|

La maternité et la maladie du Sida
Dr Mohammad Soulaymane El-Ashqar
Royaume de Jordanie
Introduction
Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux,
Que la paix et les bénédictions soient sur le Prophète
Mohammad, Messager de la Compassion pour l'humanité toute
entière, sur sa famille et ses Compagnons.
L'apparition et la propagation de l'épidémie foudroyante du
Sida est un signe parmi d'autres attestant la véracité des
messages de Dieu envoyés aux hommes par l'intermédiaire de
Ses Prophètes. Combien de fois le Créateur n'a-t-Il pas, en
effet, par le truchement de la Révélation, averti l'humanité
contre la débauche, la prostitution, l'homosexualité et les
conséquences terribles qu'en découlent pour les débauchés et
pour les sociétés qui les tolèrent avec complaisance.
Le Coran, par exemple, évoque, à maintes reprises, les
châtiments et autres malheurs qui se sont abattus sur les
peuples pervers : "Nous avons déchaîné contre eux un
ouragan. Nous avons épargné la famille de Loth : nous
l'avons sauvée à l'aube : ce fut une faveur de notre part :
voici comment nous récompensons ceux qui sont
reconnaissants. Loth les avait prévenus de notre violence.
Mais ils mettaient en doute ses avertissements. Ils auraient
voulu abuser de ses hôtes, mais nous avons frappé leurs yeux
de cécité. "goûtez mon châtiment et mes avertissements !".
Et dès l'aube, un tourment était prêt à fondre sur eux.
"Goûtez donc mon châtiment et mes avertissements !". Oui!
Nous avons facilité la compréhension du Coran en vue du
Rappel. Y a-t-il quelqu'un pour se souvenir ?" (LIV,
38-39).
Au début de ce siècle, la syphilis avait fait rage dans les
foyers les plus putrides de la débauche. Pourtant, le signal
d'alarme n'avait pas été pris au sérieux. Ces dernières
années, c'est le fléau du Sida qui est venu en guise de
punition contre les débauchés et autres dépravés sexuels qui
affichent avec insolence leurs perversions, défiant les
injonctions divines. "Ils nient les signes de leur Seigneur;
ils désobéissent à Ses Prophètes ; ils obéissent aux ordres
de tout tyran opiniâtre", dit le Coran d'un peuple rebelle
(XI, 59).
Le mal rôde, fauchant des âmes corrompues, semant la terreur
et l'épouvante, jetant la confusion et l'angoisse dans les
esprits de ceux qu'il n'a pas encore emportés. Ce mal a été
qualifié de "peste de l'homosexualité", de "malédiction de
la dépravation sexuelle". Redoutable fléau, en somme,
qu'aucune nation n'a jamais connu de son histoire. C'est une
plaie nouvelle lancée par Dieu, comme une attaque
foudroyante, contre la corruption : "Nul en dehors de Dieu,
ne connaît les armées de Ton Seigneur" ( LXXIV, 31).
Châtiment exemplaire pour les corrupteurs et les injustes ,
l'épidémie du Sida est ainsi une confirmation de la
prédiction du Prophète Mohammad (à lui bénédictions) selon
laquelle : "lorsqu'un peuple triche sur le poids et la
mesure, il s'expose à l'épreuve de la disette prolongée. Et
chaque fois que la débauche apparaît et se répandit parmi
un peuple, celui-ci se voit frappé des épidémies et des
affections que n'avaient pas connues les générations
antérieures".
Or, le monde assiste de nos jours à l'étalage de la débauche
et à l'expansion de la déliquescence morale. Certains
s'emploient activement pour que le mal soit légalisé,
reconnu, accepté socialement et juridiquement. Et, face à
ces manoeuvres perfides, beaucoup d'autorités
ecclésiastiques ont fermé les yeux, cessant de dénoncer les
déviations sexuelles sous toutes leurs formes. Et pour
couronner le tout, la démocratie s'est pliée aux exigences
des lobbies de dépravés en leur offrant les possibilités de
s'organiser, de réclamer leurs revendications et de répandre
leurs pratiques néfastes. Ce faisait, la démocratie a montré
qu'elle a aussi des défauts, et non des moindres.
