I - LES TEXTES DE LA
CHARIA
1. Les textes coraniques
Tous les textes du Coran concernant les idoles
interdisent qu'on leur rende un quelconque culte ou que
l'homme prie pour qu'elles intercèdent en sa faveur.
Cependant, aucun verset coranique n'aborde l'action de
les modeler en elle-même sauf dans des circonstances
bien particulières. Comme lorsque Dieu dit : "Il
-Jésus- sera messager auprès des fils d'Israël : Je vous
apporte effectivement un signe de la part de votre
Seigneur à savoir que je vous crée à partir de l'argile
la forme d'un oiseau, que j'y souffle et la voici
oiseau-vivant avec la permission de Dieu"(1).
Et aussi, lorsque le Tout Puissant, s'adressant à Jésus,
dit : "Je t'ai (Jésus) appris le Livre, la sagesse, la
Torah et l'Évangile ; quand tu créais à partir de
l'argile l'image de l'oiseau avec ma permission, que tu
y soufflais et la voilà devenue oiseau-vivant avec ma
permission”(2).
Dieu a voulu que Jésus pétrît des statues. Il a voulu en
outre qu'il soufflât dans son œuvre qui se transforma,
par la volonté divine, en créature vivante. Certes, le
Seigneur pouvait dispenser le Christ d'un tel geste et
montrer aux hommes des créatures animées de vie à partir
d'un néant sans que personne ne les touchât. Mais en
fait, il s'agit là d'une illustration qui relève du
miracle par lequel Dieu veut éprouver les hommes dans
leur intention secrète. Ainsi, celui qui est convaincu
que Dieu demeure le seul Créateur, n'est coupable
d'aucun péché ; par contre celui qui aurait tendance à
prétendre que Jésus est un sorcier qui agit de lui-même,
compte parmi les mécréants.
Il est évident que les Prophètes sont mis à l'abri de
tout péché. Si donc reproduire une image avait été
illicite, nous n'aurions pas trouvé dans le Coran des
versets tel que celui où Dieu dit : "Ils faisaient pour
lui -Salomon- ce qu'il voulait comme constructions
élevées, comme statues, comme plateaux pareils à des
bassins et comme marmites, solidement ancrées. Agissez,
famille de David, par pure reconnaissance ; certes très
peu parmi mes esclaves sont les reconnaissants"(3). Ces
versets nous montrent clairement que reproduire une
image ne constitue nullement un péché tant que
l'intention de l'artisan est pure de tout
associationnisme et de toute prétention d'égaler Dieu
dans son acte créateur, ce qui est tout à fait licite
d'autant plus que des artisans façonnaient des statues
pour le Prophète Salomon comme nous le confirme le
verset cité plus haut.
Nulle contradiction donc dans les paroles du
Tout-Puissant.
En parcourant le Coran, nous ne trouvons aucun verset
interdisant la sculpture ou la gravure en elle-même,
mais c'est plutôt leur culte qui est incriminé, ainsi
que leur conception par l'artisan et leur acquisition
par le client avec l'intention de les adorer ou de les
associer au Créateur qui dit à ce propos : "Est-ce que
vous adorez ce que vous taillez (dans la pierre) ? et
Dieu vous a créé vous et ce que vous faites"(4). Nul
doute que toute intention d'associer un autre dieu à
Dieu mène inéluctablement à la mécréance, que ce soit en
sculptant des statues ou en dessinant quelque image.
Donc, l'incrédulité se trouve être déterminée par
l'intention intime, alors que les actes matériels sont
de deux sortes : ceux qui signifient un certain
paganisme comme le fait de se prosterner aux pieds des
idoles, et ceux où l'intention est pure. Si, par exemple
, une personne brûle un exemplaire du Coran, elle peut
le faire par égard et par respect pour ce livre, comme
lorsqu'elle le trouve partiellement illisible et qu'elle
ne veut pas qu'il soit profané ainsi qu'un vulgaire
objet qu'on jetterait aux poubelles. Mais une autre
personne qui brulerait le Livre par orgueil et fatuité
commettrait un péché abominable. On voit bien par là
qu'une action ne peut être jugée qu'à partir de
l'intention qui motive son auteur.
Le Prophète, (p&s), a dit : "Les actions ne valent que
par leurs intentions". Ce hadith constitue le fondement
même du principe général de la doctrine musulmane qui
édicte que : "Les faits se mesurent par les
intentions"(5). On peut ici se demander quelles
intentions peuvent être à l'origine d'une sculpture ou
une gravure. C'est ce que nous nous proposons de voir
dans ce deuxième volet.
2. Les textes de la tradition du Prophète (Sunna)
Ces textes nous ont révélé certaines des intentions qui
pouvaient être à l’origine de la confection des
sculpteurs à l'époque du Prophète.
