Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

 

Première partie

Exposés médicaux sur le Sida

Présentation des exposés médicaux sur le Sida

Président de séance : Dr Ali Abdelfattah

Co-président : Dr Salah Atîq

Rapporteur : Mohammad Soulaymane El-Ashqar

* Président, Dr Ali Abdelfattah

Chers confères,

J'ai l'honneur d'ouvrir cette séance en vous souhaitant à tous la bienvenue.  Nous allons dans cette première partie aborder exclusivement les aspects médicaux. Je souhaite donc que toutes les interventions et les débats qui vont suivre portent uniquement sur ce volet de notre sujet.

Pour commencer, j'ai le plaisir de donner la parole au Dr Haytham El-Khayat qui va présenter son exposé introductif.

* Dr Haytham El-Khayat

Merci monsieur le président, merci également à mon confrère Dr Mohamed Helmi Wahdane auquel je dois beaucoup dans la préparation de cet exposé.

Suit l'exposé du Dr Haytham El-Khayat.

 

Le Sida : aperçu général sur la maladie,

ses modes de transmission et les mesures

préventives qu'elle implique

Dr Mohammad Haytham El-Khayat

Directeur régional adjoint

Dr Mohammad Helmi Wahdane

Directeur de la prévention et de la lutte contre les maladies

Bureau régional de l'OMS au proche-Orient

On appelle "maladies infectieuses" l'ensemble de maladies engendrées par des mico-organismes, ou microbes. En règle générale, chaque microbe a un hôte et un vecteur. Ce dernier constitue la source qui assure la persistance du pouvoir contagieux du microbe. L'hôte qui nous intéresse ici, c'est l'homme.

Il y a infection, lorsque un microbe (bactérie, virus, champignon) pénètre dans l'organisme et se met à s'y multiplier. Mais infection ne veut pas dire forcément maladie ; car Dieu -Exalté soit-Il- a doté le corps humain d'un système immunitaire qui assure sa défense contre toute agression étrangère. Pour ce faire, le système immunitaire dispose d'une panoplie de cellules spécialisées : les unes attaquent directement et détruisent, en les digérant, les agents infectieux (macrophages) ; d'autres neutralisent l'intrus en lançant contre lui certaines de leurs sécrétions (dites anticorps) ; une troisième catégorie de cellules, enfin,  font office  d'auxiliaires en aidant les autres dans leur action défensive.

De ce fait, lorsqu'une infection se produit, les événements peuvent évoluer dans quatre directions :

1- ou bien les défenses immunitaires de l'organisme combattent et finissent par éliminer le microbe, empêchant ainsi l'apparition des signes (cliniques) de la maladie ;

2- ou bien le microbe parvient à neutraliser dans un premier temps les défenses immunitaires, entraînant alors une maladie contagieuse d'une durée plus ou moins longue, qui se termine par la mort si le mécanisme immunitaire n'arrive pas, entre temps, à repousser l'agent agresseur ;

3- ou bien les moyens de défense assiègent de toutes parts l'agent infectieux, le contraignant ainsi à arrêter temporairement son activité infectieuse, mais tout en restant vivant en attendant le moment opportun pour reprendre son offensive  pathogène ;

4- Il arrive enfin que la lutte entre les défenses immunitaires de l'organisme et l'agent infectieux se termine par une "trêve" pendant laquelle le microbe, sans être tout à fait "désarmé", cesse son activité destructrice. Le sujet infecté est dit alors porteur sain : il peut transmettre l'agent infectieux à une autre personne qui devient à son tour contaminante et peut même développer la maladie. Mais dans certains cas, surtout si l'état de latence dure assez longtemps, le microbe reprend discrètement son travail de sape et commence à détruire les cellules du système immunitaire. S'il réussit dans ce sens, la situation tourne alors à son avantage.

