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Note

 

Le rôle de la Jordanie dans la protection

des sanctuaires islamiques à Al Qods

L’ingénieur Raef Youssef Najm(*)

 

Introduction

La Société des Nations (SDN) a reconnu l’émirat de l’est de Jordanie en date du 16/9/1922 et la Grande Bretagne a placé le pays sous mandat, en mai 1923, dans le cadre du système de mandat de la SDN. L’émirat a été confié au prince Abdellah Ibn Chérif Hussein Ben Ali qui va être couronné Roi du pays le 25/5/1946.

Ces événements ont coïncidé avec l’élection du Conseil islamique supérieur en Palestine, en 1922, sous la présidence de Haj Amine Husseini que la oumma islamique avait élu en Palestine. La première action entreprise par ce Conseil fut la restauration de la Mosquée Al Aqsa et son entretien contre les menaces cumulées au fil du temps, en l’absence de fondements architecturaux solides durant les opérations antérieures de restauration. La mosquée était défigurée, les chapiteaux et les fondations fissurées, les bornes de bois délabrées à cause de la gangrène, et une grande partie de mosaïques et de fenêtres en plâtre coloré s’était affaissée.

Vu que ces restaurations nécessitaient des sommes faramineuses, le Conseil islamique supérieur avait envoyé des délégations au Hijaz, en Egypte, en Inde, en Irak, dans le Golfe arabe et en Turquie, et écrit à nombre de rois et de princes musulmans qu’il pressentait enclins à faire le bien. Il est naturel que les Anglais, ennemis du Conseil islamique supérieur en Palestine, s’opposent farouchement à ces délégations tant et si bien qu’ils influencèrent les Rajahs de l’Inde par l’entremise de leurs Conseillers là-bas, et que la contribution de l’Inde ne dépassa guère les 23 mille livres. Les ennemis du Conseil islamique supérieur avaient même écrit aux princes et aux dirigeants des pays arabes et musulmans, les mettant en garde contre la contribution, arguant que "les gens du Conseil islamique utilisaient ces dons pour assassiner leurs opposants politiques et non pas pour la restauration de la Mosquée Al Aqsa".

Partant de là, les recettes collectées se présentaient comme suit (en livres égyptiennes) :

 

 

 

 

 Le tableau fait ressortir que la plus grande contribution fut celle de Chérif Hussein Ben Ali, qui à elle seule dépasse les contributions de l’Inde toute entière, sachant que l’Inde à l’époque comprenait le Pakistan et le Bangladesh, qui allaient obtenir leurs indépendances par la suite. Ceci démontre l’intérêt que Chérif Hussein Ben Ali accordait à la Mosquée Al Aqsa. Les travaux de restauration faisaient l’objet d’une coordination entre Haj Amine Husseini et le prince Abdellah Ben Hussein, à travers des missives échangées entre les deux parties (quelques une de ces lettres se trouvent dans les archives du Comité de restauration de la Mosquée Al Aqsa et du Dôme du Rocher).

De Chérif Hussein Ben Ali, ce rôle est revenu à son fils le roi Abdellah, puis au défunt roi Hussein Ben Talal pour se poursuivre, ces années actuelles, sous le règne du jeune roi Abdellah II Ben Hussein. C’est dire que le rôle des Hachémites dans la sauvegarde de la Mosquée Al Aqsa, la protection de ses sanctuaires, leur restauration et leur entretien remonte à une longue période, de plus de huit décennies, et se poursuit encore malgré les conditions politiques difficiles et compliquées à Al Qods et en Palestine.

Quant aux sanctuaires chrétiens, les Hachémites ont accordé, durant la période de leur règne sur la Cisjordanie (1952/1967), la liberté absolue aux différentes confessions d’entretenir et de restaurer leurs églises et leurs monastères. C’est ainsi que l’église de la Résurrection a été complètement restaurée sous le règne Hachémite avant l’occupation israélienne, en 1967. L’opération a concerné les murs et la coupole. Les clés de l’église de la Résurrection sont encore aux mains des familles musulmanes Nassibeh et Joudeh. Quant aux prières accomplies sur le Chemin de Croix, de la Porte du Lion (Saint Etienne), jusqu’à l’église de la Résurrection, en passant par les 14 stations de la Croix, elles sont précédées et maintenues par des bedeaux musulmans.

Les institutions jordaniennes oeuvrant pour Al Qods

1. Le ministère des Waqfs et des Affaires et Sanctuaires islamiques

Ce ministère veille sur les affaires des sanctuaires islamiques à Al Qods, depuis l’intégration de la Cisjordanie au pays, en 1952 jusqu’à nos jours. La rupture des liens légaux et administratifs avec la Cisjordanie, en 1988, n’a nullement affecté cet état de fait, ce ministère et les tribunaux légaux relevant du département Kadi Kudat (Cour suprême) ayant été exceptés de cette décision.

Ce ministère se charge de la direction de la Mosquée Al Aqsa et de son entretien. Il a créé à Al Qods une section des biens pieux (waqfs) et un département des monuments islamiques de la documentation et de l’entretien des sites islamiques menacés, suivant les moyens financiers disponibles. Ledit département est parvenu à entretenir un nombre considérable de monuments sous l’égide du Centre de documentation, d’entretien et de restauration des monuments d’Al Qods, créé par la Ligue arabe à Amman, en 1982, avant de geler ses activités, en 1991. Durant cette période, il a été procédé à la réhabilitation des monuments suivants:

L’école Kilania, l’école Mizharia, Turkan Khatun, Ribat Kurde, l’école Louelouiya, Ribat Bayram Jawish, l’école Saâdia, l’école Jalkia, Coupole de Salomon, école Tachtamarya, Zaouïa Al Maghariba, l’école Achrafiya, Khan Sultan, l’école Ghadiriya et l’école Jawhariya.

2. Département Kadi Kudat

Cette section à Amman supervise les tribunaux légaux à Al Qods, et une coordination complète existe entre les deux parties au sujet de toutes les questions relatives au statut personnel.

3. La Commission de restauration de la Mosquée Al Aqsa et du Dôme du Rocher

Cette Commission a été créée en vertu d’une loi jordanienne (n°-32) par la bienveillance présence de Kadi Kudat, en 1954, puisque, à l’époque, il n’y avait de ministère de waqfs. Après amendement de cette loi, en 1991, la présidence de la Commission est revenue au ministre des Waqfs et des Affaires des Sanctuaires islamiques. La commission est composée de dix membres représentant les différentes parties concernées par les affaires d’Al Qods.

La Commission dispose d’une instance technique qui opère à Al Qods sur le site de la Mosquée Al Aqsa, composée d’architectes, de techniciens et d’administrateurs. Cette instance se charge de superviser les travaux de restauration des divers monuments religieux et historiques dans l’enceinte de la Mosquée Al Aqsa, à l’intérieur des remparts historiques, dans un rayon d’action de 500 mètres de longueur et 288 mètres de largeur, soit une superficie de 144 donames.

Les principaux projets réalisés par cette Commission concernent :

a) Restauration de la Mosquée Al Aqsa après son incendie le 21/8/1969. L’opération a valu à la Commission le Prix international Agha Khan pour l’architecture islamique, et elle a fait don de la valeur de ce Prix au Fonds de restauration.

b) Réhabilitation et dorage du Dôme du Rocher. Après avoir achevé cette opération, en 1994, elle s’attelle actuellement à réhabiliter le marbre intérieur et la faïence des assises de la voûte extérieure du Dôme.

c) Restructuration du minbar de Salaheddine, dont les travaux s’achèveront en 2005.

d) Réhabilitation des minarets, des voûtes, des remparts et des esplanades en pierres.

Elle a également élaboré les schémas d’infrastructure de base de tout le site, dont les réseaux d’eau et d’électricité, ainsi que de la téléphonie, de l’acoustique et de l’irrigation en attendant le moment propice pour leur mise en œuvre.

4. La Commission royale des affaires d’Al Qods

Suite à l’occupation israélienne d’Al Qods, en 1967, cette commission a été créée sur instruction royale pour veiller sur les affaires d’Al Qods, et faire valoir la cause de la ville sainte dans les forums internationaux et auprès de l’opinion publique mondiale. La Commission publie un bulletin mensuel d’information politique pour dévoiler les pratiques israéliennes arbitraires. Elle a constitué plusieurs sous-commissions médiatique, juridique, historique, religieuses, économique, sociale et d’architecture pour examiner les conditions des habitants d’Al Qods et les moyens de les améliorer.

