Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

Allocution

du Dr Ahmad Raja El-Joundi

Secrétaire général adjoint de l’IOMS

 

La septième session des Assises sur les questions médicales vues dans la perspective du droit islamique s'est tenue, par la grâce de Dieu, sur la terre libérée du Koweït autour du thème : "Les problèmes  sociaux engendrés par le Sida au regard de l'Islam".

Devenu un véritable fléau mondial, le Sida a décimé des villages entiers dans certains pays africains. Selon les prévisions relatives à ce sujet, le nombre de personnes atteintes par cette maladie atteindra 40 millions d'ici à l'an 2000. Ce chiffre en dit le long sur l'ampleur du danger que cette épidémie fait peser sur l'ensemble de la planète. Ses conséquences néfastes se font déjà sentir dans certains pays où des parents jeunes sont morts, laissant derrière eux des enfants sans soutien, ce qui entraîne un grave déséquilibre démographique (décroissement et vieillissement de la population) et autres problèmes sociaux. Pour remédier à cette situation, certains exigent la mise en quarantaine des malades ; d'autres proposent de les priver de leurs droits civils, et ainsi de suite.

Les opinions sont ainsi partagées suivant les pays et les personnes et les solutions proposées par les uns et les autres se sont révélées inopérantes. C'est qu'elles procèdent d'un jugement humain qui est, comme tel, sujet à erreur. De fait, en dehors de Dieu, son créateur,  nul ne saurait percer tous les mystères de l'âme humaine et en connaître la nature profonde, les inclinations et les pensées les plus intimes. S'agissant de ces dernières, l'homme, nous apprend le Coran, est plus porté à la débauche qu'à la piété : "Par une âme ! comme Il l'a bien modelée en lui inspirant son libertinage et sa piété. Heureux celui qui l’a purifiée ! Mais celui qui la corrompt est perdu!" (XCI).

Les révélations venues du créateur sont de ce fait infaillibles et pérennes. La raison humaine, elle, peut défaillir et les jugements qui en émanent restent changeables.

Les Oulémas et médecins musulmans réunis lors de ce colloque ont pu exprimer des avis éclairés sur la question soumise à leur examen, en tenant compte de la souplesse de l'Islam à propos duquel le Prophète dit : "cette religion est solide, pénétrez-y avec douceur".

De la maladie du Sida le monde peut tirer bien des leçons. L'Islam en interdisant la fornication, a tenu dans le même temps à prohiber toutes formes d'incitation à la débauche (facteur favorisant la transmission du Sida). Ainsi, l'homme étant enclin à céder aux plaisirs de la chair, il a fallu le mettre en garde contre les tentations susceptibles de le conduire à la transgression des interdits religieux. Or, lorsqu'on proclame cette vérité devant l'opinion publique internationale, celle-ci a tendance à réagir avec  une attitude ricaneuse et hautaine.

Le monde semble avoir réussi à identifier les causes de transmission de la maladie du Sida : rapports sexuels, transfusion sanguine, infection materno-foetale. Or, si les deux derniers modes d'infection sont plus ou moins maîtrisés, il n'en va pas de même de la contamination par voie sexuelle, qui constitue encore le facteur le plus dangereux dans la dissémination de la maladie. Pour parer à ces risques, on propose des recettes pour le moins étranges : safer sex, utilisation du préservatif... autant de slogans trompeurs qui n'ont fait qu'exacerber le débordement sexuel dans certains pays d'Afrique et progresser l'épidémie du Sida à un rythme jamais atteint auparavant. Au lieu de ce discours laxiste, on aurait dû préconiser la chasteté, exhorter au mariage et adopter des lois interdisant la fornication, seule voie de la transmission de la maladie qui échappe encore au contrôle des hommes.

Il est certes bon, voire religieusement recommandé, de faire un effort de réflexion pour résoudre nos problèmes. Mais il faut absolument que les solutions proposées s'inscrivent dans le droit fil de l'Islam. C'est la seule démarche conforme à la tradition immuable instituée par Dieu (sunnat) à l'intention des hommes.

Le colloque s'est déroulé en plusieurs séances successives, consacrées chacune à l'examen d'un point particulier de l'ordre du jour. Les exposés médicaux ont permis aux docteurs de la Loi de mieux cerner les problèmes sur lesquels ils sont ensuite appelés à se prononcer du point de vue religieux. Les débats ont été ensuite entamés dans un climat serein et fructueux, aboutissant à des recommandations  qui reprennent l'essentiel des solutions proposées pour faire face aux ravages du Sida.  

Ces recommandations reflètent parfaitement les préoccupations de la communauté internationale au sujet de l'épidémie du Sida. C'est ce que confirment les témoignages des experts étrangers venus participer à notre colloque et soulignant la prééminence de la vision islamique globale de l'homme, garantissant à chacun, quels que soient son état de santé et ses capacités, le droit au respect de sa dignité, de ses droits et obligations. C'est cette vision qui sous-tend la solidarité sociale au sein de la communauté des Musulmans.

Nous espérons enfin que les Actes regroupés dans cet ouvrage seront agréés par Dieu et utiles aux lecteurs et que ces derniers pardonneront toute erreur ou omission qui auraient échappé à notre vigilance.

Wassalamu alaïkoum wa rahmatu allahi wa barakatuh.

 

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