De ce qui précède, il ressort qu'un sujet porteur d'un microbe peut ou non le transmettre à autrui ; il se peut également qu'une personne infectée ne présente pas des signes de la maladie (porteur sain), tout comme il est possible que l'infection évolue vers une maladie déclarée et contagieuse.

Le Sida

Le Sida est le sigle français pour le Syndrome d'immunodéficience acquise (A.I.D.S en anglais). Il s'agit d'un syndrome, puisque l'affection en question se signale par l'association et la concomitance de plusieurs symptômes cliniques. Cette immunodéficience est dite "acquise", parce que son apparition est due à une infection exogène. En détruisant dans une large mesure le système immunitaire du patient, celle-ci provoque une déficience immunitaire rendant ainsi l'organisme incapable de résister aux différentes sortes de micro-organismes infectieux, y compris ceux qui sont habituellement  inoffensifs mais qui deviennent pathogènes une fois le mécanisme immunitaire affaibli. On les appelle pour cela des "agents opportunistes".

L'agent responsable du Sida est un virus nommé le Virus de l'Immunodéficience Humaine (VIH) (micro-organisme invisible sauf au microscope électronique). Ce virus se transmet d'un sujet à un autre par l'intermédiaire des liquides biologiques, et plus particulièrement, par les sécrétions génitales (sperme, glaire cervicale, sécrétions vaginales) et le sang.  La transmission se fait donc soit par contact sexuel (homo ou hétérosexuel), ou par voie sanguine (transfusion sanguine ou usage de matériels d'injection, toxicomanie intraveineuse, piqûres d'aiguilles contaminées etc).

Modes de transmission du VIH

Le virus du Sida a été décelé dans les différents liquides biologiques, comme nous l'avons indiqué plus haut. Cependant, les études épidémiologiques conduites un peu partout dans le monde ont démontré qu'il existe trois modes de transmission principaux.

1- Les rapports sexuels aussi bien homo qu'hétérosexuels : ce mode de contamination est à l'origine de 90 % des cas rapportés, devenant ainsi la cause principale de contamination avec le recul des autres modes d'infections. Certaines pratiques sexuelles particulières augmentent le risque de contamination, exemple : les rapports avec partenaires multiples, homosexualité, fréquentation des prostituées, présence d'autres maladies vénériennes.

2- Le sang et les produits sanguins dérivés : la contamination par cette voie se produit par suite des transfusions sanguines ou de l'usage d'aiguilles ou de seringues injectables contaminées, surtout dans le cas de toxicomanie intraveineuse. Les contaminations par voie de transfusion sanguine ont diminué depuis la mise au point des tests de diagnostic permettant de détecter et d'éliminer le sang infecté par le VIH. En revanche, la toxicomanie par voie intraveineuse constitue toujours un facteur majeur   de  transmission du virus.

3- Transmission de la mère au foetus : les procédés de dépistage les plus récents ont montré que les risques d'infection du foetus dans l'utérus maternel restent minimes. Ils ne dépassent guère 10 %. En fait, l'infection se produit, dans la plupart des cas, lors de l'accouchement à cause du caractère hautement contaminant des sécrétions génitales maternelles, avec une moyenne de 30 % ; (dans 60 % des cas le foetus n'est donc pas contaminé par sa mère).

Autres modes de transmission

Rien n'indique, en revanche, que le VIH puisse se transmettre par d'autres voies comme les piqûres d'insectes, le partage de la nourriture et de la boisson, l'usage commun des toilettes, des piscines, des sièges, de la vaisselle ou des vêtements.

Un nombre limité de cas de contamination ont été rapportés qui semblent avoir pour origine le lait maternel. Or, bien que le VIH puisse, dans certains cas très rares, être présent dans le lait, comme dans les autres sécrétions de l'organisme (salive, sueur, urine, etc), la transmission du virus ne peut se faire à travers l'appareil  digestif. Mais on pense que le nourrisson peut être infecté en suçant le lait maternel, étant donné la fragilité de ses muqueuses buccales et la pression exercée sur elles pendant l'allaitement. Cela d'autant plus que les mamelons maternels peuvent présenter des écorchures saignantes. Mais le risque de contamination par cette voie est infime, comme cela a été déjà souligné.

