Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -
Accueil Directeur Général Education Sciences Culture CPID Coopération Secrétariat GC & EC

Note

 

Deuxième séance de travail

Président de la séance :

 Dr Cheikh Ikrima Saïd  Sabri,

 

Intervenants :

1. Dr Marwane Abou Khalaf

2. L’ingénieur Raef Youssef Najm

3. Dr Abdulaziz Al Khayat et Dr Raouf Abou Jaber

4. Dr Abdeljalil Abd Al Mahdi

 

 

Profanation des sanctuaires et destruction

des sites islamiques en Palestine

Dr Marwane Abou Khalaf(*)

 

Les enseignements de l’Histoire démontrent, sans ambages, que toutes les religions révélées se sont engagées à ne pas violer la sacralité des lieux saints, faisant ressortir par la même l’existence d’un consensus entre ces religions bannissant la violation des lieux sacrés.

Quant à la violation des lieux sacrés religieux islamiques et des biens pieux des waqfs islamiques en Palestine, elle traîne une bien longue liste dans l’histoire de ce pays. Elle s’inscrit en fait dans un long registre d’agressions contre les sanctuaires islamiques perpétrées, depuis le mandat britannique jusqu’à nos jours. Ces violations ont revêtu diverses formes, allant de la destruction des mosquées et de l’effacement de leurs traces, à leur transformation en bars, cafés, musées ou en lieux touristiques, du ratissage des cimetières à leur transformation en terrains de jeux, jardins, parkings ou en lotissements d’habitat.

Les statistiques font ressortir que le nombre de mosquées détruites, entre 1948 et 1967, a atteint environ 480, tandis que le nombre de cimetières démolis a été de l’ordre de 400(1). Ces données, ajoutées aux autres statistiques des années 1967/1986, font que les nombres dépassent de loin les chiffres précités, surtout si ces statistiques incluent les violations d’autres sanctuaires islamiques comme les mausolées et les tombeaux.

Afin de montrer clairement l’ampleur des ces agressions et de ces violations, nous avons jugé opportun de les répartir selon la nature de l’agression, comme suit :

1. Violation des mosquées

2. Profanation des cimetières

3. Profanation des mausolées et des sanctuaires

1. Violation de la sacralité des mosquées

Les mosquées ont subi plusieurs types de violation, dans la mesure où nombre d’entre elles ont été démolies, comme c’est le cas de la mosquée du village Kouikate, située à 15 km à l’est d’Akka. Colonisé en 1948, ce village a été entièrement détruit, la mosquée y comprise, pour ériger sur ses décombres la colonie "Beit Hamik"(2). C’est aussi le cas de la mosquée du village Albaroua (9 km à l’est d’Akka), qui fut détruite avec sa mosquée, en 1948, pour l’installation à sa place de la colonie "Ahihoud", en 1950(3). Idem pour les deux mosquées du village Amwas détruit en 1967.(4)

Certaines mosquées ont été transformées pour servir d’autres fins, comme la mosquée du village Oued Hanine, situé à 7 km à l’ouest de Ramalah. La plupart des monuments de ce village ont été démolis, en 1948, et sa mosquée a été transformée en synagogue  arborant la Croix de David à la place du Croissant(5), pour les habitants de la colonie "Kafa Haron" installée sur les décombres du village détruit.

D’autres mosquées ont été transformées en musées, comme c’est le cas de la mosquée Bissane, dont l’édification remonte à l’époque d’Omar Ibn Al Khattab, et qui a subi plusieurs restaurations, dont la dernière en date remonte au règne du Sultan Ottoman Abdelhamid. Cette mosquée a été réservée à la protection des monuments découverts dans la colline Bissane, en 1963, après la transformation des monuments de la ville(6).

D’autres mosquées encore ont été transformées en cafés ou en clubs, comme c’est le cas de la mosquée Seksek à Jaffa, mise à la disposition des juifs en provenance de la Bulgarie, et qui a été rebaptisée Club bulgare et interdite d’accès pour les musulmans. Une usine de plastique a été installée au-dessous, dans les locaux qui faisaient jadis partie des biens pieux de ladite mosquée(7).

      D’autres mosquées ont été transformées en sites touristiques, comme la mosquée Al Fanar donnant sur le port désert de Jaffa(8) et le même sort allait être celui de la mosquée Hassan Bik de Jaffa, si la tentative n’avait pas échoué en raison de la résistance des musulmans devant le projet du transfert en 1982(9).

Toutefois, de toutes les violations enregistrées immédiatement après 1967, la plus flagrante est la violation de la mosquée Al Aqsa, qui représente pour les musulmans la première Qibla et le troisième lieu saint de l’Islam, dont le sillage de l’incendie de la partie sud de la mosquée, le 21 août 1969. Cet incendie a démoli certaines parties de la mosquée, dont l'embrasement du plafond en bois de la partie sud, du revêtement en bois intérieur du dôme, du revêtement en bois intérieur du mihrab, et l’incendie du minbar de Salaheddine, qui représente un des plus beaux minbars islamiques, et dont ne subsistent que quelques petites pièces ornementales. Les opérations de restauration et de réforme des dégâts subis se poursuivent jusqu’à nos jours(10).

