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CHAPITRE 3
SECHERESSES OBSERVEES
DANS LES PAYS DU MAGHREB
3.1 Introduction
Au cours des dernières décennies, le Maroc,
l’Algérie et la Tunisie ont enregistré les sécheresses les
plus critiques dans leur histoire, avec toutes les
conséquences néfastes connues, tels la réduction des
allocations d’eau potable, agricole et industrielle (due au
déficit hydrique) et l'impact sur le développement
socio-économique. C’est la raison pour laquelle ce chapitre
revêt un intérêt particulier.
3.2 Sécheresse au Maroc de 1980 à 1985
Quatre types de sécheresses ont
simultanément intéressé le Maroc durant la période de 1980 à
1985 :
1. La sécheresse hydraulique, qui a eu des
impacts sur la raréfication des apports d’eau dans les
barrages, les lacs, les oueds, les sources et les nappes
souterraines.
2. La sécheresse météorologique, marquée par
une diminution sensible des précipitations par rapport à la
normale.
3. La sécheresse agricole due à une
réduction de l’humidité du sol.
4. La sécheresse énergétique.
3.2.1 Sécheresse hydraulique
Dans ce qui suit sont précisées les dates
où l’apport d’eau observé était au plus bas niveau aux sites
des Oueds de bassins hydrographiques les plus importants au
Maroc :
- Barrage Nakhla (bassin versant Nakhla) :
1982-83.
- Barrage El
Makhazine (Loukkos) : 1966-67.
- Barrage
Sidi Mohamed Ben Abdellah (Bou-Regreg) : 1966-67.
- Barrage Ibn
Batouta (Mharhar) : 1944-45.
- Barrage Bin
El Ouidane (Oum Er-Rbia) : 1982-83.
- Barrage
Mohamed V (Moulouya) : 1984-85.
- Barrage
Moulay Youssef (Oum Er-Rbia) : 1982-85.
- Barrage
Youssef Ben Tachfine (Souss) : 1960-61.
- Barrage
Hassan Eddakhil (Ziz) : 1983-84.
- Barrage El
Kanséra (Sébou) : 1984-85.
- Barrage
Idriss 1er (Sébou) : 1944-45.
- Barrage El
Massira (Oum Er-Rbia) : 1983-84.
- Barrage Manssour Eddahbi (Ouerzazate) :
1983-84.
- Barrage Lalla Takerkoust (Tensift) :
1960-61.
- Barrage Kasba Tadla (Oum Er-Rbia) :
1982-83.
L’année la plus sèche était, par bassin
versant :
- 1944-45 (Mharhar, et Sébou à l’Oued
Inaouène).
- 1960-61 (Souss, Lalla Takerkoust).
- 1966-67 (Loukkos, Bou-Regreg).
- 1982-83 (Nakhla, Oum Er-Rbia à Bin El
Ouidane et à Kasba Tadla).
- 1984-85 (Sébou à l’Oued Beht, Moulouya).
Les cinq années successives sèches observées
au Maroc de 1980 à 1985 (série la plus longue après celle
des six ans de 1776 à 1782) ont été caractérisées par une
trop faible hydraulicité.
Le pourcentage des apports aux barrages au
cours des cinq dernières années, par rapport à leur apport
en année moyenne, et ceci par ordre décroissant de la
sécheresse, s’est établi ainsi (voir tableau 3.1) :
Hassan Eddakhil (13%), Sidi Mohamed Ben
Abdellah (22%), Mansour Ed-Dahbi (26%), Idriss 1er, Bin El
Ouidane et Mohammed Ben Abdelkrim Al Khattabi (35%), Al
Massira (37%), Ibn Batouta (39%), Moulay Youssef (40%),
Mohamed V (42%°, El Kansera (45%), Lalla Takerkoust (48%),
Kasba Tadla (49%), Youssef Ben Tachfine (54%°, El Makhazine
(60%), Nakhla (61%).
Ainsi, treize barrages ont accusé un apport
d’eau cumulé durant les cinq années sèches, variant de 13 à
61% par rapport à l’année moyenne alors que le barrage
Hassan Eddakhil présentait, durant les cinq années, l’apport
cumulé le plus bas de la série des barrages considérés.