Une fois pénétré dans l'organisme, le VIH s'intègre rapidement dans certaines cellules et se met à se multiplier progressivement et à détruire les cellules qu'il infecte. L'infection passe par plusieurs étapes, dont l'une des plus importantes est l'état de latence. Pendant cette étape, qui peut durer plusieurs mois, voire plusieurs années, le virus poursuit son activité de réplication et se met à détruire les cellules du système immunitaire. Celles-ci vont ainsi diminuer en nombre, petit à petit, jusqu'à atteindre un seuil critique au-delà duquel le patient perd toute capacité de résistance contre les agents pathogènes ou les cellules cancéreuses. C'est alors que se déclare la maladie du Sida proprement dite. L'état de latence (correspondant à l'étape allant de la primo-infection jusqu'à l'apparition des signes cliniques de la maladie) est d'une durée relativement courte chez les enfants (moins de deux ans), alors qu'il varie chez les adultes entre 7 à 10 ans. Mais il peut être plus court que cela, en cas d'association avec d'autres affections, de malnutrition, ou de grossesse. Ainsi, en Afrique, le passage de l'infection à la maladie dure en moyenne cinq ans, (à cause de la malnutrition et de la présence d'autres maladies telles le paludisme), contre 10 ans aux Etats Unis d'Amérique (où les conditions de vie sont meilleures et les affections associées bien traitées).

Quoi qu'il en soit, le VIH reste contagieux même pendant son stade de repos.

La maladie du Sida proprement dite correspond au stade ultime de l'infection par le VIH. Elle se signale par des symptômes et des signes cliniques apparents, accompagnés d'infections "opportunistes" et des tumeurs malignes résultant de la destruction par le VIH des cellules du système immunitaire de l'organisme. A ce stade de la maladie, l'espérance de vie du patient n'est plus que de quelques mois à deux ans au maximum.

Moyens de lutte et de prévention contre le Sida

Il convient de rappeler qu'il n'existe à ce jour aucun médicament efficace ni aucun vaccin préventif contre l'infection par le VIH. Ainsi donc, le seul moyen pour échapper à cette épidémie, c'est d'éviter les comportements à risque. Il est possible à l'heure actuelle de prendre des mesures préventives suffisamment efficaces pour empêcher toute infection  par voie de transfusion sanguine, ou par seringues injectables et autres instruments d'incision. D'autres aspects du problème restent très controversés. Il en est ainsi de l'isolement des malades atteints du Sida, de la possibilité d'infection du foetus par la mère. Nous y reviendrons.

L'isolement des malades atteints des infections contagieuses

L'isolement du malade au sens strict du terme est l'une des mesures essentielles de lutte contre les maladies contagieuses en général. Par "isolement", nous entendons tout simplement "empêcher le malade d'être une source d'infection pour les autres". Ces mesures préventives varient évidemment en fonction des vecteurs de transmission de l'infection. Ainsi, dans le cas du paludisme, par exemple, "l'isolement" consiste à mettre le malade à l'abri des piqûres de moustiques en le faisant dormir sous une moustiquaire. Dans les infections transmissibles par la nourriture et la boisson, telles que la typhoïde et le choléra, on prend soin d'éviter tout contact entre les sécrétions, contagieuses, du malade, en particulier les selles, et la nourriture. Cela suppose que les toilettes réservées aux malades doivent être sans cesse désinfectées, et que les patients eux-mêmes veillent à se laver soigneusement les mains après la toilette. Dans le cas des maladies transmissibles par voie respiratoire, comme la méningite et la tuberculose, l'isolement consiste à empêcher que les sécrétions du malade atteignent les personnes saines. Cela veut dire que le patient doit être isolé dans une chambre à part et qu'il évite de tousser ou d'éternuer en présence d'autres personnes.

