Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

CHAPITRE 3

SECHERESSES OBSERVEES

DANS LES PAYS DU MAGHREB

 

3.1 Introduction

Au cours des dernières décennies, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie ont enregistré les sécheresses les plus critiques dans leur histoire, avec toutes les conséquences néfastes connues, tels la réduction des allocations d’eau potable, agricole et industrielle (due au déficit hydrique) et l'impact sur le développement socio-économique. C’est la raison pour laquelle ce chapitre revêt un intérêt particulier.

3.2 Sécheresse  au Maroc de 1980 à 1985

Quatre types de sécheresses ont simultanément intéressé le Maroc durant la période de 1980 à 1985 :

1. La sécheresse hydraulique, qui a eu des impacts sur la raréfication des apports d’eau dans les barrages, les lacs, les oueds, les sources et les nappes souterraines.

2. La sécheresse météorologique, marquée par une diminution sensible des précipitations par rapport à la normale.

3. La sécheresse agricole due à une réduction de l’humidité du sol.

4. La sécheresse énergétique.

3.2.1 Sécheresse hydraulique

Dans ce qui suit  sont précisées les dates où l’apport d’eau observé était au plus bas niveau aux sites des Oueds de bassins hydrographiques les plus importants au Maroc :

- Barrage Nakhla (bassin versant Nakhla) : 1982-83.

- Barrage El Makhazine (Loukkos) : 1966-67.

- Barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah (Bou-Regreg) : 1966-67.

- Barrage Ibn Batouta (Mharhar) : 1944-45.

- Barrage Bin El Ouidane (Oum Er-Rbia) : 1982-83.

- Barrage Mohamed V (Moulouya) : 1984-85.

- Barrage Moulay Youssef (Oum Er-Rbia) : 1982-85.

- Barrage Youssef Ben Tachfine (Souss) : 1960-61.

- Barrage Hassan Eddakhil (Ziz) : 1983-84.

- Barrage El Kanséra (Sébou) : 1984-85.

- Barrage Idriss 1er (Sébou) : 1944-45.

- Barrage El Massira (Oum Er-Rbia) : 1983-84.

- Barrage Manssour Eddahbi (Ouerzazate) : 1983-84.

- Barrage Lalla Takerkoust (Tensift) : 1960-61.

- Barrage Kasba Tadla (Oum Er-Rbia) : 1982-83. 

L’année la plus sèche était, par bassin versant :

- 1944-45 (Mharhar, et Sébou à l’Oued Inaouène).

- 1960-61 (Souss, Lalla Takerkoust).

- 1966-67 (Loukkos, Bou-Regreg).

- 1982-83 (Nakhla, Oum Er-Rbia à Bin El Ouidane et à Kasba Tadla).

- 1984-85 (Sébou à l’Oued Beht, Moulouya).

Les cinq années successives sèches observées au Maroc de 1980 à 1985 (série la plus longue après celle des six ans de 1776 à 1782) ont été caractérisées par une trop faible hydraulicité.

Le pourcentage des apports aux barrages au cours des cinq dernières années, par rapport à leur apport en année moyenne, et ceci par ordre décroissant de la sécheresse, s’est établi ainsi (voir tableau 3.1) :

Hassan Eddakhil (13%), Sidi Mohamed Ben Abdellah (22%), Mansour Ed-Dahbi (26%), Idriss 1er, Bin El Ouidane et Mohammed Ben Abdelkrim Al Khattabi (35%), Al Massira (37%), Ibn Batouta (39%), Moulay Youssef (40%), Mohamed V (42%°, El Kansera (45%), Lalla Takerkoust (48%), Kasba Tadla (49%), Youssef Ben Tachfine (54%°, El Makhazine (60%), Nakhla (61%).

Ainsi, treize barrages ont accusé un apport d’eau cumulé durant  les cinq années sèches, variant de 13 à 61% par rapport à l’année moyenne alors que le barrage Hassan Eddakhil présentait, durant les cinq années, l’apport cumulé le plus bas de la série des barrages considérés.

