Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

Allocution du

Dr Abderrahman Abdallah Alawadi

Président de l'IOMS

 

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux,

Que la paix et les bénédictions soient sur le Prophète Mohammad, sa famille et ses Compagnons.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Notre joie de vous accueillir aujourd'hui au siège de l'Organisation Islamique des Sciences Médicales et dans notre pays libéré est d'autant plus grande que nous avions longtemps et avec impatience attendu ce moment béni. Nous voici donc réunis à nouveau dans cette magnifique salle qui avait déjà abrité maintes rencontres toutes consacrées à l'examen des questions de haute importance pour la Oumma. Dans ce haut lieu de la science, combien de fois avons-nous en effet débattu des remèdes à apporter aux maux du monde islamique. Puis s'abattit sur notre pays un malheur que rien n'avait laissé présager : un terrible envahisseur fit subitement irruption dans ce havre de paix qu'est le Koweït, lançant ses troupes contre les populations civiles, semant la terreur, la destruction et la désolation,  spoliant les biens et bafouant les droits, malmenant et violant les femmes honnêtes. Le spectacle de ces horreurs dignes des Tatars moyen-âgeux était pitoyable, affligeant, pathétique. Cependant, même pendant les moments les plus noirs de cette tragédie, des lueurs d'espoir traversaient notre ciel, des voix sincères s'élevaient pour défendre notre cause légitime et annoncer le triomphe imminent du droit sur l'injustice.

Cette épreuve a été la goutte d'eau qui fait déborder le vase, l'ultime épisode dans le drame appelé ironiquement "solidarité arabo-islamique". Depuis, nous vivons en effet dans un état déplorable de déchirement, de dissension et de perdition. La Oumma ainsi divisée se voit attaquée sur tous les fronts : en Palestine, en Bosnie-Herzégovine, au Cachemire...

Des pays islamiques sont abandonnés à leur sort, comme une proie sans défense face à un prédateur. Qu'avons-nous fait pour leur venir en aide, rien! Au lieu de cela, nous perdions notre temps à nous entre-déchirer, sacrifiant l'essentiel à des querelles futiles. Ainsi, la Oumma islamique devint-elle la victime de ce qu'il est convenu d'appeler "le nouvel ordre mondial" (ou plus exactement "le nouvel désordre mondial"). Serions-nous ainsi, comme je le crains, les seuls à faire les frais de ce nouvel ordre des choses ?

J'espère en tout cas que votre présence aujourd'hui dans notre pays marque le début d'une réconciliation inter-islamique. Ainsi, après avoir subi l'invasion la plus barbare de son histoire -venant d'un pays voisin ayant trahi les principes de bon voisinage pourtant inscrits dans notre tradition islamique et qui a à maintes reprises bénéficié de nos largesses- le Koweït redevenu libre reprend son oeuvre au service de la vérité et de la justice. A cet égard, il m'est agréable de rappeler que le Protecteur de notre Organisation, Son Altesse l'Emir du Koweït, a tenu à entourer de sa haute sollicitude les travaux de cette rencontre, en nous apportant généreusement son soutien moral et matériel. Son Altesse désire voir se poursuivre et se multiplier les réunions scientifiques visant à éclairer les gens partout dans le monde en matière de droit et de médecine islamiques.

Mais cette rencontre nous offre également l'occasion d'exprimer notre gratitude et adresser nos remerciements aux personnalités ici présentes ainsi qu'à tous ceux qui nous ont soutenus et plaidé notre cause durant l'épreuve que nous avons traversée. Vos prises de position publiques et courageuses en notre faveur traduisent votre foi en la vérité et votre refus de l'injustice. Animés de cet esprit, vous avez pris soin de réfuter les allégations mensongères et perfides que le dictateur irakien, le bourreau de la nation arabe, faisait circuler par des fabulateurs à sa solde. Une telle attitude de votre part est digne de nos éloges. Ce fut le meilleur cadeau que le Koweït ait jamais reçu d'illustres savants que vous êtes.