Dans la plupart des pays, les autorités sanitaires ne recourent plus à la mise en quarantaine des malades, sauf dans des cas très exceptionnels où les conditions d'hygiène personnelle ne peuvent pas être garanties  dans le domicile du malade. De fait, dans les situations normales, la maison, voire la chambre même du malade, peuvent suffire pour prévenir toute contagion.

Dans la plupart des cas, l'isolement profite au malade lui-même, puisqu'il le protège contre d'autres infections auxquelles il ne saurait résister, vu son affaiblissement. Cela permet également de le faire bénéficier des soins intensifs.

Quel est donc le mode d'isolement approprié pour les malades du Sida ?

Cette maladie se transmet essentiellement par voie sexuelle. La protection consistera donc à empêcher les sécrétions génitales infectées (liquide vaginal ou sperme) d'atteindre les muqueuses génitales d'une personne saine. L'expérience a montré que l'utilisation correcte du préservatif limite considérablement les risques d'infection. Pour éviter le Sida, il convient donc de protéger ses parties génitales contre tout contact avec les sécrétions contaminantes.

Rappelons par ailleurs que le risque de contamination dans un seul rapport sexuel est très faible, ne dépassant pas 0,5 %. Mais il peut s'élever à 2 % si l'un des partenaires est atteint d'une autre maladie vénérienne. Ainsi, dans le cas où un malade du Sida, marié, utilise le condom de façon appropriée, c-à-d, du début à la fin de l'acte sexuel, le risque de transmission du virus à sa partenaire est pratiquement nul.

Quant à la durée d'isolement, elle correspond à la période pendant laquelle le sujet atteint reste contaminant. Dans la plupart des maladies contagieuses, cette période est limitée. Mais dans le cas du Sida, elle dure tant que le malade est en vie.

L'allaitement et la garde de l'enfant par une mère séropositive

Nous avons déjà indiqué que la transmission du VIH par le lait maternel n'a été signalée dans le monde entier que dans des cas très rares. Cependant, dans les sociétés où l'on peut disposer de nourricières ainsi que de produits de substitution possédant la majorité des qualités nutritionnelles que le lait maternel, on pense généralement que la mère atteinte du Sida ne doit pas allaiter au sein son enfant. Mais en dehors de ces conditions (disponibilité de lait de substitution), l'intérêt de l'enfant exige qu'il soit allaité par sa propre mère. Car le risque de contamination par cette voie est beaucoup moins important comparé aux autres affections qui peuvent toucher l'enfant faute de produits lactés de substitution.

Mais s'il est prouvé que l'enfant est également atteint du Sida, rien n'empêche alors qu'il soit allaité au sein maternel.

Il n'est pas démontré, par ailleurs, que l'infection à VIH puisse être transmise à l'entourage familial ( sauf entre les époux). Ainsi donc, pour peu qu'elle observe les mesures de protection élémentaires, la mère ne peut constituer aucun danger de contamination pour son enfant. Parmi ces mesures, il y a celles qui consistent à ne pas toucher les muqueuses du bébé si celui-ci s'est fait une coupure ou s’il a été souillé par le sang menstruel.

La garde de l'enfant par la mère offre, du reste, de nombreux avantages pour ce qui est de l'épanouissement psychologique de celui-ci et de son développement naturel. Or, ces avantages sont suffisamment importants pour être sacrifiés au nom d'un risque trop faible de contamination.

Une femme atteinte du Sida doit-elle se faire avorter ?

Les scientifiques n'ont pas pu à ce jour vérifier si le foetus peut ou non être infecté intra-utero pendant les premiers mois de grossesse ou après. Quoi qu'il en soit, le risque d'infection materno-foetale, comme cela a été déjà indiqué, ne dépasse pas 10%. On suppose, par ailleurs, que l'infection ne se produise que pendant les quatre derniers mois de gestation.

