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CHAPITRE PREMIER
EROSION ET ENVASEMENT
DES
BARRAGES DANS LES PAYS DU MAGHREB
1.1
Généralités
L'accroissement de
l'exploitation des ressources en eaux au Maroc, en Algérie
et en Tunisie, en vue de satisfaire les divers besoins en
eau potable, agricole et industrielle, incite à un besoin de
connaissances aussi bien, du point de vue théorique que
pratique, dans les domaines de l'érosion, du transport des
sédiments dans les rivières et de l'envasement des retenues
de barrages.
L'érosion hydrique
est le facteur primordial à prendre en considération par les
décideurs dans le domaine environnemental. Cet intérêt
réside dans le fait que les impacts de ce phénomène
aléatoire et récurrentielle peuvent se présenter dans
plusieurs domaines, développés en détail par la suite.
L'érosion naturelle et anthropique (induite par les
activités humaines) développent l'ablation de matériaux
solides de bassins versants, générant ainsi le transport
solide dans les fleuves, et entraînant des dépôts de
sédiments dans les lacs et les barrages.
Les taux d'érosion
dans le Maghreb sont parmi les plus élevés à l'échelle
mondiale : ceci est dû au fait que toutes les conditions
sont réunies pour le développement de ce phénomène. On cite,
en particulier :
- les
irrégularités et l'agressivité climatiques élevées ;
- la nature
géologique constitutive du substratum des bassins versants ;
(formations marneuses et calcairo-marneuses peu résistantes
et sensibles à l'érosion) ;
- la nature du
réseau de drainage (relief, pente, densité, forme) ;
- la torrentialité
des écoulements dans le réseau hydrographique ;
- la faible
densité du couvert végétal ;
- la
surexploitation des terres et les pratiques agricoles
adoptées ;
- la
déforestation, le défrichement et le surpâturage.
Les conséquences
induites par le phénomène de l'érosion sont diversifiées et
portent sur les aspects vitaux du développement économique.
Ce sont, en particulier :
*
l'appauvrissement des terres agricoles et de leur
productivité ;
* le rehaussement
des lits de cours d'eau et l'augmentation des risques
d'inondation ;
* la menace pour
les voies de communications ;
* l'envasement des
retenues de barrages ainsi que de leurs ouvrages annexes
(évacuateurs des crues, galerie de vidange de fond, canaux
d'irrigation et de production hydroélectrique) ;
* l'eutrophisation
des eaux de lacs et de retenues de barrages ;
* l'ensablement
des infrastructures portuaires.
Nous remarquons, à
la lumière de ces conséquences néfastes, que le phénomène de
l'érosion revêt un intérêt particulier pour le développement
économique des pays nord africains.
A l'échelle
internationale, les relations complexes entre l'érosion des
bassins versants amont, le transport solide dans les fleuves
par suspension, charriage et saltation, ne sont pas encore
clairement établies.
1.2 Types d'érosions observées dans les pays du Maghreb
-
Erosion en
nappe : elle se caractérise par un décapage superficiel du
