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CHAPITRE 4

POLLUTION DES RIVIERES :

CAS DE L’OUED SEBOU AU MAROC

 

4.1  Généralités

La pollution des rivières présente des impacts négatifs multiformes et touchant des domaines variés. Vu le développement socio-économique et démographique dans les pays du Maghreb, un intérêt tout particulier est accordé la protection et la conservation durable des systèmes hydrographiques marocains. L’analyse suivante présente la situation actuelle et future de la dégradation des eaux de l’Oued Sébou avec les actions entreprises en vue de la réduire.

4.2 Pollution des eaux de l’Oued Sébou  

4.2.1 Situation actuelle de la pollution de l’Oued Sébou

Le bassin versant du Sébou est le premier bassin versant au Maroc du point de vue apports d’eau évalués à 6,6 milliards de m3 par an. Par ailleurs, ce bassin hydrographique est classé second en surface : 40.000km2 (après le bassin de la Moulouya). Il couvre 191.000 ha de terres agricoles.

Un volume annuel de 120 millions de m3 d’eaux usées, sur  les 300 millions de mètres cubes d’eaux usées déversées dans tout le réseau hydrographique  marocain, est rejeté dans les divers affluents du Sébou. La pollution industrielle et urbaine  des rivières est générée par les industries alimentaires et agricoles : les sucreries, les huileries, les sociétés oléicoles, les industries textiles (filature, tissage, confection), les industries chimiques et parachimiques (engrais, détergents, cuirs ; fabrication de la pâte à papier, du papier et du carton), les industries de cellulose, les papeteries, les tanneries, les raffineries, les usines de fabrication de produits chimiques et parachimiques, les industries des minéraux non métalliques, les sociétés de fabrication des boissons, les industries mécaniques et électriques : affinage des métaux, fonderies, chaudronneries etc. Le tableau 4.1 donne l’inventaire des unités industrielles opérant dans le bassin du Sébou.

Remarquons, au passage, que les villes les plus polluantes du réseau hydrographique du Sébou sont, entre autres, d’aval en amont : Kénitra, Sidi Allal Tazi, Mechra Bel Ksiri, Douar El Gueddari, Sidi Yahia du Gharb, Sidi Slimane, Sidi Kacem, Meknès, Fès.

  •  La pollution agricole est particulièrement dûe aux eaux de drainage des périmètres irrigués, lesquelles affectent les nappes souterraines par la présence de fertilisants à des taux d’engrais élevés non contrôlés (nappes du Gharb et de Saiss).

  

 

D’autre part, sur les 68.000 t/an de matières oxydables déversées à l’échelle nationale dans les Oueds, 40.000 t/an proviennent de la pollution domestique (où le Sebou intervient pour 22.500 t/an soit 56%) et 28.000 t/an proviennent de la pollution industrielle (où le Sebou intervient pour 19.000 t/an soit 67%). Le tableau 4.2 nous montre l’importance de la pollution de ce réseau hydrographique.

Le tableau  4.3 détaille la répartition de la pollution domestique et industrielle rejetée dans les Oueds, le sol et la mer, pour tous les bassins hydrographiques du Maroc, et celle prévisionnelle, jusqu’à l’an 2020, et le graphique 4.1 la pollution des bassins côtiers.

Les paramètres DBO5, DCO, NH4+ et PT ont été les éléments de base du modèle d’auto- épuration simplifié, en vue de la prévision de la qualité des eaux à l'horizons 2020. Une hypothèse simpliste a été utilisée sachant qu’il existe une corrélation directe entre la pollution rejetée et la consommation d’eau ; effectivement, en réalité, la pollution est plus critique, plusieurs paramètres entrant en considération.

 

4.3 Contrôle de la pollution des eaux de l’Oued Sébou

4.3.1 Introduction

Les résultats qui seront présentés dans ce paragraphe regroupent les investigations opérées par l’Office national de l’Eau potable (ONEP, 1994) durant quatre années, de 1989 à 1993.