Parmi les méthodes actuellement utilisées
pour la détermination des étiages, on peut citer les
suivantes :
- Méthode historique : basée sur les relevés
antérieurs et s’étendant sur une période étendue, elle
fournit des ordres de grandeur des débits d’étiages
observés.
- Méthode de comparaison : elle se base sur
la méthode des débits spécifiques, sur la méthode des
indices de faiblesse (l’indice de faiblesse étant le rapport
entre l’apport moyen annuel et l’apport d’étiage
exceptionnel) et sur la méthode des indices d’irrégularité
(l’indice d’irrégularité des étiages étant le rapport entre
le plus fort et le plus faible des apports d’étiages
exceptionnels connus).
- Méthode probabiliste.
L’expérience montre qu’on peut toujours
ajuster une courbe des apports classés par des courbes de
distributions fréquentielles du type Fréchet, Galton-Gibrat,
Gauss, Halphen, Pearson, Foster, Gumbel, Log normal, G
incomplète etc. Ayant adopté la loi que s’approche le mieux
du phénomène observé, on obtient les apports d’étiage par
extrapolation de la courbe mathématique ; on remarque que
les lois de distribution des probabilités : log normale et G
incomplète, représentent les meilleurs ajustements des
apports moyens annuels.
Il faut remarquer que l’extrapolation de ces
courbes n’est pas satisfaisante pour les très faibles
apports. On constate une nette inflexion des courbes de
distribution pour les valeurs extrêmes des apports annuels.
A l’échelle internationale, il existe des
modèles numériques informatisés permettant de prévoir la
sécheresse en se basant uniquement sur chacun des paramètres
conditionnant la sécheresse, à savoir, par exemple, le taux
d’augmentation du gaz carbonique dans l’atmosphère, l’impact
des océans sur les précipitations, l’humidité du sol, le
type de circulation atmosphérique ; mais il n’existe
actuellement aucun modèle numérique permettant de prévoir,
d’une façon définitive et absolue, tous les paramètres
conditionnant la sécheresse.
L’étude suivante, réalisée en 1986 par
l’auteur, trace et précise la méthode probabiliste et
stochastique de prévision des apports aux retenues des
barrages, pour diverses fréquences d’apparition, en se
basant sur la série la plus longue des apports
antérieurement observés avant et durant l’exploitation des
grands barrages hydrauliques suivants : Nkhla, AL Makhazine
, Sidi Mohamed Ben Abdellah, Ibn batouta, Bin El Ouidane,
Mohamed V, Mohamed Ben Abdekrim Al Kkhattabi, Moulay
Youssef, Youssef Ben Tachfine, Hassan Addakhil, El Kansara,
Idriss 1er , Al Massira, Manssour Ed-Dahbi, Lalla Takerkoust,
Kasba Tadla.
L’analyse statistique adoptée a été basée
sur les critères suivants:
- Sont considérées comme très sèches les
années dont les apports annuels présentent une fréquence f >
90%.
- Sont considérées comme sèches les années
dont les apports annuels présentent une fréquences 90% > f >
65%.
- Sont considérées comme intermédiaires, les
années dont les apports annuels présentent une fréquence 65
> f > 35%.
- Sont considérées comme humides les années
dont les apports annuels présentent une fréquence 35% > f >
10%.
- Sont considérées comme trop humides les
années dont les apports annuels présentent une fréquence : f
> 10%.
A partir de cette étude, une classification
détaillée des années a été établie au point de vue de leur
hydraulicité : année très sèches (TS), années sèches (S),
années d'hydraulicité moyenne (M), années humides (H) et
années trop humides (TH), pour les barrages : Hassan
Addakhil, Sidi Mohamed Ben Abdellah, Idriss 1er,Bin El
Ouidane,Mohamed Ben Abdelkrim Al KhattabiI, Al Massira ,Ibn
Batouta, Moulay Youssef, Mohamed V, El Kansera,
LallaTakerkoust, Kasba Tadla, Youssef Ben Tachfine, El
Makhazine et Nakhla.