Une autre violation de la sacralité de la mosquée Al Aqsa a eu lieu, en avril 1982, lorsqu’un soldat nommé Godman, portant son arme et sa tenue officielle, fit irruption dans l’enceinte du Dôme du Rocher et se mit à tirer des coups de feu dans tous les sens de la mosquée. L’incident a amené les musulmans à se rassembler hors de la mosquée du Dôme du Rocher, lorsqu’ils firent pris d’assaut par une averse de balles provenant de l’est, à partir du cimetière des juifs, du sud, à partir du quartier des juifs, et de l’ouest "par les soldats pensionnaires de l’école militaire", ce qui prouve qu’ils étaient bien en mèche pour un compromis sciemment ourdi.

L’incident a fait quelques martyrs, mais le tir des balles dans et sur la mosquée, quoiqu’il n’eut pas causé de flagrants dégâts sur le plan matériel, constitue néanmoins une violation monstrueuse de la zone de la mosquée Al Aqsa(11).

A ceci s’ajoutent les fouilles archéologiques menées dans différentes zones de l’enceinte du temple sacré et au-dessus des esplanades du temple, causant ainsi l’écroulement de certaines parties des édifices et menaçant de ruine les fondations des autres parties. Le tunnel ouvert dans la partie ouest est à l’origine des fissurations constatées dans les édifices, sans oublier la transformation de certains lieux en églises ou en garnisons militaires.

Quant à la mosquée d’Abraham à Hébron, les musulmans n’y disposent que d’une simple partie réservée à la prière. La violation de sa sacralité a commencé dès le premier jour de l’occupation par les soldats israéliens et les religieux juifs, qui se sont appliqués à entrer dans l’enceinte du temple foulant de leurs sabots les tapis des prières sans se soucier du caractère sacré de ce lieu de culte.

Les colons y pénètrent de jour comme de nuit et se plantent en permanence devant ses portes. Ils ont transformé des parties entières du temple en garnisons militaires et ne se gênent point à perturber les musulmans, lors des prières en se livrant aux chants et à la danse. Outre la circoncision des enfants à l’intérieur de la mosquée, ils ne rechignent pas à y manger et à boire en jetant les miettes dans les lieux réservés à la prière des musulmans ou à y introduire leurs chiens. Les biens des musulmans y sont soumis au vol, au pillage et à la destruction et leurs équipements sont supplantés par des tables, des chaises ou des armoires devant servir le culte juif. Y a-t-il plus fragrantes violations que celles-ci ?(12)

2. Profanation des cimetières

Dans différentes régions de la Palestine, les cimetières ont été ratissés ou saccagés lorsqu’ils ne sont pas utilisés pour diverses autres fins, comme des lotissements pour habitat, des parkings ou des jardins publics, etc.

A titre d’exemple, le cimetière islamique Ramalah, situé dans la partie ouest de la ville, a été amputé de grandes surfaces confisquée par la force d’une décision, en vertu de laquelle le cimetière a été tranché en deux par le passage de l’avenue "Shimshon Hagibor" et l’édification de plusieurs bâtiments. En 1983, ladite avenue a été élargie de deux mètres aux dépens du cimetière, ratissant ainsi au passage des dizaines de tombes.

Dans la partie est, un autre passage de quatre mètres a été frayé, démolissant dans son sillage plusieurs tombes islamiques à l’intérieur du cimetière(13).

Même sort pour le cimetière "Yazour" à Jaffa, où l’élargissement de l’avenue principale a eu lieu au dépens du cimetière, tandis que la superficie restante a été allouée aux ateliers et à la collecte des ordures, sans même se donner la peine de ramasser les ossements et les crânes restants pour les inhumer dans un autre endroit(14).

Sur le cimetière de "Jamassine", à Jaffa, a été construit un quartier résidentiel appelé "Shikon Bayli", dans les environs nord de Tel-Aviv, tandis que le cimetière "Cheikh Mouaniss" a été supplanté par une partie des établissements de l’Université de Tel-Aviv, alors que le reste a été avalé par les usines et les ateliers avoisinants(15).