Tout cela nous amène à la conclusion que les représentants
de cette vermine ne méritent pas d'avoir voix au chapitre,
de contribuer à la définition des choix politiques des
nations. Ne sont-ils pas la cause de cette malédiction dont
les effets désastreux se font déjà sentir sur le plan
humain, économique et financier?
A cet égard, il est souhaitable que l'Organisation Islamique
des Sciences Médicales saisisse l'occasion de cette
rencontre pour soumettre à l'OMS, au nom de l'Islam, un
projet de lutte contre la prostitution et l'homosexualité.
Les déviations sexuelles, sous toutes leurs formes, doivent
disparaître ; en dehors du mariage, toute relation sexuelle
est interdite et doit être sévèrement sanctionnée. Dieu a
désigné le mariage par le mot "ihsân", qui veut dire
fortification, rempart. C'est en effet une protection pour
la morale, la famille, la progéniture et la société tout
entière, contre les différentes formes de corruption et de
destruction, telles l'épidémie du Sida, dont 96% des
victimes, selon les estimations, sont des débauchés et des
homosexuels(1).
Nous proposons donc à notre Organisation de présenter le
projet en question à l'OMS, d'en assurer le suivi et
d'inviter les Etats islamiques à le défendre, à l'approuver
et à le faire adopter par la communauté internationale. Ce
sera le meilleur cadeau que l'Organisation puisse faire au
monde civilisé, mais aussi une précieuse occasion de
présenter l'Islam aux autres nations, en leur expliquant les
enseignements de notre religion à même de faire épargner à
l'humanité la malédiction et la colère divines ; une telle
démarche permettra également aux pays islamiques de se
protéger et de protéger les autres peuples contre le fléau
du Sida et autres épidémies qui se développent dans les
fanges de la corruption avant d'infester les sociétés
environnantes.
L'attitude de l'OMS préconisant "la non discrimination dans
le traitement des homosexuels et autres délinquants" ne nous
paraît pas judicieuse. Certes, les malades (du Sida) ont
droit aux soins et aux traitements médicaux appropriés. Mais
il ne faut pas laisser des dépravés semer la corruption sur
la terre, attirant dans leurs lieux de débauche d'innocentes
victimes venues de divers horizons. Au contraire, il est
nécessaire de désapprouver, de dénoncer et de pénaliser ces
mauvaises pratiques, en infligeant à ceux qui s'y livrent
de lourdes peines. C'est la seule façon de limiter les
dégâts, de supprimer le mal à la racine et donc de mettre à
l'abri les populations saines.
Les mesures préventives à prendre avant le
mariage
La fille musulmane doit se préparer à être une bonne mère de
famille, à apporter à la vie conjugale pureté, amour et
affection. Et pour se prémunir contre l'épidémie du Sida et
protéger sa future progéniture, il lui faudra observer les
précautions suivantes :
1- s'attacher à la vertu recommandée par le Coran et ne pas
s'aventurer dans des terrains glissants ;
2- éviter la fréquentation des lieux de corruption et ne pas
se laisser séduire par une publicité mensongère qui tente de
faire passer ces lieux pour des espaces touristiques et de
distraction : ce sont, en fait, des endroits pourris, d'où
partent les germes de la gangrène morale. L'idéal serait
évidemment, pour une mère musulmane, de ne pas habiter dans
un pays peuplé par des gens corrompus. Ainsi, le Prophète
Loth et sa famille fuirent la cité maudite (Sodome) avant
que le châtiment divin ne s'abattît sur elle.
3- en cas de thérapeutiques impliquant une injection, une
transfusion ou un prélèvement du sang, elle doit faire appel
à des spécialistes qualifiés, connus pour leur compétence et
leur conscience professionnelle aiguë, même au prix d'un
coût supplémentaire ;
4- veiller à ce que l'homme avec qui elle partagera sa vie
soit sain, bien portant, fidèle, intègre, observant
scrupuleusement les Commandements divins.
Une femme séropositive peut-elle avoir des
enfants ?
Une femme atteinte du Sida, et qui le sait, doit éviter de
tomber enceinte. Car, elle risque de contaminer le foetus
par le sang dont elle l'alimente, via le placenta.