La Commission suit avec grand intérêt ce qui se passe au sein de l’Organisation des Nations Unies, notamment au Conseil de Sécurité, et de  l’UNESCO. Elle coordonne avec les délégations qui prennent part à ces forums. En 1994, Sa Majesté le Roi avait ordonné la recomposition élargie de cette Commission, en y associant des personnalités arabes et musulmanes de renommée internationale. Composée de 22 membres au lieu de 9, sa présidence, assurée auparavant par un ancien Premier ministre, a été confiée au prince Al Hassan Ibn Talal.

Quant aux institutions populaires jordaniennes oeuvrant pour Al Qods, elles sont nombreuses. Les plus importantes sont :

1. Le Congrès islamique général de Bayt Al Maqdis, basé à Amman et constitué pour la première fois à Al Qods, en 1966. A vocation médiatique et culturelle, il a édité plusieurs livres et publications sur Al Qods et organisé nombre d’expositions sur la ville sainte. Il organise aussi des conférences nationales et internationales ainsi que des colloques culturels et de sensibilisation.

2. Plusieurs associations, dont l’Association de la protection d’Al Qods, la Journée d’Al Qods, Forum Bayt Al Maqdis et l’Association de bienfaisance Al Qods.

3. La Fondation de la coopération qui entreprend ses actions à l’intérieur de la vieille ville d’Al Qods dans le domaine de la documentation et de l’entretien des monuments de la ville sainte.

La coopération entre le royaume jordanien Hachémite et l’UNESCO au sujet d’Al Qods

Le Comité du patrimoine mondial

Après l’occupation de l’Est d’Al Qods par les forces israéliennes, en début juin 1967, et suite aux actes de destruction et de confiscation des monuments historiques islamiques attenants à la Mosquée Al Aqsa, l’ONU a adopté la résolution n°: 2253, en date du 14/7/1967, qui stipule que les Nations unies sont très intéressées par les modifications portées à Al Qods, après l’occupation et les tentatives d’Israël de modifier les monuments d’Al Qods. Partant de ce fait, Elles appellent le gouvernement israélien à :

1. Suspendre toutes les modifications mises en œuvre par le gouvernement d’Israël,

2. S’abstenir de mettre en œuvre toute modification à Al Qods.

L’ONU a réitéré cette décision à maintes reprises, mais Israël l’a ignorée et refusée son application, comme il a toujours fait avec les résolutions qui ne lui plaisent pas, en l’absence d’une force le contraignant à les mettre en œuvre. Ce fut ainsi le cas avec l’appel international lancé par l’Assemblée générale de l’UNESCO à l’adresse d’Israël en 1968, l’exhortant à préserver le patrimoine culturel d’Al Qods et à s’abstenir d’entreprendre toute opération de fouilles archéologiques.

Lors de la 17e session de l’Assemblée générale de l’UNESCO, tenue le 17/11/1972 à Paris, les Etats réunis ont adopté une convention de 38 articles pour la protection du patrimoine mondial culturel et naturel. Au terme de cette convention, les Etats s’engagent à n’entreprendre aucune mesure de nature à porter atteinte, de manière directe ou indirecte, au patrimoine culturel et naturel et à conjuguer les efforts communs qui complètent utilement l’action des Etats concernés sans se substituer à eux. C’est pour cette fin que le Comité du patrimoine mondial a été institué.

La résolution de 1981 :

En se basant sur ladite convention, le royaume hachémite a soumis à l’UNESCO, le 16/12/1980, un dossier complet, photographies à l’appui, sur la vieille ville d’Al Qods en arabe, anglais et français. Ledit dossier a été élaboré par un Comité composé de l’ingénieur Raef Najm, membre de la Commission royale des Affaires d’Al Qods, Dr Ibrahim Chabouh, délégué de l’ALECSO à la Ligue arabe, et Dr Azeddine Bach Chaouch, Directeur de l’Institut national des Monuments de Tunis.

Après le débat houleux qui a eu lieu lors de la séance du Comité du patrimoine mondial, auquel a pris part l’ambassadeur de Jordanie à l’époque, Tahar Al Misri, en plus des membres de la commission tripartite, le Comité du patrimoine mondial a adopté, avec l’approbation des deux tiers, une résolution au terme de laquelle elle soutient la présentation par le royaume hachémite du dossier d’Al Qods.

Lors des discussions, la délégation jordanienne s’est appuyé sur l’article 11 de la Convention sur la protection du patrimoine mondial, notamment le droit de chaque Etat à soumettre une liste de son patrimoine culturel et naturel au Comité du patrimoine mondial, sans pour autant que l’introduction d’un bien situé sur une terre faisant l’objet de revendication de plusieurs Etats n’affecte les droits des parties belligérantes.

Dans la session du 11 mai 1981, la commission du patrimoine mondial a adopté une résolution inscrivant Al Qods sur la liste du patrimoine mondial. Les Etats-Unis avaient voté contre la résolution alors que certains pays européens s’étaient abstenus.

La résolution de 1982 :

En 1982, le royaume jordanien Hachémite a présenté un autre dossier élaboré dans les trois langues par le même Comité précédent, assorti d’une demande d’inscription d’Al Qods sur "la liste du patrimoine mondial en péril." Cette résolution a été effectivement adoptée par l’Assemblée générale de l’UNESCO, avec l’approbation des deux tiers de la commission du patrimoine mondial. C’est ainsi qu’en vertu des dispositions de sa Charte, l’UNESCO était amenée à fournir l’assistance technique et matérielle au gouvernement jordanien pour la sauvegarde du patrimoine d’Al Qods. Néanmoins, ceci n’a aboutit au versement que d’un montant de 160 mille dollars sur plusieurs tranches annuelles et n’a eu qu’un impact modique sur la contribution à l’entretien de certains monuments historiques d’Al Qods.

La résolution de 1983 :   

En date du 4/11/1983, le royaume hachémite a présenté avec 19 autres pays arabes et islamiques un projet de résolution, qui a été approuvé par l’Assemblée générale de l’UNESCO sous le numéro 22M/9 stipulant que :

1. Etant donné que les autorités israéliennes continuent de mener des fouilles et de poursuivre les travaux et les opérations de construction qui portent atteinte au cachet historique et culturel de la ville sainte,

2. Et que ces fouilles archéologiques et les constructions continues, depuis 1967, portent à la ville sainte d’Al Qods des dégâts irréparables,

3. Et que la Mosquée Al Aqsa subit de façon persistance et permanente des dangers énormes et intenses en raison des fouilles et des actes d’agressions armées que des groupes fanatiques mènent à son encontre,

4. Et que la construction de colonies juives autour de la ville d’Al Qods et l’établissement à son intérieur de petites communautés religieuses juives visent à judaïser la ville d’Al Qods,

L’Assemblée générale de l’UNESCO condamne vigoureusement l’obstination d’Israël à se soumettre aux résolutions de l’Assemblée générale et du Comité exécutif et sa politique de judaïsation et d’annexion de la ville d’Al Qods et appelle les Etats membres de l’UNESCO à prendre toutes les mesures nécessaires en fonction des moyens adéquats pour mettre un terme à cette situation.

L’Assemblée générale remercie également le Comité du patrimoine mondial pour sa décision d’inscrire la ville d’Al Qods sur la liste du patrimoine mondial en péril et l’appelle à poursuivre ses efforts pour la protection et la sauvegarde des biens culturels que recèle cette ville.

L’Assemblée générale remercie aussi le Directeur général de l’UNESCO pour les efforts qu’il déploie pour assurer le suivi de la mise en œuvre des résolutions de l’assemblée générale et du Comité exécutif et l’appelle à tenir le Comité exécutif informé de tous les développements que connaît cette situation.

La Jordanie a été représentée, lors de cette session, par une délégation composée de :

- L’ingénieur Raef Najm (président).

- M. Ahmed Taouil, Conseiller culturel à l’Ambassade de Jordanie à Paris (membre).

- M. Salim Badr, de l’Ambassade de Jordanie à Paris (membre).

La résolution a été approuvée par 64 pays sur les 93 présents à la réunion, tandis que 14 pays, dont les Etats Unis, Israël et l’Angleterre, ont voté contre, alors que 15 pays se sont abstenus.

Nomination d’un représentant personnel du Directeur général de l’UNESCO pour le suivi de la question d’Al Qods:

Suite à la résolution de l’UNESCO de 1983, le Directeur général de l’UNESCO, M. Ahmadou Mokhtar M’Bow, a désigné le Belge, M. Lemaire, professeur à l’Université de Louvain, en tant que représentant personnel. Ce professeur était chargé de se rendre deux fois par an à Al Qods et de soumettre au Directeur général un rapport sur ses visites assorti de recommandations.

