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CHAPITRE 2
DESERTIFICATION DANS LES PAYS DU MAGHREB
2.1 Généralités
Le surpâturage et la mise en culture de
terres fragiles sont les causes principales de la
désertification. Le ramassage du bois de feu et la
déforestation conséquente peuvent avoir un impact négatif
sur le cycle de l'eau et constituer un facteur
d'aridification.
L’apparition de la désertification est
favorisée par les conditions suivantes :
- conditions climatiques sévères (étages
bioclimatiques arides à semi-arides) ;
- existence de systèmes biophysiques
fragiles ;
- effet anthropique et stress liés au
développement socio-économique.
La poussée démographique dans le Monde,
ainsi que la surexploitation des terres arables, la
déforestation, le défrichement, l'urbanisation, et les
conditions météorologiques (effet de serre, Global Warm, El
Niño Southern Oscillation, sécheresses, évaporations
élevées, vents violents, etc.) font que le phénomène de
désertification se développe d'une façon alarmante. En l'an
2000, il est prévu que les 30 % des terres arables seront
perdus, irrémédiablement, par désertification dans le Monde,
soit à peu près 48 millions de km2. C'est ainsi qu'au cours
des 20 dernières années, 135 millions d'hectares
additionnels ont été exploités (au rythme d'environ 6
millions de m3/an, la surface totale exploitée est de 1500
millions d'hectares : soit 11 % des terres émergées du
globe). La superficie annuelle des sols touchée par ce
phénomène varie entre 6 e 12 millions d'hectares.
L'avancée des déserts dans les zones
marginales est la manifestation directe de la
désertification (25 % des terres sont touchées par ce
phénomène en Australie, 20 % en Afrique et en Asie, 10 % en
Amérique du Sud etc.). C'est ainsi qu'au Soudan par exemple,
la désertification se propage au rythme de 5 à 8 km par an
(au Soudan la quantité du cheptel a été multipliée par 6 en
20 ans, et la jachère habituelle a été abandonnée). Au
Botswana, au Kenya, en Tanzanie et en Ethiopie, ce phénomène
se développe aussi d'une façon alarmante. Dans tous les pays
du Maghreb, les pertes par désertification s'élèvent à
100.000 ha/an.
Il convient de signaler que 88% des 4,73
millions de km2 de la surface totale de l’Afrique sahélienne
est déjà désertifiée. Par ailleurs la population du cheptel
à triplé en l'espace de 50 ans.
Au moyen Orient, la Syrie et le Nord de
l'Irak sont touchés, à ce titre, à un degré plus faible
qu’en Afrique du Nord. En Inde, où la densité de la
population est la plus élevée dans le monde, au Pakistan, en
Afghanistan, en Iran et dans les Républiques d'Asie
centrale, ce problème présente de graves impacts
socio-économiques.
2.2 Désertification au Maroc
Les régions du Sud marocain se trouvent
actuellement dans une situation grave de désertification,
entraînant une perte importante de terres agricoles. Les
mêmes causes qu'à l'échelle mondiale sont à l'origine de
l'apparition de ce phénomène ; ce sont :
- l'aridité du climat (les zones arides,
semi-arides et désertiques représentent 93 % de la surface
totale du pays) ;
- la variabilité annuelle et inter-annuelle
des précipitations : les sécheresses observées durant les 20
dernières années se font plus fréquentes (effet de serre,
Global Warm, El Niño etc.) ;
- la fragilité et l'utilisation inadaptée
des sols ;
- la dégradation du couvert végétal ;
- la forte croissance démographique
entraînant un augmentation de nouvelles terres de cultures
et de parcours (pâturages) ;
- la consommation de bois de feu (10
millions de m3 de bois de feu sont prélevés chaque année,
alors qu'on n'en reconstitue que 3 millions de m3) ;
- le développement de l'érosion.
2.2.1 Conséquences de la désertification
Parmi les diverses répercussions de la
désertification, on peut citer :
- la productivité des sols qui se voit
fortement diminuée ;
- la pérennité des écosystèmes et des
ressources naturelles ;
- l'impact sur les infrastructures sociales
et économiques mises en place : agglomérations, palmeraies,
routes, canaux agricoles et autres, barrages etc.
2.2.2 Moyens mis en place pour combattre la
désertification
Ces moyens peuvent être schématisés comme
suit :
- l'élaboration d'une stratégie globale
visant l'aménagement, la mobilisation des ressources
nécessaires des zones arides et la réduction de la pression
exercée sur ces ressources (eau, sol, végétation, flore) ;
- la mobilisation des ressources en eaux
conventionnelles et non-conventionnelles ;
- une politique adéquate de mise en valeur
des terres et de conservation des sols (en montagne, dans
les bassins versants et en zone aride, par des interventions
anti-érosives (contre l'érosion géologique, hydrique et
éolienne) et des actions de fixation de dunes et de lutte
contre l'ensablement ;
- la réalisation d'aménagements compatibles
avec les possibilités intrinsèques de production du milieu ;
- le développement des surfaces reboisées
avec la participation des populations locales. Le
reboisement porte sur 15 espèces autochtones telles que le
cyprès vert, le février d'Amérique, le pistachier d'Atlas,
l'acacia, l'olivier, le jojoba, l'atriplex, l'opuntia, le
caroubier etc.
La possibilité de coopération internationale
et inter-maghrébine est à développer par l'échange
d'experts, la création de banques de données spécifiques,
l'échange de semences, de graines et de plants.