3.2.2 Sécheresse météorologique
3.2.2.1 Caractéristiques de la sécheresse
météorologique
La cause de ce type de sécheresse est la
circulation atmosphérique présentant un impact sur la
réduction de la dimension de l’intensité et de la fréquence
des perturbations atmosphériques, sources des
précipitations.
L’anticyclone des Açores fait subir ses
effets normalement, au cours de la saison d’été relativement
sèche. Par contre, les dépressions véhiculatrices de pluie
ont pour origine le front polaire. Une perturbation locale
peut générer aussi une circulation atmosphérique, à effet
plus réduit.
Contrairement à l’Afrique où les vents
équatoriaux prennent naissance dans les hautes atmosphères,
les perturbations atmosphériques synoptiques affectant le
Maroc, prennent leur naissance dans des latitudes moyennes.
D’autre part, au Maroc, au vu des
précipitations relevées, les années 1944-45 et 1982-83
étaient sèches simultanément dans toutes les régions de
l’ensemble du territoire marocain ; de même, les cinq années
de 1980 à 1985 étaient successivement sèches pour toutes les
parties du Maroc, alors que les séchersses des années
1965-67 étaient localisées à certaines zones.
Pour les 5 années sèches, la situation
pluviométrique observée par la Météorologie nationale a été
la suivante :
- 1980-81 : Déficitaire partout dans le pays
sauf au Nord-Est ;
- 1981-82 : Fortement excédentaire sur le
Sud-Ouest du pays, déficitaire partout ailleurs ;
- 1982-83 : Fortement déficitaire sur
l’ensemble de Royaume, seule la plaine du Gharb se
différencie avec un déficit de 20% ;
- 1983-84 : Déficitaire sur tout le pays à
l’exception d’une étroite bande sur le littoral océanique ;
- 1984-85 : Normale ou légèrement
excédentaire sur le Sud-Ouest du pays, déficitaire partout
ailleurs.
Pour les périodes s’étalant de 10 à 20 ans,
la succession des années humides et sèches fait que le
déficit en pluviométrie était relativement comblé, alors
que, pour les périodes de 20 à 25 ans, les observations des
précipitations indiquent un déséquilibre net occasionnant
des déficits importants.
Cette situation ne reste pas valable si un
phénomène anormal venait de le présenter, en perturbant le
cycle global de la circulation atmosphérique, par exemple,
une augmentation inaccoutumée du taux du gaz carbonique,
créant un réchauffement local ou généralisé.
3.2.2.2 Pluie artificielle ou provoquée au
Maroc
Des expériences internationales de pluies
artificielles ont été effectuées par l’Organisation mondiale
de la Météorologie (OMM), dans le bassin du Douro en Espagne
et à Ouagadougou en 1983.
Au Maroc, la pluie artificielle a été
utilisée de mars 1953 à avril 1954 et en 1984-85 et 1985-86,
en vue d’obtenir de la pluie particulièrement dans la région
du barrage de Bin El Ouidane, en vue de suppléer à
l’insuffisance des ressources en eau (et particulièrement en
période de sécheresse) ; le programme " Al Ghait " des
pluies artificielles, lancé en 1984, et ayant été appliqué
au bassin versant de l’Oum Er Rbia (1er bassin en production
d’énergie électrique au Maroc et 2e bassin en apport d’eau)
a, pour objectif, l’accroissement des précipitations
provoquées en eau et neige. Ce programme, organisé par les
Forces Royales Air, avec le support de l’Organisation de la
Météorologie nationale, a pour base l’utilisation des
ensemencements et une connaissance approfondie de la
physique des nuages.
En vue d’utiliser des moyens de recherches
scientifiques adaptés au contexte marocain, les opérations
suivantes ont été effectuées :
- L’expansion, dans les nuages, de produits
chimiques à base d’iodure d’argent, a été réalisée par le
biais de 4 avions OV. 10 et 2 King 100 modifiés et équipés
de brûleurs. Par ailleurs, des appareils de technologie
avancée et permettant d’enregistrer, de traiter en temps
réel et d’afficher les données météorologiques obtenues dans
la zone du vol, ont été placés dans 2 King 100.