Quant au cimetière "Maamane Allah" ou Mamilla, le plus grand cimetière islamique d’Al Qods, il a connu une série de profanations. Situé au centre de la Ville sainte, à un km à l’ouest de la muraille de la vielle ville d’Al Qods, ce cimetière renferme les tombeaux de grands compagnons et saints de l’islam, en plus de ceux des martyrs musulmans qui ont été égorgés par les Croisés à leur entrée dans la Ville sainte, ainsi que les tombes des martyrs de Salaheddine. Les plus flagrantes violations de ce cimetière ont été l’œuvre de la municipalité d’Al Qods, qui a utilisé des engins et des pelleteuses mécaniques dans la destruction, l’excavation et le transfert des ossements. Une partie du cimetière a été convertie en parking et en parcs de distraction, alors qu’une autre partie a été transformée en un jardin d’enfants, en plus d’un bloc sanitaire public. Y a-t-il une profanation plus barbare que celle-ci ?(16)

3. Profanation des mausolées et des sanctuaires

En plus des violations des mosquées et des cimetières, les mausolées et les sanctuaires n’ont pas été épargnés par les actes d’agressions et de profanations, comme en témoignent les nombreux exemples, dont nous citerons quelques-uns. Un des sanctuaires du cimetière Cheikh Mourad à Jaffa, à titre d’exemple, est devenu un fief pour la prostitution et un repaire pour les fumeurs de chanvre indien, après avoir servi, durant des années, d’étable pour la jument d’un juif qui vivait à proximité du cimetière(17).

Il en va de même pour le sanctuaire de "Alaeddine" à Jaffa, qui a été converti en café(18), ou pour les sanctuaires des saints à Kissariat, dont certains ont été transformés en toilettes publiques, tandis que d’autres ont subi la destruction et la mutilation(19).

Aux cas précédents, s’ajoute le mausolée du compagnon Salama Ibn Hicham Alkorachi qui, tombé en martyr dans la bataille d’Ajnadine en 13 de l’Hégire (636 de l’ère chrétienne), a été inhumé dans l’actuel village de Salama, à 5 km à l’est de Jaffa. Ce mausolée a été démoli et le tombeau a été excavé d’un demi-mètre environ de profondeur. Il convient de rappeler qu’une mosquée du village a été édifiée sur ce mausolée, mais suite à la destruction du village, en 1948, une colonie baptisée "Kfar Shalem" a été érigée sur ses décombres. La mosquée, elle, est toujours en place et culmine au point le plus élevé du village, sauf que sa cour intérieure a été convertie en terrain de basket(20).

Ces agressions et violations des sanctuaires islamiques ne sont que des échantillons d’une multitude d’exemples qui pullulent en Palestine. Elles démontrent, si besoin en est, que leurs dimensions et leurs visées sont multiples, mais renvoient en définitive à deux points essentiels : le premier consiste à anéantir l’identité arabo-islamique de la Palestine en oblitérant tout monument civilisationnel pouvant prouver l’existence arabe et islamique et, le second à abolir les racines historiques et patrimoniales du peuple palestinien.

 


 

(*) Directeur de l’Institut supérieur des monuments islamiques, Université d’Al Qods.

(1) Hammouda Samih, Israël et les lieux sacrés islamiques, monographie inédite.

(2) Encyclopédie Palestinienne, Tome 3, p. 623, Revue Palestine, éditée par l’office de l’Organisation supérieure arabe à New York, numéro du 15/6/1961.

(3) Encyclopédie Palestinienne, Tome 1, pp. 386/387, Revue Palestine, éditée par l’office de l’Organisation supérieure arabe à New York, numéro du 15/6/1961.

(4) Visite de terrain au village.

(5) Visite de terrain au village.

(6) Encyclopédie Palestinienne, Tome 1, et visite de terrain.

(7) Hammouda Samih, Mosquée Hassan Bik, Les ficelles du compromis, p. 8, 1985.

(8) Ibid., p. 8

(9) Ibid., pp. 37/39

(10) Alami Cheikh Saâdeddine, Documents de l’instance islamique suprême 1967/1984, pp. 74/76, Maison d’impression arabe, 1984, Al Qods.

(11) Ibid., pp. 376/377.

(12) Abou Rmileh Salah, Abou Sarieh Mohamed, La mosquée du Temple d’Abraham, pp. 229/292, éditions du centre du patrimoine islamique, 1985, Al Qods.

(13) Journal Al Ittihad, numéro du 26/6/1985.

(14) Hammouda Samih, La mosquée Hassan Bik, p. 4, Journal Al Ittihad, Hayfa, numéro du 31/8/1976.

(15) Ibid. pp.7/8.

(16) Al Ansary Fahmi, Histoire du cimetière de Mamilla, pp.180/181, éditions du département du patrimoine de Bayt Al Maqdis, 1987, Journal Al Qods, numéro 5863, numéro du 25/12/1985.

(17) Hammouda Samih, La mosquée Hassan Bik, p. 8.

(18) Ibid., p. 8.

(19) Sayegh Anis, (…) de la Palestine arabe, p. 271, Centre des recherches OLP, 1986, Beyrouth.

(20) Kenaâna Charif et Abdelhadi Louna, Série des villages palestiniens détruits (Salama), p. 41, Centre des recherches de l’Université de Beir Zeit, 1986.

 

 

 
Untitled Document