sol, sous l'effet de l'énergie de battance de la pluie et
du ruissellement diffus.
-
Erosion
par ravinement : les griffes d'érosion apparaissent dès
que les filets d'eau réussissent à se concentrer et à
inciser le sol ; on distingue :
- les ravines
individualisées : ce sont d'anciens rills qui se sont
approfondis.
- les ravines
hiérarchisées comportant de nombreuses ramifications.
- les bad-lands :
ce sont les "mauvaises terres", caractérisées par des
entailles trop ramifiées et une destruction complète de la
surface topographique ancienne.
- les mouvements
généralisés des versants : la solifluxion humide, par le
biais de la percolation des eaux, diminue la cohésion des
formations superficielles meubles. C'est le cas en
particulier du Rif marocain et de toutes les régions situées
au Nord de l'Algérie et de la Tunisie.
- les mouvements
brutaux locaux, dus aux fortes pentes (exemple : mouvements
de glissement généralisé, et coulées boueuses).
- les sapements
des berges de terrasses
- les sapements de
pieds de versants
1.3 Mesures de traitements anti-érosifs
1.3.1 Mesures de lutte contre l'érosion à appliquer dans le
réseau hydrographique
- Correction des
ravines: petits seuils de sédimentation et traitements
biologiques d'accompagnement, par reboisement.
- Mesures de
conservation des sols à appliquer à des terres fruitières ou
à la production fourragère :
- aménagements de
terrasses traditionnelles affectées aux cultures annuelles
irriguées ;
- banquettes pour
les terres de cultures annuelles ;
- murettes en
pierres sèches ;
- bandes
fourragères pérennes.
Mesures de
conservation des sols à appliquer à des terres affectées
partiellement ou totalement à des cultures fruitières :
- éléments de
banquettes ;
- bandes
fourragères pérennes ;
- murettes et
cordons de pierres.
Mesures de
conservation des sols à appliquer à des terres affectées
partiellement ou totalement à la production fourragère :
- aménagement
pastoral ;
- prairies
artificielles ;
- introduction de
la culture fourragère dans l'assolement.
1.3.2 Exemples de mesures de protection par reboisement
Ce sont les
traitements biologiques de manipulation de la végétation à
moyen et long termes.
L'inconvénient
majeur de ces traitements anti-érosifs réside dans le fait
que leur pleine efficacité ne peut être immédiate et peut
porter sur plusieurs années.
Ci-après sont
représentés quelques schémas directeurs d'aménagements des
bassins versants pour la défense et la restauration des sols
au Maroc.
- Bassin versant
du Loukkos (1976) 180 000 ha. ;
- Bassin versant
du Nekor (1977) 78 000 ha ;
- Bassin versant
de Tleta (1978) 18 000 ha ;
- Bassin versant
de Tessaout (1977) 154 000 ha ;
- Bassin versant
du N'Fis (1981) 170 000 ha ;
- Bassin versant
de l'Inaouène 150 000 ha.
Les tableaux 1.1
et 1.2 et les photos 1.1 et 1.2 indiquent les interventions
anti-érosives dans le bassin versant du Nekor (ce bassin a
été choisi pour le fait qu’on y trouve les dégradations
spécifiques les plus élevées dans le monde).