- Le traitement des nuages, par lancement de
cartouches pyrotechniques, a été réalisé au moyen d’un avion
Alpha Jet équipé d’un radar de météorologie.
Les autres éléments intervenant dans le
programme " Al Ghait " sont :
- L’installation, à la Météorologie
nationale de Casablanca, d’un récepteur d’images de METEOSAT.
- L’implantation, à Khouribga, d’un radar de
météorologie d’un rayon de 400 km.
- La mise en place, dans la zone cible,
d’une station recueillant les données météorologiques en
temps réel , à partir du récepteur METEOSAT.
Les résultats obtenus à partir des analyses
qualitatives et quantitatives du programme préliminaire des
deux interventions effectuées en 1984-85 et en 1985-86, sont
encourageants.
Le Comité directeur national "Al Ghait ",
est composé des Forces royales Air et des Ministères des
Transports, de l’Intérieur, de l’Agriculture, de l’Equipement
de la Formation professionnelle et de la Formation des
Cadres, de l’Energie et des Mines, des Postes et des
Télécommunications, de la Gendarmerie royale et du
Centre national pour la Coordination et la
Planification de la Recherche scientifique et technique.
3.2.2.3 Etude de l’interaction des courants
marins et de l’atmosphère pour la prévision de la sécheresse
Les climatologues spécialistes de
l’Université de Washington ont montré que la variation du
régime des vents et de la pression atmosphérique
occasionnant des variations thermiques des eaux de l’Océan
pacifique, pouvaient expliquer la sécheresse catastrophique
ayant sévi dans ces régions, particulièrement en 1982-83.
L’inversion de l’ENSO (El niño southern
oscillation), entre l’Australie et l’Amérique du Sud, a créé
un réchauffement additionnel de plus sept degrés dans les
Caraïbes, ayant entraîné la plus grave catastrophe
écologique (par la destruction de la faune aquatique) connue
à travers le monde jusqu’alors, d’où la nécessité d’inclure,
dans les prévisions météorologiques, l’impact de
l’interaction océan-atmosphère et particulièrement les
courants marins, facteur n’ayant pas été pris en compte
jusqu’alors.
Actuellement le NAO (Oscillation Nord
Atlantique), le NPO (Oscillation du Pacifique du Nord) et
l’AO (Oscillation Australe), constituent les 3 grandes
oscillations climatiques actuelles, définissant le
fonctionnement du système climatique global au niveau du
globe ; à titre indicatif, la sécheresse hivernale de 1982 à
1983 (observée simultanément et pour la première fois dans
la plupart des pays), a été interconnectée avec le mode NAO,
par le biais des ondes de Kosby. La connaissance de ces
oscillations est intéressante pour la compréhension du
phénomène climatique, mais ne permet pas la prévision à long
terme ; il est nécessaire de déclarer les anomalies
précédant l’Oscillation Nord Atlantique, préalablement à
toute prévision de catastrophe climatique (ATTILLAH
A., ABDELLAOUI R., BOUFDILI T., 1985).
Au Maroc, lancé en août 1992, le programme
d’analyse des données du satellite Topexposedon, par le
Centre royal de Télédétection spatiale, a permis de
comprendre le phénomène de la sécheresse au Maroc, et ceci,
par l’obtention de mesures de niveau de la mer, de la
vitesse des courants marins (à 10 m au-dessus de la surface
marine) et, finalement, de la hauteur des vagues. Cette
campagne a permis la mesure de ENSO de 1993 à 1994 le long
du Pacifique équatorial.
L’analyse porte sur les anomalies du niveau
de la mer par rapport à la période établie sur deux ans. L’“
upwelling” (remontée d’eau marine froide), en face des côtes
atlantiques du Maroc, affecte, d’autre part, le climat de
ces régions.
3.2.3 Sécheresse agricole au Maroc
Cette sécheresse se présente par
l’apparition d’une réduction de l’humidité du sol,
particulièrement pendant la période de développement des
cultures.