La première réunion entre M. Lemaire et l’ingénieur Raef Najm a eu lieu, le 9/11/1983 à Paris, au cours de laquelle ils ont convenu les principes suivants :

1. Il faut procéder à la restauration du patrimoine islamique et chrétien d’Al Qods.

2. Il ne faut démolir ou détruire aucune construction religieuse pour la reconstruction d’un patrimoine antique effacé.

3. L’UNESCO ne peut pas contraindre Israël par la coercition à respecter les résolutions de l’UNESCO. Ne disposant pas de force pour ce faire, tout ce qu’elle est en mesure d’entreprendre consiste à prendre des résolutions.

4. S’il était possible de convaincre les Etats Unis des résolutions de l’UNESCO contre lesquelles ils ont voté, ceci pourrait permettre d’exercer une pression sur Israël pour la mise en œuvre de ces résolutions.

La deuxième réunion avec M. Lemaire a eu lieu à Amman, fin novembre 1983, sous la présidence de Son Altesse le prince Al Hassan. D’autres rencontres de coordination eurent lieu, par la suite, dont la dernière remonte au 21/7/1993 à Paris, en présence de M. Frederico Mayor, Directeur général de l’UNESCO, l’ingénieur Raef Najm, délégué du gouvernement jordanien, M. Lemaire, représentant personnel du Directeur général de l’UNESCO, et Dr Antoine Debabna, Conseiller culturel de l’Ambassade de Jordanie à Paris.

Lors de cette réunion, il a été convenu que la section des waqfs à Al Qods et la commission de réhabilitation sont les seules parties responsables de l’entretien, de la réhabilitation et de la restauration des monuments de la Mosquée Al Aqsa.

Position du Directeur général de l’UNESCO, M. Ahmadou Mokhtar M’Bow :

M. Ahmadou Mokhtar M’Bow a appuyé, depuis ses tous premiers débuts à l’UNESCO, la position du royaume hachémite. Dans une allocution devant la conférence du Congrès islamique sur Al Qods, tenue en décembre 1980, il avait affirmé que la protection d’Al Qods est une obligation internationale et a appelé à la réalisation de cet objectif. Il avait aussi rappelé que la Charte de l’UNESCO stipule la protection et la sauvegarde du patrimoine mondial composé de livres, d’œuvres d’art et de monuments d’intérêt historique et scientifique. Il a aussi affirmé que tout Etat membre de l’UNESCO, qui occupe le territoire d’un autre pays, devrait s’abstenir de mener des fouilles archéologiques dans les territoires occupés. Il a également rappelé l’appel international lancé par l’Assemblée générale de l’UNESCO, en 1968, à l’adresse d’Israël pour préserver le patrimoine culturel d’Al Qods  et s’abstenir de mener toute opération de fouilles.

La première réunion entre M. Ahmadou Mokhtar M’Bow et l’ingénieur Raef Najm a eu lieu, le 11/11/1983 à Paris, au cours de laquelle M. M’Bow a souligné:

1. La nécessité de mettre en place un plan général au sujet de la restauration des monuments islamiques et chrétiens d’Al Qods devant englober les aspects techniques et financiers, ainsi que les modalités d’application,

2. La constitution d’une commission de planification et de financement, composée de certains dirigeants arabes sous la présidence de Sa Majesté le Roi Hussein,

3. La mise en œuvre du plan de restauration sous l’égide de la section des waqfs islamiques d’Al Qods dans le cadre de la continuité de la situation en vigueur, depuis 1967, et le développement de l’action de la commission de restauration technique jordanienne en place à Al Qods.

4. La nécessité d’examiner la question de la restauration avec Sa Sainteté le Pape à Rome pour obtenir son soutien moral.

En raison des positions positives de M. Ahmadou Mokhtar M’Bow à l’égard d’Al Qods et de sa coopération avec le royaume hachémite et de son gouvernement, il a été combattu par les Etats Unis d’Amérique qui, après avoir suspendu leur adhésion à l’UNESCO, ont affaibli le budget général de cette organisation culturelle internationale, et se sont assurés de sa non-reconduction à la présidence de l’UNESCO. C’est ainsi que M. Frederico Mayor (de nationalité espagnole) a remplacé M. Ahmadou Mokhtar M’Bow à la tête de l’UNESCO.

Position du Directeur général de l’UNESCO, M. Frederico Mayor :

Au départ, l’attitude de M. Mayor a été empreinte d’hésitation quant au soutien de la position du royaume hachémite au sujet d’Al Qods et de la restauration et de l’entretien de ses sanctuaires. Il a tenté de réduire la responsabilité du royaume hachémite en favorisant l’intervention d’autres pays arabes dans la restauration du Dôme du Rocher. A ce propos, il a adressé au royaume hachémite des messages officiels, dont le dernier remonte à 1993. Les réponses à ces missives ont particulièrement mis l’accent sur les données ci-après :

1. Le royaume hachémite a assumé ses responsabilités en matière de gestion, de surveillance, d’entretien et de restauration des sanctuaires islamiques d’Al Qods et de Cisjordanie, dès 1952, suite à la déclaration du peuple palestinien de l’annexion de la Cisjordanie au royaume hachémite et la promulgation de cette décision par le parlement jordanien. L’Organisation des Nations Unies a reconnu comme tel le royaume jordanien Hachémite avec ses deux rives (Transjordanie et Cisjordanie) et c’est sur cette base qu’elle a traitée avec le royaume. C’est pourquoi l’exercice de cette responsabilité devrait continuer sans l’intervention d’un quelconque pays. En même temps, le royaume hachémite accueille toute contribution financière ou technique de l’extérieur pourvu qu’elle passe par les canaux jordaniens concernés par la restauration.

2. La responsabilité des Hachémites sur les sanctuaires islamiques à Al Qods a commencé depuis le règne de feu Chérif Hussein Ben Ali pour se poursuivre sous le règne du martyr feu SM. le Roi Abdellah Ben Hussein et se perpétuer sous le règne de SM. le Roi Hussein Ben Talal.

3. L’occupation israélienne de 1967 n’a rien modifié à la responsabilité hachémite sur les sanctuaires islamiques. Plusieurs résolutions de l’Organisation des Nations unies et de l’UNESCO ont condamné les pratiques d’Israël à l’encontre de ces sanctuaires, que ce soit au sujet des fouilles, de l’incendie de la Mosquée Al Aqsa en date du 21/8/1969 ou des agressions armées à l’encontre des fidèles. Ces résolutions ont appelé Israël à ne pas modifier le statut de ces sanctuaires antérieur à l’occupation de 1967.

4. L’UNESCO a inscrit Al Qods sur la liste du patrimoine mondial en péril et adopté ses résolutions à ce propos durant les années 1981, 1982 et 1983, considérant le royaume hachémite comme responsable de superviser ce patrimoine. L’UNESCO a fait don d’un montant de 160 mille dollars au gouvernement jordanien Hachémite pour l’entretien de certains monuments menacés ou en péril.

5. Le royaume hachémite a mis en place "la Commission de restauration de la Mosquée Al Aqsa et du Dôme du Rocher", en 1954, en vertu d’une loi jordanienne. Depuis sa constitution jusqu’à nos jours, cette Commission a élaboré toutes les étapes de restauration, sous l’occupation israélienne d’Al Qods, sans recourir à n’importe quelle partie israélienne durant toutes les étapes de l’entretien, de la réhabilitation et de la restauration. Le Ministère des Waqfs et des Affaires des Sanctuaires islamiques, la Section des Waqfs islamiques à Al Qods et le département des monuments islamiques qui en relève, ont procédé à la documentation, à l’entretien et à la restauration de nombre de monuments historiques, selon les meilleures normes techniques internationales de restauration en vigueur, et en coordination avec les techniciens experts de l’UNESCO.

6. L’intervention de tout autre Etat dans les opérations d’entretien, de réhabilitation et de restauration des sanctuaires islamiques à Al Qods devra nécessairement passer par l’agrément et l’intervention des autorités de l’occupation israélienne, comme la municipalité israélienne d’Al Qods ou le ministère israélien des cultes. Et c’est précisément ce que le royaume hachémite a de tout temps évité durant toute la période de l’occupation israélienne. Dans cet ordre d’idées, le royaume hachémite a sollicité le soutien du Directeur général de l’UNESCO pour sa position qui, émanant de l’intérêt de la famille hachémite pour la première des qiblas et du troisième lieu saint de l’islam, se fonde sur la légalité internationale qui considère la partie Est d’Al Qods comme un territoire occupé. Il l’a également appelé à tenir compte du statut en vigueur, depuis 1952, des dépenses consenties et des efforts déployés par la famille hachémite et le gouvernement de Sa Majesté le Roi Hussein.

Par la suite, est intervenue la visite de Sa Majesté le Roi Hussein de Jordanie à Paris, durant laquelle le Souverain Hachémite a eu une réunion avec le Directeur général de l’UNESCO, M. Frederico Mayor, au cours de laquelle a été particulièrement soulignée la position du royaume hachémite et son attachement à Al Qods et à ses sanctuaires.