Mais le jour où il sera scientifiquement établi que la contamination du foetus survient à des stades plus précoces de développement embryonnaire, alors on disposera d'un argument justifiant l'interruption de grossesse pendant la période autorisée par la Charia islamique, sachant que le Sida reste à ce jour une maladie sans remède. Mais cette solution légale doit évidemment changer lorsqu'on aura développé une thérapeutique permettant de guérir cette maladie. 

En attendant, l'avortement pourra être recommandé dans l'intérêt de la mère elle-même. Car, la grossesse, en fragilisant l'état de santé de celle-ci, constitue un co-facteur favorisant le passage de la phase asymptomatique à la maladie déclarée. C'est là, semble-t-il, une raison suffisante pour procéder à l'interruption de grossesse pour sauver la mère.

Transmission du VIH à autrui avec préméditation

Les législations nationales de différents pays du monde ne prévoient aucune sanction contre les personnes ayant transmis le virus délibérément, en se sachant séropositives ou malades. La seule exception à cet égard est la Fédération de Russie où les délits d'infection volontaire par le VIH sont passibles de peines d'emprisonnement. Cette sanction semble être destinée spécialement aux prostituées.

Il est donc souhaitable que le droit positif s'aligne en la matière sur la Loi islamique qui interdit une telle agression en vertu de ce hadith du Prophète (à lui bénédictions et salut) : "on ne doit pas se faire tort à soi-même ni à autrui". Ou encore de cette règle du droit islamique : "tout acte dommageable est  à éviter".

L'attitude à adopter envers les malades du Sida

Tous les malades du Sida n'ont pas nécessairement commis des péchés condamnables. Certains sont en effet contaminés suite à une transfusion sanguine ; d'autres, de moeurs irréprochables, se trouvent infectés par un partenaire  volage.

Mêmes ceux qui dans nos pays auront contracté la maladie par leur faute ne perdent pas leur qualité de musulmans. Cela d'autant plus qu'ils sont aux prises avec les affres et les souffrances de la maladie. Le Prophète de l'Islam ne dit-il pas : "quiconque aura apaisé pour son frère un malheur de ce monde, Dieu apaisera pour lui les tourments de l'au-delà ; quiconque aura caché le secret d'un musulman (satara), Dieu préservera ses secrets dans ce monde comme dans la vie future".

Commentant le hadith précédent, Ibn Hajar écrit : "satra muslim-an", cela veut dire ne pas dévoiler les mauvaises choses qu'on découvre chez un musulman. Ceci n'empêche pas de lui  faire des reproches justifiés quand on se trouve seul avec lui. Il semble donc que ce qu'il ne faut pas dénoncer publiquement, ce sont les fautes passées, alors qu'on peut réprimander le fautif pris en flagrant délit...".

Dans une autre tradition prophétique, on lit : "un musulman est frère pour tout autre musulman : il ne doit pas lui faire une injustice ni le livrer à son sort ou à ses ennemis (aslamahu)" ou "le trahir" selon une autre version.

Le Prophète dit également : "un croyant est frère pour tout autre croyant : il lui accorde son secours et sa protection lorsqu'il est menacé".

Le malade du Sida doit donc en principe, nous semble-t-il, être traité comme n'importe quel autre malade : il doit bénéficier des soins, de la compassion et du soutien moral et matériel, de la protection de son intimité. Pour le reste, Dieu reste son seul juge.

Il ne convient pas non plus d'avoir une attitude méprisante et injurieuse envers le malade. On lit à ce propos dans le Coran : "Ô vous croyants... ne vous calomniez pas les uns les autres" (XLIX, 11). Dans le même sens, le Prophète dit : "quoi de plus mauvais pour un musulman que de mépriser un autre musulman".

Les médecins et tout le personnel soignant sont donc appelés à fournir aux malades du Sida toute l'assistance dont ils ont besoin, en les traitant sur le même pied d'égalité que les autres patients.

