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CHAPITRE 5

POLLUTION DU LITTORAL DE SFAX EN TUNISIE

 

5.1  Introduction

Le choix de la pollution de littoral de  la ville de Sfax a été conditionné par le fait que cette ville représente l’un des premiers ports phosphatiers du monde, avec toutes les dégradations conséquentes sur l’environnement. La ville de Sfax, comme toutes les autres anciennes médinas des pays islamiques, avaient, dans le temps un équilibre écologique certain sur le plan urbain, mais malheureusement la poussée démographique galopante et l’installation d’industries diverses à l’intérieur de ces enceintes, le développement des réseaux de communication (routes, voies  ferrées, ports etc.) ont gravement perturbé cette situation. C’est ainsi que les unités de traitement des phosphates (la NPK et la SIAPE) ont dégradé l’environnement (voir Référence n°17).

5.2 Impact environnemental du développement industriel dans le littoral et volume des rejets à Sfax 

La zone littorale de Sfax peut être divisée en deux  sous-zones :

- la sous-zone strictement interdite pour les baignades, vue l’importance et les caractéristiques des rejets domestiques de la NPK et des diverses industries côtières, et

- la sous-zone située au sud des ports, qui fait  l’objet de rejets d’eaux épurées traitées de la station de l’ONAS, et des rejets de la SIAPE, constitués de phosphagypse, reliquat de la fabrication des engrais et de l’acide phosphorique par utilisation des phosphates.

Les deux usines de traitement des phosphates précitées, par le biais de leurs ateliers de production d’acide sulfurique, d’acide phosphorique et de superphosphate, entraînent une dégradation de l’environnement. C’est ainsi que la concentration en SO2 dans l’air varie de 300 à 500 Ng/m3 (soit le double de la norme française), de même la concentration en fluor est de ZNg/m3 et celle des végétaux est de 100 Ng/g (contre 40Ng/g : norme française). Le volume des rejets industriels, estimé en 1987, était de l’ordre de 2200m3/j. Cette valeur représente une charge polluante de 2400 Kg/j de matières en suspension, soit l’équivalent d’une ville de cinquante mille habitants.

Le réseau des eaux usées des Poudrières I et II n’est pas raccordé au réseau d’assainissement ONAS et déborde de la station.

On peut notamment citer les rejets suivants :

- les rejets de la SIAPE (cent huit mille mètres cubes par jour), présentant de grandes teneurs en fluor ;

- les rejets de la NPK ;

- le rejet du canal T ;

- le collecteur P4 ;

- le collecteur P3 ;

- les rejets du canal de rocade du km4 ;

- les rejets de l’Oued Sakiet-Ezzitre.

5.3 Eaux de surface

Une dizaine de kilomètres le long de la côte Nord de Sfax est influencée par le rejet de la NPK. On a remarqué, par ailleurs, que les concentrations de Zn et Cd ont augmenté dans les ports. Les effluents urbains et industriels sont déversés, sans traitement préalable, dans les Oueds Maou et Sakiet Ezzit.

Les nitrates polluant les eaux de surface, peuvent avoir deux origines :

* Les résidus de la végétation riveraine, le lessivage des sols, le ruissellement et l’érosion,

* Les rejets domestiques débouchant des systèmes d’assainissement et les rejets industriels (élevage, industries agro-alimentaires etc.)

L’urbanisation, le développement agricole et les conditions hydro-climatologiques, conditionnent les valeurs des teneurs en nitrates des eaux de surface.

Les impacts négatifs d’une forte concentration des nitrates peuvent être schématisés comme suit :

* Destruction de l’équilibre des écosystèmes aquatiques, certes l’adjonction des nitrates et sulfates favorise l’eutrophisation

* Dégradation de la santé humaine par l’utilisation d’eaux pompées au fil de l’eau des Oueds

En vue de réduire l’impact de l’eutrophisation, les moyens suivants ont été utilisés et expérimentés dans les barrages:

 - La réduction des éléments nutritifs apportés ;

- Le contrôle de l’utilisation des terres agricoles (contrôle à instaurer du taux d’engrais à utiliser par hectare) ;

- Le contrôle systématique de toute source de pollution.

5.4 Pollution de l’atmosphère

C’est le volet qui affecte le plus la santé des citoyens. L’air, renfermant des produits chimiques tels que CO,CO2, NO,NO2,H2S, les hydrocarbures et des poussières de plomb, est pollué. Parmi les maladies respiratoires identifiées par les médecins dans cette zone, on peut citer :

- La bronchite chronique, particulièrement observée chez les ouvriers travaillant dans les usines industrielles précitées;

- L’emphysème pulmonaire provoquant une insuffisance respiratoire, par dépôt sur les bronches ;

- Le cancer des poumons, très répandu à Sfax ;

- Les maladies allergiques favorisées par l’air pollué ;

- Les anémies caractérisées par la réduction du taux d’hémoglobine et dues particulièrement au plomb et aux métaux lourds.

La pollution de l’air affecte aussi l’arboriculture.

Les nuisances des émissions de Hg et SO2, poussières toxiques pour les végétaux, se présentent à des degrés variés, en fonction des espèces végétales.

