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Allocution
du Dr Habib Belkhoja
Secrétaire général de l'Académie du Fiqh de
Djedda,
Au nom de Dieu, le Clément, le
Miséricordieux,
Louange à Dieu qui nous a arraché aux
ténèbres de l'ignorance et élevé aux rangs des élus parmi
ses serviteurs, en nous indiquant la voie du salut éternel.
Il est le Maître digne de nos louanges. Il nous a invités à
croire en Lui, exclusivement, à observer Ses Commandements,
à se conformer à son Livre venu guider les hommes sur le
chemin du bien et de la vérité, en tout temps et en tout
lieu. Dieu -exalté soit-Il- nous a recommandés les qualités
les plus nobles et les plus pures auprès de Lui. Il nous a
exhortés à la piété qui doit inspirer nos actions et nos
conduites. Le Très-haut a dit dans ce sens : "craignez Dieu,
puisque vous croyez en Lui !" (V, 11) ; "craignez Dieu vers
qui vous serez rassemblés" (V, 96) ; "Nous avons recommandé
à ceux qui ont reçu le livre avant vous et à vous-mêmes"
craignez Dieu !" mais si vous êtes incrédules, ce qui est
dans les cieux et ce qui est sur la terre appartient à Dieu.
Dieu se suffit à Lui-même ; Il est digne de louanges !" (IV,
131).
Que la paix et la bénédiction soient sur
Mohammad, guide des Justes, Messager du Maître de l'univers
et Sceau des Prophètes, ainsi que sur sa famille et ses
Compagnons. Par son intermédiaire, Dieu nous a tirés des
ténèbres du paganisme et dirigés vers la lumière. Il est
envoyé à l'humanité tout entière en tant qu'avertisseur et
annonciateur de la bonne nouvelle : "(il ordonne aux hommes)
ce qui est convenable ; il leur interdit ce qui est blâmable
; il déclare licites, pour eux, les excellentes choses ; il
déclare illicites, pour eux, ce qui est détestable ; il ôte
les liens et les carcans qui pesaient sur eux. Ceux qui
auront cru en lui, ceux qui l'auront soutenu, ceux qui
l'auront secouru, ceux qui auront suivi la lumière descendue
avec lui, voilà ceux qui seront heureux" (VII, 157).
Excellences,
Honorables confrères,
Nous voici réunis aujourd'hui à nouveau sur
le sol béni du Koweït, ce pays généreux et hospitalier
auquel nous souhaitons, ainsi à qu'à sa population,
prospérité, paix, stabilité et bonheur, sous la conduite
éclairée de Son Altesse le Chef de l'Etat, Cheikh Jabir
El-Ahmad Jabir El-Sabâh, -que Dieu le glorifie- et de son
Altesse le prince héritier qui, avec leur honorable
gouvernement, oeuvrent sans relâche pour la gloire du
Koweït, son prestige et son progrès.
L'Organisation Islamique des Sciences
Médicales, avec laquelle l'Académie du Fiqh entretient des
relations constantes de coopération depuis la tenue de sa
cinquième session au Koweït, au mois de Jumâdâ II, 1409H, a
tenu à nous inviter à cette importante manifestation
scientifique. Je voudrais l'en remercier tout comme je tiens
à remercier le ministre Koweïtien de la Santé publique,
ainsi que l'OMS pour les efforts déployés dans la
préparation de la présente session consacrée aux problèmes
sociaux du Sida examinés dans l'optique islamique.
Le sujet de notre colloque est de haute
importance, puisqu'il s'agit de se pencher sur l'épidémie la
plus redoutable, la plus mortelle qui soit. Le syndrome
d'immunodéficience humaine, qui est apparu voilà 14 ans,
constitue aujourd'hui encore un mal sans remède. Il mérite
de ce fait qu'on s'y intéresse, pour essayer d'en étudier en
profondeur les différents aspects, et réfléchir aux mesures
préventives, législatives et autres qu'il implique. Les
savants et les jurisconsultes sont donc appelés, dans les
différentes parties du monde, à poursuivre et à multiplier
leurs efforts consacrés à la problématique du Sida.
Cela d'autant plus que cette maladie s'est
avérée invincible et qu'elle suscite, partout dans le monde,
la peur, l'inquiétude, la perplexité, pour ne pas dire la
terreur et une véritable psychose collective, justifiée par
les risques de contamination et le souci permanent de les
éviter. Pourtant, le nombre des victimes s'accroît jour
après jour et le terrible fléau continue inexorablement sa
progression, si bien que même les régions considérées jusque
là à l'abri, sont aujourd'hui menacées.
Les rapports et études épidémiologiques
publiés par les experts à propos de la dissémination du VIH
sont alarmants : de 100.000 en 1981, le nombre des porteurs
du virus est passé à 15 millions en 1992. Ils seront 20
millions en 1995, et plus de 38 millions au début du siècle
prochain.
Parmi les facteurs qui favorisent le plus
l'infection au VIH, il y a les rapports homosexuels et
autres pratiques sexuelles déviantes, le contact avec le
sang contaminé, l'utilisation de matériel d'incision
souillés, l'échange de seringues contaminées entre
toxicomanes et contamination du foetus par la mère.