Abu Horaïra rapporte que le Prophète (p&s) a dit : "Dieu
a dit : les plus iniques, sont ceux qui imitent ma
création, qu'ils essayent de créer un atome, un grain ou
un épi d'orge"(6).
Aïcha rapporte que le Prophète a dit :" Ceux qui
souffriront le plus le jour de la Résurrection, les
orgueilleux qui ont voulu identifier leur oeuvre à
celle d'Allah"(7).
Apparemment, le sens du Hadith semble en contradiction
avec le verset coranique où Dieu dit: "Faites entrer la
famille (La suite) de Pharaon dans les plus durs
tourments"(8). Pour résoudre cette équivoque, Tabari
pense qu'il s'agit ici de celui qui conçoit une image
afin de lui rendre consciemment un culte, il sera dans
le même rang que la famille de Pharaon; celui par contre
dont ce n'est point l'intention n'est engagé que par son
seul acte(9).
Partant de là, il nous semble évident que l’interdiction
ne touche que les reproductions associées à Dieu.
Ibn Abbas rapporte avoir entendu le Prophète dire :
“ Tout reproducteur d’images est en enfer où son âme se
multipliera en un nombre égal aux images qu’il aura
façonnées ”.
Il est dit dans un hadith où manque une chaîne de
transmission : “ Celui qui dessine une image ici-bas
sera, au jour du jugement, chargé de lui souffler une
âme, et il n’en fera rien ”(11).
Le Prophète (p&s) nous relève la cause de cette
incapacité, à savoir que nul ne peut se comparer à Dieu
qui, Lui, est le Seigneur qui a donné aux créatures une
forme, leur a insufflé une âme et les a gratifiées de la
vie (12).
La “ Mudahat ” (Le fait de se comparer au Créateur) est
expliquée par certains exégètes à partir du hadith où le
Prophète dit : “ Ils veulent imiter Dieu dans Sa
création ”. C’est-à-dire que leur œuvre picturale imite
la création divine qui, elle, possède une âme. Celui
donc qui produit une image humaine ou animale en vue de
l’adorer connaîtra les feux de l’enfer en raison de sa
mécréance, mais celui dont l’intention est loin de
l’associationnisme est seulement pervers. Enfin, celui
qui dessine une figure inanimée qui n’est que le fruit
de l’imagination pure comme un être humain avec des
ailes par exemple, ne commet aucun péché(13).
Il est donc évident que l’acte interdit se trouve être
celui d’une personne dont le dessein est d’imiter Dieu
dans sa création.
Mais quand l’acte de dessiner n’est accompagné d’aucune
des intentions signalées plus haut, nous ne voyons quant
à nous, ni mécréance ni perversion, comme, par exemple,
un agriculteur qui fabrique un épouvantail pour éloigner
les oiseaux de son champ en vue d’assurer une bonne
récolte, ou bien encore un enseignant et un chirurgien
qui utilisent des prothèses représentant le corps humain
comme support à l’enseignement de la biologie et de la
chirurgie.
En ce qui concerne les causes de la révélation (Asbab
annuzul) du verset 4 de “ La table servie ” : “(Les
croyants) t’interrogent sur ce qui est déclaré licite
pour eux” Tabari, Al Hakem, Al Bayhaqi rapportent qu’Ali
Rafii a dit : “ L’ange Gabriel est venu voir le Prophète
(p&s) ; il a demandé d’être reçu et permission lui a été
accordée, mais l’ange tarda. Le Prophète se couvrit et
sortit le rencontrer. Il lui dit alors : - Mais je t’ai
permis d’entrer… Gabriel lui répondit : - Je sais, mais
une maison où il y a une image ou un chien m’est
interdite. ” D’après Muhammad ibn Kaab Al Qoradhi : -
Quand le Prophète (p&s) donna l’ordre qu’on tue les
chiens, les gens lui dirent : - qu’est-ce qui nous est
licite ? ”/ Et le verset en question fut révélé. D’après
Ibn Hatem, d’après Saïd Ibn Jabir, Adi Ibn Hatem et Zaïd
Ibn El Mouhallal, tous deux de la tribu de Tay’, ont
demandé au Prophète (p&s) : “ Ô envoyé de Dieu, nous
utilisons les chiens et les faucons pour la chasse, et
les chiens de la tribu de Dhorayh sont dressés pour
chasser les onagres et les antilopes ; qu’est-ce qui
nous est rendu licite de cette chasse alors que Dieu a
interdit la chair de la bête morte ? Alors le verset
dont il est question fut révélé(14) pour leur rendre
licite le gibier provenant de la chasse par des chiens
dressés. La tradition (Sunna) a par la suite permis
qu’on dresse des chiens en vu de garder les champs (15).
Ensuite, et par analogie, on a étendu cette permission
aux chiens de garder des maisons et des commerces. Ces
exceptions à la règle générale ont été retenues par
miséricorde divine et par égard à l’être humain, à qui
Dieu a voulu rendre la vie plus commode (16).