Parmi les méthodes actuellement utilisées pour la détermination des étiages, on peut citer les suivantes :

- Méthode historique : basée sur les relevés antérieurs et s’étendant sur une période étendue, elle fournit des ordres de grandeur des débits d’étiages observés.

- Méthode de comparaison : elle se base sur la méthode des débits spécifiques, sur la méthode des indices de faiblesse (l’indice de faiblesse étant le rapport entre l’apport moyen annuel et l’apport d’étiage exceptionnel) et sur la méthode des indices d’irrégularité (l’indice d’irrégularité des étiages étant le rapport entre le plus fort et le plus faible des apports d’étiages exceptionnels connus).

- Méthode probabiliste. 

L’expérience montre qu’on peut toujours ajuster une courbe des apports classés par des courbes de distributions fréquentielles du type Fréchet, Galton-Gibrat, Gauss, Halphen, Pearson, Foster, Gumbel, Log normal, G incomplète etc.  Ayant adopté la loi que s’approche le mieux du phénomène observé, on obtient les apports d’étiage par extrapolation de la courbe mathématique ; on remarque que les lois de distribution des probabilités : log normale et G incomplète, représentent les meilleurs ajustements des apports moyens annuels.

Il faut remarquer que l’extrapolation de ces courbes n’est pas satisfaisante pour les très faibles apports. On constate une nette inflexion des courbes de distribution pour les valeurs extrêmes des apports annuels.

A l’échelle internationale, il existe des modèles numériques informatisés permettant de prévoir la sécheresse en se basant uniquement sur chacun des paramètres conditionnant la sécheresse, à savoir, par exemple, le taux d’augmentation du gaz carbonique dans l’atmosphère, l’impact des océans sur les précipitations, l’humidité du sol, le type de circulation atmosphérique ; mais il n’existe actuellement aucun modèle numérique permettant de prévoir, d’une façon définitive et absolue, tous les paramètres  conditionnant la sécheresse.

L’étude suivante, réalisée en 1986 par l’auteur, trace et précise la méthode probabiliste et stochastique de prévision des apports aux retenues des barrages, pour diverses fréquences d’apparition, en se basant sur la série la plus longue des apports antérieurement observés avant et durant l’exploitation des grands barrages hydrauliques suivants : Nkhla, AL Makhazine , Sidi Mohamed Ben Abdellah, Ibn batouta, Bin El Ouidane, Mohamed V, Mohamed Ben Abdekrim Al Kkhattabi, Moulay Youssef, Youssef Ben Tachfine, Hassan Addakhil, El Kansara, Idriss 1er , Al Massira, Manssour Ed-Dahbi, Lalla Takerkoust, Kasba Tadla.

L’analyse statistique adoptée a été basée sur les critères suivants:

- Sont considérées comme très sèches les années dont les apports annuels présentent une fréquence f > 90%.

- Sont considérées comme sèches les années dont les apports annuels présentent une fréquences 90% > f > 65%.

- Sont considérées comme intermédiaires, les années dont les apports annuels présentent une fréquence 65 > f > 35%.

- Sont considérées comme humides les années dont les apports annuels présentent une fréquence 35% > f > 10%.

- Sont considérées comme trop humides les années dont les apports annuels présentent une fréquence : f > 10%.         

A partir de cette étude, une classification détaillée des années a été établie au point de vue de leur hydraulicité : année très sèches (TS), années sèches (S), années d'hydraulicité moyenne (M), années humides (H) et années trop humides (TH), pour les barrages : Hassan Addakhil, Sidi Mohamed Ben Abdellah, Idriss 1er,Bin El Ouidane,Mohamed Ben Abdelkrim Al KhattabiI, Al Massira ,Ibn Batouta, Moulay Youssef, Mohamed V, El Kansera, LallaTakerkoust, Kasba Tadla, Youssef Ben Tachfine, El Makhazine et Nakhla.

