ? D'autre part, ne
serait-il pas prudent de faire passer des tests de dépistage
à la future mère avant de lui implanter les spermatozoïdes
de son mari? Merci.
* Dr Mohammad El-Bar
Outre les quatre modes de contamination bien connus,
existe-t-il d'autres voies de transmission du VIH ? Je pense
par exemple à la transplantation d'organes ou à la
fécondation in vitro, à laquelle un collègue vient de faire
allusion. Dans la région du Golfe, 14 cas de séropositivité
ont été recensés jusqu'à 1990. Certaines des personnes
atteintes ont déjà développé la maladie. En Inde,
rapporte-t-on, des patients ont été infectés par le VIH
suite à une greffe de rein. Cela s'explique par le fait que
dans ce pays les dons d'organes ne sont pas soumis au test
de dépistage systématique du VIH, précaution absolument
nécessaire si l'on veut éviter aux patients en attente d'un
greffon le danger d'une maladie encore plus redoutable.
L'usage des instruments à tranchant peut être à l'origine
d'une infection au VIH, comme semble le confirmer le cas
d'un vieux bédouin que j'ai rencontré dans un hôpital
saoudien où il se faisait soigner. Interrogé sur les raisons
possibles de son infection, ce bédouin, qui n'a jamais vécu
dans le milieu urbain, affirme n'avoir pas été transfusé ;
il n'avait pas non plus de relations sexuelles suspectes
puisqu'il souffrait d'une impuissance sexuelle depuis des
années. Il reconnaît en revanche avoir recours à maintes
reprises à la saignée. Il est donc probable qu'il soit
contaminé par les instruments souillés d'un guérisseur
traditionnel.
A propos du mariage précoce, je voudrais rappeler l'étude
qui a été faite en Arabie Saoudite sur un échantillon de
2000 mères appartenant aux différentes tranches d'âges.
Cette étude publiée dans une revue médicale fait ressortir
que les femmes de moins de 16 ans ou de plus de 25 ans
connaissent des grossesses parfois difficiles et que l'âge
idéal pour avoir des enfants se situe pour une femme entre
16 et 26 ans. Pourtant, dans certaines régions comme Abha et
Assir, des filles de 12 ans ont pu enfanter sans trop de
complications. En tout cas, ces grossesses n'ont pas eu sur
la santé de ces mères les effets néfastes que la médecine
enseignée à l'université nous faisait craindre. Il paraît
ainsi que dans les régions que je viens de citer, les filles
parviennent précocement à maturité. Pour résumer, je dirai
que les risques de complications liées à la grossesse
existent, certes, pour les mères trop jeunes ou ayant
dépassé la trentaine, mais il ne faut pas en exagérer
l'importance.
Pour terminer, je propose comme recommandation que des tests
de dépistage prénuptial et prénatal soient rendus
obligatoires pour prévenir des maladies infectieuses,
héréditaires, ou autres. Merci.
* Dr Abou Al-Foutouh
Je saisis l'occasion de la présence parmi nous du Dr Ousama
Raslan, spécialiste en microbiologie, pour lui poser
quelques questions.
On sait que le virus du Sida s'introduit pour y vivre dans
les cellules immunitaires ou nerveuses. Ma question est la
suivante : ce virus peut-il vivre à l'extérieur des cellules
? Et pour combien de temps ? Est-il sécrété (sic!) comme les
autres sécrétions de l'organisme comme la salive par exemple
?
* Président, Dr Abdelwahhab Fawaz
Je passe à présent la parole au Dr Wahdan pour répondre à
ces questions.
* Dr Helmi Wahdane
Je précise tout d'abord, en réponse à la question du Dr
Ahmad Imam, que l'excision "à la pharaonienne" qui consiste
en l'ablation d'une grande partie des organes sexuels
externes de la femme (clitoris, vulve), est susceptible de
favoriser les lésions cutanées se traduisant, pendant l'acte
sexuel, par des saignements. Or le sang, comme chacun le
sait, est un vecteur d'infections. Ce qui explique que les
rapports anaux sont plus propices à la transmission de
maladies sexuellement transmissibles.
Pour répondre à la question du Dr Abdallah sur les taux
d'infection par le Sida, je dirai qu'ils sont établis sur la
base d'enquêtes portant sur un nombre de couples dont l'un
des membres est séropositif. Ces enquêtes cherchent par
exemple à savoir le nombre de rapports au cours d'une
période donnée, le moment supposé de la première infection
et d'autres pramètres encore qui permettent d'obtenir une
évaluation chiffrée approximative.
Quant à la possibilité de contamination par la salive et les
larmes, je dois préciser que pour qu'il y ait infection, il
faut une certaine "dose" d'éléments contagieux. Donc, en
deçà d'un "seuil de contagiosité" déterminé, point de
contamination. Cela j'en ai fait l'expérience lorsque j'ai
été amené de par ma profession de médecin à traiter et à
côtoyer pendant un certain temps des gens atteints de
choléra sans être moi-même contaminé. La contagiosité dépend
donc de l'exposition à une quantité suffisante d'agents
infectieux. Dans le cas du Sida, seuls le sang et le liquide
spermatique peuvent véhiculer une population virale
suffisamment nombreuse pour être contaminante. On peut
évidemment trouver une certaine proportion d'éléments viraux
dans d'autres sécrétions comme la salive, l'urine ou la
sueur, mais pas assez pour provoquer une infection.
J'en arrive à la question du Dr Adnan Saqal au sujet de la
fécondation in vitro. La méthode évoquée par ce collègue et
qui consiste à isoler les spermatozoïdes par centrifugation
(avant leur mise en contact avec les ovules) semble tenir
ses promesses. Les études faites sur une cohorte de femmes
fécondées au moyen de cette technique n'ont révélé aucun cas
d'infection. Cette méthode procréative peut donc être utile,
à condition de prendre les précautions nécessaires pour
préserver la santé de la mère et celle de son bébé.
Les transplantations d'organes -et là je réponds aux
questions du Dr El-Bar- peuvent effectivement être à
l'origine de l'infection par le VIH ou autres agents
pathogènes, à en croire les études rapportant qu'un certain
nombre de personnes ont été contaminées suite à une greffe
de la cornée ou du rein. Mais les risques de contamination
par cette voie ont considérablement diminué depuis
l'instauration de tests de dépistage sur les dons
d'organes.
En ce qui concerne la détection de la séropositivité, il est
important de souligner que les examens de routine ne nous
renseignent pas là-dessus. Il faudra pour cela faire appel à
des tests de dépistage plus efficaces comme le test Elisa et
confronter parfois les résultats de plusieurs tests (Western
Blot, technique d'amplification génétique, ou PCR) pour
pouvoir établir un diagnostic positif ou négatif fiable non
pas à 100% mais...disons à 99%. Car le "risque zéro"
n'existe pas dans ce domaine.
Les instruments à tranchant comme les rasoirs à main des
barbiers ou les outils utilisés par les guérisseurs
traditionnels pratiquant la saignée peuvent également
transmettre le virus s'ils sont souillés de sang contaminé
encore frais.
La survie du virus en dehors des cellules dépend en fait de
plusieurs facteurs. Une serviette couverte de sang dans une
salle d'opération offre un terrain favorable au maintien des
virus en vie et donc à leur contagiosité. A l'inverse, une
goutte de sang vite asséchée ne permet pas la survie du
virus du Sida au delà de quelques secondes. D'ailleurs, très
fragiles ex vivo, ce dernier ne résiste pas à une
température élevée.
* Dr Haytham El-Khayat
Je crois que le Dr Abdallah Basslamah a des choses à dire
sur les grossesses précoces.