A titre indicatif, l’Organisation mondiale
de la Météorologie (OMM) a défini 59 indices de sécheresse,
indiquant les relations entre l’humidité fournie par le sol
et celle qui est requise. Certes, au Maroc, les basses
précipitations des mois de mars et avril peuvent engendrer
des pertes de récoltes. A titre d’exemple, les contraintes
prises en début de campagne agricole 1980/81 pour les deux
années sèches successives 1981 et 1982 par l’Office du
Gharb, dont les eaux agricoles proviennent des barrages
Idriss 1er et El Kansera, sont les suivantes :
- La sauvegarde des cultures fourragères
(avec 50% de réduction de dotation) ;
- La limitation des cultures annuelles non
indispensables ;
- L’assurance des besoins vitaux en agrumes
(avec réduction de 30% de dotation) ;
- L’assurance des besoins vitaux de la canne
à sucre (réduction en dotation de 30%) ;
- L’interdiction de toute nouvelle
plantation d’arbes ;
- La diminution du programme coton (500 ha
au lieu de 1.500 ha et diminution de la dose d’irrigation) ;
- L’interdiction des cultures maraîchères ;
- Le besoin vital d’eau a entraîné un
développement de l’irrigation privée, par la multiplication
des groupes moto-pompes ;
- L’incitation des comités techniques des
offices, à créer des comités de vigilance chargés de faire
respecter les tours d’eau instaurés, de lutter contre toute
dégradation ;
- Le traitement et recyclage des eaux usées
notamment par les industriels ;
- L’économie de l’eau en milieu urbain ;
- Le recouvrement intégral des redevances
d’eau d’irrigation.
A titre d’information, l’impact de la
sécheresse sur le domaine agricole montre que le manque à
gagner dû à la production végétale au cours de la campagne
1980-81 (par rapport à une année moyenne dans l’office du
Gharb) est de 600 millions de Dirhams et, en superficie, de
127.000 ha.
Le Ministère de l’Agriculture a fourni, par
ailleurs, les détails complémentaires suivants, se
rapportant à la sécheresse agricole :
- Les productions agricoles réalisées par
les grands périmètres d’irrigation (Doukkala, Gharb, Haouz,
Loukkos, Moulouya, Ouarzazate, Sous-Massa, Tadla,
Tafilalet), n’ont subi durant les 5 années de sécheresse
(et, en référence avec l’année 1979-80), qu’une diminution
limitée, voire nulle. La réalisation des grands ouvrages
hydrauliques a présenté un impact positif, au cours de cette
période critique, pour l’approvisionnement suffisant du pays
en denrées alimentaires.
- On a remarqué que le rapport entre la
valeur produite par un hectare moyen des grands périmètres
irrigués à celle d’un hectare moyen des autres zones, est
passé de 5 (pour l’année de référence 1979-80) à 5,6 en
1980-85 avec un maximum de 10 en 1980-81. Ceci explicite le
grand avantage des périmètres irrigués.
3.2.4 Sécheresse énergétique
Dés le début de la sécheresse, le plan d’eau
des retenues de barrages à vocation énergétique, a baissé
au-dessous des niveaux limites des prises usinières. Il s’en
est suivi une chute brutale de la production de l’énergie
hyro-électrique à partir des centrales, jamais observée au
Maroc, mais heureusement le thermique était là pour
suppléer, à point nommé, au manque énergétique.
3.3 Sécheresse en Algérie
L’impact de la sécheresse, aussi bien au
niveau des activités agricoles qu’à celui du développement
socio-économique, est très important dans les pays du
Maghreb et, en particulier, en Algérie. Nous développerons
ci-après les deux volets relatifs au régime des pluies et à
l’évolution temporelle des précipitations en Algérie.
3.3.1 Régime des pluies en Algérie
La variation spatiale de la pluviométrie est
conditionnée, en particulier, par les perturbations du front
polaire et du front des alizés et par les perturbations
temporaires méditerranéennes et même tropicales (voir
référence n°6). Une pluviométrie moyenne annuelle variant de
400 mm à 1800 mm a été enregistrée d’Ouest à l’Est, ne
dépassant guère 150 mm au Sud.