 

 

3.2.2 Sécheresse météorologique

3.2.2.1 Caractéristiques de la sécheresse météorologique 

La cause de ce type de sécheresse est la circulation atmosphérique présentant un impact sur la  réduction de la dimension de l’intensité et de la fréquence des perturbations atmosphériques, sources des précipitations.

L’anticyclone des Açores fait subir ses effets normalement, au cours de la saison d’été relativement sèche. Par contre, les dépressions véhiculatrices de pluie ont pour origine le front polaire. Une perturbation locale peut générer aussi une circulation atmosphérique, à effet plus réduit.

Contrairement à l’Afrique où les vents équatoriaux prennent naissance dans les hautes atmosphères, les perturbations atmosphériques synoptiques affectant  le Maroc, prennent leur naissance dans des latitudes moyennes.

D’autre part, au Maroc, au vu des précipitations relevées, les années 1944-45 et 1982-83 étaient sèches simultanément dans toutes les régions de l’ensemble du territoire marocain ; de même, les cinq années de 1980 à 1985 étaient successivement sèches pour toutes les parties du Maroc, alors que les séchersses des années 1965-67 étaient localisées à certaines zones.

Pour les 5 années sèches, la situation pluviométrique observée par la Météorologie nationale a été la suivante :

- 1980-81 : Déficitaire partout dans le pays sauf au Nord-Est ;

- 1981-82 : Fortement excédentaire sur le Sud-Ouest du pays, déficitaire partout ailleurs ;

- 1982-83 : Fortement déficitaire sur l’ensemble de Royaume, seule la plaine du Gharb se différencie avec un déficit de 20% ;

- 1983-84 : Déficitaire sur tout le pays à l’exception d’une étroite bande sur le littoral océanique ;

- 1984-85 : Normale ou légèrement excédentaire sur le Sud-Ouest du pays, déficitaire partout ailleurs.

Pour les périodes s’étalant de 10 à 20 ans, la succession des années humides et sèches fait que le déficit en pluviométrie était relativement comblé, alors que, pour les périodes de 20 à 25 ans, les observations des précipitations indiquent un déséquilibre net occasionnant des déficits importants.

Cette situation ne reste pas valable si un phénomène anormal venait de le présenter, en perturbant le cycle global de la circulation atmosphérique, par exemple, une augmentation inaccoutumée du taux du gaz carbonique, créant un réchauffement local ou généralisé.

3.2.2.2 Pluie artificielle ou provoquée au Maroc

Des expériences internationales de pluies artificielles ont été effectuées par l’Organisation mondiale de la Météorologie (OMM), dans le bassin du Douro en Espagne et à Ouagadougou en 1983.

Au Maroc, la pluie artificielle a été utilisée de mars 1953 à avril 1954 et en 1984-85 et 1985-86, en vue d’obtenir de la pluie particulièrement dans la région du barrage de Bin El Ouidane, en vue de suppléer à l’insuffisance des ressources en eau (et particulièrement en période de sécheresse) ; le programme " Al Ghait " des pluies artificielles, lancé en 1984, et ayant été appliqué au bassin versant de l’Oum Er Rbia (1er bassin en production d’énergie électrique au Maroc et 2e bassin en apport d’eau) a, pour objectif, l’accroissement des précipitations provoquées en eau et neige. Ce programme, organisé par les Forces Royales Air, avec le support de l’Organisation de la Météorologie nationale, a pour base l’utilisation des ensemencements et une connaissance approfondie de la physique des nuages.

En vue d’utiliser des moyens de recherches scientifiques adaptés au contexte marocain, les opérations suivantes ont été effectuées :

- L’expansion, dans les nuages, de produits chimiques à base d’iodure d’argent, a été réalisée par le biais de 4 avions OV. 10 et 2 King 100 modifiés et équipés de brûleurs. Par ailleurs, des appareils de technologie avancée et permettant d’enregistrer, de traiter en temps réel et d’afficher les données météorologiques obtenues dans la zone du vol, ont été  placés dans 2 King 100.