La propagation du VIH à l'époque actuelle
est due essentiellement à l'état de déchéance morale qui
règne dans beaucoup de sociétés, avec pour corollaire le
rejet des valeurs religieuses et éthiques les plus sublimes.
A l'origine de tout cela, il y a les divergences de
conceptions au sujet de l'homme, de la vie, de la liberté,
des droits des individus. Or, les perceptions qui
s'affrontent à cet égard ne sont pas seulement
contradictoires ; certaines d'entre elles sont également
contraires aux commandements de la Loi divine et aux
principes de la bonne morale.
Rappelons à cet égard que la charia met en
garde contre la débauche et la fornication. On lit à ce
propos dans le Coran : "évitez la fornication ; c'est une
abomination, quel détestable chemin!" (XVII,32). Dans le
même sens, le Prophète a dit : "chaque fois que la débauche
se répand parmi un peuple, elle attire sur lui la peste et
autres fléaux que n'avaient pas connus les nations
antérieures"(1).
Pour sensibiliser les gens un peu partout
dans le monde aux dangers du Sida et les mettre en garde
contre les risques de contamination, liés notamment à
l'inclination irrépressible à la débauche et à la recherche
frénétique des plaisirs de la chair, des conférences se
succèdent à un rythme accru, à l'initiative des institutions
médicales, religieuses, éducatives, sociales,
gouvernementales et non gouvernementales.
L'une des plus importantes rencontres
internationales à cet égard a été la huitième conférence sur
le Sida tenue à Amsterdam fin 1992. Et les efforts se
multiplient au gré des réunions de spécialistes, et à
travers les médias, en vue de mieux cerner cette épidémie,
de fournir des informations concernant sa propagation, ses
effets, les zones les plus touchées etc.
Lors de sa huitième session tenue l'année
dernière à Brunei Darussalam, l'Académie du Fiqh de Djedda
avait pour sa part pris conscience de la nécessité
d'examiner le problème du Sida. Pour cela, elle avait fait
appel à un groupe d'experts en droit islamique et en
médecine pour préparer une série d'études et de recherches
abordant le sujet sous ses diverses facettes comprenant
notamment :
* présentation d'informations et
d'explications au sujet la maladie du Sida ;
* mise en évidence des conséquences de la
maladie sur le plan social et familial;
* examen de certaines implications éthiques
et sociales du VIH, et élaboration d'une série de
dispositions concernant les porteurs de ce virus.
Cette initiative de l'Académie du Fiqh, en
attirant l'attention du public sur la complexité du problème
du Sida, avait sans doute préparé le terrain à la tenue du
présent colloque, qui réunit les plus éminents spécialistes
de la médecine et du droit islamique, pour étudier de façon
plus approfondie les voies et moyens de lutter plus
efficacement contre ce fléau, d'en enrayer l'expansion, en
attendant de pouvoir -par la grâce de Dieu- l'éradiquer
définitivement, et ce, pour le plus grand bien de
l'humanité.
Il s'agira également, pour les participants
à la présente session, d'aborder des problèmes sociaux
découlant de cette maladie, en ce qui concerne par exemple
les droits des malades à la prise en charge et à
l'assistance matérielle, sociale et sanitaire, mais aussi
leurs obligations envers la société ; les obligations de la
famille et de la collectivité envers l'enfant porteur à sa
naissance du VIH, et les droits de cet enfant à la
scolarisation ; l’isolement des malades et leur exclusion du
monde du travail ; l’instauration de tests de dépistage sur
les personnes venues de pays sévèrement touchés par le Sida
; l’adoption de mesures préventives nécessaires pour éviter
que des pèlerins soient contaminés au moment du "rasage
rituel" (halq) effectué à Minan.
On traitera également d'autres aspects
religieux, psychologiques et sociaux qui appellent des
décisions légales. On devra ainsi se prononcer sur des
questions comme la demande de divorce pour cause de Sida,
l'interruption de grossesse en cas de séropositivité de la
mère, le droit de celle-ci à l'allaitement et à la garde de
son enfant, les comportements des sujets atteints de la
démence liée au Sida, le divorce prononcé par un homme en
proie à cette affection, la sanction des malades ayant
délibérément contaminé des personnes saines, ou ayant caché
leur séropositivité à leurs proches et à leur entourage etc.
Voilà donc un éventail de points sur
lesquels nous allons devoir réfléchir avec tout le sérieux
et la rigueur scientifique qui s'imposent. J'espère que le
temps qui nous sera imparti sera suffisant pour discuter et
approfondir les différents points du vaste sujet soumis à
notre examen, pour aboutir à des conclusions et à des
recommandations éclairantes qu'attendent de nous les malades
du Sida. Nous aurons ainsi contribué à apaiser leurs
souffrances et à leur apporter, ainsi qu'à leurs familles et
à la société dans son ensemble, un baume de réconfort. Nous
aurons par là même rappelé les nobles préceptes de la Charia
venue servir de guide aux hommes sur la voie du salut, de la
vertu et de la pureté.
Puisse Dieu nous entourer de Sa protection
et faire durer les bienfaits dont Il nous gratifie ;
puisse-t-Il nous accorder le succès et nous inspirer le
bien.
Wassalamu alaîkoum.
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