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Allocution
du
Dr Haytham El-Khayat
Directeur adjoint du bureau régional
de
l'OMS au Proche-Orient
Au nom de Dieu le Clément, le
Miséricordieux,
Louange à Dieu ! Qui a créé les hommes de la
façon la plus harmonieuse en leur dispensant toutes sortes
de bienfaits, dont le plus précieux est celui de la santé, à
propos de laquelle le Prophète a dit : "il est bien
malchanceux celui qui parmi les hommes est privé de l'une de
ces deux précieuses choses : la santé et la tranquillité de
l'âme".
Que la paix et les bénédictions soient sur
le Prophète Mohammad qui a dit selon une tradition
authentique : "chaque fois que la débauche se répand parmi
un peuple, elle attire sur lui la peste et autres fléaux que
n'avaient pas connus les nations antérieures".
Excellences,
Honorables collègues,
Mesdames et Messieurs,
Le Coran renferme maints versets qui
indiquent à l'homme le chemin du salut et du bonheur ici-bas
et dans l'autre monde ; d'autres, tous aussi nombreux, le
mettent en garde contre les turpitudes, secrètes ou
publiques, ainsi que contre le mauvais usage des bienfaits à
lui accordés par Dieu ; car, avertit le Coran, "Dieu est
terrible dans son châtiment pour celui qui change le
bienfait de Dieu après l'avoir reçu" (II, 211).
Le Livre sacré contient également de
nombreux récits évoquant le sort réservé dans le passé aux
peuples iniques et destinés à dissuader ceux qui parmi les
générations à venir seraient tentés de les suivre
aveuglément dans la voie du péché.
Mais hélas, les sociétés actuelles ont
laissé se propager le vice sous ses diverses
manifestations, imitant en cela et surpassant les sociétés
païennes primitives. Dès lors, par la faute de l'homme, le
mal règne partout, avec son lot de conséquences néfastes.
Chers collègues,
Le monde a vu se succéder des mutations
profondes et rapides qui se sont traduites par une poussée
démographique, l'intensification des voyages et des
migrations massives, le progrès des moyens de transport et
de communication ainsi que par des avancées formidables dans
les domaines des technologies, et dans les secteurs
économique et social. Ces changements ont eu un impact
considérable sur la vie des gens, leurs comportements et
leurs modes de vie. Cette évolution a certes des aspects
positifs, mais ses conséquences négatives sur l'équilibre
des individus, sur l'harmonie des foyers et la cohésion de
la société n'échappent plus à personne. Ainsi, l'un de ces
effets les plus pervers est le dépérissement du sens moral
et religieux qui se constate, à des degrés divers, chez les
individus mais aussi au niveau des collectivités. Ainsi
voit-on certaines catégories sociales adopter des
comportements malsains et inventer des conduites
répréhensibles ("toute innovation contre nature, bid'ât, est
un égarement", dit un hadith en substance). Cela a donné
lieu à ce qu'on peut appeler des "maladies de comportement",
d'origine psychologique ou somatique. Parmi ces dernières,
il y a les maladies sexuellement transmissibles et surtout
le Sida, qui est l'objet de la présente session.
A l'échelle mondiale, l'infection par des
MST connaît une expansion phénoménale. Elle touche en effet
plus de 250 millions de personnes par an. Durant ces
dernières années, le Sida à lui seul a frappé environ 14
millions d'individus. Ils seront 40 millions d'ici à l'an
2000, selon les prévisions.
Les études épidémiologiques et les
statistiques ont montré au cours de la dernière décennie que
le mode de transmission le plus important du VIH est le
rapport sexuel avec un partenaire déjà atteint. En revanche,
les personnes légalement mariées, unies par une fidélité
réciproque, honorant leurs obligations envers Dieu et
respectant chacun les droits de l'autre, sont à l'abri des
dangers de cette terrible maladie. Celle-ci ne peut en aucun
cas atteindre des gens honnêtes qui s'abstiennent de toute
aventure extra-conjugale.
Le deuxième mode d'infection au VIH, c'est
l'échange de seringues souillées comme cela se pratique chez
les usagers de drogue administrée par voie intraveineuse.
Les risques de contamination par cette voie sont d'autant
plus importants que les toxicomanes sont déstabilisés
psychologiquement au point de ne plus savoir contrôler leurs
actes. De plus, l'envie irrépressible d'obtenir la drogue,
qui compte au nombre des vices les plus vilains, peut les
pousser à commettre de graves délits sans s'en rendre
compte. Ainsi, pour satisfaire ce besoin, ils peuvent
s'adonner à la débauche, à l'homosexualité ou autres péchés
mortels qu'un homme sain d'esprit et honnête n'oserait pas
commettre. Si donc on avait su convaincre les gens d'éviter
l'usage de la drogue comme le recommande la religion, on
aurait écarté tout risque d'infection au VIH par cette voie
et contribué par là même à protéger nos enfants et la
société toute entière contre ce fléau.