- Le traitement des nuages, par lancement de cartouches pyrotechniques, a été réalisé au moyen d’un avion Alpha Jet équipé d’un radar de météorologie.  

Les autres éléments intervenant dans le programme " Al Ghait "  sont :

- L’installation, à la Météorologie nationale de Casablanca, d’un récepteur d’images de METEOSAT.

- L’implantation, à Khouribga, d’un radar de météorologie d’un rayon de 400 km.

- La mise en place, dans la zone cible, d’une station recueillant les données météorologiques en temps réel , à partir du récepteur METEOSAT.

Les résultats obtenus à partir des analyses qualitatives et quantitatives du programme préliminaire des deux interventions effectuées en 1984-85 et en 1985-86, sont encourageants.

Le Comité directeur national  "Al Ghait ", est composé des Forces royales Air et des Ministères des Transports, de l’Intérieur, de l’Agriculture, de l’Equipement de la Formation professionnelle et de la Formation des Cadres, de l’Energie et des Mines, des Postes et des Télécommunications, de la Gendarmerie royale et du

Centre national pour la Coordination et la Planification de la Recherche scientifique et technique.

3.2.2.3 Etude de l’interaction des courants marins et de l’atmosphère pour la prévision de la sécheresse

Les climatologues spécialistes de l’Université de Washington ont montré que la variation du régime des vents et de la pression atmosphérique occasionnant des variations thermiques des eaux de l’Océan pacifique, pouvaient expliquer la sécheresse catastrophique ayant sévi dans ces régions, particulièrement en 1982-83.

L’inversion de l’ENSO (El niño southern oscillation), entre l’Australie et l’Amérique du Sud, a créé un réchauffement additionnel de plus sept degrés dans les Caraïbes, ayant entraîné la plus grave catastrophe écologique (par la destruction de la faune aquatique) connue à travers le monde jusqu’alors, d’où la nécessité d’inclure, dans les prévisions météorologiques, l’impact de l’interaction océan-atmosphère et particulièrement les courants marins, facteur  n’ayant pas été pris en compte jusqu’alors.

Actuellement le NAO (Oscillation Nord Atlantique), le NPO (Oscillation du Pacifique du Nord) et l’AO (Oscillation Australe), constituent les 3 grandes oscillations climatiques actuelles, définissant le fonctionnement du système climatique global au niveau du globe ; à titre indicatif, la sécheresse hivernale de 1982 à 1983 (observée simultanément et pour la première fois dans la plupart des pays), a été interconnectée avec le mode NAO, par le biais des ondes de Kosby. La connaissance de ces oscillations est intéressante pour la compréhension du phénomène climatique, mais ne permet pas la prévision à long terme ; il est nécessaire de déclarer les anomalies précédant l’Oscillation Nord Atlantique, préalablement à toute prévision de catastrophe climatique       (ATTILLAH A., ABDELLAOUI R., BOUFDILI T., 1985).

Au Maroc, lancé en août 1992, le programme d’analyse des données du satellite Topexposedon, par le Centre royal de Télédétection spatiale, a permis de comprendre le phénomène de la sécheresse au Maroc, et ceci, par l’obtention de mesures de niveau de la mer, de la vitesse des courants marins (à 10 m au-dessus de la surface marine) et, finalement, de la hauteur des vagues. Cette campagne a permis la mesure de ENSO de 1993 à 1994 le long du Pacifique équatorial.

L’analyse porte sur les anomalies du niveau de la mer par rapport à la période établie sur deux ans. L’“ upwelling” (remontée d’eau marine froide), en face des côtes atlantiques du Maroc, affecte, d’autre part, le climat de ces régions.

3.2.3 Sécheresse agricole au Maroc

Cette sécheresse se présente par l’apparition d’une réduction de l’humidité du sol, particulièrement pendant la période de développement des cultures.