3.3.2 Evolution temporelle des
précipitations en Algérie
Une analyse des composantes principales
(ACP) a été réalisée, basée sur un échantillon de 120 séries
pluviométriques relevées au Nord de l’Algérie ; l’avantage
de cette méthode est de préserver les variations
essentielles des précipitations tout en réduisant
l’information et permettre de dégager les vecteurs régionaux
représentatifs des régions Est, Centre et Ouest (lesquels
permettront, à leur tour, d’étudier l’évolution temporelle
des précipitations).
L’analyse du cumul des projections des
observations (de précipitations) sur la première composante
principale des vecteurs régionaux Est, Centre et Ouest (voir
graphique 3.1), nous montre une rupture de stationnarité
avec l’existence de périodes sèches et de périodes humides.
Le graphique 3.1 montre l’existence de deux
périodes de sécheresse sévère :
- la première s’étale de 1939 à 1946 ;
-
et la seconde, ayant débuté en
1973, se prolonge jusqu’à nos jours.
3.3.3 Caractéristiques de l’année
hydrologique 1992-1993
Le déficit moyen de l’année hydrologique
1992-93, s’élevait à 27%, déterminé à partir des
observations relevées aux diverses stations pluviométriques.
L’analyse de la répartition de l’écart
pluviométrique, par rapport à la précipitation moyenne
interannuelle, montre que ce déficit est plus important en
allant de l’Est à l’Ouest.
Les tableaux 3.2 et 3.4 fournissent les
écarts pluviométriques, pour l’année 1992-93, alors que le
tableau 3.3 donne les pulviométries mensuelles pour la même
année.

Ainsi, nous remarquons que le déficit varie
de 45 à 57% à l’Ouest, particulièrement dans la région de
Macta et du Bas-Chélif (Tiaret-Boughzoul). D’autre part,
dans la région d’Oran, ce déficit varie de 29 à 36%. Le
déficit le plus élevé a été observé dans la région de Tènes
(60%).
Au Centre, il varie entre 14% et 25%, avec
un maximum de 44% constaté à Sebaou. Par contre l’Est
algérien, plus humide, a accusé seulement un faible déficit
de 9%. Il convient de remarquer qu’un excédent
pluviométrique a été enregistré à Ain El Berda (+ 14%).
Ainsi, en Algérie, une planification à long
terme, de l’utilisation des ressources en eau , tenant
compte de ces variations climatiques en période de
sécheresse, permettra de mieux supporter les déficits
hydriques pluriannuels.



3.4 Sécheresse en Tunisie
3.4.1 Introduction
Au cours des années 1987, 1988 et 1989, la
Tunisie a vécu une sécheresse critique, exceptionnelle
jamais observée auparavant. A. ABID ET KHAZEN A. (1993) ont
analysé les diverses actions entreprises, en vue de
rationnaliser l’utilisation de l’eau (aussi bien de surface
que souterraine) pour faire face aux déficits hydriques
importants. C’est ainsi que des programmes informatiques
pour la simulation de l’exploitation des ressources en eau
des retenues de barrages ont été utilisés. A ce titre, nous
faisons remarquer que la région nord de la Tunisie, qui a
été la plus touchée par la sécheresse de 1988-89, contrôle
80% des eaux de surface de la Tunisie.
3.4.2 Situation des volumes d’eau stockés
dans les barrages en 1987, 1988 et 1989
Le tableau 3.5 donne les volumes emmagasinés
dans les barrages du Nord, du Centre et du Cap Bon (avec le
cumul de leurs capacités de stockage), ainsi que les apports
annuels cumulés.
Les barrages du Nord, analysés, sont les
suivants : Mellègue, Ben Métor, Kasseb, Sidi Salem, Bou
Hertma, Joumine, Ghezala, Siliana et Lakhmes.
Les barrages du Centre sont : Bir M’Cherga,
Nebhana, Sidi Saâd et le barrage El Haouareb mis en service
en 1989.