1.4 Formules prévisionnelles pour la détermination de
l'érosion spécifique dans les pays du Maghreb
Le tableau 1.3
donne les modèles prévisionnels, des érosions spécifiques
moyennes annuelles D en fonction des surfaces des bassins
versants S et de la lame d'eau écoulée moyenne annuelle L,
pour deux ensembles de formations différenciées à peu
résistantes et résistantes à l’érosion. Ces modèles ont été
établis à partir de l'envasement systématique de 75 retenues
de barrages dans le Maghreb du Nord et en considération des
caractéristiques physiques et d'écoulement observées à ce
jour.

Les figures 1.1,
1.2 et 1.3 donnent la relation entre la dégradation et la
surface du bassin versant pour différents types de
formation.


1.5 Erosion hydraulique en Algérie
En Algérie
septentrionale, les conditions physiques des sols, ainsi
que celles géomorphologiques, hydroclimatiques, et
socio-économiques, sont toutes favorables à l'accélération
du processus de l'érosion. Les écarts climatiques
inter-annuels et inter-saisons, la fréquence des
précipitations maximales instantanées (par exemple 228
précipitations de 30 mm ont été enregistrées en 24 heures à
la station météorologique de Kerrata, située dans le bassin
versant d’Agrioum) ainsi que l'existence d'autres facteurs
précisés antérieurement accélérant l'érosion, font que 85 %
de la surface totale des terres cultivables est soumise à
une dégradation élevée intéressant 6 millions d'hectares. Le
tableau 1.6 fournit le taux d'envasement annuel des
principaux barrages algériens. On observe ainsi une
sédimentation élevée dans les réservoirs suivants :
* Barrage Ighil
Emda, envasement moyen annuel E = 3,4 x 106m3/an
*
Barrage Fodda E = 2,6 x 106m3/an
*
Barrage Hamiz E = 0,33 x 106m3/an
*
Barrage Foum El Gharza E = 0,7 x 106m3/an
*
Barrage Ksob E = 0,27 x 106m3/an
Source : SAIDI A.,
1991
A partir de ces
valeurs d'atterrissements de sédiments dans les retenues,
les érosions spécifiques correspondantes ont été quantifiées
: 7200 t/km2/an (Ighil Emda), 2900 t/km2/an (Oued Fodda),
2300 t/km2/an (Oued Hamiz), 900 t/km2/an (Foum El Gharza).
1.6 Erosion hydraulique et envasement des barrages en
Tunisie
En Tunisie, les
phénomènes de l'érosion affectent 62 % des terres plus ou
moins fertiles (Centre-Nord)
- Le Nord-Ouest
est la région la plus érodée de la Tunisie (78 %), tandis
que le Nord-Est est la région la moins soumise à l'érosion
(avec 44 % de l’érosion globale).
- les zones
affectées par l'érosion sont situées au Nord (comme au Maroc
et en Algérie) avec 13 % à l'Ouest et 6 % à l'Est, alors que
dans le Sud l'érosion est plus faible (4,5 % à l’Ouest et 1
% à l'Est) : ces pourcentages représentent le total des sols
dégradés par rapport à l’érosion totale nationale.
1.7 Méthodes utilisées dans le Maghreb pour réduire
l'envasement des barrages
En vue de réduire
la quantité de sédiments censés se déposer dans les retenues
de barrages, plusieurs méthodes résumées dans le tableau 1.4
ont été appliquées dans les pays maghrébins.

1.8 Envasement moyen annuel des retenues de barrages dans
les pays du Maghreb
L'alluvionnement
moyen annuel des retenues de tous les barrages au Maroc, en
Tunisie et en Algérie (tableaux 1.5, 1.6 et 1.7), déterminé
par les diverses méthodes précitées, est comme suit :
- l'envasement
moyen annuel de tous les réservoirs au Maroc, s'élève à 60
millions de mètres cubes (Mm3) par an (LAHLOU A., 1996) ;
- celui de la
Tunisie est de 33 Mm3/an (LAHLOU A., 1996) ;
- et
l'atterrissement moyen annuel des retenues des barrages est
de 40 Mm3/an pour l'Algérie (SAIDI A., 1991).
Ainsi, par an, la
capacité utile en eau des retenues des 3 pays est réduite de
133 Mm3/an. L'équivalent de la capacité d'un grand barrage
est perdue annuellement par sédimentation dans le Maghreb.
Depuis leur mise en service, l'envasement total de tous les
barrages algériens est estimée à 460 Mm3 (11 % de la
capacité totale initiale), l'alluvionnement de tous les
barrages marocains depuis leur exploitation s'élève à 800
Mm3 (soit 8 % de la capacité totale initiale).
L'atterrissement total de sédiments dans tous les réservoirs
tunisiens, depuis leur création ,est de 270 Mm3 (soit 13 %
de la capacité totale initiale).
L’interprétation
scientifique de ces travaux est que l’envasement dans les
pays du Maghreb est trop élevé, en comparaison avec ce qui
est observé à l’échelle internationale. Certes, les érosions
spécifiques dans ces pays sont parmi les plus élevées dans
le monde. Par ailleurs, le tableau 1.8 fournit la projection
de l’évolution des impacts socio-économiques et
environnementaux de l’envasement des retenues des barrages
dans les pays du Maghreb jusqu’à l’horizon 2030.



Les taux
d'envasement ont été estimés en utilisant des travaux
bathymétriques (et d'autres méthodes en parallèle et
précités) entrepris en 1975 et en 1991-92 par la Direction
des Ressources en Eau (voir Référence N° 24). En 1975, les
travaux pour la détermination de la sédimentation ont été
réalisés pour les barrages suivants : Nebhana, Bezik, Chiba,
Masri, Lakhmess, Mellegue ; en 1991-92 les réservoirs
suivants ont été analysés par bathymétrie : Sidi Salem,
Masri, Lakhmess, Sidi Saad, Bir M'cherga. L'envasement moyen
annuel des retenues des grands barrages en Tunisie s'élève à
28 millions de mètres cubes par an.

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