* Dr Abdallah Basslamah
Permettez-moi tout d'abord de rappeler dans ce contexte le
cas, célèbre dans la littérature médicale, de la fille
péruvienne qui est tombée enceinte et a enfanté à l'âge de 5
ans ! Certes, pour une femme, l'âge idéal pour avoir des
enfants se situe entre 18 et 24 ans. Mais ce n'est pas une
règle absolue, surtout que les progrès de la médecine
permettent actuellement une surveillance attentive de la
femme enceinte, ce qui évite les complications et rend les
couches moins douloureuses.
* Dr Ibrahim Essayad
Nous attendons de nos confrères médecins des explications
claires et précises sur le sujet soumis à notre examen. Ces
éclaircissements sont nécessaires pour pouvoir définir
l'attitude de la Charia en la matière. Les docteurs de la
Loi, auxquels revient la charge de formuler les normes et
les solutions légales, partent du principe de la "forte
présomption" (ghalabat az-zann). Les médecins, eux, parlent
un autre langage, citent des pourcentages... cette méthode
ne permet pas aux jurisconsultes d'avoir des informations
suffisantes pour qu'ils puissent exprimer leurs avis sur la
question. On a déjà constaté ce problème lors des
précédentes sessions de l'Organisation islamique. Ainsi, on
relève par exemple des divergences d'opinion nettement
marquées entre les médecins et les docteurs de la Loi au
sujet du préservatif. Or, d'après mes lectures personnelles,
on ne peut pas garantir à 100% l'efficacité de ce moyen de
protection. Notre confère de l'université Oum Al-Qurâ a
parlé du liquide (spermatique) de l'homme et des sécrétions
de la femme en précisant que ces dernières peuvent déborder
sur le pubis du conjoint ... et si cette partie du corps
présente des lésions résultant du rasage et non cicatrisées
? Cela ne pourrait-il pas faciliter l'infection ? Malgré ces
risques, les fabriquants de préservatifs nous assurent avoir
mis au point le moyen le plus sûr contre les contamination
par voie sexuelle. Pour un usage correct de ce dernier, on
vous conseille de respecter scrupuleusement les consignes
suivantes : enfiler soigneusement la capote après érection
complète et préalablement à la pénétration ; veiller à
couvrir toute la verge ; ne pas la retirer avant la fin du
rapport sexuel... or, après éjaculation, le préservatif peut
facilement se déchirer suite au dégonflement de l'organe
viril et laisserait ainsi pénétrer dans les voies génitales
de la femme une partie du liquide spermatique. Ce qui
constitue là encore un élément de transmission de maladies.
Cela les gens, en Europe et en Amérique, continuent à
l'ignorer superbement et affichent sans vergogne des
publicités vantant les mérites du préservatif". Il s'agit là
pourtant d'un moyen pas toujours commode, qui peut se rompre
et qui ne permet pas d'éviter tout contact avec les
sécrétions de la femme. En ce sens, il ne protège pas
efficacement contre les infections qui peuvent être
favorisées par la présence de lésions chez l'un ou l'autre
partenaire. Au Koweït, on est d'accord pour admettre que
l'éducation de la jeunesse, la sensibilisation aux problèmes
de santé, passe par l'édification religieuse et l'éveil du
sens moral. La notion de sex safer n'a pas de sens dans nos
sociétés islamiques.
Il y a un autre point sur lequel je ne suis pas d'accord
avec les docteurs Wahdane et El-Khayat. C'est au sujet de
l'excision (khafd). Le prophète a dit, s'adressant à une
"exciseuse" : "Excisez mais n'abusez pas". Il ne s'agit pas
de l'excision "à la pharaonienne" ou "à la nubienne" si
décriée et qui donne une mauvaise image de la région. La
bonne excision (khafd) consiste tout simplement à enlever la
partie la plus saillante (du clitoris) qui provoque des
irritations au contact avec les sous-vêtements ; et cela
n'affecte en rien l'entrée du conduit vaginal et ne peut en
aucune façon favoriser les lésions ou les déchirures. Je ne
suis pas d'accord non plus avec Dr Wahdane pour dire que la
pénétration anale provoque des lésions...car certaines
personnes sont d'une constitution robuste ... en fait,
c'était l'explication qu'on donnait avant que les recherches
immunologiques ne montrent que c'est le sperme lui-même qui
fragilise l'endroit où il se dépose. Cette propriété du
sperme a un avantage formidable : sans elle en effet -et
c'est là un signe de la bienveillance divine- ce liquide
serait rejeté par la défense immunitaire de la femme et les
spermatozoïdes seraient incapables d'atteindre et de
féconder l'ovule. Le sperme a donc le pouvoir de réduire la
résistance de la surface avec laquelle il est mis en contact
; il peut ainsi rendre les muqueuses anales plus vulnérables
à l'infection par le VIH. Les risques de contamination par
cette voie doivent de ce fait être plus élevés qu'on le
laisse entendre. Je voudrais donc demander sur ce sujet des
explications plus claires. Les docteurs de la Loi, pour se
prononcer en la matière, ont besoin d'une évaluation
chiffrée plus précise de ces risques.
* Dr Mohammad Taha Jassir
Lorsque en tant que médecin anesthésiste je préparais une
étude sur les mesures préventives à prendre en milieu
chirurgical pour éviter la transmission du Sida, je suis
tombé sur des rapports plus anciens faisant état d'un
certain nombre de cas de contamination au VIH parmi les
personnes opérées. Ces accidents sont dus à l'insuffisance
des moyens de prévention disponibles à l'époque.
Aujourd'hui, on connaît les précautions qu'il faut prendre,
mais le problème c'est qu'on ne peut pas les respecter avec
tous les patients, séropositifs et autres.
L'autre difficulté c'est qu'on entend beaucoup parler du
Sida, mais on manque d'informations précises sur le nombre
exact par exemple de malades. Notre confrère Dr Ali a dit
qu'il ne faut pas avoir une attitude méprisante à l'égard de
ces derniers, qui méritent plutôt notre compassion, d'autant
plus que certains d'entre eux peuvent avoir été contaminés
pour une raison indépendante de leur volonté. Le regard
négatif des autres sur eux pousse les sidéens à cacher leur
maladie, continuant ainsi à contaminer d'autres personnes au
lieu de nous aider à leur apporter très tôt les soins
nécessaires. Il faut donc traiter les malades du Sida avec
respect, amabilité et franchise pour les encourager à
accepter les traitements et la surveillance médicale et
protéger ainsi la société contre l'extension de l'épidémie.
"Dieu est le meilleur protecteur. Il est le plus
miséricordieux parmi les miséricordieux" (Coran).
* Dr Ahmad El-Qadi
On a entendu plusieurs orateurs affirmer que le Sida est une
maladie pour laquelle il n'existe pas de traitement curatif.
Cela explique que les spécialistes mettent l'accent surtout
sur la prévention. Nous autres musulmans sommes fiers de
l'apport original de notre religion dans ce domaine. Mais on
ne devrait pas se contenter de vanter les valeurs de
l'Islam. Les oulémas musulmans ont également pour rôle
d'éduquer la société et de cultiver la vertu. S'agissant du
traitement de la maladie, il importe de souligner
l'existence de moyens curatifs autres que ceux conçus par la
médecine moderne. Celle-ci focalise ses efforts sur
l'éradication du virus, considérant que c'est là le seul
moyen d'éliminer la maladie. Une autre approche consistera à
restaurer ou à renforcer la résistance naturelle de
l'organisme, en rendant les cellules immunitaires plus aptes
à détruire le virus actuel ou ses variantes futures. Or,
l'un des problèmes majeurs dans ce domaine c'est que le VIH,
doué d'une étonnante variabilité génétique, acquiert
rapidement de nouveaux caractères. Ce qui rend difficile la
mise au point d'un vaccin permettant de prévenir l'infection
ou d'un médicament assez efficace pour tuer le virus. Les
procédés thérapeutiques susceptibles de stimuler la défense
immune sont nombreux. Ils peuvent agir soit directement sur
les cellules cibles, en l'occurrence les lymphocytes
auxiliaires, soit indirectement sur les cellules tueuses
souvent affaiblies chez les sujets atteints de Sida.