Le tableau 3.5 montre que les déficits
hydriques sont très importants, de l’ordre de 30% au cours
de cette période de sécheresse critique observée de 1987 à
1989 (3 années successives sèches) ; c’est ainsi que
l’apport moyen annuel était de 416 Mm3 en 1987/88 et de 406
Mm3 en 1988/89 alors que les apports moyens annuels
maîtrisés par les 16 barrages était de 1248 Mm3.
3.4.3 Actions entreprises en vue de faire
face aux déficits hydriques importants
Le plan d’opération pour choisir la solution
optimale de l’utilisation de l’eau a été basé sur les
données suivantes :
- Besoins d’eau potable : 140 Mm3 (pour 9
mois de mars à fin novembre 1989) pour Bizerte, Grand Tunis,
Cap Bon, et le Sahel ;
- Besoins d’irrigation : 205 Mm3 ; les zones
concernées sont : Testour- Medjez El Bab, Basse Vallée de la
Medjerda, zone de Momag (17,300 ha : 120 Mm3), Bou Hertma
Badrouna (16000 ha, 50 Mm3), Groubalia Soliman (10.850 ha,
34 Mm3).
A la date du 28 février 1989, le stock
exploitable disponible dans les barrages concernés (Mellègue,
Sidi Salem, Bou Heurtma, Kasseb, Beni Metir et Joumime)
était de 361 Mm3.
Pour les autres barrages alimentant des
périmètres spécifiques (Nebhana, Sidi Saâd), le stock
disponible utilisé était de 80Mm3.
La méthode utilisée était basée sur 3 types
de scénarios (tableaux 3.6, 3.7 et 3.8) :
- Premier scénario : hypothèse moyenne qui
prévoit la couverture de tous les besoins aussi bien pour
l’eau potable que pour l’irrigation ;
- Deuxième scénario : hypothèse normale qui
prévoit de couvrir 85% des besoins en eau potable et 70% des
besoins en eau d’irrigation ;
- Troisième scénario : hypothèse basse qui
prévoit de couvrir l’eau potable à concurrence de 70% et
l’eau d’irrigation à concurrence de 50%.
L’étude a retenu le deuxième scénario qui
présente des avantages sur les plans :
- de la distribution ;
- de l’alimentation en eau potable ;
- agricole.
Naturellement, des programmes spécifiques
ayant pour objectif l’économie de l’eau et la
rationalisation de l’utilisation de l’eau pour les divers
usages, ne feront qu’augmenter les performances de ce
scénario.
A ce titre, un logiciel dénommé POGSIS (Plan
Opérationnel de Gestion du réservoir de Sidi Salem), a été
développé pour la gestion en temps réel des stocks. Il
permet de déterminer, en n’importe quel moment, le volume
des lâchures d’eau à opérer à partir du barrage de Sidi
Salem et de Joumine. Ce



logiciel a été utilisé ultérieurement pour
les barrages Sejnane et Sidi El Barrak. Dans tous ces
programmes, il va sans dire que l’eau potable est
prioritaire vis-à-vis de l’irrigation.
Les avantages du programme POGSIS sont :
- il est flexible ;
- il prend en compte tous les états actuels
du système (concentration en sel des eaux de retenues,
demandes en eau, apports et volumes emmagasinés dans les
retenues de barragesetc ;
- il permet, d’autre part, de pouvoir
travailler avec des conditions hydrauliques variables ;
- il n’utilise qu’un intervalle minimum de
calcul de 1 jour.
Par ailleurs, le programme Sidi Salem permet
de simuler l’utilisation du système de réservoirs pour une
longue durée pour des intervalles mensuels.
L’expérience ainsi acquise, lors des années
sèches critiques 1988 et 1989, a permis :
- d’inciter à l’augmentation du nombre de
barrages par la construction de nouveaux réservoirs ;
- d’optimiser la gestion et la maintenance
des barrages existants ainsi que des eaux souterraines ;
- d’optimiser et de rationaliser
l’utilisation adéquate des eaux pour l’irrigation ;
- d’encourager la création d’associations
d’intérêt collectif.
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