En date du 18/4/1994, l’UNESCO a pris part à la grandiose célébration organisée à l’occasion de l’achèvement des travaux de restauration de la Mosquée Al Aqsa et du Dôme du Rocher, en la personne du représentant personnel du Directeur général de l’UNESCO, M. Lemaire.

Il convient de signaler que les bonnes relations entre le royaume hachémite et l’UNESCO ont concerné différents domaines culturel et patrimonial, comme en témoigne la collaboration de l’UNESCO avec le ministère de l’Education et de l’Enseignement, le ministère de la Culture et la Section générale du patrimoine.

Les tentatives des autorités israéliennes de rayer la ville d’Al Qods de la liste du patrimoine mondial en péril

Lors de la 28e réunion annuelle, tenue en Chine en juillet 2004, à laquelle la Jordanie avait pris part avec la participation du Directeur adjoint du département jordanien du patrimoine, les autorités israéliennes avaient présenté une demande sollicitant de rayer Al Qods de la liste du patrimoine mondial en péril, et une autre requête pour l’inscription du Néguev sur la liste du patrimoine mondial.

Le groupe arabe participant à la réunion annuelle a tenu une réunion au cours de laquelle il a présenté un texte de sept articles en anglais et en français (conformément au règlement du comité du patrimoine mondial). Dans ce texte, le groupe arabe a sollicité le maintien de l’inscription d’Al Qods sur la liste du patrimoine mondial, en raison de la persistance des mêmes conditions et des difficultés constantes devant les opérations de restauration. Il a exhorté les autorités concernées à faciliter les opérations de réhabilitation et de restauration au sein de la vieille ville et à lever les objections sur l’entrée des ouvriers et des matériaux de restauration sur les sites. Il a aussi encouragé le Directeur général de l’UNESCO à prendre l’initiative de mettre en œuvre la résolution de l’Assemblée générale de l’UNESCO numéro 32 C/Res 39 (octobre 2003), relative à l’élaboration d’un plan d’action et de propositions sur la sauvegarde du patrimoine d’Al Qods.

Suite à la présentation de ce texte lors de la réunion tenue, le 2/7/2004, il a été approuvé à l’unanimité. Mais lors de la présentation de la proposition israélienne au sujet du Néguev, cette proposition a été rejetée en raison de la coordination et de l’unanimité des représentants des Etats arabes au sein du comité du patrimoine mondial. C’est ainsi que l’inscription de la vielle ville d’Al Qods sur la liste du patrimoine mondial en péril a été maintenue.

La vieille ville d’Al Qods : une école d’architecture islamique

Il est un fait que chacune des anciennes capitales islamiques est frappée du sceau de l’architecture d’un âge islamique déterminé. La ville de Damas, par exemple, porte l’empreinte de l’architecture omeyyade, Bagdad est marquée par l’architecture abbasside, le Caire est caractérisé par le style architectural des Fatimides et la ville d’Istanbul est imprégnée de l’architecture ottomane. La ville d’Al Qods, elle, porte l’empreinte de tous ces styles architecturaux. Les dirigeants musulmans ont tous tenu à apporter un plus aux monuments historiques d’Al Qods, quoiqu’elle n’eût jamais été une capitale islamique. Son importance, elle la tient du fait qu’elle a été le lieu du Voyage nocturne et de l’Ascension du Prophète Sidna Mohammed (Paix et bénédiction sur Lui), et qu’elle abrite la Mosquée d’Al Aqsa.

Pour les chrétiens, la ville tire son importance du fait qu’elle abrite l’église de la Résurrection, fondée par la Sainte Hélène en 335 de l’ère chrétienne, dans le même endroit où Jésus Christ a monté au Ciel.

L’ancienne ville d’Al Qods regroupe plus de deux cents sites islamiques et soixante sites chrétiens. La Jordanie a joué un rôle particulier dans la restauration de certains de ces monuments religieux et historiques, durant le 20e siècle, et continue d’assumer cette mission au début du 21e siècle.

Ci-après, des survols de certains sites réhabilités ou restaurés par les institutions jordaniennes :

Restauration de la Mosquée Al Aqsa après son incendie :

Les Israéliens ont préparé l’incendie de la Mosquée Al Aqsa, le 21/8/1968, et ont confié cette mission au dénommé Denise Michael Rohan, un juif d’origine australienne. Mais les gardiens de la mosquée Al Aqsa ont découvert le crime bien avant son exécution, et Denis Michael Rohan a été écroué. Suite à un procès formel, il a été extradé vers l’Australie, avant de revenir, une deuxième fois, à la charge et de perpétrer son crime abominable, le 21/8/1969. Le simple fait d’avoir été autorisé par les autorités israéliennes à retourner à Al Qods constitue une conspiration dans l’exécution du crime.

Il est un fait connu que les Juifs s’intéressent beaucoup aux dates qui marquent des anniversaires déterminés de leur histoire. La date du 21 août renvoie à un fait très important de l’histoire juive, qui remonte à la destruction du Temple. Et c’est précisément pourquoi ils ont tenu à ce que cette date coïncide avec celle de l’incendie de la Mosquée Al Aqsa.

L’incendie a été déclaré dans la matinée du 21/8/1969 après que les fidèles eurent accompli la prière d’Al Fajr dans la Mosquée Al Aqsa, et que les lieux furent abandonnés. Le feu a pris dans trois endroits :

Le premier dans la Mosquée d’Omar, dans la partie sud-est de la Mosquée Al Aqsa, et qui renvoie à la première mosquée édifiée par Omar Ibn Al Khattab, après avoir reçu les clés d’Al Qods des mains du Patriarche des Byzantins, Safronius Dimashk. La mosquée fut détruite par les séismes avant le règne du Calife Abdelmalek Ibn Marwane, qui édifia à sa place une nouvelle mosquée dont la construction a été achevée en 692 de l’ère chrétienne.

Le deuxième dans le minbar de Salaheddine Al Ayyoubi et le mihrab, dans l’objectif d’incendier l’emblème de la victoire du chef Salaheddine Al Ayyoubi, après avoir libéré Al Qods de l’emprise des Croisés, en 1187.

Le troisième dans la fenêtre supérieure située dans la partie sud-ouest de la Mosquée Al Aqsa. Placée à 10 mètres de hauteur, il est difficile d’y accéder de l’intérieur sans l’utilisation d’une grande échelle, chose qui n’était pas à la disposition de Denis Rohan. C’est pourquoi ladite fenêtre a été brûlée de l’extérieur et non pas de l’intérieur. Et c’est ce qui indique que d’autres personnes ont du assister Rohan de l’extérieur, dans la partie sud placée sous le contrôle des Israéliens, qui avaient démoli le quartier et la porte Al Maghariba.

Les Israéliens croyaient que les trois endroits allaient prendre feu et embraser entièrement la façade sud de la mosquée, et s’étendre vers le nord pour ravager la mosquée dans sa totalité. Mais, ils n’étaient pas très chanceux dans la mesure où le feu qui avait pris à l’extérieur dans la fenêtre supérieure s’était éteint de lui-même sans l’intervention de personne, simplement en raison de l’absence de tout facteur favorisant la propagation du feu entre la fenêtre et la partie médiane du mur sud de la mosquée, du fait que les matériaux de la fenêtre et de la partie du mur sud sont tous en pierres. C’est la raison pour laquelle le feu n’a pris que dans la façade sud et la partie Est de la mosquée, avant de se propager vers le nord, embrasant une surface d’environ 1500 mètres carrés sur une superficie globale de 4400 mètres carrés, soit près du tiers de la mosquée.

Le même jour de l’incendie de la mosquée Al Aqsa, les Israéliens de la municipalité Al Qods ont coupé l’eau sur la Mosquée Al Aqsa pour priver les citoyens de son usage dans l’extinction du feu. Les sapeurs pompiers israéliens de la municipalité d’Al Qods sont arrivés tard, bien après que les habitants d’Al Qods eurent éteints toutes les flammes. D’ailleurs, ils n’ont rien fait, sinon se pavaner devant les caméras pour être filmés par les agences de la télévision et de la presse mondiale pour leur faire croire qu’ils ont accompli leur devoir. Des sapeurs pompiers arabes venus d’Al Khalil (Hébron) et de Ramallah ont aidé à circonscrire l’incendie.

Les opérations d’extinction de l’incendie ont été filmées où sont montrés des jeunes palestiniens portant à la main des barriques d’eau à partir des puits situés dans les esplanades de la Mosquée Al Aqsa, tirant les carpettes en flammes vers les espaces extérieurs ou ramassant les pièces épargnées de l’incendie qui a embrasé le minbar de Salaheddine. Ces pièces sont actuellement conservées dans le musée islamique de la Mosquée Al Aqsa.