D'autres moyens existent qui permettent de lutter contre la
maladie. Parmi ceux-ci, on peut citer à titre d'exemple :
1- le régime alimentaire : on devra essayer dans la mesure
du possible d'observer les règles diététiques enseignées et
mises en pratique par le Prophète ;
2- utilisation de certaines plantes médicinales ou autres
substances nutritives ou médicamenteuse : gingembre, cumin
noir, ail, vitamines C, A, D... ;
3- la pratique du jeûne ;
4- la pyrétothérapie, qui consiste à provoquer
artificiellement une hyperthermie dans un but thérapeutique
;
5- pratique d'exercices psychologiques et spirituels
favorisant la quiétude et la sérénité de l'âme et
prémunissant contre l'angoisse et les accès de la
mélancolie;
6- exercices physiques modérés ;
7- désintoxication du corps en éliminant à l'aide de
dissolvants les éléments nocifs apportés par la pollution
tels les minéraux lourds ;
8 - acupuncture.
L'effet thérapeutique de ces recettes, et cela a été prouvé,
se manifeste par une restauration complète ou une
amélioration partielle des fonctions immunitaires des
malades, y compris ceux atteints de Sida ou de cancer. J'ai
d'ailleurs plusieurs diapositives illustrant l'importance de
l'effet bénéfique induit par le traitement utilisant
partiellement ou totalement les formules thérapeutiques
précitées. L'une de ces images montre l'amélioration
intervenue au niveau de certaines cellules considérées
comme l'une des cibles privilégiées du VIH, en l'occurrence
des lymphocytes T auxiliaires dont on a vu augmenter le taux
( 3 à 4 fois par rapport au niveau initial). Il a été
possible également d'obtenir une amélioration quantitative
et qualitative des cellules tueuses.
Il y a autre chose. On peut s'attaquer au virus
indépendamment de la présence des lymphocytes T auxiliaires.
Ces méthodes thérapeutiques non conventionnelles, qui ont
déjà eu des résultats encourageants, promettent de se
développer encore davantage à l'avenir. Il faut donc que la
médecine leur accorde l'intérêt qu'elles méritent en cessant
de fonder trop d'espoir sur la recherche de vaccin ou de
substance anti-virale. Il est plus raisonnable en effet
d'essayer de stimuler et de renforcer les mécanismes
immunitaires naturels et de permettre ainsi à l'organisme de
se débarrasser du virus en mobilisant les moyens de défense
dont Dieu, par Sa grâce, l'a doté.
* Dr Hamdâti Mâalaynayn
Ma question est la suivante : les sages-femmes peuvent-elles
être contaminées au moment de l'accouchement ? Si ce risque
existe, quelles sont les précautions à prendre pour le
prévenir, surtout dans les sociétés où les accouchements ne
se font pas toujours dans les maternités ?
* Dr Ousama Raslan
Je voudrais soulever un certain nombre de points :
1- La transmission du Sida se fait lors des relations
sexuelles irrégulières et extra-conjugales, (les personnes
légalement mariées et réciproquement fidèles étant à l'abri
de cette infection). Le virus va ainsi s'attaquer aux
cellules des gens infectés pour avoir transgressé l'ordre
normal des choses. La vulnérabilité de ces gens face à
l'agent contagieux est-elle en rapport avec leur
comportement sexuel immoral ?
2- Les sécrétions et les liquides biologiques peuvent être
soumis aux tests de dépistage pour mettre en évidence une
éventuelle infection. Un diagnostic peut être établi
rapidement. Des techniques d'analyse utilisées par certains
laboratoires aux U.S.A, permettent de mesurer la quantité de
virus présente dans la salive. L'OMS et les ministères de la
santé devraient conjuguer leurs efforts dans ce domaine pour
réduire les coûts de ces tests.
3- L'OMS est consciente de la gravité du Sida et considère à
juste titre que la lutte contre cette épidémie nécessite un
engagement collectif. Il faudra donc s'attaquer aux
problèmes les plus urgents et s'occuper des groupes les plus
exposés aux risques de contamination: les médecins et les
malades en contact avec les sidéens, les personnes traitées
par hémodialyse, les receveurs d'organes...la protection des
gens contre le redoutable fléau du Sida et la généralisation
des tests de dépistage exigent le déploiement d'une série
d'actions drastiques en coopération avec l'OMS et les autres
institutions internationales.
4- Ma dernière question concerne l'isolement des sidéens :
peut-on envisager une mise en quarantaine de ces derniers ?
* Dr Salah 'Id
1- Au cours du débat, j'ai entendu dire que la fièvre
provoquée peut tuer des agents infectieux. Je voudrais
savoir quelles sont les particularités physiques et
chimiques du VIH ? Quel est le degré de sa résistance à la
chaleur ? En d'autres termes, à partir de quel degré de
température il ne peut plus survivre (niveau équivalent ou
supérieur au degré d'ébullition)? La grande chaleur combinée
à une haute pression suffit-elle à le tuer ?
2- Quel est également le degré de résistance du virus à
l'absence d'humidité ? Combien de temps peut-il survivre
dans un milieu sec ?
3- Résiste-t-il à l'acidité et dans quelles proportions ?
Peut-il par exemple être tué par l'acidité de l'estomac ou
dégradé sous l'action des enzymes digestives? Ces points me
paraissent essentiels pour mieux comprendre le virus et
définir par conséquence des stratégies de protection plus
efficaces. Ne dit-on pas que prévenir vaut mieux que guérir
? Merci.
* Président, Dr Abdelwahhab Fawzan
A présent, je passe la parole à nos confères Dr Wahdane et
Dr El-Khayat pour répondre à toutes ces interrogations.
* Dr Wahdane
J'aimerais tout d'abord m'adresser au Dr Essayad qui nous a
attribué des choses dont nous n'avons pas parlé au cours de
cette session. Ainsi, il n'a été nulle part question dans
nos interventions de sex safer, ni d'homosexualité
masculine. Nous avons évoqué en revanche le cas des couples
dont l'un des membres est porteur de VIH. Peut-on leur
conseiller l'usage du préservatif ? Y a-t-il d'autres
solutions ? Dr El-Khayat a souligné par ailleurs le fait que
les risques d'infection sont plus importants pour la femme
que pour l'homme. L'homosexualité est une autre pratique
perverse et dangereuse, j'en conviens, mais nous n'avons pas
abordé ce problème.
A la question du Dr Taha Jassir sur les mesures préventives
liées à la pratique de la chirurgie, je répondrais que dans
les facultés de médecine on nous a enseigné que les
interventions chirurgicales comportent effectivement des
risques de contamination. Pour prévenir ces risques, il faut
donc observer scrupuleusement les règles et les précautions
d'usage, et ce, quelles que soient la personne soignée et la
maladie dont elle souffre. Car, outre le Sida, il existe
d'autres maladies infectieuses tout aussi redoutables :
l'hépatite B, par exemple. Il faut donc prendre toutes les
mesures nécessaires pour protéger les patients contre les
contaminations en milieu hospitalier.