D'ailleurs, même s'il reste sain pendant la vie utérine,
l'enfant pourra être infecté lors de l'accouchement par le
sang maternel et autres liquides contaminés qui
l'accompagnent à la sortie de l'utérus.
A supposer qu'il naisse indemne, il restera, chaque jour de
sa vie, exposé aux risques de contamination par le virus,
par exemple, au moment de l'allaitement au sein, ou pendant
que sa mère lui apporte ses soins ou lui donne à manger. Le
risque est donc grand de voir un tel enfant aborder sa vie
avec un corps sérieusement affaibli.
Une mère dont l'enfant est ainsi livré à l'action
destructrice du virus, alors qu'elle est, elle-même, aux
prises avec le mal incurable, ne pourra qu'en devenir plus
malheureuse, plus triste. En vain cherchera-t-elle auprès
des médecins et dans les centres hospitaliers spécialisés,
un remède pour sa maladie et celle de son enfant.
Désespérément, elle cherchera une solution, en dépensant
beaucoup d'énergie et d'argent. Peine perdue. Car, la
médecine se révèle impuissante face à la maladie du Sida. Le
sort de celui qui en est atteint est une mort certaine, au
bout de quelques années.
Par ailleurs, il peut y avoir un désaccord entre les deux
conjoints (la femme étant séropositive) sur le point de
savoir s'ils doivent ou non avoir des enfants, l'un y étant
favorable, l'autre opposé. Que faire dans ce cas ? La
réponse, à mon avis, est qu'il faut absolument interdire la
grossesse, le préjudice à craindre étant bien plus important
que l'avantage escompté. Car, si le conjoint favorable à la
grossesse s'engage à assumer sa part de responsabilité au
cas où le futur enfant sera infecté, cela n'engage en rien
l'autre partie. Même si l'un des conjoints propose le
recours à la fécondation in vitro pour éviter la
contamination de l'autre partenaire, son offre est rejetée,
car les risques encourus, en cas de naissance d'un enfant
malade, sont incalculables. Dans ces conditions, laisser une
femme séropositive tomber enceinte, c'est jouer avec la vie
d'un être innocent, en l'exposant à subir la maladie de sa
mère et les terribles souffrances qui s'ensuivent. Or, il
est bien plus prudent d'éviter un tel risque.
Rappelons-le, le taux d'infection du foetus par la mère
séropositive est de 60% ; ce qui est énorme, bien que
certaines estimations révisent ce pourcentage à la baisse.
En vérité, la tendance qui sous-estime le danger de
contamination materno-foetale est critiquable, car elle
donne une vision biaisée des choses. Ce qui pourrait inciter
les mères porteuses du VIH à vouloir avoir des enfants et
satisfaire leur désir de maternité.
Une femme séropositive tombée enceinte doit
elle se faire avorter ?
Etant donné que la probabilité d'infection du foetus par la
mère séropositive est très grande, doit-on dans ce cas
envisager une interruption de grossesse ?
a- Les jurisconsultes Hanafites, Shafi'îtes et Hanbalites
sont majoritairement d'accord pour autoriser l'interruption
volontaire de grossesse au cours des premiers quarante jours
de gestation ; car, à ce stade, l'embryon n'est encore
qu'une petite masse informe, loin d'avoir reçu le souffle de
l'âme : "avant le 40 ème jour de grossesse, il est autorisé
d'expulser en dehors de l'utérus la masse embryonnaire en
formation, et ce, à l'aide d'un remède abortif licite",
disent les Hanbalites ; la même idée est exprimée en ces
termes par les Hanafites : "il est licite de se débarrasser
de l'embryon au début de sa conception, tant qu'il n'est pas
formé".
C'est une solution pertinente, nous semble-t-il, car, elle
offre la possibilité de procéder à l'interruption de
grossesse dans les situations à risque, en cas de
séropositivité de la mère, par exemple. Celle-ci pourra
alors, en toute légitimité, se débarrasser d'un enfant qui,
s'il vient au monde, ne peut être que porte-malheur pour
lui-même et pour sa mère.
b- Passé le stade de 40 jours de grossesse, (même avant pour
certains jurisconsultes), il n'est plus légal, en règle
générale, de provoquer l'avortement.