Quant au meneur de la bande qui y a mis le feu, Denis Michael Rohan, il a été considéré comme "aliéné mental" par les autorités israéliennes, qui l’ont exilé vers l’Australie, son pays d’origine, sans encourir de procès ou de sanction quelconque. Les autres membres de la bande qui ont assisté Rohan de l’extérieur et l’ont sauvé de l’incendie comme de la colère des habitants d’Al Qods, sont restés inconnus échappant, par la même, à toute forme de sanction.

Cet incendie a été, donc, un acte prémédité et intentionnel, commis délibérément par les Israéliens, qui l’ont officiellement concocté durant deux années consécutives (1968 et 1969), et dont l’exécution a été l’œuvre de plus d’une seule personne.

Voici, par ailleurs, les principales parties incendiées dans l’édifice de la Mosquée Al Aqsa :

1. Le minbar de Salaheddine, une pièce précieuse faite de petits morceaux en bois emboîtés les uns dans les autres sans clous, sans manillons ou autre matière collante. Il symbolise la victoire du dirigeant Salaheddine et son entrée triomphale à Al Qods, et en l’incendiant, les Israéliens entendaient mettre ce symbole à feu. Ce minbar a été confectionné par Noureddine Zenki qui l’avait conservé dans un endroit appelé Al Halouiyeh, à Alep en Syrie, avant que Salaheddine ne l’amène à Al Qods, en 1187.

2. La mosquée d’Omar, dont le plafond était en pisé et en terrassement en bois. Il symbolise l’anniversaire de la conquête d’Al Qods et de l’entrée triomphale dans la ville sainte de Omar Ibn Al Khattab (que Dieu le bénisse).

3. Maqam Al Arbaïne attenant à la Mosquée d’Omar.

4. Mihrab de Zaccaria attenant à Maqam Al Arbaïne.

5. Trois des sept arcades allant du sud au nord, ainsi que les poutres, les voûtes et les ornements, en plus d’une partie du plafond qui s’est affaissée à cause de l’incendie.

6. Deux poutres principales et la grande arcade en bois les reliant sous la coupole de la Mosquée.

7. La coupole intérieure en bois, son ornement en plâtre coloré et doré et toutes ses calligraphies et enluminures en motifs floraux et géométriques.

8. Le mihrab en marbre coloré.

9. La moitié du mur sud et tout son revêtement en marbre coloré.

10. Quarante-huit fenêtres en bois, en plâtre et en vitres colorées uniques par leur modèle et le style de la ciselure inclinée sur le plâtre pour empêcher l’infiltration directe des rayons du soleil à l’intérieur de la mosquée.

11. Toute la carpette persane.

12. Début de la sourate de "Le voyage nocturne" incrustée sur la mosaïque dorée au-dessus du mihrab sur 23 mètres de longueur à l’est.

13. Les terrassements en bois ornés et portant des luminaires suspendus entre les bornes des poutres.

Nettoyage des traces de l’incendie et restauration de la Mosquée Al Aqsa :

La première action menée par la commission de restauration de la Mosquée Al Aqsa et du Dôme du Rocher fut de photographier ce crime abominable, et de conserver les preuves matérielles de l’incendie, dont la photographie de la fenêtre ouest supérieure, calcinée de l’extérieur seulement, pour prouver que la déclaration du gouvernement israélien assurant que l’incendie de la Mosquée Al Aqsa par Denis Michael Rohan était un acte individuel, était en fait une déclaration mensongère. Parmi ces photos figure une autre montrant des citoyens d’Al Qods en train d’éteindre avec leurs mains les flammes, en utilisant des barriques et autres récipients, en plus d’autres photographies montrant les débris du minbar enflammé de Salaheddine, de la coupole intérieure en bois et des différentes parties de la bâtisse de la Mosquée.

La deuxième action fut de cureter et de nettoyer complètement les traces de l’incendie et de mener des recherches historiques, patrimoniales et architecturales préalables à toute opération de restauration. C’est pour cette fin que la commission de restauration a été reconstituée et renforcée par une équipe technique, qui a entamé son action au  début de 1970 par l’élaboration des plans. Il a été décidé de mener les opérations de restauration en passant directement par l’instance de la Commission de restauration, afin d’assurer la qualité et la finition des travaux et de préserver l’authenticité des fondations patrimoniales, historiques et culturelles. La commission de restauration a veillé à mener son action en coordination avec l’UNESCO et l’ONG ICCROM basée à Rome, spécialisée dans la restauration du patrimoine, ainsi qu’avec d’autres techniciens belges. Elle a également bénéficié de l’expertise des spécialistes étrangers qui ont contribué aux études patrimoniales et techniques, ce qui a valu à la Commission le Prix Agha Khan pour l’architecture islamique, après l’achèvement des travaux. Le montant de ce Prix a été déposé dans le budget de la Commission de restauration.

L’instance technique de restauration a mené sous l’estrade de la Mosquée Al Aqsa des fouilles, d’une profondeur de neuf mètres environ jusqu’à la couche rocheuse. Les Israéliens ont constaté que ces fouilles n’ont déterré aucune trace du Temple prétendu, sinon ils auraient éxercé des pressions sur la Commission de restauration. La partie incendiée et démolie a été reconstruite en utilisant le béton armé au niveau des fondations, des poutres et du plafond. Les fouilles ont permis de mettre à jour un tunnel menant du centre du rempart sud à l’intérieur de la Mosquée Al Aqsa. Ce tunnel a été creusé discrètement par les Israéliens, bien avant l’incendie de la Mosquée Al Aqsa, à partir de la partie occupée par l’armée israélienne, dans l’objectif de rechercher des traces du Temple.

Dans le jargon juridique, on dit que le voleur laisse toujours une trace infime le confondant. Dans ce cas d’espèces, l’indice ne fut autre que des traces de bougies fraîchement tombées sur la plate-forme du tunnel creusé, ce qui indique que les Israéliens s’étaient infiltrés à l’intérieur dudit tunnel peu avant l’incendie de la Mosquée Al Aqsa. L’excavation a été bouchée par le béton armé et les opérations de restauration ont été entamées par :

1. Le modelage des fondations des nouveaux frontons et des nouvelles poutres, et la reconstruction en béton armé de l’ensemble des poutres, des terrassements et des plafonds.

2. Le modelage d’un nouveau plancher en béton armé à la place du plancher endommagé.

3. La reconstruction des arcades en pierres blanches et rouges et des murs en pierres supportant le plafond.

4. La reconstruction de la Mosquée d’Omar, du mihrab de Zaccaria et du Maqam Al Arbaïn, en reconstituant les originalités patrimoniales et historiques des édifices au niveau des façades et des arcades.

5. La reconstitution des poutres en marbre coloré à la place de celles endommagées.

6. Fabrication et reconstitution de quarante-huit fenêtres en bois, en plâtre et en verre galiléen coloré et ciselure du plâtre suivant le même style ancien sur un angle de 60 degrés, pour empêcher l’infiltration directe des rayons à l’intérieur.

7. La reconstitution de deux poutres en marbre et d’une grande arcade en pierre les reliant sous la coupole.

8. Le revêtement des murs intérieurs en marbre coloré et orné en motifs architecturaux.

9. La reconstitution d’une nouvelle mosaïque dorée au-dessus du mihrab sur une longueur de vingt-trois mètres reproduisant le début de la sourate "Le voyage nocturne", après la préparation de plans minutieux reproduisant les dimensions réelles colorées des versets sur les bouts de faïence.

10. La réforme et l’ornement de la coupole intérieure en bois avec l’assistance de deux experts de l’UNESCO, dans le cadre d’un contrat conclu avec eux à cet effet. L’ornement en plâtre, épargné par l’incendie, a été collé au bois de la coupole à travers l’injection d’une matière adhésive entre le plâtre et le bois. Du papier doré de 21 carats a été appliqué sur les ornements en plâtre. Après l’ornementation du tiers de la coupole avec l’assistance des deux experts, les deux tiers restants ont été exécutés par des ouvriers originaires d’Al Qods qui travaillaient avec ces experts.

11. La mise en place des rallonges électriques complets et des systèmes d’alarme, d’extinction des incendies et de paratonnerre.

12. La mise en place d’une coupole en plomb à la place de l’ancienne coupole en aluminium, et le revêtement du plafond fait en câbles et en gros cordages par des plaques de plomb ottoman ancien, fabriquées localement.