Rien ne justifie non plus que l'on prive une personne séropositive  ou malade de son droit au travail. Car, ces personnes ne peuvent pas contaminer les autres dans leurs activités quotidiennes ordinaires, sauf dans des cas exceptionnels : lorsqu'il s'agit par exemple d'un infirmier ou d'un chirurgien ayant des plaies suppurantes à la main, ou encore d'une infirmière en contact avec les enfants. Cependant, même dans ces derniers cas, les risques de contamination sont très limités.

Aucune loi dans le monde n'interdit au malade du Sida d'exercer une activité professionnelle quelconque. D'ailleurs, dans une déclaration commune de l'Organisation Mondiale de la Santé et du Bureau International du Travail,  il est précisé que : "dans la plupart des métiers et des entreprises professionnelles, le travail ne comporte aucun risque de transmission du virus ou d'infection des travailleurs, pas plus qu'il ne peut y avoir de contamination des patrons par leurs employés, ou vice-versa". "L'infection par le virus, ajoute la déclaration, n'est pas en elle-même une cause d'inaptitude au travail. Mais si l'aptitude professionnelle en vient à être affectée par une cause liée au virus, il faudra alors trouver des dispositions alternatives acceptables concernant le travail". "L'infection par le VIH ne constitue en aucun cas une raison pour un arrêt de travail. Les personnes souffrant des affections associées au Sida, tout comme les autres malades, ont le droit de travailler tant qu'elles sont médicalement capables d'exercer  l'activité convenable qui leur est offerte".

Le Sida signifie-t-il une maladie mortelle ?

Bien que condamné à terme à une mort certaine, (dans l'état actuel de nos connaissances), un séropositif, tout comme un malade du cancer, peut vivre pendant dix ans ou plus. Aussi ses comportements ne doivent-ils pas, à notre avis, être regardés comme ceux d'un moribond, à moins qu'il en soit déjà au stade terminal de la maladie.

Cependant, le sujet malade du Sida peut, à certaines phases de la maladie, être atteint de manifestations neurologiques pouvant conduire à des troubles de comportement évolutifs et à la démence liée au Sida. Cette dernière affection, qui atteint environ un tiers des sidéens aux stades ultimes de la maladie, est assimilable aux autres formes de démence.

La séropositivité d'un conjoint justifie-t-elle le divorce ?

Les risques de contamination d'un conjoint sain par un conjoint malade existent effectivement, surtout si ce dernier rechigne à utiliser le préservatif. Ce risque d'infection est plus grand de l'homme à la femme, du fait que le sperme contient une forte dose du virus et qu'il reste longtemps sur les muqueuses génitales de la femme. Cela augmente donc sérieusement l'infectivité de celle-ci, ainsi que de ses futurs enfants.

A cela, il  faut ajouter deux autres choses :

Premièrement, l'une des conditions de la continuité de la vie conjugale, c'est la capacité du mari à entretenir des rapports sexuels (jimâ') avec sa conjointe ; or, cette capacité est réduite en cas d'infection par le Sida, qui rend nécessaire l'usage du préservatif du début à la fin de l'acte sexuel. Cela ressemble donc à la pratique du "'azl" (coït interrompu), qui n'est autorisée qu'avec le consentement de l'épouse. Mais si celle-ci refuse de donner son accord, cela peut constituer un prélude à la justification de la demande en divorce.

Deuxièmement, la procréation constitue l'un des buts fondamentaux du mariage; or, l'usage du préservatif de façon systématique pour protéger sa partenaire, a pour effet de rendre quasiment nulle la possibilité pour celle-ci de tomber enceinte. Cela peut également constituer un argument susceptible de justifier la demande en divorce.