Le Dr Ahmad El-Qadi se demande s'il existe un traitement
curatif contre le Sida. Ma réponse est que malheureusement
aucun des moyens thérapeutiques disponibles aujourd'hui ne
permet de vaincre le virus et de faire retrouver au malade
son état de santé normal. Toutefois, pour aider ce dernier à
supporter sa maladie, une triple thérapie peut être
envisagée, comprenant :
* des médicaments anti-viraux destinés à bloquer la
multiplication du virus et donc l'infection d'autres
cellules;
* des traitements immunostimulants visant à renforcer les
capacités immunitaires du patient ;
* des traitements prophylactiques permettant de prévenir ou
de guérir les infections opportunistes.
La dernière catégorie est la plus accessible. Elle comprend
des antibiotiques prescrits par exemple contre l'affection
pulmonaire (pneumocystose). Mais l'efficacité thérapeutique
de ces médicaments varie selon les malades. L'autre
inconvénient est que le malade doit prendre ces médicaments
cinq fois par jour et de façon permanente. Mais, comme l'a
souligné Dr El-Khayat, aucun remède ne permet de guérir
définitivement le Sida ; avec les médicaments disponibles
actuellement, on peut tout au plus espérer améliorer les
capacités immunologiques du patient. On peut tuer les virus
mais pas arrêter définitivement l'infection. Des tentatives
intéressantes mais infructueuses ont été entreprises dans ce
sens aux U.S.A. Ainsi, on a tenté le remplacement du sang du
malade...mais le virus réapparaît dans la moelle osseuse ;
on a même pensé au début de la maladie à transplanter aux
patients une greffe de moelle osseuse, mais le virus est
toujours là, car il a entre-temps envahi les cellules
cérébrales qui, elles, ne sont pas remplaçables.
Dr Mâalaynayn voulait savoir si une sage-femme peut
contaminer une accouchée ou vice-versa : c'est à mon avis
une probabilité qu'il ne faut pas exclure étant donné que le
sang et autres liquides qui accompagnent l'accouchement
peuvent être contaminés.
Dr Raslan a soulevé la question des relations sexuelles
déviantes. Nous n'avons pas parlé spécialement de ce type
de relations. Nous avons tout simplement dit que les
rapports sexuels, anormaux ou pas, constituent la cause
principale de la transmission du VIH. La voie sexuelle est
en effet à l'origine de plus de 90% de cas d'infection dans
certaines régions. Les groupes "les plus exposés aux risques
de contamination" sont en fait ceux qui ont des
comportements à risque comme les débauchés, les prostituées
et les toxicomanes. La drogue, on le sait, fragilise
physiquement et psychologiquement l'individu.
Quant aux méthodes thérapeutiques comme l'hémodialyse, il
n'a pas été prouvé qu'elles peuvent être source de
contamination. Par contre, l'usage thérapeutique
d'instruments d'incision non stérilisés peut provoquer
l'infection.
Pour répondre à la question de Dr Salah au sujet des
propriétés physiques et chimiques du VIH, je dirais tout
simplement que ce virus très fragile est incapable de
survivre longtemps en dehors de l'organisme hôte.
* Dr Haytham El-Khayat
Je voudrais dire au Dr Essayad que l'O.M.S n'a pas une
position unifiée au sujet des pratiques sexuelles qu'il a
évoquées. Ainsi, la région Est de la Méditerranée que nous
représentons ici n'a rien à voir avec le soit-disant safer
sex. Il n'est absolument pas question pour nous de chercher
à justifier des pratiques sexuelles illégitimes, ou
d'envisager les moyens de les rendre "sûres", de les
protéger. Nous avons tout simplement essayé de trouver des
solutions à des situations de fait engendrées par
l'irruption chez nous d'une dangereuse épidémie venue de
l'étranger avec son lot de contaminations accidentelles ou
induites par des comportements à risque.
Certes, l'ampleur de l'épidémie du Sida est limitée dans nos
pays (grâces en soient rendues à Dieu). Mais n'empêche qu'il
y a parmi nous un certain nombre de personnes atteintes et
des gens tentés par le péché. Or, il suffit parfois d'une
seule faute pour attraper la maladie : que doit-on faire
dans ce cas-là pour protéger le conjoint sain? Est-il juste
de le laisser expier pour une faute qu'il n'a pas commise ?
On essaiera ainsi d'évaluer les risques et d'envisager les
moyens les plus sûrs pour les prévenir. Le Dr Essayad, qui
préfère qu'on utilise des expressions juridiques comme
"forte présomption", nous reproche de parler en terme de
pourcentages. Ces derniers permettent pourtant d'avoir une
appréciation très juste des faits considérés. En plus, ils
sont facilement interprétables. Le Dr Abdallah Basslamat a
d'ailleurs procédé au recoupement des différents taux
concernant l'infection du foetus par la mère pour en
conclure que la probabilité qu'une telle infection survienne
équivaut à ce que les jurisconsultes appellent la "forte
présomption" (ghalabat az-zann).
Les tests et les mesures préventives dont parlent les
tenants du safer sex ne sont pas toujours pratiques et
efficaces. Les erreurs dans ce domaine sont inévitables. De
plus, la propagande faite autour du "sexe sûr" par la
communauté gay est absurde. Mais en Occident, le lobby
homosexuel, très puissant, parle d'une même voix et entend
imposer sa vision des choses au reste du monde. Toutes ces
manoeuvres me paraissent scandaleuses.
Lors d'une conférence en Inde où tout le monde recommandait
à l'unanimité l'usage du préservatif, notre confrère Hussein
Jazairi est intervenu pour expliquer que cette attitude est
irréaliste, voire absurde : est-il possible, fait-il
remarquer, de généraliser l'usage du préservatif dans un
pays comme l'Inde qui compte un milliard d'habitants ?
Est-on en mesure de répondre à une demande aussi importante
? Or, la vertu, la chasteté et autres valeurs morales
recommandées par l'Islam, constituent de bien meilleures
solutions. Elles garantissent à chacun la préservation de sa
santé et de sa dignité.
Mais hélas les communautés homosexuelles et autres groupes
pervers dominent les médias internationaux et les utilisent
pour faire entendre leurs voix. Et on connaît l'influence
décisive des médias sur l'opinion publique.
Je le répète : la solution pour nous ce n'est pas le
préservatif, mais la chasteté, l'honnêteté, le respect des
prescriptions divines et des valeurs pérennes de notre
société. Merci.
* Dr Kamal Zénati
Les symptômes qui résultent du Sida peuvent se retrouver
dans d'autres infections. Je suis d'accord sur ce point avec
Dr Essayad. Les pratiques sexuelles irrégulières comme la
prostitution sont lourdes de conséquences. Les plaies et les
lésions (non cicatrisées) constituent en effet des portes
d'entrée pour les virus présents dans le liquide
spermatique. En outre, ce liquide a un effet pernicieux sur
le système immunitaire. Le Dr Ousama s'est demandé à juste
titre pourquoi ceux qui s'adonnent à la débauche sont plus
exposés que d'autres à l'infection. C'est que leur immunité
est plus fragile que celle des gens honnêtes et chastes. A
propos de la pureté justement, on lit dans le Coran : "Ils
t'interrogent au sujet de la menstruation des femmes; dis :
"c'est un mal (adhan), tenez-vous éloignés des femmes durant
leur menstruation ; ne les approchez pas tant qu'elles ne
sont pas pures" (II, 222). On avait l'habitude d'expliquer "adhan"
comme quelque chose qui fatigue le corps. On sait maintenant
que les règles entraînent un amenuisement des capacités
immunitaires de la femme et une fragilisation de ses
muqueuses génitales. Le contact avec le sperme risque donc
de rendre celles-ci plus vulnérables, et partant, de
favoriser les infections.