4.3.2 Pollution urbaine

La pollution urbaine est due à deux types de déchets :

- les déchets liquides qui sont déversés dans le réseau hydrographique et particulièrement l’Oued Fès, sans traitement préalable ;

- les déchets solides qui sont généralement jetés en décharge aux bords de l’Oued ou directement dans le réseau hydrographique.

La pollution ainsi générée se caractérise par les matières organiques, les matières en suspension, les matières nutritives (azote et phosphore) et les micro organismes (bactéries, virus pathogènes). En 1992, la pollution urbaine présentait les caractéristiques suivantes :

- 37.330 tonnes de DBO5 par an ;

- 97.480 tonnes de DCO par an  ;

- 8.300 tonnes d’azote total par an ;

- 1890 tonnes de phosphore total par an.

4.3.3 Pollution industrielle

Elle est générée par les industries agro-alimentaires et minières, les tanneries, les usines de fabrication des pâtes à papier, du papier et du carton etc. Les industries électriques, les raffineries, les papeteries, peuvent être aussi à l’origine de nombreuses nuisances non encore quantifiées. Les éléments accompagnant l’extraction d’éléments miniers constituent aussi une source de pollution. Ainsi, la pollution industrielle rejetée annuellement dans le bassin du Sébou et générée principalement par les agglomérations de Fès, Meknès et Kénitra est évaluée à 2 millions d’équivalents - habitants (photos 4.1, 4.2, et 4.3).

4.3.4 Pollution agricole

Vue l’importance de la surface irriguée dans le bassin versant du Sébou (dont 100.000 ha dans le bas Sébou, le Gharb), de fortes doses d’engrais minéraux, azotés et phosphatés ou potassiques (NPK) sont utilisées, dont une partie est rejetée directement dans l’Oued ou infiltrée dans la nappe ; des concentrations élevées d’azote, de phosphore et de potasse  entraînent le phénomène d’eutrophisation des eaux de surface et la pollution des eaux souterraines par les nitrates.

Les pesticides constituent aussi une source de pollution. Les facteurs solubilité, résistance des pesticides à la dégradation physique et biochimique, nature du sol et importance des apports d’eau sont déterminants dans ce type de pollution.

Dans le bassin de Sébou, la consommation totale de pesticides est estimée à 3.6000 tonnes par an (le 1/3 de la consommation nationale). D’après l’OMS, 0,5 à 1% de la valeur consommée aboutit à la rivière, soit 18 à 38 tonnes par an dans l’Oued Sébou.

4.3.5 Flux des pollution de l’Oued Sébou

Les tableaux et graphiques suivants indiquent l’importance de la pollution de l’Oued Sébou

 

 

Le tableau ci-dessous montre l’importance de la charge organique apportée par les sucreries de Machrâa Bel Ksiri et Sidi Allal Tazi dans le cours d’eau du Sébou.

 

4.4 Modélisation de la qualité des eaux de l’Oued Sébou

4.4.1 Introduction

Cette modélisation, établie en 1985, par l’Ecole des Travaux publics et la Direction de la Recherche et de la Planification des eaux de l’Administration de l’hydraulique, avait pour objectif de simuler le régime thermique et l’évolution saisonnière des différentes variables écologiques : l’oxygène dissous, l’azote et le phosphore sous leurs diverses formes, ainsi que phytoplancton (voir référence n° 15).

4.4.2 Modélisation de la qualité des eaux de l’Oued Sébou

Le modèle d’oxygène dissous adopté est complet, puisque les principaux facteurs agissant sur le bilan en oxygène sont simulés en tant que variables d’état du modèle ; ces variables prennent en compte de façon explicite, en plus de la biodégradation et de la réalisation, d’autres facteurs aussi importants que l’advection, la photosynthèse, la respiration (A.Agoumi, Asmlal, M.Makhokh, voir référence n°15). Ce modèle a été utilisé pour évaluer l’impact des rejets urbains de la ville de Fès sur la qualité des eaux de l’Oued Sébou et prévoir, dans le temps et dans l’espace, l’évolution de cette pollution organique (tableau 4.9 et carte 4.1).