2.3 Exemple type de lutte contre
l'ensablement des palmeraies au Maroc
Cette méthodologie consiste en une série de
techniques variant de la mise en défens simple (à
l'extérieur des zones d'accumulation), à la mise en place de
quadrillage dense sur les pentes des dunes mobiles, suivi ou
non de plantations (photos 2.1, 2.2, 2.3 et 2.4).
Chaque type d'ensablement considéré
conditionne la densité du quadrillage, le choix des espèces
à utiliser, les techniques à adopter.
Les principaux travaux ont pour objectif de
protéger les ksours et les palmeraies, les canaux
d'irrigation et autres, les axes routiers et de
communication, les habitats, les khettaras, etc. C'est ainsi
que des brise-vents et des palissades en fibro-ciment ont
été utilisés. L'espèce tamarix aphylla a aussi été employée
à cet égard.
Par ailleurs, des actions mécaniques ont été
essayées, à savoir l'utilisation d'accélérateurs
expérimentaux de conception nationale, en vue de dévier des
routes et les mouvements de dunes de sable.




On a observé des cadences d'ensablement dans
la vallée du Drâa de 50 ha/an et les pertes de cultures des
vallées du Rhéris et du Todhra sont estimées à 1 % par an.
Ainsi, des méthodes appropriées pour
combattre le phénomène d'ensablement ont été appliquées au
Maroc par la formation d'équipes spécialisées et
l'utilisation de modes spécifiques de lutte contre l'érosion
éolienne, particulièrement dans les régions du Drâa et du
Ziz.
2.4 Méthodes physiques et techniques de
lutte et de prévention de la désertification en Tunisie
2.4.1 Méthodes physiques
Les méthodes physiques généralement
utilisées en Tunisie (KSONTINI M., 1993) sont les
suivantes :
- Le blocage du sable dans l'aire de
production des sédiments ou dans le circuit de leur
déplacement ;
- La déviation au courant du transport du
sable en vue d'éliminer le risque du submersion
d'installations humaines, des villages, de souks, de voies
de communications, de canaux et de terres agricoles etc. ;
- La stabilisation du sable en mouvement par
des procédés mécaniques, des produits chimiques et, surtout,
par des interventions biologiques.
2.4.2 Techniques de lutte contre la
désertification
Parmi les techniques de lutte contre la
désertification, on peut citer les moyens suivants :
- La réalisation de dunes artificielles
dénommées Tabia, implantée à 300 m à l'amont des
infrastructures à protéger ; ce sont des barrages filtrants
placés à l'encontre du déplacement des sables ; constitués
d'une levée de terre de 0,80 m de haut, surmontée d'une
palissade de feuilles de palmiers, cette dune est ensablée
en fonction de la vitesse de déplacement des sédiments,
alors une seconde palissade est réalisée jusqu'à l'obtention
de l'équilibre final.
- Des plaques ondulées en amiante sont
utilisées dans le cas où le site ne dispose pas de feuilles
de palmiers. La hauteur des plaques est de 0,70 à 0,90 m et
leur longueur est de 0,50 à 0,70 m ; elles sont enfoncées de
moitié dans le sol et sont espacées de 2 à 4 m.
La fréquence d'ensablement est la suivante :
- en général, on assiste à 2 ou 3
rehaussements au cours de la première année ;
- puis 1 à 2 rehaussements lors de la 2e
année ;
- et 1 rehaussement chaque année suivante.
Une maintenance et un entretien assidus sont
à assurer, en fonction de la source d'alimentation en sable
et des moyens utilisés.
Deux types de Tabia ont été réalisés :
- soit des dunes artificielles en arrêt,
perpendiculaires à la direction générale du vent ;
- soit des dunes de défilement obliques,
présentant un angle de 120° à 140° avec le vent et
détournant le sable.
Comme pour l'érosion, la stabilisation
mécanique, dont l'effet est à court terme, est à doubler par
la réalisation d'une couverture végétale présentant un
impact à long terme.
2.4.3 Méthodes biologiques adoptées
- A une cinquantaine de mètres de la zone à
protéger, on peut planter 5 à 8 rangées d'espèces
résistantes à la sécheresse et aux autres conditions
physiques sévères. L'aire intermédiaire située entre la dune
artificielle et la plantation, sera mise en défense ou à la
limite plantée d'espèces pastorales ; ceci constitue la
première méthode ;
- La régénération par semis bien que
difficile, est aussi largement utilisée.
Les espèces forestières suivantes sont
utilisées : tamarix articulata et tamarix aphylla, puis
calligonum comokum, acacia radiana, atriplex halimus,
prosopis dulcis, parkinsonia aculeata, eucalyptus
occidentalis, etc. Des cuvettes installées autour des
plantes permettront une meilleure irrigation.
La plantation s'effectue entre les mois de
novembre et février. Ces espèces permettront la fixation des
sables, ainsi qu'une production non négligeable de fourrage.
2.4.4 Mesures législatives
Le fait que les terres de parcours soient à
utilisation et caractère collectifs fait que le phénomène de
désertification se développe plus, puisqu'il n'y a pas de
texte pénalisant les erreurs de gestion.
La mobilisation et la participation des
populations locales à tous les niveaux de lutte contre la
désertification est à recommander fortement en vue de
trouver et d'adapter les solutions les plus appropriées aux
problèmes posés dans ce domaine.
Même si la foresterie, qui constitue un
moyen de freiner le développement de la désertification, a
fait l'objet de plusieurs recherches théoriques et
appliquées, il n'en reste pas moins que des études
approfondies restent à faire, particulièrement pour
l'analyse des espèces les mieux adaptées pour combattre
l'érosion, la désertification (pour le reboisement, par
exemple des dunes,etc.) (photo 2.5).

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