* Dr Omar El-Ashqar
J'ai deux questions :
1- Lorsque deux personnes atteintes de Sida se marient, cela
peut-t-il aggraver davantage leur cas ?
2- J'ai entendu dire que les pays arabes et islamiques sont
moins touchés par cette maladie, mais dispose-t-on de
statistiques précises à ce sujet ?
* Dr Saoud Thabiti
Je reviens sur la question des valeurs morales et leur rôle
dans la prévention du Sida. De fait, comme cela a été déjà
souligné, c'est la vertu et la chasteté qui constituent la
meilleure protection contre cette maudite et ravageuse
maladie. Le préservatif et autres gadgets du même genre ne
nous convainquent pas. L'homosexualité est une plaie, une
déchéance morale indigne, surtout dans les sociétés
islamiques. Le scandale rapporté par une revue islamique est
révélateur à ce sujet : un américain porteur du Sida s'est
rendu dans un pays islamique où il a été ensuite placé dans
le service des M.S.T. Mais pendant son séjour dans cet
établissement, il a réussi à avoir des rapports sexuels avec
une infirmière et à lui transmettre le virus. On a demandé
alors leurs avis à certains muftis qui dans leur
argumentation ont souligné surtout le fait que l'homme en
question a abusé de la confiance de l'infirmière. On a
oublié ainsi que dans cette affaire il s'agit aussi d'un cas
de fornication, de l'entrée dans le pays d'un malade du
Sida, que ce grave problème appelle des mesures urgentes :
expatriation du malade en cause, la prise de contact avec
les responsables pour voir ce qu'il faut faire afin de
prévenir ce genre d'incidents et remédier aux conséquences
qui en découlent...
L'attitude affichée face à ce drame ne me paraît pas
raisonnable. Il faudra donc insister dans nos
recommandations sur le fait que l'attachement à la vertu, la
rectitude morale, constituent le seul rempart sûr contre le
fléau du Sida.
Les professionnels de la santé (médecins chirurgiens,
aides-soignants, etc) et les sociétés de vente du sang et
de produits sanguins sont appelés à prendre toutes les
précautions nécessaires pour éviter la contamination des
personnes saines. Il faut qu'ils prennent leurs pleines
responsabilités et qu'ils sachent que toute négligence dans
ce sens constitue un crime contre la société et une erreur
lourde de conséquences.
Les élèves doivent également prendre garde des situations
risquées, sachant que les blessures pendant les cours de
gymnastique, par exemple, comportent des risques de
contamination. Il faut les sensibiliser à ces dangers et
prendre les dispositions médicales nécessaires en cas
d'accidents. Les associations islamiques ont un rôle
important à jouer dans ce sens. Merci.
* Dr Abdessalam Subhi Hamid
Je voudrais formuler un certain nombre de remarques et de
questions.
Tout d'abord, comment expliquer médicalement que certaines
personnes portent le virus du Sida sans avoir eu aucun
comportement à risque : rapports sexuels suspects, drogue
etc ?
J'ai lu en effet dans un livre sur le Sida publié en Egypte
qu'une équipe de médecins français en Afrique a détecté le
Sida chez des sujets qui ne sont ni des prostituées ni des
toxicomanes. On a alors soupçonné leur nourriture. D'après
la même source, une femme médecin française a essayé de
traiter un malade par une diététique spéciale. Mais cette
approche, déjà évoquée par Dr El-Qadi, n'a pas été très
efficace contre le Sida. Contre cette maladie, il faut
cependant explorer toutes les pistes. Car la préservation de
la santé est un principe fondamental en Islam. C'est dans ce
cadre que s'inscrivent du reste les interdits religieux
alimentaires en Islam (la consommation des animaux tués
accidentellement, par exemple). Or, dans certaines régions
du monde, les gens ouvrent le crâne du singe encore vivant
pour en extraire la cervelle et la manger. Ils mangent
également des vers comme on mange du spaghetti! Ces
pratiques horribles sont inimaginables dans un pays
islamique.
Ma deuxième question est la suivante : le rapport sexuel
illégitime entre un homme et une femme non porteurs du virus
peut-il être la cause du Sida ? Ou est-ce la sodomie ou
encore la drogue qui provoquent cette maladie ? L'infection
peut-elle survenir au cours d'une première relation sexuelle
illégitime ? Ou frappe-t-elle uniquement les fornicateurs
impénitents ?
J'espère qu'on aura là-dessus des explications éclairantes.
Car il est primordial d'alerter les consciences des dangers
de ces péchés mortels contre lesquels les prescriptions de
notre religion constituent le meilleur antidote.
* Dr Abderrahman Mahmoudi
Notre collègue Dr Essayad soutient que le sperme fragilise
l'endroit où il se dépose : mais cela est-il médicalement
prouvé ? J'aimerais connaître l'avis d'autres collègues sur
ce point.
D'autre part, je crois que les taux d'infection (par voie
sexuelle) avancés par certains (50 %) sont en deçà de la
réalité. Les risques sont en effet d'autant plus grands que
les rapports sont fréquents.
Enfin, je voudrais savoir s'il y a des statistiques précises
concernant les risques de contamination des enfants par
leurs nurses ou à la maternelle. Merci.
* Dr Mohammad Naim Yassine
Il est important médicalement parlant de connaître les
effets réels de l'homosexualité en tant que cause principale
de l'infection. Par ailleurs, j'ai lu quelque part que le
virus peut pousser dans les parties génitales des
homosexuels et des prostituées... dans le corps des animaux
domestiques ou dans tout autre organisme vivant. Rappelons
au passage que le Prophète recommande de prendre soin des
animaux domestiques (chats, chiens...) ou d'élevage
(dromadaires, ovins, bovins). Mais il a également mis en
garde contre l'instinct sauvage de ces animaux qui peut
resurgir d'un moment à l'autre. Il se peut du reste que le
virus (du Sida) se soit développé dans le corps humain à
partir d'une souche originellement inoffensive. L'homme peut
se prémunir contre ce virus s'il arrive à en comprendre la
nature et s'il évite les conduites sexuelles déréglées. Mais
si on n'y prend pas garde, on risque de voir d'autres virus
et autres microbes devenir pathogènes. Il est donc
fondamental de poursuivre et de promouvoir les recherches et
les expériences pour mettre en évidence les différents modes
de transmission du Sida. Le virus de cette maladie, fort
heureusement, ne se transmet pas par des contacts
ordinaires, contrairement à d'autres microbes à transmission
rapide comme celui qui infecte les voies respiratoires
(transmission par aérosol). Il est donc important de savoir
se prémunir contre cette épidémie, en se rappelant cette
Tradition du Prophète : "chaque fois que la débauche se
répand parmi un peuple, elle attire sur lui la peste et
autres fléaux que n'avaient pas connus les nations
antérieures".
Merci.
* Dr Ousama Tayeb
J'ai quelques remarques à propos de ce qui a été dit par mes
confrères Dr Thabiti et Essayed. Il est certain que la vertu
est essentielle dans la protection contre la dissémination
de la maladie. Mais il s'agit pour nous de savoir ce que
l'on doit faire dans le cas où un homme est contaminé
accidentellement ou par sa faute : Peut-on envisager la
dissolution du mariage au risque de rendre le malade et sa
famille plus malheureux encore ?
Au cours de ce débat, on a entendu dire également que lors
du rapport sexuel les sécrétions vaginales de la femme
peuvent se répandre bien au-delà de la verge: Et si cette
femme est porteuse du virus ? Quelles en seront les
conséquences pour le conjoint ? Pour prévenir ces risques,
peut-on se contenter de conseiller l'usage du préservatif ?