Au nom du Koweït que vous avez si bien défendu pendant son occupation, je voudrais vous souhaiter à tous la bienvenue à l'occasion de cette première rencontre qui marque la reprise des activités de notre Organisation. Dorénavant, celle-ci redeviendra le forum du savoir scientifique et religieux qu'elle a toujours été, grâce au soutien constant et aux aides généreuses de Son Altesse l'Emir du Koweït et de son gouvernement.

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd'hui pour réfléchir sur les ravages de l'épidémie du Sida à l'échelle planétaire. Cette terrible maladie, qui touchera d'ici à l'an 2000 environ 40 millions de personnes de par le monde, se trouve être le fruit de la civilisation occidentale exaltant et survalorisant les capacités matérielles de l'homme, lui permettant ainsi de dominer le monde en se dotant d'un redoutable arsenal d'armes de destruction massive, balistiques, chimiques, bactériologiques etc. C'est ce même homme qui laisse mourir de faim ou de maladie ses semblables dans certaines parties du globe. Mais le monde occidental va plus loin : il valorise les bas instincts et le côté bestial de l'homme ! Imbus de cette vision des choses et se moquant de la vertu et de la chasteté, certains occidentaux en viennent à vanter la débauche et à afficher ostensiblement leurs perversions sexuelles, le tout au nom de la liberté.

Aujourd'hui, alors que le monde assiste au choc des civilisations, la civilisation islamique se dresse majestueuse face à toutes les attaques ennemies dont elle est la cible. Sa force n'est nullement entamée, malgré l'état d'affaiblissement dans lequel se trouvent les Musulmans. La contribution de l'Islam à l'héritage scientifique universel a été des plus bénéfiques. Or, si dans l'optique islamique l'homme a la prééminence sur la plupart des êtres, étant considéré comme le "lieutenant de Dieu sur terre", dans la civilisation occidentale, il est rendu vulnérable et s'est laissé de ce fait vaincre par ce fléau ravageur qu’est le Sida. Ce malheur devra servir de leçon à qui réfléchit.

En revanche, dans les pays islamiques et dans leurs pays d'accueil en Occident, les communautés musulmanes échappent encore dans leur majorité à la funeste épidémie, grâce à l'observance des prescriptions de leur religion. Cela est un autre témoignage de la grandeur de celle-ci.

De fait, l'Islam incite au mariage et recommande d'en faciliter la réalisation. A ce propos, le Prophète dit : "le mariage est une coutume conforme à mes enseignements (sunna) : quiconque se détourne de ma coutume n'est pas de ma communauté. Mariez-vous donc ! Car je veux tirer fierté de votre nombre devant les autres nations au jour du Rassemblement dernier. Celui qui a les moyens, qu'il se marie ; celui qui n'en a pas, devra pratiquer le jeûne : ce sera pour lui une meilleure protection !".

Dans un autre hadith, il est dit : "Ô jeunes gens ! que celui qui le peut se marie, car cela rend le regard plus pudique et c'est aussi une meilleure protection pour vos parties naturelles. Mais celui qui n'est pas en mesure de le faire, qu'il pratique le jeûne : ce sera pour lui une bonne fortification".

En fait, l'Islam va plus loin dans ce sens en prohibant la fornication sous toutes ses formes et en réservant aux fornicateurs des peines répressives des plus sévères. On lit à ce propos dans le Coran : "n'approchez pas de la fornication ; c'est une abomination, quel détestable chemin !" (XVII, 32). A mon avis, l'expression coranique "n'approchez pas de la fornication", veut dire qu'il faut éviter tout ce qui est susceptible de conduire à ce péché : regards indécents, légèreté des moeurs, tenue non conforme à la Charia, exhibition par la femme des ses charmes ...autant de précautions considérées par l'Occident comme des restrictions imposées à la liberté de la femme. Rien d'étonnant dès lors que ces principes islamiques fassent l'objet de critiques virulentes dans toutes les instances occidentales. Mais cette erreur d'appréciation s'avère aujourd'hui lourde de conséquences.

