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CHAPITRE 6

TRAITEMENT ET REUTILISATION

DES EAUX USEES EN TUNISIE

 

6.1 Généralités

La Tunisie, pays situé dans un étage bioclimatique aride, dispose de potentialités hydriques limitées et, à ce titre, doit recourir à l’utilisation des eaux non-conventionnelles (particulièrement la réutilisation des eaux usées traitées), pour satisfaire ses besoins sans cesse croissants en eaux.

Un grand effort a été réalisé par la Tunisie dans le domaine du traitement et de la réutilisation des eaux usées. Pour diverses raisons, ce secteur a connu une évolution continue ; c’est ainsi que le nombre de stations correspondantes est passé de 26 en 1986 à 54 en 1996, et que le volume d’eaux usées traitées est passé, pour les mêmes périodes, de 43 à 180 millions de mètres cubes. En 1989, la capacité globale de traitement s’élevait à 100 Mm3/an et 24 stations d’épuration des eaux usées (graphique 6.1) étaient opérationnelles en Tunisie .

6.2 Méthodes d’é puration utilisées et capacités des stations d’épuration

6.2.1 Méthodes d’épuration utilisées

En Tunisie, les méthodes de traitement suivantes ont été utilisées : biologiques par boues activées à moyenne et faible charge , par lit bactérien et  par lagunage facultatif ou aéré.

Le nombre de stations d’épuration  (par procédé et par région) est détaillé  dans  le tableau 6.1.

 

6.2.2 Capacités des stations d’épuration

L’Office national d’Assainissement de Tunisie a fourni les caractéristiques suivantes, relatives aux stations d’épuration des eaux usées  (en 1989) :

- La capacité globale de traitement était de 267.067 m3/ jour, soit 97.479.435 m3 /an.

- Les 24 stations étaient dimensionnées pour 2.400.000 équivalents -habitants.

- La charge organique globale de dimensionnement des stations d’épurations était de 115.295 kg de z DBO5/ jour. 

6.3 Description sommaire de quelques stations de traitement d’eaux usées

La réutilisation des eaux non conventionnelles, et particulièrement des eaux usées traitées, constitue un apport certain pour l’allocation d’eau dans le domaine agricole. C’est ainsi qu’en Tunisie, il est prévu qu’en l’an 2000, 18000 hectares de terres agricoles seront irrigués à partir d’eaux usées traitées, surface correspondant à 7% de la totalité des terres irriguées.

La station Cherguia a permis ainsi d’irriguer les agrumes de la plaine de Soukra.

Par ailleurs, les eaux usées traitées de l’usine de cellulose de Kasserine pour l’irrigation des cultures annuelles et arbustives de 1967 à 1972.

Dans le cadre du Projet RAB 80/011 du Programme des Nations Unies Pour le Développement (1988) et portant sur l’étude des ressources en eau dans les pays d’Afrique du Nord, trois volets ont été largement analysés dont l’un porte sur la détermination des conditions d’utilisation, en agriculture, des eaux usées traitées, et aussi des boues résiduaires. Cette analyse a été réalisée en tenant compte de la composition des eaux usées, de la nature des sols à irriguer, des divers types de culture et enfin des aspects sanitaires induits. C’est ainsi que trois régions, principales, en Tunisie, ont été sélectionnées, à savoir :

  •  Soukra-Sidi Fredj, dans la région de Tunis, où sont irriguées les céréales et les cultures fourragères en particulier ;
     

  •  Chott-Mariem où l’irrigation des primeurs et des cultures sous- serres sont effectuées ;
     

  •  Drâa Ettama-Kairouan où des cultures céréalières et industrielles sont développées.

 

 

6.4 Opérateurs des travaux de recherche et méthode de travail pour l’utilisation des eaux usées traitées

L’un des trois volets principaux du Projet PNUD/OPE – RAB 80/011 (Programme des Nations Unies pour le Développement, 1987) portait sur‘’ l’utilisation des eaux usées traitées et des boues résiduaires en agriculture‘’. Ce programme de recherche était réalisé par la Tunisie et le Centre de Recherche du Génie rural (CRGR) s’est vu confier la gestion et l’exécution de ce Projet. Les conditions d’utilisation en agriculture des eaux usées traitées et des boues résiduaires, en tenant compte de leur composition, de la nature des sols, des différents types de cultures et des aspects sanitaires, représentaient les principaux axes de réflexion du Projet.