A titre indicatif, l’Organisation mondiale de la Météorologie (OMM) a défini 59 indices de sécheresse, indiquant les relations entre l’humidité fournie par le sol et celle qui est requise. Certes, au Maroc, les basses précipitations des mois de mars et avril peuvent engendrer des pertes de récoltes. A titre d’exemple, les contraintes prises en début de campagne agricole 1980/81 pour les deux années sèches successives 1981 et 1982 par l’Office du Gharb, dont les eaux agricoles proviennent des barrages Idriss 1er et El Kansera, sont les suivantes :

- La sauvegarde des cultures fourragères (avec 50% de réduction de dotation) ;

- La limitation des  cultures annuelles non indispensables ;

- L’assurance des besoins vitaux en agrumes (avec réduction de 30% de dotation) ;

- L’assurance des besoins vitaux de la canne à sucre (réduction en dotation de 30%) ;

- L’interdiction de toute nouvelle plantation d’arbes ;

- La diminution du programme  coton (500 ha au lieu de 1.500 ha et diminution de la dose d’irrigation) ;

- L’interdiction des cultures maraîchères ;

- Le besoin vital d’eau a entraîné un développement de l’irrigation privée, par la multiplication des groupes moto-pompes ;

- L’incitation des comités techniques des offices, à créer des comités de vigilance chargés de faire respecter les tours d’eau instaurés, de lutter contre toute dégradation ;

- Le traitement et recyclage des eaux usées notamment par les industriels ;

- L’économie de l’eau en milieu urbain ;

- Le recouvrement intégral des redevances d’eau d’irrigation.

A titre d’information, l’impact de la sécheresse sur le domaine agricole montre que le manque à gagner dû à la production végétale au cours de la campagne 1980-81 (par rapport à une année moyenne dans l’office du Gharb) est de 600 millions de Dirhams et, en superficie, de 127.000 ha.

Le Ministère de l’Agriculture a fourni, par ailleurs, les détails complémentaires suivants, se rapportant à la sécheresse agricole :

- Les productions agricoles réalisées par les grands périmètres d’irrigation (Doukkala, Gharb, Haouz, Loukkos, Moulouya, Ouarzazate, Sous-Massa, Tadla, Tafilalet), n’ont subi durant les 5 années de sécheresse (et, en référence avec l’année 1979-80), qu’une diminution limitée, voire nulle. La réalisation des grands ouvrages hydrauliques a présenté un impact positif, au cours de cette période critique, pour l’approvisionnement suffisant du pays en denrées alimentaires.

- On a remarqué que le rapport entre la valeur produite par un hectare moyen des grands périmètres irrigués à celle d’un hectare moyen des autres zones, est passé de 5 (pour l’année de référence 1979-80) à 5,6 en 1980-85 avec un maximum de 10 en 1980-81. Ceci explicite le grand avantage des périmètres irrigués.

3.2.4 Sécheresse énergétique

Dés le début de la sécheresse, le plan d’eau des retenues de barrages à vocation énergétique, a baissé au-dessous des niveaux limites des prises usinières. Il s’en est suivi une chute brutale de la production de l’énergie hyro-électrique à partir des centrales, jamais observée au Maroc, mais heureusement le thermique était là pour suppléer, à point nommé, au manque énergétique.

3.3 Sécheresse en Algérie

L’impact de la sécheresse, aussi bien au niveau des activités agricoles qu’à celui du développement socio-économique, est très important dans les pays du Maghreb et, en particulier, en Algérie. Nous développerons ci-après les deux volets relatifs au régime des pluies et à l’évolution temporelle des précipitations en Algérie.

3.3.1 Régime des pluies en Algérie

La variation spatiale de la pluviométrie est conditionnée, en particulier, par les perturbations du front polaire et du front des alizés et par les perturbations temporaires méditerranéennes et même tropicales (voir référence n°6). Une pluviométrie moyenne annuelle variant de 400 mm à 1800 mm a été enregistrée d’Ouest à l’Est, ne dépassant guère 150 mm au Sud.