Lors du colloque sur "la procréation au regard de l'Islam",
tenue en 1403H/1983, on est arrivé à la conclusion qu'il est
"unanimement inadmissible de porter atteinte à la vie de
l'embryon déjà animé du souffle de l'esprit, sauf pour un
motif médical d'extrême nécessité".
La probabilité d'infection du foetus par une mère
séropositive constitue-t-elle un cas "de nécessité médicale
absolue" ?
L'impératif médical pouvant justifier l'interruption de
grossesse peut reposer sur deux choses :
1- la possibilité très forte pour le foetus de contracter la
maladie pendant la vie utérine ou après ;
2- la dégradation de la santé de la mère à cause de la
grossesse, ce qui accélérerait la destruction totale de son
système immunitaire, entraînant ainsi une mort rapide.
Le premier motif ne constitue pas à mon avis une raison
valable pour provoquer l'avortement ; car ce serait alors
tuer un être innocent (alors que Dieu a déclaré la vie
humaine inviolable, sauf en application d'une peine légale).
Or, il ne nous appartient pas de hâter la mort d'une
personne sous prétexte qu'elle est condamnée à perdre la vie
à brève échéance. D'ailleurs, tout le monde va mourir un
jour ou l'autre. En outre, il y a des chances pour que
l'enfant naisse indemne (la probabilité est de 40%).
Le second motif ne justifie pas non plus la destruction
d'une vie innocente (celle de l'embryon) dans l'espoir de
prolonger celle de la mère.
Le stade post-natal
a- Dans le cas où l'enfant est né sain, la mère séropositive
doit éviter de l'allaiter au sein, ou de le toucher d'une
façon qui risque de le contaminer. Ces précautions sont,
certes, extrêmement difficiles à observer, mais c'est une
obligation légale : "Ne vous faites pas du tort à
vous-mêmes, ni à autrui", dit un hadith. Il vaut mieux,
donc, pour la mère, de ne pas être très près de son enfant,
pour lui laisser la chance de vivre tranquillement et de
grandir en bonne santé. Elle ne doit pas céder au plaisir de
l'allaiter, de l'entourer de ses soins maternels, au risque
de lui transmettre le sinistre virus et de précipiter ainsi
sa perte.
Mais si elle persiste, malgré tout, pour allaiter et élever
son enfant, le père est-il en droit de l'en empêcher ?
La réponse est affirmative, vu le risque que cela représente
pour la santé et pour la vie de l'enfant. Nos Oulémas
soutiennent qu'en cas de maladie contagieuse, la mère perd
son droit de garde. A ce sujet, le jurisconsulte malikite,
Dassouqi écrit : "la gardienne (hâdinat) doit remplir les
conditions suivantes : être douée de discernement et de
capacité d'assurer la garde, être exempte de maladies telles
la lèpre (répugnant par son aspect ou sa puanteur), ou
autres affections préjudiciables à l'enfant, même si
celui-ci en est déjà atteint, car une surinfection
aggraverait son cas. Une hadith authentique dit à ce propos
: “fuis le lépreux comme on fuit devant un lion"(2).
b- S'agissant de l'enfant également atteint du Sida, on se
référera à l'avis des experts : si la garde confiée à la
mère ne comporte aucun risque d'aggravation, alors il n'y a
aucun inconvénient à ce qu'elle le prenne en charge ; dans
le cas contraire, il faudra l'en empêcher.
Président, Dr Habib Belkhodja
Je remercie Dr Mohammad Soulaymane Al-Achqar pour son
remarquable exposé. Je passe la parole maintenant au Hujjat
al-Islam, Mohammad Hadi El-Youssufi.
1- Voir Mohammad Said
El-Haffar, Wabâ al-aydz (l’épidémie du
Sida), édition Dar Al-Fikr, Damas, p. 9.
2- Voir : la glose de Dassouqi sur le Shark el-kabîr (grand
commentaire), vol. II/528; Mughnî al-muhtâj, vol. III/456 ;
Kashshâf al-qinâ', vol. V/499.
|