Toutes ces questions méritent qu'on y réfléchisse et qu'on
essaie d'y apporter des réponses. Mais la liste n'est pas
exhaustive. Il y a aussi le problème de la contraception
pour les personnes porteuses du Sida : le préservatif
constitue-t-il un moyen sûr dans ce sens ? Peut-on envisager
d'autres possibilités comme l'isolement artificiel des
spermatozoïdes que j'ai déjà évoqué? Cette approche
permet-elle le maintien de la vie conjugale avec un conjoint
séropositif ?...
Certains de nos collègues ont évalué les risques d'infection
entre époux : de 1 à 50%. Autant dire que la probabilité est
faible ! peut-on dès lors envisager la séparation du couple
en cas de séropositivité du mari et gâcher ainsi la vie
conjugale ? Certains font prévaloir le souci de préserver
la santé de la femme ; c'est oublier qu'il existe d'autres
maladies où les risques d'infection mari-femme sont certes
faibles, mais non moins fatals. Il faut savoir en outre que
le divorce peut déstabiliser psychologiquement le malade, le
déprimer, rendre sa vie insupportable. Ces risques ne
méritent-ils pas d'être pris en ligne de compte ?
Or, les jurisconsultes n'ont pas prévu le divorce dans le
cas de maladies plus facilement contagieuses, plus
redoutables encore que le Sida, comme l'hépatite B...Tous
ces points appellent une profonde réflexion.
* Abdellah El-Issi
Je voudrais soulever deux remarques. La première s'adresse
au Dr El-Khayat qui a limité à quatre le nombre des voies
de transmission du Sida. Ma question est la suivante :
est-il médicalement prouvé qu'il n'existe pas d'autres modes
de contamination ? Le virus ne se forme-t-il pas
spontanément dans l'organisme ? En d'autres termes, les 14
millions de personnes atteintes de par le monde
seraient-elles toutes infectées à partir d'une seule
personne ? ! Et cette dernière, qui lui aura transmis le
virus ? Toutes ces questions nécessitent un examen sérieux
et approfondi.
D'autre part, certains de nos collègues ont insisté sur la
possibilité pour la femme de demander le divorce en cas de
séropositivité du mari : or, s'il est prouvé que le
préservatif permet d'éviter la contamination, le juge est-il
fondé à faire droit à la requête de la plaignante ?
* Président, Dr Abdelwahhab Fawzan
Dr Wahdane, vous avez la parole...
* Dr Wahdane
Les homosexuels masculins s'exposent à beaucoup de maladies,
parmi lesquelles il y a effectivement le Sida. Mais il ne
faut pas confondre ces affections avec le Sida, maladie
contagieuse qui détruit le système immunitaire du patient,
homosexuel ou pas. L'épidémie du Sida s'est disséminée dans
le monde à la faveur des pratiques sexuelles déréglées et
autres comportements à risque. Les manifestations cliniques
de cette maladie, dans la première ou la deuxième semaines
d'infection, peuvent ressembler aux symptômes d'autres
affections comme l'influenza (fièvre etc). Il est d'ailleurs
difficile pour le médecin d'identifier à premier abord la
nature de l'infection au moyen des examens de routine, car
au début de la contamination, les anticorps n'apparaissent
pas dans le sang. Chez certaines personnes, des signes comme
la fièvre disparaissent pour réapparaître à nouveau au bout
de deux mois à peu près. Ils peuvent être accompagnés
d'éruptions cutanées. Après ce stade, le patient entre dans
une phase asymptomatique durant laquelle le virus continue
silencieusement son travail de sape contre le système
immunitaire. On constate ensuite chez le malade une perte de
poids et un gonflement des ganglions lymphatiques. La
destruction des capacités immunitaires de l'organisme
favorise l'apparition des infections dites opportunistes
provoquées par des microbes habituellement inoffensifs.
Mais, comme je l'ai déjà souligné, certaines manifestations
pathologiques du Sida se retrouvent dans d'autres maladies
comme le bacillose (amaigrissement, toux chronique, fièvre,
sueur etc). Le Sida ne s'exprime pas cependant de la même
façon chez toutes les personnes et dans tous les pays :
ainsi, en Europe et en Amérique, il se signale par des
inflammations pulmonaires, alors qu'en Afrique c'est surtout
une diarrhée persistante qui en constitue le signe
précurseur. Bref, les symptômes du Sida sont loin d'être
uniformes. L'intensité de la maladie varie également en
fonction de la voie de contamination et de l'état de santé
du sujet infecté. Ainsi, chez certaines personnes, le
déficit immunitaire se creuse très rapidement pour atteindre
le seuil critique (moins de 70% ). Le virus lui-même évolue
très vite et devient plus pathogène. Il en est d'ailleurs de
même pour d'autres germes comme celui responsable du choléra
qui, à l'origine, ne provoquait que des endémies limitées
avant de devenir pandémique. Les nouvelles souches de ce
microbe sont encore plus virulentes. A l'inverse, certaines
maladies infectieuses connaissent d'abord une phase
épidémique suivie ensuite d'un recul progressif.
Le virus du Sida poursuit inexorablement son évolution et on
ne sait pas ce qu'il va devenir. On redoute en tout cas
qu'il renforce son pouvoir pathogène. Ces craintes sont
hélas d'autant plus justifiées que le virus se présente déjà
sous plusieurs variantes, plus ou moins différenciées. Les
essais visant à mettre au point un vaccin doivent tenir
compte de la variabilité et de la répartition géographique
du virus. Le vaccin destiné à l'Afrique doit par exemple
être développé à partir de souches virales locales et ainsi
de suite.
Un collègue se demande s'il est utile pour un couple dont
les deux membres sont séropositifs de se protéger. Ma
réponse est que la protection est nécessaire même dans ce
cas de figure, car il se peut que les deux conjoints ne
soient pas porteurs du même virus. D'où la nécessité
d'éviter les surinfections en prenant à cet effet toutes les
mesures prophylactiques et thérapeutiques qui s'imposent.
Concernant les modes de transmission du VIH, il n'est pas
prouvé jusqu'à ce jour que ce virus puisse se transmettre
par voie alimentaire, par l'intermédiaire des insectes, ou
par l'air. Si c'était le cas, il y aurait autant
d'infections dans le monde islamique que dans les autres
sociétés. Il est donc clair que la contamination par le Sida
est en rapport avec les dérèglements comportementaux de
certaines communautés.
D'aucuns se demandent si le monde arabe est également touché
par le Sida. Bien sûr ! mais dans des proportions réduites
en comparaison avec les pays d'Europe et d'Amérique. En
Afrique, le pays qui connaît le taux d'infection le plus
élevé est le Djibouti. La situation est également alarmante
en Afrique du Sud.
Le Dr Abdessalam voulait savoir si les relations sexuelles
illégitimes entre deux personnes saines peuvent leur causer
le Sida. Ma réponse est qu'il ne peut y avoir d'infection
que si l'un des partenaires est déjà porteur du VIH. Ceci
est valable également pour les homosexuels masculins. Car,
qui dit infection, dit transmission de l'agent infectieux
d'un sujet à un autre.
J'en arrive au problème sans cesse reposé des taux
d'infection. Quand on dit que le risque de contamination est
de 1 ou de 2%, cela ne veut pas dire qu'on ne peut être
infecté qu'après le centième rapport ! au contraire, il est
probable qu'on soit contaminé dès la première rencontre. 2%
c'est la moyenne globale des taux d'infection par le mode de
contamination considéré.
Enfin, la contamination dans les maternelles est attribuable
aux mêmes causes que dans le milieu hospitalier, à savoir en
général les piqûres par des seringues souillées.
* Dr Abdellah Al-Issi
Pour répondre à la question concernant les modes de
contamination, je dirais tout simplement qu'en dehors des
quatre voies mentionnées par Dr El-Khayat, aucune autre
source d'infection n'est scientifiquement prouvée à ce jour.