13. La mise en place d’un plancher en pierre de la Mosquée sur ou au dessus du plancher en béton armé.

14. La Commission de restauration a élaboré les plans techniques d’exécution et d’ornement du minbar de Salaheddine, après une étude approfondie assistée par ordinateur chez un bureau de décoration spécialisé. Le minbar, qui sera fabriqué à Amman, sera transféré à la Mosquée Al Aqsa où il sera installé dans sa place initiale. La fabrication du minbar a nécessité un montant de deux millions de dinars jordanien environ.

Quant au coût du curetage des traces de l’incendie de la Mosquée Al Aqsa, de sa restauration et de sa réhabilitation, il a été de l’ordre de sept millions environ, fournis par la trésorerie générale du Royaume jordanien, en plus d’autres contributions étrangères limitées de l’ordre de sept cents cinquante mille dollars réunis par la Commission mixte palestino-jordanienne, en plus des contributions des habitants palestiniens suite à l’incendie qui ont atteint deux cents mille dollars. La commission de restauration a été tenue informée de toutes ces contributions.

Restauration du Dôme du Rocher

Cette coupole a été restaurée à plusieurs reprises durant son histoire. Mais la plus importante opération de réhabilitation fut celle entreprise à la faveur du don octroyé par Sa Majesté Hussein Ibn Talal, d’un montant de dix millions de dinars. La Commission de restauration a été chargée d’élaborer une série de plans spéciaux portant sur :

1. L’enlèvement des anciennes plaques en aluminium brisé sous l’effet de la dilatation et de la contraction en l’absence d’espace suffisant pour la dilatation des plaques. Il a été également procédé à la suppression de tous les gros cordages d’aluminium qui se sont affaissés du plafond des huit arcades.

2. La reconstitution d’une coupole extérieure en bois couvrant les anciennes nervures d’aluminium en utilisant la technique de l’assemblage à languettes.

3. Reconstitution de 184 gros cordages en bois dans l’ancien style omeyyade.

4. La reconstitution d’une coupole en cuivre de 0,8 millimètres d’épaisseur dorée (24 carats) avec une épaisseur d’or de deux microns.

5. L’installation d’un système d’alarme et d’extinction des incendies.

6. La reconstitution d’un plafond en plaques de plomb de trois millimètres d’épaisseur pour les huit arcades.

Un avis d’appel d’offres international a été lancé et a été remporté par la société britannique MAYFAN, qui a achevé les travaux, en avril 1994. Une cérémonie a été organisée pour la circonstance et diffusée par la chaîne CNN, à partir d’Amman et d’Al Qods, au moment même où Sa Majesté le roi Hussein prononçait un discours intégral.

Actuellement, en 2004, se poursuit l’entretien des faïences sur les assises de la voûte extérieure, à travers l’injection d’une substance adhésive entre les faïences et la retombée de l’arc. Sur les murs intérieurs, se poursuivent également les travaux d’entretien des dalles de marbre, brisées sous l’effet de l’érosion du temps, dans un style esthétique utilisant les mêmes faïences brisées.

Sa Majesté le Roi Hussein a pris en charge les frais de la nouvelle carpette confectionnée en Turquie et conçue spécialement pour le Dôme du Rocher.

Reconstitution du minbar de Salaheddine :

L’ancien minbar brûlé par le juif d’origine australienne, Denise Michael Rohan, en date du 21/8/1969, a été réalisé par Noureddine Zenki à Alep en 564 de l’Hégire (1168 de l’ère chrétienne), spécialement pour être transféré à la Mosquée Al Aqsa, après sa libération de l’emprise des Croisés. Mais, il mourut bien avant, reléguant le minbar dans un endroit appelé Al Halwiyeh jusqu’à l’avènement de Salaheddine Al Ayoubi, qui l’a apporté à la Mosquée Al Aqsa après la libération d’Al Qods, en 583 de l’hégire (1187 de l’ère chrétienne), sans transporter le mihrab avec lui.

La Commission de restauration avait chargé, en 1974, l’artiste défunt Jamal Badrane de reproduire les esquisses ornementales du minbar incendié. Il est parvenu à dessiner quarante esquisses grandeur nature en s’appuyant sur les débris des morceaux brûlés et les anciennes photographies. En 1998, la Commission de restauration a confié au bureau d’études jordanien Mihrab la charge de reproduire des esquisses ornementales et architecturale grandeur nature du minbar, en s’appuyant sur la technique assistée par ordinateur et les plans réalisés par le professeur Jamal Badrane. Le bureau est parvenu à achever avec une grande précision l’élaboration de ces croquis, dont le nombre dépasse les trois cents, après avoir découvert que l’ancienne charpente faisait appel à la symétrie de la règle d’or (5+1/2), qui équivaut à l’architecture du minbar. Et c’est la même symétrie utilisée par les architectes dans l’édification et l’ornementation du Dôme du Rocher.

Le nouveau minbar est actuellement en cours de reconstitution à l’institut des arts, relevant de l’Université Ablbalkae de la ville de Sulat. Réalisé à hauteur de 75 %, il sera fin prêt, par la volonté de Dieu, en 2005, et sera installé dans sa place initiale à la Mosquée Al Aqsa.

L’importance de ce minbar n’est pas uniquement historique, mais artistique également. C’est, en fait, un rare objet d’art sans égal au monde, dans la mesure où ce minbar est fabriqué par de petits morceaux en bois emboîtés les uns dans les autres sans utiliser ni clous, ni manillons, ni matières gluantes. Il porte des gravures ornementales ciselées sur six niveaux et sur les deux faces des pièces en bois. Le bois brûlé du minbar est à base de cèdre enchâssé dans du bois d’ébène foncé. L’ornement du minbar a été également serti d’ivoire.

Le gouvernement syrien a fait don du nouveau bois du minbar, tandis que le Soudan a fait don du bois d’ébène et d’ivoire. Les artistes artisans, qui s’appliquent à reconstruire le nouveau minbar, sont originaires de différentes nationalités islamiques et travaillent sous la supervision de professeurs spécialisés. Les frais de reconstitution de ce minbar sont estimés à deux millions de dinars jordaniens.

La Mosquée Al Marwani :

La Mosquée (Msalla) Al Marwani, située dans la partie sud-est de la Mosquée Al Aqsa au-dessous du niveau de cette dernière, s’étend sur un arasement d’une superficie d’environ 3850 mètres carrés.

Cette bâtisse fut, au départ, un réservoir d’eau souterrain bâti par l’empereur romain Hadrien, au deuxième siècle de l’ère chrétienne, avec le rempart en pierre qui entoure actuellement la Mosquée Al Aqsa. Construite en poutres et en ogives en pierre, elle ressemble dans son architecture au réservoir romain Ramla. La preuve tangible qu’elle fut construite simultanément avec le rempart est que les murs Sud et Est de ce réservoir sont les mêmes que celles de la muraille, qui entoure la Mosquée Al Aqsa. Le réservoir n’est pas un édifice annexé après la construction du rempart, mais ils furent bâtis en même temps comme en témoignent la technique de l’enchâssement des pierres.

Ce réservoir était dédié à la collecte de l’eau à partir de la zone environnante par des conduites horizontales en pierres affluant vers des canaux verticaux arrangés sur les murs extérieurs de la réserve. Une de ces conduites verticales est toujours visible à l’intérieur de l’entrée principale de la Mosquée Al Marwani. Elle se livre au regard sous une forme semi-circulaire coupée d’une teinturerie romaine à base de calcaire malaxé de terre cuite et de grains de sable. La plate-forme du réservoir est rocailleuse, mais elle a été couverte de terre sous l’effet des sédiments au fil des ans.

Ce réservoir a été transformé, sous le règne des Omeyyades, en lieu de culte appelé la Mosquée Al Marwani. Il persistât ainsi jusqu’à la période des guerres des Croisades, lorsque les Croisées en 1099 le convertirent en étable, comme en témoignent les anneaux des étalons dans certaines poutres en pierre. Ils y accédaient par la porte isolée située dans la muraille sud de la Mosquée Al Aqsa, qui est en même temps le mur sud de la Mosquée Al Marwani.

Après la libération d’Al Qods par le dirigeant Salaheddine Al Ayoubi en 1187 de l’ère chrétienne, cette porte a été obstruée par des pierres et la Mosquée Al Marwani devint accessible à partir de la porte supérieure située dans sa partie nord, en empruntant un large perron en pierre. Salaheddine ne se contentât pas de si peu, mais fit apporter des limons en grandes quantités hors de la Mosquée Al Aqsa pour couvrir de leur masse les murs sud et nord de la Mosquée, afin d’empêcher son occupation par les Croisés lors de leurs campagnes récurrentes.

Les choses se maintirent ainsi jusqu’à l’occupation israélienne, en 1967, lorsque les autorités israéliennes entamèrent leurs fouilles archéologiques au sud d’Al Aqsa sous la direction du professeur Benjamin Mazar, président de l’Université hébraïque à l’époque, qui était assisté par M. Dan Béhat. Les Israéliens ont enlevé les limons appliqués à la muraille sud sur une profondeur de vingt mètres, mais n’ont pas ouvert la porte condamnée.