S'agissant des modes de transmission du Sida, l'échange de seringues souillées entre toxicomanes vient en deuxième lieu après les rapports sexuels. Or, l'Islam, voilà quinze siècles, a interdit toute substance enivrante et narcotiques. La Loi islamique, valable en tout temps et en tout lieu, a tracé aux hommes la voie droite devant leur garantir une vie heureuse et épanouie. Mais certains parmi les hommes cèdent promptement aux tentations maléfiques et osent désobéir à Dieu; ils sont devenus tellement enivrés par leur pouvoir qu'ils se croient en mesure de déplacer les montagnes ! Et pourtant les voilà impuissants face à un simple virus ! "vous ne possédez que peu de choses en fait de science", déclare le Coran à l'adresse des hommes.

Le Prophète a pour sa part affirmé dans un hadith : "chaque fois que la débauche se répand parmi un peuple, elle attire sur lui la peste et autres fléaux que n'avaient pas connus les nations antérieures"

Chers confrères,

La propagation du Sida a donné lieu à une multitude de problèmes sociaux très préoccupants dans certains pays du monde. Ainsi, dans les sociétés occidentales, on voit apparaître des associations et des lobbies politiquement très puissants qui revendiquent beaucoup de droits mais ne parlent guère d'obligations. Dans cette cacophonie, on n'entend presque pas la voix de l'Islam. Car, les quelques avis individuels émis par telle ou telle autorité religieuse ne constituent que des initiatives isolées qui n'ont qu'un faible écho auprès de l'opinion publique et auprès des responsables musulmans. Or, le malade du Sida mérite qu'on s'intéresse à lui, car il peut être une innocente victime d'un acte indépendant de sa volonté. L'infection peut venir par exemple du sang contaminé, ceci avant l'instauration des tests de dépistage du VIH sur les dons de sang. L'homme, naturellement faible face à la tentation, peut également attraper le Sida par sa propre faute. Or, Dieu -Exalté soit-Il- pardonne tout sauf d'être associé à d'autres divinités. Ainsi donc, dans ces cas, le malade a des droits et obligations, comme tout être humain. Et c'est pour exposer le point de vue islamique au sujet de ces droits et obligations que nous sommes réunis aujourd'hui. Je souhaite donc plein succès à vos travaux.

Avant de clore mon intervention, je voudrais  adresser, en votre nom à tous et au nom du Secrétariat général de notre Organisation, mes vifs remerciements et exprimer mon infime gratitude à son Altesse l'Emir du Koweït, que Dieu le garde, pour l'assistance morale et matérielle constante qu'il procure à notre institution.

Je tiens par la même occasion à remercier Son Altesse le Prince héritier, président du Conseil des ministres, ainsi que son honorable gouvernement, pour l'appui qu'ils accordent sans cesse aux activités de l'Organisation, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. Mes remerciements s'adressent également au Ministre de la Santé, notre confrère Dr Abdelwahab Fawzan, pour la fructueuse coopération qu'il entretient avec notre Organisation et pour les efforts intenses qu'il déploie en vue de rendre à nouveau opérationnel le bâtiment abritant nos activités. Notre dette est également grande envers notre frère Khalid Marzouq qui entoure de sa généreuse et bienveillante protection le Centre de la médecine islamique qui accueille dans son enceinte notre Organisation ainsi que ses nombreux centres de recherches.

J'exprime enfin ma gratitude et mes remerciements à tous les fils dévoués et généreux du Koweït qui ont partout et toujours défendu la vérité, ainsi qu'à tout le personnel qui a aidé à l'organisation impeccable de ce colloque.

Puisse Dieu soulager les peines de nos prisonniers en Irak et hâter leur délivrance.

Pour terminer, je vous réitère mes souhaits de bienvenue et de bon séjour dans notre pays.

Wassalamu Alaïkoum.

 

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