Conclusion

Jusqu'à une date récente, certains persistaient à croire que le monde islamique était à l'abri de l'épidémie du Sida et des conséquences désastreuses liées aux autres maladies sexuellement transmissibles. Or, les études et les données statistiques disponibles ont démontré que cette affirmation n'est pas absolument exacte, même si elle comporte une part de vérité. En effet, des indices existent qui montrent que le VIH se propage rapidement dans presque tous les pays islamiques, et surtout parmi certains groupes sociaux tels que les toxicomanes, les prostituées et les homosexuels. Selon ces estimations, les taux d'infection par le VIH ont considérablement augmenté au cours de ces dernières années. Les autres maladies sexuellement transmissibles ont également connu une progression. L'expansion de ces fléaux semble avoir été favorisée par les mouvements de population de plus en plus rapides, une urbanisation extensive due notamment à l'exode rural et enfin par un accroissement de l'activité touristique.

Ceci dit, il est également vrai que l'ampleur du Sida dans le monde islamique reste faible en comparaison avec les autres parties du monde.  Cette situation s'explique par deux choses : la première est que l'infection a pénétré tardivement dans le monde islamique ; la deuxième, c'est que les valeurs morales et religieuses exercent encore une influence incontestable dans les sociétés islamiques.

Nous avons déjà montré que le virus du Sida se transmet essentiellement à travers les pratiques homosexuelles et les rapports hétérosexuels (multi-partenaires) et aussi par l'intermédiaire de la toxicomanie intraveineuse. Ainsi, le rappel des prescriptions religieuses relatives aux pratiques précitées pourra-t-il constituer un moyen essentiel pour mettre en garde contre les causes de l'infection par le VIH et donc pour prévenir l'infection ou la maladie du Sida.

Du point de vue de la religion, le mariage est pour les humains la seule voie légitime pour satisfaire leurs désirs sexuels. Le cadre conjugal permet ainsi à l'homme comme à la femme de se protéger et de se prémunir (ihsân) contre les dangers d'infection par le virus du Sida ou autres maladies sexuellement transmissibles. Dans cette perspective, toute relation sexuelle extra-conjugale constitue un péché, une violation d'un interdit religieux.

Le moyen le plus sûr de lutte contre le Sida consistera donc à éveiller et à raviver la conscience religieuse des gens, à inciter ceux d'entre eux qui en ont les moyens à se marier, à exhorter les autres à la chasteté, à faciliter le mariage en éliminant les obstacles matériels, sociaux ou "traditionnels" qui pourraient le rendre difficile. Il convient à cet égard d'encourager le mariage précoce, en veillant à prendre les mesures nécessaires pour préserver la santé de la mère, retarder les grossesses en les contrôlant de façon à éviter tout danger pour la santé des mères jeunes.

L'usage de la drogue est tout aussi interdit que celui des boissons alcoolisées. Un hadith du Prophète dit à cet égard : "toute substance enivrante (muskir) est interdite ; tout stupéfiant (mukhaddir) est défendu. Toute substance qui, à forte dose, se révèle enivrante est interdite, tout comme est prohibée celle qui est de nature à engourdir l'esprit".

La raison légale de toute interdiction réside dans le caractère mauvais et préjudiciable de la chose interdite. Or, la découverte de l'épidémie du Sida a révélé un danger nouveau pour l'humanité, qui risque désormais de voir se propager cette pandémie, ainsi que d'autres maladies contagieuses tout aussi ravageuses, à travers notamment la toxicomanie avec usage de seringues souillées. Le mal qui s'ensuit est déjà suffisamment grave pour justifier une interdiction de la drogue. Une raison supplémentaire pour les Musulmans est que leurs docteurs de la Loi prohibent unanimement toute sorte de stupéfiants.

* Président Dr Ali Abdelfattah

Je remercie mes collègues Dr Haytham et Dr Wahdan pour leur remarquable exposé qui nous a éclairés sur des aspects médicaux et sociaux du Sida.

* Co-président

A présent, nous allons ouvrir le débat...

 

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