Le virus du Sida peut-il prendre naissance dans l'organisme
? oui, sûrement ! mais l'ennui, c'est qu'on connaît très peu
de choses en somme sur ce virus et son origine. La famille
virale à laquelle appartient le VIH ne pouvait être mise en
culture et multipliée à volonté in vitro. On ne s’est
intéressé d'ailleurs à ce type de virus qu'à partir des
années 70. Le peu de connaissance dont on disposait dans ce
domaine a fait qu'on confondait le virus de
l'immunodéficience humaine avec son équivalent simien. Ce
n'est qu'en 83, après la découverte du VIH, qu'on a compris
enfin que ce dernier est fondamentalement différent du virus
détecté chez les singes verts.
* Dr El-Khayat
Je voudrais rassurer notre confère Dr Omar El-Ashqar au
sujet des statistiques relatives au Sida dans le monde
arabo-islamique, en réaffirmant ce que j'ai dit
précédemment, à savoir que nos pays sont dans l'ensemble,
grâce à Dieu, très peu touchés par cette épidémie.
Merci.
* Président, Dr Abdelwahhab Fawzan
Nous poursuivons le débat avec d'autres questions et
remarques. J'espère que ceux qui n'ont pas parlé jusqu'à
maintenant prennent la parole.
* Dr Abdelkarim Chahhada
Je voudrais préciser que la peau des organes sexuels et les
muqueuses génitales sont très fragiles chez les homosexuels
et les sujets atteints de maladies sexuellement
transmissibles en général. Il faut donc tenir compte dans ce
contexte à la fois de l'affaiblissement du système
immunitaire et de la fragilité des muqueuses et de la peau
qui sont autant de facteurs propices à l'infection par le
VIH.
* Dr Issam Charbini
Supposons qu'un jeune vienne trouver le médecin et lui dise
: "Docteur ! j'étais en voyage et j'ai cédé à la tentation
de la chair. Que dois-je faire sachant que je vais bientôt
me marier ?". La personne en question peut présenter des
symptômes comme la grippe ou être atteinte d'une autre
maladie guérissable comme le paludisme. Pour en avoir le
coeur net, le médecin peut lui indiquer des examens à faire.
Ma question est la suivante : au bout de combien de temps le
test de dépistage peut-il être concluant ? Il s'agit là en
fait d'une affaire délicate, car les signes cliniques
n'apparaissent pas au début de l'infection. En plus, ces
signes varient d'un sujet à un autre. Face à ce genre de
situations, le médecin doit donc prendre les précautions
nécessaires et orienter le patient dans la bonne direction.
* Dr Mohammad Haddad
L'homosexualité et la prostitution constituent des problèmes
qui représentent un véritable danger. Et je pense que le
Sida, tout comme les autres M.S.T (blennorragie, syphilis,)
n'est que la conséquence de comportements anormaux. Au
Bahreïn où j'exerce comme médecin, j'ai vu beaucoup de cas
de maladies vénériennes. La plupart des malades du Sida sont
des gens qui voyagent beaucoup à l'étranger. Ce "tourisme
sexuel" attire surtout des jeunes. Un poète arabe ne dit-il
pas :
La jeunesse, alliée à l'argent et à l'oisiveté, vous mène
droit à la déperdition.
Dans le même sens, Omar Ibn Al-Khattab disait : "la main qui
ne fait pas du bien, fait du mal". Les responsables sont
donc appelés à agir d'urgence pour orienter les jeunes,
canaliser leurs forces vers des projets bénéfiques pour eux
et pour leurs pays.
Le travail d'éducation, d'information et de sensibilisation
concerne tout le monde, mais d'abord les jeunes. Tout un
chacun doit prendre conscience du danger de la maladie. Les
malades doivent être encouragés à accepter les soins et les
traitements pour éviter l'aggravation de leur état de santé
et prévenir les risques de contamination.
* Dr Abderrahman Al-Awadi
Les diverses interventions ont sans doute éminemment enrichi
le débat. Mais on n'insistera jamais assez sur l'importance
de la prévention dans ce domaine et certains points doivent
être expliqués de façon claire et simple. Tout d'abord, il
faut rappeler que le Sida est dû à un virus hautement
dangereux qui s'est développé à l'origine chez les
homosexuels avant d'atteindre d'autres populations.
Aujourd'hui, on assiste à une véritable épidémie qui
interpelle tout le monde, jeunes et moins jeunes, les
parents, les enseignants, les responsables politiques, etc.
Tous les efforts doivent être conjugués pour lutter contre
ce terrible et pernicieux fléau. Le Sida ne se limite plus
en effet aux homosexuels. Il menace désormais toutes les
composantes de la société, puisqu'il se transmet également
par la voie sexuelle normale, par le sang, les seringues
échangées par les toxicomanes...les instruments d'incision
utilisés par les guérisseurs traditionnels, les poseurs de
ventouses, mais aussi par les dentistes. Les voies de
contamination sont donc diverses, mais l'agent causal est
unique : c'est le VIH. Une fois pénétré dans le corps, ce
dernier commence à détruire progressivement le système
immunitaire et, privé de ses défenses, le corps devient la
proie facile de diverses infections ; même les maladies que
l'on croyait guéries se réveillent alors. Ainsi, la
propagation du Sida, avec ses conséquences désastreuses sur
les mécanismes immunitaires, explique en grande partie la
recrudescence en Europe des maladies comme la tuberculose.
Par leur faute, les hommes ont ainsi perdu le bienfait de
l'immunité naturelle dont Dieu les a dotés.
Le deuxième point de mon intervention, est de rappeler que
tout ce qui se passe dans le monde peut se passer chez nous.
Les barrières qui nous séparent du reste de la planète sont
fragiles, presque formelles. Or, quelles sont les voix qui
se font le plus entendre dans ce domaine ? Membre d'un
comité consultatif international sur le Sida, j'ai pu
constater que les tendances qui dominent dans le débat sont
celles des communautés laïques et libertines dont le souci
majeur est de savoir comment atténuer les risques du laxisme
moral et non pas de supprimer le mal à la racine. En tant
que Musulmans, on ne saurait évidemment admettre la manière
de voir qui règne en Occident. Chez nous, on appelle une
faute une faute, et la pudeur n'est pas un vain mot.
Ailleurs, les gens affichent leurs conduites vicieuses sans
vergogne et trouvent même des lobbies pour défendre leur
cause. Ces tristes vérités, on doit les garder présentes à
l'esprit quand on aborde le problème du Sida. Et surtout, ne
sacrifions pas à la tendance dominante. Les pays islamiques
sont certes largement épargnés par ce fléau, car les gens,
notamment les plus modestes, sont majoritairement
conservateurs. Mais pour combien de temps serons-nous encore
à l'abri ? Le tourisme sexuel existe, même s'il reste le
fait des plus nantis. Ainsi donc, malgré la présence
protectrice de la religion dans nos sociétés, les ravages du
Sida risquent de nous atteindre. D'où la nécessité de
redoubler d'effort pour informer les jeunes générations, les
sensibiliser aux dangers de cette maladie et assurer par là
même leur protection et celle de la société dans son
ensemble. Au lieu de gloser indéfiniment sur l'origine
occidentale du Sida, de répéter qu'il se transmet par voie
homosexuelle ou sanguine, agissons au plus vite dans le sens
de la prévention, car il y va de l'intérêt de notre
jeunesse et notre Oumma.
* Président, Dr Abdelwahhab Fawzan
Merci Dr Al-Awadi. Je passe la parole maintenant au Dr
Hassane Hathout.