Les feuilles de vignes et de figuiers, situées à côté de la NPK, sont brûlées par les émanations de fluor.

5.5 Pollution de la nappe phréatique

L’étude hydrodynamique des nappes, réalisée lors des inondations de 1982, a montré que la nappe de Sfax était une nappe libre à écoulement vers la Méditerranée.

Les principales causes de la pollution de cette nappe peuvent être schématisées comme suit :

- Utilisation de la nappe comme déversoir des puits perdus servant pour les rejets d’eaux usées ;

- Les dépôts des hydrocarbures rejetés et infiltrés ;

- Les canaux des eaux pluviales ;

- Les rejets des déchets industriels.

Les analyses bactériologiques, réalisées par l’Ecole nationale des Ingénieurs de Sfax (ENIS) en 1983 et 1985, ont montré l’existence de germes contaminants, et particulièrement les coliformes fécaux. Les zones qui ne sont pas raccordées au réseau d’assainissement dénotent une charge bactérienne importante.

5.6 Pollution marine

Les divers micropolluants observés sont les pesticides (organochlorés, organophosphates et les carbonates), les détergents (adjuvants, solvants etc.), les métaux lourds (mercure, cadmium, chrome, cuivre, plomb, PCB, etc.) et les corps radioactifs.

5.6.1 Pesticides

Les pesticides les plus dangereux sont ceux caractérisés par une grande stabilité. Par ailleurs, les pesticides insolubles se fixent, en mer, sur des substrats organiques et sont véhiculés par les microorganismes marins qui les absorbent, soit directement (par respiration par exemple), soit par digestion de communautés vivantes contaminées ; ainsi toute la chaîne alimentaire trophodynamique est dégradée à divers niveaux.

5.6.2 Détergents

Il sont constitués de produits de base, d’adjuvants de solvants. La différenciation des détergents se fait à partir des conditions électrochimiques des produits de base.

Les eaux usées urbaines et industrielles véhiculent à la mer les détergents utilisés en qualité de dispersants pour combattre les marées noires dans le cas de déversement d’hydrocarbures à partir de tankers. Le phosphore existant dans les eaux usées urbaines est dû, pour un grand pourcentage (cinquante à soixante dix pour cent), à la présence de détergents dans ces eaux.

Les éléments nutritifs véhiculés à la mer (carbone, azote et phosphore) stimulent l’augmentation des populations algales et entraînent l’apparition du phénomène dénommé eutrophisation (même phénomène décrit par ailleurs pour la dégradation de l’eau dans les retenues de barrages).

La biodégradabilité des détergents dans le milieu naturel est difficile pour les raisons suivantes :

- les organismes potentiels existants dans le milieu hydrique ne sont pas adaptés aux détergents ;

- au vu des conditions ambiantes (notamment la température), le temps de dégradation totale est relativement long ;

- il existe une disproportion entre la quantité de détergents et la population microbienne existant dans l’eau ;

- plusieurs isomères de détergents ne sont pas utilisés par les micoorganismes.

La diminution de la toxicité n’est pas en relation avec la biodégradation, puisque certains composés présentent des toxicités croissantes avec le temps.

5.6.3  Métaux lourds

Le mercure et le cadmium sont les métaux lourds les plus toxiques. L’origine de ces effluents toxiques est due à l’utilisation du cadmium dans les procédés de métallisation, dans la fabrication de pigments et de composés variés, ainsi que dans l’industrie métallurgique. Les rejets de fabrication d’appareils électriques, d’instruments divers, de peintures, de produits cosmétiques et pharmaceutiques utilisant le mercure, génèrent des eaux industrielles toxiques. Ces métaux lourds, dans le milieu marin, sont absorbés par les sédiments, le phytoplanction, les algues ainsi que par la faune benthique et pélagique. Remarquons que les caractéristiques granulométriques des sédiments jouent un grand rôle dans la possibilité d’absorption des métaux lourds. Dans la zone située au Nord des ports, les sédiments sont pollués par le Cr, Cu, Pb, PCB, DDI et leurs dérivés.

5.7 Recommandations en vue de réduire la dégradation de l’environnement dans la région Sfax

Parmi les solutions proposées pour sauvegarder l’environnement, on peut notamment citer :

- L’aménagement urbain

A ce titre, on peut mentionner que le Plan Directeur de 1977 s’est attardé sur l’assainissement de la ville de Sfax, sur la protection des jardins limitrophes contre les ravages de l’urbanisation et sur l’atténuation des diverses formes de pollutions.

- L’assainissement de la ville

Les extensions des installations ont été réalisées progressivement et radialement. La station existante d’épuration des eaux usées traite la moitié de sa capacité, soit trente mille mètres cubes par jour. Les quatre cent vingt huileries de Sfax ont entraîné des dégâts importants aux réseaux d’assainissement (pollution équivalente à celle causée par un million d’habitants), d’où l’obligation de les séparer du réseau de l’ONAS par un traitement séparé.

- L’arboriculture

Le reboisement et l’aménagement d’espaces verts nouveaux (tout en entretenant les anciens) sont à intensifier et à promouvoir. Ils permettront, parallèlement, de se protéger contre les pollutions hydrique et de l’air.

 

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