3.3.2 Evolution temporelle des précipitations en Algérie

Une analyse des composantes principales (ACP) a été réalisée, basée sur un échantillon de 120 séries pluviométriques relevées au Nord de l’Algérie ; l’avantage de cette méthode est de préserver les variations essentielles des précipitations tout en réduisant l’information et permettre de dégager les vecteurs régionaux représentatifs des régions Est, Centre et Ouest (lesquels permettront, à leur tour, d’étudier l’évolution temporelle des précipitations).

L’analyse du cumul des projections des observations (de précipitations) sur la première composante principale des vecteurs régionaux Est, Centre et Ouest (voir graphique 3.1), nous montre une rupture de stationnarité avec l’existence de périodes sèches et de périodes humides.

 

Le graphique 3.1 montre l’existence de deux périodes de sécheresse sévère :

- la première s’étale de 1939 à 1946 ;

-         et la seconde, ayant débuté en 1973, se prolonge jusqu’à nos jours.

3.3.3 Caractéristiques de l’année hydrologique 1992-1993

Le déficit moyen de l’année hydrologique 1992-93, s’élevait à 27%, déterminé à partir des observations relevées aux diverses stations pluviométriques.

L’analyse de la répartition de l’écart pluviométrique, par rapport à la précipitation moyenne interannuelle, montre que ce déficit est plus important en allant de l’Est à l’Ouest.

Les tableaux 3.2 et 3.4 fournissent les écarts pluviométriques, pour l’année 1992-93, alors que le tableau 3.3 donne les pulviométries mensuelles pour la même année.

 

 Ainsi, nous remarquons que le déficit varie de 45 à 57% à l’Ouest, particulièrement dans la région de Macta et du Bas-Chélif (Tiaret-Boughzoul). D’autre part, dans la région d’Oran, ce déficit varie de 29 à 36%. Le déficit le plus élevé a été observé dans la région  de Tènes (60%).

Au Centre, il varie entre 14% et 25%, avec un maximum de 44% constaté à Sebaou. Par contre l’Est algérien, plus humide, a accusé seulement un faible déficit de 9%. Il convient de remarquer qu’un excédent pluviométrique a été enregistré à Ain El Berda (+ 14%).

Ainsi, en Algérie, une planification à long terme, de l’utilisation des ressources en eau , tenant compte de ces variations climatiques en période de sécheresse, permettra de mieux supporter les déficits hydriques pluriannuels.

 

 

3.4 Sécheresse en Tunisie

3.4.1 Introduction

Au cours des années 1987, 1988 et 1989, la Tunisie a vécu une sécheresse critique, exceptionnelle jamais observée auparavant. A. ABID ET KHAZEN A. (1993) ont analysé les diverses actions entreprises, en vue de rationnaliser l’utilisation de l’eau (aussi bien de surface que souterraine) pour faire face aux déficits hydriques importants. C’est ainsi que des programmes informatiques pour la simulation de l’exploitation des ressources en eau des retenues de barrages ont été utilisés. A ce titre, nous faisons remarquer que la région nord de la Tunisie, qui a été la plus touchée par la sécheresse de 1988-89, contrôle 80% des eaux de surface de la Tunisie.

3.4.2 Situation des volumes d’eau stockés dans les barrages en 1987, 1988 et 1989

Le tableau 3.5 donne les volumes emmagasinés dans les barrages du Nord, du Centre et du Cap Bon (avec le cumul de leurs capacités de stockage), ainsi que les apports annuels cumulés.

Les barrages du Nord, analysés, sont les suivants : Mellègue, Ben Métor, Kasseb, Sidi Salem, Bou Hertma, Joumine, Ghezala, Siliana et Lakhmes.

Les barrages du Centre sont : Bir M’Cherga, Nebhana, Sidi Saâd et le barrage El Haouareb mis en service en 1989.