* Dr Hassane Hathout
Au sujet du risque de contamination dans les maternités,
évoqué par certains collègues, je voudrais rappeler qu'une
étude faite dans ce sens a révélé que dans 15%
d'accouchement naturels (35% dans le cas des césariennes)
les gants en plastique utilisés par le médecin accoucheur se
déchirent. Cela constitue sans doute un risque de
contamination. On peut en dire autant de certaines pratiques
médicales où on fait appel aux incisions et au sciage des os
(dentisterie, traumatologie).
Je voudrais également attirer l'attention sur les problèmes
psychologiques des homosexuels qui peuvent leur inspirer des
comportements dangereux. Ainsi, l'un d'eux a déclaré
récemment aux U.S.A que lui et ses amis disséminent
délibérément le virus du Sida autour d'eux, car, dit-il,
tant que la maladie reste confinée aux gays, tant qu'elle ne
touche pas les vieilles grand-mères et les jeunes gens
honnêtes, on n'aura pas les crédits nécessaires. On avait
beaucoup parlé de l'usage du préservatif, mais dans leurs
orgies hystériques, les gays peuvent-ils s'embarrasser de
pareilles précautions ? Leurs folies dans ce domaine
défraient la chronique et font le bonheur des producteurs et
des amateurs de films porno. Comment peut-on faire entendre
raison à des gens aveuglés par l'étalage de leur propre
débauche ? Espérons que Dieu nous préservera et préservera
notre jeunesse de cette plaie. Merci.
* Cheikh Ibn Abdellah Soulaymane El-Mania
J'ai quatre questions :
1- Au sujet de la séparation des conjoints en cas de
séropositivité, je voudrais savoir s'il y a une différence
entre les porteurs de virus et les malades quant au risque
de contamination d'autrui ?
2- Concernant l'infection du foetus par la mère, s'agit-il
là d'un risque réel ou d'une simple probabilité ? car pour
pouvoir envisager légalement l'interruption de grossesse, il
est indispensable d'être éclairé sur ce point et se baser
sur des faits assurés.
3- A quel moment précis survient la contamination du foetus
ou du bébé?
4- On avait dit que le virus du Sida ne se transmet que par
infection, mais quelle a été la source initiale de cette
infection ?
* Président, Dr Abdelwahhab Fawzan
Nous accordons les dernières minutes qui restent aux
docteurs Wahdane et El-Khayat pour donner leurs réponses.
* Dr Helmi Wahdane
1- Le diagnostic du Sida,- et là je réponds au Dr Charbini-
peut être établi de façon sûre à partir du troisième mois
d'infection, qui peut coïncider avec l'apparition de
certains symptômes.
2- Pour répondre aux remarques des docteurs Al-Awadi,
Al-Haddad et Hassane Hathout, je dirais qu'il y a
effectivement des choses ahurissantes en Occident. Là-bas,
au lieu d'être fiers de leurs titres académiques, par
exemple, des gens se targuent d'être séropositifs et
demandent à avoir voix au chapitre, à dicter aux politiciens
les décisions à prendre.
3- Etre porteur de virus et être malade du sida, cela
revient à peu près à la même chose (en ce qui concerne l'infectiosité).
Au début de la contamination, le sujet entre dans une phase
asymptomatique plus ou moins longue, suivie ensuite de
l'apparition de symptômes indiquant l'entrée dans le stade
de la "maladie" proprement dite. Et comme je l'ai déjà dit,
les dangers d'infection sont plus importants au cours des
premières et des dernières phases du Sida.
4- Il n'y a à ce jour aucune méthode permettant d'être
absolument sûr de la contamination du foetus in utero. Et
jusqu'à une date récente, on ne savait pas si la
transmission du virus se fait via le placenta. Des études
faites ensuite sur les jumeaux ont montré que le premier
d'entre eux à être expulsé de l'utérus a trois fois plus de
chances que le second d'être infecté, bien qu'ils partagent
tous deux le même placenta. Le bébé qui arrive le premier
sert ainsi à "nettoyer" à ses dépens la voie de passage pour
son frère. Il en va de même lorsque deux foetus sont
extraits par césarienne : là encore, le premier bébé à être
dégagé encourt plus de risques que le second. Partant de ce
constat, on a conclu que les éléments infectieux remontent
du conduit vaginal pour atteindre l'enfant le plus proche à
l'entrée de l'utérus. Des méthodes de diagnostic postnatal
plus performantes permettent actuellement de savoir comment
et à quel moment l'infection s'est produite. C'est grâce à
ces techniques qu'on a pu établir les taux de contamination
déjà cités : 10% pendant la vie utérine, 20% au cours de
l'accouchement.
* Dr Haytham El-Khayat
Pour répondre tout d'abord à la question du Cheikh Abdallah
concernant la contamination du foetus par la mère, je dois
dire que rien ne permet actuellement de savoir si oui ou non
il y a infection pendant la vie utérine.
Je voudrais ensuite faire une remarque au sujet du terme "chudhûdh
jinsi" (lit. déviation sexuelle). Je crois qu'on ne doit pas
utiliser ce mot uniquement pour désigner l'homosexualité
masculine, mais pour toute relation sexuelle illégitime,
extra-conjugale, et, pour tout dire, non conforme aux
prescriptions divines.
L'homosexualité masculine doit être combattue avec la plus
grande énergie. Car c'est cette perversion qui est à
l'origine de l'extension de l'épidémie du Sida, surtout aux
U.S.A et dans d'autres pays occidentaux où, bénéficiant du
laisser-aller sexuel ambiant, une myriade de club gay s’est
fondé pour faire entendre la voix des homosexuels et
chercher une reconnaissance de leur statut. Un véritable
réseau international s'est ensuite mis en place pour
faciliter les contacts entre les différentes communautés
homosexuelles du monde. Ainsi, sitôt arrivé dans un pays, un
homosexuel peut aisément rencontrer de nouveaux partenaires
(jusqu'à 80, parfois 100) dont il ne devait rien connaître
auparavant (c'est une condition essentielle dans leur
communauté). C'est cette pléthore de partenaires qui était
d'ailleurs à l'origine de l'expansion foudroyante du Sida.
Les homosexuels constituent toujours, hélas, un bloc
homogène et solidaire, déterminé à aller jusqu'au bout de
ses revendications insensées. Le comble c'est qu'il
bénéficie du soutien de certains hérauts de la liberté
sexuelle qui savent manier habilement les médias de masses.
A la faveur de cette propagande malsaine faite sous couvert
de liberté et de démocratie, les homosexuels parviennent
ainsi à exercer une forte influence non seulement sur les
divers moyens de communication, mais aussi sur les décideurs
politiques. Le cercle de leurs défenseurs ne cesse ainsi de
s'agrandir. Mais leur discours ne séduit que les délinquants
en tous genres et les esprits malveillants qui nourrissent
des desseins diaboliques contre les valeurs fondatrices des
sociétés et des nations.
Compte tenu de ces dangers, nous devons donc saisir
l'occasion de ce colloque pour insister sur la nécessité
d'accorder la plus haute importance à l'éducation des jeunes
générations et à la sensibilisation de la société dans son
ensemble, à travers le développement de la ferveur
religieuse, seule voie de salut face au fléau du Sida.
* Président, Dr Abdelwahhab Fawzan
Honorables collègues,
Au terme de cette séance, je voudrais renouveler mes
remerciements aux docteurs Wahdane et El-Khayat pour leurs
remarquables exposés médicaux sur le Sida et pour les
réponses qu'ils ont apportées aux questions qui leur ont été
posées. Je remercie également tous ceux qui ont participé
activement au débat. J'adresse enfin à tout le monde les
salutations bénies de l'Islam.
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