Durant la période de restauration jordanienne, la réflexion a été engagée sur la possibilité de reconvertir cette bâtisse en un lieu de prière. Cette réflexion a coïncidé avec l’action du mouvement islamique en Palestine occupée, en 1948, sous la présidence du Cheikh Raed Salah pour la réhabilitation des mosquées. Cette mouvance avait collecté un demi million de dinars jordaniens, acheté les dalles en marbre pour les planchers, mobilisé les employés et les volontaires, et coordonné avec le Département des Waqfs islamiques à Al Qods et la Commission de restauration. Avec l’appui des volontaires originaires d’Al Qods, la Mosquée Al Marwani a été réhabilitée et rouverte à la prière aux alentours de 1996.

Pour parer au problème de l’aération naturelle, le Département des Waqfs d’Al Qods a ouvert la porte nord de la Mosquée, dont la largeur équivaut à deux arcades des anciennes voûtes septentrionales, et déblayé une énorme quantité de limons pour rouvrir la porte. Ce faisant, il est entré en opposition frontale avec l’objection israélienne, qui prétendait que les musulmans enlevaient les monuments juifs pour les transporter à l’extérieur. Les fonctionnaires des Waqfs islamiques se sont opposés avec véhémence à cette propagande sioniste mensongère, démontrant au monde entier que ces limons de terre n’ont aucun rapport avec le site et ne recèlent aucun monument. Ce fait a été, d’ailleurs, corroboré par des archéologues israéliens qui y ont vainement cherché des traces juives. C’est ainsi que la porte septentrionale fut rouverte et devint un fait. C’est ainsi que la Mosquée Al Marwani commença à accueillir les fidèles de toutes les régions de la Palestine, qui retrouvèrent dans ses recoins le calme, le climat doux et la quiétude spirituelle et mentale. Cette réalisation a été accomplie par la bonne intention, la forte détermination et la volonté, qui a résisté à l’occupation dans ses tentatives d’arrêter cette action.

C’est ça la réalité de la Mosquée Al Marwani, qui n’a rien à voir avec l’appellation erronée des " étables de Salomon" que les gens colportent à tort, en se basant sur la version des Sionistes et des Israéliens.

En 2002, les médias israéliens ont activement proposé l’information selon laquelle la Mosquée Al Marwani menaçait ruine, du fait que son mur sud s’inclinait à l’extérieur d’environ 100/40 centimètres, en raison des poids supportés et de la défaillance des conduites d’eau des pluies sur sa toiture. Or, cette allégation est loin d’être véridique, dans la mesure où la Commission de restauration avait procédé à la réparation, par les mêmes pierres, des dépassements constatés dans le mur sud, qui se sont constitués par l’œuvre du temps, durant des centaines d’années. D’ailleurs, l’épaisseur du dépassement était de 35 centimètres et d’une surface de 90 mètres carrés. La raison en est l’infiltration des eaux de pluie à travers les crevasses des pierres et leurs sorties récurrentes qui, charriant au passage certaines matières adhésives anciennes, laissent des interstices de tailles différentes dans la texture du mur, dont l’épaisseur est de l’ordre de 2,40 mètres au niveau des dépassements constatés et de cinq mètres plus bas. Ces fentes ont été colmatées par l’application d’une nouvelle matière adhésive.

En 2004, la presse sioniste est revenue, une deuxième fois, à la charge avec pour objet, cette fois-ci, le mur est, prétendant que ce dernier a bougé à cause du dernier séisme et qu’il menace de tomber en ruine sous la pesanteur horizontale qu’il supporte, et le poids des fidèles à l’intérieur de la Mosquée Al Marwani. Cette fois encore, la Commission de restauration a démontré, rapports techniques à l’appui, que le mur est bien stable et n’encourt aucun risque. Néanmoins, en octobre 2004, la commission a entamé la mise en place d’un système de tension de tringles (tension rod system) entre les poutres et le mur Est de la Mosquée, par précaution de sécurité contre d’éventuels séismes. Le procédé consiste à percer des trous dans les trois arcades de la Mosquée et du mur Est, et y instaurer des banes de 24 millimètres de diamètres et des plaques d’acier inoxydable de deux centimètres d’épaisseur.

L’objectif réel des médias sionistes au sujet des murs de la Mosquée Al Marwani, consiste, au fait, à s’assurer la fermeture pure et simple de ce lieu de culte et l’intervention administrative et technique dans les travaux du département des Waqfs à Al Qods et de la Commission de restauration. L’autre objectif à long terme consiste à confisquer la Mosquée Al Marwani en s’y assurant un accès à travers la porte isolée du sud, actuellement condamnée. Preuve en est que le département des monuments israéliens a mis en place une large plate-forme avec un perron en marbre devant cette porte, ainsi que sur les vestiges des monuments Omeyyades qu’ils ont déterrés, en 1968.

Les medersas historiques :

Il a été procédé à la restauration de certaines medersas historiques, situées dans la vielle ville et d’autres dans les alentours de la Mosquée Al Aqsa. Les opérations de restauration ont été entreprises à partir des fonds fournis par le Centre de documentation, d’entretien et de restauration des monuments d’Al Qods, pour un montant de 732 mille dollars environ. Parmi ces écoles, il y a lieu de citer :

1. La medersa Kilania, sise dans le passage de Bab Assilsila (Porte de la Chaîne), a été fondée en 753 de l’Hégire (1352 de l’ère chrétienne). Les travaux de restauration, qui y ont été entamés durant les années 1984 et 1985, ont porté sur l’entretien de la façade principale, la substitution des pierres délabrées, la reconstitution de fenêtres et de grilles en acier, la réparation des chapiteaux à l’entrée de la porte principale, l’entretien des voûtes et la mise en place de racordements sanitaires et électriques.

2. La medersa Mizhariya, située près de Bab Al Hadid (la Porte de fer), une des portes de la Mosquée Al Aqsa dans la partie ouest. Elle a été fondée en 885 de l’Hégire (1481 de l’ère chrétienne). Les travaux de restauration ont concerné la réparation de la façade principale, la substitution des pierres délabrées, la réparation des chapiteaux, l’entretien du hall sud et du mihrab de la medersa, l’entretien de l’étage supérieur et la mise en place de raccordements sanitaires et d’électricité.

3. La medersa Louelouiya, située sur le passage Al Karami, a été édifiée en 781 de l’Hégire (1380 de l’ère chrétienne). Les travaux de restauration ont porté sur l’entretien de la façade principale, la substitution des pierres délabrées, l’entretien et le pavage des salles, la reconstitution des balustrades en acier et la mise en place de raccordements sanitaires et électriques.

4. La medersa Jalkia, située dans la partie septentrionale de la Porte de la Chaîne, a été fondée en 707 de l’Hégire (1308 de l’ère chrétienne). Les travaux d’entretien ont concerné l’entretien des salles, la substitution des pierres délabrées, l’entretien de la toiture et la réhabilitation de la coupole.

5. La medersa Toshtumariah, située dans la partie sud de la porte de la Chaîne, a été fondée en 784 de l’Hégire (1384 de l’ère chrétienne). Les travaux de restauration y ont porté sur l’entretien de la façade principale, la réparation des chapiteaux et l’entretien des salles et des halls de l’école.

6. La medersa Achrafiya, située dans la partie ouest dans l’enceinte de la Mosquée Al Aqsa, près du passage de la Porte de la Chaîne, elle a été fondée en 887 de l’Hégire (1483 de l’ère chrétienne). Les travaux de restauration y ont porté sur l’entretien de la façade principale et des arasements colorés de la façade, la réparation du perron principal en pierre menant à l’étage supérieur et des chapiteaux. En 2004, la Fondation de la coopération a entrepris la restauration des parties intérieures de la medersa pour les convertir, avec le siège de la bibliothèque Al Aqsa situé au sous-sol, en Centre de restauration des manuscrits. Il est prévu que l’UNESCO se charge de doter ce Centre d’appareils et d’équipements nécessaires.

7. La medersa Al Ghadiriya, située dans la partie nord des esplanades de la Mosquée Al Aqsa, a été fondée en 836 de l’Hégire (1436 de l’ère chrétienne). Les travaux de restauration y ont porté sur la réparation de la partie Est de la façade principale de l’école et l’entretien des salles et de la toiture.

8. La medersa Al Jawharya, située hors de Bab Al Hadid, a été fondée en 844 de l’Hégire (1440 de l’ère chrétienne). Les travaux de restauration y ont concerné la substitution des pierres délabrées dans la façade principale et l’entretien des salles.