A ce titre, une équipe pluridisciplinaire a approfondi les travaux de recherche dans ce domaine. Elle était composée, principalement, de spécialistes dans les domaines suivants : physique des sols, chimie des eaux–sol-boues, physiologie végétale, microbiologie et agronomie. Plusieurs Ministères et Départements consernés ont  participé à ces travaux dont les Ministère de l’Agriculture, de l’Equipement, de la Santé Publique, de Enseignement et de la Recherche scientifique.

Sur le terrain, la méthode de travail reposait sur :

- des essais in-situ sur le terrain ;

- des mesures en laboratoires, en vu d’analyser les impacts de l’utilisation des eaux et des boues résioluaires ;

- des expérimentations dans des stations expérimentales (exemples : station Soukra à Tunis et la station Oued Souhil à Nabeul).

C’est ainsi qu’a Soukra, trois campagnes ont été réalisées de 1984 à 1986, où les eaux usées traitées ont servi à cultiver des agrumes.

D’autre part, les essais de Soukra ont porté sur le sorgho (espèce fourragère) et sur le piment (espèce maraîchère). L’irrigation du sorgho a été effectuée par submersion et celle du piment par irrigation à la raie.

6.5 Résultats des travaux et des études sur l’utilisation des eaux usées traitées

Les caractéristiques physico-chimiques et bactériologiques des eaux usées traitées prélevées à partir des stations d’épuration de Cherguia et Nabeul ont permis d’aboutir aux résultats suivants :

- La fraction solide des boues renferme un potentiel de matières organiques et minérales fertilisantes, variant tempo-spatialement

Les teneurs en éléments traces toxiques sont au-dessous des seuils adoptés, à l’échelle internationale. Par ailleurs, il n’existe pas de contamination par les germes minéraux, leur seuil étant normal. On remarque que ces eaux usées traitées présentaient un excès en azote et potassium et étaient déficitaires en phosphore.

- L’action combinée des eaux usées traitées et des boues permet d’obtenir une composition équilibrée en éléments fertilisants, mais on doit tenir compte des taux excédentaires devant être éliminés, en vue d’éviter les risques de pollution des nappes.

-         L’épandage des eaux usées traitées sur les parcelles expérimentales à Soukra et Oued Souhil (lesquelles sont définies par des sols alluviaux de texture argilo-sableuse à sableuse), montre que les modifications des propriétés physiques et du niveau de contamination bactériologique des sols sont peu importantes ; on remarque une augmentation de la conductivité électrique des sols ainsi  qu’une augmentation modérée du taux de carbone, d’azote et de phosphore assimilable.

Les éléments traces Zn, Pb, Cu se concentrent dans les horizons de surface mais ne constituent pas, à court terme, une charge polluante.

- Comparativement aux eaux souterraines, l’utilisation des eaux usées traitées se traduit par une amélioration du rendement des cultures annuelles et arbustives.

- On remarque que la contamination bactérienne sur les parcelles d’agrumes irriguées par les eaux usées traitées était plus élevées pour les fruits ramassés au sol.

- L’enquête opérée dans le périmètre de Soukra, irrigué depuis une trentaine d’années par les eaux usées traitées, n’a pas permis de mettre en évidence des effets notables sur le sol, les cultures et la nappe.

6.6 Importance de la réutilisaion des eaux usées traitées en agriculture

En Tunisie, les investissements hydrauliques ont évolué d’une façon marquée depuis 1960. C'est ainsi que de 27% 1962, ces investissements sont passés à 37%, en 1982, ce qui a permis, par le biais de la réalisation d’ouvrages hydrauliques, de mobiliser 2,6 milliards de m3 d’eau (constituant 65% du potentiel hydrique mobilisable). L’irrigation, que représente le 1/3 de la production totale agricole, permet d’obtenir les résultats suivants à l’échelle nationale : 95% des cultures maraîchères ; 43% de l’arboriculture ; 7% de d’élevage (cheptel) ;1% de céréaculture et, enfin, 13% de cultures diverses.

 

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