Le tableau 3.5 montre que les déficits hydriques sont très importants, de l’ordre de 30% au cours de cette période de sécheresse critique observée de 1987 à 1989 (3 années successives sèches) ; c’est ainsi que l’apport moyen annuel était de 416 Mm3 en 1987/88 et de 406 Mm3 en 1988/89 alors que les apports moyens annuels maîtrisés par les 16 barrages était de 1248 Mm3.

3.4.3 Actions entreprises en vue de faire face aux déficits hydriques importants  

Le plan d’opération pour choisir la solution optimale de l’utilisation de l’eau a été basé sur les données suivantes :

- Besoins d’eau potable : 140 Mm3 (pour 9 mois de mars à fin novembre 1989) pour Bizerte, Grand Tunis, Cap Bon, et le Sahel ;

- Besoins d’irrigation : 205 Mm3 ; les zones concernées sont : Testour- Medjez El Bab, Basse Vallée de la Medjerda, zone de Momag (17,300 ha : 120 Mm3),  Bou Hertma Badrouna (16000 ha, 50 Mm3), Groubalia Soliman (10.850 ha, 34 Mm3).

A la date du 28 février 1989, le stock exploitable disponible dans les barrages concernés (Mellègue, Sidi Salem, Bou Heurtma, Kasseb, Beni Metir et Joumime) était de 361 Mm3.

Pour les autres barrages alimentant des périmètres spécifiques (Nebhana, Sidi Saâd), le stock disponible utilisé était de 80Mm3.

La méthode utilisée était basée sur 3 types de scénarios (tableaux 3.6, 3.7 et 3.8) :

- Premier scénario : hypothèse moyenne qui prévoit la couverture de tous les besoins aussi bien pour l’eau potable que pour l’irrigation ;

- Deuxième scénario : hypothèse normale qui prévoit de couvrir 85% des besoins en eau potable et 70% des besoins en eau d’irrigation ;

- Troisième scénario : hypothèse basse qui prévoit de couvrir l’eau potable à concurrence de 70% et l’eau d’irrigation à concurrence de 50%.

L’étude a retenu le deuxième scénario qui présente des avantages sur les plans :

- de la distribution ;

- de l’alimentation en eau potable ;

- agricole.

Naturellement, des programmes spécifiques ayant pour objectif l’économie de l’eau et la rationalisation de l’utilisation de l’eau pour les divers usages, ne feront qu’augmenter les performances de ce scénario.

A ce titre, un logiciel dénommé POGSIS (Plan Opérationnel de Gestion du réservoir de Sidi Salem), a été développé pour la gestion en temps réel des stocks. Il permet de déterminer, en n’importe quel moment, le volume des lâchures d’eau à opérer à partir du barrage de Sidi Salem et de Joumine. Ce

 

logiciel a été utilisé ultérieurement pour les barrages Sejnane et Sidi El Barrak. Dans tous ces programmes, il va sans dire que l’eau potable est prioritaire vis-à-vis de l’irrigation.

Les avantages du programme POGSIS sont :

- il est flexible ;

- il prend en compte tous les états actuels du système (concentration en sel des eaux de retenues, demandes en eau, apports et volumes emmagasinés dans les retenues de barragesetc ;

- il permet, d’autre part, de pouvoir travailler avec des conditions hydrauliques variables ;

- il n’utilise qu’un intervalle minimum de calcul de 1 jour.

Par ailleurs, le programme Sidi Salem permet de simuler l’utilisation du système de réservoirs pour une longue durée pour des intervalles mensuels.

L’expérience ainsi acquise, lors des années sèches critiques 1988 et 1989, a permis :

- d’inciter à l’augmentation du nombre de barrages par la construction de nouveaux  réservoirs ;

- d’optimiser la gestion et la maintenance des barrages existants ainsi que des eaux souterraines ;

- d’optimiser et de rationaliser l’utilisation adéquate des eaux pour l’irrigation ;

- d’encourager la création  d’associations d’intérêt collectif.

 

Untitled Document