La troisième voie de transmission du VIH est
la contamination du foetus par la mère pendant la grossesse
ou au moment de l'accouchement. Enfin, dans certains cas
très rares, l'infection peut se produire suite à des
interventions chirurgicales et autres actes médicaux. Mais
les risques de contamination par cette voie restent très
faibles, et peuvent être facilement évités pour peu que l'on
observe les mesures de précaution établies dans ce sens
depuis déjà plusieurs décennies. Il suffit donc à cet égard
de rappeler sans cesse aux personnels soignants ce principe
islamique : Dieu aime que tout travail entrepris soit
exécuté de façon correcte et impeccable.
Chers confrères,
Mesdames et messieurs,
Malgré les efforts qui se déploient sans
relâche à travers le monde, l'épidémie du Sida continue de
se développer et de se propager jour après jour, voire
minute après minute. Certes, la science a pu élucider dans
ses grandes lignes l'évolution physiopathologique de cette
maladie, la manière dont elle attaque l'organisme et détruit
progressivement les défenses immunitaires du patient et
provoque à terme la mort. Mais les scientifiques ont été
jusqu'ici incapables de mettre au point un remède efficace
ou un vaccin contre l'infection au VIH. Dès lors, le seul
moyen de se prémunir contre ce fléau, c'est la prévention,
qui consiste à éviter les comportements à risque, à adopter
un style de vie sain, à se conduire de façon responsable,
et, pour tout dire, à en revenir aux valeurs morales
sublimes inscrites dans la religion. Or, fort heureusement
pour nous, la religion exerce encore une forte influence
dans le monde islamique. L'expérience acquise à travers les
programmes de santé que nous avons élaborés et mis en oeuvre
en coopération avec les Etats membres de l'OMS, nous a
montré que la meilleure garantie de succès pour un programme
sanitaire, le moyen le plus sûr d'obtenir l'adhésion des
gens et leur soutien à un tel programme, c'est de le fonder
sur nos valeurs et nos traditions religieuses, morales et
culturelles nobles. En effet, c'est grâce à cet héritage
béni que nos générations présentes peuvent échapper aux
conduites scandaleuses de certaines communautés.
Mais Satan, s'il a désespéré de trouver
parmi nous des adorateurs, pourra toujours se contenter des
succès moindres. Or, faible de nature, l'homme manque
parfois de courage, de constance ; parfois, c'est sa mémoire
qui le trahit. "Satan coule en l'homme comme le sang dans
ses veines" dit une tradition en substance ; il lui inspire
de mauvaises actions et profite de ses faux pas pour
l'entraîner plus loin dans la chute. Certaines de ces fautes
peuvent être à l'origine d'une infection au VIH, contre
laquelle aucun remède n'existe à ce jour ; même le repentir
sincère ne servira à rien contre ce mal incurable, quand
bien même il peut faire éviter au malade fautif le châtiment
dans l'autre monde.
Il y aura donc malgré tout des malades de
Sida parmi nos coreligionnaires. Cela soulèvera
inévitablement un certain nombre de questions légales sur
lesquelles il faudra statuer : comment, par exemple, se
comporter avec ces malades ? comment cohabiter avec eux ?
peuvent-ils avoir des enfants ? comment régler leur
succession ? etc.
Voilà pourquoi il a fallu convoquer la
présente session au cours de laquelle nos confrères médecins
seront appelés à exposer les aspects médicaux de la maladie
permettant ainsi à nos honorables docteurs de la loi
d'émettre leurs avis juridiques à propos des questions
soumises à leur examen. Les décisions légales doivent être
formulées en toute objectivité, sans se laisser influencer
par l'hostilité des débauchés et leurs défenseurs. Le
colloque qui nous réunit aujourd'hui permettra ainsi un
échange fructueux d'avis entre des experts en médecine et en
droit islamique qui, mettant à profit leurs compétences
respectives, vont pouvoir clarifier les choses et aboutir,
par la grâce de Dieu, à de bons résultats.
Et c'est un motif de joie pour nous que la
présente session marque le début de la reprise tant attendue
des activités de cette prestigieuse Organisation médicale
après une longue pause forcée et regrettable.
Plût à Dieu que nos paroles et nos actions
fussent justes et bénéfiques. Il est notre secours et notre
soutien.
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