Il est à signaler que le nombre des medersas historiques dans la vieille ville d’Al Qods atteignait cinquante cinq écoles, qui menaient toutes leurs missions pédagogiques. Mais aujourd’hui, toutes ces écoles sont habitées par des ménages pauvres. Et pour préserver la présence palestinienne dans la ville ancienne, les opérations de restauration de ces bâtisses sont accomplies sans en faire sortir les habitants.

Réhabilitation de la Coupole de la Chaîne :

Cette coupole est située à l’est du Dôme du Rocher et lui est attenante. Elle revêt une importance historique et non pas religieuse. De forme hexagonale ouverte, sa voûte est revêtue en plomb et ses parties intérieures et extérieures sont couvertes de faïences.

Cette coupole a été restaurée plusieurs fois par le passé, la dernière opération de réhabilitation remontant au seizième siècle, pour rester sans restauration durant une période de quatre cents ans. En 1980, la Commission de restauration de la Mosquée Al Aqsa et du Dôme du Rocher a jugé que la situation de la Coupole de la Chaîne était en  dégradation avancée. Elle a ainsi procédé à l’arpentage et au cadastre de la bâtisse avant de renforcer les colonnes vacillantes. Les faïences colorées, qui étaient sur le point de tomber, ont été relevées, nettoyées et appliquées à nouveau dans leurs places initiales. Celles inexistantes ou abîmées ont été remplacées par de nouvelles faïences similaires. Les anciennes plaques de plomb délabrées de la coupole ont été enlevées et remplacées par de nouvelles plaques similaires fabriquées sur le site, à travers la fonte des anciennes plaques du Dôme du Rocher et de la coupole de la Chaîne. Après leur nettoyage, ces plaques ont été coulées dans des moules et tirés en plaques de trois millimètres d’épaisseur dans une matrice fabriquée localement spécialement à cette fin. La même méthode a été utilisée avec la coupole de la Mosquée Al Aqsa.

Réhabilitation de la Coupole Nahouiya :

L’édifice de la Coupole Nahouiya est situé dans la partie sud-ouest de la bâtisse du Dôme du Rocher. Il a été érigé par le vénérable roi Issa en 604 de l’Hégire (1207 de l’ère chrétienne), spécialement pour l’apprentissage de la langue arabe et de ses sciences, avec un intérêt marqué pour la science de la grammaire. D’où le nom d’Annahouiya (grammairienne). On y enseignait le livre de Sibawayh, le livre de "Al Idah" de son auteur Abou Ali Al Farissi ou encore le livre de "Islah Al Mantiq" de son auteur Abou Sakit. L’école pouvait accueillir jusqu’à vingt-cinq étudiants. En 608 de l’hégire, le vénérable roi Issa y ajoutât une Coupole, d’où l’appellation de la coupole Nahouiya. Durant le vingtième siècle, elle a été transformée en bibliothèque pour le Conseil légal islamique supérieur et fait actuellement office de siège du président de l’instance islamique suprême, afin d’être proche de la Mosquée Al Aqsa et du Dôme du Rocher, sous le joug de l’occupation israélienne.

Composée de deux chambres et d’une salle, la bâtisse a été réhabilitée auparavant par la Commission de restauration, qui a ouvert les fenêtres condamnées de l’édifice et enlevé la teinture récente pour faire apparaître les lancettes intérieures et la décoration magnifique en pierre. Les travaux de restauration ont été achevés, en 2003.

Restauration du Musée islamique :

Le Musée islamique, situé dans la partie sud-ouest de la Mosquée Al Aqsa, est composé d’une ancienne bâtisse renfermant les différentes collections islamiques qui rendent l’écho de l’histoire de quatorze siècles de l’Hégire. Il a été restauré en utilisant le savoir-faire et les moyens locaux disponibles en composant, autant que faire se peut, avec les conditions difficiles de l’occupation.

L’édifice du Musée islamique a besoin d’efforts efficients et concentrés pour son développement et son équipement selon les normes mondiales les plus modernes. Et ceci implique la participation d’experts internationaux spécialisés dans la restauration et l’organisation des musées, et l’élaboration de plans d’exécution à cette fin pour faire valoir la richesse singulière des pièces qu’il recèle devant les visiteurs. Tout retard dans l’exécution de cette œuvre magistrale serait une atteinte à l’état des pièces que renferme ce musée et qui, faute d’être conservées selon les techniques modernes en la matière, sont menacées d’usure et de dégradation. La situation ne saurait pas, non plus, être ajournée en attendant l’amélioration de la conjoncture politique à Al Qods, compte tenu des plans israéliens qui s’acheminent rapidement vers la judaïsation de la ville sainte. Toute attente supplémentaire équivaudrait, peut-être, à exposer les précieuses collections islamiques à davantage d’altération et de décrépitude. Peut-être aussi ne trouverons-nous rien dans l’avenir qui mérite d’être exposé en l’absence d’un relevé et d’une opération d’archivage organisée de ces collections, sachant toutefois que de précieux objets d’art sont abandonnés hors du Musée, dont des pièces du minbar incendié de Salaheddine.

Restauration du Souk Kattanine :

Composé de deux rangées parallèles de soixante échoppes, ce souk est couvert d’une toiture sertie de magnifiques voussures intercalées d'une série d’orifices pour l’infiltration de la lumière. Le marché dispose de deux portes ; la première est située au milieu du mur ouest de la Mosquée Al Aqsa, et la seconde donne sur le passage du cours attenant à la Mosquée Al Aqsa. Ce marché est dans sa globalité orthogonal au mur ouest de la Mosquée Al Aqsa. Restauré, en 1973, par la Commission de restauration, en collaboration avec le Département des waqfs d’Al Qods, il a restitué la forme qu’il eut à sa fondation par le prince Sayfeddine Tunkoz Nassiri, en 737 de l’Hégire (1336 de l’ère chrétienne), de telle sorte que les portes des boutiques qui, s’ouvrant de haut en bas, servent en même temps d’estrade pour l’étalage des marchandises. Ce souk propose aux acheteurs de précieux objets d’art de style oriental et des confiseries, après avoir servi jadis de marché pour la vente des étoffes de coton.

Les travaux de restauration ont porté sur la suppression de la teinture sur les murs et les voûtes en pierre, le nettoyage et le noircissement des pierres, l’entretien des réverbères supérieurs, le pavage des planchers et la fabrication de portes en bois. Sur les deux côtés du marché, se trouvent deux bains (hammam Al Aïn et hammam Chifa) que la Fondation de la coopération s’applique à restaurer.

Libération d’Al Qods par la foi et l’action :

Si l’est une évidence que la vie des hommes se mesure à l’aune des années et tombe dans l’oubli avec leur mort, il en va de même pour la vie des nations et des pays, qui demeurent vivants aussi longtemps que subsistent leurs civilisations et disparaissent avec l’anéantissement de leur architecture. L’Histoire témoigne que des pays ont du régner pendant un laps de temps avec gloire et grandeur, mais se sont subitement éclipsés dans les méandres de l’oubli, incapables de donner à l’humanité ce qu’ils étaient en mesure de fournir à l’apogée de leur règne.

Quant à Al Qods et à ses monuments historiques et religieux, Dieu a décidé de leur immortalité et de leur pérennité, en dépit de l’ampleur des agressions, des adversités, des incendies et des destructions, et en dépit de la lutte menée par sa population contre les épreuves et les calamités. En effet, rien d’étonnant à cela, dans la mesure où Al Qods a été lié par un jumelage coranique avec la Sainte Mecque, ou plutôt par un lien éternel entre la Mosquée Al Haram et la Mosquée Al Aqsa, conformément à la parole divine :

"Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit voyager Son serviteur de la Mosquée Al Haram à la Mosquée Al Aqsa dont Nous avons béni l’alentour, afin de lui faire voir certaines de Nos merveilles. C’est Lui, vraiment, qui est l’Audient, le Clairvoyant".

En effet, tout au long de l’histoire, musulmans et chrétiens vécurent à Al Qods comme un peuple palestinien uni, dont la vie n’a été tourmentée que par l’invasion des Croisés et par l’occupation coloniale sioniste, qui œuvre à judaïser l’homme et la terre avec tous les procédés arbitraires et criminels.

L’histoire retient aussi qu’Al Qods ne reconnaît de constance qu’à ses habitants. Combien d’empires ont-ils tenté de la placer sous leur mainmise? Mais, à chaque fois, ses habitants commencent aussitôt par reconstituer leur union d’abord pour reprendre Al Qods et lui restituer son cachet arabe. Dès le début de la conquête islamique, le peuple palestinien a contribué à l’édification de la civilisation musulmane qui s’est vite répandue, garantissant par la même la vie et l’épanoui