Par ailleurs, le modèle écologique, axé principalement sur la simulation du bilan d’oxygène dissous pour l’appréciation du degré de pollution organique, est basé sur les variables suivantes(figures 4.11 et 4.12) :

- les phytoplanctons (PHY)

- l’oxygène dissous (OD)

- l’azote organique (NO)

- l’azote ammoniacal (NH4)

- l’azote nitrique (NO3)

- le phosphore organique (POR)

- le phosphore minéral (PO4)

,

en supposant négligeable la dispersion horizontale.

 

 

Plusieurs hypothèses ont été prises en considération :

- en vue d’analyser le problème d’une façon unidimensionnelle, la répartition des variables le long de l’Oued Sébou et verticalement, est supposée homogène ;

- la partie analysée de l’Oued Sébou est divisée en tronçons (lesquels sont découpés en mini-tronçons). On suppose les caractéristiques hydrauliques constantes (vitesse, débit et profondeur d’eau). Par ailleurs, la longueur de chaque mini-tronçon est proportionnelle à la durée du pas de temps : L(t) = u (t) Dt où u(t) est la vitesse de l’eau au temps t dans le tronçon considéré et Dt est le pas de temps fixe ;

- l’équation du bilan de masse est résolue en deux étapes successives :


*on résoud d’abord l’équation de transport des masses d’eau :

 

* puis on établit l’équation précisant uniquement les interactions physico-chimiques et biologiques, entre la variable C et les autres variables  : 

La méthode numérique de résolution appliquée est celle d’Euler.

4.4.3 Résultats obtenus

L’étape dénommée '' zéro- dimensionnel '' teste le bilan  en oxygène dans le milieu ainsi que la réponse du modèle écologique, en supposant une masse d’eau homogène, et en ne tenant pas compte des échanges hydrodynamiques horizontaux et verticaux. Les résultats obtenus dans la première étape, vu le manque et la faiblesse du nombre des données de simulation, peuvent être considérés comme purement théoriques et permettent uniquement d’établir les impacts des divers phénomènes sur le bilan d’oxygène.

Nonobstant ces considérations, le niveau minimum d’oxygène dissous atteint reste acceptable (supérieur à 0,7 Mg O2/l).

L’étude de la sensibilité a permis de dégager les résultats suivants :

- le modèle est fortement sensible au facteur de croissance maximum de phytoplancton Cx ;

- la température optimale de croissance algale (Top) constitue un facteur fondamental ;

- le modèle est sensible au degré de broutage du phytoplancton par le zooplancton  Ml ;

- le coefficient de la  demande benthique influence aussi le bilan d’oxygène.

L’équation d’évolution, dans le temps, le long du fleuve s’écrit :  


 Le manque de données a présenté la difficulté majeur pour la reconstitution des entrées au système.

Une première simulation complète avec ce modèle a été opérée :

- le 31 janvier 1981 : en cette période hivernale, la biomasse algale est pratiquement nulle ainsi que la DBO. Le niveau d’oxygène  acceptable est de l’ordre de 9 Mg O2/l ;

- et le 12 juillet 1985 : l’effet de la pollution en été, est net ; le niveau de la DBO passe de 15 à 35 Mg O2/l. L’oxygène atteint 2Mg O2/ l ;

- La comparaison des courbes calculées, avant et après la ville de Fès, a  abouti à la constatation suivante : alors qu'au cours de l’année, le niveau minimal d’oxygène avant la ville de Fès est de l’ordre de 5 à 6 Mg O2/ l, il passe à la sortie de la ville à  2 et 3  Mg O2/l. Nous obtenons ainsi un déficit en oxygène de l’ordre de 3 Mg O2/ l.

4.4.4 Conclusion

Le nombre de variables peut être réduit à 6 au lieu de 9, si on disposait d’informations précises sur l’unique nutriment dans le modèle, à savoir le phosphore ou l’azote. Ce modèle a permis cependant, en plus des résultats obtenus, de lancer des campagnes de mesures sur l’Oued Sébou ; ces données permettront de valider le modèle et de continuer des recherches pour une meilleure connaissance du système rivière et de ses capacités à retenir la pollution de l’Oued Fès (AGOUMI A., ASMLAL L., MAKHOKH M., 1994)

 

 

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